Cristal est une BD de S-F à l'ancienne si je puis dire, qui reflète les préoccupations majeures de son époque à travers quelques détails (je vais y revenir). Il s'agit d'une des nombreuses BD tournées vers un public "adulte" lors de la période "maturité" du journal de Spirou : l'époque où on voyait des BD inoffensives typées jeunesse comme "les jungles perdues" côtoyer un Kogaratsu en train d'aider un allié à faire un seppuku très graphique...Inutile de dire que cette époque est révolue et que Cristal n'a pas survécu au virage opéré par Spirou dans les années 90 pour viser un public plus jeune.
Du point de vue graphique, pas grand-chose à redire, c'est assez beau, typé "années 80" dans le bon sens du terme.
Scénaristiquement, c'est un peu plus problématique : le héros, Cristal, est un extra-terrestre surnommé ainsi car son iris est presque transparent. Le tome introductif nous montre son vaisseau de crasher sur terre, son compagnon ne survit pas à la chute, et lui-même, au départ prisonnier des autorités gouvernementales, va s'enfuir avec l'aide d'un français et ensemble ils vont aider le monde à être un peu plus juste tout en permettant à Cristal de découvrir la planète.
Le gros problème est que la preuve d'une vie extra-terrestre ne semble pas générer de réactions particulières dans la population...Et nos fugitifs peuvent se déplacer parfois dans un relatif anonymat alors que normalement tout le monde devrait le connaître, et on aurait pu même parfaitement imaginer aussi des armées de fanatiques considérant Cristal comme le messie, ou à l'inverse des gens qui le voient comme l'antéchrist et veulent le tuer...On ne voit hélas rien de tout cela.
Cela aurait pu également générer des tensions géopolitiques en période de guerre froide : malgré la glasnost lancée par Gorbatchev, je pense que les militaires russes auraient pu devenir parano en voyant l'Ouest mettre la main sur des technologies avancées...Mais pareil on n'en parle pas.
Non, cette BD sert de prétexte à dénoncer par exemple la pollution : Cristal n'est pas allergique à l'eau, mais il ne supporte qu'une eau absolument pure (il se lave avec de l'eau en bouteilles filtrée), on parle aussi du problème des réfugiés politiques et des orphelins, et autres. Au milieu nous avons Cristal avec ses pouvoirs mentaux.
Le personnage français qui était son compagnon de voyage disparaît progressivement à partir du tome 4 (à part une courte apparition au début du tome 5) sans que Cristal ne fasse plus jamais référence à celui qui fut son compas moral.. Cristal aussi évolue de manière incohérente : si dans le premier opus il était un être relativement froid prêt à tuer, il devient subitement un défenseur de la veuve et de l'orphelin à partir du 4ème opus. Accessoirement, dans le tome 2 on apprend que Cristal serait un prince d'une autre planète, mais dans le tome 3 on nous dit l'inverse...
C'est un peu naïf, et si vous n'avez pas lu Cristal enfant, vous serez moins tolérant que moi.
Je lui met 4/5 en raison du côté nostalgique / madeleine de Proust, mais cela vaut 3/5 autrement, à considérer comme une pièce d'histoire de la BD.
Ce n'est pas un petit caillou mais un pavé de 252 pages que cette excellente biographie des Stones. Je suis d'accord avec l'avis de Yann, moi aussi je me suis régalé à la lecture de cette série. Et pourtant je ne suis pas musicien (il y a des passages techniques) et je suis 100% Beatles.
Pour commencer j'ai été surpris car les autres titres que j'ai lu dans ce genre chez Petit à petit, mettaient l'accent sur l'illustration de chansons des artistes.
Ici aucune des 25 histoires ne reprend le texte d'une chanson des Stones. Le livre est construit comme une véritable biographie qui commence avec la rencontre de Keith Richards avec Mike Jagger pour finir aux Stones des années 2000.
Une longévité remarquable tellement elle fut semée de difficultés.
Ce qui est remarquable dans cette biographie est que Ceka évite toute hagiographie. Aucune complaisance, au contraire les points sombres ou ambigus de la vie des Stones sont bien expliqués sans pour autant porter de jugements.
Deux éléments ressortent de cette biographie : la cohésion du groupe due à l'esprit Rolling Stones et la drogue omniprésente dès le début chez Keith et Mike. Le sexe n'est abordé qu'à la marge presque comme une normalité pour l'époque et pour des Stars de cette envergure.
Le côté BD est secondaire comme le soulignait Yann. Il n'est là que pour illustrer certains épisodes marquants.
J'en retiens quatre : Rollin' Stones Blues de Lacan qui explique le nom, I wanna be your man de Domas où John Lennon et Paul Mc Cartney composent et offrent (en une heure) leur premier succès aux Stones, L'Open tuning de Pates qui explique le son des Stones et enfin Une langue à 63000 euros de Virginie de Lambert pour le célèbre logo.
Je ne suis pas un grand fan des Stones mais ceux-ci ont eu un rôle sociétal important pendant près de trente ans au delà de leurs qualités artistiques. Ils ont été une incarnation de mouvements de pensées et de façon de vivre importants dans la jeunesse occidentale pendant ces années.
Le livre ne cache pas les ambiguïtés qui accompagnent ce parcours mais les Stones restent un fait sociétal, ce qu'exprime très bien le livre.
Une lecture qui m'a vraiment captivé sans pour autant me faire changer d'avis, je reste Beatles.
Gomont est un auteur que j'achète en toute confiance depuis Malaterre, cette fois il nous entraîne dans un triptyque au cœur de la Russie qui passe du communisme au capitalisme sans transition, un pays laissé aux mains des opportunistes et des cyniques.
L'auteur préface son album pour signaler que l'action se déroule en Russie mais que son élaboration a été réalisée avant la guerre en Ukraine. Une mise au point qu'il a jugé nécessaire pour signifier qu'il ne profite pas de la situation et que ce projet datait depuis longtemps.
La première originalité, c'est le sujet. Le traitement de cette période par l'auteur donne vie à des personnages aux caractères bien trempés, au cœur d'un pays en plein chaos, il nous fait vivre un moment où tout est permis. Une période qui est comme un révélateur de la nature humaine et Gomont exploite cette situation avec tout son talent.
Comme à son habitude, l'humour de Gomont nous fait sourire même dans les moments les plus tragiques.
Le dessin c'est le style Gomont, reconnaissable dès la première page, ses couleurs pastels, ses personnages parfois crayonnés en rouge et des décors réalistes qui nous plongent en Russie dans les montagnes du Caucase.
Un premier tome prometteur
Premier album tiré de La Revue dessinée que je lis et je suis plutôt satisfait : c'est de la BD-reportage comme je l'aime : instructive, bien documentée et servie par du vrai dessin, pas quelqu'un qui fait juste copier des photos.
Je ne connaissais pas du tout cette histoire d'algues vertes et j'ai vite compris qu'on avait affaire à un scandale typique où les responsables politiques vont fermer les yeux et laisser se propager une menace écologique au mépris des vies parce que la cause des algues vient de la pollution industrielle et qu'il y a des intérêts économiques en jeux. Il y a des passages vraiment révoltants (mention spéciale pour la compagnie chargée de ramasser les algues vertes qui est trop radine pour payer un équipement et un camion sécuritaire pour ce travail).
Le scénario est bien fait. On saute d'un aspect du sujet à un autre sans avoir l'impression que ça part dans tous les sens. La narration est fluide malgré la quantité de textes. Je recommande cet album à tous les amateurs de documentaire.
Je continue d'explorer l'univers de Jim Bishop, car il a vraiment un univers bien particulier, bien à lui.
Donc après avoir apprécié son Mon ami Pierrot, je me suis précipité dans une librairie pour y dégoter une autre de ses œuvres : "Lettres perdues".
Je disais donc un univers bien particulier, car c'est toujours difficilement classable. Toujours ce mélange des genres, ici aventure, science-fiction et conte.
Iode est un jeune garçon qui vit seul, avec pour animal de compagnie un pélican. Tous les jours il guette le facteur, il attend une lettre de sa mère. N'y tenant plus, il se met au volant de sa deux-chevaux verte et direction la poste. Il fera la connaissance d'une jeune fille bien mystérieuse, Frangine, et d'un policier pas des plus malin. Et ce trio va être embarqué dans une improbable histoire de trafic de ...
Un récit assez simpliste à première vue mais qui aborde des sujets forts tel que le deuil, le changement climatique, la pollution des océan et le suicide.
Jim Bishop a su créer un monde fantastique riche et varié avec des personnages attachants et une intrigue qui ne se finit pas forcément bien.
Mais pour apprécier cet album, il faut aimer le surréalisme et le road movie absurde sur un fond de mélancolie.
Un album qui ne m'a pas laissé indifférent.
Visuellement, j'ai adoré. Toujours ce trait rond et fluide qui prend inspiration chez le manga.
Le tout rehaussé par de superbes couleurs lumineuses.
Une belle inventivité dans les décors et les personnages. Notre policier avec pour tête, un bocal où se trouve un poisson rouge en est un exemple parmi tant d'autres.
Une délicieuse lecture.
Jim Bishop, un jeune artiste à découvrir et à suivre.
Sylvain Vallée a un sacré coup de crayon et j'aime la fraicheur et la vivacité des planches de cet album tout autant que le soin qui y est apporté : c'est typiquement le type de dessin qui me donne envie de lire. L'histoire est également originale, avec ce vieux notaire chagriné par la mort de son ami et frustré à l'idée que les récits d'aventure exotique dont celui-ci l'a abreuvé pourraient ne pas être vrais. C'est avec le sourire et une certaine curiosité qu'on le suit mener son enquête sur le passé de son ami, à la recherche de cet enfant qu'il lui a raconté avoir eu au cours de ses périples. C'est bien fait, réaliste, avec ce petit côté appel à l'aventure qui séduit.
Pour autant, je ne suis qu'en partie tombé sous le charme, ce charme qui aurait dû me rendre très touchantes les dernières pages et qui pourtant m'a laissé relativement indifférent. Il m'a manqué quelque chose pour que la mayonnaise prenne effectivement même si j'ai passé un bon moment.
Note : 3,5/5
J'ai souvent ri de bon coeur à la lecture de cette série. Les auteurs sont originaires de l'Afrique de l'Ouest et connaissent bien cette problématique de l'enfant envoyé en Europe (souvent en France) avec tous les espoirs de la famille (au sens large, très large).
Etant moi-même introduit dans le milieu camerounais, j'y ai retrouvé de nombreuses situations vécues par des amis.
Pour ne déplaire à personne, les auteurs placent notre ami Alphonse Madiba comme citoyen de la Balaphonie, pays imaginaire mais prenant déci delà des caractéristiques vitriolées des pays de l'Ouest Africain.
Alphonse est resté un grand ado, sympathique mais indolent, tête à claques, profiteur et qui refuse de grandir. Son étoile est Paris avec sa vie plus ou moins facile. Quand il a usé la corde jusqu'au bout il faudra bien rentrer au pays la queue entre les jambes.
Mais une belle apparence et quelques faux documents peuvent faire illusion dans une famille qui ne demande qu'à être éblouie.
Edimo nous livre un scénario bien ficelé, un brin décalé et sans aucun temps mort. Comment ne pas perdre la face, voire profiter de la situation, et comment retrouver un visa sont les deux problématiques d'Alphonse (et souvent de nombreux immigrés qui ont échoué en Europe.)
Pour cela Alphonse devra affronter un commissaire qu'il vaut mieux côtoyer au bar que dans ses cellules. Les situations décrites par Edimo sont très modernes et provoquent parfois un grincement de dents. C'est le cas quand il décrit l'interrogatoire d'une vendeuse de beignets ou le sort réservé aux homosexuels.
Le dessin d'Al'Mata est à la hauteur. Un trait simple et plaisant qui accentue le comique des situations. Mais surtout c'est l'ambiance du pays qui transpire de la série. Que ce soit au village ou à la capitale tout y est, de l'ambassade de France à la petite échoppe de quartier en passant par les bars et les rues.
Un véritable billet AF pour pas cher.
Une série très plaisante qui aborde des thèmes sérieux de façon très humoristique.
Tome 1 - Les Mains d'Illian
Le joli néologisme du titre reflète à merveille ce conte où il est question d’oiseaux sculptés dans le bois. On connaissait le talent de conteur de Hubert, scénariste prolifique dont on ne citera que la fabuleuse saga gothique des « Ogres-Dieux ». Son talent, il le met cette fois au service de Gaëlle Hersant, dessinatrice remarquée en 2015 pour sa biographie sur Marie-Angélique Leblanc, Sauvage (Delcourt).
« Le Boiseleur » possède tous les attraits des contes de notre enfance, ne serait-ce que parce qu’il emprunte à la magie de « Pinocchio », Illian évoquant de loin le personnage de Geppetto. Le livre bénéficie par ailleurs d’une narration simple avec des thématiques très contemporaines. Sans vouloir interpréter à outrance les propos de l’auteur, le jeune ouvrier Illian ne symbolise-t-il pas d’une certaine manière tous les enfants des pays pauvres exploités pour la fabrication des jouets à destination des Occidentaux ? Le même Illian qui ose faire la cour à la fille de son patron, n’enfreint-il pas les règles implicites voulues par les classes dirigeantes, consistant à maintenir les couches populaires dans leurs conditions misérables, à les empêcher de s’élever au dessus du plafond de verre séparant les dominants des dominés ?… Le don du jeune garçon pour sculpter les oiseaux est à ce titre on ne peut plus symbolique…
Cette thématique sociale vieille comme le monde se double d’une autre, plus sociétale, qui aurait à voir avec nos comportements consuméristes aux effets pervers. Ici, c’est le don extraordinaire d’Illian qui, à cause du panurgisme des habitants de Solidor, va devenir une malédiction, entraînant la disparition des vrais oiseaux de l’île, et avec eux leurs chants…
Le bel univers graphique de Gaëlle Hersent est loin d’être étranger au charme très particulier de ce récit. Comme si les oiseaux l’avaient inspirée, son trait semble se déployer à la manière du long plumage de ces merveilleuses créatures, pour la plupart exotiques, si bien qu’on aurait presque la sensation de les entendre agiter leurs ailes ou jaser leurs trilles harmonieuses. Des chants d’oiseaux qui persistent dans votre tête et vos oreilles longtemps après avoir refermé le livre… Il y a décidément de la magie dans ce « Boiseleur »…
Non dénué d’un certain humour, le premier tome de ce diptyque se referme sur une note inattendue pleine de poésie, suggérant d’autres belles séquences à venir. Publiée dans la collection « Métamorphose », l’ouvrage bénéficie, faut-il le préciser, d’une magnifique présentation.
Tome 2 - L'Esprit d'atelier
Alors que la première partie était centrée sur l’activité sur bois de notre jeune héros Illian, « L’Esprit d’atelier » nous fait pénétrer dans le monde de la sculpture sur pierre, ce qui renouvelle de façon originale ce conte plein de magie. Le grand mérite de l’histoire est de nous faire aborder la sculpture sous l’angle du merveilleux tout en initiant les plus béotiens d’entre nous (dont je fais partie) au « plus mystérieux des arts ». Illian lui-même, coutumier de la sculpture sur bois, réalise que travailler la pierre, ce n’est pas du tout la même limonade ! S’il a su faire preuve de son talent avec ses oiseaux en bois, le pauvre garçon est désormais totalement déboussolé, avouant ne rien piper aux principes de façonnage de ce matériau. Le bois, c’est tendre, mais le caillou, c’est pas chou ! L’identification au jeune artiste sera d’autant plus aisée pour les « cancres » en la matière…
Mettre en images un tel sujet n’était pas à la portée de n’importe quel dessinateur. Gaëlle Hersent se montre largement à la hauteur, très à l’aise pour représenter les formes, le mouvement et les courbes de la statuaire. Son crayon virevolte au rythme du ciseau, et certaines planches nous laissent admiratif, avec cette sensation de nous être appropriés les bases d’un art fascinant. Après ça, forcément, on ne regardera plus tout à fait les statues de la même façon… En revanche, si la colorisation est sobre, on pourra regretter, même si ça ne gâche pas l’ensemble, cette propension à utiliser les mêmes tonalités, qui voient principalement le marron converser avec le beige, l’orange ou un bleu tirant vers le gris, ce qui confère à l’ensemble une certaine monotonie.
Comme pour chacune de ses œuvres, Hubert n’a pas oublié d’être « inclusif », sans ostentation toutefois, en intégrant à l’histoire des personnages d’origine ethnique diverses et en faisant des femmes autre chose que les faire-valoir de la gent mâle. Mais ce que l’on retiendra surtout, c’est le contenu philosophique de ce conte, dans lequel les artistes « officiels », les vaniteux, qui sont souvent les mêmes, en prennent pour leur grade. L’arrogance et l’esbroufe, c’est pas le genre de la maison Hubert ! Quant au twist final qui vient ponctuer la compétition finale entre les deux ateliers desquels le timide Illian est l’un des représentants — avec un enjeu terrible, la mise au ban de l’atelier perdant ! —, il nous invite peut-être juste à être nous-mêmes, en évitant le « côté obscur » induit par un ego surdimensionné aux effets potentiellement dévastateurs… Et pour les plus romantiques d’entre nous, les auteurs n’ont bien sûr pas oublié la discrète « love story » entre Illian et Flora, sa dulcinée restée au pays qu’il croyait perdue à jamais. Mais les auteurs nous évitent le « Ils-furent-heureux-et-eurent-beaucoup-d ’enfants » en privilégiant une fin plus subtile… Avec pour seule conclusion : en art comme en amour, c’est toujours la pureté des sentiments qui prime…. Et pour le second, pas besoin de ciseau, de gouge ou de rabot…
Tous les artisans de paix sont les bienvenus et cette série qui promeut leurs actions pacifiques est un vrai document à méditer.
Maximilien Le Roy est un auteur engagé avec qui je ne partage pas toutes ses idées. Ici j'adhère vraiment à l'ouvrage qu'il nous propose.
Un livre en trois parties sur le conflit Israélo Palestinien qui représente une réflexion intéressante pour sortir par le haut des impasses que l'Histoire se plaît à construire.
L'ouvrage reste d'actualité même s’il se situe il y a une bonne dizaine d'année. La première partie est la plus émotive avec ce parcours de paisibles familles palestiniennes qui rencontrent la mort et l'injustice au gré d'une balle perdue ou d'un contrôle de routine qui tourne à la folie.
Les deux parties qui suivent sont plus intellectuelles et réfléchies. Le parcours de Matan Cohen montre qu'en toutes circonstances, il est possible de se détacher de la pression médiatique environnante pour réfléchir par soi-même.
La dernière partie se présente sous forme d'un entretien.
Les deux parties graphiques sont très différentes. J'ai beaucoup aimé le dessin de Soulman dans un style réaliste qui décrit bien les gens et les paysages de Palestine.
Maximilien Le Roy avec son style très personnel présente un dessin plus politique s'attachant à la personne de Cohen lors de son engagement et de ses confrontations aux autorités israélienne.
Un ouvrage à lire pour avoir une vision différente et plus optimiste de cette page d'histoire.
Le conte est un genre littéraire que j'apprécie beaucoup. Tommy Redolfi, avec son Viktor, adapte un récit du trop méconnu marcel Schwob. Après avoir lu son excellent Holy Wood - Portrait fantasmé de Marilyn Monroe je ne suis pas surpris que Redolfi ait été touché par une telle oeuvre.
Dans un univers très poétique, romantique (au sens littéraire) et tourmenté l'initiation du petit Viktor ne m'a pas laissé indifférent. Un récit pour les enfants ? Pas si sûr tellement on peut y trouver des niveaux de lecture différents.
Après l'insouciance de l'enfance cocoonée à l'intérieur par sa grand-mère et à l'extérieur par sa forêt, le petit Viktor vit une tempête que l'on pourrait voir comme la puberté et le début de l'adolescence. Période de rêve de grandeur, de révolte (contre Dieu et sa famille) et d'affirmation de soi, mais aussi Viktor va l'expérimenter c'est souvent une période de solitude et de dangers.
Je trouve donc normal que le personnage de Viktor ne soit pas si cool et un peu tête à claque comme beaucoup d'ados.
Ce qui frappe dès les premières pages de lecture est le soin apporté par Redolfi à la qualité littéraire de son texte. L'auteur nous propose presque un poème en prose qui nous berce et nous envoute. Le texte n'est absolument pas trop lourd ce qui rend la lecture aisée pour un large public.
Le style graphique de Redolfi est bien particulier. Son trait tourmenté et hachuré convient à merveille à ce type de récit à la frontière du fantastique. L'auteur a le don de nous proposer des ambiances entre rêves et cauchemars. Cela peut être déstabilisant mais c'est vraiment créatif et original.
La mise en couleur à base de violets et de bruns ajoute à l'atmosphère un peu occulte du récit. Je la trouve pile dans l'esprit de l'oeuvre.
Pour finir je ne trouve pas du tout la fin ridicule mais je le lis plutôt comme une morale à passer du rêve au pragmatisme mais en gardant soin de faire vivre ses désirs d'enfance.
Ainsi Tommy Redolfi nous propose un oeuvre très intéressante et bien plus profonde qu'une lecture rapide peut laisser paraître.
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Cristal
Cristal est une BD de S-F à l'ancienne si je puis dire, qui reflète les préoccupations majeures de son époque à travers quelques détails (je vais y revenir). Il s'agit d'une des nombreuses BD tournées vers un public "adulte" lors de la période "maturité" du journal de Spirou : l'époque où on voyait des BD inoffensives typées jeunesse comme "les jungles perdues" côtoyer un Kogaratsu en train d'aider un allié à faire un seppuku très graphique...Inutile de dire que cette époque est révolue et que Cristal n'a pas survécu au virage opéré par Spirou dans les années 90 pour viser un public plus jeune. Du point de vue graphique, pas grand-chose à redire, c'est assez beau, typé "années 80" dans le bon sens du terme. Scénaristiquement, c'est un peu plus problématique : le héros, Cristal, est un extra-terrestre surnommé ainsi car son iris est presque transparent. Le tome introductif nous montre son vaisseau de crasher sur terre, son compagnon ne survit pas à la chute, et lui-même, au départ prisonnier des autorités gouvernementales, va s'enfuir avec l'aide d'un français et ensemble ils vont aider le monde à être un peu plus juste tout en permettant à Cristal de découvrir la planète. Le gros problème est que la preuve d'une vie extra-terrestre ne semble pas générer de réactions particulières dans la population...Et nos fugitifs peuvent se déplacer parfois dans un relatif anonymat alors que normalement tout le monde devrait le connaître, et on aurait pu même parfaitement imaginer aussi des armées de fanatiques considérant Cristal comme le messie, ou à l'inverse des gens qui le voient comme l'antéchrist et veulent le tuer...On ne voit hélas rien de tout cela. Cela aurait pu également générer des tensions géopolitiques en période de guerre froide : malgré la glasnost lancée par Gorbatchev, je pense que les militaires russes auraient pu devenir parano en voyant l'Ouest mettre la main sur des technologies avancées...Mais pareil on n'en parle pas. Non, cette BD sert de prétexte à dénoncer par exemple la pollution : Cristal n'est pas allergique à l'eau, mais il ne supporte qu'une eau absolument pure (il se lave avec de l'eau en bouteilles filtrée), on parle aussi du problème des réfugiés politiques et des orphelins, et autres. Au milieu nous avons Cristal avec ses pouvoirs mentaux. Le personnage français qui était son compagnon de voyage disparaît progressivement à partir du tome 4 (à part une courte apparition au début du tome 5) sans que Cristal ne fasse plus jamais référence à celui qui fut son compas moral.. Cristal aussi évolue de manière incohérente : si dans le premier opus il était un être relativement froid prêt à tuer, il devient subitement un défenseur de la veuve et de l'orphelin à partir du 4ème opus. Accessoirement, dans le tome 2 on apprend que Cristal serait un prince d'une autre planète, mais dans le tome 3 on nous dit l'inverse... C'est un peu naïf, et si vous n'avez pas lu Cristal enfant, vous serez moins tolérant que moi. Je lui met 4/5 en raison du côté nostalgique / madeleine de Proust, mais cela vaut 3/5 autrement, à considérer comme une pièce d'histoire de la BD.
The Rolling Stones en bandes dessinées
Ce n'est pas un petit caillou mais un pavé de 252 pages que cette excellente biographie des Stones. Je suis d'accord avec l'avis de Yann, moi aussi je me suis régalé à la lecture de cette série. Et pourtant je ne suis pas musicien (il y a des passages techniques) et je suis 100% Beatles. Pour commencer j'ai été surpris car les autres titres que j'ai lu dans ce genre chez Petit à petit, mettaient l'accent sur l'illustration de chansons des artistes. Ici aucune des 25 histoires ne reprend le texte d'une chanson des Stones. Le livre est construit comme une véritable biographie qui commence avec la rencontre de Keith Richards avec Mike Jagger pour finir aux Stones des années 2000. Une longévité remarquable tellement elle fut semée de difficultés. Ce qui est remarquable dans cette biographie est que Ceka évite toute hagiographie. Aucune complaisance, au contraire les points sombres ou ambigus de la vie des Stones sont bien expliqués sans pour autant porter de jugements. Deux éléments ressortent de cette biographie : la cohésion du groupe due à l'esprit Rolling Stones et la drogue omniprésente dès le début chez Keith et Mike. Le sexe n'est abordé qu'à la marge presque comme une normalité pour l'époque et pour des Stars de cette envergure. Le côté BD est secondaire comme le soulignait Yann. Il n'est là que pour illustrer certains épisodes marquants. J'en retiens quatre : Rollin' Stones Blues de Lacan qui explique le nom, I wanna be your man de Domas où John Lennon et Paul Mc Cartney composent et offrent (en une heure) leur premier succès aux Stones, L'Open tuning de Pates qui explique le son des Stones et enfin Une langue à 63000 euros de Virginie de Lambert pour le célèbre logo. Je ne suis pas un grand fan des Stones mais ceux-ci ont eu un rôle sociétal important pendant près de trente ans au delà de leurs qualités artistiques. Ils ont été une incarnation de mouvements de pensées et de façon de vivre importants dans la jeunesse occidentale pendant ces années. Le livre ne cache pas les ambiguïtés qui accompagnent ce parcours mais les Stones restent un fait sociétal, ce qu'exprime très bien le livre. Une lecture qui m'a vraiment captivé sans pour autant me faire changer d'avis, je reste Beatles.
Slava
Gomont est un auteur que j'achète en toute confiance depuis Malaterre, cette fois il nous entraîne dans un triptyque au cœur de la Russie qui passe du communisme au capitalisme sans transition, un pays laissé aux mains des opportunistes et des cyniques. L'auteur préface son album pour signaler que l'action se déroule en Russie mais que son élaboration a été réalisée avant la guerre en Ukraine. Une mise au point qu'il a jugé nécessaire pour signifier qu'il ne profite pas de la situation et que ce projet datait depuis longtemps. La première originalité, c'est le sujet. Le traitement de cette période par l'auteur donne vie à des personnages aux caractères bien trempés, au cœur d'un pays en plein chaos, il nous fait vivre un moment où tout est permis. Une période qui est comme un révélateur de la nature humaine et Gomont exploite cette situation avec tout son talent. Comme à son habitude, l'humour de Gomont nous fait sourire même dans les moments les plus tragiques. Le dessin c'est le style Gomont, reconnaissable dès la première page, ses couleurs pastels, ses personnages parfois crayonnés en rouge et des décors réalistes qui nous plongent en Russie dans les montagnes du Caucase. Un premier tome prometteur
Algues vertes - L'Histoire interdite
Premier album tiré de La Revue dessinée que je lis et je suis plutôt satisfait : c'est de la BD-reportage comme je l'aime : instructive, bien documentée et servie par du vrai dessin, pas quelqu'un qui fait juste copier des photos. Je ne connaissais pas du tout cette histoire d'algues vertes et j'ai vite compris qu'on avait affaire à un scandale typique où les responsables politiques vont fermer les yeux et laisser se propager une menace écologique au mépris des vies parce que la cause des algues vient de la pollution industrielle et qu'il y a des intérêts économiques en jeux. Il y a des passages vraiment révoltants (mention spéciale pour la compagnie chargée de ramasser les algues vertes qui est trop radine pour payer un équipement et un camion sécuritaire pour ce travail). Le scénario est bien fait. On saute d'un aspect du sujet à un autre sans avoir l'impression que ça part dans tous les sens. La narration est fluide malgré la quantité de textes. Je recommande cet album à tous les amateurs de documentaire.
Lettres perdues
Je continue d'explorer l'univers de Jim Bishop, car il a vraiment un univers bien particulier, bien à lui. Donc après avoir apprécié son Mon ami Pierrot, je me suis précipité dans une librairie pour y dégoter une autre de ses œuvres : "Lettres perdues". Je disais donc un univers bien particulier, car c'est toujours difficilement classable. Toujours ce mélange des genres, ici aventure, science-fiction et conte. Iode est un jeune garçon qui vit seul, avec pour animal de compagnie un pélican. Tous les jours il guette le facteur, il attend une lettre de sa mère. N'y tenant plus, il se met au volant de sa deux-chevaux verte et direction la poste. Il fera la connaissance d'une jeune fille bien mystérieuse, Frangine, et d'un policier pas des plus malin. Et ce trio va être embarqué dans une improbable histoire de trafic de ... Un récit assez simpliste à première vue mais qui aborde des sujets forts tel que le deuil, le changement climatique, la pollution des océan et le suicide. Jim Bishop a su créer un monde fantastique riche et varié avec des personnages attachants et une intrigue qui ne se finit pas forcément bien. Mais pour apprécier cet album, il faut aimer le surréalisme et le road movie absurde sur un fond de mélancolie. Un album qui ne m'a pas laissé indifférent. Visuellement, j'ai adoré. Toujours ce trait rond et fluide qui prend inspiration chez le manga. Le tout rehaussé par de superbes couleurs lumineuses. Une belle inventivité dans les décors et les personnages. Notre policier avec pour tête, un bocal où se trouve un poisson rouge en est un exemple parmi tant d'autres. Une délicieuse lecture. Jim Bishop, un jeune artiste à découvrir et à suivre.
Tananarive
Sylvain Vallée a un sacré coup de crayon et j'aime la fraicheur et la vivacité des planches de cet album tout autant que le soin qui y est apporté : c'est typiquement le type de dessin qui me donne envie de lire. L'histoire est également originale, avec ce vieux notaire chagriné par la mort de son ami et frustré à l'idée que les récits d'aventure exotique dont celui-ci l'a abreuvé pourraient ne pas être vrais. C'est avec le sourire et une certaine curiosité qu'on le suit mener son enquête sur le passé de son ami, à la recherche de cet enfant qu'il lui a raconté avoir eu au cours de ses périples. C'est bien fait, réaliste, avec ce petit côté appel à l'aventure qui séduit. Pour autant, je ne suis qu'en partie tombé sous le charme, ce charme qui aurait dû me rendre très touchantes les dernières pages et qui pourtant m'a laissé relativement indifférent. Il m'a manqué quelque chose pour que la mayonnaise prenne effectivement même si j'ai passé un bon moment. Note : 3,5/5
Les Tribulations d'Alphonse Madiba dit Daudet
J'ai souvent ri de bon coeur à la lecture de cette série. Les auteurs sont originaires de l'Afrique de l'Ouest et connaissent bien cette problématique de l'enfant envoyé en Europe (souvent en France) avec tous les espoirs de la famille (au sens large, très large). Etant moi-même introduit dans le milieu camerounais, j'y ai retrouvé de nombreuses situations vécues par des amis. Pour ne déplaire à personne, les auteurs placent notre ami Alphonse Madiba comme citoyen de la Balaphonie, pays imaginaire mais prenant déci delà des caractéristiques vitriolées des pays de l'Ouest Africain. Alphonse est resté un grand ado, sympathique mais indolent, tête à claques, profiteur et qui refuse de grandir. Son étoile est Paris avec sa vie plus ou moins facile. Quand il a usé la corde jusqu'au bout il faudra bien rentrer au pays la queue entre les jambes. Mais une belle apparence et quelques faux documents peuvent faire illusion dans une famille qui ne demande qu'à être éblouie. Edimo nous livre un scénario bien ficelé, un brin décalé et sans aucun temps mort. Comment ne pas perdre la face, voire profiter de la situation, et comment retrouver un visa sont les deux problématiques d'Alphonse (et souvent de nombreux immigrés qui ont échoué en Europe.) Pour cela Alphonse devra affronter un commissaire qu'il vaut mieux côtoyer au bar que dans ses cellules. Les situations décrites par Edimo sont très modernes et provoquent parfois un grincement de dents. C'est le cas quand il décrit l'interrogatoire d'une vendeuse de beignets ou le sort réservé aux homosexuels. Le dessin d'Al'Mata est à la hauteur. Un trait simple et plaisant qui accentue le comique des situations. Mais surtout c'est l'ambiance du pays qui transpire de la série. Que ce soit au village ou à la capitale tout y est, de l'ambassade de France à la petite échoppe de quartier en passant par les bars et les rues. Un véritable billet AF pour pas cher. Une série très plaisante qui aborde des thèmes sérieux de façon très humoristique.
Le Boiseleur
Tome 1 - Les Mains d'Illian Le joli néologisme du titre reflète à merveille ce conte où il est question d’oiseaux sculptés dans le bois. On connaissait le talent de conteur de Hubert, scénariste prolifique dont on ne citera que la fabuleuse saga gothique des « Ogres-Dieux ». Son talent, il le met cette fois au service de Gaëlle Hersant, dessinatrice remarquée en 2015 pour sa biographie sur Marie-Angélique Leblanc, Sauvage (Delcourt). « Le Boiseleur » possède tous les attraits des contes de notre enfance, ne serait-ce que parce qu’il emprunte à la magie de « Pinocchio », Illian évoquant de loin le personnage de Geppetto. Le livre bénéficie par ailleurs d’une narration simple avec des thématiques très contemporaines. Sans vouloir interpréter à outrance les propos de l’auteur, le jeune ouvrier Illian ne symbolise-t-il pas d’une certaine manière tous les enfants des pays pauvres exploités pour la fabrication des jouets à destination des Occidentaux ? Le même Illian qui ose faire la cour à la fille de son patron, n’enfreint-il pas les règles implicites voulues par les classes dirigeantes, consistant à maintenir les couches populaires dans leurs conditions misérables, à les empêcher de s’élever au dessus du plafond de verre séparant les dominants des dominés ?… Le don du jeune garçon pour sculpter les oiseaux est à ce titre on ne peut plus symbolique… Cette thématique sociale vieille comme le monde se double d’une autre, plus sociétale, qui aurait à voir avec nos comportements consuméristes aux effets pervers. Ici, c’est le don extraordinaire d’Illian qui, à cause du panurgisme des habitants de Solidor, va devenir une malédiction, entraînant la disparition des vrais oiseaux de l’île, et avec eux leurs chants… Le bel univers graphique de Gaëlle Hersent est loin d’être étranger au charme très particulier de ce récit. Comme si les oiseaux l’avaient inspirée, son trait semble se déployer à la manière du long plumage de ces merveilleuses créatures, pour la plupart exotiques, si bien qu’on aurait presque la sensation de les entendre agiter leurs ailes ou jaser leurs trilles harmonieuses. Des chants d’oiseaux qui persistent dans votre tête et vos oreilles longtemps après avoir refermé le livre… Il y a décidément de la magie dans ce « Boiseleur »… Non dénué d’un certain humour, le premier tome de ce diptyque se referme sur une note inattendue pleine de poésie, suggérant d’autres belles séquences à venir. Publiée dans la collection « Métamorphose », l’ouvrage bénéficie, faut-il le préciser, d’une magnifique présentation. Tome 2 - L'Esprit d'atelier Alors que la première partie était centrée sur l’activité sur bois de notre jeune héros Illian, « L’Esprit d’atelier » nous fait pénétrer dans le monde de la sculpture sur pierre, ce qui renouvelle de façon originale ce conte plein de magie. Le grand mérite de l’histoire est de nous faire aborder la sculpture sous l’angle du merveilleux tout en initiant les plus béotiens d’entre nous (dont je fais partie) au « plus mystérieux des arts ». Illian lui-même, coutumier de la sculpture sur bois, réalise que travailler la pierre, ce n’est pas du tout la même limonade ! S’il a su faire preuve de son talent avec ses oiseaux en bois, le pauvre garçon est désormais totalement déboussolé, avouant ne rien piper aux principes de façonnage de ce matériau. Le bois, c’est tendre, mais le caillou, c’est pas chou ! L’identification au jeune artiste sera d’autant plus aisée pour les « cancres » en la matière… Mettre en images un tel sujet n’était pas à la portée de n’importe quel dessinateur. Gaëlle Hersent se montre largement à la hauteur, très à l’aise pour représenter les formes, le mouvement et les courbes de la statuaire. Son crayon virevolte au rythme du ciseau, et certaines planches nous laissent admiratif, avec cette sensation de nous être appropriés les bases d’un art fascinant. Après ça, forcément, on ne regardera plus tout à fait les statues de la même façon… En revanche, si la colorisation est sobre, on pourra regretter, même si ça ne gâche pas l’ensemble, cette propension à utiliser les mêmes tonalités, qui voient principalement le marron converser avec le beige, l’orange ou un bleu tirant vers le gris, ce qui confère à l’ensemble une certaine monotonie. Comme pour chacune de ses œuvres, Hubert n’a pas oublié d’être « inclusif », sans ostentation toutefois, en intégrant à l’histoire des personnages d’origine ethnique diverses et en faisant des femmes autre chose que les faire-valoir de la gent mâle. Mais ce que l’on retiendra surtout, c’est le contenu philosophique de ce conte, dans lequel les artistes « officiels », les vaniteux, qui sont souvent les mêmes, en prennent pour leur grade. L’arrogance et l’esbroufe, c’est pas le genre de la maison Hubert ! Quant au twist final qui vient ponctuer la compétition finale entre les deux ateliers desquels le timide Illian est l’un des représentants — avec un enjeu terrible, la mise au ban de l’atelier perdant ! —, il nous invite peut-être juste à être nous-mêmes, en évitant le « côté obscur » induit par un ego surdimensionné aux effets potentiellement dévastateurs… Et pour les plus romantiques d’entre nous, les auteurs n’ont bien sûr pas oublié la discrète « love story » entre Illian et Flora, sa dulcinée restée au pays qu’il croyait perdue à jamais. Mais les auteurs nous évitent le « Ils-furent-heureux-et-eurent-beaucoup-d ’enfants » en privilégiant une fin plus subtile… Avec pour seule conclusion : en art comme en amour, c’est toujours la pureté des sentiments qui prime…. Et pour le second, pas besoin de ciseau, de gouge ou de rabot…
Les Chemins de traverse
Tous les artisans de paix sont les bienvenus et cette série qui promeut leurs actions pacifiques est un vrai document à méditer. Maximilien Le Roy est un auteur engagé avec qui je ne partage pas toutes ses idées. Ici j'adhère vraiment à l'ouvrage qu'il nous propose. Un livre en trois parties sur le conflit Israélo Palestinien qui représente une réflexion intéressante pour sortir par le haut des impasses que l'Histoire se plaît à construire. L'ouvrage reste d'actualité même s’il se situe il y a une bonne dizaine d'année. La première partie est la plus émotive avec ce parcours de paisibles familles palestiniennes qui rencontrent la mort et l'injustice au gré d'une balle perdue ou d'un contrôle de routine qui tourne à la folie. Les deux parties qui suivent sont plus intellectuelles et réfléchies. Le parcours de Matan Cohen montre qu'en toutes circonstances, il est possible de se détacher de la pression médiatique environnante pour réfléchir par soi-même. La dernière partie se présente sous forme d'un entretien. Les deux parties graphiques sont très différentes. J'ai beaucoup aimé le dessin de Soulman dans un style réaliste qui décrit bien les gens et les paysages de Palestine. Maximilien Le Roy avec son style très personnel présente un dessin plus politique s'attachant à la personne de Cohen lors de son engagement et de ses confrontations aux autorités israélienne. Un ouvrage à lire pour avoir une vision différente et plus optimiste de cette page d'histoire.
Viktor
Le conte est un genre littéraire que j'apprécie beaucoup. Tommy Redolfi, avec son Viktor, adapte un récit du trop méconnu marcel Schwob. Après avoir lu son excellent Holy Wood - Portrait fantasmé de Marilyn Monroe je ne suis pas surpris que Redolfi ait été touché par une telle oeuvre. Dans un univers très poétique, romantique (au sens littéraire) et tourmenté l'initiation du petit Viktor ne m'a pas laissé indifférent. Un récit pour les enfants ? Pas si sûr tellement on peut y trouver des niveaux de lecture différents. Après l'insouciance de l'enfance cocoonée à l'intérieur par sa grand-mère et à l'extérieur par sa forêt, le petit Viktor vit une tempête que l'on pourrait voir comme la puberté et le début de l'adolescence. Période de rêve de grandeur, de révolte (contre Dieu et sa famille) et d'affirmation de soi, mais aussi Viktor va l'expérimenter c'est souvent une période de solitude et de dangers. Je trouve donc normal que le personnage de Viktor ne soit pas si cool et un peu tête à claque comme beaucoup d'ados. Ce qui frappe dès les premières pages de lecture est le soin apporté par Redolfi à la qualité littéraire de son texte. L'auteur nous propose presque un poème en prose qui nous berce et nous envoute. Le texte n'est absolument pas trop lourd ce qui rend la lecture aisée pour un large public. Le style graphique de Redolfi est bien particulier. Son trait tourmenté et hachuré convient à merveille à ce type de récit à la frontière du fantastique. L'auteur a le don de nous proposer des ambiances entre rêves et cauchemars. Cela peut être déstabilisant mais c'est vraiment créatif et original. La mise en couleur à base de violets et de bruns ajoute à l'atmosphère un peu occulte du récit. Je la trouve pile dans l'esprit de l'oeuvre. Pour finir je ne trouve pas du tout la fin ridicule mais je le lis plutôt comme une morale à passer du rêve au pragmatisme mais en gardant soin de faire vivre ses désirs d'enfance. Ainsi Tommy Redolfi nous propose un oeuvre très intéressante et bien plus profonde qu'une lecture rapide peut laisser paraître.