Après Saison brune, Philippe Squarzoni nous revient avec la version numérique, "Saison brune 2.0".
Non, il ne s'agit pas de la version à télécharger sur votre tablette ou votre smartphone, mais bien d'un nouveau volet traitant du réchauffement climatique induit par l'explosion de l'utilisation de nos appareils numériques.
Un like, un mail, une photo chargée ou un film en streaming : que se cache-t-il derrière ce qui est aujourd'hui devenu "banal" et qui ne nous questionne même plus dans nos pratiques quotidiennes ? C'est ce que nous propose Philippe Squarzoni de façon détaillée et toujours aussi factuelle. Fidèle à ses questionnements individuels, il décline avec cet album la réflexion sur les conséquences climatiques de nos usages numériques.
Son sens de la sobriété graphique alliant une esthétique épurée permet au lecteur de ne pas se noyer sous une masse d'information qui pourrait vite être indigeste. Il joue avec les formes, les clins d’œils graphiques et compose ses planches en fonction, guidant le notre dans ce multivers de papier qui nous plonge dans celui du numérique...
Le constat est édifiant comme malheureusement à chaque fois... C'est là qu'on se dit qu'on est vraiment mal barré...
Pour autant, l'album ne se veut pas accusateur ou réprobateur ; il est juste une source d'informations aux données vérifiées (et vérifiables) qui nous remet une nouvelle fois le nez dans notre caca. A chacun d'en faire ce qu'il veut. Passer à autre chose ou essayer de changer (un peu) les choses et nos modes de consommation... A chacun de voir...
Comme pour ses albums précédents Squarzoni persiste et signe avec un album qui remet nos modes de vie en perspective et pointe les conséquences de nos aberrations.
Depuis que j’ai découvert le travail de Clément Vuillier, je suis clairement sous son charme, et cet album ne m’en fera pas sortir !
Pour la troisième fois ce sont les éditions 2024 qui l’accueillent, et elles ont encore fait un superbe travail éditorial, qui met très bien valeur le dessin de Vuillier : un joli bijou dans un bel écrin.
Ceux qui comme moi ont déjà lu – et apprécié – L'Année de la Comète chez le même éditeur, y trouveront quelques accointances. On pourrait presque dire que « Terre rare » propose un « avant » et un « après ». Pure supposition de ma part, puisque nous ne savons pas quand et sur quelle planète se déroulent ces deux « histoires ». Mais il y a quand même beaucoup de points communs.
Un paysage dominé par le minéral, la roche, acérée le plus souvent, avec des cataclysme venus de l’espace qui déclenchent des réactions en chaine, des bouleversements telluriques. Et là le dessin de Vuillier donne toute sa pleine mesure, c’est souvent grandiose ! Et encore une fois, si l’album muet peut se lire très vite, on est souvent happé par la beauté de certaines planches, sur lesquelles on passe et repasse sans épuiser leur pouvoir d’évocation.
Mais ici Vuillier ajoute quelques petites touches originales, qui ont titillé ma curiosité. La planète frappée par les cataclysmes recèle visiblement des pierres précieuses. Surtout, nous voyons une sphère venue des confins de l’espace, se diviser en deux et venir, comme une pelleteuse, se servir, pour repartir. Rien n’est expliqué, sans que cela n’ait nourri chez moi de frustration. Une petite pincée SF, mais surtout une imagination fouettée par le vent du large.
Chapeau bas monsieur Vuillier, et merci aux éditions 2024, cette « Terre rare » est un beau voyage.
A l’occasion du décès et de l’enterrement de leur mère, ses cinq enfants se retrouvent. C’est l’occasion d’un grand déballage familiale. On le voit, le pitch de départ sent le déjà-vu. Pourtant, j’ai bien aimé ma lecture.
D’abord parce que le dessin, simple et fluide, est agréable (quelques airs de manga pourtant dans la finesse du trait ou d’autres aspects).
Ensuite parce que l’histoire est bien construite.
Cela alterne entre des flash-backs, qui permettent de découvrir l’histoire familiale par bribes, et des passages se déroulant au moment de la narration (la mère est morte au moment où tous ses enfants se retrouvaient pour un repas familial chez elle).
La nourriture, les repas justement, jouent un rôle important dans l’histoire familiale (la mère était un cordon bleu), dans le titre, et dans l’intrigue (je ne spoile pas, même si j’avais vu venir un truc avant qu’il ne soit dévoilé).
La psychologie, la personnalité des protagonistes sont bien construites, on a là des « acteurs » forts, y compris la mère bien sûr. Sans compter un absent dans la tête de tous, le père.
Une chouette petite lecture en tout cas, qui revisite bien un thème pas mal traité un peu partout.
J’ai lu le diptyque dans l’intégrale publiée par Ankama. Et je l’ai lue très vite, tant le sujet et son traitement sont vraiment chouettes.
En effet, Eldiablo a bâti une bonne intrigue. Débutée comme un polar classique, cela bascule assez rapidement en quelque chose de plus original : une sorte de huis-clos entre un grand (et gros) caïd et une ancienne policière qui le traquait depuis longtemps. Les dialogues sont dynamiques, parsemés d’agressions plus ou moins vachardes. Surtout, l’histoire que raconte ce « caïd » permet de s’évader de ce huis-clos, dans le temps et dans l’espace.
Sans trop révéler de l’intrigue, disons qu’Eldiablo a réussi à bien utiliser un thème ancien des contes, a presque réussi à lui donner corps et chair, crédibilité. En tout cas ça donne du coffre à son histoire.
Quant au dessin de Cha, il est moderne, très lisible (il réussit à bien alterner les styles en fonction des époques illustrées), un parfait complément à l’histoire d’Eldiablo.
Les auteurs parlent de premier cycle. Je ne sais pas si ce serait une bonne idée de poursuivre. Car il faudrait vraiment avoir matière à, sans faire retomber le soufflé. En l’état, c’est un diptyque très recommandable.
J’ai bien aimé ce récit. D’abord parce qu’il est basé sur une histoire vraie complètement barrée qui m’a poussé à me demander si ces lascars étaient complètement frapadingues ou s’ils allaient arriver à concrétiser un rêve de prime abord inaccessible. Le fait qu’au fil du récit, les ambitions de départ sont finalement quelque peu revues à la baisse n’enlève rien au mérite de ces kayakistes improvisés. Au contraire, cela les humanise et nous donne envie de nous dire « pourquoi pas nous ? »
Ensuite pour ses paysages. Le choix de laisser exploser la couleur que lorsque la nature s’impose les rend encore plus grandioses. Franchement, c’est une vraie invitation au voyage.
Enfin, ses thématiques. Réflexion sur les changements climatiques, histoire de camaraderie et puis récit plus personnel pour le narrateur qui doit faire le deuil d’une relation amoureuse. Ce sont des thèmes auxquels je suis sensible et qui ont contribué à mon envie de continuer la lecture. Ils sont abordés par le petit bout de la lorgnette, à hauteur d’homme serais-je tenté de dire. Et ça non plus, ce n’est pas pour me déplaire.
Au final, même si je ne considère pas cet album comme un indispensable, j’ai beaucoup aimé cette lecture. Franchement pas mal du tout.
Un gros polar à l’Américaine, très cinématographique, très classique. Jamais je n’ai été surpris et pourtant, j’ai adoré cet album. C’est une lecture confortable, les personnages sont des stéréotypes et on se doute de la fin dès les premières pages. Même le confident du héros (et prétexte aux longs monologues de ce dernier grâce auxquels on découvre son passé –oui, de ce côté-là non plus, il ne faut pas chercher l’innovation-) n’a rien de surprenant. Et pourtant, ça marche foutrement bien !
Le dessin ? Pareil que le scénario : rien de surprenant, rien d’innovant mais un confort de lecture assuré, des décors immersifs usant d’images d’Epinal d’une Amérique fantasmée. Les mecs ont des tronches burinées, des visages sévères au travers desquels on sent leur détermination. Les nanas sont roulées comme des actrices porno, tout en courbes avec un visage lisse, sans ride, sans aspérité. A l’Américaine, vous dis-je !
Finalement, l’élément le plus original, c’est le camping-car… Et c’est peut-être ce qui fait la différence. Ce petit détail qui nous sort d’une redite pure et dure des récits du genre... ou pas. Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est que j’ai beaucoup aimé.
Nous partons pour la conquête des Etats Unis avec les nouveaux arrivants originaires de la vieille Europe, ce thème est un classique pour un western. L'originalité de cette bd est le personnage principal qui n'est pas un personnage mais un objet un rocking-chair.
La violence et les trahisons s’enchaînent, les propriétaires du rocking-chair ne le gardent jamais longtemps et dans cette histoire pleine de rebondissements, le rocking-chair nous fait découvrir la quasi totalité de la société Américaine à cette époque. Les différents métiers et les différentes couches sociales sont les brefs propriétaires de ce rocking-chair et il nous fait voyager à travers tout ce merveilleux pays.
Au cœur d'une nature sauvage que les auteurs ont plaisir à nous montrer, la faune et les autochtones assistent à la disparition de leur monde envahis par cette horde sans foi ni loi qui ne respecte que leur intérêt personnel. L'auteur nous présente sans concession le culte du profit qui débarque avec fracas dans ce nouveau pays pour les colonisateurs.
Le dessin avec ses traits épais et peu de couleurs utilisées n'est pas ce que je préfère, seules quelques planches pleines pages sont plaisantes et méritent que l'on s'arrête pour les apprécier.
Un beau western dynamique et un "héros" inoubliable.
Gros album de bonne qualité, épaisseur des pages, rendu des couleurs et tout le toutim... Et pourtant c'est d'une légèreté subtile. Les dialogues ciselés et fleuris nous emportent sur cette intrigue complexe mais lisible sans nous lâcher, on le lit d'une traite ! Le héros est atypique de part son âge, sa profession, sa vie rangée, mais nous devient attachant très vite malgré tout. Et ce road trip de vioque d'abord réticent puis déterminé, magnifiquement dessiné, ne se laisse pas deviner. Il nous embarque fermement et nous dépose plus loin, un sourire au lèvre, tout surpris de ce voyage. Quel beau moment de lecture !
Terrible, magistral et superbe, un sacré bon album !!
Une réalisation de haute volée pour un western qui vous charmera. Seul à la barre, Neyef envoie du lourd, j’ai pris un plaisir fou à parcourir cette œuvre. Je ne peux que conseiller et vous invite à le glisser sous le sapin.
Une aventure fluide qui prend son temps, on s’attache à suivre un quatuor improbable et charismatique, composé de 3 indiens Lakota et d’un Irlandais. C’est très bien construit entre phases contemplatives, actions et dures vies au far west.
J’ai enquillé les pages avec un sourire béat, aidé en ça par un graphisme que je considère de toute beauté. A mes yeux, l’auteur a franchi un sacré palier. Un style lisible et détaillé, une narration maîtrisée, le tout est magnifiquement rehaussé par des couleurs du plus bel effet. Ah ces jeux de lumières (voyez la galerie) perso je me suis pris une claque, le grand format des planches est un sacré plus pour savourer.
Encore une réussite du label 619, changement d’éditeur mais toujours autant de soin sur la qualité du bouquin, du chouette boulot, je recommande chaudement, une belle surprise de 2022.
Que voilà un récit post-apocalyptique qui parvient à sortir du rang !
Ni zombies amateurs de chair humaine, ni singes assoiffés de vengeance face à la race humaine !
Les personnages principaux ne dégainent ni fusil d’assaut, ni sabre, ni arbalète pour survivre à leurs rencontres.
Vous pourriez penser que du coup on va quand même s’emmerder sur les bords… Mais moi, je ne me suis pas ennuyé une minute.
J’ai aimé la manière habile dont le sujet nous est présenté. Nous entrons dans ce récit via une jeune fille et son journal mi scientifique mi intime et il nous faudra quelques temps pour bien comprendre la situation. Mélangeant la candeur et la naïveté de l’enfance à une rigueur mi-scolaire mi-scientifique, ce journal nous accompagnera tout le long du récit, rythmant les chapitres et apportant sa fraicheur au scénario.
J’ai aimé le fait qu’ici, les connaissances scientifiques et plus particulièrement en botanique sont plus importantes que la maîtrise des armes à feu. Et cette idée d’user de la migration des Monarques comme moteur de l’histoire est également excellente. Etonnante par son processus, elle permet de justifier la structure en road-movie du récit.
J’ai aimé le dessin, à l’aspect épuré mais expressif et agréable à lire. Cette spontanéité du trait cadre bien avec la narration puisque l’héroïne centrale est une jeune fille à la langue bien pendue. Dans les deux cas, c’est vif et un brin naïf.
J’ai aimé le côté réaliste de cet univers post-apocalyptique dans lequel, du fait même de l’effondrement de la population humaine, les rencontres sont rares et peuvent être évitées si elles ne sont pas nécessaires.
J’ai aimé la conclusion où nous abandonnons les personnages alors qu’ils s’apprêtent à faire la rencontre tant espérée (et à laquelle, par conséquent, nous n’assisterons pas). Il y a comme une forme de pudeur de la part de l’auteur à laisser ses personnages avancer sans nous à cet instant précis.
En fait, j’ai tout aimé… même la lenteur du déroulement qui nous permet d’apprivoiser cet univers, de découvrir ces personnages, de partager leurs craintes et leurs espoirs.
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Saison brune 2.0 (Nos empreintes digitales)
Après Saison brune, Philippe Squarzoni nous revient avec la version numérique, "Saison brune 2.0". Non, il ne s'agit pas de la version à télécharger sur votre tablette ou votre smartphone, mais bien d'un nouveau volet traitant du réchauffement climatique induit par l'explosion de l'utilisation de nos appareils numériques. Un like, un mail, une photo chargée ou un film en streaming : que se cache-t-il derrière ce qui est aujourd'hui devenu "banal" et qui ne nous questionne même plus dans nos pratiques quotidiennes ? C'est ce que nous propose Philippe Squarzoni de façon détaillée et toujours aussi factuelle. Fidèle à ses questionnements individuels, il décline avec cet album la réflexion sur les conséquences climatiques de nos usages numériques. Son sens de la sobriété graphique alliant une esthétique épurée permet au lecteur de ne pas se noyer sous une masse d'information qui pourrait vite être indigeste. Il joue avec les formes, les clins d’œils graphiques et compose ses planches en fonction, guidant le notre dans ce multivers de papier qui nous plonge dans celui du numérique... Le constat est édifiant comme malheureusement à chaque fois... C'est là qu'on se dit qu'on est vraiment mal barré... Pour autant, l'album ne se veut pas accusateur ou réprobateur ; il est juste une source d'informations aux données vérifiées (et vérifiables) qui nous remet une nouvelle fois le nez dans notre caca. A chacun d'en faire ce qu'il veut. Passer à autre chose ou essayer de changer (un peu) les choses et nos modes de consommation... A chacun de voir... Comme pour ses albums précédents Squarzoni persiste et signe avec un album qui remet nos modes de vie en perspective et pointe les conséquences de nos aberrations.
Terre rare
Depuis que j’ai découvert le travail de Clément Vuillier, je suis clairement sous son charme, et cet album ne m’en fera pas sortir ! Pour la troisième fois ce sont les éditions 2024 qui l’accueillent, et elles ont encore fait un superbe travail éditorial, qui met très bien valeur le dessin de Vuillier : un joli bijou dans un bel écrin. Ceux qui comme moi ont déjà lu – et apprécié – L'Année de la Comète chez le même éditeur, y trouveront quelques accointances. On pourrait presque dire que « Terre rare » propose un « avant » et un « après ». Pure supposition de ma part, puisque nous ne savons pas quand et sur quelle planète se déroulent ces deux « histoires ». Mais il y a quand même beaucoup de points communs. Un paysage dominé par le minéral, la roche, acérée le plus souvent, avec des cataclysme venus de l’espace qui déclenchent des réactions en chaine, des bouleversements telluriques. Et là le dessin de Vuillier donne toute sa pleine mesure, c’est souvent grandiose ! Et encore une fois, si l’album muet peut se lire très vite, on est souvent happé par la beauté de certaines planches, sur lesquelles on passe et repasse sans épuiser leur pouvoir d’évocation. Mais ici Vuillier ajoute quelques petites touches originales, qui ont titillé ma curiosité. La planète frappée par les cataclysmes recèle visiblement des pierres précieuses. Surtout, nous voyons une sphère venue des confins de l’espace, se diviser en deux et venir, comme une pelleteuse, se servir, pour repartir. Rien n’est expliqué, sans que cela n’ait nourri chez moi de frustration. Une petite pincée SF, mais surtout une imagination fouettée par le vent du large. Chapeau bas monsieur Vuillier, et merci aux éditions 2024, cette « Terre rare » est un beau voyage.
Basilicò
A l’occasion du décès et de l’enterrement de leur mère, ses cinq enfants se retrouvent. C’est l’occasion d’un grand déballage familiale. On le voit, le pitch de départ sent le déjà-vu. Pourtant, j’ai bien aimé ma lecture. D’abord parce que le dessin, simple et fluide, est agréable (quelques airs de manga pourtant dans la finesse du trait ou d’autres aspects). Ensuite parce que l’histoire est bien construite. Cela alterne entre des flash-backs, qui permettent de découvrir l’histoire familiale par bribes, et des passages se déroulant au moment de la narration (la mère est morte au moment où tous ses enfants se retrouvaient pour un repas familial chez elle). La nourriture, les repas justement, jouent un rôle important dans l’histoire familiale (la mère était un cordon bleu), dans le titre, et dans l’intrigue (je ne spoile pas, même si j’avais vu venir un truc avant qu’il ne soit dévoilé). La psychologie, la personnalité des protagonistes sont bien construites, on a là des « acteurs » forts, y compris la mère bien sûr. Sans compter un absent dans la tête de tous, le père. Une chouette petite lecture en tout cas, qui revisite bien un thème pas mal traité un peu partout.
Un homme de goût
J’ai lu le diptyque dans l’intégrale publiée par Ankama. Et je l’ai lue très vite, tant le sujet et son traitement sont vraiment chouettes. En effet, Eldiablo a bâti une bonne intrigue. Débutée comme un polar classique, cela bascule assez rapidement en quelque chose de plus original : une sorte de huis-clos entre un grand (et gros) caïd et une ancienne policière qui le traquait depuis longtemps. Les dialogues sont dynamiques, parsemés d’agressions plus ou moins vachardes. Surtout, l’histoire que raconte ce « caïd » permet de s’évader de ce huis-clos, dans le temps et dans l’espace. Sans trop révéler de l’intrigue, disons qu’Eldiablo a réussi à bien utiliser un thème ancien des contes, a presque réussi à lui donner corps et chair, crédibilité. En tout cas ça donne du coffre à son histoire. Quant au dessin de Cha, il est moderne, très lisible (il réussit à bien alterner les styles en fonction des époques illustrées), un parfait complément à l’histoire d’Eldiablo. Les auteurs parlent de premier cycle. Je ne sais pas si ce serait une bonne idée de poursuivre. Car il faudrait vraiment avoir matière à, sans faire retomber le soufflé. En l’état, c’est un diptyque très recommandable.
Le Passage intérieur
J’ai bien aimé ce récit. D’abord parce qu’il est basé sur une histoire vraie complètement barrée qui m’a poussé à me demander si ces lascars étaient complètement frapadingues ou s’ils allaient arriver à concrétiser un rêve de prime abord inaccessible. Le fait qu’au fil du récit, les ambitions de départ sont finalement quelque peu revues à la baisse n’enlève rien au mérite de ces kayakistes improvisés. Au contraire, cela les humanise et nous donne envie de nous dire « pourquoi pas nous ? » Ensuite pour ses paysages. Le choix de laisser exploser la couleur que lorsque la nature s’impose les rend encore plus grandioses. Franchement, c’est une vraie invitation au voyage. Enfin, ses thématiques. Réflexion sur les changements climatiques, histoire de camaraderie et puis récit plus personnel pour le narrateur qui doit faire le deuil d’une relation amoureuse. Ce sont des thèmes auxquels je suis sensible et qui ont contribué à mon envie de continuer la lecture. Ils sont abordés par le petit bout de la lorgnette, à hauteur d’homme serais-je tenté de dire. Et ça non plus, ce n’est pas pour me déplaire. Au final, même si je ne considère pas cet album comme un indispensable, j’ai beaucoup aimé cette lecture. Franchement pas mal du tout.
Le Serpent et le Coyote
Un gros polar à l’Américaine, très cinématographique, très classique. Jamais je n’ai été surpris et pourtant, j’ai adoré cet album. C’est une lecture confortable, les personnages sont des stéréotypes et on se doute de la fin dès les premières pages. Même le confident du héros (et prétexte aux longs monologues de ce dernier grâce auxquels on découvre son passé –oui, de ce côté-là non plus, il ne faut pas chercher l’innovation-) n’a rien de surprenant. Et pourtant, ça marche foutrement bien ! Le dessin ? Pareil que le scénario : rien de surprenant, rien d’innovant mais un confort de lecture assuré, des décors immersifs usant d’images d’Epinal d’une Amérique fantasmée. Les mecs ont des tronches burinées, des visages sévères au travers desquels on sent leur détermination. Les nanas sont roulées comme des actrices porno, tout en courbes avec un visage lisse, sans ride, sans aspérité. A l’Américaine, vous dis-je ! Finalement, l’élément le plus original, c’est le camping-car… Et c’est peut-être ce qui fait la différence. Ce petit détail qui nous sort d’une redite pure et dure des récits du genre... ou pas. Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est que j’ai beaucoup aimé.
Rocking chair
Nous partons pour la conquête des Etats Unis avec les nouveaux arrivants originaires de la vieille Europe, ce thème est un classique pour un western. L'originalité de cette bd est le personnage principal qui n'est pas un personnage mais un objet un rocking-chair. La violence et les trahisons s’enchaînent, les propriétaires du rocking-chair ne le gardent jamais longtemps et dans cette histoire pleine de rebondissements, le rocking-chair nous fait découvrir la quasi totalité de la société Américaine à cette époque. Les différents métiers et les différentes couches sociales sont les brefs propriétaires de ce rocking-chair et il nous fait voyager à travers tout ce merveilleux pays. Au cœur d'une nature sauvage que les auteurs ont plaisir à nous montrer, la faune et les autochtones assistent à la disparition de leur monde envahis par cette horde sans foi ni loi qui ne respecte que leur intérêt personnel. L'auteur nous présente sans concession le culte du profit qui débarque avec fracas dans ce nouveau pays pour les colonisateurs. Le dessin avec ses traits épais et peu de couleurs utilisées n'est pas ce que je préfère, seules quelques planches pleines pages sont plaisantes et méritent que l'on s'arrête pour les apprécier. Un beau western dynamique et un "héros" inoubliable.
Tananarive
Gros album de bonne qualité, épaisseur des pages, rendu des couleurs et tout le toutim... Et pourtant c'est d'une légèreté subtile. Les dialogues ciselés et fleuris nous emportent sur cette intrigue complexe mais lisible sans nous lâcher, on le lit d'une traite ! Le héros est atypique de part son âge, sa profession, sa vie rangée, mais nous devient attachant très vite malgré tout. Et ce road trip de vioque d'abord réticent puis déterminé, magnifiquement dessiné, ne se laisse pas deviner. Il nous embarque fermement et nous dépose plus loin, un sourire au lèvre, tout surpris de ce voyage. Quel beau moment de lecture !
Hoka Hey !
Terrible, magistral et superbe, un sacré bon album !! Une réalisation de haute volée pour un western qui vous charmera. Seul à la barre, Neyef envoie du lourd, j’ai pris un plaisir fou à parcourir cette œuvre. Je ne peux que conseiller et vous invite à le glisser sous le sapin. Une aventure fluide qui prend son temps, on s’attache à suivre un quatuor improbable et charismatique, composé de 3 indiens Lakota et d’un Irlandais. C’est très bien construit entre phases contemplatives, actions et dures vies au far west. J’ai enquillé les pages avec un sourire béat, aidé en ça par un graphisme que je considère de toute beauté. A mes yeux, l’auteur a franchi un sacré palier. Un style lisible et détaillé, une narration maîtrisée, le tout est magnifiquement rehaussé par des couleurs du plus bel effet. Ah ces jeux de lumières (voyez la galerie) perso je me suis pris une claque, le grand format des planches est un sacré plus pour savourer. Encore une réussite du label 619, changement d’éditeur mais toujours autant de soin sur la qualité du bouquin, du chouette boulot, je recommande chaudement, une belle surprise de 2022.
Les Petits Monarques
Que voilà un récit post-apocalyptique qui parvient à sortir du rang ! Ni zombies amateurs de chair humaine, ni singes assoiffés de vengeance face à la race humaine ! Les personnages principaux ne dégainent ni fusil d’assaut, ni sabre, ni arbalète pour survivre à leurs rencontres. Vous pourriez penser que du coup on va quand même s’emmerder sur les bords… Mais moi, je ne me suis pas ennuyé une minute. J’ai aimé la manière habile dont le sujet nous est présenté. Nous entrons dans ce récit via une jeune fille et son journal mi scientifique mi intime et il nous faudra quelques temps pour bien comprendre la situation. Mélangeant la candeur et la naïveté de l’enfance à une rigueur mi-scolaire mi-scientifique, ce journal nous accompagnera tout le long du récit, rythmant les chapitres et apportant sa fraicheur au scénario. J’ai aimé le fait qu’ici, les connaissances scientifiques et plus particulièrement en botanique sont plus importantes que la maîtrise des armes à feu. Et cette idée d’user de la migration des Monarques comme moteur de l’histoire est également excellente. Etonnante par son processus, elle permet de justifier la structure en road-movie du récit. J’ai aimé le dessin, à l’aspect épuré mais expressif et agréable à lire. Cette spontanéité du trait cadre bien avec la narration puisque l’héroïne centrale est une jeune fille à la langue bien pendue. Dans les deux cas, c’est vif et un brin naïf. J’ai aimé le côté réaliste de cet univers post-apocalyptique dans lequel, du fait même de l’effondrement de la population humaine, les rencontres sont rares et peuvent être évitées si elles ne sont pas nécessaires. J’ai aimé la conclusion où nous abandonnons les personnages alors qu’ils s’apprêtent à faire la rencontre tant espérée (et à laquelle, par conséquent, nous n’assisterons pas). Il y a comme une forme de pudeur de la part de l’auteur à laisser ses personnages avancer sans nous à cet instant précis. En fait, j’ai tout aimé… même la lenteur du déroulement qui nous permet d’apprivoiser cet univers, de découvrir ces personnages, de partager leurs craintes et leurs espoirs.