Les derniers avis (32301 avis)

Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Poltron Minet
Poltron Minet

Derrière cette couverture qui fait penser à celle de la très belle BD Le Baron de Masbou se cache une série tous publics qui va surprendre son lecteur. Cela commence avec un chaton mignon mais naïf qui s'aventure trop loin le jour du retour de vacances de ses maîtres et qui se retrouve abandonné. Effrayé, il s'endort pour être réveillé par un écureuil et un lapin... vêtus comme des humains et lui parlant avec une vraie voix. Le chaton découvre soudain que lui aussi peut parler et qu'il existe une société animale anthropomorphe secrète et organisée dont il n'avait aucune idée. Les animaux n'y retrouvent en effet leurs instincts animaux qu'en présence des humains qu'ils évitent soigneusement. Mais comme le désormais nommé Poltron Minet tient absolument à retrouver sa petite maîtresse, il n'a pas l'intention de s'éterniser dans ce royaume animal complexe et dangereux et n'a pas peur de partir retrouver le monde des humains. Surprenante et belle BD, cette série mêle un graphisme doux aux teintes pastels, des personnages légers et attachants, et des thématiques régulièrement plus sombres qu'il s'agisse des relations entre humains et animaux ou des animaux entre eux. Les conflits politiques dans cette société animale entrainent en effet le pauvre Poltron Minet dans des situations parfois clairement périlleuses. En ce sens, l'histoire s'adresse à un large public, capable de satisfaire autant le jeune public attiré par les mignons héros et le joli dessin que les adultes par les thèmes matures abordés et par la curiosité de découvrir une intrigue qui ne se laisse pas deviner. Je suis très curieux de lire la suite.

07/03/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Gorazde
Gorazde

4.5 Dans le catégorie documentaire, cette BD est dans le très haut du panier. Ce Joe Sacco sait s'investir et nouer des liens forts pour connaîtres les petites histoires composant la trame complète, des prémisces jusqu'à la paix qu'on ne croyait pas possible. Car oui, même en connaissant la géographie, on a du mal à imaginer que les habitants de Bosnie puissent encore un jour cohabiter sans heurts. Pas de galvaudage ni de pathos, des scènes dures sont détaillées sans sombrer dans le sansationnalisme. L'équilibre est incroyable tant l'auteur aurait pu basculer dans le manichéisme et le glauque. Les témoignages sont courts et les infimes variations de sentiment bien retranscrites dans les regards, pourtant loin de l'ultra-réalisme. Il est dommage de ne pas avoir plus de points de vue côté serbe (comment la machine s'est-elle mise en marche, comment les voisins se sont-ils à nouveau rapprocher) ou du côté des forces internationales (que l'auteur a cotoyé longuement dans les convois.) On peine avec ces habitant reclus dans une cuvette nourrie d'obus et de disette, qui arrivent à surmonter les épreuves non seulement pour survivre mais aussi recréer une normalité relative. Seul reproche concernant le graphisme dans mon cas: les cases de texte carrées de traviole qui cassent la nuque et coupent l'élan de la lecture.

07/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Cap sur la capitale
Cap sur la capitale

J'ai eu vraiment une excellente surprise en lisant cette ancienne (1985) série africaine. Tout d'abord j'ai trouvé le dessin de Léon Tchibemba excellent dans son style caricatural assez réaliste. Formé en RDC puis à St Etienne j'ai découvert grâce à cet album un dessinateur de grand talent. Son trait est précis, fin, expressif et apporte beaucoup d'humour dans les gestuelles proposées. Les cases fourmillent de détails dans la description du village ou dans les quartiers de Kinshasa. Le soin pris pour dessiner la simple barraque est remarquable. Je n'ai pas vu beaucoup de différences entre le travail de Tchibemba et celui des meilleurs professionnels européens. Le scénario est aussi intéressant puisqu'il décrit avec beaucoup d'humour et de clairvoyance ce qui va marquer les décennies qui suivent : à savoir la migration des populations rurales vers les capitales. Migrations internes qui furent un préalable aux migrations internationales vers l'Europe ou d'autres pays africains. Sous un aspect humoristique les auteurs montrent déjà que migrer n'est pas une partie de plaisir même dans son propre pays. Quand on sait que la situation s'est fortement dégradée en RDC on peut imaginer ce que serait le scénario aujourd'hui. Les auteurs abordent aussi le thème des difficultés à concilier un mode de vie traditionnel hérité de la vie au village et un mode de vie plus urbain avec des influences de la modernité issue de l'étranger. Les dialogues sont très travaillés pour participer à l'effet comique de la série. Nos deux migrants, Nyangara et Fataki parlent un français recherché et plutôt désuet en décalage complet de leur naïveté et de leur simplicité naturelle mais aussi du langage plus moderne mais trivial des citadins. J'ai trouvé cette lecture découverte très rafraîchissante et amusante. À découvrir pour d'autres horizons.

07/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Ici même
Ici même

"Ici même" est une oeuvre vraiment singulière. Je la lis comme un récit du désespoir profond devant l'absurdité et le cynisme du monde. Forest nous propose un récit complexe où se mêle philosophie, poésie et pamphlet politique. C'est beaucoup, même si c'est fait avec dextérité. Dans un contexte de BD le texte est parfois très lourd et il faut du temps pour en saisir tout ou partie du message. Cela provoque un décalage entre le rythme de la narration et le rythme de l'image forcément plus rapide. C'est aussi le récit d'une époque qui voit un monde élever des murs et se cloisonner dans la peur. J'ai pu y lire cette désillusion face à un pouvoir politique prêt à tout pour conserver son pouvoir et notamment créer des conflits pour manipuler sa population. Le graphisme de Tardi s'accommode à merveille à l'esprit du récit. Son ambiance bourgeoise, froide et perverse dans un monde bipolaire en N&B donne le frisson. Julie est le seul personnage qui apporte un peu d'humanité dans ce théâtre de marionnettes. Les cadrages sont rapprochés comme si l'horizon lointain se trouvait bouché ou inaccessible. J'ai trouvé cette lecture difficile et pas toujours à mon goût mais j'admire l'audace créatrice des auteurs sur une oeuvre qui mérite une lecture approfondie.

07/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Chroniques de Jérusalem
Chroniques de Jérusalem

Chroniques Birmanes m’a moyennement emballé, ce n’est pas le cas du présent album. Guy Deslisle nous offre un carnet de voyage copieux mais passionnant (je l’ai tout de même lu en plusieurs fois). L’auteur suit toujours son épouse dans ses missions humanitaires, cette fois la famille s’est agrandie mais les 2 enfants vont à l’école (ou la crèche ?) laissant du temps libre à l’auteur qu’il utilise à bon escient pour découvrir la ville et le pays. L’organisation de son emploi du temps est assez cocasse d’ailleurs. J’ai trouvé ma lecture très intéressante, particulièrement du fait que l’auteur se trouve là un peu par hasard, il cherche à apprendre de ce pays et cette ville avec son regard néophyte, un touriste parmi des occidentaux qui travaillent pour la plupart dans des ONG. Le tout est instructif , drôle et léger, une ville passionnante et riche mais quel gros bordel !! (je n’y passerai pas mes vacances ;) )

06/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Molière - Le théâtre de sa vie
Molière - Le théâtre de sa vie

Je conseillerais facilement cette série à tous les collégiens ou lycéens de langue française. Ce petit livre de la collection docu-BD est un véritable outil de culture générale présenté de façon très agréable. Le scénario de Dobbs s'appuie sur la très moderne documentation historique de Suzie Sordi pour remettre à leur place quelques épisodes de la vie de Molière en dehors du mythe qui l'entoure. Comme de coutume dans cette collection chaque chapitre historique est accompagné par quelques planches de BD qui illustrent les propos sérieux et recherchés de Suzie Sordi. De sa naissance à sa mort le récit nous retrace l'environnement et les circonstances de l'éclosion d'un pur génie. Les auteurs citent mais ne s'attardent pas sur le texte des pièces de Molière. De "L'Etourdi" qui lance Molière au "Malade imaginaire", le récit nous fait comprendre comment et pourquoi ces pièces éternelles ont pu être créées. On comprend mieux comment la charge transmise par son père a pu être une aide dans sa proximité avec Louis XIV. J'y ai appris beaucoup de choses captivantes. Le graphisme est assuré par Thomas Balard dans un style semi réaliste simple et agréable. L'auteur propose des plages de respiration et de transition assez humoristiques entre les développements historiques. Ce visuel complète de façon plaisante le côté scolaire du récit. Cela permet de mieux se l'approprier pour en retenir l'essentiel. Les détails sont nombreux (costumes, ameublements, châteaux, ruelles...) et bien travaillés afin de rendre l'ambiance du XVIIème siècle la plus compréhensible pour nous. J'ai aussi beaucoup aimé la mise en couleur de Delphine Terrasson chaude et appropriée. Une bonne lecture pour redécouvrir avec un oeil nouveau un auteur qui fait partie de notre roman national.

06/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Gargouilles
Gargouilles

J'ai vraiment été très séduit par cette série qui a beaucoup de succès auprès des enfants dans ma BM. Songes de Filippi m'avait déjà beaucoup plu. Il se confirme que c'est un scénariste à qui je trouve beaucoup de qualités. Je suis tout de suite rentré dans l'histoire. Je l'ai trouvée très bien construite dès le premier tome avec cette apparition progressive de la magie chez Grégoire et ces allers-retours très inventifs autour des gargouilles de la collégiale de la ville. Immédiatement Filippi installe son récit hors de toute mièvrerie et de toute facilité scénaristique que peut apporter le fantastique. Si Grégoire est d'emblée un personnage monobloc, Edna, Chloé/Chlotilde, Phidias ou la tante sont des personnages aux personnalités très travaillées pour créer un univers enfantin mais riche. Filippi emprunte assez à l'univers de Harry Potter avec des apparences trompeuses, de la créativité dans les sorts appris ou innés et dans le bestiaire fantastique imaginé. Le plus de la série est la dose d'humour qui perle à chaque ligne des dialogues. J'ai trouvé cela vif avec un vocabulaire moderne et d'un très bon niveau. J'ai même trouvé la construction globale du récit d'un fort niveau, ce qui nécessitait une belle attention pour ne pas perdre le fil de l'histoire. L'excellente trouvaille est d'introduire au fil des tomes des personnages qui gagnent en importance et dont les rapports avec Grégoire se modifient avec le fil du récit. Le graphisme et la mise en couleur sont agréables dans des stéréotypes modernes qui plaisent au jeune lectorat. Le dynamisme des enchaînements est vraiment bon et malgré un texte parfois pointu, on avale les planches sans aucun ennui. Il y a même quelques audaces sensuelles dans les tenues de Chloé ou d'Edna qui en font des personnages fortement sexués. La continuité et la cohérence du récit ne souffre pas du changement de dessinateur. Camboni a su créer un univers qui devient familier au fil des sept tomes, tout en y introduisant des petites touches de nouveauté à chaque épisode. Cela donne un cadre qui sécurise avec un scénario si travaillé. J'ai trouvé cette lecture réjouissante et très divertissante avec un soin apporté au scénario que l'on ne retrouve pas toujours. Une excellente lecture pour tous.

06/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Soeurs Moustaches
Les Soeurs Moustaches

Ces deux petites histoires proposées par Miss Paty sont vraiment mimi à croquer. Cela s'adresse à un public très jeune 5/7 ans qui peut être débutant en lecture. On se retrouve dans un univers merveilleux qui convient bien aux enfants. Les a trois soeurs bien différentes sont entourées d'animaux de la forêt tous très gentils. La première histoire est vraiment très simple autour d'une fête à organiser et de lettres à retrouver. La seconde est un peu plus élaborée avec l'exploration d'une caverne qui apporte un soupçon de suspens. On reste dans des univers très doux. Cette impression est accentuée par le bon graphisme de l'autrice qui nous livre des personnages aux grands yeux pleins d'expressions amusantes. La mise en couleur est parfaite. Une gentille lecture qui réjouira les petits et leurs parents. À noter que les deux opus se retrouvent réédités dans la collection Les Petits Sarbac' pour un prix modeste.

05/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Jonny Double
Jonny Double

Bien qu'Argentins les auteurs réussissent à nous transporter dans le monde du polar noir US avec brio. Le scénario utilise tous les codes du genre si bien que l'on croirait lire du Ellroy ou du Connelly par moment. Le privé rebelle, la beauté blonde et ambigüe, les mafiosi sans pitié et le coup génial qui pète à la figure sans que l'on comprenne pourquoi, tous les ingrédients d'un scénario efficace sont là. Azzarello fait dans le classique jusqu'à la pirouette finale et une fin ouverte assez courante dans ce type de récit. Le plus de la série est le graphisme de Risso. Son trait en N&B nous plonge dès les premières cases dans une ambiance glauque et poisseuse des bas-fonds de San Fransisco. Ses ombres chinoises sont formidablement sensuelles et il sait rendre l'atmosphère violente ou angoissante quand il le faut. Le découpage très moderne participe au dynamisme du récit. Un bon polar presque made in USA pour les amateurs. 3.5

05/03/2023 (modifier)
Par pol
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Ere Des Anges
L'Ere Des Anges

L'ère des anges est un récit à plusieurs niveaux de lecture : un bon récit d'anticipation dans un futur proche, avec un univers crédible, de l'action et de la tension. Mais au delà de ça, cet album ouvre la porte à des questions bien plus profondes qui dépassent largement le cadre de la simple bonne petite histoire futuriste. C'est très fort. Ce récit retourne intelligemment le rôle du gentil et du méchant. Ita est initialement présenté comme un dictateur fou, les forces de l'ONU s'attaquant à lui pour l'évincer. On a donc une vision assez claire qu'il est le méchant de l'histoire. 60 pages plus loin, on le voit radicalement différemment. C'est un scientifique extrêmement intelligent qui a tout mis en oeuvre pour éliminer la famine dans son pays... plus si méchant que ça notre bonhomme. Par contre on peut discuter de la méthode. C'est ainsi que le récit pose de vraies questions d'éthique, sur ce qui est acceptable ou pas en terme de progrès génétique. Si d'un coté tout le monde est d'accord pour vouloir réduire la famine, est ce que nous sommes pour autant prêt à le faire à n'importe quel prix ? Si il faut pour cela modifier de l'ADN par exemple, acceptable ou pas ? Cet album contient tout ça, et il est plaisant autant pour le récit d'anticipation que pour les questions qu'il soulève. La fin est à la fois spectaculaire et subtile. Elle donne tout son sens au titre de l'album. Après quelques tomes un peu moins bons, ce titre se place clairement parmi les meilleures adaptations de la collection des futurs de Liu Cixin.

05/03/2023 (modifier)