Les derniers avis (32301 avis)

Couverture de la série Route 78
Route 78

Un jeune couple de Français veut traverser en stop tous les États-Unis, de New-York à San Francisco, à la fin des années 1970. On a là un road-movie très classique, sur un thème déjà pas mal vu, en BD ou en littérature. On pense inévitablement à Kérouac, le titre de l’album faisant immanquablement référence au livre le plus connu du chantre de la Beat Generation. C’est bien sûr sur ses pas que se lancent nos deux jeunes gens, pleins d’illusions, pensant revivre en réalité ce qu’ils ont lu. C’est effectivement ce qu’ils vont faire, même si ça ne va pas se passer comme ils le pensaient. Car, dès les premières pages, Cartier (qui nous livre ici un récit autobiographique, ce sont bien lui et sa future femme qui sont mis en scène, qui égrènent leurs souvenirs, plus ou moins romancés) nous montre des idéalistes naïfs, inadaptés à une réalité qui défie leurs rêves, avec pas mal d’autodérision et d’humour. Car ils n’aperçoivent que de loin la queue de la comète, les temps ont changé. Si la consommation de drogues diverses les accompagne, ce ne sont plus l’illumination, la joie béate qui sont au rendez-vous, mais les overdoses, la déchéance et la désillusion. Et l’aventure – pas exempte de moments dingues (ils sont pris en stop par quelques beaux spécimens d’allumés !) se finit en eau de boudin, au point que leur couple lui-même se trouve placé au bord du précipice. Partis dans l’euphorie, ils finissent ce voyage dans l’amertume (même si l’épilogue, contemporain, redonne oxygène et optimisme qui avaient singulièrement disparu à la fin de leur équipée américaine). Narration, dessin et colorisation sont très agréables, et Cartier a réussi à rendre intéressant un récit à la fois personnel et pas mal balisé. Une lecture très sympathique. Note réelle 3,5/5.

09/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Sorties de route
Sorties de route

Pomès est un auteur intéressant (au niveau graphique et narratif), et cet album le confirme amplement. On pourrait croire à la lecture d’une partie de l’album qu’il ne s’y passe rien ou pas grand-chose, mais en fait, sur une trame au final assez simple, dans un quasi huis-clôt (tout se passe autour d’une baraque à frites le long d’une route paumée on ne sait où), Pomès arrive à développer quelque chose de prenant, toutes les bribes de conversation des clients, les bouts d’actualité crachées par la radio, et les flash-backs revus par le héros, tout ceci forme un tout qui peu à peu donne une ambiance, un ton, et éclaire la personne même de ce héros, venu se perdre avec sa camionnette à frites dans un coin paumé. Il faut donc prendre le temps de voir s’assembler ces « bouts de rien », mais j’ai trouvé cette histoire attachante. Le seul événement marquant, l’accident de voiture, avec ce bouquet de fleurs qui le commémore, accélère le rythme (et les quelques révélations que veut bien nous accorder l’auteur – qui nous explique d’ailleurs dans son avis que c’est justement de ce « bouquet » qu’il est parti pour bâtir son intrigue). Le dessin est très chouette, du crayonné un peu « flouté », qui colle très bien à l’ambiance et à l’histoire elle-même. Une lecture originale et agréable.

09/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Environnement toxique
Environnement toxique

Cette lecture interpelle. Environnement toxique est un récit autobiographique dans lequel l’autrice partage son expérience comme ouvrière au sein de compagnies travaillant sur les sables bitumineux au Canada. Il s’agit d’un récit très personnel et touchant par plusieurs aspects. Kate Beaton est autodidacte et cela se ressent dans son dessin comme dans son découpage. Le trait est parfois raide, les proportions ne sont pas toujours respectées. La bande dessinée en elle-même se présente plus comme une juxtaposition de scènes que comme un récit construit avec une vision d’ensemble. Elle présente donc un rythme assez syncopé. Enfin, malgré une volonté manifeste de l’autrice de bien caricaturer chaque personnage, il n’est pas toujours évident de savoir qui est qui (même si en règle général, le risque de confusion demeure très limité). Ceci pour vous dire qu’il ne faut pas lire ce récit pour ses qualités techniques mais bien plus pour ce que l’autrice a à nous dire. Je m’attendais à lire un récit vaguement féministe mais surtout écologiste. Au final, j’ai eu l’inverse puisque l’essentiel du propos se centre sur les comportements sociaux entre collègues. J’ai beaucoup aimé son analyse de la situation, réfléchissant au sujet des comportements masculins sur des critères plus subtils que le simple « c’est un homme, donc un primate ». Ici, la structure des camps, le fait que les femmes soient en forte minorité, l’isolement ou le manque de prise en charge psychologique du personnel sont autant de critères qui viennent nourrir les réflexions de l’autrice, avec cette interrogation en point d’orgue : « et si mon père -image de l'homme protecteur, juste et droit- était ici, son comportement serait-il différent de celui des autres ? » Mais cette analyse n’empêche pas l’émotion. Certains passages sont très durs (Kate Beaton sera violée à deux reprises) mais racontés avec beaucoup de pudeur, ce qui émeut d’autant plus. Le récit étant chronologique, les questionnements sur l’environnement ou sur le sort des populations locales ne surviennent que dans le dernier tiers, soit au moment où ils commencent à faire débat dans la presse. Au fil des pages, l’autrice mûrit. De l’oie blanche qu’elle était à ses 21 ans et à son arrivée, elle devient une femme qui ose s’affirmer mais aussi s’interroger sur ses responsabilités. On a donc également droit au portrait d'une femme qui grandit, marquée par les traumatismes subis comme par les rencontres plus positives. Dans l’ensemble, les deux aspects que je retiens prioritairement sont la qualité d’analyse de l’autrice et la pudeur avec laquelle elle relate les événements (on n’apprend ainsi que dans la postface qu’une de ses sœurs est décédée d’un cancer après avoir elle aussi travaillé sur ces sites durant de longs mois, l’autrice n’en parle absolument pas dans la bande dessinée en elle-même, comme si cette douleur-là, elle voulait la garder pour elle, sans l’exhiber). Cette lecture, malgré ses limites techniques, a donc réussi à me toucher et à m’interpeller. Et pour ça, je dis « franchement bien ! ».

09/03/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Sleeper
Sleeper

J’ai beaucoup aimé cette histoire d’espion ayant perdu contact avec sa hiérarchie, se retrouvant coincé dans une organisation criminelle bien malgré lui. Les jeux que se livrent les deux « camps » font qu’il se retrouve dans des positions pas possibles, traître de tous, allié de personne, et perdant petit à petit toutes ses références morales. A ce titre, la saison 2 (tomes 3 et 4) passe la vitesse supérieure avec le retour d’un personnage clé (mais je n’en dirai pas plus) et promène le lecteur de coups-fourrés en contre coups-fourrés, brouillant les pistes au point de nous faire douter de la motivation des différents protagonistes. La fin est bien vue, et laisse la porte ouverte à une possible suite. Voilà, Ed Brubaker (Criminal) démontre une fois de plus l’étendue de son talent narratif, avec une histoire plus axée super-héros (allergiques aux super pouvoirs s’abstenir !) et terminée en 4 tomes (ou 2 tomes chez Urban Comics).

20/09/2010 (MAJ le 09/03/2023) (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Fleurs de Pierre
Fleurs de Pierre

Depuis le temps que j'entendais parler ce manga dont la publication n'avait jamais été terminée en France, enfin un éditeur s'est décidé à le reprendre. Bien qu'à ce jour un seul tome soit paru sur 5 prévus, je peux déjà dire que l'oeuvre est à la hauteur de sa réputation. Une très bonne préface nous en apprend beaucoup sur l'auteur Sakaguchi, mort subitement avant ses 50 ans en 1995 et peu connu alors qu'il a été très proche de Tezuka, participant notamment à plusieurs films animés dans les années 1970. Son dessin est vraiment très bon et on y retrouve certaines similarités avec celui de Tezuka. Les personnages sont parfois caricaturés pour des effets comiques, mais les décors sont très réalistes. D'autant plus incroyable qu'il travaillait seul. Le scénario est aussi de lui. Un manga sur la Seconde guerre mondiale en Yougoslavie, c'est très original. On y voit la complexité des relations entre des populations différentes sur bien des points qui après avoir chassé les Ottomans se retrouvent à la merci des nazis. Pour l'identification des jeunes lecteurs, les personnages principaux sont deux adolescents. Une jeune fille prénommée Fi qui sera arrêtée et devra travailler dans un camp. Krilo est un garçon qui sera rapidement confronté à l'horreur de la guerre lui aussi. L'histoire montre plusieurs scènes de massacre. Il y a un aspect romanesque avec plusieurs personnages qu'on découvre liés entre eux. Un mélange historique et roman qui me rappelle le travail de Riyoko Ikeda dans La Rose de Versailles. C'est juste dommage qu'on soit à 29 euros le volume ce qui n'est pas rien, même si on a 300 pages dans un grand format et de bonne qualité. Un prix du patrimoine au dernier festival d'Angoulême bien mérité.

08/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Lucien (Carayol/Sénégas)
Lucien (Carayol/Sénégas)

J’imaginais un truc bien plus austère. Une surprise comme je les aime !! Les auteurs, que je découvre pour l’occasion, nous propose un chouette roman graphique. Ils nous offrent un sacré numéro d’équilibriste, un récit remplit de tendresse mais également de noirceur à travers ces différents personnages, tantôt solaires tantôt détestables et malheureusement humains. Et ça marche très bien, à mes yeux ils réalisent une belle prouesse. Une histoire qui se décompose en 12 actes - répartis en deux parties, plus un épilogue. Nous allons faire connaissance avec de nombreux personnages mais tout tourne autour de notre Lucien, un gentil balayeur de parc, un peu naïf mais au combien attachant. La première partie est plaisante mais plutôt sans surprises, je l’ai trouvé très classique et un peu déjà vu. On découvre le petit microcosme qui gravite autour de notre « héros », au programme amitié et bêtise humaine. Je dois avouer qu’à son issue je n’étais pas plus emballé que ça. Puis, sans trop en dire, arrive la seconde partie que j’ai trouvé bien plus originale et accrocheuse dans son déroulée. Elle emmène dans de nouvelles sphères la première. L’épilogue par contre n’apporte pas grand chose. Une récit finalement relativement simple mais aux personnages au combien réussis, le tout est sans manichéisme et profondément touchant. Un dernier mot sur le dessin, il ne m’a pas de suite charmé mais il s’avère superbe et en parfaite adéquation avec le propos, tantôt d’une belle finesse, tantôt assez brut, du beau noir et blanc. Des pleines pages fabuleuses, une narration maîtrisée, une mise en page inspirée, c’est ponctué de chouettes trouvailles graphiques. Au top. Ça ne plaira sans doute pas à tout le monde mais un bel album que je vous encourage à découvrir. Seule ombre au tableau … le tarif, à feuilleter avant de se lancer dans l’aventure.

08/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Voyage de Phoenix
Le Voyage de Phoenix

Décidément, Jung réalise quelques très bons albums, qui tous jouent sur une émotion à fleur de peau, mais qui n’entrave pas le développement de ses histoires. Ce qui rend la lecture agréable, c’est déjà ce dessin, vraiment très bon techniquement, dans un style semi-réaliste. Un trait simple (idem pour les décors), mais terriblement efficace, et agréable à l’œil, jouant sur des nuances de gris et un Noir et Blanc assez doux. Il sait magnifiquement rendre les émotions, qui sont au cœur de son intrigue. Intrigue qui entremêle plusieurs personnages, aux trajectoires qui se croisent plus ou moins (c’est un peu fouillis parfois, mais on s’y retrouve aisément). Certains passages sont pleins d’un bonheur irradiant, presque dégoulinant, alors même que le drame, ou plutôt les drames traversent ces histoires, comme le décès d’un fils/frère adoré, qui détruit à petit feu ceux qui sont restés, ou alors la tragédie vécue par un Nord-Coréen ayant échappé à un camp de concentration après une douzaine d’années d’enfer (ce passage, assez long, est vraiment terrible à lire !). Et, enfin, les dernières pages livrent la clé du titre, puisque, malgré les drames, l’espoir peut renaître, l’amour, la vie ou la rédemption s’invitant chez les protagonistes que nous avons croisés durant cette lecture. Un bel album, vraiment, à découvrir.

08/03/2023 (modifier)
Couverture de la série L'Emouvantail
L'Emouvantail

L’histoire – ou les histoires – de cet épouvantail, qui ne ferait pas de mal à une mouche ni peur à un oiseau, sont pleines de qualités. Renaud Dillies en a fait quelque chose de tout public, même si, évidemment, les plus jeunes lecteurs sont le cœur de cible. C’est rempli de poésie, de gentillesse – mais sans jamais tomber dans la mièvrerie. Et le dessin de Dillies allie simplicité et efficacité, mais aussi beauté. Il est vraiment chouette (j’ai aussi beaucoup aimé la colorisation de Bouchard). Bref, un petit plaisir à partager avec ses jeunes enfants.

08/03/2023 (modifier)
Couverture de la série Tranquille courage
Tranquille courage

J'ai passé un très bon moment de lecture en compagnie de Gustave, ce paysan Normand qui abrite le capitaine Weston Lennox au nez et à la barbe des Allemands en déroute (été 44). Un diptyque pour raconter comment cacher un aviateur dans une grange pendant deux mois, cela pourrait paraître long. D'autant plus que les scènes d'actions et de combats sont rares. Au contraire j'ai trouvé le scénario si bien construit et si fluide que je n'ai trouvé aucune longueur dans cette rencontre entre ces deux hommes aux univers si différents que seule la lutte contre la barbarie a réuni. La prouesse d'Olivier Merle est de rendre la guerre omniprésente dans le récit sans jamais la montrer ou si peu. Pourtant Gustave et sa famille se retrouve au milieu de combats acharnés qui ont duré près de deux mois dans un tout petit périmètre. Merle rend hommage aux forces alliées (surtout américaines) sans éluder le terrible sacrifice des populations qui ont subi les bombardements "amis". Ces milliers de morts Normands et Américains acceptés comme une fatalité sans révolte ont créé un lien exceptionnel entre les USA et la Normandie. C'est cette idée qui imprègne un scénario que j'aime beaucoup. Olivier Merle réussit de plus à entretenir un vrai suspens sur la conclusion de son récit. Le graphisme d'Alexandre Tefenkgi met bien en valeur le récit. Son trait assez fort appuie sur les expressions des personnages. Le découpage est judicieux pour donner du rythme à la narration. Le matériel militaire est précis et détaillé. Cela manque peut-être un peu de couleurs d'été mais cela renforce l'ambiance angoissante de cette période. J'ai pris beaucoup de plaisir à replonger dans cette bataille historique décisive pour la libération de la France.

08/03/2023 (modifier)
Par Ubrald
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kleos
Kleos

J’aime beaucoup la Grèce antique et j’ai trouvé mon compte dans cette histoire. C’est léger, cela se lit facilement, le dessin est agréable et lumineux. Nous suivons l’aventure d’un fils de pêcheur grec en quête de gloire. Il ne s’agit pas du héros classique noble tel Achille, Ulysse, etc. à qui tout réussit ou presque, mais au contraire d’un anti héros, pauvre, issu du peuple, à qui il arrive nombre de mésaventures. C’est de la mythologie, de l’antiquité grecque à hauteur d’homme, à un niveau réaliste plus proche de nous : il est ainsi très facile de s’identifier au personnage. Le récit regorge d’informations sur le mode de vie et la mythologie grecque, on apprend beaucoup tout en s'amusant des déconvenues du héros. C’est ce que j’ai particulièrement apprécié dans cette bd.

07/03/2023 (modifier)