J’ai lu les trois tomes de l’édition originale, publiés par Vent d’Ouest, l’éditeur ayant semble-t-il arrêté avant la fin la série. C’est en postant mon avis que je découvre que Revival est en train de rééditer (voir d’éditer) cette série jusqu’à la fin (j’espère).
Malgré la frustration de ne pas avoir lu la conclusion de la série, j’ai tout de même apprécié cette lecture.
Car Sakaguchi (auteur que je découvre avec cette série) a su développer une histoire qui s’insère parfaitement dans la grande et triste Histoire de la seconde guerre mondiale. Qui plus est dans une région pas si souvent traitée, celle de l’Europe du Sud-Est, en Yougoslavie, à partir de 1941. C’est d’autant plus étonnant que l’auteur est japonais. Je ne sais pas d’où lui vient cet intérêt. Mais il s’est renseigné, et son histoire est très bien ancrée dans la réalité, est très crédible, dans les grandes ou les petites lignes.
La violence de la guerre, mais aussi et surtout la violence et le cynisme des Nazis sont montrés, comme les diverses facettes de la résistance yougoslave (et les problèmes jamais réglés entre les diverses nationalités qui composaient le patchwork de ce pays, né des convulsions de la Première guerre mondiale).
La narration est dynamique, agréable, fluide. Idem pour le dessin, très simple mais efficace. Heureusement pour moi (affaire de goût), il n’y a pas souvent d’exagération des émotions sur les visages, défaut récurrent des mangas selon moi.
Bref, une série intéressante. Si j’ai l’occasion de tomber sur l’édition Revival des derniers épisodes de la série, je le ferai avec plaisir.
Difficile de ne pas penser à la très belle série d’Alice Le Château des étoiles, tant l’univers, et certains détails, sont proches. Surtout dans les premiers tomes, ça s’en écarte quand même pas mal dans les deux derniers.
Valp a en tout cas réussi à développer un univers steampunk intéressant visuellement (sans doute moins de rêverie que dans « Le Château des étoiles », et le dessin est sans doute aussi moins lumineux que celui d’Alice), mais aussi une narration agréable.
Le dessin donc, dynamique, agréable, accompagne bien cette histoire. J’ai juste trouvé le trait un chouia moins bon dans le quatrième album, plus inégal, le trait un peu trop gras parfois (un album où Valp a aussi abusé des scènes de batailles/bagarres et d’« éclatements », cela donnant l’impression de remplissage). De fait une série resserrée sur trois tomes aurait sans doute été meilleure, ce dernier tome m’ayant moins captivé, même s’il conclut bien la série.
Une série sympathique à redécouvrir. Je m’étonne qu’il y ait eu si peu d’avis la concernant.
Une superbe bd jeunesse.
L'adaptation du roman de Kathleen Karr dont je ne connaissais pas l'existence.
J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre Simon Green, un jeune garçon de 15 ans, ses mille dindes et ses trois acolytes dans cette improbable odyssée qui doit les mener à Denver.
Un magnifique récit d'aventure au temps du Far West qui mettra en avant l'amitié, la débrouillardise, le sort des esclaves et celui des indiens.
Un périple initiatique bien dosé qui souffle un vent de fraîcheur.
Les personnages sont attachants, Simon qui n'est pas si niais que cela, Bidwell Peece le muletier est un ancien alcoolique, Jo est une jeune esclave en cavale et Lizzie est l'unique survivante de sa famille. Nos quatre personnages vont former une famille recomposée sur les bases du respect et de la solidarité.
Une narration maîtrisée qui fait la part belle à l'espoir, la liberté et les liens qui unissent nos protagonistes.
Si vous avez besoin de positivité, ne vous privez pas de cette lecture.
Le dessin tout en rondeur de Léonie Bischoff dans un style enfantin est très expressif, il est pour beaucoup dans mon plaisir de lecture. Les couleurs dans les tons pastels sont en parfaite harmonie avec la partie graphique.
Très beau.
Pour information, la seule bd à ce jour à avoir raflé le prix jeunesse à Angoulême et à l'ACBD.
Les amateurs d’une bonne histoire mêlant aventures plus ou moins exotiques et romantisme trouveront forcément dans ce diptyque de quoi les contenter.
Tout est fluide et agréable dans ce récit, de la narration au dessin. Et le personnage principal est assez attachant – même s’il est parfois un chouia trop « parfait », « gentil » au milieu des requins, avec toutes les femmes qu’il croise qui tombent amoureuses de lui. Mais bon, hormis ces clichés (pas trop appuyés non plus), les deux tomes sont captivants, bien ancrés dans l’histoire française (fin du second Empire en Normandie), américaine (construction d’un chemin de fer reliant Est et Ouest) et colombienne (là aussi il est question d’un chemin de fer, mais cela dévie sur autre chose).
Ce n’est pas de l’aventure à grand spectacle, c’est à hauteur d’homme, mais on est captivé par ce qui arrive au héros, et on sent que son optimisme et sa capacité d’adaptation lui feront franchir tous les obstacles (on est prêt à l’aider si nécessaire).
Une histoire sympathique, bien narrée et dessinée. Et qui en plus est reliée à l’histoire familiale d’un scénariste. Ma seule frustration est de ne pas en avoir appris beaucoup sur ces Taironas et cet objet en or (mais après tout je peux aller au Louvre pour le voir).
Ouaouh ! Eh bien en voilà une BD qui nous balance à la figure des choses bien sales ! On n’est pas dans du politiquement correct, ni dans du dessin léché pour amateurs de franco-belge classique.
Il y a un peu du « Tombeau pour mille soldats » de Guyotat dans ce long cri de haine, cette violence absurde et définitive.
Le personnage principal est un vieux flic anglais totalement aigri, infiniment raciste, fortement misogyne et franchement barré, atteint de troubles psychologiques. Une névrose qu’il semble attribuer à la révolte des Mau Mau au Kenya, qu’il semble avoir vécue. En tout cas c’est à elle qu’il attribue la fin d’une certaine vie idyllique dans les colonies, la déchéance de sa mère (il ne semble pas admettre qu’elle ait eu un amant noir).
Et toute sa haine, ses frustrations, il les passe sur des femmes noires, avec lesquelles il abuse de son pouvoir, et d’une violence sadique (verbale et physique).
C’est donc très très noir, parfois trash, et les outrances de notre flic névrotique sont en creux une charge contre le colonialisme et le racisme.
Le dessin est lui aussi outrancier, exagère les rictus de haine, l’expression de la violence.
Un album prenant, dérangeant, mais intéressant.
Note réelle 3,5/5.
Accueillir une nouvelle BD de Tronchet est toujours une agréable perspective.
Même si je fus relativement déçu de nombreuses fois (Le Chanteur perdu, L'Homme qui ne disait jamais Non...), la sympathie qui entoure cet auteur demeure. Ce nouvel opus "L'année fantôme" n'est pas exempt de défauts. Ainsi la résolution de l'enquête mémorielle est banalement décrite via une voix off présentée dans des cartouches au sein d'images platement illustratives. Par contre, notons que le découpage évident et risqué en deux parties, avec un changement assez radical de rythme et d'atmosphère, s'opère aisément et est accepté tout aussi aisément par le lecteur.
Au bout du compte, la première partie dédiée à la vie de l'humoriste est diablement habile et bien rythmée, tandis qu'une douce mélancolie perce gentiment durant la seconde. Bref, une BD au charme fou, dont le souvenir pourrait même s'adoucir plus encore avec les mois et années.
Oscar, photographe itinérant, et Dull, le jeune cheyenne qu'il a recueilli enfant, parcourent l'Ouest sauvage. Ils travaillent pour la Loi. Leur métier consiste à recueillir la déposition des témoins de crimes pour dessiner le visage de l'accusé et produire ainsi les fameuses affiches Wanted destinées aux chasseurs de primes. Sauf que Dull a un pouvoir spécial : outre son talent incroyable pour les portraits, ses dessins s'animent pour pointer vers la direction de la personnage recherchée. Oscar et Dull profitent de ce don pour rechercher depuis des années les responsables du massacre de la tribu de Dull. Et il s'avère qu'une chasseuse de primes est sur la trace de la même bande criminelle.
C'est un western de pur divertissement dans une atmosphère qui rend hommage aux grands espaces et à l'esprit des western-spagettis. Outre son aspect fantastique, il intègre également volontiers quelques anachronismes et gadgets à la manière des Mystères de l'Ouest.
La mise en scène est parfaitement réussie, plongeant rapidement le lecteur dans l'ambiance et dans ses décors grandioses et désertiques certes clichés mais toujours aussi envoutants. Le dessin est de ce point de vue là très réussi, mais il n'est pas en reste pour les personnages qui sont pleins de vie et de personnalité.
Ces personnages sont d'ailleurs l'un des points forts du récit, avec des protagonistes aux origines variés et aux caractères marqués qui interagissent très bien pour donner du piment et une certaine profondeur à l'intrigue.
Il y a une part d'artificiel, tant dans le choix volontairement hétéroclite des héros que dans le déroulement de certaines scènes d'action et rebondissements parfois un peu faciles, à l'image de ce jeune guerrier indien capable de terrasser des tueurs armés à l'aide de son seul tomahawk, ou de cette chasseuse de primes trop forte pour être crédible. Mais c'est pour le plaisir du lecteur, pour mettre en scène une aventure pleine d'action, qui ne se laisse pas forcément deviner et qui nous entraîne dans un récit prenant et plutôt original même s'il s'agit au final que d'une histoire de vengeance.
J'ai bien aimé ma lecture et je l'ai terminée avec le sentiment d'avoir passé un bon moment et d'accepter volontiers de lire un jour d'éventuelles autres aventures de ces héros là.
Cette série est de loin l’une des meilleures que j’ai eu l’occasion de lire (et j’en ai pourtant lu des milliers). Je ne reviendrai pas sur ses multiples qualités très bien décrites dans les avis précédents et insisterai plutôt sur le risque que l’auteur n’arrive jamais à terminer la série.
En effet, la parution de la série aux USA se fait d’abord en fascicules (« Issues ») d’une vingtaine de pages avant d’être publiés en albums. Selon l’auteur, 7 albums sont prévus soit environ 70 fascicules. Si les 31 premiers fascicules ont paru relativement rapidement (entre 1998 et 2010), les 3 suivants ont été nettement plus lents (le 32 en 2012, le 33 en 2013 et le 34 en … 2019). À ce rythme-là, le dernier fascicule a peu de chance de voir le jour. Il est à noter que les fascicules 32 à 34 n’existent qu’en anglais et que le fascicule 34 a paru en couleurs alors que tous les autres sont en noir et blanc. Un coloriste, différent de l’auteur, a commencé à colorer les premiers fascicules, ce qui montre peut-être un certain regain d’intérêt pour cette série. Mais, ne rêvons pas, cette série a très peu de chance d’arriver à son terme.
Dans le fond, cela n’est pas si grave car tout le monde connaît la fin de Troie – même si, semble-t-il, Homère n'aurait pas parlé du cheval de Troie dans l’Iliade, cet épisode n'étant brièvement décrit que dans le poème suivant - à savoir dans l'Odyssée. Ce qui importe le plus dans cette série n’est pas l’action en elle-même – même si elle ne manque pas d’intérêt – mais c’est plutôt les motivations avouées et secrètes des protagonistes et les interactions entre eux. On y découvre un Ulysse certes rusé mais aussi fourbe et sans pitié, un Agamemnon jaloux de son cousin Palamède, souvent dépassé par les événements et sous la coupe d’un prêtre troyen sans scrupule, un Pâris bellâtre et lâche mais non dénué d’intelligence, un Hector admirable de droiture et de dignité mais parfois un peu naïf… Bref, les personnages ont énormément de profondeur.
L’histoire est particulièrement dense et, pour bien la comprendre, il n’est pas inutile de se documenter par ailleurs (merci Wikipédia !). En effet, par exemple, pour comprendre tout le sel d’une réflexion apparemment anodine entre Aithré (servante de la fille de Priam) et Hécube (la femme de Priam), il faut à la fois avoir bien lu et retenu les chapitres précédents mais aussi avoir plus que des notions de la mythologie grecque.
Eric Shanower – tout en respectant rigoureusement l’esprit de l’Iliade (à cela près qu’il en omet l’existence réelle des dieux, ce qui est prouesse !) – introduit même ça et là un peu de fantaisie quand, par exemple, il fait entonner par Achille un chant qu’Homère a écrit dans… l’Odyssée soit un épisode qui se situe après la guerre de Troie.
En conclusion, cette série mériterait largement un 5/5 si elle était achevée. En l’état, je ne peux mettre qu’un 4/5.
Ni un pensum ni une parodie trash, la vision des contes de fées que nous propose Lou Lubie n’en est pas moins originale et intéressante. Il y a autant la volonté de dépoussiérer des archétypes que d’en montrer la force et l’intérêt.
Déciller, tout en gardant les yeux ouverts sur des récits connus de tous dans les grandes lignes. Leur donner une histoire, des origines, des ancêtres, en tracer les lignes directrices.
Mais ce qui fait l’intérêt principal de cet album, c’est sa légèreté, le ton employé, où l’humour a franchement sa place, le lecteur étant souvent pris à parti. Et le dessin, très simple (et aéré par une mise en page faisant fi du gaufrier traditionnel) est adapté à ce type de projet.
Un beau travail éditorial de Delcourt en plus, l’album, avec tranche dorée ressemblant extérieurement à un vieux recueil.
Une lecture très sympathique en tout cas.
Je n'ai pas lu le roman source d'Anne-Laure Bondoux. L'image que nous en donne Frédéric Bihel est une lecture pas très simple avec de nombreuses interrogations philosophiques tout au long du récit.
J'avoue avoir eu du mal à saisir où voulait nous conduire le scénario dans sa deuxième partie. Il y a de nombreux points qui sont restés obscurs dans ma lecture comme la culpabilité de Bo et sa façon d'y répondre, cette guerre si proche et si loin à la fois et le final théâtral un peu tombé de nulle part.
Le graphisme de Bihel m'en a mis plein les yeux avec ses doubles pages qui réussissent parfaitement à décrire l'angoisse, la tristesse et aussi la détermination des personnages. Le style un peu crayonné pour les personnages, varie d'une grande précision pour les visages et des traits moins précis mais accentuant la dynamique des groupes.
Comme nous sommes souvent sous terre la recherche des éclairages et des contrastes donne une mise en scène d'un bon niveau.
Une lecture singulière et pas facile où il me manque quelques clés. 3.5
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Fleurs de Pierre
J’ai lu les trois tomes de l’édition originale, publiés par Vent d’Ouest, l’éditeur ayant semble-t-il arrêté avant la fin la série. C’est en postant mon avis que je découvre que Revival est en train de rééditer (voir d’éditer) cette série jusqu’à la fin (j’espère). Malgré la frustration de ne pas avoir lu la conclusion de la série, j’ai tout de même apprécié cette lecture. Car Sakaguchi (auteur que je découvre avec cette série) a su développer une histoire qui s’insère parfaitement dans la grande et triste Histoire de la seconde guerre mondiale. Qui plus est dans une région pas si souvent traitée, celle de l’Europe du Sud-Est, en Yougoslavie, à partir de 1941. C’est d’autant plus étonnant que l’auteur est japonais. Je ne sais pas d’où lui vient cet intérêt. Mais il s’est renseigné, et son histoire est très bien ancrée dans la réalité, est très crédible, dans les grandes ou les petites lignes. La violence de la guerre, mais aussi et surtout la violence et le cynisme des Nazis sont montrés, comme les diverses facettes de la résistance yougoslave (et les problèmes jamais réglés entre les diverses nationalités qui composaient le patchwork de ce pays, né des convulsions de la Première guerre mondiale). La narration est dynamique, agréable, fluide. Idem pour le dessin, très simple mais efficace. Heureusement pour moi (affaire de goût), il n’y a pas souvent d’exagération des émotions sur les visages, défaut récurrent des mangas selon moi. Bref, une série intéressante. Si j’ai l’occasion de tomber sur l’édition Revival des derniers épisodes de la série, je le ferai avec plaisir.
Les Fantômes de Neptune
Difficile de ne pas penser à la très belle série d’Alice Le Château des étoiles, tant l’univers, et certains détails, sont proches. Surtout dans les premiers tomes, ça s’en écarte quand même pas mal dans les deux derniers. Valp a en tout cas réussi à développer un univers steampunk intéressant visuellement (sans doute moins de rêverie que dans « Le Château des étoiles », et le dessin est sans doute aussi moins lumineux que celui d’Alice), mais aussi une narration agréable. Le dessin donc, dynamique, agréable, accompagne bien cette histoire. J’ai juste trouvé le trait un chouia moins bon dans le quatrième album, plus inégal, le trait un peu trop gras parfois (un album où Valp a aussi abusé des scènes de batailles/bagarres et d’« éclatements », cela donnant l’impression de remplissage). De fait une série resserrée sur trois tomes aurait sans doute été meilleure, ce dernier tome m’ayant moins captivé, même s’il conclut bien la série. Une série sympathique à redécouvrir. Je m’étonne qu’il y ait eu si peu d’avis la concernant.
La Longue Marche des Dindes
Une superbe bd jeunesse. L'adaptation du roman de Kathleen Karr dont je ne connaissais pas l'existence. J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre Simon Green, un jeune garçon de 15 ans, ses mille dindes et ses trois acolytes dans cette improbable odyssée qui doit les mener à Denver. Un magnifique récit d'aventure au temps du Far West qui mettra en avant l'amitié, la débrouillardise, le sort des esclaves et celui des indiens. Un périple initiatique bien dosé qui souffle un vent de fraîcheur. Les personnages sont attachants, Simon qui n'est pas si niais que cela, Bidwell Peece le muletier est un ancien alcoolique, Jo est une jeune esclave en cavale et Lizzie est l'unique survivante de sa famille. Nos quatre personnages vont former une famille recomposée sur les bases du respect et de la solidarité. Une narration maîtrisée qui fait la part belle à l'espoir, la liberté et les liens qui unissent nos protagonistes. Si vous avez besoin de positivité, ne vous privez pas de cette lecture. Le dessin tout en rondeur de Léonie Bischoff dans un style enfantin est très expressif, il est pour beaucoup dans mon plaisir de lecture. Les couleurs dans les tons pastels sont en parfaite harmonie avec la partie graphique. Très beau. Pour information, la seule bd à ce jour à avoir raflé le prix jeunesse à Angoulême et à l'ACBD.
L'Héritage des Taironas
Les amateurs d’une bonne histoire mêlant aventures plus ou moins exotiques et romantisme trouveront forcément dans ce diptyque de quoi les contenter. Tout est fluide et agréable dans ce récit, de la narration au dessin. Et le personnage principal est assez attachant – même s’il est parfois un chouia trop « parfait », « gentil » au milieu des requins, avec toutes les femmes qu’il croise qui tombent amoureuses de lui. Mais bon, hormis ces clichés (pas trop appuyés non plus), les deux tomes sont captivants, bien ancrés dans l’histoire française (fin du second Empire en Normandie), américaine (construction d’un chemin de fer reliant Est et Ouest) et colombienne (là aussi il est question d’un chemin de fer, mais cela dévie sur autre chose). Ce n’est pas de l’aventure à grand spectacle, c’est à hauteur d’homme, mais on est captivé par ce qui arrive au héros, et on sent que son optimisme et sa capacité d’adaptation lui feront franchir tous les obstacles (on est prêt à l’aider si nécessaire). Une histoire sympathique, bien narrée et dessinée. Et qui en plus est reliée à l’histoire familiale d’un scénariste. Ma seule frustration est de ne pas en avoir appris beaucoup sur ces Taironas et cet objet en or (mais après tout je peux aller au Louvre pour le voir).
Le Fardeau de l'Homme Noir
Ouaouh ! Eh bien en voilà une BD qui nous balance à la figure des choses bien sales ! On n’est pas dans du politiquement correct, ni dans du dessin léché pour amateurs de franco-belge classique. Il y a un peu du « Tombeau pour mille soldats » de Guyotat dans ce long cri de haine, cette violence absurde et définitive. Le personnage principal est un vieux flic anglais totalement aigri, infiniment raciste, fortement misogyne et franchement barré, atteint de troubles psychologiques. Une névrose qu’il semble attribuer à la révolte des Mau Mau au Kenya, qu’il semble avoir vécue. En tout cas c’est à elle qu’il attribue la fin d’une certaine vie idyllique dans les colonies, la déchéance de sa mère (il ne semble pas admettre qu’elle ait eu un amant noir). Et toute sa haine, ses frustrations, il les passe sur des femmes noires, avec lesquelles il abuse de son pouvoir, et d’une violence sadique (verbale et physique). C’est donc très très noir, parfois trash, et les outrances de notre flic névrotique sont en creux une charge contre le colonialisme et le racisme. Le dessin est lui aussi outrancier, exagère les rictus de haine, l’expression de la violence. Un album prenant, dérangeant, mais intéressant. Note réelle 3,5/5.
L'Année fantôme
Accueillir une nouvelle BD de Tronchet est toujours une agréable perspective. Même si je fus relativement déçu de nombreuses fois (Le Chanteur perdu, L'Homme qui ne disait jamais Non...), la sympathie qui entoure cet auteur demeure. Ce nouvel opus "L'année fantôme" n'est pas exempt de défauts. Ainsi la résolution de l'enquête mémorielle est banalement décrite via une voix off présentée dans des cartouches au sein d'images platement illustratives. Par contre, notons que le découpage évident et risqué en deux parties, avec un changement assez radical de rythme et d'atmosphère, s'opère aisément et est accepté tout aussi aisément par le lecteur. Au bout du compte, la première partie dédiée à la vie de l'humoriste est diablement habile et bien rythmée, tandis qu'une douce mélancolie perce gentiment durant la seconde. Bref, une BD au charme fou, dont le souvenir pourrait même s'adoucir plus encore avec les mois et années.
Wanted - Portrait de sang
Oscar, photographe itinérant, et Dull, le jeune cheyenne qu'il a recueilli enfant, parcourent l'Ouest sauvage. Ils travaillent pour la Loi. Leur métier consiste à recueillir la déposition des témoins de crimes pour dessiner le visage de l'accusé et produire ainsi les fameuses affiches Wanted destinées aux chasseurs de primes. Sauf que Dull a un pouvoir spécial : outre son talent incroyable pour les portraits, ses dessins s'animent pour pointer vers la direction de la personnage recherchée. Oscar et Dull profitent de ce don pour rechercher depuis des années les responsables du massacre de la tribu de Dull. Et il s'avère qu'une chasseuse de primes est sur la trace de la même bande criminelle. C'est un western de pur divertissement dans une atmosphère qui rend hommage aux grands espaces et à l'esprit des western-spagettis. Outre son aspect fantastique, il intègre également volontiers quelques anachronismes et gadgets à la manière des Mystères de l'Ouest. La mise en scène est parfaitement réussie, plongeant rapidement le lecteur dans l'ambiance et dans ses décors grandioses et désertiques certes clichés mais toujours aussi envoutants. Le dessin est de ce point de vue là très réussi, mais il n'est pas en reste pour les personnages qui sont pleins de vie et de personnalité. Ces personnages sont d'ailleurs l'un des points forts du récit, avec des protagonistes aux origines variés et aux caractères marqués qui interagissent très bien pour donner du piment et une certaine profondeur à l'intrigue. Il y a une part d'artificiel, tant dans le choix volontairement hétéroclite des héros que dans le déroulement de certaines scènes d'action et rebondissements parfois un peu faciles, à l'image de ce jeune guerrier indien capable de terrasser des tueurs armés à l'aide de son seul tomahawk, ou de cette chasseuse de primes trop forte pour être crédible. Mais c'est pour le plaisir du lecteur, pour mettre en scène une aventure pleine d'action, qui ne se laisse pas forcément deviner et qui nous entraîne dans un récit prenant et plutôt original même s'il s'agit au final que d'une histoire de vengeance. J'ai bien aimé ma lecture et je l'ai terminée avec le sentiment d'avoir passé un bon moment et d'accepter volontiers de lire un jour d'éventuelles autres aventures de ces héros là.
L'Âge de Bronze
Cette série est de loin l’une des meilleures que j’ai eu l’occasion de lire (et j’en ai pourtant lu des milliers). Je ne reviendrai pas sur ses multiples qualités très bien décrites dans les avis précédents et insisterai plutôt sur le risque que l’auteur n’arrive jamais à terminer la série. En effet, la parution de la série aux USA se fait d’abord en fascicules (« Issues ») d’une vingtaine de pages avant d’être publiés en albums. Selon l’auteur, 7 albums sont prévus soit environ 70 fascicules. Si les 31 premiers fascicules ont paru relativement rapidement (entre 1998 et 2010), les 3 suivants ont été nettement plus lents (le 32 en 2012, le 33 en 2013 et le 34 en … 2019). À ce rythme-là, le dernier fascicule a peu de chance de voir le jour. Il est à noter que les fascicules 32 à 34 n’existent qu’en anglais et que le fascicule 34 a paru en couleurs alors que tous les autres sont en noir et blanc. Un coloriste, différent de l’auteur, a commencé à colorer les premiers fascicules, ce qui montre peut-être un certain regain d’intérêt pour cette série. Mais, ne rêvons pas, cette série a très peu de chance d’arriver à son terme. Dans le fond, cela n’est pas si grave car tout le monde connaît la fin de Troie – même si, semble-t-il, Homère n'aurait pas parlé du cheval de Troie dans l’Iliade, cet épisode n'étant brièvement décrit que dans le poème suivant - à savoir dans l'Odyssée. Ce qui importe le plus dans cette série n’est pas l’action en elle-même – même si elle ne manque pas d’intérêt – mais c’est plutôt les motivations avouées et secrètes des protagonistes et les interactions entre eux. On y découvre un Ulysse certes rusé mais aussi fourbe et sans pitié, un Agamemnon jaloux de son cousin Palamède, souvent dépassé par les événements et sous la coupe d’un prêtre troyen sans scrupule, un Pâris bellâtre et lâche mais non dénué d’intelligence, un Hector admirable de droiture et de dignité mais parfois un peu naïf… Bref, les personnages ont énormément de profondeur. L’histoire est particulièrement dense et, pour bien la comprendre, il n’est pas inutile de se documenter par ailleurs (merci Wikipédia !). En effet, par exemple, pour comprendre tout le sel d’une réflexion apparemment anodine entre Aithré (servante de la fille de Priam) et Hécube (la femme de Priam), il faut à la fois avoir bien lu et retenu les chapitres précédents mais aussi avoir plus que des notions de la mythologie grecque. Eric Shanower – tout en respectant rigoureusement l’esprit de l’Iliade (à cela près qu’il en omet l’existence réelle des dieux, ce qui est prouesse !) – introduit même ça et là un peu de fantaisie quand, par exemple, il fait entonner par Achille un chant qu’Homère a écrit dans… l’Odyssée soit un épisode qui se situe après la guerre de Troie. En conclusion, cette série mériterait largement un 5/5 si elle était achevée. En l’état, je ne peux mettre qu’un 4/5.
Et à la fin, ils meurent
Ni un pensum ni une parodie trash, la vision des contes de fées que nous propose Lou Lubie n’en est pas moins originale et intéressante. Il y a autant la volonté de dépoussiérer des archétypes que d’en montrer la force et l’intérêt. Déciller, tout en gardant les yeux ouverts sur des récits connus de tous dans les grandes lignes. Leur donner une histoire, des origines, des ancêtres, en tracer les lignes directrices. Mais ce qui fait l’intérêt principal de cet album, c’est sa légèreté, le ton employé, où l’humour a franchement sa place, le lecteur étant souvent pris à parti. Et le dessin, très simple (et aéré par une mise en page faisant fi du gaufrier traditionnel) est adapté à ce type de projet. Un beau travail éditorial de Delcourt en plus, l’album, avec tranche dorée ressemblant extérieurement à un vieux recueil. Une lecture très sympathique en tout cas.
Tant que nous sommes vivants
Je n'ai pas lu le roman source d'Anne-Laure Bondoux. L'image que nous en donne Frédéric Bihel est une lecture pas très simple avec de nombreuses interrogations philosophiques tout au long du récit. J'avoue avoir eu du mal à saisir où voulait nous conduire le scénario dans sa deuxième partie. Il y a de nombreux points qui sont restés obscurs dans ma lecture comme la culpabilité de Bo et sa façon d'y répondre, cette guerre si proche et si loin à la fois et le final théâtral un peu tombé de nulle part. Le graphisme de Bihel m'en a mis plein les yeux avec ses doubles pages qui réussissent parfaitement à décrire l'angoisse, la tristesse et aussi la détermination des personnages. Le style un peu crayonné pour les personnages, varie d'une grande précision pour les visages et des traits moins précis mais accentuant la dynamique des groupes. Comme nous sommes souvent sous terre la recherche des éclairages et des contrastes donne une mise en scène d'un bon niveau. Une lecture singulière et pas facile où il me manque quelques clés. 3.5