Les derniers avis (32293 avis)

Couverture de la série L'Écolier en bleu
L'Écolier en bleu

J'ai bien aimé cette lecture qui m'a fait découvrir l'oeuvre du peintre Chaïm Soutine. Fabien Grolleau réussit très bien à doser les éléments biographiques du peintre avec un récit fictionnel très crédible. C'est à la fois un hommage à un artiste moins connu que son compère Modigliani avec qui il a fait ses classes. Pourtant son oeuvre est vraiment superbe de puissance tourmentée. Le scénario se focalise sur les deux années d'occupation où Soutine, Juif et Russe, s'est réfugié avec sa compagne dans un petit village. L'intensité dramatique du récit n'est pas centrée sur les possibilités de dénonciation ou d'arrestation même si elles sont suggérées. Les auteurs rendent ainsi hommage à ce village de Champigny sur Veude qui a su accueillir le couple tel qu'il était. Grolleau nous mène plus sur un questionnement du style de Soutine à travers son parcours d'enfance et sa maladie destructrice de son corps mais peut être initiatrice de son art. Cela donne un récit fluide et touchant plein d'humanité dans les rapports qu'établit l'artiste avec sa compagne mais aussi les habitants du village pourtant tellement loin de son univers mental. Le graphisme d'une biographie d'artiste peintre est toujours un défi pour les auteurs. En effet il y a un respect dû au style de Soutine que Joël Legars parvient très bien à imposer. Son trait gras assez tourmenté nous donne un bonne compréhension des cauchemars de l'artiste entrecoupés par des pauses champêtres quasi paradisiaques. La belle mise en couleur accentue ces effets avec bonheur. Une belle découverte qui m'invite à mieux connaître cet artiste.

23/07/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Gisèle Halimi - Une jeunesse tunisienne
Gisèle Halimi - Une jeunesse tunisienne

La biographie officielle de Gisèle Halimi, tout le monde la connaît plus ou moins dans les grandes lignes, et il suffira de consulter sa fiche Wikipédia pour se rendre compte de la liste impressionnante de ses combats, qu’il s’agisse de l’indépendance de l’Algérie ou du droit à l’avortement. A bon escient, les auteurs ont choisi de se concentrer sur une période plus méconnue, celle de son enfance passée en Tunisie, jusqu’à son arrivée à Paris où elle avait décidé d’étudier le droit à la Sorbonne. Le reste de sa carrière est résumé dans un cahier de quatre pages en fin d’ouvrage. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les choses avaient bien mal commencé pour la petite Gisèle. Juifs pratiquants de condition modeste, ses parents ne voulaient pas de fille et sa mère vécut sa naissance comme une malédiction. Si le père finit par l’aimer passionnément, son épouse ne lui prodigua aucune affection maternelle, considérant que le rôle des femmes était de servir les hommes, ce contre quoi sa fille n’eut de cesse de se rebeller. D’une belle fluidité, le récit, scénarisé par Danièle Masse, docteur Es Lettres à l’université de Toulon, nous montre que la future avocate s’est construite en opposition à sa mère et à son éducation, rejetant avec une énergie hors du commun toutes les injonctions à accomplir les tâches traditionnellement dévolues aux filles. Gisèle ne voulait pas faire le ménage ni servir ses frères. Son obsession était d’étudier, non seulement pour s’extraire de sa condition mais pour affuter ses « armes » face à l’injustice vis-à-vis des femmes qui la révoltait plus que tout. Par ailleurs, le mouvement de décolonisation qui affecta également la Tunisie contribua à forger sa conscience politique. Cette biographie est brillamment servie par le talent graphique de Sylvain Dorange. Celui-ci démontre à chacune de ses publications sa maîtrise stylistique : sobriété du trait semi-réaliste allié une finesse d’exécution que l’on retrouve dans la palette des tonalités. L’atmosphère méditerranéenne — ce magnifique ciel ! — est très bien mise en valeur. On croirait par moment sentir des effluves de fleur d’oranger — une observation qui bien entendu ne vise aucunement à faire un jeu de mot (facile) vis-à-vis de l’auteur ! « Gisèle Halimi, une enfance tunisienne » constitue un très bel hommage à cette femme de combat mais aussi de cœur, à cette citoyenne du monde qui afficha tout au long de sa vie une dignité et une humanité sincère dans des revendications légitimes qui, tout en libérant la femme, devaient également contribuer à libérer l’homme. Mais la militante fut souvent traitée avec condescendance voire mépris par la classe politique — ou devrais-je dire les « hommes politiques » ? Ce type d’ouvrage est typiquement celui qu’on aimerait voir figurer en bonne place dans les bibliothèques, et si en outre il concerne la jeunesse de cette grande nana qu’était Halimi, il pourrait inspirer bon nombre de collégiennes en quête d’affirmation d’elles-mêmes.

22/07/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Les Sales Blagues de l'Echo
Les Sales Blagues de l'Echo

Je crois que les avis sont unanimes: on est là dans le haut du panier du lourd et du gras. Des blagues salaces et dégueulasses ayant faire leur preuve autour d'un ballon de blanc au bar PMU et d'un café à la machine du 1er étage. On en lit en se disant "la vache, c'est la plus crade que j'ai lue" et quelques pages plus loin, on se redit la même chose. Le dessin colle parfaitement aux ambiances glaques et beauf, les personnages sont l'incarnation des caricatures, on retrouve l'esprit des théâtres de Guignol où chaque rôle était attribué. Un gringalet face à une grosse brute: le 1er va perdre un paquet de dents. Et si dans ce monde aucun ne rattrape l'autre, personne n'a de mauvais fond, c'est Groland sur papier. Tout est cohérent et Vuillemin ne dévie jamais de son chemin, à la manière de Reiser. Je n'ose évidemment pas les mettre dans la même catégorie car les sales blagues n'existent que pour se divertir et ne fait pas office de loupe anthropologique. Mais qu'est-ce que ça fait du bien à notre époque du mainstream élevé en religion.

21/07/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Dessous (Bones)
Dessous (Bones)

J'aime beaucoup les ambiances Lovecraftienne et cette BD est un pur condensé de ce qu'il y a de meilleur dans les oeuvres de Lovecraft. Le premier tome est un petit modèle d'histoire parfaitement bien inspirée par l'univers d'horreur cosmique, assaisonné d'une guerre des tranchées qui parait un modèle pour exprimer l'angoisse et l'horreur de choses qui nous dépassent. Le tout servi par un dessin qui permets de mettre en ombre et lumière les ambiances de désolation et de destruction de cette période. Vous l'aurez compris, je suis personnellement très content de la lecture de cette BD. J'aime l'ambiance que l'auteur a réussi à installer, elle se distille avec soin dans des archétypes de personnage, le jeune scientifique, le vieux scientifique, le soldat blasé, les bleus ... C'est un mélange de diverses personnes qui sont parfaitement campées, stéréotypés diraient certains, mais qui officient pleinement dans leurs rôles. La trame est menée telle une histoire de Lovecraft, avec le mystère qui plane tout au long du récit même si l'on s'attends à ce qui arrive. Comme souvent, le côté métaphorique de la chose est palpable, ici ça me semble surtout une question de peur de la science, de ce qu'on découvre en temps de guerre et qu'on est prêt à faire. Armes bactériologiques, expérimentation inhumaine et exploitation pour gagner du crédit scientifique. Le premier tome se suffit à lui tout seul, et d'ailleurs c'est celui que je recommande, mais le second apporte un développement plaisant et qui parait de bonne facture, si tant est que la fin (qu'on verra peut-être un jour sous une autre collection) apporte le dénouement satisfaisant qu'il convient à ce type d'histoire. C'est mené par le dessin autant que par le scénario et ces noirs profonds qui donnent relief et ombres aux cases ajoutent à la dimension fantastique autant qu'à l'horreur de la guerre. Les visages disparaissent dans l'ombre ou sous les barbes, tout est trop grand par rapport aux misérables humains qui vivent en face de ces horreurs sans nom. En somme, une excellente poursuite de l'oeuvre Lovecraftienne, parfaitement adaptée aux amateurs du genre qui souhaitent replonger un peu dans tout ce qui se cache sous la surface de notre monde. Une série qui tient la route et apporte quelques promesses que j'ai hâte de voir réalisées. Je ne sais pas si la suite existera, mais je l'espère.

21/07/2023 (modifier)
Par Cosme
Note: 4/5
Couverture de la série Olive
Olive

De la fraîcheur! Voilà ce que j’ai ressenti à la lecture de cette série. Composée de quatre album, je les ai enchaînés sans m’en rendre compte tellement j’ai été emporté dans l’histoire. Olive c’est l’histoire d’une jeune adolescente mal dans sa peau et bouc émissaire de son lycée, qui s’évade dans un monde (son monde), imaginaire, pour fuir le quotidien. Jusqu’au jour où dans le monde réel on lui impose de partager sa chambre à l’internat, et que dans Son Monde, un astronaute débarque… Commence alors une enquête où le réel et l’imaginaire s’entremêlent, qui l’emmènera au bout de l’onirisme et du monde réel. C’est la première série que je lis un album, autant pour la scénariste que pour la dessinatrice, et c’est une très belle découverte. Le scénario est vraiment bien écrit, c’est fluide, je me suis laissé prendre au jeu très facilement et à chaque fin d’album, qu’une seule envie, lire la suite!! Voir où cela allait me mener, n’arrivant pas du tout à anticiper les événements. Et je n’ai pas été déçu un seul instant. Quand aux dessins, ils collent parfaitement à l’histoire. Ils sont beaux, claire, jamais confus, on comprend bien tout ce qui ce passe, si c’est dans le monde réel ou imaginaire. Avec un vrai style graphique. Le découpage est parfaitement réalisé. Il ne manque presque rien pour que ce soit un coup de cœur. Une série parfaite pour les ados et pré ados, et qui ravira aussi les adultes qui souhaitent une lecture légère, agréable, avec une touche d’originalité, et sans grande prétention. Elle remplit parfaitement sont boulot.

21/07/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Back to Japan
Back to Japan

Dans la catégorie Jenesépatropourkoijélussa, Back To Japan trouve une place de choix. Tout simplement parce que j'ai trouvé ça super ! C'est fin, profond, pudique. Une très bonne et heureuse surprise pleine de qualités qui effacent quelques défauts finalement bien dérisoires. Située vraisemblablement au début des années 2000, quoiqu'il en soit avant l'avènement de l'hyper-connectivité, Back To Japan raconte l'histoire d'une jeune femme pas tout à fait trentenaire qui, sur un coup de sang, part au Japan pour, en quelque sorte, y laisser mourir sa vieille 125 cm³. Ça n'a l'air de rien, mais ça va droit au but, et se focalise sur l'essentiel. En outre, on entre rapidement dans le sujet : à la onzième page, notre héroïne se lance sur les routes. Ce qui signifie qu'en à peine dix pages, les autrices parviennent à nous dresser le portrait de cette jeune femme déterminée qui n'a renoncé ni à ses rêves de gamin, ni à ses envies, aussi impulsives soient-elles. Et le plus fort, c'est qu'on y croit. On retient de ce voyage les préoccupations liées à son statut de femme cheminant seule et loin de chez elle. La peur des mauvaises rencontres bien entendu, sujet d'inquiétude de la part de son entourage, balayé d'un revers de main lors de la préparation de son départ, la rattrape assez vite. Si les 22 500 km de ce road trip sont jalonnés de rencontres extrêmement bienveillantes, elle a malgré tout à quelques reprises, frôlé le drame. Pourtant rien n'est anxiogène. En l'occurrence, elle insiste sur l'importance de bien comprendre la culture des pays qu'elle traverse, de bien intégrer chaque geste afin de ne pas provoquer de malentendu, ce qui est une préoccupation essentielle. Elle parle de la masculinité et de ses pulsions incontrôlables, mais elle substitue au jugement la relativité de ce fait. Ce n'est qu'un exemple, mais je trouve que tout est finement amené. Ainsi, lorsqu'elle évoque ses souvenirs d'enfance, il y a quelque chose d'extrêmement touchant parce qu'à chaque fois, le souvenir tombe juste là où il devait tomber, sans gnagnatisme aucun. De même avec ses affaires de femme qui nous offrent une page assez drôle sur l'inconvénient d'avoir ses règles (les lois énervantes de l'expédition en solitaire). Le genre de page digressive que l'on retrouve de temps à autre le long du récit, traitée avec un humour à la Françoize Boucher. Vite fait, deux mots sur le dessin qui se révèle bien moins anodin qu'il n'y parait. Le trait de Clémentine Fourcade est joli, subtil, empruntant discrètement quelques codes au manga. Les expressions des personnages et leurs gestes sont très bien croqués. C'est tellement chouette que je n'ai même pas envie de parler des maladresses ou des menus défauts. Bref ! Tout cela est très intelligemment mené. Il y a énormément de chaleur dans ce livre, des moments comme seuls ceux qui y ont été confrontés peuvent croire (ces synchronicités étonnantes qui font par exemple apparaitre un réparateur de moto au beau milieu de nulle part). Les réflexions sont très ciblées, précises, atteignant directement le cœur de chaque question évoquée. Tout est ramassé et se lit d'une traite. Aucune lourdeur. On sent que Melu (Mélusine Mallender) est concentrée, toutes pensées tendues vers son objectif. On sent qu'elle accueille ce qui arrive, ce qui, à défaut de la préserver des galères, lui permet de toujours trouver une porte de sortie. On sent également que ce voyage initiatique l'a profondément révélée. Je trouve que c'est assez rare de ressentir cela à ce point. De ce beau voyage, on ressort avec des envies de vivre la même chose. A moi en tout cas, cette lecture aura su redonner le goût du voyage dans les traverses, loin de la foule mais au contact des vrais gens. Et puis en refermant Back To japan, on constate une fois de plus qu'ailleurs, les humains ne semblent pas avoir encore perdu trop de leur humanité. On se dit que finalement, ce monde est beau et qu'il y a matière à se réjouir.

20/07/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Daronnes
Les Daronnes

Atrabile est un éditeur indépendant de qualité et ça se confirme une nouvelle fois avec ce titre. Formidable découverte que cet album. C'est drôle, on rit, c'est émouvant, on verserait presque une petite larme, c'est gênant, malaisant, absurde, réaliste, lourd, fin, juste, trop, etc.... Tant d'émotions ressenties en un seul bouquin, c'est rare et gage de qualité ! Ça pourrait s'apparenter à un scénario des frères Dardenne filmé par les Coen (eux aussi frères). Très très grande réussite que ce titre. Hautement recommandé et un immanquable pour tout amateur de Manwha (Corée).

19/07/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Echolands
Echolands

Echolands est une expérience visuelle et narrative, un plongeon dans des mondes inconnus. Je vais commencer par le seul point négatif de cet album, le prix, presque quarante euros. Ça pique ! De plus ce n'est pas un one shot, mais une série, donc, tu sais que tu vas devoir remettre la main à la poche. Mais bon, on en a pour son argent : qualité du bouquin et pagination importante. Mais je comprends que ça puisse en rebuter plus d'un. Maintenant je vais vous parler de ce qui m'a explosé au visage dès que j'ai feuilleté la BD : le dessin ! Je connaissais le talent de J.H. Williams III, mais là, il s'est surpassé. Un dessin réaliste, des décors fabuleux bourrés de détails et tout ça, pas dans un style, mais dans différents styles, procédé déjà mis en pratique dans Sandman - Ouverture, mais ici, il va encore plus loin. Suivant les mondes dont sont issus les personnages, ils sont graphiquement différents et la colorisation de Stewart n'est pas en reste puisqu'elle aussi sera différente. Par exemple, le monde de l'île au trésor aura un style rappelant celui de Jack Kirby avec des couleurs lumineuses, celui de Horror Hill un noir et blanc ténébreux, celui de Echolands un style légèrement manga avec des couleurs seventies .... Il me faut maintenant parler du format choisi, le format à l'italienne, celui-ci permet à Williams III de s'amuser et d'innover ce qui permet une immersion totale dans ces mondes imaginaires avec des doubles pages à couper le souffle. Une mise en page hors normes qui ne m'a pas perdu, elle reste facile à suivre et très dynamique. Aux oubliettes les gaufriers ! Époustouflant ! Bravo messieurs Williams III et Stewart. Allez voir la galerie. Pour faire une bonne BD, il faut aussi une bonne histoire ..... Hope Redhood, avec son air de chaperon rouge, a volé avec sa troupe une pierre précieuse à Teros Demond, le puissant sorcier qui règne sur San Francisco. Il va envoyer sa fille à leur poursuite pour récupérer ce caillou qui a des facultés particulières. Haden Blackman a su créer un monde ou plutôt des mondes fascinants avec leurs lois spécifiques. Blackman a pioché un peu partout : le conte, la littérature et la mythologie mais avec une véritable cohérence. On va y côtoyer des sorciers, des vampires, des guerriers, des robots avec une IA, un demi-dieu, un oracle, une elfe ..... Le groupe de Hope est attachant avec des personnages aux personnalités très différentes mais c'est Hope qui cristalise l'attention avec sa part d'ombre. Quant aux méchants, Teros Demond et sa fille, ils sont adorablement monstrueux. Un univers captivant, étourdissant, foisonnant et épique qui laisse place à l'aventure mais aussi à la réflexion, le titre de ce comics commence à prendre du sens. A chaque fin de chapitre, une pleine page avec l'oracle qui interpelle le lecteur et une interview de Teros Demond qui nous éclaire un peu plus sur ce personnage. J'ai adoré et très très très impatient de découvrir la suite. Note réelle : 4,5 (je ne peux pas mettre 5 pour un premier tome). Gros coup de cœur.

19/07/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Ames Liges
Ames Liges

Franchement, je suis le premier surpris à autant apprécier cette BD. Parce qu'elle est, en essence, aussi banal et clichée que tout autre BD de Fantasy sorti depuis des années, surtout dans l'écurie Soleil. Mais là, allez savoir pourquoi, je suis largement plus convaincu que dans plein d'autres lectures du genre. Les défauts de cette BD sont les mêmes que dans n'importe quel BD de fantasy banale : mecs bourrins et guerriers, gros costaud et petit rapide, femme badass rousse pas très habillée, petit personnage étrange ... L'équipe est complètement lambda, sans aucune prétention. Le scénario est linéaire, à tel point qu'il ferait un super scénario de JDR (ce n'est pas un compliment). L'univers est assez classique, quelques créatures étranges (jamais décrite, ce qui me va très bien), une île dans l'océan ... Bref, du classique, rien de bien neuf sous le soleil. J'ajouterai le dessin aux défauts, puisque je le trouve assez raide, avec parfois quelques erreurs de proportion assez flagrante : le personnage en bleu est censé être plus grand que les autres, mais certaines cases le rendent beaucoup trop grand par rapport à d'autres. Pour le reste, il est assez banal, dans le genre d'un dessin de comics fantasy. Je note cependant la très bonne idée de ne pas sexualiser les poses à outrances, surtout pour la seule femme du récit (je vous rassure, il y a de quoi se rincer l'oeil dedans quand même). Ca reste plus orienté action et combat que poses sexy. Par contre, le véritable intérêt réside, selon moi, dans le déroulé du récit. D'un début ultra classique, l'auteur nous pond quelques retours bien sentis et une fin que je n'avais pas calculé du tout pour une ambiance à laquelle je ne m'attendais pas. Nourri depuis des années aux productions Soleil, je m'attendais à beaucoup plus d'humour, notamment par le petit personnage étrange, mais l'humour est absent du récit, totalement même. C'est sombre, franchement déprimé et l'atmosphère de fin du monde marche plutôt bien. Le tout avec un point d'orgue final que je n'avais pas vu venir et qui est plutôt surprenant, là aussi. Je ne m'attendais pas à ce que la BD assume autant son propos et reste aussi sombre qu'au début, sans espoir et sans rédemption. La cruauté des révélations va de pair avec la compréhension du récit, qui prend une dimension nouvelle. De simple récit bourrin dans un monde d'épic fantasy, on bascule dans la dark fantasy et une considération sur la fin, la mort et l'impuissance. C'est vraiment ce qui motive ma note, le récit valant sans doute un peu moins, mais la surprise est de taille et fait réellement plaisir. Je m'attendais tellement à une histoire classique, le déroulé faisait tellement cliché, que je ne pensais pas avoir ces révélations, cette direction et ce final. En fin de compte, je crois bien que c'est une des plus grosses surprises de Fantasy que j'ai eu ces dernières années. Parce que le récit embrasse des thématiques de fin du monde puissamment, sans jamais se départir non plus de son ambiance de base. Et c'est ce qui donne la force au récit : pas aussi sombre que Berzerk, pas drôle comme Lanfeust de Troy, pas juste bourrin comme Conan, le récit évolue entre diverses influences pour nous pondre quelque chose rappelant que nous pouvons parfois être juste insignifiant par rapport à des forces qui nous dépassent. C'est bien trouvé et le récit arrive à mener l'ensemble d'un bout à l'autre sans faiblir. Honnêtement, pour des personnages aussi clichés, je ne m'attendais pas à autant d'empathie dans le final. Ils ont trouvé le bon dosage entre les développer suffisamment pour qu'ils soient intéressant, étoffer l'univers juste assez pour qu'il semble exister et raconter une histoire sans fioritures. Ce n'est pas parfait, loin de là, mais j'ai envie de dire bravo aux auteurs ! Surprenez-moi encore, s'il vous plait !

18/07/2023 (modifier)
Couverture de la série Aldobrando
Aldobrando

J'ai beaucoup apprécié ma lecture de ce conte initiatique proposé par Critone et Gipi. Le scénario de Gipi est assez classique dans sa découverte du monde. C'est une réplique d'un Candide au coeur pur qui doit quitter son cocon protecteur pour se frotter à l'injustice et à la violence des hommes. Ainsi Gipi met sur la route d'Aldobrando la brutalité, l'esclavage, l'inquisition, la torture et ... l'amour. Malgré cela l'originalité du scénario tient dans une brutalité qui suit des règles légales acceptées de tous. Si Aldobrando porte en lui une justice naturelle innée qui le rend imperméable au Mal les autres personnages sont tous bien plus complexes dans leurs réponses et leur vécu. Gipi évite un manichéisme enfantin qui nuirait à l'épaisseur de son récit. Le final est un peu trop conte de fée avec une explication un peu superflue du sens de l'aventure mais cela permet d'ouvrir le récit à un plus large public. Les dessins de Luigi Critone sont vraiment saisissants dès les premières cases. L'auteur sait installer une ambiance assez pesante qui ne quitte le récit qu'au dénouement. Les traits d'Aldobrando s'affermissent avec son expérience grandissante et l'éclosion de sa sagesse. Les couleurs dominantes participent pleinement aux très belles ambiances créées : les ocres pour la fosse, les blancs bleutés pour les épisodes neigeux et les bleus nuits pour les épisodes de prison ou nocturnes. Ces ambiances sont vraiment captives et ne nous abandonnent qu'à la fermeture du livre. Un excellent moment de lecture pour un large public dès le collège.

17/07/2023 (modifier)