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Couverture de la série Sirocco
Sirocco

J'ai été très séduit par ce roman de Giulio Macaione. L'auteur traite avec beaucoup de sensibilité de la thématique fondamentale de la liberté de choisir sa vie à trois moments clés. Mia rentre dans la vie adulte, Gianni ronronne dans un quotidien de la quarantaine très cadrée et Elsa vit l'effondrement d'une sexagénaire jusque-là très libre et dynamique. Macaione peint la psychologie des trois personnages principaux avec une si grande justesse que l'on sent un grand vécu dans les situations qu'il décrit. L'auteur déplace de façon très intelligente le centre de gravité du récit de Mia à Elsa. Un déplacement pas si naturel que ça puisque si Mia, comme tous les jeunes adultes, se posent la question de leurs lendemains, ce questionnement implique du tragique quand il est fait à l'âge d'Elsa qui a dépassé la soixantaine. Dans notre société très médicalisée qui a évacuée l'idée de la mort, les réponses d'Elsa sont bien plus courageuses qu'elles n'y paraissent. Perso j'ai connu des situations similaires. Le choix est toujours de la plus grande difficulté et devrait toujours appartenir à la personne concernée sans pressions extérieures. La narration n'est jamais pesante malgré la lourdeur des enjeux. La présence de personnages très attachants comme Enrico ou Lorenzo permet d'introduire une touche de légèreté qui dynamise le récit. "La chose la plus pénible dans la mort de quelqu'un que l'on aime, c'est que le monde ne s'arrête pas." dit Elsa en visitant la tombe de son mari. C'est l'expérience que fait Mia à son examen et c'est la morale que je comprends du travail de Macaione. J'ai apprécié le graphisme de Macaione. Son trait très fin, souple et fluide est souvent dans l'économie épurée comme les gestes de danse de Mia ou les sculptures d'Elsa. Les gestuelles sont grâcieuses. Choisir la morte saison de Venise est un choix original et décrire la ville comme un trou ennuyeux presque une provocation amusante pour les visiteurs. La mise en couleur participe au déroulé de l'histoire avec trois bichromies successives en fonction des étapes du scénario. J'ai trouvé le procédé ajoutant à l'intelligence et l'élégance du récit. Une très belle lecture qui invite à une réflexion bienveillante sur ses choix de vie.

23/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Speedball
Speedball

Si vous êtes un véritable enfant des 70's bien sex, drug & rock'n roll, "Speedball" devrait combler vos attentes. Je partage l'avis de Cacal69 sur cette série bien déjantée un peu dans les styles de Il faut flinguer Ramirez ou du Valhalla Hotel. Pigé et Gerin nous propose une petite promenade dans ce road movie rempli d'un bel échantillonnage de barjots de tous poils. Le rythme va à cent à l'heure (en miles) entre NY, Columbus et Dallas. Car Graham ancienne batte vedette des Redskins a consommé la chandelle par les deux bouts pour se retrouver dans l'enfer du porno. Après avoir tout perdu (famille, gloire et argent), il est obligé d'abandonner les balles devenues trop rapides pour se tourner vers les speedball qui l'aident à supporter sa déchéance. Graham n'est pas Faust et son soundtrack ne ressemble pas à du Gounod mais il fait le même genre de rencontre psychédélique qui l'envoie flinguer d'illustres inconnus. Pour son malheur Graham n'a pas tout perdu, il lui reste des fans attachants mais trop zélés, et une notoriété qui rend son anonymat impossible. Le scénario de Florian Pigé mêle avec bonheur et cynisme du polar, du fantastique avec un soupçon de gore pour un récit très fluide et bien récréatif. Les personnages de Kalvin et Amos apportent beaucoup d'humour aux dialogues peu nombreux mais justes et incisifs. J'ai trouvé une petite perte de rythme au 2/3 du récit mais le final assez judicieux possède l'effet d'un réveil après un bad trip. Ce n'est pas forcément le style graphique que je préfère. C'est très géométrique mais l'effet cartoon qui favorise l'humour colle bien à l'esprit du récit. Il y a beaucoup de créativité, et de dynamisme dans les propositions d'Etienne Gerin. Les plans sont très entrainants et une mise en couleur très moderne complète l'aboutissement de cette belle série. Un 3.5 me semble refléter mon appréciation, comme Cacal69 a mis 3 je pousse à 4 pour retomber sur mes pieds.

23/09/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La Théorie du K.O.
La Théorie du K.O.

Alors que j'ai entamé ce manga à la française avec réticence, je me suis laissé emporter et le trouve au final très réussi. Les premières pages ont eu du mal à me convaincre. Je les trouvais trop ancrées dans une actualité française de 2020, entre pandémie et gilets jaunes remplacés ici par des manifestants écologistes nommés Green Riot. Et quand à cela s'ajoutent plusieurs ratés de relectures, fautes d'orthographes et lettres inversées, j'ai eu peur d'y retrouver certains manga français de médiocre qualité comme Shogun Mag avait pu en publier plusieurs dans les années 2000. Mais je me suis trompé, on est là sur du vrai bon boulot. Ce cadre trop ancré dans l'actualité ne forme que le prologue d'un récit qui se déroule en réalité une quinzaine d'années plus tard, dans un décor d'anticipation pas forcément crédible sur le plan de la futurologie, mais tout à fait adapté à un récit d'aventure, d'action et de baston. Il y a pas mal d'influences shonen dans cette série, les mêmes que Lastman avait reprises pour son histoire de compétions d'arts martiaux. Elles sont combinées à une ambiance de science-fiction assez rude qui n'est pas sans rappeler Gunnm, en moins trash toutefois. Beck est une jeune femme qui a vécu toute sa jeunesse isolée sur une île, formée au combat depuis sa petite enfance par son père adoptif et sensei. Quand celui-ci disparait mystérieusement, l'héroïne décide de partir découvrir le monde pour retrouver sa trace. Découvrant qu'il était en secret célèbre dans des arènes de combats, elle accepte de participer elle aussi à ces matchs à enjeux financiers pour suivre sa piste. Or dans ce monde, les combattants professionnels sont améliorés physiquement et donc très dangereux. Cela ne pose pas de soucis à Beck qui reste incroyablement douée, à la grande surprise des organisteurs de matchs, et surtout elle guérit étonnamment vite de toutes ses blessures. C'est un récit d'action extrêmement bien rythmé et à la trame simple en apparence mais très facilement prenante. Le dessin de Mathieu Reynés est excellent, à la fois proche du manga dans sa mise en page mais aussi soigné et détaillé que son style plus franco-belge de la série Alter Ego. Il est net, précis et dynamique, idéal pour ce type de récit de SF et d'action. Quant à l'intrigue, elle maintient l'intérêt du lecteur par plusieurs aspects : le premier est le mystère autour de la disparition du maître de l'héroïne, le second est la découverte de ce monde d'anticipation lui aussi assez mystérieux puisque l'héroïne y a encore beaucoup de choses à découvrir, et le dernier est évidemment la suite de combats et l'envie de voir l'héroïne y progresser et battre les arrogants qui se croient plus forts qu'elle. A côté de cela, il y a un autre mystère autour de l'origine de Beck et de ses capacités, mais celui-ci est assez vite deviné quand on se souvient du prologue. Ce que l'on ne sait pas, c'est quel est le rapport entre cette origine et la disparition de son père adoptif. Quoiqu'il en soit, c'est une lecture prenante et très divertissante qui donne fortement envie de lire la suite.

23/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Peau d'Homme
Peau d'Homme

Une nouvelle fois Hubert confirme son grand talent – et me fait encore plus regretter son décès. Car le scénario qu’il concocte est vraiment plaisant, intelligent, et la narration, très fluide, légère – quand bien même certains sujets graves sont traités – est aux petits oignons. Dans un cadre de Renaissance italienne, nous suivons Bianca, une jeune femme de très bonne famille, la tête (et le corps) bien faits, indépendante, cultivée. Elle va se marier avec un riche héritier, Giovanni (mariage arrangé, négocié par son père – comme un maquignon). Une tante de Bianca lui révèle alors un secret : les femmes de la famille disposent d’une « peau d’homme » qui, une fois enfilée, leur donne l’aspect (sexe compris) masculin (sous le nom de Lorenzo). Ni une ni deux, Bianca l’enfile régulièrement, ce qui lui permet de faire connaissance avec son mari, sous les trait de Lorenzo. A la surprise de Bianca, Giovanni, qui est en fait homosexuel, tombe éperdument amoureux de Lorenzo. Cruel dilemme pour Bianca/Lorenzo ! Le tout est très bien lié à la situation politique et religieuse de la région : les diatribes émancipatrices de Bianca (et les frasques de Lorenzo) ne sont pas du goût de certains édiles et surtout de l’Église. En particulier du frère de Bianca, fanatique illuminé, dont le personnage a sans aucun doute été inspiré à Hubert par Savonarole. En tout cas l’histoire, les dialogues, les questionnements au cœur de l’intrigue (égalité des sexes ? Homophobie, libertés civiles et religieuses, etc.), tout m’a plu. Il faut dire qu’Hubert a souvent placé au cœur de ses séries des thématiques liées au genre et ses représentations. On a là des propos féministes sans être non plus outranciers. Quant au dessin de Zanzim (qui a déjà collaboré avec Hubert sur pas mal de séries), je l’ai trouvé parfaitement adapté au ton, à la fois léger et dynamique, du récit. Des petits airs de Kerascoët plutôt agréables. Bref, une belle réussite, que je vous encourage à découvrir si ça n’est pas déjà fait.

23/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Une si jolie petite guerre - Saïgon 1961-63
Une si jolie petite guerre - Saïgon 1961-63

Cet album au petit format est plutôt réussi dans son genre. Il parvient en tout cas à très bien mêler, de façon équilibrée, la petite et la grande histoire, l’essentiel se déroulant durant les premières années de la guerre du Vietnam, à Saïgon. Même s’il réactualise les connaissances après ses lectures d’adulte et des rencontres et enquêtes postérieures, c’est bien au travers des yeux de l’enfant qu’était l’auteur à l’époque que nous est présentée cette guerre (le père du narrateur était un diplomate sud-vietnamien). Les petites anecdotes naïves, les jeux d’enfants insouciants se mêlent donc à la montée des tensions lorsque la guerre approche de Saïgon (ceci jouant sur la nervosité et l’humeur de la mère de l’auteur). Ce qui ajoute à l’intérêt de ce récit, c’est aussi que l’auteur reste – tant que faire se peut – relativement équilibré dans sa description des deux camps en présence (les communistes au Nord, et la dictature pro-américaine au sud, dans laquelle il vivait, mais aussi la politique américaine et ses violences aveugles). Le dessin est un peu statique. Mais le trait gras est très lisible, et colle bien au ton employé, assez naturel. Une lecture instructive et intéressante, agréable, et donc recommandable pour ceux que le sujet intéresse. Note réelle 3,5/5.

23/09/2023 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Environnement toxique
Environnement toxique

Ce récit m'a beaucoup appris, parce qu'il nous partage une expérience. Ce n'est pas un brûlot anti-extractiviste. C'est seulement en toile de fond qu'on peut deviner la pollution engendrée par l'exploitation des gaz de schistes. Mais l'objectif est encore plus vaste, le message va plus loin que l'écologie, il parle de nos rapports humains et de la société que nous voulons. Le chemin pour arriver passe par de grandes entreprises, hiérarchisées, où chacun vit avec ses collègues pour être au plus près du gisement, et reste éloigné de son monde habituel pendant des mois. Une sorte d'environnement sectaire, au sens où on est séparé du reste de la société : des lois nouvelles s'appliquent, des rapports nouveaux s'instaurent. Et une grande part de la toxicité de cet environnement , c'est la domination sans appel (puisqu'on est loin de tout) et sourde, informulée pas vraiment assumée entre les plus anciens dans l'entreprise et les nouveaux arrivants puis bien-sûr entre les hommes et les femmes. Tout cela est décrit par le menu, lentement, précisément, d'entreprise en entreprise avec des nuances, on ne peut pas dire que c'est pareil partout, mais c'est un système qu'on pourrait qualifier de communautariste, qui coupe les gens de leurs appuis familiaux et amicaux au point de les rendre captif à ce fonctionnement asphyxiant. Le virilisme ambiant conduit aussi les ouvriers à prendre des risques, à ne pas respecter les règles de sécurité, à mourir. Dans un univers finalement assez dépressif ou la domination apparait plus comme un remède à la dépression que comme une jouissance. La pression sexuelle et sexiste des hommes sur les femmes est une toile de fond grise, lourde, quotidienne, qui est entièrement liée à l'entreprise. Dès qu'elle sort, comme en permission, elle respire de nouveau. Ce n'est pas une succession de viols sordides, non, c'est une pression diffuse, mais jamais relâchée, qui profite de chaque moment de faiblesse et de solitude. J'ai perçu cette obligation qu'elle a de gagner de l'argent pour rembourser ses études comme une période de prison, un purgatoire institutionnalisé. Comme si la société estimait de son devoir de faire entrer les jeunes gens dans ce moule inégalitaire et de les rendre complice de cette exploitation forcenée de la nature. Je comprends les réserves de certaines aviseurs, qui trouvent la BD trop longue, trop linéaire, trop monotone, mais ce dispositif est nécessaire pour que le témoignage nous arrive réellement : cette pression, ce temps qui s'allonge dans l'isolement, dans un environnement gris, ou les personnages sont sans relief, comme vous et moi. Si vous raccourcissez l'affaire cela peu passer pour une expérience personnelle désagréable, une entreprise défaillante et exceptionnelle, ce n'est pas le propos : toute entreprise de grande taille, sera obligée de fonctionner avec un système hiérarchisé qui aura du mal à fonctionner sans domination et aura tendance à reproduire ces situations qui rendent le monde plus triste, plus délictueux, plus accidentogène, voire même plus meurtrier. L'investissement dans des machines complexes est rendue possible par un monde financiarisé qui démultiplie la monnaie sur la planète. Mais cette puissance collective ne ruisselle décidément pas jusqu'à nous. Cette BD touche au nœud de la dépression capitaliste : l'extraction forcenée des ressources, la domination des uns sur les autres rapporte de l'argent à une minorité, mais qu'avons-nous à y gagner ? Coup de cœur, ce n'est peut-être pas approprié, ce serait plutôt un coup de poing dans nos ventres repus.

23/09/2023 (MAJ le 23/09/2023) (modifier)
Couverture de la série Le Guide Mondial des Records
Le Guide Mondial des Records

J'ai beaucoup aimé la lecture rapide de cette série récréative. L'idée de départ de Benacquista de se moquer de cette société de la gloriole inutile est très amusante. Je suis un public conquis puisque je ne like jamais ni ne cherche à multiplier les vues. Sous une forme humoristique l'auteur effleure un sujet fondamental. Le besoin de reconnaissance fait partie de l'essence humaine. L'huissier Baron en rappelant la phrase de Warhol sur le quart d'heure de gloire ne dit pas autre chose. Benacquista vise avec justesse et humour en multipliant les propositions loufoques que permet notre société de communication. Je trouve que Benacquista va plus loin en mettant en garde sur les dérives et la perversion de cette société qui valorise à l'excès "le premier". Pour ne pas rester sur un catalogue de records à la Prévert les auteurs introduisent une mini histoire policière et une minuscule histoire d'amour. Ce sont des prétextes à revenir à l'important pour le corps et l'esprit puisque le mot clé de l'énigme est philosophie. Le graphisme de Nicolas Barral est en phase avec l'humour du scénario. J'ai suivi les mimiques de Baron en souriant souvent. Les traits un peu épais appuient les expressions quelquefois à la limite de la caricature gentille. Une lecture récréative très agréable sur un sujet où je suis en phase avec les auteurs.

22/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Plaisirs d'une reine - La vie secrète de Marie-Antoinette
Les Plaisirs d'une reine - La vie secrète de Marie-Antoinette

Cette série sexe pour public averti se démarque par le travail de Pylate sur le texte et la richesse de son scénario. Pylate construit sa fiction sur les fantasmes médisants les plus célèbres de l'histoire de France ceux de la sexualité de Marie-Antoinette. Les rencontres avec ses dames de compagnie puis le comte de Fersen permettent à Pylate de dessiner des scènes explicites assez conventionnelles. L'auteur nous fournit un déroulé qui reste dans la fiction mais qui est bien crédible. Les épisodes de sexe sont bien équilibrés et bien amenés par des scènes et un parler de la cour de Louis 16. Les quelques détails historiques dans le texte et les dessins donnent un bon volume à la série. Le graphisme est précis avec un N&B élégant et d'une belle fluidité. Une petite réserve car Marie-Antoinette et Marie-Thérèse se ressemblent un peu trop. Une série pour adultes d'un bon niveau. 3.5

22/09/2023 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Carnets intimes
Carnets intimes

Je ne vais pas tourner autour du pot ! Cet album est une pépite formidable pour découvrir l’univers de Didier Tronchet. C’est bon, c’est drôle, c’est magnifique. Visuellement c’est une réussite. Le rythme est soutenu. On ne s’ennuie pas une seule seconde. Un bon moment de lecture en perspective pour ceux qui arriveront à se procurer cette BD qui fait partie du coffret-surprise de Didier Tronchet édité en 2004 chez Fluide Glacial. Nous sommes sur une autobiographie sans indulgence d’un dessinateur qui nous ouvre un pan entier de sa vie. C’est désopilant par moment, mais c’est aussi tendre, touchant voire émouvant. Nous avons accès à ses carnets intimes, à ses premiers croquis, à ses tâtonnements graphiques et bien évidemment de-ci de-là à de très nombreuses planches de ses héros. Raymond, Jean-Claude, Urbain, Maurice, Raoul, Jésus… Ils sont tous présents bien évidemment pour notre plus grand plaisir. Nous entrons avec délice dans la vie intime de Didier Tronchet. Et cette proximité est sublimée par cette capacité à nous donner des anecdotes personnelles et cocasses. En deux mots, c’est divertissant et instructif. On s’attache à Didier Tronchet et on a qu’une envie … c’est de rencontrer le bonhomme pour échanger avec lui ! A lire sans modération.

22/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Deux Vies de Baudouin
Les Deux Vies de Baudouin

C’est ma deuxième incursion dans l’univers de Toulmé, après Suzette ou le grand amour, qui m’avait moyennement convaincu. Ici, j’ai bien aimé ma lecture. La narration est fluide. Avec un dessin simple mais efficace, et un jeu sur les couleurs pour différencier les flash-backs (qui nous font découvrir le héros avec son frère et ses parents à divers moments de son existence) qui s’intercalent dans l’intrigue principale. Le héros, Baudouin donc, est un vieux garçon velléitaire, engoncé dans une routine et malheureux dans un emploi très loin de ses aspirations de jeunesse (et d’adulte aussi d’ailleurs). Son frère Luc est tout l’opposé. Et il va faire en sorte de booster Baudouin, de lui faire faire le « grand saut », pour enfin vivre la vie dont il rêvait. La méthode employée est brutale, mais va se révéler efficace. Je ne savais pas comment Toulmé allait pouvoir gérer la fin de l’histoire, mais il use d’une pirouette qui permet de faire oublier certaines facilités et petites invraisemblances (je ne peux en dire plus sans spoiler trop). Beaucoup d’émotions au final, même si Toulmé n’a pas du tout joué là-dessus durant la quasi-totalité de l’album, qui se révèle agréable à lire, avec des personnages crédibles et attachants. Écart entre plaisir et réalité, entre aspirations et conformisme social ou familial, relations entre frères dissemblables, entre fils et père (qui n’ont pas la même personnalité et dont les valeurs sont aux antipodes), tels sont les thèmes abordés, de façon vivante, avec un humour dans certains dialogues et quelques situations qui facilitent la lecture, que je vous recommande.

22/09/2023 (modifier)