Ben ça alors, quelle pépite, merci à Jetjet de l’avoir postée sur le site !
« Blue » est un « comix indé » pure souche, mais provenant d’Australie, pas des USA. Le ton est pourtant similaire : irrévérence linguistique (les jurons abondent), thèmes sociaux (le racisme, les difficultés de l’adolescence, le déclin de l’usine locale, l’arrivée de migrants à la peau bleue) et la narration et la mise en image innovent beaucoup. Les planches fourmillent de détails que j’ai pris beaucoup de plaisir à admirer, et j’ai beaucoup aimé le vocabulaire et dialecte australien (j’ai lu la VO), à peine déchiffrable même pour le bilingue que je suis.
Vraiment, j’ai passé un excellent moment de lecture. Un album que je recommande chaudement !
Zoe Thorogood, anglaise de naissance, est la nouvelle étoile montante de la bande dessinée américaine (cf. comics). Après le remarquable Dans les yeux de Billie Scott, vous ne pourrez passer à coté de son Chef d'Oeuvre: "It's lonely at the centre of the earth" à paraitre en français début 2024.
En attendant, je vous recommande fortement de vous intéresser à RAIN. C'est une adaptation d'une nouvelle que je ne connaissais pas du déjà célèbre dans le monde de la BD "Joe Hill" (e.g. Locke & Key, The Cape, etc... fils de Stephen King).
On est dans un récit de l'apocalypse de très très bonne tenue. La Terre se retrouve dévastée par des pluies de fulgurites (sorte de cristaux finement aiguisés !) et leurs conséquences.
Le trait de Zoe Thorogood est formidable de modernité, avant la claque de son prochain titre mentionné plus haut, je le trouve plus mature et affirmé que dans Billie Scott. D'ailleurs, le mot moderne sied parfaitement à ce titre, problématique environnementale, deuil, résilience. Le tout incarné par une héroïne formidable, très actuelle et si attachante : Honeysuckle Speck.
C'est avec Stray Bullets que j'avais découvert le talent de David Lapham. Sa maîtrise du noir et blanc, son Amérique profonde et son sens si singulier du récit m'avaient embarqué totalement.
On retrouve dans "Lodger" tous les ingrédients qui font sa marque de fabrique et c'est cette fois avec sa femme Maria, que David Lapham écrit cette histoire. Comme à son habitude, on est loin des récits linéaires, la construction narrative est toujours aussi alambiquée ! Pour autant, comme à son habitude, il conduit son lectorat a bon port en retombant de façon impressionnante sur ses pattes. Pour cela, il s'amuse avec ses personnages, toujours issus d'une Amérique profonde qui vrille à un moment ou un autre. Ses personnages torturés sont toujours aussi imprévisibles ; c'est les yeux grands ouvert qu'on suit leur périple et cette "chasse à l'homme" au fil des ans que révèle chapitre après chapitre ce récit.
C'est noir, déjanté, sans concession, appuyé par un graphisme contrasté qui ne fait que renforcé le rendu de ces planches et le tragique de cette histoire.
Une réussite !
Eh ben dis donc, je ne pensais pas qu'une collection de BD érotique dépasserait dans mon cœur les éditions Tabou, mais là, franchement, la collection Porn'Pop est en passe de le faire ! Après trois ouvrages de la collection (et encore deux qui doivent arriver) je suis subjugué par l'incroyable talent dont la collection fait catalogue.
Si je ne connaissais aucun des noms présentés ici, je les ai désormais bien en vue pour d'autres ouvrages. Le talent du dessinateur, ajouté à celui du duo de scénaristes, fonctionne à merveille ! C'est parfait graphiquement, autant dans les scènes explicites que dans les autres, dans les visages, les cadrages, les décors … Je dois dire qu'à la lecture j'ai éclaté de rire rien qu'a la façon de représenter la tête de la femme lorsqu'elle apprends qu'il fantasme sur l'idée d'être attaché. Le dessin a capté à la fois l'enthousiasme débordant, la joie et le désir, le tout dans une tête bien trop heureuse. Et là où ça marche, c'est que ça m'évoque des têtes que j'ai déjà pu voir en vrai (dans un autre contexte, bande de cochons !). C'est l'exemple que je peux donner d'à quel point le récit me semble être parfaitement bien dessiné. Lorsque je ne remarque que le dessin pour ses qualités, c'est qu'il est franchement excellent !
L'histoire se développe petit à petit, mélange de polar et de scènes de sexes, arrivant à conserver l'équilibre délicat entre intérêt pour les scènes explicites et intrigue pas trop dominante du récit. Le mélange est savamment dosé, l'ensemble tient parfaitement bien jusqu'au final à la hauteur du reste. Je suis franchement conquis par les qualités du récit, qui sait être aussi bien dans la question de la sexualité du couple que dans le polar. Là où la collection fait fort, c'est qu'elle est parfaitement juste sur les relations et la question de ce qu'on laisse ou non comme place à la sexualité. Comment l'aborder, en parler, la faire évoluer. Le tout dans le respect de chacun et l'honnêteté vis-à-vis des autres.
Je suis sous le charme de cette collection. "ADAN - L'agence de tous vos fantasmes" est une œuvre réussie, pleinement engagée dans la question de la sexualité, prenante et même excitante. Recommandée, fortement recommandée !
Suite à la discussion sur les "séries avec un unique avis", je m'empresse de parcourir le thème du même nom. J'y découvre avec étonnement @ Le Chanteur perdu, BD rangée dans mon étagère depuis plus d'un an mais sans jamais n'avoir été lue, sacrilège... C'est donc le moment d'y mettre fin !
Et bien suite à cette lecture passionnante, c'est avec grand plaisir que je rédige cet avis pour ainsi apporter mon gravillon à l'édifice que représente la requête de Ro.
Le récit s'inspire dans les grandes lignes d'une histoire vraie : celle de l'auteur, David Trochet, passionné de variétés françaises, à la recherche d'un auteur-compositeur des années 70 qu'il avait découvert avec passion durant ses jeunes années et dont les mélodies résonnaient encore en lui trente ans plus tard (pour reprendre ses propres paroles). Il décide finalement de se lancer à la recherche de ce dernier et commence alors le début d'un voyage initiatique qui conduira notre personnage principal à l'autre bout du monde...
Au cours du récit, il est aisé de s'identifier au héros tant ses problèmes / questionnements au quotidien sont / ont été / seront l'affaire de bon nombre. L'enchaînement des péripéties, quoiqu'un peu rapide à certains moments, est bien conduit et nous tient en haleine jusqu'aux dernières pages.
Je trouve le dessin simple mais en raccord avec la contrainte que représente la richesse d'un tel récit : l'histoire se suffit à elle même, le dessin n'est ici qu'un agrément.
Enfin, petit coup de cœur tout de même pour le choix des couleurs chaudes qui accompagnent avec légèreté la narration.
Je m'en vais de ce pas écouter les musiques de ce chanteur (pas si) perdu ! ;)
Merci Gaston pour la découverte ;)
Note réelle : 4/5
Stray Bullets étant une référence majeure en matière de polar, je ne pouvais décemment pas passer à côté de Lodger, le nouveau bijou concocté par David et Maria Lapham.
Grand bien m'en a pris puisque le titre est excellent. Lodger c'est d'abord une histoire de vengeance en mode course poursuite parsemée de cadavres à travers les États-Unis.
Mais Lodger, fi du trash et de la violence, c'est avant tout une très belle histoire d'amour (trahie!) impossible....
Le récit est finement écrit et construit et une deuxième lecture plus attentive s'avère très intéressante pour mieux comprendre l'ensemble et identifier des éléments négligés à la découverte.
Le trait très élégant de David Lapham fait encore une fois des merveilles.
Un incontournable pour tous les amateurs de polar.
Cet album montre de façon très cynique (et donc critique de façon très forte) le fonctionnement de l’ultralibéralisme façon Hayek ou Friedman.
La narration est amusante, l’humour noir est omniprésent, mais la démonstration est limpide, sans fioriture. Elle éclaire le fonctionnement d’un système qui profite à quelques-uns (les gros actionnaires), au détriment de l’immense majorité (les travailleurs, voire même n’importe quel membre de la société (même si les dirigeants, patrons et traders s’en tirent mieux).
Le dessin est très simple, les décors quasi absents. Ça n’est jamais un pensum, ni un brûlot anarchiste. Mais pourtant, ça pourrait ouvrir quelques yeux. Le cheminement doit un peu à Marx, mais aussi s’en écarte, en particulier parce que le principal narrateur est un gros actionnaire qui explique le fonctionnement du système à son fils, qu’il aimerait être son successeur, une grosse caricature (mais en fait très crédible), mais il n’y a pas d’appel à la révolution.
Juste un décillement jouissif, salutaire.
Un album ludique et clair, d’une lecture très agréable.
Je n'ai pu lire que les cinq premiers tomes au lycée, et l'absence de réédition m'interdit pour l'instant d'accéder à l'ensemble des volumes (ce qui changera avec les rééditions de Delcourt, j'espère …). Mais je recommande franchement la lecture si vous arrivez à en dénicher. Tezuka fut l'auteur le plus prolifique en manga, et la masse d'histoires compilées ici témoigne de son imagination débordante. Enfin, créativité, plutôt.
Les tomes fonctionnent par regroupements d'histoires dans un ordre non chronologique mais thématiques, ce qui amène les premiers tomes à se concentrer sur des histoires de guerre et des histoire autobiographiques. Il faut dire que Tezuka et la guerre, c'est un duo récurrent. Il en parle souvent, la critique, la détaille, mais sait surtout très bien parler de son horreur. Et c'est ce qui est le plus marquant dans ces histoires courtes : elles peuvent tout à la fois être humoristique (ce que j'aime le moins, on a clairement pas le même humour) ou sérieuses. Et ces dernières, surtout autobiographiques, font la part belle à la guerre et comment elle a prit, transformé et défiguré les gens qui l'entouraient. Que ce soit l'histoire de son ami de cours qui s'est donné la mort en s'enroulant autour du corps le dessin que Tezuka lui avait fait ou son amie d'enfance qui finit brulé et défiguré (et qu'il n'aura de cesse de représenter en BD), on sent le poids implacable de la guerre et de ses conséquences. Pour autant, Tezuka ne magnifie jamais son pays non plus : le Japon impérialiste lui semble tout aussi stupide et violent.
Les histoires s'enchainent donc sur différents sujets, toutes ne sont clairement pas du même niveau (celles avec les animaux par exemple retiennent bien moins mon attention) mais globalement Tezuka aime peindre les travers de l'humanité, les défauts d'un individu et les horreurs que l'on peut commettre. Mélange de plusieurs genres, les histoires ont de quoi plaire à chacun, pour peu que son dessin ne vous rebute pas (il reste assez unique en son genre et je continue de lui trouver des qualités). Si vous dénichez des volumes, je recommande la lecture ! Pour ma part j'attends avec impatience la réédition pour enfin avoir l'intégrale.
La lecture de cette série a été une belle surprise. La couverture résume assez bien l'esprit de la BD tout en jouant parfaitement avec le double sens du titre.
Le scénario d'Appollo est un petit bijou de créativité inattendue. Evariste à la suite d'une peine sentimentale, s'embarque pour matérialiser sa solitude en montant sur le navire ravitailleur de l'île de la Désolation dans l'archipel des Kerguelen (Ker pour les initiés).
Un début de récit qui me rappelle le Tintin voguant vers l'étoile mystérieuse en compagnie d'une bande de scientifiques. On y retrouve aussi le questionnement sur la fin du monde de façon écologique et plus rationnelle.
Le récit se résume-t-il à une visite guidée des découvertes scientifiques sur le réchauffement climatique ? C'est dans cette direction que nous conduit habilement l'auteur jusqu'à cette petite promenade qui tourne au cauchemar pour Evariste.
Le scénario devient alors inattendu jusqu'au final. C'est dynamique et très rythmé dans cette seconde partie.
Je n'ai pas été gêné par le graphisme de Christophe Gaultier. Son trait épais convient parfaitement à un esprit "brut de fonderie" que porte la rudesse de l'île.
La mise en couleur sombre amplifie l'atmosphère de désolation que rencontre Evariste. Les touches de couleurs chatoyantes de sa Réunion natale lui rappelle que l'herbe n'est pas plus verte chez le voisin.
Une belle surprise pour cette lecture intéressante.
Certes, l’ensemble est de valeur inégale mais il est devenu tellement rare qu’une lecture me fasse éclater de rire que j’accorde une note flatteuse à ce roman-photo. Un roman-photo que n’aurait pas renié un Fabcaro tant Clémentine Mélois joue avec l’absurde, mariant photographies datées et figées (issues de vieux romans-photo) et propos abscons et décalés.
Tout est à l’avenant et le quatrième de couverture comme le texte relatif aux droits de propriété intellectuelle du livre ne dérogent pas à la règle. C’est joyeusement crétin mais jamais idiot. L’association de photographies souvent réagencées (les personnages changent de tenue comme de chemise, ce qui en soi est logique) et d’histoires absurdes fonctionne dans la majorité des cas. La façon dont elle joue avec les manières de s’exprimer de ses personnages est bien sûr le principal ressort humoristique (« Oh oui, mon baudet du Poitou ») mais ces dialogues sont renforcés par ces visuels figés, datés et bricolés.
Comme dit au début, toutes les histoires ne font pas mouche et je suis heureux qu’il n’y ait qu’un seul recueil car je pense que l’autrice aurait vite épuisé sa source d’inspiration mais, en l’état, je me suis suffisamment souvent poilé pour dire que c’est franchement bien !
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Blue (Pat Grant)
Ben ça alors, quelle pépite, merci à Jetjet de l’avoir postée sur le site ! « Blue » est un « comix indé » pure souche, mais provenant d’Australie, pas des USA. Le ton est pourtant similaire : irrévérence linguistique (les jurons abondent), thèmes sociaux (le racisme, les difficultés de l’adolescence, le déclin de l’usine locale, l’arrivée de migrants à la peau bleue) et la narration et la mise en image innovent beaucoup. Les planches fourmillent de détails que j’ai pris beaucoup de plaisir à admirer, et j’ai beaucoup aimé le vocabulaire et dialecte australien (j’ai lu la VO), à peine déchiffrable même pour le bilingue que je suis. Vraiment, j’ai passé un excellent moment de lecture. Un album que je recommande chaudement !
Rain
Zoe Thorogood, anglaise de naissance, est la nouvelle étoile montante de la bande dessinée américaine (cf. comics). Après le remarquable Dans les yeux de Billie Scott, vous ne pourrez passer à coté de son Chef d'Oeuvre: "It's lonely at the centre of the earth" à paraitre en français début 2024. En attendant, je vous recommande fortement de vous intéresser à RAIN. C'est une adaptation d'une nouvelle que je ne connaissais pas du déjà célèbre dans le monde de la BD "Joe Hill" (e.g. Locke & Key, The Cape, etc... fils de Stephen King). On est dans un récit de l'apocalypse de très très bonne tenue. La Terre se retrouve dévastée par des pluies de fulgurites (sorte de cristaux finement aiguisés !) et leurs conséquences. Le trait de Zoe Thorogood est formidable de modernité, avant la claque de son prochain titre mentionné plus haut, je le trouve plus mature et affirmé que dans Billie Scott. D'ailleurs, le mot moderne sied parfaitement à ce titre, problématique environnementale, deuil, résilience. Le tout incarné par une héroïne formidable, très actuelle et si attachante : Honeysuckle Speck.
Lodger
C'est avec Stray Bullets que j'avais découvert le talent de David Lapham. Sa maîtrise du noir et blanc, son Amérique profonde et son sens si singulier du récit m'avaient embarqué totalement. On retrouve dans "Lodger" tous les ingrédients qui font sa marque de fabrique et c'est cette fois avec sa femme Maria, que David Lapham écrit cette histoire. Comme à son habitude, on est loin des récits linéaires, la construction narrative est toujours aussi alambiquée ! Pour autant, comme à son habitude, il conduit son lectorat a bon port en retombant de façon impressionnante sur ses pattes. Pour cela, il s'amuse avec ses personnages, toujours issus d'une Amérique profonde qui vrille à un moment ou un autre. Ses personnages torturés sont toujours aussi imprévisibles ; c'est les yeux grands ouvert qu'on suit leur périple et cette "chasse à l'homme" au fil des ans que révèle chapitre après chapitre ce récit. C'est noir, déjanté, sans concession, appuyé par un graphisme contrasté qui ne fait que renforcé le rendu de ces planches et le tragique de cette histoire. Une réussite !
ADAN - L'Agence de tous vos fantasmes
Eh ben dis donc, je ne pensais pas qu'une collection de BD érotique dépasserait dans mon cœur les éditions Tabou, mais là, franchement, la collection Porn'Pop est en passe de le faire ! Après trois ouvrages de la collection (et encore deux qui doivent arriver) je suis subjugué par l'incroyable talent dont la collection fait catalogue. Si je ne connaissais aucun des noms présentés ici, je les ai désormais bien en vue pour d'autres ouvrages. Le talent du dessinateur, ajouté à celui du duo de scénaristes, fonctionne à merveille ! C'est parfait graphiquement, autant dans les scènes explicites que dans les autres, dans les visages, les cadrages, les décors … Je dois dire qu'à la lecture j'ai éclaté de rire rien qu'a la façon de représenter la tête de la femme lorsqu'elle apprends qu'il fantasme sur l'idée d'être attaché. Le dessin a capté à la fois l'enthousiasme débordant, la joie et le désir, le tout dans une tête bien trop heureuse. Et là où ça marche, c'est que ça m'évoque des têtes que j'ai déjà pu voir en vrai (dans un autre contexte, bande de cochons !). C'est l'exemple que je peux donner d'à quel point le récit me semble être parfaitement bien dessiné. Lorsque je ne remarque que le dessin pour ses qualités, c'est qu'il est franchement excellent ! L'histoire se développe petit à petit, mélange de polar et de scènes de sexes, arrivant à conserver l'équilibre délicat entre intérêt pour les scènes explicites et intrigue pas trop dominante du récit. Le mélange est savamment dosé, l'ensemble tient parfaitement bien jusqu'au final à la hauteur du reste. Je suis franchement conquis par les qualités du récit, qui sait être aussi bien dans la question de la sexualité du couple que dans le polar. Là où la collection fait fort, c'est qu'elle est parfaitement juste sur les relations et la question de ce qu'on laisse ou non comme place à la sexualité. Comment l'aborder, en parler, la faire évoluer. Le tout dans le respect de chacun et l'honnêteté vis-à-vis des autres. Je suis sous le charme de cette collection. "ADAN - L'agence de tous vos fantasmes" est une œuvre réussie, pleinement engagée dans la question de la sexualité, prenante et même excitante. Recommandée, fortement recommandée !
Le Chanteur perdu
Suite à la discussion sur les "séries avec un unique avis", je m'empresse de parcourir le thème du même nom. J'y découvre avec étonnement @ Le Chanteur perdu, BD rangée dans mon étagère depuis plus d'un an mais sans jamais n'avoir été lue, sacrilège... C'est donc le moment d'y mettre fin ! Et bien suite à cette lecture passionnante, c'est avec grand plaisir que je rédige cet avis pour ainsi apporter mon gravillon à l'édifice que représente la requête de Ro. Le récit s'inspire dans les grandes lignes d'une histoire vraie : celle de l'auteur, David Trochet, passionné de variétés françaises, à la recherche d'un auteur-compositeur des années 70 qu'il avait découvert avec passion durant ses jeunes années et dont les mélodies résonnaient encore en lui trente ans plus tard (pour reprendre ses propres paroles). Il décide finalement de se lancer à la recherche de ce dernier et commence alors le début d'un voyage initiatique qui conduira notre personnage principal à l'autre bout du monde... Au cours du récit, il est aisé de s'identifier au héros tant ses problèmes / questionnements au quotidien sont / ont été / seront l'affaire de bon nombre. L'enchaînement des péripéties, quoiqu'un peu rapide à certains moments, est bien conduit et nous tient en haleine jusqu'aux dernières pages. Je trouve le dessin simple mais en raccord avec la contrainte que représente la richesse d'un tel récit : l'histoire se suffit à elle même, le dessin n'est ici qu'un agrément. Enfin, petit coup de cœur tout de même pour le choix des couleurs chaudes qui accompagnent avec légèreté la narration. Je m'en vais de ce pas écouter les musiques de ce chanteur (pas si) perdu ! ;) Merci Gaston pour la découverte ;) Note réelle : 4/5
Lodger
Stray Bullets étant une référence majeure en matière de polar, je ne pouvais décemment pas passer à côté de Lodger, le nouveau bijou concocté par David et Maria Lapham. Grand bien m'en a pris puisque le titre est excellent. Lodger c'est d'abord une histoire de vengeance en mode course poursuite parsemée de cadavres à travers les États-Unis. Mais Lodger, fi du trash et de la violence, c'est avant tout une très belle histoire d'amour (trahie!) impossible.... Le récit est finement écrit et construit et une deuxième lecture plus attentive s'avère très intéressante pour mieux comprendre l'ensemble et identifier des éléments négligés à la découverte. Le trait très élégant de David Lapham fait encore une fois des merveilles. Un incontournable pour tous les amateurs de polar.
La Survie de l'Espèce
Cet album montre de façon très cynique (et donc critique de façon très forte) le fonctionnement de l’ultralibéralisme façon Hayek ou Friedman. La narration est amusante, l’humour noir est omniprésent, mais la démonstration est limpide, sans fioriture. Elle éclaire le fonctionnement d’un système qui profite à quelques-uns (les gros actionnaires), au détriment de l’immense majorité (les travailleurs, voire même n’importe quel membre de la société (même si les dirigeants, patrons et traders s’en tirent mieux). Le dessin est très simple, les décors quasi absents. Ça n’est jamais un pensum, ni un brûlot anarchiste. Mais pourtant, ça pourrait ouvrir quelques yeux. Le cheminement doit un peu à Marx, mais aussi s’en écarte, en particulier parce que le principal narrateur est un gros actionnaire qui explique le fonctionnement du système à son fils, qu’il aimerait être son successeur, une grosse caricature (mais en fait très crédible), mais il n’y a pas d’appel à la révolution. Juste un décillement jouissif, salutaire. Un album ludique et clair, d’une lecture très agréable.
Histoires pour tous
Je n'ai pu lire que les cinq premiers tomes au lycée, et l'absence de réédition m'interdit pour l'instant d'accéder à l'ensemble des volumes (ce qui changera avec les rééditions de Delcourt, j'espère …). Mais je recommande franchement la lecture si vous arrivez à en dénicher. Tezuka fut l'auteur le plus prolifique en manga, et la masse d'histoires compilées ici témoigne de son imagination débordante. Enfin, créativité, plutôt. Les tomes fonctionnent par regroupements d'histoires dans un ordre non chronologique mais thématiques, ce qui amène les premiers tomes à se concentrer sur des histoires de guerre et des histoire autobiographiques. Il faut dire que Tezuka et la guerre, c'est un duo récurrent. Il en parle souvent, la critique, la détaille, mais sait surtout très bien parler de son horreur. Et c'est ce qui est le plus marquant dans ces histoires courtes : elles peuvent tout à la fois être humoristique (ce que j'aime le moins, on a clairement pas le même humour) ou sérieuses. Et ces dernières, surtout autobiographiques, font la part belle à la guerre et comment elle a prit, transformé et défiguré les gens qui l'entouraient. Que ce soit l'histoire de son ami de cours qui s'est donné la mort en s'enroulant autour du corps le dessin que Tezuka lui avait fait ou son amie d'enfance qui finit brulé et défiguré (et qu'il n'aura de cesse de représenter en BD), on sent le poids implacable de la guerre et de ses conséquences. Pour autant, Tezuka ne magnifie jamais son pays non plus : le Japon impérialiste lui semble tout aussi stupide et violent. Les histoires s'enchainent donc sur différents sujets, toutes ne sont clairement pas du même niveau (celles avec les animaux par exemple retiennent bien moins mon attention) mais globalement Tezuka aime peindre les travers de l'humanité, les défauts d'un individu et les horreurs que l'on peut commettre. Mélange de plusieurs genres, les histoires ont de quoi plaire à chacun, pour peu que son dessin ne vous rebute pas (il reste assez unique en son genre et je continue de lui trouver des qualités). Si vous dénichez des volumes, je recommande la lecture ! Pour ma part j'attends avec impatience la réédition pour enfin avoir l'intégrale.
La Désolation
La lecture de cette série a été une belle surprise. La couverture résume assez bien l'esprit de la BD tout en jouant parfaitement avec le double sens du titre. Le scénario d'Appollo est un petit bijou de créativité inattendue. Evariste à la suite d'une peine sentimentale, s'embarque pour matérialiser sa solitude en montant sur le navire ravitailleur de l'île de la Désolation dans l'archipel des Kerguelen (Ker pour les initiés). Un début de récit qui me rappelle le Tintin voguant vers l'étoile mystérieuse en compagnie d'une bande de scientifiques. On y retrouve aussi le questionnement sur la fin du monde de façon écologique et plus rationnelle. Le récit se résume-t-il à une visite guidée des découvertes scientifiques sur le réchauffement climatique ? C'est dans cette direction que nous conduit habilement l'auteur jusqu'à cette petite promenade qui tourne au cauchemar pour Evariste. Le scénario devient alors inattendu jusqu'au final. C'est dynamique et très rythmé dans cette seconde partie. Je n'ai pas été gêné par le graphisme de Christophe Gaultier. Son trait épais convient parfaitement à un esprit "brut de fonderie" que porte la rudesse de l'île. La mise en couleur sombre amplifie l'atmosphère de désolation que rencontre Evariste. Les touches de couleurs chatoyantes de sa Réunion natale lui rappelle que l'herbe n'est pas plus verte chez le voisin. Une belle surprise pour cette lecture intéressante.
Les Six Fonctions du langage
Certes, l’ensemble est de valeur inégale mais il est devenu tellement rare qu’une lecture me fasse éclater de rire que j’accorde une note flatteuse à ce roman-photo. Un roman-photo que n’aurait pas renié un Fabcaro tant Clémentine Mélois joue avec l’absurde, mariant photographies datées et figées (issues de vieux romans-photo) et propos abscons et décalés. Tout est à l’avenant et le quatrième de couverture comme le texte relatif aux droits de propriété intellectuelle du livre ne dérogent pas à la règle. C’est joyeusement crétin mais jamais idiot. L’association de photographies souvent réagencées (les personnages changent de tenue comme de chemise, ce qui en soi est logique) et d’histoires absurdes fonctionne dans la majorité des cas. La façon dont elle joue avec les manières de s’exprimer de ses personnages est bien sûr le principal ressort humoristique (« Oh oui, mon baudet du Poitou ») mais ces dialogues sont renforcés par ces visuels figés, datés et bricolés. Comme dit au début, toutes les histoires ne font pas mouche et je suis heureux qu’il n’y ait qu’un seul recueil car je pense que l’autrice aurait vite épuisé sa source d’inspiration mais, en l’état, je me suis suffisamment souvent poilé pour dire que c’est franchement bien !