Découverte avec l'intégrale parue dans la collection Bande d'Ados, je suis très vite tombé sous le charme de cette série.
C'est une BD jeunesse d'aventure horrifique mettant en scène une petite bande de gamins dans l'internat d'un minuscule collège perdu en pleine nature, confrontée aux dangers d'un environnement sombre et fantastique avec sorcières, démons et autres horreurs cachées dans l'ombre et dans la forêt. Mais le ton est très particulier car à la fois léger et sérieux.
Pour le côté sérieux, cela m'a fait un peu penser à Courtney Crumrin : une série destinée aux ados mais qui n'hésite pas à confronter la jeune héroïne à du fantastique sombre et sérieux, de vrais dangers issus des mythes populaires et des contes classiques.
Pour le coté léger, il y a tout un sens du décalé et de cette bande de gamins qui ne se prend pas au sérieux. Il y a un dessin rondouillard et mignon, presque rigolo, notamment dans les expressions des visages. Ce sont aussi des gags de situation ou de dialogues qui viennent contrebalancer le sentiment de danger ou l'horreur.
Pour résumer en une phrase, on pourrait dire de cette BD que "ça fait peur mais c'est pas grave".
J'aime aussi la structure en petits chapitres des deux premiers albums qui donnent l'impression de lire une suite d'histoires courtes alors que c'est une même intrigue qui se développe dans toute la série. Le troisième tome, lui, perd cette structure pour former un seul long épisode ce qui accentue son côté aventureux et permet aussi d'appuyer la séquence émotions de la conclusion de la série.
Des frissons et des sourires pour une série très agréable et dotée d'une belle personnalité.
Evemarie est une autrice à suivre. Après ses drôlatiques Hey June et Les Dents longues, notamment, elle nous propose sa vision du parcours d'une de ses amies après la découverte d'une boule maligne sur son sein.
Sous forme de gags en 2x2 cases, elle raconte alors le parcours de cette combattante, Clémentine, qui doit gérer en plus des effets secondaires de son traitement les sentiments divers de son entourage (son compagnon semblant être le plus calme dans l'assemblée). Dotée d'un humour iconoclaste, Evemarie la transfère à son amie pour dédramatiser cette période (un an environ) de merde, selon les dires de Clémentine elle-même.
Le cancer du sein concerne une femme sur huit en France, c'est un véritable fléau dont on connaît toutes et tous une victime, et la vision qu'en donne Evemarie est pleine de fraîcheur, de distance et d'humour. C'est frais, c'est drôle, c'est percutant également.
Je recommande évidemment chaudement.
A noter que sur la vente de l'album, 1€ est reversé à l'association de lutte contre le cancer du sein appelée LISa.
J'ai retrouvé ici les petits rien qui font tout le sel de ce que j'aime chez Cosey : un road-trip en famille à la recherche d'un paternel qui a disparu, trois enfants qui se dévoilent petit à petit dans ce qu'ils sont réellement (un père un peu dépassé par ses enfants, un publicitaire beauf et une jeune actrice sans emploi).
Si le récit est surtout une errance à la recherche de soi-même, j'ai trouvé que très vite on s'attache à ces personnages avec leurs défauts (nombreux) et leurs vies. C'est surtout dans les échanges qu'on sent à la fois la fraternité, puisqu'il y a les vacheries qu'on s'envoie en famille mais aussi les mots importants qu'on doit dire aux autres, et il y a aussi une vraie tendresse que l'on sent poindre. La BD a un tempo assez rapide et pourtant j'ai eu un sentiment de suivre une épopée lente, montrant que le rythme et la vitesse sont deux choses bien différentes.
Le scénario prend un tournant lorsqu'ils retrouvent le père et les surprises s'enchainent. A ce titre, j'étais complètement surpris du résultat, puisque ça n'a absolument pas fini là où je l'aurais pensé. Mais en même temps, cette fin m'a semblée logique, naturelle et en même temps très jolie. Une belle ode à la vie et la possibilité de toujours vivre à nouveau, un peu. Les dernières pages sont touchantes, montrant l'amour entre eux d'une belle façon et surtout se concluant sur un beau message.
Je dois dire que je suis sorti touché de la BD. Le graphisme de Cosey dans ce désert de l'Arizona et cette façon de faire les histoires me plait. Ca n'est jamais ennuyant, mais c'est aussi tout en retenu et non-dit. Ce qui en ressort est purement de l'ordre du ressenti et ça me convient parfaitement. C'est pudique et sensible, mais avec un beau message. Une bien belle BD.
J'avais quitté Nicolas Wild en compagnie des femmes battues de Seine-saint-Denis (voir À la Maison des femmes) pour le retrouver dans un autre exercice aussi périlleux.
Il ne faut pas s'y tromper: son carnet graphique n'est qu'une couverture pour un reportage journalistique sur la situation et le moral d'une partie de la population russe depuis le début de "l'opération spéciale" en Ukraine.
Cette sémantique m'a immédiatement renvoyé à une autre formulation très célèbre d"opération de mantien de l'ordre " (ou de "pacification")utilisée alors par des gouvernements qui se cachaient derrière les mots.
J'ai été happé par le déroulé des rencontres (risquées) de Nicolas Wild. Ses rencontres sont très variées et représentent un panel éclectique de la population russe. Bien sûr l'auteur donne la parole à nombre d'opposants à Poutine et à la guerre mais pas seulement.
Ce n'est d'ailleurs pas un sondage représentatif mais une série d'analyses raisonnées ou émotionnelles qui traduit l'esprit de la population bien mieux que ce que j'avais pu lire ou entendre jusque là.
Wild ne se borne pas à la guerre en Ukraine mais laisse ses interlocuteurs revenir sur des événements traumatisants pour le peuple russe comme la guerre en Afghanistan ou l'éclatement de l'URSS en 1991. Wild montre aussi que la Russie de Poutine n'est pas aussi isolée que cela et qu'une partie importante de la population vénère l'image militariste qu'incarne leur homme fort.
Un ouvrage de Wild ne serait pas complet sans quelques traits d'humour souvent dans l'autodérision. Ici c'est assez rare ce qui souligne le poid des mots qui peuvent coûter plusieurs années de prisons.
J'ai trouvé que le graphisme de Wild avait atteint une maturité encore inédite. C'est surtout vrai dans le soin apporté aux détails des décors et des extérieurs qui sont nombreux dans l'ouvrage.
Les personnages sont toujours aussi expressifs et Wild se met en scène de façon juste laissant à ses interlocuteurs le centre de l'attention du lecteur.
Une excellente lecture pour un ouvrage de référence à mon avis sur une situation qui nous concerne au premier chef.
tome 1: Vanko 1848
J'ai hésité avant d'acquérir cet album, oh pas bien longtemps.
Je l'avais feuilleté et j'avoue avoir été un peu surpris pas le dessin de Berhet, auteur pourtant dont j'achète d'habitude les albums les yeux fermés.
Mais là, l'encrage me paraissait différent et les couleurs plus ternes qu'à l'accoutumée. J'ai donc reposé l'album sur la pile. Et puis, mon côté collectionneur l'a emporté et j'ai pris la version "tirage limitée" à 1635 exemplaires, et finalement, en me lançant dans la lecture , je n'ai pas regretté mon choix une seule seconde.
On retrouve ici le Van Hamme scénariste de la série Les Maîtres de l'Orge avec cette nouvelle saga. D'ailleurs il y fait quelques emprunts non dissimulés.
Certes, cela va vite, parfois trop vite, l’histoire galope, elle va très vite, elle court la poste mais elle reste passionnante à travers les 2 générations que nous suivons ici..
C'est tout un pan de l'histoire de l'Amérique qui défile sous nos yeux, et j'ai hâte de savoir comment le vieux Nério Winch a bâti son empire.
Et finalement le style de Berthet sied parfaitement à cette nouvelle saga de Van Hamme...
Tome 3: Danitza 1965
Dernier volet de ce préquel à Largo Winch.
Malgré un titre assez inapproprié, et une couverture trompeuse, l'intrigue principale tourne essentiellement sur Nerio Winch, personnage qui s'avère au fil des pages, fourbe, antipathique et calculateur. En effet, on retrouve dans cet opus, le Van Hamme de la série mère, avec ses intrigues financières complexes menant à la chute de Gordon.
Alors que les deux premiers volumes couvraient voire survolaient une période assez longue en seulement quelques pages, JVH, pour les intimes, nous offre ici,certes une histoire assez linéaire, avec quelques digressions ( les relations de Nerio avec son frère de lait, l'histoire d' Aliana et de Danitza) mais qui tient le lecteur en haleine sur 64 pages sur une presque et même période..
Le final est tel que je me suis plongé dans les deux premiers volumes de Largo Winch, pour voir les éventuels erreurs de raccord entre le préquel et la série mère (et il y a en a , volontaire ou non)
Je n'ai pas parlé du dessin de Berthet, auteur que j'adore depuis plusieurs années, qui finalement s'inscrit parfaitement dans le scénario de JVH.
L’histoire n’est pas des plus denses, l’intrigue est sans doute un peu trop linéaire, et l’album se lit très vite. La chute, d’une noire ironie, se laisse deviner très en amont.
Voilà sans doute ce qui peut freiner l’enthousiasme des lecteurs. Mais voilà, cette lecture est sans doute rapide, mais elle se révèle agréable.
D’abord grâce au dessin de Joris Mertens (que j’avais découvert avec « Béatrice »), qui est très très chouette, agréable, expressif. Et j’adore la colorisation une fois de plus. Sur des tons assez sombres, son utilisation du rouge est excellente ! Franchement du bel ouvrage.
Alors, certes, l’intrigue est légère, mais elle est fluide, Mertens a très bien su rendre l’ambiance et les décors urbains des années 70 (on a l’impression d’être dans un film de Claude Sautet parfois). Il a aussi très bien marié noirceur et fatalisme, avec des pointes d’humour noir pour pimenter le tout.
Le type que nous suivons est presque pathétique tant la monotonie de son existence, le côté « loser » lui collant à la peau, la pauvreté de ses rêves (et de sa vie – même son amour platonique avec Maryvonne, qui tient le kiosque où il joue au loto est d’une tristesse !) le rendent poissard. Et Mertens lui concocte une fin où toute cette mouise va culminer.
Ça n’est pas un plat de haute gastronomie. Mais le plaisir en bouche fait oublier le manque de noblesse des ingrédients : Mertens est un auteur à suivre.
Note réelle 3,5/5.
Cet album s'ouvre avec une très belle scène aux cadrages cinématographiques. Un travelling, par une nuit aux couleurs bleutées, pas de bulles et quelques cases seulement pour planter le décor. En 4 pages le ton est donné. Après Come Prima et Senso, Alfred livre un nouveau récit prenant place au fin fond de l'Italie.
Un petit village perdu, des habitants qui se connaissent tous, des vielles histoires, ou encore la routine qui rythme le quotidien des ados du coin : Le décor est authentique, ça sent le soleil et le vécu. Au milieu de tout ça on va suivre une tranche de vie en passant quelques jours dans la vie de Mimmo un adolescent qui rêve d'échapper à son quotidien. La musique pourrait lui offrir cette opportunité.
L'histoire est simple et plaisante à la fois. On ne peut pas parler d'un récit prenant, d'une histoire à couper le souffle ou d'une intrigue hyper originale. Pourtant l'alchimie se fait. La narration est réussie et le dessin en dit parfois au moins autant que les textes. On se sent bien dans ce petit village typique, les personnages sont sympas, on a envie de savoir ce qu'ils ont à cacher, ou ce qui va leur arriver. Du coup, l'album se lit d'une traite et se referme avec un petit sourire au coin des lèvres.
Alors ça c'est surprenant comme lecture ! Je vous déconseille franchement si vous n'êtes pas bien accroché, parce que sous son dessin mignon et ses expressions exagérées, la BD est cruelle et triste, reflet d'une société Argentine qui a connu des années de dictature sanglante. Je crois que l'auteur a un message à faire passer et ça se sent.
L'histoire est horrible et bascule progressivement dans le pire. Avec un personnage aussi malade au début, on s'attendrait à un développement moins glauque et plus tragique, mais en plus d'être un personnage ridicule, Elvio est sordide. Entre son comportement envers les gens et son passé qui rejaillit par petites touches, on dresse un portait de personne transformée par la morale chrétienne, les années de dictature et la torture, mais aussi les idées sur le foyer familiale et la vision des femmes (quelle horreur !). La folie est là, étonnamment présentée comme résultat de la période dictatoriale (et non comme origine), baigne ce personnage qui semble cristalliser toutes les horreurs de la dictature.
Ce qui choque surtout, c'est les contrastes : dessin et propos, image qu'il se fait de cette poupée et réalité sordide, image de sa famille et réalité là aussi sordide … Tout est fait pour être contrasté en permanence, donnant un lugubre tableau qui semble joyeux et rigolo, alors que tout est dur et violent.
Je pense que la BD a de quoi faire réfléchir et pose un constat horrible sur ce que fut la dictature argentine. Et le résultat de tout ceci semble d'une tristesse immense lorsqu'on constate l'impact que cela a eut. Elvio est pathétique, tout en lui respire la frustration et le dégout. Je ressors de la BD marquée par ce qu'elle contient et dérangé par ce qu'elle dit. C'est glauque mais c'est fort, sans doute un des meilleurs moyens pour prendre conscience de ce que fut cette dictature. C'est une belle réussite.
J'ai passé un très bon moment de lecture avec cette série et mes filles aussi. Il y a vraiment tout pour plaire de l'humour, de l'aventure et un dessin coloré et expressif qui sied parfaitement à l'histoire. Une BD que je recommande chaudement.
J'ai lu cette BD sur la bonne fois d'un avis et surtout sur le nom de Hubert attaché à bien d'autres histoires d'un tout autre genre, mais généralement apprécié. Et là, je dois dire qu'on bascule dans un univers bien différent. Bien que distribué dans une collection éclectique, le récit est carrément pour adulte et pas que pour les scènes de sexe ! Attendez-vous à du sale.
L'histoire est construite autour d'un couple, d'une relation. Thomas est séduit par Fred, Fred est conquis par Thomas. Et pourtant plane sur cette relation l'ombre d'Alex, l'ex de Thomas. Une ombre qui va planer sur la sexualité du couple, toujours poussée plus loin dans les rapports malsains.
Disons tout net que les scènes de culs entre hommes sont nombreuses, donc si vous n'arrivez pas à supporter ça : fuyez ! Pour les autres, le récit ne joue pas tant sur l'érotisme et le pornographique (on à largement de quoi se rincer l’œil, hein, faut pas déconner) mais sur le côté malsain de cette relation toxique. Et pas que toxique pour Thomas, qui apparait en fait surtout comme l'artisan de tout les soucis. Complexé de ne pas être magnifique, voulant s'accaparer une place dans la vie de Fred et surtout prêt à aller jusqu'au bout, il est finalement le destructeur de toute leur histoire.
C'est une BD très originale sur le fond : la perversion d'un homme amenant son couple dans une spirale infernale, motivée par son appétit sexuel et ce qu'il s'invente d'une personne pourtant absente.
La BD joue sur les codes visuels, utilisant à merveille le noir et blanc, les ombres, les tableaux. Fred étant artiste, il parait assez évident d'utiliser son art et la façon dont la BD le retransmet (les cases représentant des tableaux changent de techniques) pour pouvoir évoquer des choses. Ainsi les fantasmes de Thomas vont se matérialiser sous des tableaux peints par Fred, des tableaux progressivement de plus en plus sombres et sanglants. J'ai adoré les visuels, à la fois très dynamique et érotiques dans les représentations, mais aussi glauque et sombre lorsqu'il le faut. Rien que pour ce magnifique coup de crayon, la BD vaut la peine d'être lue.
L'histoire ne plaira sans doute pas à tout le monde et je ne pense pas que ce soit le but. C'est une réflexion, une démonstration de ce qui peut nous pousser toujours plus avant dans les pratiques extrêmes et surtout l'engagement qu'on demande à l'autre. A ce titre, j'ai été touché par les mots de Fred, à la fin. Fred qui aura été poussé jusque dans des choses qu'il ne voulait plus vraiment faire.
Le seul bémol que je vois est l'ajout de l'amie de Thomas, assez anecdotique et dont les échanges ne rajoutent pas grand chose à l'ensemble. Il aurait fallu donner plus de consistance à cette étrange relation ou complètement la retirer, pour moi.
Bref, une excellente BD selon moi, chargée en sexe mais aussi en noirceur et en tourments, qui saura ravir les plus polissons mais fera sans doute réfléchir la plupart des lecteurs.
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Le Collège Noir
Découverte avec l'intégrale parue dans la collection Bande d'Ados, je suis très vite tombé sous le charme de cette série. C'est une BD jeunesse d'aventure horrifique mettant en scène une petite bande de gamins dans l'internat d'un minuscule collège perdu en pleine nature, confrontée aux dangers d'un environnement sombre et fantastique avec sorcières, démons et autres horreurs cachées dans l'ombre et dans la forêt. Mais le ton est très particulier car à la fois léger et sérieux. Pour le côté sérieux, cela m'a fait un peu penser à Courtney Crumrin : une série destinée aux ados mais qui n'hésite pas à confronter la jeune héroïne à du fantastique sombre et sérieux, de vrais dangers issus des mythes populaires et des contes classiques. Pour le coté léger, il y a tout un sens du décalé et de cette bande de gamins qui ne se prend pas au sérieux. Il y a un dessin rondouillard et mignon, presque rigolo, notamment dans les expressions des visages. Ce sont aussi des gags de situation ou de dialogues qui viennent contrebalancer le sentiment de danger ou l'horreur. Pour résumer en une phrase, on pourrait dire de cette BD que "ça fait peur mais c'est pas grave". J'aime aussi la structure en petits chapitres des deux premiers albums qui donnent l'impression de lire une suite d'histoires courtes alors que c'est une même intrigue qui se développe dans toute la série. Le troisième tome, lui, perd cette structure pour former un seul long épisode ce qui accentue son côté aventureux et permet aussi d'appuyer la séquence émotions de la conclusion de la série. Des frissons et des sourires pour une série très agréable et dotée d'une belle personnalité.
La Boulonichon
Evemarie est une autrice à suivre. Après ses drôlatiques Hey June et Les Dents longues, notamment, elle nous propose sa vision du parcours d'une de ses amies après la découverte d'une boule maligne sur son sein. Sous forme de gags en 2x2 cases, elle raconte alors le parcours de cette combattante, Clémentine, qui doit gérer en plus des effets secondaires de son traitement les sentiments divers de son entourage (son compagnon semblant être le plus calme dans l'assemblée). Dotée d'un humour iconoclaste, Evemarie la transfère à son amie pour dédramatiser cette période (un an environ) de merde, selon les dires de Clémentine elle-même. Le cancer du sein concerne une femme sur huit en France, c'est un véritable fléau dont on connaît toutes et tous une victime, et la vision qu'en donne Evemarie est pleine de fraîcheur, de distance et d'humour. C'est frais, c'est drôle, c'est percutant également. Je recommande évidemment chaudement. A noter que sur la vente de l'album, 1€ est reversé à l'association de lutte contre le cancer du sein appelée LISa.
Orchidea
J'ai retrouvé ici les petits rien qui font tout le sel de ce que j'aime chez Cosey : un road-trip en famille à la recherche d'un paternel qui a disparu, trois enfants qui se dévoilent petit à petit dans ce qu'ils sont réellement (un père un peu dépassé par ses enfants, un publicitaire beauf et une jeune actrice sans emploi). Si le récit est surtout une errance à la recherche de soi-même, j'ai trouvé que très vite on s'attache à ces personnages avec leurs défauts (nombreux) et leurs vies. C'est surtout dans les échanges qu'on sent à la fois la fraternité, puisqu'il y a les vacheries qu'on s'envoie en famille mais aussi les mots importants qu'on doit dire aux autres, et il y a aussi une vraie tendresse que l'on sent poindre. La BD a un tempo assez rapide et pourtant j'ai eu un sentiment de suivre une épopée lente, montrant que le rythme et la vitesse sont deux choses bien différentes. Le scénario prend un tournant lorsqu'ils retrouvent le père et les surprises s'enchainent. A ce titre, j'étais complètement surpris du résultat, puisque ça n'a absolument pas fini là où je l'aurais pensé. Mais en même temps, cette fin m'a semblée logique, naturelle et en même temps très jolie. Une belle ode à la vie et la possibilité de toujours vivre à nouveau, un peu. Les dernières pages sont touchantes, montrant l'amour entre eux d'une belle façon et surtout se concluant sur un beau message. Je dois dire que je suis sorti touché de la BD. Le graphisme de Cosey dans ce désert de l'Arizona et cette façon de faire les histoires me plait. Ca n'est jamais ennuyant, mais c'est aussi tout en retenu et non-dit. Ce qui en ressort est purement de l'ordre du ressenti et ça me convient parfaitement. C'est pudique et sensible, mais avec un beau message. Une bien belle BD.
A quoi pensent les russes
J'avais quitté Nicolas Wild en compagnie des femmes battues de Seine-saint-Denis (voir À la Maison des femmes) pour le retrouver dans un autre exercice aussi périlleux. Il ne faut pas s'y tromper: son carnet graphique n'est qu'une couverture pour un reportage journalistique sur la situation et le moral d'une partie de la population russe depuis le début de "l'opération spéciale" en Ukraine. Cette sémantique m'a immédiatement renvoyé à une autre formulation très célèbre d"opération de mantien de l'ordre " (ou de "pacification")utilisée alors par des gouvernements qui se cachaient derrière les mots. J'ai été happé par le déroulé des rencontres (risquées) de Nicolas Wild. Ses rencontres sont très variées et représentent un panel éclectique de la population russe. Bien sûr l'auteur donne la parole à nombre d'opposants à Poutine et à la guerre mais pas seulement. Ce n'est d'ailleurs pas un sondage représentatif mais une série d'analyses raisonnées ou émotionnelles qui traduit l'esprit de la population bien mieux que ce que j'avais pu lire ou entendre jusque là. Wild ne se borne pas à la guerre en Ukraine mais laisse ses interlocuteurs revenir sur des événements traumatisants pour le peuple russe comme la guerre en Afghanistan ou l'éclatement de l'URSS en 1991. Wild montre aussi que la Russie de Poutine n'est pas aussi isolée que cela et qu'une partie importante de la population vénère l'image militariste qu'incarne leur homme fort. Un ouvrage de Wild ne serait pas complet sans quelques traits d'humour souvent dans l'autodérision. Ici c'est assez rare ce qui souligne le poid des mots qui peuvent coûter plusieurs années de prisons. J'ai trouvé que le graphisme de Wild avait atteint une maturité encore inédite. C'est surtout vrai dans le soin apporté aux détails des décors et des extérieurs qui sont nombreux dans l'ouvrage. Les personnages sont toujours aussi expressifs et Wild se met en scène de façon juste laissant à ses interlocuteurs le centre de l'attention du lecteur. Une excellente lecture pour un ouvrage de référence à mon avis sur une situation qui nous concerne au premier chef.
La Fortune des Winczlav
tome 1: Vanko 1848 J'ai hésité avant d'acquérir cet album, oh pas bien longtemps. Je l'avais feuilleté et j'avoue avoir été un peu surpris pas le dessin de Berhet, auteur pourtant dont j'achète d'habitude les albums les yeux fermés. Mais là, l'encrage me paraissait différent et les couleurs plus ternes qu'à l'accoutumée. J'ai donc reposé l'album sur la pile. Et puis, mon côté collectionneur l'a emporté et j'ai pris la version "tirage limitée" à 1635 exemplaires, et finalement, en me lançant dans la lecture , je n'ai pas regretté mon choix une seule seconde. On retrouve ici le Van Hamme scénariste de la série Les Maîtres de l'Orge avec cette nouvelle saga. D'ailleurs il y fait quelques emprunts non dissimulés. Certes, cela va vite, parfois trop vite, l’histoire galope, elle va très vite, elle court la poste mais elle reste passionnante à travers les 2 générations que nous suivons ici.. C'est tout un pan de l'histoire de l'Amérique qui défile sous nos yeux, et j'ai hâte de savoir comment le vieux Nério Winch a bâti son empire. Et finalement le style de Berthet sied parfaitement à cette nouvelle saga de Van Hamme... Tome 3: Danitza 1965 Dernier volet de ce préquel à Largo Winch. Malgré un titre assez inapproprié, et une couverture trompeuse, l'intrigue principale tourne essentiellement sur Nerio Winch, personnage qui s'avère au fil des pages, fourbe, antipathique et calculateur. En effet, on retrouve dans cet opus, le Van Hamme de la série mère, avec ses intrigues financières complexes menant à la chute de Gordon. Alors que les deux premiers volumes couvraient voire survolaient une période assez longue en seulement quelques pages, JVH, pour les intimes, nous offre ici,certes une histoire assez linéaire, avec quelques digressions ( les relations de Nerio avec son frère de lait, l'histoire d' Aliana et de Danitza) mais qui tient le lecteur en haleine sur 64 pages sur une presque et même période.. Le final est tel que je me suis plongé dans les deux premiers volumes de Largo Winch, pour voir les éventuels erreurs de raccord entre le préquel et la série mère (et il y a en a , volontaire ou non) Je n'ai pas parlé du dessin de Berthet, auteur que j'adore depuis plusieurs années, qui finalement s'inscrit parfaitement dans le scénario de JVH.
Nettoyage à sec
L’histoire n’est pas des plus denses, l’intrigue est sans doute un peu trop linéaire, et l’album se lit très vite. La chute, d’une noire ironie, se laisse deviner très en amont. Voilà sans doute ce qui peut freiner l’enthousiasme des lecteurs. Mais voilà, cette lecture est sans doute rapide, mais elle se révèle agréable. D’abord grâce au dessin de Joris Mertens (que j’avais découvert avec « Béatrice »), qui est très très chouette, agréable, expressif. Et j’adore la colorisation une fois de plus. Sur des tons assez sombres, son utilisation du rouge est excellente ! Franchement du bel ouvrage. Alors, certes, l’intrigue est légère, mais elle est fluide, Mertens a très bien su rendre l’ambiance et les décors urbains des années 70 (on a l’impression d’être dans un film de Claude Sautet parfois). Il a aussi très bien marié noirceur et fatalisme, avec des pointes d’humour noir pour pimenter le tout. Le type que nous suivons est presque pathétique tant la monotonie de son existence, le côté « loser » lui collant à la peau, la pauvreté de ses rêves (et de sa vie – même son amour platonique avec Maryvonne, qui tient le kiosque où il joue au loto est d’une tristesse !) le rendent poissard. Et Mertens lui concocte une fin où toute cette mouise va culminer. Ça n’est pas un plat de haute gastronomie. Mais le plaisir en bouche fait oublier le manque de noblesse des ingrédients : Mertens est un auteur à suivre. Note réelle 3,5/5.
Maltempo
Cet album s'ouvre avec une très belle scène aux cadrages cinématographiques. Un travelling, par une nuit aux couleurs bleutées, pas de bulles et quelques cases seulement pour planter le décor. En 4 pages le ton est donné. Après Come Prima et Senso, Alfred livre un nouveau récit prenant place au fin fond de l'Italie. Un petit village perdu, des habitants qui se connaissent tous, des vielles histoires, ou encore la routine qui rythme le quotidien des ados du coin : Le décor est authentique, ça sent le soleil et le vécu. Au milieu de tout ça on va suivre une tranche de vie en passant quelques jours dans la vie de Mimmo un adolescent qui rêve d'échapper à son quotidien. La musique pourrait lui offrir cette opportunité. L'histoire est simple et plaisante à la fois. On ne peut pas parler d'un récit prenant, d'une histoire à couper le souffle ou d'une intrigue hyper originale. Pourtant l'alchimie se fait. La narration est réussie et le dessin en dit parfois au moins autant que les textes. On se sent bien dans ce petit village typique, les personnages sont sympas, on a envie de savoir ce qu'ils ont à cacher, ou ce qui va leur arriver. Du coup, l'album se lit d'une traite et se referme avec un petit sourire au coin des lèvres.
L'Héritage du Colonel
Alors ça c'est surprenant comme lecture ! Je vous déconseille franchement si vous n'êtes pas bien accroché, parce que sous son dessin mignon et ses expressions exagérées, la BD est cruelle et triste, reflet d'une société Argentine qui a connu des années de dictature sanglante. Je crois que l'auteur a un message à faire passer et ça se sent. L'histoire est horrible et bascule progressivement dans le pire. Avec un personnage aussi malade au début, on s'attendrait à un développement moins glauque et plus tragique, mais en plus d'être un personnage ridicule, Elvio est sordide. Entre son comportement envers les gens et son passé qui rejaillit par petites touches, on dresse un portait de personne transformée par la morale chrétienne, les années de dictature et la torture, mais aussi les idées sur le foyer familiale et la vision des femmes (quelle horreur !). La folie est là, étonnamment présentée comme résultat de la période dictatoriale (et non comme origine), baigne ce personnage qui semble cristalliser toutes les horreurs de la dictature. Ce qui choque surtout, c'est les contrastes : dessin et propos, image qu'il se fait de cette poupée et réalité sordide, image de sa famille et réalité là aussi sordide … Tout est fait pour être contrasté en permanence, donnant un lugubre tableau qui semble joyeux et rigolo, alors que tout est dur et violent. Je pense que la BD a de quoi faire réfléchir et pose un constat horrible sur ce que fut la dictature argentine. Et le résultat de tout ceci semble d'une tristesse immense lorsqu'on constate l'impact que cela a eut. Elvio est pathétique, tout en lui respire la frustration et le dégout. Je ressors de la BD marquée par ce qu'elle contient et dérangé par ce qu'elle dit. C'est glauque mais c'est fort, sans doute un des meilleurs moyens pour prendre conscience de ce que fut cette dictature. C'est une belle réussite.
Les Aventures du Roi singe
J'ai passé un très bon moment de lecture avec cette série et mes filles aussi. Il y a vraiment tout pour plaire de l'humour, de l'aventure et un dessin coloré et expressif qui sied parfaitement à l'histoire. Une BD que je recommande chaudement.
La Nuit mange le Jour
J'ai lu cette BD sur la bonne fois d'un avis et surtout sur le nom de Hubert attaché à bien d'autres histoires d'un tout autre genre, mais généralement apprécié. Et là, je dois dire qu'on bascule dans un univers bien différent. Bien que distribué dans une collection éclectique, le récit est carrément pour adulte et pas que pour les scènes de sexe ! Attendez-vous à du sale. L'histoire est construite autour d'un couple, d'une relation. Thomas est séduit par Fred, Fred est conquis par Thomas. Et pourtant plane sur cette relation l'ombre d'Alex, l'ex de Thomas. Une ombre qui va planer sur la sexualité du couple, toujours poussée plus loin dans les rapports malsains. Disons tout net que les scènes de culs entre hommes sont nombreuses, donc si vous n'arrivez pas à supporter ça : fuyez ! Pour les autres, le récit ne joue pas tant sur l'érotisme et le pornographique (on à largement de quoi se rincer l’œil, hein, faut pas déconner) mais sur le côté malsain de cette relation toxique. Et pas que toxique pour Thomas, qui apparait en fait surtout comme l'artisan de tout les soucis. Complexé de ne pas être magnifique, voulant s'accaparer une place dans la vie de Fred et surtout prêt à aller jusqu'au bout, il est finalement le destructeur de toute leur histoire. C'est une BD très originale sur le fond : la perversion d'un homme amenant son couple dans une spirale infernale, motivée par son appétit sexuel et ce qu'il s'invente d'une personne pourtant absente. La BD joue sur les codes visuels, utilisant à merveille le noir et blanc, les ombres, les tableaux. Fred étant artiste, il parait assez évident d'utiliser son art et la façon dont la BD le retransmet (les cases représentant des tableaux changent de techniques) pour pouvoir évoquer des choses. Ainsi les fantasmes de Thomas vont se matérialiser sous des tableaux peints par Fred, des tableaux progressivement de plus en plus sombres et sanglants. J'ai adoré les visuels, à la fois très dynamique et érotiques dans les représentations, mais aussi glauque et sombre lorsqu'il le faut. Rien que pour ce magnifique coup de crayon, la BD vaut la peine d'être lue. L'histoire ne plaira sans doute pas à tout le monde et je ne pense pas que ce soit le but. C'est une réflexion, une démonstration de ce qui peut nous pousser toujours plus avant dans les pratiques extrêmes et surtout l'engagement qu'on demande à l'autre. A ce titre, j'ai été touché par les mots de Fred, à la fin. Fred qui aura été poussé jusque dans des choses qu'il ne voulait plus vraiment faire. Le seul bémol que je vois est l'ajout de l'amie de Thomas, assez anecdotique et dont les échanges ne rajoutent pas grand chose à l'ensemble. Il aurait fallu donner plus de consistance à cette étrange relation ou complètement la retirer, pour moi. Bref, une excellente BD selon moi, chargée en sexe mais aussi en noirceur et en tourments, qui saura ravir les plus polissons mais fera sans doute réfléchir la plupart des lecteurs.