Connectez-vous pour cacher cette bannière publicitaire.

La Force de l'ordre

Note: 4/5
(4/5 pour 1 avis)

Une saisissante enquête anthropologique auprès de policiers en banlieue parisienne. L'engrenage terrible de l'ennui, de la pression du chiffre et des éruptions de violence... adapté d'un essai qui fit date (texte éditeur).


Documentaires

D. Fassin a partagé pendant deux ans le quotidien d'une brigade anti-criminalité. Loin des imaginaires du cinéma ou des séries, il raconte l'ennui des patrouilles, la pression du chiffre, les formes invisibles de violence et les discriminations. Cette enquête « ethno-graphique » montre à quel point les habitants de ces quartiers restent soumis à une forme d'exception sécuritaire (texte éditeur).

Scénaristes
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 21 Octobre 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série La Force de l'ordre
Les notes (1)
Logo BDfugue Achetez sur BDfugue !

17/02/2021 | Ju
Modifier


Par Ju
Note: 4/5
L'avatar du posteur Ju

Cette bd est l'adaptation d'un essai publié en 2011 par Didier Fassin, sur les brigades anti criminalité, les Bacs. Ce qu'il y décrit m'a fait personnellement froid dans le dos, même si le sujet a été pas mal documenté depuis. Je me doutais que ça se passait comme ça, mais le voir est autre chose. Ce qui ressort clairement, c'est que les membres des Bacs sont totalement désoeuvrés. Fassin nous décrit ici des hommes (je n'ai vu aucune femme de la Bac) qui sont venus pour de l'action, pour "faire comme Vic Mackey, le héros de la série télévisée "The Shield"", ainsi qu'il est dit dans la bd. Mais ils se retrouvent à patrouiller en arrivant toujours trop tard, et se retrouvent à faire avec ce qu'ils ont sous la main ; donc des interpellations sans fondement, de la provocation pour envenimer des situations, parfois (souvent voire toujours dans ce qui est montré) en se basant uniquement sur la couleur de peau des jeunes passants. A la sortie de la lecture, j'avoue qu'on se demande bien à quoi servent ces unités, à part faire du chiffre d'interpellations. On voit une fois où ils interrompent un délit (voiture volée), et un policier dit lui même qu'en plusieurs années, il n'a eu qu'un seul flagrant délit de cambriolage. Pour des unités qui sont en principe destinées au flagrant délit, c'est problématique. Et ça montre tous les problèmes de la "politique du chiffre", des interpellations sans fondement pour remplir les chiffres. Le pire, c'est que les responsables policiers ne semblent pas à l'aise et d'accord avec les pratiques de la Bac. Mais difficile de faire bouger les choses dans des unités très autonomes qui ont même le droit d'avoir leur propre blason, chose qui me parait personnellement inconcevable pour des représentants de l'Etat et d'une police qui doit être au service des citoyens. Dans ce cadre, voire un policier avec un blason tête de mort ou représentant une main prête à faire tomber la foudre sur des immeubles me parait aberrant. Cette étude date du milieu des années 2000, et difficile de croire à de réelles évolutions depuis. Les mouvements actuels partis des situations aux Etats Unis aideront peut-être à une réflexion et une évolution de certains comportements policiers. Mais il convient aussi de se rappeler que les rapports Belorgey et Bonnemaison qui prônent une police de proximité datent des années 80, et que celle ci a été abandonnée en France en 2003, juste avant cette enquête, qui montre les échecs de cette politique de répression, qui crée un fossé énorme entre les populations et les policiers. Ce fossé est d'ailleurs très bien montré dans la bd : "ils ne nous aiment pas, on ne les aime pas". Vu l'état des relations entre population et policiers encore aujourd'hui, et les tensions que cela crée, il ne me paraitrait pas saugrenu de tenter autre chose, encore plus à la lecture de cette bd. Il ne s'agit pas de tout changer, d'ailleurs Fassin nous dit bien que tous les policiers n'ont pas les pratiques abusives de la Bac, et que tous les habitants ne sont pas "contre" la police. Mais si on ne veut pas que le fossé devienne totalement creusé (si ça ne l'est pas déjà), il me parait urgent de changer plusieurs choses. En ce qui concerne la bd en elle même, j'ai trouvé le sujet très intéressant et passionnant. Néanmoins, l'ennui que ressentent les policiers se transmet parfois au lecteur. Je m'explique : Les situations auxquelles font face les policiers ne sont franchement pas passionnantes, et plusieurs nous sont décrites. Et du coup, on se retrouve à avoir 3 ou 4 pages sur des situations semblables : les policiers s'ennuient, ils cherchent la petite bête, parlent mal à des mecs qui, parfois réagissent, parfois non. C'est un peu ennuyant à lire car il ne se passe rien. Mais la répétition des scènes permet de voir le desoeuvrement des policiers et la répétition de leurs pratiques limites. Donc personnellement, ma lecture n'a pas été passionnante mais la réflexion qu'elle apporte l'est. Graphiquement, je n'ai pas grand chose à dire. Le style est maitrisé mais je n'en suis pas particulièrement fan, les personnages me rappellent parfois ceux de Vivès, dans la forme de leur corps et de leur visage. La colorisation est assez sombre, comme pour rappeler que le sujet l'est aussi. Il faut aussi dire que beaucoup de scènes se passent la nuit. Un ouvrage que je conseille de lire, que ce soit la bd ou l'essai qui est paru en 2011.

17/02/2021 (modifier)