3.5
La scénariste raconte son adolescence dans les années 90 où on était dans un monde d'avant Me Too où on parait moins de violences sexuelles ou de question du consentement.
Il y a des passages assez glauques dont il ne faut pas avoir le cœur fragile lorsqu'on lit cette BD ! J'ai bien aimé comment la scénariste présente la France des années 90 et les anecdotes sont intéressantes même si j'avais un peu l'impression qu'elle généralisait à partir de son vécu. Je doute que tous les ados de cette période buvait, fumait et avait du sexe tout le temps. Bon il faut dire que comme je ne suis jamais allé dans des fêtes (je préférais rester chez moi glander ou lire des livres), c'est un univers inconnu pour moi alors je ne peux pas vraiment comparer mon adolescence avec ceux qui étaient plus extravertis.
Il y a des réflexions intéressantes dans cet album même si je ne suis pas toujours d'accord avec les conclusions. Selon la scénariste, tous les violeurs sont des hommes donc j'imagine que toutes les histoires d'enseignante qui couche avec des élèves mineurs sont des inventions ou c'est de l'amour libre ou un truc du genre. Le livre ne tombe pas dans le piège du 'tous les hommes sont méchants et les femmes des victimes innocentes' même si plusieurs males sont montrés comme des cons. La scénariste raconte les expériences positives qu'elle a eu avec certains petits copains et dans un des passages les plus effrayant de l'album, une fille va délibérément faire en sorte que la scénariste va se faire agresser lors d'une fête d'ado.
Sinon, la dessinatrice fait un bon travail et la mise en page est bien faite. Un album choc à lire si on s'intéresse au sujet.
C'est vrai que cette histoire est un peu longue à démarrer. C'est vrai aussi qu'il y a quelque chose d'assez monotone, qu'il ne s'y passe pas grand chose finalement. C'est vrai enfin que sans vouloir spoiler, il s'agit d'une métaphore sur le passage vers l'au-delà, et qu'une fois l'action lancée, on le sent un peu venir quand même.
Mais ce serait laisser de côté les qualités indéniables de cette BD magnifique d'une densité de plomb. J'énumère :
D'abord il y a le dessin de Peggy Adam qui prend ici un relief et une expressivité que je ne lui prêtais pas jusqu'alors, en tout cas pas avec cette efficacité. Cette énergie, cette force incroyable qui s'incruste dans votre rétine dès le premier survol, est due en grande partie au choix de la palette de couleurs. En effet, du début à la fin, le récit est nimbé de nuances ocres, jaunes et bleues du plus bel effet. Il y a une pâte, une ambiance incroyable. La manière dont elle représente les scènes de nature sont particulièrement réussies. En particulier, je pense à la pleine page de l'incendie qui m'a littéralement scotché. Les ciels d'hiver également, les scènes de nuit, les paysages enneigés. C'est sublissime !
Ensuite, il y a ce huis clos extrêmement lourd et angoissant qui occupe une bonne partie du récit. Il s'en dégage quelque chose de terrifiant. La menace rode autour de ce fragile refuge. La faim taraude les estomacs, tabous et convictions religieuses s'effacent petit à petit pour laisser place à un état de survie. A ce niveau, cette BD est une pure réussite. L'autrice flirte avec le fantastique d'entrée de jeu. Il est là qui rode pour finalement accaparer totalement l'histoire de son empreinte macabre et funeste. Très fort !
Enfin, il y a les thèmes évoqués, tels que l'écologie, les croyances aveugles qui conduisent les Hommes dans l'impasse et l'autodestruction. Et puis la mort bien sûr, ainsi que le lien que l'humain entretien avec la nature à laquelle il est intrinsèquement lié. Tout cela est bien construit en un écheveau touffu qui trouve sa pleine cohérence au fil de l'histoire.
J'ai retrouvé des ingrédients qui figuraient dans La saga de Grimr de l'ami Jérémie Moreau avec laquelle Emkla pourrait composer un formidable et légendaire diptyque.
Il y a comme ça des BD qui, bien qu'affublées de quelques défauts, n'en demeurent pas moins marquantes. Emkla est de celles-là, assurément. C'est ça le charme, or le charme n'est-il pas plus important que la perfection plastique ? N'est-ce pas ce qui confère, après tout, toute sa singularité à une œuvre comme à un visage ?
Lapérouse 64, ça sonnait a priori comme Blade Runner 2049. C'est ça qui m'a fait tilter, cette sorte d'instinct, car j'avoue que s'il avait fallu m'en tenir à la couverture assez terne (bien qu'énigmatique), je serais sans doute passé complètement à côté de cette petite pépite.
Disséquons un peu le titre. Lapérouse est belle et bien une allusion à Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, plus connu sous le nom de Lapérouse, le fameux navigateur et explorateur. 64, c'est tout simplement l'année où la France affréta un navire de la Marine Nationale afin de retrouver l'épave de la Boussole, le second navire de l'expédition disparue corps et âme en 1788 aux abords de Vanikoro.
Que dire de cette BD si ce n'est que, toutes proportions gardées, elle est aussi passionnante que le récit de l'expédition Lapérouse lui-même. Déjà, ça commence comme un récit d'espionnage. Ensuite, c'est mené à la manière d'une enquête policière. Il y a des pistes, des retournements, du suspens. Enfin, il s'agit d'une course contre la montre avec une Dead line aléatoire puisque les recherches doivent se terminer avant l'arrivée imminente de la saison des pluies qui risque fort de compromettre les chances de succès. Bref ! On est complètement dedans. Et puis surtout, les scénaristes établissent un parallèle filé entre l'histoire de Lapérouse et celle qui est racontée ici. Il y a notamment comme une folie qui s'empare de l'expédition partie à la recherche de la Boussole. A un moment, le lecteur se demande même si nos gars ne vont pas finir par perdre le Nord. Finalement, au milieu de cette foule testostéronée, le seul personnage qui parvient à garder la tête froide est l'unique personnage féminin : Viviane. Mais je reviendrai sur les personnages un peu plus loin.
L'ambiance est bien retranscrite : on est immergé dans l'univers militaire avec sa hiérarchie, son vocabulaire, ses mythes (et le mystère de la disparition de Lapérouse en est un, un gros même), son attitude méfiante à l'égard des civils venus se joindre à leur équipée...
Mais tout cela ne serait pas grand chose sans des personnages forts. Or, cette histoire en regorge. D'abord François Guérin, notre protagoniste principal. Le gars est un colosse à la musculature de demi-dieu, plongeur militaire d'élite de son état, et surtout soucieux d'accomplir sa mission avant toute autre chose. Il y a également le commandant du navire, un type rigide mais passionné par le mystère qui entoure Lapérouse et que le caractère obsessif va amener à déborder le strict cadre du protocole militaire. On trouve également Viviane Lacan, une jeune femme libérée, mère seule (on est en 64 !), journaliste acharnée et indépendante d'esprit...
Enfin, le tout est servi par un dessin somptueux, en tout cas un dessin qui me plait tout particulièrement : celui de Vicenzo Bizzarri que je découvre. Le trait oscille entre un classisme de bon aloi et un aspect tout à fait moderne dans les points de vue. En outre, le choix des couleurs est pertinent. Tout cela m'évoque le travail de Matthieu Bonhomme sur Le Marquis d'Anaon, ou, dans une moindre mesure, la collaboration de Blanchard et Tanquerelle sur Le Dernier Atlas. Superbe, vif, dynamique et très juste dans les proportions et les gestuelles. Après le titre, c'est le trait qui a achevé de me convaincre de repartir avec cette BD sous le bras.
Conclusion : on a quand même bien raison de suivre son instinct !
J'ai beaucoup apprécié la lecture de l'intégrale de Jim Hawkins. Comme j'ai eu la chance de croiser Sébastien Vastra, mon exemplaire s'enrichit d'une très belle dédicace à l'image de Jim. Heureusement que je n'avais pas lu l'ouvrage avant car j'aurais eu du mal à me décider sur le personnage à dessiner sur la page de garde : Hands ? Silver ? Smollet ? voire Bones, Vastra a réussi à donner à ses personnages une si forte personnalité que beaucoup m'ont impressionné.
Une énième adaptation du roman de Stevenson ? Peut-être mais c'est tout comme les plats les plus classiques ou les pièces de musique mille fois entendues, c'est dans une oeuvre connue de tous que se révèle le talent de l'interprète. Ainsi je trouve que Vastra nous propose beaucoup dans cette adaptation.
Le choix d'un triptyque avec ses 170 planches est à la fois un risque et une réussite. Avec un découpage très classique Angleterre/Traversée/Île, l'auteur prend le temps d'approfondir chaque étape du roman et notamment la traversée qui est souvent le parent pauvre des versions plus courtes. C'est dans ce chapitre que Vastra développe au mieux les richesses des liens qui se tissent entre Jim et Silver ainsi que le jeu du double capitanat entre Silver et Smolet.
En mettant l'accent sur le très beau personnage de Hands, Vastra rentre dans un jeu de séduction et répulsion qui portera tout le chapitre 3.
Vastra s'en tient au récit de Stevenson à la lettre mais ses choix de dialogues et la construction de ses voix off (indispensables au début) rendent la narration très fluide et dynamique.
J'ai donc aimé la construction littéraire du récit mais j'ai adoré le graphisme. Ce qui m'a le plus marqué est le choix animal/personnage que je trouve excellent surtout pour les pirates. Car si on retrouve les classiques fauves méchants, l'originalité est de multiplier les espèces imprévues comme les autruches ou le porc-épic. Encore une fois que dire du zèbre Hands si beau et si terrifiant à la fois.
Aucun cadre n'est bâclé et même les tout petits personnages au fond de la case sont peints avec soins et précision.
Les pleines pages de tempête ou de batailles donnent une forte impression de puissance.
Une adaptation très réussie à mes yeux qui traduit bien le parfum d'aventure qui exhale du roman.
Alors là, je ne m'attendais pas à ça. Cela fait bien longtemps que je lis ici ou ailleurs que ce diptyque mérite d'être lu, mais je n'avais jamais franchi le pas, le personnage principal ne m'attirant guère...
Et bien, rendons à César ce qui appartient à César et remercions notre site marron préféré (et ses aviseurs évidemment) d'être là et d'être un guide pour nos lectures. J'ai réussi à obtenir le tome 1 dans un lot et c'est en revérifiant les critiques ici présentes que je me suis convaincu de trouver le tome 2.
Et... je me suis éclaté à lire les aventures d'Arthur, chargé des langages (???) du ministre, au sein du ministère des Affaires étrangères. Je me suis éclaté à essayer de suivre les délires du ministre. Je me suis éclaté à observer le petit microcosme qu'est un cabinet ministériel. Je me suis enfin régalé d'être ainsi plongé dans la diplomatie internationale, tout autant affaire de gros sous, de copinages que de postures. C'est passionnant. J'ai dévoré les deux tomes.
Le parti pris des auteurs de modifier les noms et de ne pas faire un documentaire est une astuce formidable. Oui, on reconnaît bien le ministre, pas de problème, mais on navigue sans cesse entre "il a vraiment agi comme ça ?", "il a réellement dit ça ?", "il était taré à ce point-là ?" et souvenirs de son passage au ministère où en effet, il avait par moment des réactions et des façons d'être particulières. On ne sait jamais si on est dans une caricature ou dans un témoignage, certes biaisé par le regard d'Abel Lanzac, qui était au cœur de ce joyeux bordel. C'est jouissif à lire. Vraiment, on ne sait jamais sur quel pied danser : on parle quand même là de la façon dont notre monde, du moins notre monde occidental mais avec des répercussions énormes sur les autres parties du monde, est régi !
On ne peut pas arriver à s'imaginer la masse de travail des membres d'un cabinet, véritable forçats au service d'un roi-ministre qui change d'avis au gré de ses lectures, de ses rencontres ou d'une simple remarque d'un ami. Le témoignage est en cela important pour comprendre notre société et notre politique que d'aucuns qualifient plus de politique de cabinet que de politique d'idées.
Le contexte est également responsable de l'immense intérêt de cette bd. On est dans les quelques mois qui ont précédé le discours, devenu historique, de Dominique de Villepin aux Nations-Unies. Nous sommes donc face à notre histoire, et encore une fois, c'est excellemment bien amené : qu'est-ce qui est vrai ? qu'est-ce qui est faux ou exagéré ? Cela nous pose donc question, en plus de nous faire marrer, le ministre étant tout de même un sacré personnage (le stabilo restera le running gag le plus marquant de cette bd, selon moi).
Bref, c'est vraiment une série à lire, c'est drôle, c'est intelligent, ça fait réfléchir. Que demander de plus ?
Déjà un grand merci à Ro d'avoir attiré mon attention sur ce joli petit album édité à l'italienne dont le titre et la couverture ont attisé ma curiosité.
Je m'attendais à une série de strips classiques (ils le sont) et un joli dessin (ils le sont) pour passer bêtement le temps (ce fut le cas) dans une ambiance bichromique dont je raffole (voire trichromique effectivement).
Je ne peux que relever l'excellente chronique de mon collègue qui reprend parfaitement le contenu de ce petit trésor en le relevant d'un point : c'est bien plus trash que prévu, bien plus caustique qu'attendu et les différents chapitres reprennent un thème qui leur est propre tout en faisant évoluer l'histoire.
Le pari est donc amplement réussi avec ce drôle de duo d'animaux. Kevin est donc le koala qui porte le slip du titre mais surtout toute la bêtise et méchanceté nécessaire pour en faire voir de toutes les couleurs à son copain Erwin, crédule et naïf.
Les thèmes sont plutôt actuels avec la rencontre en ligne de plans cul, l'argent facile par tous les moyens, l'oisiveté, le kidnapping et j'en passe.
On passe un excellent moment à rire des différentes péripéties et si certains gags sont inégaux, l'ensemble reste de très haute volée. Le format à l'italienne donne un cachet supplémentaire à l'ouvrage et on referme presque trop rapidement cette petite parenthèse qui devrait rester un one shot.
Alors oui, pour reprendre Noirdésir, je suis également client du trash à tous les étages mais c'est plutôt habilement mené ici et amplement suffisant. C'est typiquement le genre de livres qu'on aime offrir en guise de poil à gratter pour son entourage mais qu'on finit par garder pour soi égoïstement.
Annoncé par surprise lors du dernier festival d'Angoulême,en janvier 2022, sort enfin le Gaston Lagaffe signé Delaf. Je passe sous silence les aventures éditoriales et procès, dont j'avoue ne pas avoir compris grand chose, et la controverse sur la reprise par Delaf, dans mon avis, pour ne retenir que l'album à proprement dit.
Et bien, je dois dire que j'ai été assez bluffé par ces nouvelles aventures de Gaston. On retrouve évidement le style de Franquin (et pour cause ajouteraient certains...), et l'effet madeleine de Proust joue à plein dans cette reprise.
Nous retrouvons ici l'ensemble des personnages de la rédaction de Spirou : Mlle Jeanne, M.Boulier, Prunelle évidemment toujours tendu comme la ficelle d'un string, mais aussi M. de Mesmaeker, Longtarin et Ducran et Lapoigne.
J'avais le regret au fil des pages de ne pas revoir Fantasio, mais Delaf le fait apparaitre sur plusieurs pages, ce qui m'a ravi.
Certains gags sont très bien amenés, d'autres plus faibles et on peut regretter peut-être l'abondance de jeux de mots un peu forcés.
Mais je dois avouer avoir bien ri plus d'une fois en lisant cet album.
J'ai juste été surpris par les dernières planches qui forment une petite aventure de Gaston, sur une dizaine de pages, un format dont nous n'avions pas l'habitude de lire pour cette série.
N'en plaise aux gardiens du temple de Franquin et de Gaston, cette reprise est une réussite et atteint parfaitement son but, celui de divertir et de retrouver un personnage qui m' a accompagné depuis que j'achetais le journal Spirou lorsque j'avais à peine 10 ans, soit plus de 40 ans !
Par contre, n'aurait-il pas fallu faire l'impasse sur la numérotation (n°22) ? En effet, vu la pagaille dans la numérotation des éditions et rééditions des Gaston Lagaffe, je ne connais pas un lecteur qui posséderait la série dans cet ordre.
Une lecture très sympathique et agréable que celle-ci !
Sur un thème rebattu (même si toujours scandaleux), à savoir l’occupation, et la « chasse aux juifs », Yves Lavandier (dont c’est visiblement la première incursion dans la BD) a réussi à développer une histoire relativement originale, et globalement bien fichue.
Le récit est une longue traque. Une institutrice – proche des idées de la résistance – entraine une dizaine de ses élèves avec elle pour sauver un gamin juif, des miliciens nationalistes bretons voulant lui mettre la main dessus pour le livrer aux nazis (nous sommes en Bretagne, durant l'été 1944, à quelques semaines de la Libération, alors que les collaborateurs sentant que le vent tourne, deviennent encore plus ignobles et agressifs).
La force du récit est d’être crédible, d’avoir des personnages réalistes (les réactions des gamins sont naturelles et crédibles). C’est aussi de faire tourner cette histoire autour d’un personnage très fort, cette institutrice que nous voyons au début faire une leçon de morale, et qui va transformer les quelques heures durant lesquelles elle essaye d’échapper aux nazillons en « école en plein air », passant des paroles aux actes. C’est ainsi que l’on peut lire cet ouvrage comme un hommage au courage des résistants ordinaires, mais aussi aux valeurs transmises par l’école républicaine, incarnée ici par une jeune femme, en tous points remarquable, même vis-à-vis de ceux de ses élèves qui flanchent, ou qui, comme l’un d’entre eux, expriment des idées antisémites.
La narration est très fluide et dynamique, il n’y a pas de temps mort. Le seul moment où j’ai trouvé quelque chose d’un peu moins crédible, c’est lorsque notre institutrice revient sur ses pas pour récupérer les cordes dans les arbres (comment fait-elle, sans toucher le sol ????).
Si le récit est si agréable à lire, il le doit aussi au dessin de Carole Maurel, vraiment simple et agréable. Sans fioriture, mais efficace.
Un diptyque très recommandable, et quasiment tout public.
Servi par un trait réaliste et une colorisation intense, ce thriller placé dans la Colombie des narcos nous plonge dans une histoire, semble-t-il inspirée de faits réels et sombre au possible. Le scénario a certes été vu mille fois : la rédemption par la religion après être passée par la case prison.
Comment se reconstruire et se faire pardonner ses pêchés en rendant à la communauté ce qu'on lui a pris des années avant ? C'est exactement le thème de cette bd.
Salva, sorte de caïd local, bras armé des plus gros narcos de Cali (magnifique Cali, sublimée ici par des dessins laissant la place à la contemplation malgré les violences), très doué pour dézinguer les gêneurs, passe par la prison. Il s'y convertit à la religion, à tel point qu'il en devient pasteur. A sa sortie, afin d'offrir un meilleur exemple à ses enfants et à sa femme - personnage peut-être pas assez développé - il se lance dans un projet aussi louable qu'impensable : construire son église en plein milieu d'un quartier - son quartier - gangréné par les gangs et ainsi sortir les jeunes gens de la spirale infernale de la pauvreté et par conséquent de la drogue. Mais, évidemment, cela ne plaît pas. En particulier à son meilleur ami, toujours dans le game des narcos. S'ensuit alors d'immenses efforts de négociation, intérieure (le passé peut-il s'effacer ?) et extérieure (t'es bien mignon avec ton église mais on a besoin de chair à canon nous !) qui nous plonge dans l'enfer de ces États (ou quartiers) laissés aux mains des dealers. Encore une fois, le scénario a déjà été vu ailleurs, dans ce même contexte et aussi dans d'autres, mais on tourne les pages, le dessin particulièrement réussi aidant à se passionner pour cette histoire.
Le personnage principal, Salva, est plutôt bien écrit même s'il ne surprend guère. La religion OK c'est bien mignon ces histoires de tendre l'autre main mais quand on s'en prend à ses enfants, les vieux réflexes reviennent vite. De même, le destin cassé des jeunes enfants de ces quartiers qui doivent se débrouiller tout seul dans la rue puis qu'on envoie faire la guerre et qui reviennent en partie détruits par celle-ci ne semble pas très original bien que malheureusement terriblement d'actualité.
Si cette BD manque d'originalité dans le développement des personnages, il n'en reste pas moins que le contexte et l'efficacité du scénario nous happent rapidement et la fin, inévitable, nous rappelle que malheureusement, l'originalité des destins n'a pas sa place dans ce monde gangréné que vivent les habitants des barrios colombiens.
Un 4/5 un petit poil surnoté, le dessin m'amenant à cette note.
Cela fait longtemps que je ne suis pas allé au musée d'Orsay et la série de Manuele Fior est une invite à une visite avec un oeil nouveau. En effet cette série est tout sauf un catalogue d'une visite guidée du musée.
Dans un récit à la narration assez déroutante et provocatrice dans ses dialogues, l'auteur secoue son lecteur comme les peintres du musée ont secoué leur public.
La mauvaise réception des oeuvres de Monet, Morisot, Degas, Gaugin et des autres peintres aujourd'hui illustres est archi connue. Fior ne s'y attarde pas trop sauf à une anecdote lors du salon des intransigeants.
La narration est une construction complexe qui appelle à un certain recul pour en saisir l'ensemble. Cette façon de passer d'une anecdote à une autre dans l'espace et le temps rejoint l'esprit des tableaux que Fior met en avant.
C'est assez original avec une lecture rapide qui ne laisse pas le temps de se lasser.
Le graphisme fait de cadres peints est dans la logique de la narration. Les détails des tableaux alternent avec des moments fictifs peu polissés. C'est parfois assez brutal en rappel aux difficultés quotidiennes des peintres aujourd'hui adulés.
Une lecture intéressante par son originalité dans le traitement d'une thématique très connue. 3.5
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Les Cœurs insolents
3.5 La scénariste raconte son adolescence dans les années 90 où on était dans un monde d'avant Me Too où on parait moins de violences sexuelles ou de question du consentement. Il y a des passages assez glauques dont il ne faut pas avoir le cœur fragile lorsqu'on lit cette BD ! J'ai bien aimé comment la scénariste présente la France des années 90 et les anecdotes sont intéressantes même si j'avais un peu l'impression qu'elle généralisait à partir de son vécu. Je doute que tous les ados de cette période buvait, fumait et avait du sexe tout le temps. Bon il faut dire que comme je ne suis jamais allé dans des fêtes (je préférais rester chez moi glander ou lire des livres), c'est un univers inconnu pour moi alors je ne peux pas vraiment comparer mon adolescence avec ceux qui étaient plus extravertis. Il y a des réflexions intéressantes dans cet album même si je ne suis pas toujours d'accord avec les conclusions. Selon la scénariste, tous les violeurs sont des hommes donc j'imagine que toutes les histoires d'enseignante qui couche avec des élèves mineurs sont des inventions ou c'est de l'amour libre ou un truc du genre. Le livre ne tombe pas dans le piège du 'tous les hommes sont méchants et les femmes des victimes innocentes' même si plusieurs males sont montrés comme des cons. La scénariste raconte les expériences positives qu'elle a eu avec certains petits copains et dans un des passages les plus effrayant de l'album, une fille va délibérément faire en sorte que la scénariste va se faire agresser lors d'une fête d'ado. Sinon, la dessinatrice fait un bon travail et la mise en page est bien faite. Un album choc à lire si on s'intéresse au sujet.
Emkla
C'est vrai que cette histoire est un peu longue à démarrer. C'est vrai aussi qu'il y a quelque chose d'assez monotone, qu'il ne s'y passe pas grand chose finalement. C'est vrai enfin que sans vouloir spoiler, il s'agit d'une métaphore sur le passage vers l'au-delà, et qu'une fois l'action lancée, on le sent un peu venir quand même. Mais ce serait laisser de côté les qualités indéniables de cette BD magnifique d'une densité de plomb. J'énumère : D'abord il y a le dessin de Peggy Adam qui prend ici un relief et une expressivité que je ne lui prêtais pas jusqu'alors, en tout cas pas avec cette efficacité. Cette énergie, cette force incroyable qui s'incruste dans votre rétine dès le premier survol, est due en grande partie au choix de la palette de couleurs. En effet, du début à la fin, le récit est nimbé de nuances ocres, jaunes et bleues du plus bel effet. Il y a une pâte, une ambiance incroyable. La manière dont elle représente les scènes de nature sont particulièrement réussies. En particulier, je pense à la pleine page de l'incendie qui m'a littéralement scotché. Les ciels d'hiver également, les scènes de nuit, les paysages enneigés. C'est sublissime ! Ensuite, il y a ce huis clos extrêmement lourd et angoissant qui occupe une bonne partie du récit. Il s'en dégage quelque chose de terrifiant. La menace rode autour de ce fragile refuge. La faim taraude les estomacs, tabous et convictions religieuses s'effacent petit à petit pour laisser place à un état de survie. A ce niveau, cette BD est une pure réussite. L'autrice flirte avec le fantastique d'entrée de jeu. Il est là qui rode pour finalement accaparer totalement l'histoire de son empreinte macabre et funeste. Très fort ! Enfin, il y a les thèmes évoqués, tels que l'écologie, les croyances aveugles qui conduisent les Hommes dans l'impasse et l'autodestruction. Et puis la mort bien sûr, ainsi que le lien que l'humain entretien avec la nature à laquelle il est intrinsèquement lié. Tout cela est bien construit en un écheveau touffu qui trouve sa pleine cohérence au fil de l'histoire. J'ai retrouvé des ingrédients qui figuraient dans La saga de Grimr de l'ami Jérémie Moreau avec laquelle Emkla pourrait composer un formidable et légendaire diptyque. Il y a comme ça des BD qui, bien qu'affublées de quelques défauts, n'en demeurent pas moins marquantes. Emkla est de celles-là, assurément. C'est ça le charme, or le charme n'est-il pas plus important que la perfection plastique ? N'est-ce pas ce qui confère, après tout, toute sa singularité à une œuvre comme à un visage ?
Lapérouse 64
Lapérouse 64, ça sonnait a priori comme Blade Runner 2049. C'est ça qui m'a fait tilter, cette sorte d'instinct, car j'avoue que s'il avait fallu m'en tenir à la couverture assez terne (bien qu'énigmatique), je serais sans doute passé complètement à côté de cette petite pépite. Disséquons un peu le titre. Lapérouse est belle et bien une allusion à Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, plus connu sous le nom de Lapérouse, le fameux navigateur et explorateur. 64, c'est tout simplement l'année où la France affréta un navire de la Marine Nationale afin de retrouver l'épave de la Boussole, le second navire de l'expédition disparue corps et âme en 1788 aux abords de Vanikoro. Que dire de cette BD si ce n'est que, toutes proportions gardées, elle est aussi passionnante que le récit de l'expédition Lapérouse lui-même. Déjà, ça commence comme un récit d'espionnage. Ensuite, c'est mené à la manière d'une enquête policière. Il y a des pistes, des retournements, du suspens. Enfin, il s'agit d'une course contre la montre avec une Dead line aléatoire puisque les recherches doivent se terminer avant l'arrivée imminente de la saison des pluies qui risque fort de compromettre les chances de succès. Bref ! On est complètement dedans. Et puis surtout, les scénaristes établissent un parallèle filé entre l'histoire de Lapérouse et celle qui est racontée ici. Il y a notamment comme une folie qui s'empare de l'expédition partie à la recherche de la Boussole. A un moment, le lecteur se demande même si nos gars ne vont pas finir par perdre le Nord. Finalement, au milieu de cette foule testostéronée, le seul personnage qui parvient à garder la tête froide est l'unique personnage féminin : Viviane. Mais je reviendrai sur les personnages un peu plus loin. L'ambiance est bien retranscrite : on est immergé dans l'univers militaire avec sa hiérarchie, son vocabulaire, ses mythes (et le mystère de la disparition de Lapérouse en est un, un gros même), son attitude méfiante à l'égard des civils venus se joindre à leur équipée... Mais tout cela ne serait pas grand chose sans des personnages forts. Or, cette histoire en regorge. D'abord François Guérin, notre protagoniste principal. Le gars est un colosse à la musculature de demi-dieu, plongeur militaire d'élite de son état, et surtout soucieux d'accomplir sa mission avant toute autre chose. Il y a également le commandant du navire, un type rigide mais passionné par le mystère qui entoure Lapérouse et que le caractère obsessif va amener à déborder le strict cadre du protocole militaire. On trouve également Viviane Lacan, une jeune femme libérée, mère seule (on est en 64 !), journaliste acharnée et indépendante d'esprit... Enfin, le tout est servi par un dessin somptueux, en tout cas un dessin qui me plait tout particulièrement : celui de Vicenzo Bizzarri que je découvre. Le trait oscille entre un classisme de bon aloi et un aspect tout à fait moderne dans les points de vue. En outre, le choix des couleurs est pertinent. Tout cela m'évoque le travail de Matthieu Bonhomme sur Le Marquis d'Anaon, ou, dans une moindre mesure, la collaboration de Blanchard et Tanquerelle sur Le Dernier Atlas. Superbe, vif, dynamique et très juste dans les proportions et les gestuelles. Après le titre, c'est le trait qui a achevé de me convaincre de repartir avec cette BD sous le bras. Conclusion : on a quand même bien raison de suivre son instinct !
Jim Hawkins
J'ai beaucoup apprécié la lecture de l'intégrale de Jim Hawkins. Comme j'ai eu la chance de croiser Sébastien Vastra, mon exemplaire s'enrichit d'une très belle dédicace à l'image de Jim. Heureusement que je n'avais pas lu l'ouvrage avant car j'aurais eu du mal à me décider sur le personnage à dessiner sur la page de garde : Hands ? Silver ? Smollet ? voire Bones, Vastra a réussi à donner à ses personnages une si forte personnalité que beaucoup m'ont impressionné. Une énième adaptation du roman de Stevenson ? Peut-être mais c'est tout comme les plats les plus classiques ou les pièces de musique mille fois entendues, c'est dans une oeuvre connue de tous que se révèle le talent de l'interprète. Ainsi je trouve que Vastra nous propose beaucoup dans cette adaptation. Le choix d'un triptyque avec ses 170 planches est à la fois un risque et une réussite. Avec un découpage très classique Angleterre/Traversée/Île, l'auteur prend le temps d'approfondir chaque étape du roman et notamment la traversée qui est souvent le parent pauvre des versions plus courtes. C'est dans ce chapitre que Vastra développe au mieux les richesses des liens qui se tissent entre Jim et Silver ainsi que le jeu du double capitanat entre Silver et Smolet. En mettant l'accent sur le très beau personnage de Hands, Vastra rentre dans un jeu de séduction et répulsion qui portera tout le chapitre 3. Vastra s'en tient au récit de Stevenson à la lettre mais ses choix de dialogues et la construction de ses voix off (indispensables au début) rendent la narration très fluide et dynamique. J'ai donc aimé la construction littéraire du récit mais j'ai adoré le graphisme. Ce qui m'a le plus marqué est le choix animal/personnage que je trouve excellent surtout pour les pirates. Car si on retrouve les classiques fauves méchants, l'originalité est de multiplier les espèces imprévues comme les autruches ou le porc-épic. Encore une fois que dire du zèbre Hands si beau et si terrifiant à la fois. Aucun cadre n'est bâclé et même les tout petits personnages au fond de la case sont peints avec soins et précision. Les pleines pages de tempête ou de batailles donnent une forte impression de puissance. Une adaptation très réussie à mes yeux qui traduit bien le parfum d'aventure qui exhale du roman.
Quai d'Orsay
Alors là, je ne m'attendais pas à ça. Cela fait bien longtemps que je lis ici ou ailleurs que ce diptyque mérite d'être lu, mais je n'avais jamais franchi le pas, le personnage principal ne m'attirant guère... Et bien, rendons à César ce qui appartient à César et remercions notre site marron préféré (et ses aviseurs évidemment) d'être là et d'être un guide pour nos lectures. J'ai réussi à obtenir le tome 1 dans un lot et c'est en revérifiant les critiques ici présentes que je me suis convaincu de trouver le tome 2. Et... je me suis éclaté à lire les aventures d'Arthur, chargé des langages (???) du ministre, au sein du ministère des Affaires étrangères. Je me suis éclaté à essayer de suivre les délires du ministre. Je me suis éclaté à observer le petit microcosme qu'est un cabinet ministériel. Je me suis enfin régalé d'être ainsi plongé dans la diplomatie internationale, tout autant affaire de gros sous, de copinages que de postures. C'est passionnant. J'ai dévoré les deux tomes. Le parti pris des auteurs de modifier les noms et de ne pas faire un documentaire est une astuce formidable. Oui, on reconnaît bien le ministre, pas de problème, mais on navigue sans cesse entre "il a vraiment agi comme ça ?", "il a réellement dit ça ?", "il était taré à ce point-là ?" et souvenirs de son passage au ministère où en effet, il avait par moment des réactions et des façons d'être particulières. On ne sait jamais si on est dans une caricature ou dans un témoignage, certes biaisé par le regard d'Abel Lanzac, qui était au cœur de ce joyeux bordel. C'est jouissif à lire. Vraiment, on ne sait jamais sur quel pied danser : on parle quand même là de la façon dont notre monde, du moins notre monde occidental mais avec des répercussions énormes sur les autres parties du monde, est régi ! On ne peut pas arriver à s'imaginer la masse de travail des membres d'un cabinet, véritable forçats au service d'un roi-ministre qui change d'avis au gré de ses lectures, de ses rencontres ou d'une simple remarque d'un ami. Le témoignage est en cela important pour comprendre notre société et notre politique que d'aucuns qualifient plus de politique de cabinet que de politique d'idées. Le contexte est également responsable de l'immense intérêt de cette bd. On est dans les quelques mois qui ont précédé le discours, devenu historique, de Dominique de Villepin aux Nations-Unies. Nous sommes donc face à notre histoire, et encore une fois, c'est excellemment bien amené : qu'est-ce qui est vrai ? qu'est-ce qui est faux ou exagéré ? Cela nous pose donc question, en plus de nous faire marrer, le ministre étant tout de même un sacré personnage (le stabilo restera le running gag le plus marquant de cette bd, selon moi). Bref, c'est vraiment une série à lire, c'est drôle, c'est intelligent, ça fait réfléchir. Que demander de plus ?
L'Insoutenable Légèreté du slip
Déjà un grand merci à Ro d'avoir attiré mon attention sur ce joli petit album édité à l'italienne dont le titre et la couverture ont attisé ma curiosité. Je m'attendais à une série de strips classiques (ils le sont) et un joli dessin (ils le sont) pour passer bêtement le temps (ce fut le cas) dans une ambiance bichromique dont je raffole (voire trichromique effectivement). Je ne peux que relever l'excellente chronique de mon collègue qui reprend parfaitement le contenu de ce petit trésor en le relevant d'un point : c'est bien plus trash que prévu, bien plus caustique qu'attendu et les différents chapitres reprennent un thème qui leur est propre tout en faisant évoluer l'histoire. Le pari est donc amplement réussi avec ce drôle de duo d'animaux. Kevin est donc le koala qui porte le slip du titre mais surtout toute la bêtise et méchanceté nécessaire pour en faire voir de toutes les couleurs à son copain Erwin, crédule et naïf. Les thèmes sont plutôt actuels avec la rencontre en ligne de plans cul, l'argent facile par tous les moyens, l'oisiveté, le kidnapping et j'en passe. On passe un excellent moment à rire des différentes péripéties et si certains gags sont inégaux, l'ensemble reste de très haute volée. Le format à l'italienne donne un cachet supplémentaire à l'ouvrage et on referme presque trop rapidement cette petite parenthèse qui devrait rester un one shot. Alors oui, pour reprendre Noirdésir, je suis également client du trash à tous les étages mais c'est plutôt habilement mené ici et amplement suffisant. C'est typiquement le genre de livres qu'on aime offrir en guise de poil à gratter pour son entourage mais qu'on finit par garder pour soi égoïstement.
Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)
Annoncé par surprise lors du dernier festival d'Angoulême,en janvier 2022, sort enfin le Gaston Lagaffe signé Delaf. Je passe sous silence les aventures éditoriales et procès, dont j'avoue ne pas avoir compris grand chose, et la controverse sur la reprise par Delaf, dans mon avis, pour ne retenir que l'album à proprement dit. Et bien, je dois dire que j'ai été assez bluffé par ces nouvelles aventures de Gaston. On retrouve évidement le style de Franquin (et pour cause ajouteraient certains...), et l'effet madeleine de Proust joue à plein dans cette reprise. Nous retrouvons ici l'ensemble des personnages de la rédaction de Spirou : Mlle Jeanne, M.Boulier, Prunelle évidemment toujours tendu comme la ficelle d'un string, mais aussi M. de Mesmaeker, Longtarin et Ducran et Lapoigne. J'avais le regret au fil des pages de ne pas revoir Fantasio, mais Delaf le fait apparaitre sur plusieurs pages, ce qui m'a ravi. Certains gags sont très bien amenés, d'autres plus faibles et on peut regretter peut-être l'abondance de jeux de mots un peu forcés. Mais je dois avouer avoir bien ri plus d'une fois en lisant cet album. J'ai juste été surpris par les dernières planches qui forment une petite aventure de Gaston, sur une dizaine de pages, un format dont nous n'avions pas l'habitude de lire pour cette série. N'en plaise aux gardiens du temple de Franquin et de Gaston, cette reprise est une réussite et atteint parfaitement son but, celui de divertir et de retrouver un personnage qui m' a accompagné depuis que j'achetais le journal Spirou lorsque j'avais à peine 10 ans, soit plus de 40 ans ! Par contre, n'aurait-il pas fallu faire l'impasse sur la numérotation (n°22) ? En effet, vu la pagaille dans la numérotation des éditions et rééditions des Gaston Lagaffe, je ne connais pas un lecteur qui posséderait la série dans cet ordre.
L'Institutrice
Une lecture très sympathique et agréable que celle-ci ! Sur un thème rebattu (même si toujours scandaleux), à savoir l’occupation, et la « chasse aux juifs », Yves Lavandier (dont c’est visiblement la première incursion dans la BD) a réussi à développer une histoire relativement originale, et globalement bien fichue. Le récit est une longue traque. Une institutrice – proche des idées de la résistance – entraine une dizaine de ses élèves avec elle pour sauver un gamin juif, des miliciens nationalistes bretons voulant lui mettre la main dessus pour le livrer aux nazis (nous sommes en Bretagne, durant l'été 1944, à quelques semaines de la Libération, alors que les collaborateurs sentant que le vent tourne, deviennent encore plus ignobles et agressifs). La force du récit est d’être crédible, d’avoir des personnages réalistes (les réactions des gamins sont naturelles et crédibles). C’est aussi de faire tourner cette histoire autour d’un personnage très fort, cette institutrice que nous voyons au début faire une leçon de morale, et qui va transformer les quelques heures durant lesquelles elle essaye d’échapper aux nazillons en « école en plein air », passant des paroles aux actes. C’est ainsi que l’on peut lire cet ouvrage comme un hommage au courage des résistants ordinaires, mais aussi aux valeurs transmises par l’école républicaine, incarnée ici par une jeune femme, en tous points remarquable, même vis-à-vis de ceux de ses élèves qui flanchent, ou qui, comme l’un d’entre eux, expriment des idées antisémites. La narration est très fluide et dynamique, il n’y a pas de temps mort. Le seul moment où j’ai trouvé quelque chose d’un peu moins crédible, c’est lorsque notre institutrice revient sur ses pas pour récupérer les cordes dans les arbres (comment fait-elle, sans toucher le sol ????). Si le récit est si agréable à lire, il le doit aussi au dessin de Carole Maurel, vraiment simple et agréable. Sans fioriture, mais efficace. Un diptyque très recommandable, et quasiment tout public.
Padre Sicario
Servi par un trait réaliste et une colorisation intense, ce thriller placé dans la Colombie des narcos nous plonge dans une histoire, semble-t-il inspirée de faits réels et sombre au possible. Le scénario a certes été vu mille fois : la rédemption par la religion après être passée par la case prison. Comment se reconstruire et se faire pardonner ses pêchés en rendant à la communauté ce qu'on lui a pris des années avant ? C'est exactement le thème de cette bd. Salva, sorte de caïd local, bras armé des plus gros narcos de Cali (magnifique Cali, sublimée ici par des dessins laissant la place à la contemplation malgré les violences), très doué pour dézinguer les gêneurs, passe par la prison. Il s'y convertit à la religion, à tel point qu'il en devient pasteur. A sa sortie, afin d'offrir un meilleur exemple à ses enfants et à sa femme - personnage peut-être pas assez développé - il se lance dans un projet aussi louable qu'impensable : construire son église en plein milieu d'un quartier - son quartier - gangréné par les gangs et ainsi sortir les jeunes gens de la spirale infernale de la pauvreté et par conséquent de la drogue. Mais, évidemment, cela ne plaît pas. En particulier à son meilleur ami, toujours dans le game des narcos. S'ensuit alors d'immenses efforts de négociation, intérieure (le passé peut-il s'effacer ?) et extérieure (t'es bien mignon avec ton église mais on a besoin de chair à canon nous !) qui nous plonge dans l'enfer de ces États (ou quartiers) laissés aux mains des dealers. Encore une fois, le scénario a déjà été vu ailleurs, dans ce même contexte et aussi dans d'autres, mais on tourne les pages, le dessin particulièrement réussi aidant à se passionner pour cette histoire. Le personnage principal, Salva, est plutôt bien écrit même s'il ne surprend guère. La religion OK c'est bien mignon ces histoires de tendre l'autre main mais quand on s'en prend à ses enfants, les vieux réflexes reviennent vite. De même, le destin cassé des jeunes enfants de ces quartiers qui doivent se débrouiller tout seul dans la rue puis qu'on envoie faire la guerre et qui reviennent en partie détruits par celle-ci ne semble pas très original bien que malheureusement terriblement d'actualité. Si cette BD manque d'originalité dans le développement des personnages, il n'en reste pas moins que le contexte et l'efficacité du scénario nous happent rapidement et la fin, inévitable, nous rappelle que malheureusement, l'originalité des destins n'a pas sa place dans ce monde gangréné que vivent les habitants des barrios colombiens. Un 4/5 un petit poil surnoté, le dessin m'amenant à cette note.
Les Variations d'Orsay
Cela fait longtemps que je ne suis pas allé au musée d'Orsay et la série de Manuele Fior est une invite à une visite avec un oeil nouveau. En effet cette série est tout sauf un catalogue d'une visite guidée du musée. Dans un récit à la narration assez déroutante et provocatrice dans ses dialogues, l'auteur secoue son lecteur comme les peintres du musée ont secoué leur public. La mauvaise réception des oeuvres de Monet, Morisot, Degas, Gaugin et des autres peintres aujourd'hui illustres est archi connue. Fior ne s'y attarde pas trop sauf à une anecdote lors du salon des intransigeants. La narration est une construction complexe qui appelle à un certain recul pour en saisir l'ensemble. Cette façon de passer d'une anecdote à une autre dans l'espace et le temps rejoint l'esprit des tableaux que Fior met en avant. C'est assez original avec une lecture rapide qui ne laisse pas le temps de se lasser. Le graphisme fait de cadres peints est dans la logique de la narration. Les détails des tableaux alternent avec des moments fictifs peu polissés. C'est parfois assez brutal en rappel aux difficultés quotidiennes des peintres aujourd'hui adulés. Une lecture intéressante par son originalité dans le traitement d'une thématique très connue. 3.5