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Couverture de la série Allan Mac Bride
Allan Mac Bride

J'ai bien apprécié la lecture du premier cycle des aventures de cet archéologue aventurier malgré lui (tomes 1 à4). Pourtant Jean Yves Brouard et Patrick Dumas proposent un récit qui renvoie au plus pur classicisme des BD jeunesses de Tintin, Jacobs ou Lefranc. Vu mon peu de goût pour B&M ou Alix j'aurais pu, me détourner assez vite de cette série mais je suis tombé sous le charme désuet du travail des deux auteurs. Ma première remarque est le très bon travail de Brouard pour nous fournir un scénario très élaboré sur les quatre épisodes du cycle. Il y a une grande cohérence entre le comportement d'Allan et sa profession ce qui permet de nous ouvrir à plusieurs civilisations anciennes (Egypte, Hopis du Nouveau Mexique ou peuples du Pacifique). L'auteur présente un héros qui ne s'impose pas poursuivant son chemin dans l'intrigue principale dans le respect des cultures rencontrées. Chaque épisode confronte Allan avec des adversaires redoutables et des situations périlleuses dans de nombreux naufrages. Brouard se tourne alors (comme un clin d'oeil) vers le lecteur pour sortir son héros d'une issue fatale par une aide "miraculeuse" du scénariste. Cela donne un petit côté décalé que j'ai lu comme une petite moquerie d'autodérision sur la résolution de ce type de situations. Pour le reste le scénario est bien cohérent, s'appuyant sur un texte très élaboré et précis dans les domaines de l'archéologie ou de la navigation. Malgré ce bon niveau de lecture, la narration n'est jamais lourde et reste fluide pour des lecteurs assez jeunes. Le graphisme est un modèle de ligne claire très classique avec la mise en couleur qui lui correspond. J'y ai retrouvé un dynamisme à la Hergé qui rend la lecture agréable. Je veux souligner le grand soin apporté aux décors et aux paysages notamment dans le tome 4 qui dévoile le sens du parcours d'Allan dans une direction fantastique où l'irrationnel s'invite d'une façon assez imprévisible pour un dénouement subtil. Une bonne lecture récréative pour un large public.

13/01/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Liberty (Voloj)
Liberty (Voloj)

On a tellement l'habitude de la voir, dans des films, des séries, des reportages, aux infos, qu'on oublie l'histoire incroyable de la Statue de la Liberté. On a même oublié jusqu'à ce qu'elle symbolisait, au départ, à savoir l'amitié entre les Etats-Unis et la France. Et on a aussi oublié qu'elle était le rêve de deux hommes, dont un, à savoir Frédéric-Auguste Bartholdi, sculpteur, qui a emboîté le pas de Édouard René Lefebvre de Laboulaye, juriste et homme politique français, pour honorer au départ la mémoire de la veuve d'Abraham Lincoln. Bartholdi, déjà un artiste chevronné, a entre autre réalisé un voyage de plusieurs mois de l'autre côté de l'Atlantique pour bien saisir l'âme de cette nation presque naissante. Cette nation dont le symbole est (fut ?) la liberté, l'accueil... Celle qui fut appelée La Liberté éclairant le monde devait donc sceller l'amitié entre les deux pays, en souvenir entre autres de l'action de La Fayette et d'autres hommes français illustres qui ont apporté leur soutien au Nouveau Monde. Bartholdi s'est emparé de ce rêve et l'a fait sien, pendant une quinzaine d'années Des prémices en 1871 à l'inauguration finale en octobre 1886, le chemin fut semé d'embûches, le projet pharaonique ayant nécessité des levées de fonds, des collectes populaires (surtout en France), des décès prématurés d'acteurs clés (dont Laboulaye). Mais envers et contre tout Bartholdi tint la barre, et put voir le rêve de toute une vie regarder fièrement l'océan sur la petite île de Bedloe (plus tard rebaptisée Liberty Island) du haut de ses 46 mètres. Julian Voloj, scénariste allemand, conduit de main de maître cette histoire passionnante, qui remet cette histoire dans son contexte. C'est une véritable élégie à Bartholdi (dont le nom complet est écrit à la moindre occasion), appuyant sur sa ténacité et ses valeurs humanistes. Il est aidé au niveau graphique par son compatriote Jörg Hartmann, dont le style rappelle fortement le travail de Jean-Yves Delitte. Curieusement ses personnages en gros plan pont toujours des nez rouges, ce qui provoque une réaction d'étonnement. Ceci mis de côté, c'est du bon boulot, surtout quand le scénario lui permet de faire des pleines pages et des doubles pleines pages. Très intéressant.

13/01/2024 (modifier)
Par Tièri
Note: 4/5
Couverture de la série Les Innocents coupables
Les Innocents coupables

Bonjour, Que dire sans se laisser aller à un fleuve d'émotions... D'avoir connu ce genre d'établissements de 1970 à 1980 ? D'abord le narratif de cette BD en 3 tomes est calé sur la même trame que le diptyque Le Bagne de la honte ; autre histoire vraie, sauf pour la partie de la romance avec la jeune fille, que l'on retrouve aussi ici dans cette série. Seul poncif à mon humble avis. Le trait est un peu moins fin, non sur l'épaisseur du trait de dessin, mais du descriptif des personnages, que sur Le Bagne de la honte, mais assez bizarrement cela n'enlève en rien le côté ni descriptif des personnages ni de l'action. Probablement que le coloriage plus pastel correspond bien et se fond à l'action ainsi qu'aux personnages, en étant habillé de moins de minutie, de moins clinquant ; de plus de sobriété. Et ne rend pas le même effet... Probablement aussi parce que ce trio en série ne s'appuie pas ainsi que Le Bagne de la honte sur des enfants ayant existé et sur des faits bien précis. Ainsi cela permet de bien comprendre les usages, parfois en-dessous, de la réalité et du vécu réel. Historiquement des personnages historiques comme Chamberlain dit Laffond le futur gestapiste qui a été interné enfant pour vol de pain aura purgé 12 jours au mitard sous les chiottes à Eysses. Abel Danos aussi passé par Aniane et Eysses sera gestapiste avec Chamberlain tout en ayant aussi sauvé des juifs. Sont aussi passés par Aniane Monsieur "non-lieu" Jo Attia, Boucheseiche, Ruard, ou Pierre Loutrel "Pierrot le fou 1" qui aura été enfant passé par Aniane et Mettray puis adulte tour à tour gestapiste puis engagé "par la résistance de Toulouse afin d'être l'exécuteur-tueur des condamnations d'allemands ou de collabos entre fin 1943 à 1945. Pratiquement tous ces gars ont ensuite à la majorité été envoyés aux "Bat d'Af/ Bataillons d'Afrique"... Après guerre tous feront partie de ce que la presse aura nommé "Le gang des tractions". Danos, Boucheseiche, Attia, auront travaillé pour le "SDECE-3", dit les services secrets des affaires secrètes : enlèvements, meurtres, intimidations, attentats dits faits par la main rouge. C'est le seul reproche me semble-t-il que l'on peut faire à cette série ; elle ne s'appuie pas assez sur des faits historiques, mais décrit ce qui se passait historiquement comme modus operandi dans ce genre d'établissement. Reste que la série est réaliste, parfois en-dessous de la vérité... Mais chaque établissement avait ses propres règles, usages, mitard ou pas, etc... La lecture reste prenante, facile, docile, ainsi les glabres traits du dessin et sobres couleurs un peu pastels. C'est une série à lire... Puis lisez Le Bagne de la honte. Et même si cette série ne s’inscrit pas dans un calque historique, il n'en reste pas moins qu'elle est à ranger dans une trame historique descriptive. Voilà, je la recommande chaudement. Elle n'est pas culte ainsi que "Blueberry" ou "Astérix" et autres séries, ainsi je n'ai pas mis 5 étoiles pour respecter la formule notificative mise en place mais le mériterait de par sa veine. Seule ombre au tableau est la romance avec la jeune fille, que l'on retrouve dans Le Bagne de la honte, et qui ne mériterait pas d'être là ; mais comment ne pas faire Hollywoodien afin de faire passer la pilule plutôt amère des fonctionnements, et non des dysfonctionnements, en usage dans ces établissements du pays des droits de l'homme. En tout cas elle devrait amener à réflexion sur ce qu'est, et devrait être l'éducation ; et ne serait-ce que pour cela, si vous n'aimez pas cela devrait faire cogiter... Cordialement, Tièri Note : lisez un témoignage plus détaillé de Tièri sur le forum.

13/01/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Légendes des Contrées Oubliées
Légendes des Contrées Oubliées

Plusieurs années après avoir acquis les premiers volumes, j'ai enfin pu finir la trilogie que j'avais découvert en intégrale mais que j'ai racheté en grand format pour lire l'ensemble sans avoir besoin d'une loupe grossissante. Et à ma relecture, eh bien je continue de me dire que c'est franchement très bien ! Si j'étais très enthousiaste à ma première lecture, c'était aussi par manque de comparaison dans le domaine de la BD. Habitué alors à la fantasy en livre, j'avais trouvé cette histoire surprenante et novatrice, surtout au regard de son année de sortie. Mélangeant plusieurs styles, l'histoire s'étale comme une grande partie de jeu de rôle dans lequel trois protagonistes très typés (géant barbare, nain guerrier malin et voleur halfelin) sont en quête d'un roi qu'ils ne trouveront pas. Cette trame clichée est vite mise à mal dans le premier volume par une séparation du groupe que l'on suivait et par la révélation du domaine d'Ewandor. L'histoire vire alors dans le deuxième tome, où les protagonistes enchainent les péripéties tandis que l'univers prend progressivement de la densité devant nos yeux. Et le tome trois vient conclure tout ceci en montrant que la véritable histoire ne se jouait pas là où on pouvait la penser. Encore aujourd'hui, je trouve que ce scénario marche très bien. Une progression dramatique intense, un sentiment de vacuité des simples protagonistes confrontés à des puissances, une fin en demi-teinte qui vient conclure cette série par un final en apothéose, c'est parfaitement bien mené. Le gros souci, et je ne suis pas le seul à le relever, c'est ce dessin daté qui pique les yeux. Notamment par la colorisation et des cases souvent trop chargées qui nécessitent de bien s'attarder dessus pour tout comprendre. Je pense que c'est un dessin qui accuse son âge, et il est presque certain que si la BD sortait aujourd'hui, il serait bien différent. Maintenant, je ne le trouve pas moche non plus. Juste parfois trop obscur pour une compréhension parfaite du récit et servi par une colorisation pas toujours à propos. "Légendes des Contrées Oubliées" est un bon exemple de vieille trilogie de fantasy encore efficace de nos jours. Le scénario me plait toujours autant et je me suis surpris à relire avec plaisir l'intégralité des trois tomes alors même que je me rappelais très bien de l'histoire. Une BD qui me semble avoir traversé les outrages du temps.

05/12/2011 (MAJ le 12/01/2024) (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Jeu de Pourpre
Le Jeu de Pourpre

Ca fait maintenant quinze ans que cette série est sur ma liste d'achat, et j'ai enfin sauté le pas cette année ! Quinze ans qu'un pote sur un forum me l'avait conseillé et que je peux désormais lui dire merci : merci Trapitou ! Je connais un peu Makyo avec lequel j'ai pu échanger d'ailleurs lors d'un festival à Illzach, et j'ai modérément apprécié ses œuvres même si je reconnais qu'il a quelques tics qui se reconnaissent et ne me déplaisent pas forcément. Et "Le jeu de Pourpre", c'est le genre de série qui me plait bien par le ton qui s'en dégage. Makyo tient à faire une fresque épique et dramatique, ça se sent, mais je trouve que l'ensemble se tient sans virer au ridicule. L'histoire prend place dans l'Himalaya et le décor est chouette, c'est dépaysant. L'intrigue ressort quelques poncifs usés du genre, notamment sur la question des classes sociales, mais je trouve que l'idée globale se maintient. Je n'aime pas le message sur le retour d'une religion comme stabilisateur sociétale, mais bon, on est dans un monde où une forme de magie existe alors j'accepte. C'est un cheminement classique qui est développé, mais qui marche. Deux personnes opposées qui se trouvent à travailler ensemble suite à des visions oniriques, qui finissent par s'apprécier et renverser le pouvoir en place. La surprise de la mécanique n'est pas follement originale mais j'ai trouvé que l'ensemble se tenait. C'est agréable à lire et j'aime me laisser entrainer de temps en temps par un récit de ce genre. Le dessin a des faux airs de Cosey mélangé à du Derib, avec une envie de faire du grandiose dans les décors et environnements. C'est étrange qu'une structure aussi grande puisse se dissimuler dans un château mais bon, on va dire que ça a été oublié depuis le temps ! Pour ma part, je reste sur un 4* bien mérité : plaisant à lire, pas inoubliable mais qui sait faire son travail efficacement. Je recommande la lecture bien distrayante.

12/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Jardin des fées
Le Jardin des fées

J'ai été très séduit par ce diptyque qui nous berce de merveilleux. C'est une lecture sans niaiserie qui convient à un large public même si il y a une ambiance féminine assez marquée. Si la qualité graphique saute immédiatement aux yeux le scénario d'Audrey Alwett ne démérite pas, loin de là. Je ne connais pas les références énoncées par Ro et j'ai lu le récit comme il venait. J'ai trouvé cela original et très bien construit. Tout au long du récit, il y a une grande part de mystère qui s'éclaircit au fur et à mesure de la progression de Lucie dans ce monde hostile. La prouesse des autrices est de nous faire vivre et voir deux mondes qui coexistent au même endroit et en même temps. Le jardin fleuri vu par Lucie et ce même jardin maudit dans lequel son oncle, sa tante et son cousin Achille vivent prisonniers d'une malédiction. Le personnage de Lucie est particulièrement bien travaillé. Battue, sous-alimentée, quasi illettrée, missionnée par sa mère pour quelque chose qu'elle ne connaît pas, elle cumule des handicaps pour s'imposer dans ce monde hostile. Pourtant Lucie est immédiatement une héroïne sympathique dont la vulnérabilité est très touchante. Le récit est entrecoupé par des pages complètes du livre du père de sa tante ce qui fournit un cadre chronologique et dramatique à l'histoire. La narration reste fluide mais l'ouvrage s'adresse à des lecteurs-trices d'un bon niveau CM pour le moins. Enfin il y a beaucoup de dessins de fleurs dans le style d'un herbier comme une invite aux enfants à découvrir ce monde floral. Le graphisme de Nora Moretti est vraiment très plaisant. J'ai eu l'impression de retrouver une similitude avec le style de Silvio Camboni dans l'exubérance et les détails des paysages. Si les visages sont assez lisses et classiques d'un dessin moderne proche de l'animation, les gestuelles sont très dynamiques et l'expressivité suffisante pour donner vie au récit. Il faut noter le soin apporté aux costumes et à la diversité du petit peuple des fées. La mise en couleur est très riche et apporte des éclairages qui sonnent juste avec l'ambiance de la scène. Enfin il y a une vraie réflexion sur "être" et "avoir" au travers les différents rebondissements de l'aventure. La fin du tome 2 est une ouverture intéressante sur le personnage d'Achille. Une très bonne lecture pour tous. J'espère une suite. Une petite mise à jour après la sortie du T3. C'est toujours aussi bon voire en progression. La scénariste joue à merveille sur la faiblesse de Lucie ( l'illettrisme)pour la rendre vulnérable dans sa responsabilité de bergère. Le scénario rebondit dans une direction imprévue avec l'adjonction de nouveaux personnages qui enrichissent le récit. C'est très dynamique et le graphisme reste d'un très bon niveau en passant la campagne normande à Paris. Une très belle lecture à partir de 8-10 ans.

12/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Memet
Memet

Memet est une charmante petite lecture cataloguée Jeunesse. En fait je trouve que la poésie nostalgique qui traverse le récit peut avoir plusieurs niveaux de lecture. Un enfant y trouvera le récit d'une rencontre faite aux dernières vacances tandis que l'adulte que je suis se laissera plus toucher par les notions de solitudes ou de blessures intimes de l'enfance. Celles qui ne guérissent jamais vraiment. Le graphisme est de l'école minimaliste mais Noémie Marsily n'a besoin que de deux ou trois traits pour créer une ambiance faite de tendresse et de poésie. La mise en couleur façon crayons de couleur est subtilement travaillée pour plaire à un large public. Une lecture bien touchante pour tous.

12/01/2024 (modifier)
Par ethanos
Note: 4/5
Couverture de la série Golden West
Golden West

Mon premier contact avec le dessin de Christian Rossi s'est fait en feuilletant les pages du diptyque La Gloire d'Héra, et je n'avais pas du tout accroché au dessin sur l'instant. Ma surprise avait donc été totale, quelques temps plus tard, en lisant le petit one shot Deadline, fait avec Laurent Bollée, j'avais été véritablement émerveillé par la beauté qui se dégageait des planches. Il en va franchement de même ici pour ce Golden West, qui est vraiment magnifique sur un plan graphique, et rappelle d'ailleurs souvent le Deadline auquel je faisais allusion. Surtout, au delà de l'habilité technique de l'auteur, de son talent pur de dessinateur, il parvient, grâce à son dessin, à créer une véritable ambiance, qui colle parfaitement au sujet. Les teintes ocres, marrons, entraînent le lecteur en plein territoire apache avec douceur, et un vrai parfum de nostalgie. A cela vient s'ajouter un rythme assez lent qui donne à l'ensemble un côté élégiaque, entre mélancolie et beauté d'un passé aujourd'hui disparu. Autre point fort de ce voyage de près de 170 pages à la découverte des cultures apaches, la qualité et l'importance des recherches faites par l'auteur, qui lui permettent de de nous proposer une sorte d'ethnographie visuelle, il nous prend par la main pour nous faire découvrir les us, les coutumes, et les croyances des différentes tribus qui peuplent son travail. Et c'est avec beaucoup de plaisir que l'on se laisse emporter, qu'on le suit dans ce monde, dans une ambiance qui, selon moi, prime largement in fine sur le récit lui-même. Ce dernier n'est pas désagréable (même si certaines ruptures dans la chronologie des évènements peuvent surprendre), mais c'est surtout ce 'bain culturel' que j'évoquais à l'instant qui importe, et qui donne à ce Golden West, sa vraie valeur. Autre point à signaler, Rossi a su éviter le piège qui consiste à enfermer les amérindiens dans le rôle d'une espèce de 'bon sauvage' exclusivement mû par de bons sentiments et une proximité avec la nature. Ce qui en soi constitue une sorte de double insulte. Ce n'est pas parce qu'un peuple a malheureusement été victime d'un génocide (ou d'un ethnocide, si l'on croit l'ONU.... distinction subtile, dont le but réel m'échappe....?) que tous ses représentants étaient forcément des hommes de bien, animés des meilleures intentions, etc, etc. Le poids du drame vécu par les amérindiens est tel que certains auteurs ont parfois tendance à les essentialiser de manière lourdingue, pénible, et simpliste, ce qui, je trouve est de facto une façon de les réduire à une caricature. Pas de ça ici ! Au contraire, Rossi, ne cache rien des croyances, ou des actions, que l'on pourrait juger ridicules, ou moralement inacceptables. Les populations indiennes nous sont présentées telles qu'en elles-mêmes, (du moins ce que l'on en sait), et je trouve que ça mérite d'être souligné. On évite le bon sentiment facile, et c'est tant mieux. Au final, cet album a peut-être eu la malchance d'être parfois mis en compétition, en concurrence avec le Hoka Hey ! de Neyef, sorti quelques temps avant, et qui avait fait un tabac, même si les deux n'ont pas forcément grand chose à voir l'un avec l'autre (sans parler de toutes les sorties 'western' de ces dernières années). Et puis s'il fallait absolument les opposer, ou les comparer, je ne serais pas très loin de penser que le voyage est plus abouti, que l'immersion est encore plus totale dans ce Golden West, malgré un scénario assez classique, et peut-être un poil faiblard. Bref, je m'arrête là, mais, vous l'aurez compris, si vous avez quelques doutes, et hésitez à vous procurer ce bel album, franchement, nouez votre plus beau bandeau dans vos cheveux, faites remonter en surface vos vieux rêves de gosse, et plongez avec délice dans cet univers graphique et culturel. Le voyage en vaut vraiment la peine !

11/01/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Léonarde
Léonarde

Vaguement inspirée de la légende Vosgienne du Houéran, Léonarde est avant tout une série de fantasy légère mettant en scène un royaume où trois peuples, humains, loups et renards anthropomorphes, sont en conflit, et où la principale difficulté est qu'aucun ne comprend le langage des autres. Côté humain, la jeune Léonarde, amie de la princesse et pleine de caractère, est bien décidée à remédier à cela en utilisant un parchemin magique qu'elle a trouvé et qui doit la transformer en renarde, ce qui lui permettrait de comprendre enfin les bêtes et de négocier la paix avec eux. Sauf que la situation réelle des trois peuples est plus complexe qu'elle ne l'imaginait... C'est une série rythmée et divertissante. Si la thématique de fond est le conflit entre peuples, le ton sait rester léger notamment grâce au caractère des personnages principaux, à commencer par la jeune Léonarde qui est prompte à l'émotion et pleine de vivacité. Son compagnon renard est tout aussi attachant, de même que la princesse humaine et ses deux frères avec qui elle s'embrouille volontiers. Mention aussi au chef des loups qui assure une belle présence tant physique qu'intellectuelle. Si l'on excepte des décors un peu vides, le graphisme est tout à fait plaisant. La représentation des humains et leurs visages aux grands yeux rappelle un peu le style de Simon Léturgie, tandis que les animaux anthropomorphes y ont des faciès plus proches de l'école Disney, expressif et réussis... d'autant plus quand ils sont utilisés dans des scènes d'action et d'humour qui fonctionnent très bien. L'aventure laisse en effet souvent la part belle à l'humour et la BD se lit avec le sourire. J'ai aimé l'absence de manichéisme de cette histoire même si par extension on peut lui reprocher une fin un peu facile. Mais il n'en fallait pas plus pour clore un album de 80 pages dense, amusant et entrainant, formant une histoire complète qui tient bien la route sans être trop complexe. On imaginerait volontiers d'autres tomes du même acabit pour donner suite aux aventures de Léonarde.

10/01/2024 (modifier)
Couverture de la série La Dernière Ombre
La Dernière Ombre

Un bon diptyque en plus d’être une heureuse surprise, ma lecture fut bien agréable. Je me méfie toujours avec les scenarii de Filippi, j’ai tendance à y accrocher que moyennement. Mais là rien à dire, j’étais dedans de a à z. J’ai aimé l’ambiance fantastique qu’il s’en dégage avec cette dernière ombre. L’intrigue prend place dans un manoir Russe durant la première guerre mondiale en présence de plusieurs parties : les nobles qui y habitent, des enfants recueillis et bien sûr les armées russes et allemandes cherchant à tour de rôle un endroit où se poser. Le ton insufflé est assez remarquable, on ressent bien la dureté et le drame de la guerre mais c’est contrebalancé par la vision des enfants, j’ai particulièrement apprécié la façon dont ils racontent respectivement chacun leurs histoires. Les personnages sont tous bien campés et l’approche graphique m’a vraiment plu. C’est sans fausses notes, fluide, détaillé … bref parfaitement orchestré. Bravo au dessinateur, Gaspard Yvan, habituellement coloriste de Camboni, il a bien fait de changer de casquette, il assure seul un super boulot. 3,5

10/01/2024 (modifier)