Vers l'an 1100, après une longue période de paix et de prospérité la population a plus que doublé au royaume de France. Les Pierre, Paul ou Jacques sont si nombreux que les autorités demandent d'y adjoindre un patronyme.
À partir de cette base historique Annaïg Plassard et Mélanie Allag nous concoctent un gentil récit sur ce thème original de la naissance du nom propre. Sous forme d'un conte animalier anthropomorphe le jeune Frédouille, souffre-douleur du village, va affronter un moment historique qui doit marquer sa famille pour des siècles.
Le récit est joliment construit autour de ce thème original qui semble aller de soi, aujourd’hui, mais qui est pourtant si fondamental. Le nom que l'on se transmet de génération en génération peut être marqueur social ou historique porteur de honte ou de gloire.
Les auteures destinent leur récit à un jeune lectorat mais un adulte peut y trouver beaucoup de plaisir. Le graphisme est attrayant avec une superbe mise en couleur bien chatoyante. Les décors et les expressions sont bien travaillées pour fournir une ambiance moyenâgeuse apaisée.
L'objectif de faire réfléchir à son identité passée ou présente me semble atteint avec brio.
Il faut souligner l'adjonction d'un dossier piloter par le généalogiste Jean-Louis Beaucarnot qui donne un bel éclairage historique sur la fiction des auteures. Ce dossier de sept pages est extrêmement bien réalisé. Il est d'une lecture simple et attrayante rempli d'anecdotes riches en informations sur la langue et les coutumes.
Cette partie est à partager avec son enfant si celui-ci est encore trop jeune. Vous y découvrirez si votre nom est rare ou commun et cela ouvrira peut-être des vocations pour la généalogie.
Une lecture très plaisante pour une belle et intelligente réussite.
J'ai beaucoup aimé cette série de Matz qui fait devoir de mémoire sur une partie sombre de l'histoire argentine. Le vol de bébés par des systèmes politiques criminels ou malveillants n'est pas le propre de l'Argentine. Mais à ma connaissance l'Argentine est l'un des rares pays à l'avoir rendu public tout en essayant de rendre une certaine justice aux enfants victimes.
Comme le souligne Ro on devine très vite où les auteurs veulent nous conduire et il n'y a pas grande surprise à l'annonce des résultats ADN. C'est la seconde partie de l'histoire que j'ai le plus apprécié. Il s'agit alors de reconstruction autour d'un champ de ruines psychologiques. Les auteurs proposent plusieurs voies qui balaient un large spectre du plus souriant au plus dramatique.
Le final très dramatique donne de la cohérence à la psychologie des personnages en soulignant que la vérité aussi difficile soit elle est préférable au vide qui empêche le deuil et le nouveau départ. Une fine analyse des auteurs qui rend l'ensemble du récit très touchant.
Je fais une remarque sur la place du foot dans le récit. Ces familles de moyenne bourgeoisie sont toutes supportrice de River Plate dont l'origine du nom est évidemment le rio de Plata. Cela souligne le tragique et l'absurdité de la situation comme le fut la coupe du monde 78 où le général Videla exultait à la face du monde après la victoire de son équipe.
Le graphisme est très séduisant avec une belle ambiance d'un Buenos Aires moderne et bourgeois.
Une lecture touchante pour une série bien construite autour d'une thématique difficile traitée avec beaucoup de doigté.
J'ai beaucoup apprécié ce Comics de Scott Magoon qui travaille sur l'extinction des espèces et le réchauffement climatique. Bien que la série soit destinée à la jeunesse la lecture est exigeante voire scientifique par moment. En effet l'auteur insère des encarts encyclopédiques accessibles qui donnent à la lecture un fort niveau d'information.
Cela ouvre donc le récit à un public très large car j'ai appris beaucoup de choses sur un sujet qui m'est cher (les licornes existaient !!!). C'est un peu scolaire et didactique mais moi j'aime que mes enfants ne soient pas pris pour des consommateurs décérébrés. Toutefois le scénario évite le piège de faire trop intello versé paléontologie avec des récits d'aventure aux multiples rebondissements. Le mixte animalier/humain passe très bien et le choix des espèces pour former l'équipe du GRRRR est excellent.
J'ai un faible pour la grenouille Quito et le Mammouth Lug mais tous les personnages sont attachants. Intelligemment l'auteur élargit son horizon à la terre entière pour bien montrer que le dérèglement climatique est l'affaire de tous. J'ai particulièrement aimé l'idée de situer le tome 1 en pleine Sibérie avec l'effet important du réchauffement sur le permafrost. Le tome 2 renvoie aux méga incendies qui ravagent divers pays depuis quelques années.
Le rythme du récit est soutenu par un graphisme très moderne. Cela manque un peu de rondeur à mon goût mais on retrouve un peu une ambiance de super héros (de la nature) qui colle très bien à l'esprit de la série.
Enfin la Bd est complétée par un dossier du GRRRR composé d'un guide sur les animaux et concepts utilisés, d'un glossaire et de conseils pour être actif au niveau de chacun.
Une belle lecture intelligente qui apporte sa pierre à l'importance du défi qui se joue.
Un album vite lu, qui ne renouvèle sans doute rien, mais qui est agréable et intéressant à lire néanmoins.
Comme le précise Maximilien Le Roy dans son avant-propos, un « chemin de traverse » est une sorte de raccourci et ici, il s’agit bien de montrer les liens qui peuvent être maintenu, malgré tout, entre Israéliens et Palestiniens.
Le premier récit suit la destiné d’un Palestinien et de sa famille, en but aux humiliations, exactions, violences et meurtres de la part de l’armée israélienne, le second nous fait découvrir un militant israélien refusant la ségrégation et les violences envers les Palestiniens.
Outre la mise à nu des violences de l’occupant (envers les Palestiniens, mais aussi contre les Israéliens qui les soutiennent), l’intérêt de cet album réside essentiellement dans son message prônant le dialogue pour se connaitre et moins se haïr.
J’écris cet avis au moment où les crimes commis à Gaza et en Cisjordanie rendent sans doute difficilement audible ce type de message (comme les violences du Hamas il y a quelques mois). Mais c’est pourtant la seule voie (et une des rares voix hélas) qui peut permettre de « sortir » de cet enfer, pour que chacun, qu’il soit Israélien ou Palestinien, puisse vivre « normalement.
Note réelle 3,5/5.
Sans doute un chouia romancé, pour trouver des personnages incarnant l’enfer vécu par les populations de la région, on a en tout cas là un documentaire très complet, édifiant, et extrêmement dur, parfois asphyxiant, tant les violences (psychologiques, verbales et physiques) s’enchainent. Comme le jeune homme que nous suivons, on peine à reprendre son souffle. Voir en particulier lorsqu’il parvient à fuir la Birmanie, et qu’en fait il ne fait que franchir un des cercles de l’enfer ! Certains passages m’ont fait penser au film « La déchirure ».
Le dessin, moderne, est efficace et très raccord (colorisation comprise) avec le récit et le ton dominant. C’est sombre, le rouge sang imprègne de nombreuses cases.
Certains passages « calmes », comme lorsque apparaissent d’insouciants touristes, font aussi mal. La complaisance des occidentaux (et de leurs compagnies pétrolières – merci Total !!!!) explique en grande partie le maintien en Birmanie d’une dictature imposant à son peuple (et en particulier aux minorités) des souffrances abjectes et une terreur permanente.
Une lecture triste, mais recommandable. Ça ne vous remontera pas le moral, mais les œillères sont mauvaises pour la santé du monde.
"Hoka Hey !" mérite les éloges qui se lisent ici ou là.
Ce récit d'initiation sur fond de vengeance a su me séduire, malgré mon faible attrait pour le western en BD : des thématiques fortes véritablement traitées (le racisme, la vengeance, l'identité...), d'autres esquissées pour relancer l'intrigue (la condition des femmes, le sens de la vie, la liberté...), une dramaturgie habile qui sait ménager ses effets, accélérer ou ralentir selon les moments, construire des intrigues secondaires pour densifier ses personnages et thématiques.
Le tout en s'appuyant sur des illustrations à même de donner du corps et un paysage à ce récit, sans néanmoins parvenir à la belle personnalisation de celui-ci (comme a su le faire un John Ford par exemple).
C'est beau, c'est dense, c'est fort !
Une BD comme on aimerait en lire plus souvent.
J'ai bien apprécié cette histoire légère et fraiche autour de l'identité de la jeune Eloïse. Je trouve que le trait de Pénélope Bagieu colle parfaitement au personnage très parisienne moderne de la jeune femme.
Son dessin est fluide et dynamique et donne une impression de gaité printanière qui m'a beaucoup séduit. Le scénario va dans le même sens. Boulet démarre par du mystère qui nous oriente vers une sorte d'enquête policière (à la XIII) pour bifurquer vers un récit intimiste plus humoristique et léger.
Le rythme bien soutenu s'essouffle un peu pour une conclusion quasi philosophique qui nous renvoie à notre propre construction personnelle.
Une bonne lecture plaisante et divertissante sans se prendre la tête. 3.5
Je reste un peu sur ma faim avec cette série très originale. J'ai beaucoup apprécié les deux premiers tomes. Je trouve cette uchronie qui renvoie à la guerre d'Algérie très bien construite. Velhmann et de Bonneval trouvent un excellent équilibre entre polar, fantastique et historique dans un récit très fouillé et construit comme un puzzle dynamique d'une grande précision.
Les personnages présentent des personnalités aux multiples facettes ce qui les rend intrigants et souvent attachants. Un casting multi ethnique (France/Algérie/Inde) rend le récit très moderne et crédible.
J'ai avalé les deux premiers tomes avec une grande facilité tellement j'ai trouvé la construction du récit bien faite. Malheureusement j'ai trouvé le tome 3 moins intéressant. Cette longue cavale de la journaliste et de sa fille sert d'épine dorsale à un récit qui s'éparpille trop à mon goût.
Les histoires partent un peu dans tous les sens avec beaucoup de clichés assez convenus dans le domaine politique, social ou de l'image de la police. Même le personnage de Tayeb m'a moins touché avec cette quête du père improbable et ces histoires de cœur qui ramollissent le récit du départ.
Le final ne m'a pas convaincu ni dans l'explication "scientifique" de l'UMO ni dans le happy end un peu guimauve et convenue de "l'équipe Tayeb"
Le graphisme porte très bien le récit avec un dessin semi réaliste très expressif quelquefois proche de la caricature dans les scènes très intenses dramatiquement.
Malgré ma réserve sur le tome 3, j'ai trouvé cette lecture originale et intéressante.
Vous souvenez-vous de vos rêves d'enfant ?
L'anamnèse est dérivée du grec ancien anamnêsis, qui signifie littéralement < action de rappeler à la mémoire >. Le terme désigne le processus qui permet au soignant de reconstituer I'historique médical du patient à l'aide de ses souvenirs et parfois, de ceux de son entourage.
Nico est le personnage central de l'histoire, c'est un jeune garçon malade, mais c'est Goreck, son meilleur ami, avec son allure de monstre rouge, qui tient le premier rôle.
Un récit qui mélange rêves, souvenirs et réalité, qui parle d'amitié, la vraie, celle sur laquelle tu peux compter à tout moment.
Un récit sur les méandres de la mémoire, ce labyrinthe dans lequel nos souvenirs se perdent.
Un récit qui va vous entraîner dans un monde sombre, inquiétant et en déliquescence, peuplé de créatures étranges où Goreck va partir à la recherche de son ami. Une quête qui ne sera pas sans conséquences. Difficile d'en dire plus...
Une narration qui manque légèrement de maîtrise à certains moments, mais cela n'a pas gêné mon plaisir de lecture.
La partie graphique est en parfaite symbiose avec l'histoire, elle est envoûtante et dépaysante, elle est accompagnée par de superbes couleurs pastel.
Une mise en page audacieuse, j'ai particulièrement aimé le début du premier chapitre, que des pleines pages pour une immersion dans ce monde délabré.
Un style qui me plaît beaucoup.
La première œuvre de cet auteur brésilien et une merveilleuse expérience.
En effet, on est graphiquement très loin de Droit du sol. Toutefois, le style de Sept vies à vivre me plait davantage encore que le coup de pinceau noir auquel l'auteur nous avait habitués. Ici, le rendu est celui de croquis, certes élaborés, ce qui me convient parfaitement. La mise en couleur est tout à fait inhabituelle, et un peu audacieuse quand même, puisque le choix éditorial s'est porté sur une trame à gros pois. On se retrouve ainsi immergé dans une sorte de passéisme moderniste au charme infusé. Dans le ton, il y a un petit quelque chose de Pierre-Henry Gomont avec son Pereira prétend.
Quand à l'histoire, elle est tout bonnement incroyable. On suit la vie de René, natif du massif des Bauges (pour ne pas dire le trou de balle du monde), ce qui le condamne a priori à une postérité morne. En tant que lecteur, j'ai traversé certains passages avec de l'eau plein le pare-brise. L'émotion est pure, brute, sauvage. Elle vous cueille sans plus de procès. Comment en effet rester de marbre devant le grand René dont le portrait dressé ici est d'une justesse rare ? Le parcours de cet homme simple mais pas simplet que les méandres de la vie poussent parfois dans une position délicate moralement parlant, se révèle d'une force vivifiante. Le destin de René sonne comme un hymne à la subtilité. Il est bien plus qu'un personnage fictionnel : il est un membre de la famille. Son histoire porte plus loin que vers le simple horizon d'une vie négligeable. Elle est élevée ici au rang de modèle, presque, et interroge sur le concept même de destinée.
Moi, je me suis régalé en lisant cette histoire de sédentarité mobile. Les anecdotes sont bien racontées et conservent la densité du réel, ainsi que sa ferveur. Un très belle histoire dont il ne faudra pas craindre les débordements lacrymaux. Top !
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Le Jour où on a inventé les noms de famille
Vers l'an 1100, après une longue période de paix et de prospérité la population a plus que doublé au royaume de France. Les Pierre, Paul ou Jacques sont si nombreux que les autorités demandent d'y adjoindre un patronyme. À partir de cette base historique Annaïg Plassard et Mélanie Allag nous concoctent un gentil récit sur ce thème original de la naissance du nom propre. Sous forme d'un conte animalier anthropomorphe le jeune Frédouille, souffre-douleur du village, va affronter un moment historique qui doit marquer sa famille pour des siècles. Le récit est joliment construit autour de ce thème original qui semble aller de soi, aujourd’hui, mais qui est pourtant si fondamental. Le nom que l'on se transmet de génération en génération peut être marqueur social ou historique porteur de honte ou de gloire. Les auteures destinent leur récit à un jeune lectorat mais un adulte peut y trouver beaucoup de plaisir. Le graphisme est attrayant avec une superbe mise en couleur bien chatoyante. Les décors et les expressions sont bien travaillées pour fournir une ambiance moyenâgeuse apaisée. L'objectif de faire réfléchir à son identité passée ou présente me semble atteint avec brio. Il faut souligner l'adjonction d'un dossier piloter par le généalogiste Jean-Louis Beaucarnot qui donne un bel éclairage historique sur la fiction des auteures. Ce dossier de sept pages est extrêmement bien réalisé. Il est d'une lecture simple et attrayante rempli d'anecdotes riches en informations sur la langue et les coutumes. Cette partie est à partager avec son enfant si celui-ci est encore trop jeune. Vous y découvrirez si votre nom est rare ou commun et cela ouvrira peut-être des vocations pour la généalogie. Une lecture très plaisante pour une belle et intelligente réussite.
Vies volées (Matz)
J'ai beaucoup aimé cette série de Matz qui fait devoir de mémoire sur une partie sombre de l'histoire argentine. Le vol de bébés par des systèmes politiques criminels ou malveillants n'est pas le propre de l'Argentine. Mais à ma connaissance l'Argentine est l'un des rares pays à l'avoir rendu public tout en essayant de rendre une certaine justice aux enfants victimes. Comme le souligne Ro on devine très vite où les auteurs veulent nous conduire et il n'y a pas grande surprise à l'annonce des résultats ADN. C'est la seconde partie de l'histoire que j'ai le plus apprécié. Il s'agit alors de reconstruction autour d'un champ de ruines psychologiques. Les auteurs proposent plusieurs voies qui balaient un large spectre du plus souriant au plus dramatique. Le final très dramatique donne de la cohérence à la psychologie des personnages en soulignant que la vérité aussi difficile soit elle est préférable au vide qui empêche le deuil et le nouveau départ. Une fine analyse des auteurs qui rend l'ensemble du récit très touchant. Je fais une remarque sur la place du foot dans le récit. Ces familles de moyenne bourgeoisie sont toutes supportrice de River Plate dont l'origine du nom est évidemment le rio de Plata. Cela souligne le tragique et l'absurdité de la situation comme le fut la coupe du monde 78 où le général Videla exultait à la face du monde après la victoire de son équipe. Le graphisme est très séduisant avec une belle ambiance d'un Buenos Aires moderne et bourgeois. Une lecture touchante pour une série bien construite autour d'une thématique difficile traitée avec beaucoup de doigté.
Les Missions du GRRRR
J'ai beaucoup apprécié ce Comics de Scott Magoon qui travaille sur l'extinction des espèces et le réchauffement climatique. Bien que la série soit destinée à la jeunesse la lecture est exigeante voire scientifique par moment. En effet l'auteur insère des encarts encyclopédiques accessibles qui donnent à la lecture un fort niveau d'information. Cela ouvre donc le récit à un public très large car j'ai appris beaucoup de choses sur un sujet qui m'est cher (les licornes existaient !!!). C'est un peu scolaire et didactique mais moi j'aime que mes enfants ne soient pas pris pour des consommateurs décérébrés. Toutefois le scénario évite le piège de faire trop intello versé paléontologie avec des récits d'aventure aux multiples rebondissements. Le mixte animalier/humain passe très bien et le choix des espèces pour former l'équipe du GRRRR est excellent. J'ai un faible pour la grenouille Quito et le Mammouth Lug mais tous les personnages sont attachants. Intelligemment l'auteur élargit son horizon à la terre entière pour bien montrer que le dérèglement climatique est l'affaire de tous. J'ai particulièrement aimé l'idée de situer le tome 1 en pleine Sibérie avec l'effet important du réchauffement sur le permafrost. Le tome 2 renvoie aux méga incendies qui ravagent divers pays depuis quelques années. Le rythme du récit est soutenu par un graphisme très moderne. Cela manque un peu de rondeur à mon goût mais on retrouve un peu une ambiance de super héros (de la nature) qui colle très bien à l'esprit de la série. Enfin la Bd est complétée par un dossier du GRRRR composé d'un guide sur les animaux et concepts utilisés, d'un glossaire et de conseils pour être actif au niveau de chacun. Une belle lecture intelligente qui apporte sa pierre à l'importance du défi qui se joue.
Les Chemins de traverse
Un album vite lu, qui ne renouvèle sans doute rien, mais qui est agréable et intéressant à lire néanmoins. Comme le précise Maximilien Le Roy dans son avant-propos, un « chemin de traverse » est une sorte de raccourci et ici, il s’agit bien de montrer les liens qui peuvent être maintenu, malgré tout, entre Israéliens et Palestiniens. Le premier récit suit la destiné d’un Palestinien et de sa famille, en but aux humiliations, exactions, violences et meurtres de la part de l’armée israélienne, le second nous fait découvrir un militant israélien refusant la ségrégation et les violences envers les Palestiniens. Outre la mise à nu des violences de l’occupant (envers les Palestiniens, mais aussi contre les Israéliens qui les soutiennent), l’intérêt de cet album réside essentiellement dans son message prônant le dialogue pour se connaitre et moins se haïr. J’écris cet avis au moment où les crimes commis à Gaza et en Cisjordanie rendent sans doute difficilement audible ce type de message (comme les violences du Hamas il y a quelques mois). Mais c’est pourtant la seule voie (et une des rares voix hélas) qui peut permettre de « sortir » de cet enfer, pour que chacun, qu’il soit Israélien ou Palestinien, puisse vivre « normalement. Note réelle 3,5/5.
Lunes birmanes
Sans doute un chouia romancé, pour trouver des personnages incarnant l’enfer vécu par les populations de la région, on a en tout cas là un documentaire très complet, édifiant, et extrêmement dur, parfois asphyxiant, tant les violences (psychologiques, verbales et physiques) s’enchainent. Comme le jeune homme que nous suivons, on peine à reprendre son souffle. Voir en particulier lorsqu’il parvient à fuir la Birmanie, et qu’en fait il ne fait que franchir un des cercles de l’enfer ! Certains passages m’ont fait penser au film « La déchirure ». Le dessin, moderne, est efficace et très raccord (colorisation comprise) avec le récit et le ton dominant. C’est sombre, le rouge sang imprègne de nombreuses cases. Certains passages « calmes », comme lorsque apparaissent d’insouciants touristes, font aussi mal. La complaisance des occidentaux (et de leurs compagnies pétrolières – merci Total !!!!) explique en grande partie le maintien en Birmanie d’une dictature imposant à son peuple (et en particulier aux minorités) des souffrances abjectes et une terreur permanente. Une lecture triste, mais recommandable. Ça ne vous remontera pas le moral, mais les œillères sont mauvaises pour la santé du monde.
Hoka Hey !
"Hoka Hey !" mérite les éloges qui se lisent ici ou là. Ce récit d'initiation sur fond de vengeance a su me séduire, malgré mon faible attrait pour le western en BD : des thématiques fortes véritablement traitées (le racisme, la vengeance, l'identité...), d'autres esquissées pour relancer l'intrigue (la condition des femmes, le sens de la vie, la liberté...), une dramaturgie habile qui sait ménager ses effets, accélérer ou ralentir selon les moments, construire des intrigues secondaires pour densifier ses personnages et thématiques. Le tout en s'appuyant sur des illustrations à même de donner du corps et un paysage à ce récit, sans néanmoins parvenir à la belle personnalisation de celui-ci (comme a su le faire un John Ford par exemple). C'est beau, c'est dense, c'est fort ! Une BD comme on aimerait en lire plus souvent.
La Page blanche
J'ai bien apprécié cette histoire légère et fraiche autour de l'identité de la jeune Eloïse. Je trouve que le trait de Pénélope Bagieu colle parfaitement au personnage très parisienne moderne de la jeune femme. Son dessin est fluide et dynamique et donne une impression de gaité printanière qui m'a beaucoup séduit. Le scénario va dans le même sens. Boulet démarre par du mystère qui nous oriente vers une sorte d'enquête policière (à la XIII) pour bifurquer vers un récit intimiste plus humoristique et léger. Le rythme bien soutenu s'essouffle un peu pour une conclusion quasi philosophique qui nous renvoie à notre propre construction personnelle. Une bonne lecture plaisante et divertissante sans se prendre la tête. 3.5
Le Dernier Atlas
Je reste un peu sur ma faim avec cette série très originale. J'ai beaucoup apprécié les deux premiers tomes. Je trouve cette uchronie qui renvoie à la guerre d'Algérie très bien construite. Velhmann et de Bonneval trouvent un excellent équilibre entre polar, fantastique et historique dans un récit très fouillé et construit comme un puzzle dynamique d'une grande précision. Les personnages présentent des personnalités aux multiples facettes ce qui les rend intrigants et souvent attachants. Un casting multi ethnique (France/Algérie/Inde) rend le récit très moderne et crédible. J'ai avalé les deux premiers tomes avec une grande facilité tellement j'ai trouvé la construction du récit bien faite. Malheureusement j'ai trouvé le tome 3 moins intéressant. Cette longue cavale de la journaliste et de sa fille sert d'épine dorsale à un récit qui s'éparpille trop à mon goût. Les histoires partent un peu dans tous les sens avec beaucoup de clichés assez convenus dans le domaine politique, social ou de l'image de la police. Même le personnage de Tayeb m'a moins touché avec cette quête du père improbable et ces histoires de cœur qui ramollissent le récit du départ. Le final ne m'a pas convaincu ni dans l'explication "scientifique" de l'UMO ni dans le happy end un peu guimauve et convenue de "l'équipe Tayeb" Le graphisme porte très bien le récit avec un dessin semi réaliste très expressif quelquefois proche de la caricature dans les scènes très intenses dramatiquement. Malgré ma réserve sur le tome 3, j'ai trouvé cette lecture originale et intéressante.
Anamnèse
Vous souvenez-vous de vos rêves d'enfant ? L'anamnèse est dérivée du grec ancien anamnêsis, qui signifie littéralement < action de rappeler à la mémoire >. Le terme désigne le processus qui permet au soignant de reconstituer I'historique médical du patient à l'aide de ses souvenirs et parfois, de ceux de son entourage. Nico est le personnage central de l'histoire, c'est un jeune garçon malade, mais c'est Goreck, son meilleur ami, avec son allure de monstre rouge, qui tient le premier rôle. Un récit qui mélange rêves, souvenirs et réalité, qui parle d'amitié, la vraie, celle sur laquelle tu peux compter à tout moment. Un récit sur les méandres de la mémoire, ce labyrinthe dans lequel nos souvenirs se perdent. Un récit qui va vous entraîner dans un monde sombre, inquiétant et en déliquescence, peuplé de créatures étranges où Goreck va partir à la recherche de son ami. Une quête qui ne sera pas sans conséquences. Difficile d'en dire plus... Une narration qui manque légèrement de maîtrise à certains moments, mais cela n'a pas gêné mon plaisir de lecture. La partie graphique est en parfaite symbiose avec l'histoire, elle est envoûtante et dépaysante, elle est accompagnée par de superbes couleurs pastel. Une mise en page audacieuse, j'ai particulièrement aimé le début du premier chapitre, que des pleines pages pour une immersion dans ce monde délabré. Un style qui me plaît beaucoup. La première œuvre de cet auteur brésilien et une merveilleuse expérience.
Sept vies à vivre
En effet, on est graphiquement très loin de Droit du sol. Toutefois, le style de Sept vies à vivre me plait davantage encore que le coup de pinceau noir auquel l'auteur nous avait habitués. Ici, le rendu est celui de croquis, certes élaborés, ce qui me convient parfaitement. La mise en couleur est tout à fait inhabituelle, et un peu audacieuse quand même, puisque le choix éditorial s'est porté sur une trame à gros pois. On se retrouve ainsi immergé dans une sorte de passéisme moderniste au charme infusé. Dans le ton, il y a un petit quelque chose de Pierre-Henry Gomont avec son Pereira prétend. Quand à l'histoire, elle est tout bonnement incroyable. On suit la vie de René, natif du massif des Bauges (pour ne pas dire le trou de balle du monde), ce qui le condamne a priori à une postérité morne. En tant que lecteur, j'ai traversé certains passages avec de l'eau plein le pare-brise. L'émotion est pure, brute, sauvage. Elle vous cueille sans plus de procès. Comment en effet rester de marbre devant le grand René dont le portrait dressé ici est d'une justesse rare ? Le parcours de cet homme simple mais pas simplet que les méandres de la vie poussent parfois dans une position délicate moralement parlant, se révèle d'une force vivifiante. Le destin de René sonne comme un hymne à la subtilité. Il est bien plus qu'un personnage fictionnel : il est un membre de la famille. Son histoire porte plus loin que vers le simple horizon d'une vie négligeable. Elle est élevée ici au rang de modèle, presque, et interroge sur le concept même de destinée. Moi, je me suis régalé en lisant cette histoire de sédentarité mobile. Les anecdotes sont bien racontées et conservent la densité du réel, ainsi que sa ferveur. Un très belle histoire dont il ne faudra pas craindre les débordements lacrymaux. Top !