Un grand kiff pour Harley. Et cet album est vraiment très cool.
Mention pour la couverture, l’intérieur est un peu moins léché, mais reste très stylé, une bonne réalisation.
L’histoire raconte la métamorphose de Harleen pour avoir ce lien avec le Joker et sa crise de folie à deux. quoique le Joker lui volera un peu la vedette dans cet album aussi.
Une belle oeuvre qui immerge le lecteur dans le monde de Gotham city .
Mc Farlane a cet extra qui manque aux autres super héros, avec Spawn. C'est un type mystérieux, et ses aventures sont prenantes. J'aime bien l'encrage et les couleurs aussi.
100% superhéros, 100% malin
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Ce tome regroupe les épisodes 1 à 8 de la série redémarrée en 1998/1999. le scénario est de Kevin Smith, les dessins de Joe Quesada, et l'encrage de Jimmy Palmiotti. Il contient également le numéro 1/2, une brève introduction de Joe Quesada, et une postface de Kevin Smith.
Quelque part à New York, une maternité est dévastée causant la mort de plusieurs nourrissons. Gwyneth (15 ans) arrive à sortir en emportant avec elle son bébé. Alors qu'elle essaye d'échapper à ses poursuivants, elle passe à proximité d'une église où Matt Murdock est en train de recevoir le sacrement du pardon. Il évoque au prêtre son manque de repère depuis que Karen Page a décidé de vivre sa vie de son coté. Celui-ci ironise un tantinet en faisant remarquer que Murdock vient se confesser uniquement après avoir perdu le réconfort de sa femme, mais que c'est toujours mieux que de recourir à une thérapie ou un bouquin de développement personnel. Murdock n'écoute plus, il a déjà revêtu son habit de Daredevil et court au secours de Gwyneth. Peu de temps après celle-ci lui rend visite à son cabinet d'avocat et lui confie son enfant, avant de s'évanouir dans la nature. Puis Murdock reçoit la visite de Nicholas Macabes qui lui explique que son organisation Sheol a la certitude que ledit enfant est l'antéchrist. Pour preuve, peu de temps après l'avoir recueilli, Murdock constate que sa vie part en sucette.
En 1998, Bob Harras (éditeur en chef de Marvel Comics) confie quelques séries moribondes à Joe Quesada en tant que responsable éditorial (la naissance de la ligne Marvel Knights). Ce dernier décide de relancer Daredevil en faisant appel à un ami : Kevin Smith, réalisateur de films indépendants tels que Clerks, les employés modèles ou Chasing Amy. Ce dernier est un lecteur assidu de comics, mais aussi un créateur avec une vision claire de ce qu'il souhaite faire avec le personnage. Pour commencer, il est hors de question qu'il raconte une histoire à destination des enfants. Dès le premier épisode il accumule les transgressions d'interdits implicites dans les comics : il parle des relations charnelles entre Matt et Karen, il intègre un prêtre et une confession, et plus fou encore, il ose faire jouer un rôle crucial à un nourrisson. N'importe quel lecteur sait que la religion ne sert qu'à inclure des démons de pacotille, que les relations physiques constituent un tabou (imaginez que même Foggy couche), et qu'un nouveau né plombe le récit qui ne peut pas s'en relever.
Non seulement, ce sale gosse de Kevin Smith ne respecte pas les codes en vigueur, mais en plus il se complait dans de copieuses cellules de textes et de longs monologues pour mieux développer les personnages. Comme si ça ne suffisait pas, après avoir installé Daredevil dans une intrigue dépourvue de superhéros (sauf Black Widow) dans la première moitié, il n'hésite pas à inviter d'autres superhéros dans la deuxième moitié à commencer par un magicien qui exige un niveau de suspension consentie de l'incrédulité sans commune mesure avec celle déjà nécessaire pour tous ces gugusses en costumes moulants aux couleurs criardes.
Et pourtant, ce récit se lit avec plaisir, il recèle énormément de moments intelligents et chargés en émotion. Il est fidèle à l'esprit des superhéros, il est fait pour les lecteurs qui ont grandi avec les superhéros. Kevin Smith cite les récits les marquants de Daredevil, à commencer par Born again de Frank Miller et David Mazzucchelli (en ramenant même Sister Maggie, pas sa meilleure idée), mais aussi les histoires écrites par Ann Nocenti (Typhoid Mary), et bien d'autres encore. le talent de Smith lui permet de faire honneur à ses ambitions : le résultat est enlevé, avec une légère dérision très savoureuse, et Daredevil accomplit toutes les actions superhéroïques que le lecteur attend de lui.
Comme il l'observe lui-même dans la postface, il a la chance que Joe Quesada se charge de la mise en images, et qu'il arrive à faire passer ses textes volumineux. À la lecture, il est visible que Quesada s'est bien amusé à illustrer ce récit. Cela commence avec l'idée astucieuse d'insérer avec parcimonie quelques gravures de Gustave Doré pour une petite touche de religieux. Cela transparaît dans chaque pose prise par Daredevil, chacune de ses acrobaties où Quesada ne se contente pas de ressortir les plans de ses prédécesseurs, il construit ses planches et choisit ses angles de vue de manière à mettre en valeur son coté athlétique et casse-cou. Et puis il y a ces petits tics graphiques propres à Quesada qui apportent une saveur particulière aux illustrations. Il y a sa propension à exagérer la taille des yeux des personnages pour mieux faire passer l'émotion, employant un code propre aux mangas. Il y a les muscles de Daredevil qui ne bénéficient pas toujours d'un bel arrondi, qui présentent parfois une protubérance disgracieuse qui confère un aspect moins lisse au personnage. Il y a aussi les clins d'œil à des personnages d'autres séries. Pour commencer, Nicholas Macabes ressemble comme 2 gouttes d'eau au Commissaire Dolan de la série Spirit de Will Eisner. Dans l'épisode 6, le lecteur attentif pourra identifier les clients du bar fréquenté par Turk Barrett : Jesse Custer, Nancy Callahan et Marv en provenance directe de Sin City. Dans le dernier épisode, le présentateur télé a une ressemblance marquée avec Clark Kent, et il est possible de reconnaître bien des individus sur les bancs de l'église (à commencer par les auteurs eux-mêmes), avec en particulier Ash (un personnage créé par Joe Quesada et Jimmy Palmiotti).
L'épisode 1/2 est également écrit par Kevin Smith sous forme de texte, avec des illustrations. Il s'agit d'un résumé de la vie de Matt Murdock.
Kevin Smith réalise une histoire complètement imprégnée de l'historique du personnage, avec un suspense de bonne facture, des personnages avec des points de vue, et une belle profession de foi sur l'un des métiers du cinéma dont il parle avec passion. La mise en images de Quesada et Palmiotti compense les pages un peu chargées en texte, par une grande vitalité et une énergie impressionnante, tout en renforçant encore les références discrètes au monde des comics.
C’est un album que je voulais lire depuis longtemps – depuis que j’en avais entendu parler au moment de sa sortie. Eh bien voilà, c’est fait, et je n’ai pas été déçu, il est à la hauteur de mes attentes.
Je suis amateur de western et j’ai trouvé que Neyef réussit ici parfaitement à bâtir une histoire solide, emportée par des personnages forts, tout en faisant preuve d’originalité.
On est ci dans une sorte de western crépusculaire, et l’on peut lire cet album comme un hommage à un monde qui s’estompe, qui meurt à petit feu – comme le font les personnages que nous suivons. Mais Neyef a su maintenir la flamme jusqu’au bout et, même si la fin est emplie de désespoir et d’une certaine fatalité, on peut aussi la lire comme une ultime – mais immortelle – preuve de vie : l’esprit Lakota survit au-delà de ceux qui l’ont incarné.
Le fil rouge est une histoire de vengeance, et on pourrait presque penser à une intrigue linéaire, une tragédie dont on devine la fin. Mais Neyef a su alterner passages extrêmement violents et dynamiques, et longs moments contemplatifs, où le lecteur est convié avec les héros à traverser des paysages superbes, et aussi à connaître « l’histoire intime » de ceux qui lui servent de guide dans cette fuite éperdue.
Une très belle et très triste histoire, vraiment très bien mise en valeur par un beau travail éditorial. Une vraie réussite ! Et un coup de cœur me concernant.
Nouvelle série chez KBooks, "Level up with Gods" m'a fait bonne impression avec ce premier tome.
Adapté d'un light novel comptant déjà plus de 25 tomes, nous voilà largués en pleine guerre entre des divinités. Deux factions s'affrontent ; les divinités extérieures sont sur le point de l'emporter et les divinités intérieures décident de tenter le tout pour le tout en renvoyant dans le passé Kim Yuwon afin de sauver le monde. Passé cette mise en place, Kim Yuwon se retrouve catapulté dans notre monde contemporain, mais sans tous les pouvoirs qu'il possédait. Sauf que lui sait ce qui va advenir et comment notre monde va se changer en sorte de jeu vidéo où il faut acquérir expérience et artefact pour gagner en et niveau : mode RPG [ON]. Et forcément, avec cet avantage notre héros va très rapidement monter en puissance.
Mis à part ce côté divinités, la trame est donc assez classique, mais je me suis facilement laissé prendre au jeu. La narration est bonne et fluide, le dessin plutôt bon, il ne manquait que le pop corn pour que le divertissement soit parfait :)
La mise en place est faite, le cadre posé, reste à espérer que les tomes suivants garderont le rythme et qu'ils nous réserveront quelques bonnes surprises.
J'ai trouvé cet ouvrage original. Il est construit sur un mode pédagogique faussement superficiel avec un visuel et un ton très humoristique et intelligent.
Les auteurs rendent ainsi hommage à la très riche littérature du XIXème siècle à travers divers portraits d'auteurs très connus. Chaque chapitre est constitué d'une notice biographique, d'un strip humoristique et d'un exemple commenté d'une œuvre de l'artiste visité.
C'est très intelligemment fait pour ne pas présenter un aspect trop scolaire et garder un dynamique de curiosité sur des auteurs souvent archi connus (ou qui devraient l'être).
J'ai noté plusieurs points intéressants : la place faite aux écrivaines est appréciable même si elle reste loin derrière les géants du siècle, enfin les auteur(e)s soulignent le caractère novateur voire provocateur des artistes du siècle. Ainsi l'exemple commenté de "La Charogne" de Baudelaire ou du sonnet sur le trou du cul de Rimbaud et Verlaine montrent que les artistes n'ont pas attendu la naissance du rap pour bouger la bienséance.
C'est une lecture que des lycéens ou des amoureux de littérature prendront plaisir à parcourir.
Le graphisme est simple, un peu enfantin mais apporte des pauses d'un humour léger qui permet des respirations entre les chapitres.
Une lecture originale et plaisante très bien équilibrée.
Je découvre avec stupeur que ce beau roman graphique est particulièrement mésestimé ici. En fait, je m'en attriste mais ne m'en étonne guère : les BD un peu engagées, contredisant les pensées dominantes sont généralement dénigrées pour leur soi-disant parti-pris militant. Regard critique sur le parti-pris souvent oublié lorsque les points de vue défendus sont ceux majoritaires.
(D'où la nécessité de cet avis très tardif, ma lecture ayant eu lieu il y a sans doute plus de 2 ans.)
Nous avons là le pendant rigoureux et important au dogmatique Le Monde sans fin du duo Blain-Jancovici. Sur le sujet du nucléaire, il est impensable de ne lire que le second sous peine d'avoir une vision bien trop pro-nucléaire des choses.
Oui, les violences policières, la problématique insoluble de l'enfouissement des déchets, le retour historique sur ce qui a été (mal) fait jusqu'à présent, la terrifiante inconnue du démantèlement des centrales en fin de vie, etc. seront évoqués, avec une tendre mise en perspective poétique via la comparaison avec les peintures rupestres.
C'est beau, important et certes un peu didactique donc parfois fastidieux.
J'ai découvert avec plaisir cette série de SF récréative. Elle est pleine de qualités même si j'ai certaines réserves de-ci de-là.
Le personnage de Nävis est très attachant dans ce mixte de Lara Croft et de Robin des Bois. Morvan réussit à concilier les contraires.
Son personnage est classiquement un franc-tireur qui outrepasse les ordres et découvre des choses pas belles du tout faites par ses protecteurs.
On a droit à une forte indignation, une tentative bon enfant de changer les choses, puis on passe à une autre mission. Il y a bien un petit fil rouge sur la corruption dans Sillage mais chaque épisode peut être lu comme une histoire indépendante sans problème majeur de compréhension.
Ensuite Nävis évolue dans des situations très violentes, comme elle sait tout faire (arts martiaux, maniements d'armes, pilotage de tous les engins existants ou futurs) elle s'en sort toujours facilement. La violence qu'elle produit ne l'empêche pas de garder sa bonne conscience.
Cette complexité dans le personnage entre des contraires fait à la fois son charme et sa limite de crédibilité.
Pour moi le plus de la série est l'excellent graphisme de Buchet. Son univers est vraiment bien travaillé avec beaucoup de créativité sur ses aliens, ses différentes planètes aux ambiances souvent dystopiques mais pas répétitives.
L'alternance de situations spatiales (très impressionnantes) et de situations “terrestres” apporte de la variété d'un épisode à l'autre.
Enfin j'aime beaucoup la mise en couleur très bien mise en valeur par la créativité des tenues de Nävis.
Une série qui se lit facilement et avec plaisir.
Morts non identifiés
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Ce tome comprend les épisodes 1 à 3 de la minisérie du même nom (en 2007), ainsi que l'épisode spécial Potter's field : stone cold (en 2009), soit l'intégralité des épisodes parus.
La première page frappe très fort : un homme est en train de suffoquer sous les yeux du lecteur, étouffé par un sac en plastic serré autour de sa gorge, les cases de texte indiquent qu'il s'agit d'une mule (un passeur de drogues) qui souhaitait arrêter. Il est enterré dans un cimetière orné de plaques tombales sans nom, uniquement avec des numéros. Il ne s'agit pas d'une fosse commune, mais de tombes individuelles de morts non identifiés. le texte apprend au lecteur que ce cimetière accueille 125 cadavres par semaine, dont deux tiers de nouveaux nés ou de morts nés. Un homme s'est fixé pour mission d'identifier ces individus, un par un ; il se fait appeler John Doe (le nom générique donné aux individus dont on ne connaît par l'identité) et porte tout le temps des lunettes de soleil. Il n'hésite pas à recourir à la violence pour arriver à ses fins, mais ce n'est pas un justicier. Il n'a pas de pulsion le poussant à redresser les torts. Durant ces 4 épisodes, John Doe rétablit l'identité d'autant personnes : (1) une jeune femme de race caucasienne, entre 20 et 25 ans, décédée d'une chute d'un immeuble, suicide probable, (2) une jeune dame qui vient demander l'aide de John Doe suite à la mort de sa sœur, (3) un homme lié au milieu de la pègre, et (4) une série de cadavres défigurés aux empreintes digitales effacées.
Boom! Studios est une maison d'édition de comics fondé en 2005 dont Mark Waid a été le responsable éditorial en chef de 2007 à 2010. Il a également créé plusieurs séries pour cet éditeur dont 3 en 2009 : Irrécupérable (avec Peter Krause), Incorruptible (en VO avec Jean Diaz)et The Unknown (en VO, avec Minck Oosterveer). Ce tome commence par une introduction dithyrambique de Greg Rucka sur le travail effectué par Mark Waid et Paul Azaceta (illustrations). Il est vrai que la scène de départ est exemplaire. le lecteur est plongé dans le mystère, l'horreur de la violence et l'injustice de ces tombes sans nom. Les dessins d'Azaceta sont sombres à souhait, tout en restant lisible. Waid utilise les dialogues et les commentaires avec parcimonie. Azaceta s'attache aux éléments principaux sans sacrifier les décors. L'ambiance de polar noir et urbain est très réussie.
Passé les cinq premières pages, le doute s'insinue. Il est visible que Waid n'en dira pas beaucoup sur John Doe qui porte bien son nom : pas de passé, pas de présent si ce n'est son occupation, pas de personnalité, juste un deus ex machina qui sert à résoudre des énigmes. Effectivement John Doe se limite à ça et ses méthodes de travail avec coups et blessures cumulent un autre poncif du genre : le réseau d'informateurs serviables parce qu'ils doivent beaucoup au héros. Sauf que Waid est un grand professionnel et qu'il a concocté des points de départ très intrigants qui évite à l'histoire de se cantonner à des clichés des romans noirs. le lecteur est mené par le bout du nez par le scénariste qui déroule des trames d'enquêtes dont les évolutions surprennent à chaque fois. Il y a bien le cliché du dur à cuire résistant, avec un coup d'avance sur les entourloupes des criminels, sauf que l'absence de voix intérieure de John Doe évite qu'il s'apparente au détective privé à qui on ne la fait pas. Il y a bien à un moment une femme fatale, sauf que ses relations avec le héros sortent des clichés habituels. Il y a bien des bagarres, mais elle ne dégénère pas en affrontements surhumains, avec un héros résistant à un niveau de douleur impossible. Il y a bien des scènes d'action, mais le spectaculaire ne prend jamais le dessus sur la narration.
Ce dernier point repose sur les illustrations en retenue d'Azaceta qui n'est pas là pour l'esbroufe. Il s'est mis au service du récit avec un encrage fortement appuyé qui convient à merveille à ces histoires. Les illustrations disposent d'un bon niveau de détails qui établissent chaque lieu de manière crédible et réaliste qu'il s'agisse d'une morgue, d'une pièce où un individu a été détenu pendant plusieurs années, d'un appartement, d'un bureau d'un caïd, ou de ce fameux cimetière. Les scènes d'action sont vraiment remarquables par leur efficacité, par l'agencement des cases et les points de vue qui racontent à eux seuls l'histoire lors des scènes muettes. La première se trouve dans le premier épisode quand John Doe inspecte un appartement à la lueur d'une torche électrique : mise en scène simple et terriblement suggestive, avec une ambiance pesante et tendue incroyable. le quatrième épisode comprend une course poursuite dans un grand hall de gare en passant par d'immenses escalators à couper le souffle. Cette lecture procure un vrai plaisir visuel, sans tomber dans la démonstration ou le m'as-tu-vu.
Mark Waid et Paul Azaceta proposent un récit bien noir (certains crimes sont sordides et immondes) avec une forme de retenue dans la narration qui augmente l'impact du récit. le lecteur pourra éventuellement se sentir frustré de l'absence d'informations sur John Doe, et de la brièveté de ces aventures.
Un dictateur avec les moyens de ses ambitions
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Cette histoire constitue le début d'une série indépendante de toute autre. Ce tome contient les épisodes 0 à 7, initialement parus en 2003/2004, écrits par Mark Waid, dessinés par Barry Kitson, encrés par James Pascoe, avec une mise en couleurs d'Alex Bleyaert et Chris Sotomayor. L'épisode zéro avait été publié sous la forme de 2 épisodes en 2000, par un label indépendant Gorilla Comics, fondé par Mark Waid. Ils ont été republiés ensuite, ainsi que le reste de la série par DC Comics. Mark Waid et Barry Kitson ont donné une suite à ce récit en 2015 : Empire uprising (en VO).
Cette histoire se déroule quelques années dans le futur, alors qu'un supercriminel appelé Golgoth (revêtu d'un armure jaune et noire et enveloppé dans une grande cape rouge) a conquis la Terre. Il a levé une armée et s'est attaqué à une nation après l'autre, mettant à profit son avantage tactique, à savoir la téléportation. Au moment où commence le récit il ne reste que de rares poches de résistance sur Terre, et quelques nations qui doivent encore plier le genou devant lui, mais la domination totale est assurée. Il est assisté par une équipe de ministres à faire peur : Tumbril (ministre du renseignement, tortionnaire en chef), Lucullan (ministre des armées, et compagnon de la première heure de Golgoth), Kafra (ministre de l'information, immobilisé et encastré dans une machine, réécrivant sans cesse L Histoire en faveur du vainqueur à savoir Golgoth), Xanna (ministre de…, juste la meilleure assassin de l'Empire), Rogent (Ministre du temps), Grieze (ministre des envois, surtout ad patrès), Valpurgis (Ministre du culte).
Golgoth exécute lui-même chaque opposant, chaque envoyé diplomatique qui ne fait pas acte de soumission sans condition, chaque traître ou plus simplement chaque individu coupable d'une erreur dans sa hiérarchie. Il veille à l'éducation de sa fille Delfi, protégée de son mode de vie, et dans l'ignorance de ses actions réelle. Il distribue lui-même l'Eucharist (une gélule au contenu mystérieux) à ses fidèles ministres à intervalle régulier. Malgré sa poigne de fer et sa gouvernance dictatoriale sans état d'âme, quelques détails lui échappent. Sa fille Delfi entretient une relation charnelle sans qu'il le sache. le Groenland semble disposer d'une arme secrète bien cachée. Quelques-uns de ses ministres ont leurs propres objectifs personnels.
Et si le méchant avait gagné ? Dans les récits de superhéros, c'est un sous-genre à part entière. Mark Waid rentre dans le vif du sujet dès la première page : c'est chose faite, Golgoth (avec son costume de supercriminel) a gagné : il est déjà le maitre du monde, à peu de détails près. Il est vraiment méchant, tuant tous ceux qui prêtent pas allégeance, ou dont la soumission n'est pas pleine et entière. À plusieurs reprises, il se salit les mains en tuant froidement un individu soupçonné de quoi que ce soit (pas de besoin de preuve), ou en massacrant des troupes de soldats ennemis. À plusieurs reprises, Barry Kitson le représente avec du sang sur les mains (enfin sur les gants) et sur le casque. D'ailleurs l'introduction de Mark Waid et la postface de Barry Kitson indiquent clairement que ce dernier a participé à la conception de l'intrigue, en effectuant régulièrement des propositions à Mark Waid pour l'étoffer.
Barry Kitson s'est fait connaître en travaillant d'abord pour 2000 AD (en particulier pour les aventures de Psi-Judge Anderson), puis régulièrement pour Marvel (Amazing Spider-Man), et DC (LEGION avec Keith Giffen, Legion of SuperHeroes également avec Mark Waid). Il réalise des dessins de type réaliste avec un petit degré de simplification, très propres sur eux, très faciles et agréables à lire. Dans un premier temps, le lecteur apprécie ces images claires et immédiates. Pour donner un peu plus de crédibilité aux exactions de Golgoth et de ses ministres, Barry Kitson insiste un peu plus sur les encrages épais et les aplats de noir que dans ses autres oeuvres. James Pascoe respecte les traits de Kitson, avec un encrage méticuleux, des traits fins, des aplats de noir aux contours nets et légèrement polis. de fait malgré le degré de détails des dessins, cette façon d'arrondir discrètement les contours a pour effet de minimiser l'intensité des images les plus violentes. Ainsi le dessin pleine page présentant Tumbril en pleine séance de torture d'un prisonnier, avec dépeçage à vif est choquant dans ce qu'il représente, mais n'agresse pas le lecteur faute d'être viscéral. de la même manière, les tâches de sang sont trop figées pour être écœurantes. Cet effet dédramatisant se trouve un peu accentué par une mise en couleurs parfois un peu vive.
Cette neutralisation partielle de l'horreur graphique est sans nul doute un choix effectué sciemment. Par exemple, l'apparence de Golgoth repose sur le jaune brillant de son armure, et le rouge vif de sa cape. Cette représentation l'inscrit dans le registre des méchants affrontant les superhéros, avec costume voyant. le concept de l'armure évoque un mélange de Doctor Doom et d'Iron Man, pour une apparence originale, et quand même un peu sinistre, du fait que le lecteur ne voit jamais son visage. Les costumes des autres ministres évoquent également des costumes moulant de superhéros, un peu moins voyants, mais tout aussi près du corps. La narration visuelle reste à destination d'un large public, même si les actes montrés atteignent un niveau élevé de violence, teinté parfois de sadisme (exécution de sang-froid, torture physique).
Barry Kitson affectionne beaucoup les plans rapprochés et les plans poitrine pour les phases de dialogue. Néanmoins il sait rendre ces passages vivants, en montrant que les personnages sont dans l'action. Les expressions des visages ne sont pas très nuancées, mais elles suffisent pour faire comprendre l'état d'esprit du personnage, ou le sentiment principal qui l'habite. L'artiste adapte le degré de détails dans les arrière-plans en fonction de la séquence. Il peut être très minutieux : l'appareillage dans lequel Kafra est immergé et raccordé, l'ameublement de la chambre de Delfi, la serre au sommet du bâtiment du siège du gouvernement de Golgoth, la ville portuaire sur le Nil, les monceaux de cadavres lors de l'avancée de Golgoth. Ils peuvent être beaucoup plus sommaires une fois que Kitson les a détaillés en ouverture de séquence, ou lors des scènes de dialogues. le lecteur n'oublie quand même jamais où se déroule une action ; il apprécie quand l'environnement se fait visuellement plus dense.
La narration de Mark Waid est en phase avec celle de Barry Kitson : des personnages à la psychologie peu fouillée, des motivations très claires et souvent monolithiques (sauf pour Golgoth dont l'histoire personnelle n'est guère abordée), Un personnage principal avançant sans état d'âme, sans remords, sans empathie. L'intrigue est moins sommaire, puisqu'elle entremêle plusieurs fils narratifs, sur la trame globale du parachèvement de la domination mondiale de Golgoth. Il subsiste quelques rares poches de résistance, dont le Groenland qui semble disposer d'un allié inattendu et d'un armement capable de faire réfléchir Golgoth. Chaque ministre a fait serment d'allégeance inconditionnelle à leur maître Golgoth, mais ça ne les empêche pas de continuer à avoir des pensées indépendantes. le lecteur plonge dans une intrigue bien fournie, avec trahisons à la cour de l'empereur Golgoth.
Néanmoins Mark Waid fait plus que simplement tricoter une intrigue mêlant suspense, manigances et conquêtes militaires. Les ministres Lucullan et Xanna sont introduits dans leur joli costume moulant comme des archétypes sans épaisseur. Il en va tout autrement de Kafra, le ministre de l'information, dont le corps est intégré dans un appareillage technologique qui le recouvre entièrement, sauf le visage, et dont il ne peut pas sortir. Sa première apparition se fait sous la forme d'un dessin pleine page dans lequel il est en train de corriger les flux d'information télévisuelle en temps réel (avant diffusion) pour les reformuler systématiquement à l'avantage de Golgoth et de son régime. le lecteur pense tout de suite à une version améliorée et plus efficace de Winston Smith dans 1984, le roman de George Orwell paru en 1949. Il y a quelque chose de fascinant dans cette révision de l'Histoire en instantané.
Alors que le récit prend de l'ampleur, le lecteur découvre que les agissements d'autres ministres révèlent le sadisme insidieux du régime de Golgoth. Il n'y a pas à discuter : il exécute sommairement tous ceux qui s'opposent à lui, ou qu'il estime n'avoir pas été à la hauteur de ses attentes. Mais parmi ses sbires, chacun souhaite garder sa place, et intrigue à sa manière pour asseoir sa base de pouvoir. Dans sa position de ministre de l'information, Kafra engrange de nombreuses informations dont certaines lui mettant la puce à l'oreille et l'incitant à fouiller plus profond. Xanna a décidé de mener sa propre enquête sur la nature réelle de l'eucharist, cette drogue distribuée parcimonieusement par Golgoth lui-même à une poignée de fidèles lieutenants (essentiellement ses ministres). Golgoth se montre d'un machiavélisme exceptionnel avec ce dispositif, et d'une cruauté incroyable quant à sa source d'approvisionnement. Waid continue de montrer les conséquences du comportement de Golgoth sur son entourage, avec Delfi sa propre fille. le scénariste montre l'influence que le comportement d'un individu peut avoir sur un autre, à commencer par son enfant. Finalement sous ses dehors un peu superhéros, le récit révèle une noirceur adulte, s'émancipant d'un simple manichéisme.
Dans les premières séquences, le lecteur éprouve l'impression que les auteurs se sont contentés de reprendre les codes d'un comics de superhéros pour raconter l'histoire d'un supercriminel qui a gagné et qui est devenu le maître du monde à un ou deux détails près. Il apprécie les dessins clairs et précis de Barry Kitson et il se laisse porter par les intrigues de palais au sein de l'empire. Il constate que cette nature un peu adolescente de la narration ne constitue pas un obstacle à une noirceur plus adulte, avec des thèmes plus complexes.
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Harleen
Un grand kiff pour Harley. Et cet album est vraiment très cool. Mention pour la couverture, l’intérieur est un peu moins léché, mais reste très stylé, une bonne réalisation. L’histoire raconte la métamorphose de Harleen pour avoir ce lien avec le Joker et sa crise de folie à deux. quoique le Joker lui volera un peu la vedette dans cet album aussi. Une belle oeuvre qui immerge le lecteur dans le monde de Gotham city .
Spawn
Mc Farlane a cet extra qui manque aux autres super héros, avec Spawn. C'est un type mystérieux, et ses aventures sont prenantes. J'aime bien l'encrage et les couleurs aussi.
DareDevil - Sous l'aile du Diable (cycle Smith et Quesada)
100% superhéros, 100% malin - Ce tome regroupe les épisodes 1 à 8 de la série redémarrée en 1998/1999. le scénario est de Kevin Smith, les dessins de Joe Quesada, et l'encrage de Jimmy Palmiotti. Il contient également le numéro 1/2, une brève introduction de Joe Quesada, et une postface de Kevin Smith. Quelque part à New York, une maternité est dévastée causant la mort de plusieurs nourrissons. Gwyneth (15 ans) arrive à sortir en emportant avec elle son bébé. Alors qu'elle essaye d'échapper à ses poursuivants, elle passe à proximité d'une église où Matt Murdock est en train de recevoir le sacrement du pardon. Il évoque au prêtre son manque de repère depuis que Karen Page a décidé de vivre sa vie de son coté. Celui-ci ironise un tantinet en faisant remarquer que Murdock vient se confesser uniquement après avoir perdu le réconfort de sa femme, mais que c'est toujours mieux que de recourir à une thérapie ou un bouquin de développement personnel. Murdock n'écoute plus, il a déjà revêtu son habit de Daredevil et court au secours de Gwyneth. Peu de temps après celle-ci lui rend visite à son cabinet d'avocat et lui confie son enfant, avant de s'évanouir dans la nature. Puis Murdock reçoit la visite de Nicholas Macabes qui lui explique que son organisation Sheol a la certitude que ledit enfant est l'antéchrist. Pour preuve, peu de temps après l'avoir recueilli, Murdock constate que sa vie part en sucette. En 1998, Bob Harras (éditeur en chef de Marvel Comics) confie quelques séries moribondes à Joe Quesada en tant que responsable éditorial (la naissance de la ligne Marvel Knights). Ce dernier décide de relancer Daredevil en faisant appel à un ami : Kevin Smith, réalisateur de films indépendants tels que Clerks, les employés modèles ou Chasing Amy. Ce dernier est un lecteur assidu de comics, mais aussi un créateur avec une vision claire de ce qu'il souhaite faire avec le personnage. Pour commencer, il est hors de question qu'il raconte une histoire à destination des enfants. Dès le premier épisode il accumule les transgressions d'interdits implicites dans les comics : il parle des relations charnelles entre Matt et Karen, il intègre un prêtre et une confession, et plus fou encore, il ose faire jouer un rôle crucial à un nourrisson. N'importe quel lecteur sait que la religion ne sert qu'à inclure des démons de pacotille, que les relations physiques constituent un tabou (imaginez que même Foggy couche), et qu'un nouveau né plombe le récit qui ne peut pas s'en relever. Non seulement, ce sale gosse de Kevin Smith ne respecte pas les codes en vigueur, mais en plus il se complait dans de copieuses cellules de textes et de longs monologues pour mieux développer les personnages. Comme si ça ne suffisait pas, après avoir installé Daredevil dans une intrigue dépourvue de superhéros (sauf Black Widow) dans la première moitié, il n'hésite pas à inviter d'autres superhéros dans la deuxième moitié à commencer par un magicien qui exige un niveau de suspension consentie de l'incrédulité sans commune mesure avec celle déjà nécessaire pour tous ces gugusses en costumes moulants aux couleurs criardes. Et pourtant, ce récit se lit avec plaisir, il recèle énormément de moments intelligents et chargés en émotion. Il est fidèle à l'esprit des superhéros, il est fait pour les lecteurs qui ont grandi avec les superhéros. Kevin Smith cite les récits les marquants de Daredevil, à commencer par Born again de Frank Miller et David Mazzucchelli (en ramenant même Sister Maggie, pas sa meilleure idée), mais aussi les histoires écrites par Ann Nocenti (Typhoid Mary), et bien d'autres encore. le talent de Smith lui permet de faire honneur à ses ambitions : le résultat est enlevé, avec une légère dérision très savoureuse, et Daredevil accomplit toutes les actions superhéroïques que le lecteur attend de lui. Comme il l'observe lui-même dans la postface, il a la chance que Joe Quesada se charge de la mise en images, et qu'il arrive à faire passer ses textes volumineux. À la lecture, il est visible que Quesada s'est bien amusé à illustrer ce récit. Cela commence avec l'idée astucieuse d'insérer avec parcimonie quelques gravures de Gustave Doré pour une petite touche de religieux. Cela transparaît dans chaque pose prise par Daredevil, chacune de ses acrobaties où Quesada ne se contente pas de ressortir les plans de ses prédécesseurs, il construit ses planches et choisit ses angles de vue de manière à mettre en valeur son coté athlétique et casse-cou. Et puis il y a ces petits tics graphiques propres à Quesada qui apportent une saveur particulière aux illustrations. Il y a sa propension à exagérer la taille des yeux des personnages pour mieux faire passer l'émotion, employant un code propre aux mangas. Il y a les muscles de Daredevil qui ne bénéficient pas toujours d'un bel arrondi, qui présentent parfois une protubérance disgracieuse qui confère un aspect moins lisse au personnage. Il y a aussi les clins d'œil à des personnages d'autres séries. Pour commencer, Nicholas Macabes ressemble comme 2 gouttes d'eau au Commissaire Dolan de la série Spirit de Will Eisner. Dans l'épisode 6, le lecteur attentif pourra identifier les clients du bar fréquenté par Turk Barrett : Jesse Custer, Nancy Callahan et Marv en provenance directe de Sin City. Dans le dernier épisode, le présentateur télé a une ressemblance marquée avec Clark Kent, et il est possible de reconnaître bien des individus sur les bancs de l'église (à commencer par les auteurs eux-mêmes), avec en particulier Ash (un personnage créé par Joe Quesada et Jimmy Palmiotti). L'épisode 1/2 est également écrit par Kevin Smith sous forme de texte, avec des illustrations. Il s'agit d'un résumé de la vie de Matt Murdock. Kevin Smith réalise une histoire complètement imprégnée de l'historique du personnage, avec un suspense de bonne facture, des personnages avec des points de vue, et une belle profession de foi sur l'un des métiers du cinéma dont il parle avec passion. La mise en images de Quesada et Palmiotti compense les pages un peu chargées en texte, par une grande vitalité et une énergie impressionnante, tout en renforçant encore les références discrètes au monde des comics.
Hoka Hey !
C’est un album que je voulais lire depuis longtemps – depuis que j’en avais entendu parler au moment de sa sortie. Eh bien voilà, c’est fait, et je n’ai pas été déçu, il est à la hauteur de mes attentes. Je suis amateur de western et j’ai trouvé que Neyef réussit ici parfaitement à bâtir une histoire solide, emportée par des personnages forts, tout en faisant preuve d’originalité. On est ci dans une sorte de western crépusculaire, et l’on peut lire cet album comme un hommage à un monde qui s’estompe, qui meurt à petit feu – comme le font les personnages que nous suivons. Mais Neyef a su maintenir la flamme jusqu’au bout et, même si la fin est emplie de désespoir et d’une certaine fatalité, on peut aussi la lire comme une ultime – mais immortelle – preuve de vie : l’esprit Lakota survit au-delà de ceux qui l’ont incarné. Le fil rouge est une histoire de vengeance, et on pourrait presque penser à une intrigue linéaire, une tragédie dont on devine la fin. Mais Neyef a su alterner passages extrêmement violents et dynamiques, et longs moments contemplatifs, où le lecteur est convié avec les héros à traverser des paysages superbes, et aussi à connaître « l’histoire intime » de ceux qui lui servent de guide dans cette fuite éperdue. Une très belle et très triste histoire, vraiment très bien mise en valeur par un beau travail éditorial. Une vraie réussite ! Et un coup de cœur me concernant.
Level up with the Gods
Nouvelle série chez KBooks, "Level up with Gods" m'a fait bonne impression avec ce premier tome. Adapté d'un light novel comptant déjà plus de 25 tomes, nous voilà largués en pleine guerre entre des divinités. Deux factions s'affrontent ; les divinités extérieures sont sur le point de l'emporter et les divinités intérieures décident de tenter le tout pour le tout en renvoyant dans le passé Kim Yuwon afin de sauver le monde. Passé cette mise en place, Kim Yuwon se retrouve catapulté dans notre monde contemporain, mais sans tous les pouvoirs qu'il possédait. Sauf que lui sait ce qui va advenir et comment notre monde va se changer en sorte de jeu vidéo où il faut acquérir expérience et artefact pour gagner en et niveau : mode RPG [ON]. Et forcément, avec cet avantage notre héros va très rapidement monter en puissance. Mis à part ce côté divinités, la trame est donc assez classique, mais je me suis facilement laissé prendre au jeu. La narration est bonne et fluide, le dessin plutôt bon, il ne manquait que le pop corn pour que le divertissement soit parfait :) La mise en place est faite, le cadre posé, reste à espérer que les tomes suivants garderont le rythme et qu'ils nous réserveront quelques bonnes surprises.
A l'école des lettres
J'ai trouvé cet ouvrage original. Il est construit sur un mode pédagogique faussement superficiel avec un visuel et un ton très humoristique et intelligent. Les auteurs rendent ainsi hommage à la très riche littérature du XIXème siècle à travers divers portraits d'auteurs très connus. Chaque chapitre est constitué d'une notice biographique, d'un strip humoristique et d'un exemple commenté d'une œuvre de l'artiste visité. C'est très intelligemment fait pour ne pas présenter un aspect trop scolaire et garder un dynamique de curiosité sur des auteurs souvent archi connus (ou qui devraient l'être). J'ai noté plusieurs points intéressants : la place faite aux écrivaines est appréciable même si elle reste loin derrière les géants du siècle, enfin les auteur(e)s soulignent le caractère novateur voire provocateur des artistes du siècle. Ainsi l'exemple commenté de "La Charogne" de Baudelaire ou du sonnet sur le trou du cul de Rimbaud et Verlaine montrent que les artistes n'ont pas attendu la naissance du rap pour bouger la bienséance. C'est une lecture que des lycéens ou des amoureux de littérature prendront plaisir à parcourir. Le graphisme est simple, un peu enfantin mais apporte des pauses d'un humour léger qui permet des respirations entre les chapitres. Une lecture originale et plaisante très bien équilibrée.
Le Droit du sol
Je découvre avec stupeur que ce beau roman graphique est particulièrement mésestimé ici. En fait, je m'en attriste mais ne m'en étonne guère : les BD un peu engagées, contredisant les pensées dominantes sont généralement dénigrées pour leur soi-disant parti-pris militant. Regard critique sur le parti-pris souvent oublié lorsque les points de vue défendus sont ceux majoritaires. (D'où la nécessité de cet avis très tardif, ma lecture ayant eu lieu il y a sans doute plus de 2 ans.) Nous avons là le pendant rigoureux et important au dogmatique Le Monde sans fin du duo Blain-Jancovici. Sur le sujet du nucléaire, il est impensable de ne lire que le second sous peine d'avoir une vision bien trop pro-nucléaire des choses. Oui, les violences policières, la problématique insoluble de l'enfouissement des déchets, le retour historique sur ce qui a été (mal) fait jusqu'à présent, la terrifiante inconnue du démantèlement des centrales en fin de vie, etc. seront évoqués, avec une tendre mise en perspective poétique via la comparaison avec les peintures rupestres. C'est beau, important et certes un peu didactique donc parfois fastidieux.
Sillage
J'ai découvert avec plaisir cette série de SF récréative. Elle est pleine de qualités même si j'ai certaines réserves de-ci de-là. Le personnage de Nävis est très attachant dans ce mixte de Lara Croft et de Robin des Bois. Morvan réussit à concilier les contraires. Son personnage est classiquement un franc-tireur qui outrepasse les ordres et découvre des choses pas belles du tout faites par ses protecteurs. On a droit à une forte indignation, une tentative bon enfant de changer les choses, puis on passe à une autre mission. Il y a bien un petit fil rouge sur la corruption dans Sillage mais chaque épisode peut être lu comme une histoire indépendante sans problème majeur de compréhension. Ensuite Nävis évolue dans des situations très violentes, comme elle sait tout faire (arts martiaux, maniements d'armes, pilotage de tous les engins existants ou futurs) elle s'en sort toujours facilement. La violence qu'elle produit ne l'empêche pas de garder sa bonne conscience. Cette complexité dans le personnage entre des contraires fait à la fois son charme et sa limite de crédibilité. Pour moi le plus de la série est l'excellent graphisme de Buchet. Son univers est vraiment bien travaillé avec beaucoup de créativité sur ses aliens, ses différentes planètes aux ambiances souvent dystopiques mais pas répétitives. L'alternance de situations spatiales (très impressionnantes) et de situations “terrestres” apporte de la variété d'un épisode à l'autre. Enfin j'aime beaucoup la mise en couleur très bien mise en valeur par la créativité des tenues de Nävis. Une série qui se lit facilement et avec plaisir.
Le Jardin des Souvenirs
Morts non identifiés - Ce tome comprend les épisodes 1 à 3 de la minisérie du même nom (en 2007), ainsi que l'épisode spécial Potter's field : stone cold (en 2009), soit l'intégralité des épisodes parus. La première page frappe très fort : un homme est en train de suffoquer sous les yeux du lecteur, étouffé par un sac en plastic serré autour de sa gorge, les cases de texte indiquent qu'il s'agit d'une mule (un passeur de drogues) qui souhaitait arrêter. Il est enterré dans un cimetière orné de plaques tombales sans nom, uniquement avec des numéros. Il ne s'agit pas d'une fosse commune, mais de tombes individuelles de morts non identifiés. le texte apprend au lecteur que ce cimetière accueille 125 cadavres par semaine, dont deux tiers de nouveaux nés ou de morts nés. Un homme s'est fixé pour mission d'identifier ces individus, un par un ; il se fait appeler John Doe (le nom générique donné aux individus dont on ne connaît par l'identité) et porte tout le temps des lunettes de soleil. Il n'hésite pas à recourir à la violence pour arriver à ses fins, mais ce n'est pas un justicier. Il n'a pas de pulsion le poussant à redresser les torts. Durant ces 4 épisodes, John Doe rétablit l'identité d'autant personnes : (1) une jeune femme de race caucasienne, entre 20 et 25 ans, décédée d'une chute d'un immeuble, suicide probable, (2) une jeune dame qui vient demander l'aide de John Doe suite à la mort de sa sœur, (3) un homme lié au milieu de la pègre, et (4) une série de cadavres défigurés aux empreintes digitales effacées. Boom! Studios est une maison d'édition de comics fondé en 2005 dont Mark Waid a été le responsable éditorial en chef de 2007 à 2010. Il a également créé plusieurs séries pour cet éditeur dont 3 en 2009 : Irrécupérable (avec Peter Krause), Incorruptible (en VO avec Jean Diaz)et The Unknown (en VO, avec Minck Oosterveer). Ce tome commence par une introduction dithyrambique de Greg Rucka sur le travail effectué par Mark Waid et Paul Azaceta (illustrations). Il est vrai que la scène de départ est exemplaire. le lecteur est plongé dans le mystère, l'horreur de la violence et l'injustice de ces tombes sans nom. Les dessins d'Azaceta sont sombres à souhait, tout en restant lisible. Waid utilise les dialogues et les commentaires avec parcimonie. Azaceta s'attache aux éléments principaux sans sacrifier les décors. L'ambiance de polar noir et urbain est très réussie. Passé les cinq premières pages, le doute s'insinue. Il est visible que Waid n'en dira pas beaucoup sur John Doe qui porte bien son nom : pas de passé, pas de présent si ce n'est son occupation, pas de personnalité, juste un deus ex machina qui sert à résoudre des énigmes. Effectivement John Doe se limite à ça et ses méthodes de travail avec coups et blessures cumulent un autre poncif du genre : le réseau d'informateurs serviables parce qu'ils doivent beaucoup au héros. Sauf que Waid est un grand professionnel et qu'il a concocté des points de départ très intrigants qui évite à l'histoire de se cantonner à des clichés des romans noirs. le lecteur est mené par le bout du nez par le scénariste qui déroule des trames d'enquêtes dont les évolutions surprennent à chaque fois. Il y a bien le cliché du dur à cuire résistant, avec un coup d'avance sur les entourloupes des criminels, sauf que l'absence de voix intérieure de John Doe évite qu'il s'apparente au détective privé à qui on ne la fait pas. Il y a bien à un moment une femme fatale, sauf que ses relations avec le héros sortent des clichés habituels. Il y a bien des bagarres, mais elle ne dégénère pas en affrontements surhumains, avec un héros résistant à un niveau de douleur impossible. Il y a bien des scènes d'action, mais le spectaculaire ne prend jamais le dessus sur la narration. Ce dernier point repose sur les illustrations en retenue d'Azaceta qui n'est pas là pour l'esbroufe. Il s'est mis au service du récit avec un encrage fortement appuyé qui convient à merveille à ces histoires. Les illustrations disposent d'un bon niveau de détails qui établissent chaque lieu de manière crédible et réaliste qu'il s'agisse d'une morgue, d'une pièce où un individu a été détenu pendant plusieurs années, d'un appartement, d'un bureau d'un caïd, ou de ce fameux cimetière. Les scènes d'action sont vraiment remarquables par leur efficacité, par l'agencement des cases et les points de vue qui racontent à eux seuls l'histoire lors des scènes muettes. La première se trouve dans le premier épisode quand John Doe inspecte un appartement à la lueur d'une torche électrique : mise en scène simple et terriblement suggestive, avec une ambiance pesante et tendue incroyable. le quatrième épisode comprend une course poursuite dans un grand hall de gare en passant par d'immenses escalators à couper le souffle. Cette lecture procure un vrai plaisir visuel, sans tomber dans la démonstration ou le m'as-tu-vu. Mark Waid et Paul Azaceta proposent un récit bien noir (certains crimes sont sordides et immondes) avec une forme de retenue dans la narration qui augmente l'impact du récit. le lecteur pourra éventuellement se sentir frustré de l'absence d'informations sur John Doe, et de la brièveté de ces aventures.
Golgoth le Dernier Empereur (Empire)
Un dictateur avec les moyens de ses ambitions - Cette histoire constitue le début d'une série indépendante de toute autre. Ce tome contient les épisodes 0 à 7, initialement parus en 2003/2004, écrits par Mark Waid, dessinés par Barry Kitson, encrés par James Pascoe, avec une mise en couleurs d'Alex Bleyaert et Chris Sotomayor. L'épisode zéro avait été publié sous la forme de 2 épisodes en 2000, par un label indépendant Gorilla Comics, fondé par Mark Waid. Ils ont été republiés ensuite, ainsi que le reste de la série par DC Comics. Mark Waid et Barry Kitson ont donné une suite à ce récit en 2015 : Empire uprising (en VO). Cette histoire se déroule quelques années dans le futur, alors qu'un supercriminel appelé Golgoth (revêtu d'un armure jaune et noire et enveloppé dans une grande cape rouge) a conquis la Terre. Il a levé une armée et s'est attaqué à une nation après l'autre, mettant à profit son avantage tactique, à savoir la téléportation. Au moment où commence le récit il ne reste que de rares poches de résistance sur Terre, et quelques nations qui doivent encore plier le genou devant lui, mais la domination totale est assurée. Il est assisté par une équipe de ministres à faire peur : Tumbril (ministre du renseignement, tortionnaire en chef), Lucullan (ministre des armées, et compagnon de la première heure de Golgoth), Kafra (ministre de l'information, immobilisé et encastré dans une machine, réécrivant sans cesse L Histoire en faveur du vainqueur à savoir Golgoth), Xanna (ministre de…, juste la meilleure assassin de l'Empire), Rogent (Ministre du temps), Grieze (ministre des envois, surtout ad patrès), Valpurgis (Ministre du culte). Golgoth exécute lui-même chaque opposant, chaque envoyé diplomatique qui ne fait pas acte de soumission sans condition, chaque traître ou plus simplement chaque individu coupable d'une erreur dans sa hiérarchie. Il veille à l'éducation de sa fille Delfi, protégée de son mode de vie, et dans l'ignorance de ses actions réelle. Il distribue lui-même l'Eucharist (une gélule au contenu mystérieux) à ses fidèles ministres à intervalle régulier. Malgré sa poigne de fer et sa gouvernance dictatoriale sans état d'âme, quelques détails lui échappent. Sa fille Delfi entretient une relation charnelle sans qu'il le sache. le Groenland semble disposer d'une arme secrète bien cachée. Quelques-uns de ses ministres ont leurs propres objectifs personnels. Et si le méchant avait gagné ? Dans les récits de superhéros, c'est un sous-genre à part entière. Mark Waid rentre dans le vif du sujet dès la première page : c'est chose faite, Golgoth (avec son costume de supercriminel) a gagné : il est déjà le maitre du monde, à peu de détails près. Il est vraiment méchant, tuant tous ceux qui prêtent pas allégeance, ou dont la soumission n'est pas pleine et entière. À plusieurs reprises, il se salit les mains en tuant froidement un individu soupçonné de quoi que ce soit (pas de besoin de preuve), ou en massacrant des troupes de soldats ennemis. À plusieurs reprises, Barry Kitson le représente avec du sang sur les mains (enfin sur les gants) et sur le casque. D'ailleurs l'introduction de Mark Waid et la postface de Barry Kitson indiquent clairement que ce dernier a participé à la conception de l'intrigue, en effectuant régulièrement des propositions à Mark Waid pour l'étoffer. Barry Kitson s'est fait connaître en travaillant d'abord pour 2000 AD (en particulier pour les aventures de Psi-Judge Anderson), puis régulièrement pour Marvel (Amazing Spider-Man), et DC (LEGION avec Keith Giffen, Legion of SuperHeroes également avec Mark Waid). Il réalise des dessins de type réaliste avec un petit degré de simplification, très propres sur eux, très faciles et agréables à lire. Dans un premier temps, le lecteur apprécie ces images claires et immédiates. Pour donner un peu plus de crédibilité aux exactions de Golgoth et de ses ministres, Barry Kitson insiste un peu plus sur les encrages épais et les aplats de noir que dans ses autres oeuvres. James Pascoe respecte les traits de Kitson, avec un encrage méticuleux, des traits fins, des aplats de noir aux contours nets et légèrement polis. de fait malgré le degré de détails des dessins, cette façon d'arrondir discrètement les contours a pour effet de minimiser l'intensité des images les plus violentes. Ainsi le dessin pleine page présentant Tumbril en pleine séance de torture d'un prisonnier, avec dépeçage à vif est choquant dans ce qu'il représente, mais n'agresse pas le lecteur faute d'être viscéral. de la même manière, les tâches de sang sont trop figées pour être écœurantes. Cet effet dédramatisant se trouve un peu accentué par une mise en couleurs parfois un peu vive. Cette neutralisation partielle de l'horreur graphique est sans nul doute un choix effectué sciemment. Par exemple, l'apparence de Golgoth repose sur le jaune brillant de son armure, et le rouge vif de sa cape. Cette représentation l'inscrit dans le registre des méchants affrontant les superhéros, avec costume voyant. le concept de l'armure évoque un mélange de Doctor Doom et d'Iron Man, pour une apparence originale, et quand même un peu sinistre, du fait que le lecteur ne voit jamais son visage. Les costumes des autres ministres évoquent également des costumes moulant de superhéros, un peu moins voyants, mais tout aussi près du corps. La narration visuelle reste à destination d'un large public, même si les actes montrés atteignent un niveau élevé de violence, teinté parfois de sadisme (exécution de sang-froid, torture physique). Barry Kitson affectionne beaucoup les plans rapprochés et les plans poitrine pour les phases de dialogue. Néanmoins il sait rendre ces passages vivants, en montrant que les personnages sont dans l'action. Les expressions des visages ne sont pas très nuancées, mais elles suffisent pour faire comprendre l'état d'esprit du personnage, ou le sentiment principal qui l'habite. L'artiste adapte le degré de détails dans les arrière-plans en fonction de la séquence. Il peut être très minutieux : l'appareillage dans lequel Kafra est immergé et raccordé, l'ameublement de la chambre de Delfi, la serre au sommet du bâtiment du siège du gouvernement de Golgoth, la ville portuaire sur le Nil, les monceaux de cadavres lors de l'avancée de Golgoth. Ils peuvent être beaucoup plus sommaires une fois que Kitson les a détaillés en ouverture de séquence, ou lors des scènes de dialogues. le lecteur n'oublie quand même jamais où se déroule une action ; il apprécie quand l'environnement se fait visuellement plus dense. La narration de Mark Waid est en phase avec celle de Barry Kitson : des personnages à la psychologie peu fouillée, des motivations très claires et souvent monolithiques (sauf pour Golgoth dont l'histoire personnelle n'est guère abordée), Un personnage principal avançant sans état d'âme, sans remords, sans empathie. L'intrigue est moins sommaire, puisqu'elle entremêle plusieurs fils narratifs, sur la trame globale du parachèvement de la domination mondiale de Golgoth. Il subsiste quelques rares poches de résistance, dont le Groenland qui semble disposer d'un allié inattendu et d'un armement capable de faire réfléchir Golgoth. Chaque ministre a fait serment d'allégeance inconditionnelle à leur maître Golgoth, mais ça ne les empêche pas de continuer à avoir des pensées indépendantes. le lecteur plonge dans une intrigue bien fournie, avec trahisons à la cour de l'empereur Golgoth. Néanmoins Mark Waid fait plus que simplement tricoter une intrigue mêlant suspense, manigances et conquêtes militaires. Les ministres Lucullan et Xanna sont introduits dans leur joli costume moulant comme des archétypes sans épaisseur. Il en va tout autrement de Kafra, le ministre de l'information, dont le corps est intégré dans un appareillage technologique qui le recouvre entièrement, sauf le visage, et dont il ne peut pas sortir. Sa première apparition se fait sous la forme d'un dessin pleine page dans lequel il est en train de corriger les flux d'information télévisuelle en temps réel (avant diffusion) pour les reformuler systématiquement à l'avantage de Golgoth et de son régime. le lecteur pense tout de suite à une version améliorée et plus efficace de Winston Smith dans 1984, le roman de George Orwell paru en 1949. Il y a quelque chose de fascinant dans cette révision de l'Histoire en instantané. Alors que le récit prend de l'ampleur, le lecteur découvre que les agissements d'autres ministres révèlent le sadisme insidieux du régime de Golgoth. Il n'y a pas à discuter : il exécute sommairement tous ceux qui s'opposent à lui, ou qu'il estime n'avoir pas été à la hauteur de ses attentes. Mais parmi ses sbires, chacun souhaite garder sa place, et intrigue à sa manière pour asseoir sa base de pouvoir. Dans sa position de ministre de l'information, Kafra engrange de nombreuses informations dont certaines lui mettant la puce à l'oreille et l'incitant à fouiller plus profond. Xanna a décidé de mener sa propre enquête sur la nature réelle de l'eucharist, cette drogue distribuée parcimonieusement par Golgoth lui-même à une poignée de fidèles lieutenants (essentiellement ses ministres). Golgoth se montre d'un machiavélisme exceptionnel avec ce dispositif, et d'une cruauté incroyable quant à sa source d'approvisionnement. Waid continue de montrer les conséquences du comportement de Golgoth sur son entourage, avec Delfi sa propre fille. le scénariste montre l'influence que le comportement d'un individu peut avoir sur un autre, à commencer par son enfant. Finalement sous ses dehors un peu superhéros, le récit révèle une noirceur adulte, s'émancipant d'un simple manichéisme. Dans les premières séquences, le lecteur éprouve l'impression que les auteurs se sont contentés de reprendre les codes d'un comics de superhéros pour raconter l'histoire d'un supercriminel qui a gagné et qui est devenu le maître du monde à un ou deux détails près. Il apprécie les dessins clairs et précis de Barry Kitson et il se laisse porter par les intrigues de palais au sein de l'empire. Il constate que cette nature un peu adolescente de la narration ne constitue pas un obstacle à une noirceur plus adulte, avec des thèmes plus complexes.