Une indéniable réussite ce tome, j’ai attendu l’emprunt pour le découvrir mais il sera dans ma liste de cadeaux ;)
C’est typique de l’album que je relirai et toujours avec autant de plaisir. Le duo d’auteurs régale le lecteur. J’ai trouvé leur partie respective au diapason pour cette fable brutale et sauvage.
Malgré des couleurs un peu ternes et monotones, le graphisme est admirable. Le trait est soigné et la mise en page réussie, il y a une belle puissance qui s’en dégage.
On retrouve également cette puissance dans le scénario, c’est parfaitement séquencé et bien pensé. Ce n’est pas le genre d’œuvre qu’il faut lire à la va-vite, ça demande un peu d’investissement au lecteur. On a vite fait d’être un peu perdu avec les nombreux personnages et le chapitrage.
Cependant j’ai trouvé que ça valait franchement le coup, il y a du souffle et de la force, j’ai dégusté ma lecture. Finalement une histoire relativement sommaire et simple mais habile et magistralement racontée. La fin n’a pas la portée de « Les Cinq Conteurs de Bagdad » mais elle me plaît beaucoup.
J’ai du mal à mettre la note culte quand je n’ai lu qu’une seule fois une bd. Mais dans le cas présent, il y a un petit truc. L’avenir nous le dira ;)
Je réalise que c'est en arrivant à destination que le véritable voyage commence.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Cette bande dessinée compte un peu plus de quatre-vingts pages avec la particularité qu'elle commence dès la deuxième de couverture et s'achève sur la troisième de couverture. Elle a été réalisée par Blutch (Christian Hincker). Elle a été publiée pour la première fois en 2022, imprimée en Italie, en quadrichromie HUV sur un papier Munken Pure Rough de cent cinquante grammes pour le compte des éditions 2024.
Un train tiré par une locomotive à vapeur traverse une région montagneuse. Dans un wagon, un vieil homme avec une barbe blanche et une veste à d'apparat agite une cloche en annonçant l'arrivée à Bruxelles, pour vingt-quatre heures d'arrêt. Pour les correspondances, il invite les voyageurs à consulter l'affichage sur le quai. Sur sa banquette, avec son stetson sur la tête, B se parle à lui-même : deux jours de chemin de fer pour arriver jusqu'ici, l'essentiel c'est qu'ils y soient. En bordure de ville, un panneau indique : Bienvenue à Bruxelles, son lac, sa plage, ses montagnes, ses promenades, son casino. Sur le quai de la gare, un homme en habit militaire d'apparat, avec un sabre à sa ceinture, inique à B, la direction de l'hôtel Métropole, dans la ville haute. B se met en marche, il remarque un vrai Peau-Rouge assis sur le trottoir en train de fumer un calumet. Comme c'est pittoresque !
B poursuit son chemin en marchant : il a assez perdu de temps et il touche au but de son voyage. Il a égaré sa monture, et sa réserve d'eau est épuisée. Tout en haut d'une colline, il aperçoit l'hôtel Métropole. Il marche à belle allure, le long d'un escalier aux longues marches. Il arrive devant Daniel l'ermite, en bure, allongé à même le sol, sa tête calée contre un rocher. Daniel sa lue B : ce dernier le corrige car il ne s'appelle plus B. Il voyage son un nom d'aventure, son nom est désormais Espoir-du-soir, et c'est le désir qui l'amène sur les pentes de Bruxelles. Daniel l'enjoint de se garder de tout sentimentalisme. Les hommes doivent se garder de toute complaisance. Ventre affamé n'a pas point d'oreille. B devrait prendre l'arme qu'il lui tend. B s'empare de l'arme et dit au revoir à Daniel tout en lui tirant dessus. B a fini de gravir l'escalier, il traverse d'un bon pas, le parking de l'hôtel où sont stationnées de belles limousines noires. D'abord la réception : il avance toujours aussi déterminé, tout en demandant aux gens présents, de s'écarter car il a rendez-vous avec A. Il se présente à l'accueil et demande à parler à A. le réceptionniste indique qu'il n'y a personne de ce nom. Il ne la reconnaît pas sur le dessin que B en fait. B suggère qu'elle a pu réserver sous un nom d'emprunt, Incartade par exemple. Effectivement, il y a bien une réservation à ce nom, mais la personne n'est pas encore arrivée. B décide d'aller attendre dans le grand salon du bar. Il se rend compte que la conversation de chacune des personnes présentes par petit groupe, évoque A ou le parfum Incartade.
Un long voyage en train de deux jours, une locomotive à vapeur, une ville de Bruxelles avec un lac et des montagnes : pas de doute, il s'agit d'une bande dessinée avec une composante onirique. Les situations et les propos ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais comme les divagations d'un flux de pensée, avec ses associations libres, et parfois comme des métaphores. La couverture est très cryptique. le titre renvoie à l'expression : ce n'est pas la mer à boire, pour indiquer que l'obstacle dont l'individu se fait une montagne, n'est pas si difficile que ça à surmonter. En fonction de sa manière de lire une image, le lecteur peut d'abord être attiré par le couple s'enlaçant, ou par l’œil au centre de la composition. Un observateur, géant ou n'appartenant pas au même plan d'existence que les personnages, observe le baiser fougueux de deux voyageurs, l'homme ayant déjà dénudé une partie de la poitrine de la femme, leurs bagages se trouvant derrière chacun d'eux. Ils s'étreignent dans une allée assez large, avec une végétation luxuriante en arrière-plan. C'est donc une histoire d'amour, deux amants qui se retrouvent. Il n'y a pas de géant dans l'histoire : l’œil appartient donc à un observateur externe, celui du lecteur qui s'attache aux pas de B (le monsieur) et à ceux de A (la dame). Peut-être peut-on y voir l’œil de l'auteur dont le rôle est à mi-chemin entre l'invention pure et simple de la vie de ces deux personnages, et la transcription de ce qu'ils lui racontent, ayant pris une forme d'existence indépendante.
Le récit commence avec un dessin en pleine page : dans un registre descriptif, avec une palette de couleurs qui met en jeu des nuances de violet, de Parme à Violet d'évêque en passant par Lilas. Ce choix est présent tout du long, jusque dans l'épilogue avec la couleur du teeshirt de A. L'effet s'apparente à un glissement du spectre lumineux naturel vers une sorte de voile, comme si les couleurs étaient légèrement ternies, laissant la sensibilité du lecteur pencher plus du côté du passé ou de l'onirisme. Au cours du récit, B se pose la question de la temporalité suite à une remarque de Chokolé la fée cheyenne : l'année dans laquelle il vit est 2004, mais elle lui dit venir de 2022. L'effet d'irréalité se trouve accentué par l'absence de téléphone portable, des tenues vestimentaires parfois désuètes, que ce soit le contrôleur du train, ou la tenue du groom de l'hôtel évoquant celle de Spirou. D'un autre côté, A & B effectuent un voyage en avion, et la petitesse de la surface couvrante du maillot de bain deux pièces de A laisse penser que le récit se déroule bien à l'époque contemporaine.
Les dessins restent dans un registre descriptif du début à la fin, avec un bon niveau de détails, similaire à celui de l'image de couverture. La narration visuelle présente donc le récit avec la consistance d'une réalité concrète. le lecteur effectue ses jugements de valeur au fur et à mesure, repérant les éléments qui appartiennent à un registre fantaisiste. Après tout, B peut bien s'être entiché d'un stetson et le porter de manière naturelle. En revanche le costume du contrôleur ferroviaire et celui du garde sur le quai de la gare relèvent soit du costume d'opérette, soir du dix-neuvième siècle. de même, Daniel le sage allongé à même le sol sur le long escalier menant à l'hôtel Métropole ne peut relever que du rêve ou de la métaphore. B capturé par une tribu d'Indiens : le rêve. Puis attaché à un pieu en bois : une évocation de Tintin en Amérique ? Cette page où un moine est en train de se recueillir avec une tonsure et en robe de bure dans la case supérieure, et Blutch lui-même en train de dessiner à sa table de travail dans la case inférieure : le quatrième mur est brisé. le plus incroyable survient dans les cinq pages suivantes dont quatre dépourvues de mot : A réalise un numéro de funambule sur une corde tendue, attachée d'un côté à un large anneau fixé dans le mur de sa chambre d'hôtel, et de l'autre au sexe turgescent de B ligoté au poteau du campement indien. Pour faire bonne mesure, son numéro d'équilibriste l'amène à passer au-dessus d'une bataille où s'affronte deux armées, l'une défendant une petite maison blanche contre l'autre.
Dès le départ, le lecteur est donc invité à participer à ce jeu d'interprétation. Il pourrait s'en tenir à apprécier l'intrigue au premier degré, mais de nombreux passages ne font alors pas sens, soit par manque de résolution (finalement Daniel ne réapparaît par la suite), soit par leur impossibilité physique. La séance de funambulisme incite le lecteur à y voir une forme de lien entre l'homme et la femme, un chemin risqué sur lequel elle s'avance pour le rejoindre. La corde est tendue grâce à l'érection de l'homme : A parvient à lui grâce au désir de B, établir un lien affectif avec lui, ou renouer ce lien passe par son désir physique, ce qui conduit A à une prise de risque car elle n'est pas sûre que les sentiments soient au bout du désir. Un peu plus tard, les deux amants sont couchés dans le même lit. A dort profondément, B est réveillé. Il la découvre et lui enlève sa culotte. Fixant les deux pieds de la jeune femme, il se parle à lui-même : il s'agit de découvrir ce qui se trame entre ces deux points entre le pied gauche et le pied droit. Toujours à moitié endormie, elle répond : la nouvelle frontière. Douze pages plus loin, B est allongé nu sur son lit et endormi, agité dans son sommeil. C'est au tour de A de le considérer longuement. Puis alors qu'il est allongé nu sur le ventre, sur le canapé, elle est assise affalée derrière lui et, avec ses pieds, elle lui écarte les deux fesses pour considérer son anus et ses bourses. le lecteur note ce jeu de miroir, et il se met à faire d'autres suppositions, cherchant à identifier d'autres schémas, d'autres connexions, d'autres liens de cause à effet.
Une bande dessinée comme une autre : une histoire racontée avec des dessins disposés en case sur des pages. Une bande dessinée pas comme les autres avec une intrigue qui mêle des éléments réels avec des éléments oniriques, des métaphores psychanalytiques non explicites, laissant le lecteur se faire son interprétation par lui-même. Un mode d'expression poétique, d'associations d'idées visuelles ou thématiques, de visions pragmatiques et parfois impossibles.
Après l’uchronie avec leur univers Block 109, les auteurs semblent se faire une spécialité de récits historiques (Ira Dei, Le Roy des Ribauds, Cosaques…), un tandem (devenu trio en cours de route) toujours aussi efficace malgré leur forte production.
Ce premier tome de Tête de chien s’avère sans réelles surprises mais rondement mené et bien réalisé, un très bon moment de lecture à la clé.
J’ai bien aimé l’idée de départ, à savoir le mode de vie de ces chevaliers sans richesse, les tournois étant leur seule source de revenu. Après c’est plus classique dans les péripéties, les personnages sont bien campés mais stéréotypés … mais malgré çà, ça reste très agréable à suivre. J’ai beaucoup aimé les premières pages de chaque chapitres, un peu moins la mise en page de certains combats que j’ai trouvé parfois confuse (mais c’est pour faire mon chieur).
En l’état un très bon premier tome, j’espère que la suite sera du même acabit et ne me fera pas le même effet que Le Roy des ribauds où la tournure des événements m’a moins accroché au fil des parutions.
Nota : D’ailleurs je me demande si ces 2 séries ne partagent pas la même temporalité, il m’a semblé reconnaître Le Triste Sire et le roi dans une case, bientôt des aventures communes ?
MàJ tome 2 :
En entamant ce 2eme tome, j’avais une petite crainte mais vite envolée. Je l’ai même préféré au 1er.
Graphiquement tout d’abord, un trait peut être plus poussé, mais c’est surtout les scènes de combats que j’ai trouvé bien plus sympa et inspiré (le coup du reflet dans le casque …). Les protagonistes sont toujours aussi bien campés.
Niveau histoire (comme les personnages), nous sommes toujours dans les archétypes mais sans que ce soit gênant. Un récit rondement mené, bien réalisé et plus qu’efficace.
Pour moi maintenant, Tête de chien n’est pas qu’un personnage de « L’Incal ».
Bref franchement sympa à suivre.
J’ai vraiment apprécié lire cette bande dessinée. Le concept de Superman élevé en URSS est original et intriguant. Les dessins sont beaux et les couleurs vives. J’ai aimé voir des personnages connus comme Batman et Wonder Woman dans ce contexte de guerre froide.
Cependant, j’ai trouvé que l’histoire devenait un peu confuse vers la fin. Il y a beaucoup de personnages et de sauts dans le temps, ce qui rend parfois la lecture difficile. Malgré cela, j’ai passé un bon moment et je recommande cette BD à ceux qui aiment les super-héros et les histoires alternatives.
Boule & Bill c'est le retour en enfance et le temps de l'innocence et des bêtises pas très graves.
Autant je déteste Titeuf, autant j'ai une tendresse particulière pour cette série. Certainement parce qu'elle fut une des premières que j'ai lue et qui mettait en scène un enfant (et son chien, surtout son chien).
La star de Boule & Bill c'est Bill, le chien, qui ne pense qu'avec son estomac, qui n'aime pas les chats et les bains. Et voilà on a fait a peu près fait le tour des gags car cela va essentiellement tourner autour des ces sujets
Il y a donc effectivement une certaine redondance dans les gags. La série étant produite depuis 1962 c'est donc inévitable. C'est d'ailleurs peut être là qu'est le problème, aurait-elle dû survivre à Roba ? Je n'en suis vraiment pas sûr.
Graphiquement je les préfère de loin à Titeuf ou Kid Paddle que je trouve horribles.
Niveau humour ma préférence va pour Le Petit Spirou (et l'inénarrable prof Mégot)
Comme le dit gruizzli dans sa critique Boule & Bill c'est gentil, c'est rétro mais cela se lit toujours bien.
Boule & Bill c'est la BD d'été à lire sur le transat à l'ombre du cerisier en attendant que Morphée vienne vous chercher pour une petite sieste
Allez je met un 4, histoire de remonter la note car c'est impossible que "Boule & Bill" soit plus mauvais que Titeuf
4eme lecture d'une BD de Lupano et 4eme coup de cœur. Il faut dire que j'ai choisi les mieux notées jusqu'à présent.
Un véritable régal cette lecture. Ça me fais penser à des films comme *Snatch* ou *Arnaques, Crimes et Botanique* avec un bon rythme du début à la fin, des personnages se retrouvant dans des situations loufoques, et une dernière partie qui ne laisse aucun répit.
J'ai adoré la narration, les flashbacks, et la mise en page originale de certains passages. Gaby, le personnage que je pensais aimer le moins, m'a finalement beaucoup fait rire, surtout quand il s'imagine des choses dans l'appartement en venant chercher le gamin.
Le style de dessin est plutôt sympa et colle bien avec cette ambiance de "quartier" et les grossièretés du langage.
C'est une histoire de braquage du dimanche qui nous tient en haleine tout du long avec un final franchement sympathique.
3.5
Un très bon one-shot qui parle de troubles mentaux. Je ne sais pas du tout si le récit est entièrement fictif ou si l'autrice s'est basé sur sa vie. Je ne connais pas du tout la biographie de cette dernière, mais tout ce que je peux dire c'est que le tout semble très réaliste.
L'héroïne a une mère qui souffre d'un problème mental et qui ne sera diagnostic pendant des années. Du coup pendant des années elle va se comporter de façon bizarre et sa famille ne sait pas trop quoi faire. L'autrice brasse plusieurs thèmes et n'a pas peur de parler de sujets graves, notamment dans les scènes montrant l'enfance peu reluisante que la mère de l'héroïne a eu et qui explique en partie son comportement une fois devenue adulte.
J'ai bien aimé le dessin qui est particulier, mais va très bien pour illustrer ce genre d'histoire.
Les faits parlent à l'esprit, la vérité au cœur.
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Ce tome contient une histoire complète, entretenant un lien avec la continuité de l'époque des titres Superman. Il regroupe les 12 épisodes, initialement parus en 2019/2020, écrits par Greg Rucka, dessinés et encrés par Mike Perkins, qui a également réalisé les couvertures principales. La mise en couleurs a été réalisée par Paul Mounts pour les épisodes 1 à 4 et 6, Gabriel Eltaeb pour les épisodes 5, 7 et 8 par Andy Troy pour les épisodes 9 à 12. Les couvertures alternatives ont été réalisées par Jenny Frison, Nicola Scott, Sana Takeda, Emanuela Lupacchino, Mirka Andolfo, Elena Casagrande, Yasmine Putri, Kamome Shirahama, Bilquis Evely, Tula Lotay, Joëlle Jones, Amanda Conner.
À Chicago, dans le luxueux hôtel Drake, la femme de chambre Alejandra Ortiz est en train de faire le ménage dans la suite occupée par Lois Lane : elle fait le lit, elle prend bien soin de ne pas déranger tout ce qui traîne par terre ou sur les meubles. Elle laisse la télévision allumée en continue sur une chaine d'informations, tout en entendant le staccato du clavier alors que la journaliste rédige un article. Ayant achevé son article, elle s'adresse enfin à la femme de ménage en rappelant ses trois consignes : faire le lit, changer les serviettes, remplir le minibar, et ne pas prêter attention au bazar omniprésent. Une fois Ortiz partie, elle envoie son article à Perry White. Celui-ci l'appelle rapidement en lui reprochant ses fautes d'orthographe, en lui posant des questions sur son article, sur la solidité de ses sources, si elle veut vraiment signer l'article de son nom ou si elle préfère qu'il soit attribué à l'équipe du journal. Il termine en l'informant du décès de la journaliste Mariska Voronova. La version officielle est qu'elle souffrait de dépression et qu'elle s'est suicidée. Cette version ne mentionne pas qu'elle avait pour habitude de critiquer le Kremlin.
Au beau milieu de la nuit, Lois envoie un très court courriel : besoin de se voir, en mode Woodward. Peu de temps après, au beau milieu de la nuit, Lois Lane se retrouve dans un parking souterrain où elle rencontre un mystérieux individu. Elle lui explique que la journaliste Voronova a été retrouvée morte ce jour et qu'elle a la certitude que ce n'était pas un suicide. Voronova conservait des sauvegardes cachées et elle lui a avait confié leur localisation. Lane confie les documents permettant de les récupérer à son interlocuteur et lui demande de les ramener. Enfin elle rentre dans sa suite d'hôtel et se déshabille pour aller prendre une douche. Elle se rend compte avec plaisir qu'il y a déjà quelqu'un sous la douche et elle y rejoint son mari. Elle se réveille peu après six heures, et Clark est toujours à ses côtés : il la regardait dormir. Ils vont prendre un petit déjeuner ensemble, à l'extérieur. Clark a du mal à se contenir quand il surprend un homme murmurer une épithète injurieuse vis-à-vis de Lois parce qu'elle a embrassé Superman publiquement. À Moscou, un groupe de nervis est déjà en train de rechercher les clés USB de la journaliste.
En 2017, l'éditeur DC Comics commence la publication de Mister Miracle de Tom King & Mitch Gerads en 12 numéros. le récit est un succès et l'éditeur décide de publier d'autres récits dans ce format, dont deux dérivés du personnage de Superman : celui-ci et Superman's Pal Jimmy Olsen: Who Killed Jimmy Olsen? de Matt Fraction & Steve Lieber. le début de l'histoire laisse supposer que Lois Lane va partir en guerre, ou du moins aller enquêter sur l'assassinat de sa consœur. Mais en fait, elle confie la récupération de la clé à une autre personne. Par la suite, il est question de malversations et de prévarication, d'affaires de corruption et de prises illégales d'intérêt. Mais en fait, il est question de tentative d'assassinat sur sa propre personne, ou peut-être sur celle d'un intermédiaire haut placé. Lois Lane doit également gérer sa relation avec son époux et ses capacités extraordinaires, ce que lui a dit le père de Clark, et ce que souhaite faire leur fils Jon. Mais en fait, c'est l'existence même de l'homme de main qu'elle emploie qui soulève des interrogations difficiles. Au bout de la moitié des épisodes, le lecteur n'est plus très sûr de l'histoire que raconte réellement le scénariste, entre allusions transparentes à la porte-parole du gouvernement du quarante-cinquième président des États-Unis, et continuité des aventures de Superman en 2020.
D'un autre côté, les responsables éditoriaux ont su affecter un artiste unique tout le long de ces 12 épisodes, avec une approche réaliste et urbaine qui colle bien à cette ambiance d'enquête journalistique à haut risque. Il porte une attention soutenue aux différents environnements : la chambre d'hôtel et sa décoration, son ameublement, les piliers en béton et les murs nus du parking souterrain, la promenade à pied sur les quais à Chicago, la salle de conférence pour la conférence de presse de la porte-parole du gouvernement, l'appartement saccagé de Mariska Voronova, le bureau de rédacteur en chef de Perry White, les vues du ciel de Chicago quand Superman tient Lois dans ses bras, quelques bars et cafés, bien ou mal fréquentés, un cimetière où se déroule une cérémonie d'enterrement, un parloir, un plateau de télévision, etc. de la même manière, il soigne l'apparence des personnages, que ce soient les tenues de Lois Lane, des figurants civils, des militaires, des hommes de main, de Superman et de deux autres superhéros. le degré d'implication de l'artiste apparaît encore plus lors des séquences de combat physique : elles sont réfléchies, donnant à voir un enchaînement de coups logique et cohérent, avec une exagération mesurée pour les rendre plus spectaculaires. En y prêtant plus attention, le lecteur se rend également compte que les scènes de discussion bénéficient aussi d'un plan de prise de vue pensé, plus riche qu'un simple enchaînement de cases avec seulement des têtes en train de parler dans une alternance de champ et contrechamp. Les différents metteurs en couleurs œuvrent dans un registre naturaliste, avec une palette de couleurs souvent assombries.
Jusqu'à l'épisode 6, le lecteur éprouve des difficultés à déterminer le fil directeur du récit. À l'évidence, ce n'est pas une enquête journalistique dépourvue de superhéros. La question de l'assassinat de la journaliste russe ne constitue pas le fil directeur du récit, voire disparaît même en cours de route. Avec l'épisode 6, celui de l'enterrement, le scénariste met au cœur de son récit un décès survenu dans les séries Superman, alors écrites par Brian Michael Bendis. Dans un premier temps, le lecteur peut n'y voir que le professionnalisme de l'auteur qui s'accommode des événements d'actualité pour Superman et donc son épouse. de la même manière, il se dit que les responsables éditoriaux sont bien accommodants de le laisser reprendre des éléments que Rucka a développé plus de dix ans plutôt, tels que la religion du crime dans la série hebdomadaire 52 (2006/2007), puis dans The Question: Five Books of Blood (2007), et de mettre en scène un de ses personnages fétiches, Renee Montoya, présente dans plusieurs séries qu'il a écrites. La deuxième moitié du récit s'avère encore plus inattendue avec une intrigue qui repose sur l'existence du multivers. Mais dans cet épisode 6…
… Lois Lane confronte ses valeurs à celles de son père : c'est une véritable profession de foi Finalement, malgré la présence d'une superhéroïne en tant que gare du corps, malgré la présence en filigrane de Superman, malgré cette intrigue qui tourne autour de la présence d'individus issus d'un autre univers, l'histoire est bien focalisée sur Lois Lane, et pas simplement parce qu'elle est le personnage principal. Derrière l'apparence réaliste et adulte des dessins, le lecteur est déstabilisé par la présence d'éléments superhéros très premier degré avec costume moulant coloré, d'une science-fiction qui porte la marque des années passées. Ce n'est pas forcément ce qu'il attendait. Il voit bien que Greg Rucka s'amuse avec la porte-parole du gouvernement qui évoque l'aplomb de Sarah Huckabee Sanders, et la collusion entre le gouvernement et des intérêts financiers privés. Cela reste des évocations, sans devenir une analyse critique avec un questionnement de la liberté de la presse, des effets tangibles du quatrième pouvoir ou de la pandémie d'infox. Pourtant la dernière de l'histoire met en lumière le questionnement sur une facette du journalisme qui court tout du long : la recherche de la vérité. le scénariste se montre plus fin que prévu sur le thème des faits avérés et de la vérité.
A priori, le lecteur s'attend à un bon polar sous forme d'enquête journalistique menée par l'héroïne. Il remarque bien le teeshirt porté par l'héroïne sous la couverture, mais en se disant qu'il s'agit juste d'attirer le client. Il trouve bien une narration visuelle dans un ton urbain assez réaliste et sombre. du coup, il s'interroge sur la pertinence d'éléments typiquement superhéros, en décalage avec son attente. Il faut alors qu'il accorde sa confiance au scénariste. Sous cette réserve, le récit révèle sa subtilité, à la fois en prise directe avec les éléments superhéros inévitables pour l'épouse de Superman, à la fois une étude de caractère sur la motivation de cette femme hors du commun.
Triste récit que celui-ci. Triste mais essentiel car il est important que nous, occidentaux, prenions conscience des impacts sur la planète de notre mode de vie et de notre mode de consommation, que celui-ci concerne les énergies, l’alimentation ou n’importe quel autre domaine.
Pillages s’intéresse à l’alimentation, et plus exactement à la surpêche telle qu’elle est pratiquée dans le golfe de Guinée. Les auteurs en analysent les raisons et les conséquences. Le documentaire est très bien conçu, malgré quelques redites, et permet de comprendre toute l’horreur et toute l’absurdité du système mondial mis en place. Destruction des milieux marins, assèchement des ressources d’une population (la condamnant à devoir émigrer pour pouvoir vivre), massacre d’espèces de poissons jusqu’à les menacer d’extinction… tout ça pour, en grande partie, nourrir des poissons élevés en pisciculture de l’autre côté de la planète. C’est tellement con, c’est tellement absurde !
Le récit permet de suivre plusieurs acteurs sur le terrain, depuis le petit pêcheur local finalement obligé de s’engager sur un chalutier pour survivre à un équipage engagé dans la défense des océans (les Sea Shepherd) en passant par le commandant d’un chalutier, un armateur ou un garde-côte local. Corruption, braconnage, esclavagisme… tous les travers humains sont ici mis en évidence, au nom du profit et de la loi du plus fort. L’exploit de la part des auteurs est de ne pas faire montre d’un manichéisme outrancier, expliquant à quel point les différents acteurs sont prisonniers d’un système destructeur. Le constat, par contre, est incroyablement triste tant la lutte parait disproportionnée.
Pillages porte bien son nom et son propos devrait nous inciter à réfléchir. Est-ce le monde dont on rêve ?
Je me rends compte que je n’ai pas parlé du dessin. Si celui-ci s’efface devant la force du propos, il n’en constitue pas moins un bon support. Le trait est agréable, la colorisation est soignée, les différents tableaux (peu nombreux et toujours pertinents) sont clairs, les personnages sont faciles à reconnaitre. Ce n’est pas le trait qui fait acheter ce genre de documentaire mais, dans le cas présent, il est d’une très belle qualité.
Pour moi, il s’agit d’une lecture plus que recommandée. Il aura réussi, en tous les cas, à me dissuader de consommer du saumon pour quelques temps.
Pas un coup de cœur, non. Plutôt un fameux coup de poing !
Inévitablement, des lecteurs vont être déçus après avoir découvert le contenu de cet album. En effet, le titre est quelque peu trompeur et là où l’on s’attendait à trouver un récit avant tout érotique, voire limite pornographique, on se retrouve devant un récit d’aventure certes agrémenté de quelques scènes érotiques mais qui restent bien secondaires en comparaison avec l’histoire de vengeance qui occupe le devant de la scène.
A titre personnel, j’ai bien aimé.
D’abord parce que le dessin de Laura Zuccheri se prête parfaitement au sujet. Elle use d’un style classique très léché qui met en exergue l’exotisme, la violence et la sensualité du récit. Ses personnages sont séduisants et/ou effrayants, ses décors sont soignés, sa colorisation apporte de la profondeur à son trait. C’est vraiment le genre de trait soigné qui plaira aux amateurs de bandes dessinées classiques.
Ensuite parce que l’histoire imaginée par Sudeep Menon allie trois aspects avec un bel équilibre.
L’exotisme d’abord puisque l’auteur nous plonge en Inde au IIème siècle après JC, cadre dépaysant s’il en est. Pas vraiment callé en la matière je ne peux pas juger de la pertinence de la reconstitution historique mais j’ai envie de dire que cela n’a pas trop d’importance tant nous sommes ici dans un récit d’aventure avant tout. L’essentiel est donc que je croie à cet univers. Et j’y ai pleinement cru !
L’aventure ensuite puisque ce récit relate principalement une histoire de vengeance et de trahisons. Les scènes d’action sont nombreuses, les combats sont violents et l’histoire en elle-même est bien contée et tient la route.
L’érotisme enfin, est bien présent au travers de quelques scènes. Mais il s’agit de scènes qui s’intègrent logiquement dans le récit. De plus, si ces scènes sont plutôt chaudes, les auteurs ne tombent pas dans le piège de l’exhibition gratuite, privilégiant l’étreinte des corps et les caresses passionnées au détriment de l’exposition gratuite de sexes. Cet aspect érotique est donc tout à fait à mon goût et sa présence justifie le titre de l’album tout en s’imbriquant parfaitement dans le récit.
Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé… même si l’histoire est cousue de fil blanc et si l’on se doute rapidement de son issue. Mieux qu’un simple « pas mal », en tous les cas, ne fusse que pour l'équilibre du récit et l'harmonie entre le sujet traité et le style graphique.
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Le Dieu-Fauve
Une indéniable réussite ce tome, j’ai attendu l’emprunt pour le découvrir mais il sera dans ma liste de cadeaux ;) C’est typique de l’album que je relirai et toujours avec autant de plaisir. Le duo d’auteurs régale le lecteur. J’ai trouvé leur partie respective au diapason pour cette fable brutale et sauvage. Malgré des couleurs un peu ternes et monotones, le graphisme est admirable. Le trait est soigné et la mise en page réussie, il y a une belle puissance qui s’en dégage. On retrouve également cette puissance dans le scénario, c’est parfaitement séquencé et bien pensé. Ce n’est pas le genre d’œuvre qu’il faut lire à la va-vite, ça demande un peu d’investissement au lecteur. On a vite fait d’être un peu perdu avec les nombreux personnages et le chapitrage. Cependant j’ai trouvé que ça valait franchement le coup, il y a du souffle et de la force, j’ai dégusté ma lecture. Finalement une histoire relativement sommaire et simple mais habile et magistralement racontée. La fin n’a pas la portée de « Les Cinq Conteurs de Bagdad » mais elle me plaît beaucoup. J’ai du mal à mettre la note culte quand je n’ai lu qu’une seule fois une bd. Mais dans le cas présent, il y a un petit truc. L’avenir nous le dira ;)
La Mer à boire
Je réalise que c'est en arrivant à destination que le véritable voyage commence. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Cette bande dessinée compte un peu plus de quatre-vingts pages avec la particularité qu'elle commence dès la deuxième de couverture et s'achève sur la troisième de couverture. Elle a été réalisée par Blutch (Christian Hincker). Elle a été publiée pour la première fois en 2022, imprimée en Italie, en quadrichromie HUV sur un papier Munken Pure Rough de cent cinquante grammes pour le compte des éditions 2024. Un train tiré par une locomotive à vapeur traverse une région montagneuse. Dans un wagon, un vieil homme avec une barbe blanche et une veste à d'apparat agite une cloche en annonçant l'arrivée à Bruxelles, pour vingt-quatre heures d'arrêt. Pour les correspondances, il invite les voyageurs à consulter l'affichage sur le quai. Sur sa banquette, avec son stetson sur la tête, B se parle à lui-même : deux jours de chemin de fer pour arriver jusqu'ici, l'essentiel c'est qu'ils y soient. En bordure de ville, un panneau indique : Bienvenue à Bruxelles, son lac, sa plage, ses montagnes, ses promenades, son casino. Sur le quai de la gare, un homme en habit militaire d'apparat, avec un sabre à sa ceinture, inique à B, la direction de l'hôtel Métropole, dans la ville haute. B se met en marche, il remarque un vrai Peau-Rouge assis sur le trottoir en train de fumer un calumet. Comme c'est pittoresque ! B poursuit son chemin en marchant : il a assez perdu de temps et il touche au but de son voyage. Il a égaré sa monture, et sa réserve d'eau est épuisée. Tout en haut d'une colline, il aperçoit l'hôtel Métropole. Il marche à belle allure, le long d'un escalier aux longues marches. Il arrive devant Daniel l'ermite, en bure, allongé à même le sol, sa tête calée contre un rocher. Daniel sa lue B : ce dernier le corrige car il ne s'appelle plus B. Il voyage son un nom d'aventure, son nom est désormais Espoir-du-soir, et c'est le désir qui l'amène sur les pentes de Bruxelles. Daniel l'enjoint de se garder de tout sentimentalisme. Les hommes doivent se garder de toute complaisance. Ventre affamé n'a pas point d'oreille. B devrait prendre l'arme qu'il lui tend. B s'empare de l'arme et dit au revoir à Daniel tout en lui tirant dessus. B a fini de gravir l'escalier, il traverse d'un bon pas, le parking de l'hôtel où sont stationnées de belles limousines noires. D'abord la réception : il avance toujours aussi déterminé, tout en demandant aux gens présents, de s'écarter car il a rendez-vous avec A. Il se présente à l'accueil et demande à parler à A. le réceptionniste indique qu'il n'y a personne de ce nom. Il ne la reconnaît pas sur le dessin que B en fait. B suggère qu'elle a pu réserver sous un nom d'emprunt, Incartade par exemple. Effectivement, il y a bien une réservation à ce nom, mais la personne n'est pas encore arrivée. B décide d'aller attendre dans le grand salon du bar. Il se rend compte que la conversation de chacune des personnes présentes par petit groupe, évoque A ou le parfum Incartade. Un long voyage en train de deux jours, une locomotive à vapeur, une ville de Bruxelles avec un lac et des montagnes : pas de doute, il s'agit d'une bande dessinée avec une composante onirique. Les situations et les propos ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais comme les divagations d'un flux de pensée, avec ses associations libres, et parfois comme des métaphores. La couverture est très cryptique. le titre renvoie à l'expression : ce n'est pas la mer à boire, pour indiquer que l'obstacle dont l'individu se fait une montagne, n'est pas si difficile que ça à surmonter. En fonction de sa manière de lire une image, le lecteur peut d'abord être attiré par le couple s'enlaçant, ou par l’œil au centre de la composition. Un observateur, géant ou n'appartenant pas au même plan d'existence que les personnages, observe le baiser fougueux de deux voyageurs, l'homme ayant déjà dénudé une partie de la poitrine de la femme, leurs bagages se trouvant derrière chacun d'eux. Ils s'étreignent dans une allée assez large, avec une végétation luxuriante en arrière-plan. C'est donc une histoire d'amour, deux amants qui se retrouvent. Il n'y a pas de géant dans l'histoire : l’œil appartient donc à un observateur externe, celui du lecteur qui s'attache aux pas de B (le monsieur) et à ceux de A (la dame). Peut-être peut-on y voir l’œil de l'auteur dont le rôle est à mi-chemin entre l'invention pure et simple de la vie de ces deux personnages, et la transcription de ce qu'ils lui racontent, ayant pris une forme d'existence indépendante. Le récit commence avec un dessin en pleine page : dans un registre descriptif, avec une palette de couleurs qui met en jeu des nuances de violet, de Parme à Violet d'évêque en passant par Lilas. Ce choix est présent tout du long, jusque dans l'épilogue avec la couleur du teeshirt de A. L'effet s'apparente à un glissement du spectre lumineux naturel vers une sorte de voile, comme si les couleurs étaient légèrement ternies, laissant la sensibilité du lecteur pencher plus du côté du passé ou de l'onirisme. Au cours du récit, B se pose la question de la temporalité suite à une remarque de Chokolé la fée cheyenne : l'année dans laquelle il vit est 2004, mais elle lui dit venir de 2022. L'effet d'irréalité se trouve accentué par l'absence de téléphone portable, des tenues vestimentaires parfois désuètes, que ce soit le contrôleur du train, ou la tenue du groom de l'hôtel évoquant celle de Spirou. D'un autre côté, A & B effectuent un voyage en avion, et la petitesse de la surface couvrante du maillot de bain deux pièces de A laisse penser que le récit se déroule bien à l'époque contemporaine. Les dessins restent dans un registre descriptif du début à la fin, avec un bon niveau de détails, similaire à celui de l'image de couverture. La narration visuelle présente donc le récit avec la consistance d'une réalité concrète. le lecteur effectue ses jugements de valeur au fur et à mesure, repérant les éléments qui appartiennent à un registre fantaisiste. Après tout, B peut bien s'être entiché d'un stetson et le porter de manière naturelle. En revanche le costume du contrôleur ferroviaire et celui du garde sur le quai de la gare relèvent soit du costume d'opérette, soir du dix-neuvième siècle. de même, Daniel le sage allongé à même le sol sur le long escalier menant à l'hôtel Métropole ne peut relever que du rêve ou de la métaphore. B capturé par une tribu d'Indiens : le rêve. Puis attaché à un pieu en bois : une évocation de Tintin en Amérique ? Cette page où un moine est en train de se recueillir avec une tonsure et en robe de bure dans la case supérieure, et Blutch lui-même en train de dessiner à sa table de travail dans la case inférieure : le quatrième mur est brisé. le plus incroyable survient dans les cinq pages suivantes dont quatre dépourvues de mot : A réalise un numéro de funambule sur une corde tendue, attachée d'un côté à un large anneau fixé dans le mur de sa chambre d'hôtel, et de l'autre au sexe turgescent de B ligoté au poteau du campement indien. Pour faire bonne mesure, son numéro d'équilibriste l'amène à passer au-dessus d'une bataille où s'affronte deux armées, l'une défendant une petite maison blanche contre l'autre. Dès le départ, le lecteur est donc invité à participer à ce jeu d'interprétation. Il pourrait s'en tenir à apprécier l'intrigue au premier degré, mais de nombreux passages ne font alors pas sens, soit par manque de résolution (finalement Daniel ne réapparaît par la suite), soit par leur impossibilité physique. La séance de funambulisme incite le lecteur à y voir une forme de lien entre l'homme et la femme, un chemin risqué sur lequel elle s'avance pour le rejoindre. La corde est tendue grâce à l'érection de l'homme : A parvient à lui grâce au désir de B, établir un lien affectif avec lui, ou renouer ce lien passe par son désir physique, ce qui conduit A à une prise de risque car elle n'est pas sûre que les sentiments soient au bout du désir. Un peu plus tard, les deux amants sont couchés dans le même lit. A dort profondément, B est réveillé. Il la découvre et lui enlève sa culotte. Fixant les deux pieds de la jeune femme, il se parle à lui-même : il s'agit de découvrir ce qui se trame entre ces deux points entre le pied gauche et le pied droit. Toujours à moitié endormie, elle répond : la nouvelle frontière. Douze pages plus loin, B est allongé nu sur son lit et endormi, agité dans son sommeil. C'est au tour de A de le considérer longuement. Puis alors qu'il est allongé nu sur le ventre, sur le canapé, elle est assise affalée derrière lui et, avec ses pieds, elle lui écarte les deux fesses pour considérer son anus et ses bourses. le lecteur note ce jeu de miroir, et il se met à faire d'autres suppositions, cherchant à identifier d'autres schémas, d'autres connexions, d'autres liens de cause à effet. Une bande dessinée comme une autre : une histoire racontée avec des dessins disposés en case sur des pages. Une bande dessinée pas comme les autres avec une intrigue qui mêle des éléments réels avec des éléments oniriques, des métaphores psychanalytiques non explicites, laissant le lecteur se faire son interprétation par lui-même. Un mode d'expression poétique, d'associations d'idées visuelles ou thématiques, de visions pragmatiques et parfois impossibles.
Tête de Chien
Après l’uchronie avec leur univers Block 109, les auteurs semblent se faire une spécialité de récits historiques (Ira Dei, Le Roy des Ribauds, Cosaques…), un tandem (devenu trio en cours de route) toujours aussi efficace malgré leur forte production. Ce premier tome de Tête de chien s’avère sans réelles surprises mais rondement mené et bien réalisé, un très bon moment de lecture à la clé. J’ai bien aimé l’idée de départ, à savoir le mode de vie de ces chevaliers sans richesse, les tournois étant leur seule source de revenu. Après c’est plus classique dans les péripéties, les personnages sont bien campés mais stéréotypés … mais malgré çà, ça reste très agréable à suivre. J’ai beaucoup aimé les premières pages de chaque chapitres, un peu moins la mise en page de certains combats que j’ai trouvé parfois confuse (mais c’est pour faire mon chieur). En l’état un très bon premier tome, j’espère que la suite sera du même acabit et ne me fera pas le même effet que Le Roy des ribauds où la tournure des événements m’a moins accroché au fil des parutions. Nota : D’ailleurs je me demande si ces 2 séries ne partagent pas la même temporalité, il m’a semblé reconnaître Le Triste Sire et le roi dans une case, bientôt des aventures communes ? MàJ tome 2 : En entamant ce 2eme tome, j’avais une petite crainte mais vite envolée. Je l’ai même préféré au 1er. Graphiquement tout d’abord, un trait peut être plus poussé, mais c’est surtout les scènes de combats que j’ai trouvé bien plus sympa et inspiré (le coup du reflet dans le casque …). Les protagonistes sont toujours aussi bien campés. Niveau histoire (comme les personnages), nous sommes toujours dans les archétypes mais sans que ce soit gênant. Un récit rondement mené, bien réalisé et plus qu’efficace. Pour moi maintenant, Tête de chien n’est pas qu’un personnage de « L’Incal ». Bref franchement sympa à suivre.
Superman - Red Son
J’ai vraiment apprécié lire cette bande dessinée. Le concept de Superman élevé en URSS est original et intriguant. Les dessins sont beaux et les couleurs vives. J’ai aimé voir des personnages connus comme Batman et Wonder Woman dans ce contexte de guerre froide. Cependant, j’ai trouvé que l’histoire devenait un peu confuse vers la fin. Il y a beaucoup de personnages et de sauts dans le temps, ce qui rend parfois la lecture difficile. Malgré cela, j’ai passé un bon moment et je recommande cette BD à ceux qui aiment les super-héros et les histoires alternatives.
Boule & Bill
Boule & Bill c'est le retour en enfance et le temps de l'innocence et des bêtises pas très graves. Autant je déteste Titeuf, autant j'ai une tendresse particulière pour cette série. Certainement parce qu'elle fut une des premières que j'ai lue et qui mettait en scène un enfant (et son chien, surtout son chien). La star de Boule & Bill c'est Bill, le chien, qui ne pense qu'avec son estomac, qui n'aime pas les chats et les bains. Et voilà on a fait a peu près fait le tour des gags car cela va essentiellement tourner autour des ces sujets Il y a donc effectivement une certaine redondance dans les gags. La série étant produite depuis 1962 c'est donc inévitable. C'est d'ailleurs peut être là qu'est le problème, aurait-elle dû survivre à Roba ? Je n'en suis vraiment pas sûr. Graphiquement je les préfère de loin à Titeuf ou Kid Paddle que je trouve horribles. Niveau humour ma préférence va pour Le Petit Spirou (et l'inénarrable prof Mégot) Comme le dit gruizzli dans sa critique Boule & Bill c'est gentil, c'est rétro mais cela se lit toujours bien. Boule & Bill c'est la BD d'été à lire sur le transat à l'ombre du cerisier en attendant que Morphée vienne vous chercher pour une petite sieste Allez je met un 4, histoire de remonter la note car c'est impossible que "Boule & Bill" soit plus mauvais que Titeuf
Ma révérence
4eme lecture d'une BD de Lupano et 4eme coup de cœur. Il faut dire que j'ai choisi les mieux notées jusqu'à présent. Un véritable régal cette lecture. Ça me fais penser à des films comme *Snatch* ou *Arnaques, Crimes et Botanique* avec un bon rythme du début à la fin, des personnages se retrouvant dans des situations loufoques, et une dernière partie qui ne laisse aucun répit. J'ai adoré la narration, les flashbacks, et la mise en page originale de certains passages. Gaby, le personnage que je pensais aimer le moins, m'a finalement beaucoup fait rire, surtout quand il s'imagine des choses dans l'appartement en venant chercher le gamin. Le style de dessin est plutôt sympa et colle bien avec cette ambiance de "quartier" et les grossièretés du langage. C'est une histoire de braquage du dimanche qui nous tient en haleine tout du long avec un final franchement sympathique.
Des maux à dire
3.5 Un très bon one-shot qui parle de troubles mentaux. Je ne sais pas du tout si le récit est entièrement fictif ou si l'autrice s'est basé sur sa vie. Je ne connais pas du tout la biographie de cette dernière, mais tout ce que je peux dire c'est que le tout semble très réaliste. L'héroïne a une mère qui souffre d'un problème mental et qui ne sera diagnostic pendant des années. Du coup pendant des années elle va se comporter de façon bizarre et sa famille ne sait pas trop quoi faire. L'autrice brasse plusieurs thèmes et n'a pas peur de parler de sujets graves, notamment dans les scènes montrant l'enfance peu reluisante que la mère de l'héroïne a eu et qui explique en partie son comportement une fois devenue adulte. J'ai bien aimé le dessin qui est particulier, mais va très bien pour illustrer ce genre d'histoire.
Lois Lane – Ennemie du peuple
Les faits parlent à l'esprit, la vérité au cœur. - Ce tome contient une histoire complète, entretenant un lien avec la continuité de l'époque des titres Superman. Il regroupe les 12 épisodes, initialement parus en 2019/2020, écrits par Greg Rucka, dessinés et encrés par Mike Perkins, qui a également réalisé les couvertures principales. La mise en couleurs a été réalisée par Paul Mounts pour les épisodes 1 à 4 et 6, Gabriel Eltaeb pour les épisodes 5, 7 et 8 par Andy Troy pour les épisodes 9 à 12. Les couvertures alternatives ont été réalisées par Jenny Frison, Nicola Scott, Sana Takeda, Emanuela Lupacchino, Mirka Andolfo, Elena Casagrande, Yasmine Putri, Kamome Shirahama, Bilquis Evely, Tula Lotay, Joëlle Jones, Amanda Conner. À Chicago, dans le luxueux hôtel Drake, la femme de chambre Alejandra Ortiz est en train de faire le ménage dans la suite occupée par Lois Lane : elle fait le lit, elle prend bien soin de ne pas déranger tout ce qui traîne par terre ou sur les meubles. Elle laisse la télévision allumée en continue sur une chaine d'informations, tout en entendant le staccato du clavier alors que la journaliste rédige un article. Ayant achevé son article, elle s'adresse enfin à la femme de ménage en rappelant ses trois consignes : faire le lit, changer les serviettes, remplir le minibar, et ne pas prêter attention au bazar omniprésent. Une fois Ortiz partie, elle envoie son article à Perry White. Celui-ci l'appelle rapidement en lui reprochant ses fautes d'orthographe, en lui posant des questions sur son article, sur la solidité de ses sources, si elle veut vraiment signer l'article de son nom ou si elle préfère qu'il soit attribué à l'équipe du journal. Il termine en l'informant du décès de la journaliste Mariska Voronova. La version officielle est qu'elle souffrait de dépression et qu'elle s'est suicidée. Cette version ne mentionne pas qu'elle avait pour habitude de critiquer le Kremlin. Au beau milieu de la nuit, Lois envoie un très court courriel : besoin de se voir, en mode Woodward. Peu de temps après, au beau milieu de la nuit, Lois Lane se retrouve dans un parking souterrain où elle rencontre un mystérieux individu. Elle lui explique que la journaliste Voronova a été retrouvée morte ce jour et qu'elle a la certitude que ce n'était pas un suicide. Voronova conservait des sauvegardes cachées et elle lui a avait confié leur localisation. Lane confie les documents permettant de les récupérer à son interlocuteur et lui demande de les ramener. Enfin elle rentre dans sa suite d'hôtel et se déshabille pour aller prendre une douche. Elle se rend compte avec plaisir qu'il y a déjà quelqu'un sous la douche et elle y rejoint son mari. Elle se réveille peu après six heures, et Clark est toujours à ses côtés : il la regardait dormir. Ils vont prendre un petit déjeuner ensemble, à l'extérieur. Clark a du mal à se contenir quand il surprend un homme murmurer une épithète injurieuse vis-à-vis de Lois parce qu'elle a embrassé Superman publiquement. À Moscou, un groupe de nervis est déjà en train de rechercher les clés USB de la journaliste. En 2017, l'éditeur DC Comics commence la publication de Mister Miracle de Tom King & Mitch Gerads en 12 numéros. le récit est un succès et l'éditeur décide de publier d'autres récits dans ce format, dont deux dérivés du personnage de Superman : celui-ci et Superman's Pal Jimmy Olsen: Who Killed Jimmy Olsen? de Matt Fraction & Steve Lieber. le début de l'histoire laisse supposer que Lois Lane va partir en guerre, ou du moins aller enquêter sur l'assassinat de sa consœur. Mais en fait, elle confie la récupération de la clé à une autre personne. Par la suite, il est question de malversations et de prévarication, d'affaires de corruption et de prises illégales d'intérêt. Mais en fait, il est question de tentative d'assassinat sur sa propre personne, ou peut-être sur celle d'un intermédiaire haut placé. Lois Lane doit également gérer sa relation avec son époux et ses capacités extraordinaires, ce que lui a dit le père de Clark, et ce que souhaite faire leur fils Jon. Mais en fait, c'est l'existence même de l'homme de main qu'elle emploie qui soulève des interrogations difficiles. Au bout de la moitié des épisodes, le lecteur n'est plus très sûr de l'histoire que raconte réellement le scénariste, entre allusions transparentes à la porte-parole du gouvernement du quarante-cinquième président des États-Unis, et continuité des aventures de Superman en 2020. D'un autre côté, les responsables éditoriaux ont su affecter un artiste unique tout le long de ces 12 épisodes, avec une approche réaliste et urbaine qui colle bien à cette ambiance d'enquête journalistique à haut risque. Il porte une attention soutenue aux différents environnements : la chambre d'hôtel et sa décoration, son ameublement, les piliers en béton et les murs nus du parking souterrain, la promenade à pied sur les quais à Chicago, la salle de conférence pour la conférence de presse de la porte-parole du gouvernement, l'appartement saccagé de Mariska Voronova, le bureau de rédacteur en chef de Perry White, les vues du ciel de Chicago quand Superman tient Lois dans ses bras, quelques bars et cafés, bien ou mal fréquentés, un cimetière où se déroule une cérémonie d'enterrement, un parloir, un plateau de télévision, etc. de la même manière, il soigne l'apparence des personnages, que ce soient les tenues de Lois Lane, des figurants civils, des militaires, des hommes de main, de Superman et de deux autres superhéros. le degré d'implication de l'artiste apparaît encore plus lors des séquences de combat physique : elles sont réfléchies, donnant à voir un enchaînement de coups logique et cohérent, avec une exagération mesurée pour les rendre plus spectaculaires. En y prêtant plus attention, le lecteur se rend également compte que les scènes de discussion bénéficient aussi d'un plan de prise de vue pensé, plus riche qu'un simple enchaînement de cases avec seulement des têtes en train de parler dans une alternance de champ et contrechamp. Les différents metteurs en couleurs œuvrent dans un registre naturaliste, avec une palette de couleurs souvent assombries. Jusqu'à l'épisode 6, le lecteur éprouve des difficultés à déterminer le fil directeur du récit. À l'évidence, ce n'est pas une enquête journalistique dépourvue de superhéros. La question de l'assassinat de la journaliste russe ne constitue pas le fil directeur du récit, voire disparaît même en cours de route. Avec l'épisode 6, celui de l'enterrement, le scénariste met au cœur de son récit un décès survenu dans les séries Superman, alors écrites par Brian Michael Bendis. Dans un premier temps, le lecteur peut n'y voir que le professionnalisme de l'auteur qui s'accommode des événements d'actualité pour Superman et donc son épouse. de la même manière, il se dit que les responsables éditoriaux sont bien accommodants de le laisser reprendre des éléments que Rucka a développé plus de dix ans plutôt, tels que la religion du crime dans la série hebdomadaire 52 (2006/2007), puis dans The Question: Five Books of Blood (2007), et de mettre en scène un de ses personnages fétiches, Renee Montoya, présente dans plusieurs séries qu'il a écrites. La deuxième moitié du récit s'avère encore plus inattendue avec une intrigue qui repose sur l'existence du multivers. Mais dans cet épisode 6… … Lois Lane confronte ses valeurs à celles de son père : c'est une véritable profession de foi Finalement, malgré la présence d'une superhéroïne en tant que gare du corps, malgré la présence en filigrane de Superman, malgré cette intrigue qui tourne autour de la présence d'individus issus d'un autre univers, l'histoire est bien focalisée sur Lois Lane, et pas simplement parce qu'elle est le personnage principal. Derrière l'apparence réaliste et adulte des dessins, le lecteur est déstabilisé par la présence d'éléments superhéros très premier degré avec costume moulant coloré, d'une science-fiction qui porte la marque des années passées. Ce n'est pas forcément ce qu'il attendait. Il voit bien que Greg Rucka s'amuse avec la porte-parole du gouvernement qui évoque l'aplomb de Sarah Huckabee Sanders, et la collusion entre le gouvernement et des intérêts financiers privés. Cela reste des évocations, sans devenir une analyse critique avec un questionnement de la liberté de la presse, des effets tangibles du quatrième pouvoir ou de la pandémie d'infox. Pourtant la dernière de l'histoire met en lumière le questionnement sur une facette du journalisme qui court tout du long : la recherche de la vérité. le scénariste se montre plus fin que prévu sur le thème des faits avérés et de la vérité. A priori, le lecteur s'attend à un bon polar sous forme d'enquête journalistique menée par l'héroïne. Il remarque bien le teeshirt porté par l'héroïne sous la couverture, mais en se disant qu'il s'agit juste d'attirer le client. Il trouve bien une narration visuelle dans un ton urbain assez réaliste et sombre. du coup, il s'interroge sur la pertinence d'éléments typiquement superhéros, en décalage avec son attente. Il faut alors qu'il accorde sa confiance au scénariste. Sous cette réserve, le récit révèle sa subtilité, à la fois en prise directe avec les éléments superhéros inévitables pour l'épouse de Superman, à la fois une étude de caractère sur la motivation de cette femme hors du commun.
Pillages
Triste récit que celui-ci. Triste mais essentiel car il est important que nous, occidentaux, prenions conscience des impacts sur la planète de notre mode de vie et de notre mode de consommation, que celui-ci concerne les énergies, l’alimentation ou n’importe quel autre domaine. Pillages s’intéresse à l’alimentation, et plus exactement à la surpêche telle qu’elle est pratiquée dans le golfe de Guinée. Les auteurs en analysent les raisons et les conséquences. Le documentaire est très bien conçu, malgré quelques redites, et permet de comprendre toute l’horreur et toute l’absurdité du système mondial mis en place. Destruction des milieux marins, assèchement des ressources d’une population (la condamnant à devoir émigrer pour pouvoir vivre), massacre d’espèces de poissons jusqu’à les menacer d’extinction… tout ça pour, en grande partie, nourrir des poissons élevés en pisciculture de l’autre côté de la planète. C’est tellement con, c’est tellement absurde ! Le récit permet de suivre plusieurs acteurs sur le terrain, depuis le petit pêcheur local finalement obligé de s’engager sur un chalutier pour survivre à un équipage engagé dans la défense des océans (les Sea Shepherd) en passant par le commandant d’un chalutier, un armateur ou un garde-côte local. Corruption, braconnage, esclavagisme… tous les travers humains sont ici mis en évidence, au nom du profit et de la loi du plus fort. L’exploit de la part des auteurs est de ne pas faire montre d’un manichéisme outrancier, expliquant à quel point les différents acteurs sont prisonniers d’un système destructeur. Le constat, par contre, est incroyablement triste tant la lutte parait disproportionnée. Pillages porte bien son nom et son propos devrait nous inciter à réfléchir. Est-ce le monde dont on rêve ? Je me rends compte que je n’ai pas parlé du dessin. Si celui-ci s’efface devant la force du propos, il n’en constitue pas moins un bon support. Le trait est agréable, la colorisation est soignée, les différents tableaux (peu nombreux et toujours pertinents) sont clairs, les personnages sont faciles à reconnaitre. Ce n’est pas le trait qui fait acheter ce genre de documentaire mais, dans le cas présent, il est d’une très belle qualité. Pour moi, il s’agit d’une lecture plus que recommandée. Il aura réussi, en tous les cas, à me dissuader de consommer du saumon pour quelques temps. Pas un coup de cœur, non. Plutôt un fameux coup de poing !
Kamasutra - De Chair et de sang
Inévitablement, des lecteurs vont être déçus après avoir découvert le contenu de cet album. En effet, le titre est quelque peu trompeur et là où l’on s’attendait à trouver un récit avant tout érotique, voire limite pornographique, on se retrouve devant un récit d’aventure certes agrémenté de quelques scènes érotiques mais qui restent bien secondaires en comparaison avec l’histoire de vengeance qui occupe le devant de la scène. A titre personnel, j’ai bien aimé. D’abord parce que le dessin de Laura Zuccheri se prête parfaitement au sujet. Elle use d’un style classique très léché qui met en exergue l’exotisme, la violence et la sensualité du récit. Ses personnages sont séduisants et/ou effrayants, ses décors sont soignés, sa colorisation apporte de la profondeur à son trait. C’est vraiment le genre de trait soigné qui plaira aux amateurs de bandes dessinées classiques. Ensuite parce que l’histoire imaginée par Sudeep Menon allie trois aspects avec un bel équilibre. L’exotisme d’abord puisque l’auteur nous plonge en Inde au IIème siècle après JC, cadre dépaysant s’il en est. Pas vraiment callé en la matière je ne peux pas juger de la pertinence de la reconstitution historique mais j’ai envie de dire que cela n’a pas trop d’importance tant nous sommes ici dans un récit d’aventure avant tout. L’essentiel est donc que je croie à cet univers. Et j’y ai pleinement cru ! L’aventure ensuite puisque ce récit relate principalement une histoire de vengeance et de trahisons. Les scènes d’action sont nombreuses, les combats sont violents et l’histoire en elle-même est bien contée et tient la route. L’érotisme enfin, est bien présent au travers de quelques scènes. Mais il s’agit de scènes qui s’intègrent logiquement dans le récit. De plus, si ces scènes sont plutôt chaudes, les auteurs ne tombent pas dans le piège de l’exhibition gratuite, privilégiant l’étreinte des corps et les caresses passionnées au détriment de l’exposition gratuite de sexes. Cet aspect érotique est donc tout à fait à mon goût et sa présence justifie le titre de l’album tout en s’imbriquant parfaitement dans le récit. Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé… même si l’histoire est cousue de fil blanc et si l’on se doute rapidement de son issue. Mieux qu’un simple « pas mal », en tous les cas, ne fusse que pour l'équilibre du récit et l'harmonie entre le sujet traité et le style graphique.