Le Droit du sol

Note: 2.91/5
(2.91/5 pour 11 avis)

En juin 2019, Étienne Davodeau entreprend, à pied et sac au dos, un périple de 800km, entre la grotte de Pech Merle et Bure.


Davodeau Documentaires Énergie nucléaire Environnement et écologie Marche et randonnée

Des peintures rupestres, trésors de l'humanité encore protégés aux déchets nucléaires enfouis dans le sous-sol, malheur annoncé pour les espèces vivantes. Étienne Davodeau, sapiens parmi les sapiens, interroge notre rapport au sol. Marcheur-observateur, il lance l'alerte d'un vertige collectif imminent et invite à un voyage dans le temps et dans l'espace. De quelle planète les générations futures hériteront-elles ? Qu'allons-nous laisser à celles et ceux qui naîtront après nous ? Comment les alerter de ce terrible et réel danger pour leur survie ? Il est de notre responsabilité collective d'avancer sur les questions énergétiques pour protéger la "peau du monde". Dans cette marche à travers la France, il est parfois accompagné d'amis, de sa compagne, mais aussi de spécialistes, qu'il convoque sur ces sentiers pour qu'ils nous racontent l'histoire unique du sol de notre planète, ou encore celle du nucléaire et de ses déchets, dangereux pendant plusieurs centaines de milliers d'années. À la marge du témoignage et du journalisme augmenté, le Droit du sol marque le grand retour d'Étienne Davodeau à la bande dessinée de reportage.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 06 Octobre 2021
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Le Droit du sol © Futuropolis 2021
Les notes
Note: 2.91/5
(2.91/5 pour 11 avis)
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11/10/2021 | Ber
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Par Cleck
Note: 4/5
L'avatar du posteur Cleck

Je découvre avec stupeur que ce beau roman graphique est particulièrement mésestimé ici. En fait, je m'en attriste mais ne m'en étonne guère : les BD un peu engagées, contredisant les pensées dominantes sont généralement dénigrées pour leur soi-disant parti-pris militant. Regard critique sur le parti-pris souvent oublié lorsque les points de vue défendus sont ceux majoritaires. (D'où la nécessité de cet avis très tardif, ma lecture ayant eu lieu il y a sans doute plus de 2 ans.) Nous avons là le pendant rigoureux et important au dogmatique Le Monde sans fin du duo Blain-Jancovici. Sur le sujet du nucléaire, il est impensable de ne lire que le second sous peine d'avoir une vision bien trop pro-nucléaire des choses. Oui, les violences policières, la problématique insoluble de l'enfouissement des déchets, le retour historique sur ce qui a été (mal) fait jusqu'à présent, la terrifiante inconnue du démantèlement des centrales en fin de vie, etc. seront évoqués, avec une tendre mise en perspective poétique via la comparaison avec les peintures rupestres. C'est beau, important et certes un peu didactique donc parfois fastidieux.

06/06/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 1/5
L'avatar du posteur Emka

À première vue, "Le Droit du Sol" semble être un projet ambitieux, abordant le sujet important du nucléaire que l’on pourrait même élargir à notre dépendance à l’énergie et notre rapport à la Terre et à son sol. Et bien entendu à notre manière de l'occuper. J’aime beaucoup Davodeau dans Lulu Femme Nue, Les Mauvaises Gens ou Les Ignorants, voilà un sujet qui change, voyons ce que cela donne. Eh bien, j’ai été particulièrement déçu par la manière dont il traite cette thématique. Bien que les interlocuteurs présentés soient intéressants et apportent des informations scientifiques sérieuses, l’absence totale de contradicteurs rend le récit déséquilibré et presque dogmatique. Critiquer un sujet aussi complexe sans offrir de perspective opposée, c’est un peu comme dire que l’on est contre la guerre : facile et consensuel, mais sans profondeur. Les personnes rencontrées par Davodeau sont certes passionnées et bien informées, mais leur présence unilatérale dans le récit donne une grosse impression de partialité. Et ce qui est excessif devient insignifiant. Les militants et experts partagent tous une même vision critique de l’enfouissement des déchets nucléaires, ce qui, sans contre-arguments, peut sembler un peu simpliste. Un débat plus nuancé aurait permis une compréhension plus complète et honnête du sujet. On retrouve ici le style de dessin de Davodeau que j’aime bien, c’est expressif et sert bien le propos documentaire. Néanmoins, ces qualités visuelles ne suffisent pas à compenser les lacunes du récit. Contrairement à ses autres livres, où Davodeau excelle dans la description de la vie quotidienne et des interactions humaines, ici, il s’aventure dans un domaine où son approche manque de la nuance nécessaire. Critiquer sans offrir de contre-arguments ni d’alternatives, c’est rester en surface des choses.

05/06/2024 (modifier)
L'avatar du posteur Triskeriaki

Après Cent Mille Ans (le scandale de Bure) je trouve une nouvelle BD qui aborde ce sujet indirectement. Etienne Davodeau écrit essentiellement une BD sur la marche, avec un objectif symbolique : relier l'emplacement des peintures rupestres, et celui des futurs(?) déchets nucléaires à Bure. J'ai surtout été sensible au récit de la marche. J'avoue que le fait de mettre en scènes de fausses rencontres lors de cette marche (mais vraies conversations) m'a un peu perturbé, je cherchais un peu plus de réel. Les pensées autour de la marche, épurées et poétiques, se confrontent donc à un monologue d'expert sur le nucléaire, l'énergie, ou encore la sémiologie ! Et comme l'écriture n'est pas particulièrement lisible, j'ai pas mal trébuché sur ces pavés théoriques. Heureusement que le tout respire d'anecdotes. La marche se suffit à elle-même, et je n'ai pas été convaincu par la façon dont Davodeau amène de l'engagement politique. Ceci étant, ça permet toujours de rappeler l'horreur de la vie quotidienne des habitants de Bure (surveillés constamment, avec une répression des anti-nucléaires digne de l'époque soviétique). Ca m'a surtout rendu curieux des peintures rupestres, en particulier celles qui ont l'air artistique et non fonctionnelles.

18/02/2024 (modifier)
L'avatar du posteur Tomdelapampa

Davodeau ne fait pas partie de mes auteurs fétiches, malgré ça je trouve ses œuvres souvent intéressantes. Le droit du sol est un album qui m’est tombé un peu des mains, j’ai du le lire en 3 fois et malheureusement avec un certain ennui. Une idée louable pour le fond mais ça m’est passé un peu au dessus. Finalement j’ai préféré la partie randonnée aux interactions autour du nucléaire, il faut dire que le sujet, bien que très actuel et source à débats, me passionne peu (je me rends compte que je suis un monstre d’égoïsme sur cette question !!). Ça n’a du coup pas su me toucher. Un sujet complexe et je regrette que l’auteur n’en propose qu’une vision. La réalisation n’est pas en cause sur mon ressenti, juste le sujet et mon manque d’intérêt. Je ne doute pas que si vous vous intéressez à la question, cet album vous satisfera.

16/12/2022 (modifier)
Par iannick
Note: 3/5
L'avatar du posteur iannick

Bure ? C’est quoi Bure ? C’est un bled paumé, où ça ? Ben, dans la Meuse, au nord-est de la France. Ah ouais, mais pourquoi Etienne Davodeau nous parle de ce village ? Parce qu’ils vont enfouir là-bas des déchets nucléaires…*Sans commentaire*… Bon, j’avoue que je n’avais pas vraiment envie de lire ce genre de récit parce que cette problématique des déchets nucléaires, ça me passe par-dessus la tête si vous voyez ce que je veux dire… et puis, on a La Hague… Mais voilà, là où Etienne Davodeau m’a titillé la curiosité, c’est quand j’ai su qu’il a relié le site de Pech Merle dans le Lot pour Bure à… pied ! Soit 800 kilomètres en tout ! Et ma foi, étant moi-même adepte des randonnées depuis quelques années, je me suis dit que j’allais me régaler en découvrant les péripéties plus ou moins quotidiennes de cet auteur. Et ce fut le cas ! Les anecdotes contées par Etienne Davodeau lors de son périple pédestre m’ont fait rappeler de sacrés souvenirs et ceux de l’auteur s’avèrent bien rigolos et croustillants la plupart du temps, ce fut un vrai plaisir de le voir déambuler par exemple dans le massif central d’autant plus qu’il nous offre de sacrées représentations paysagistes. Mais alors Bure, la problématique des déchets nucléaires, ça donne quoi ? Autant le dire franchement, ça fait froid au dos ! Faut imaginer qu’ils seront enterrés pendant 100 000 ans ! Le pire n’est pas, à mon avis, leur enfouissement mais le fait qu’il faudra entretenir le site. C’est-à-dire qu’il faudra surveiller la ventilation des puits… si les ventilateurs tombent en panne plus de 3 jours, il y aura un gros risque de surchauffe et d’explosions à la surface, je vous laisse imaginer les conséquences que cela pourrait avoir sachant qu’il sera quasi impossible de descendre dans les puits vu le niveau de radioactivité et qu’il sera quasiment impossible aussi de réparer les ventilateurs dans un délai aussi court… et tout cela, pendant 100 000 ans ! C’est cette absurdité parmi d’autres qu’a voulu démontrer Etienne Davodeau. Pour ce faire, il a rencontré les différents acteurs qui nous expliquent pourquoi ils se liguent contre ce projet. Ok, leurs arguments sont très convaincants, pas de problème là-dessus, on est d’accord. Par contre, là où ça coince, c’est au niveau des solutions apportées quant au devenir de ces déchets… On a beau pleurer, se lamenter contre tous ceux qui ont favorisé la filière nucléaire, ces saloperies, ben, elles sont là maintenant, on en fait quoi ? Les laisser sur place, comme ça ? Que nous proposent d’en faire ces antinucléaires ? Occuper un site comme celui de Bure permettra-t-il de résoudre cette problématique ? Parce qu’à part les envoyer dans l’espace, je ne vois pas trop quelle solution apportée à ça en attendant qu’une découverte révolutionnaire puisse éclater un jour ! Donc, oui, j’ai adoré cette lecture parce que j’ai pris mon pied (désolé pour le jeu de mot) quand Etienne Davodeau racontait son périple pédestre. Mais j’ai été moyennement convaincu par le combat des antinucléaires : je salue leur initiative de vouloir faire cesser la construction de ces centrales dont nous ne maitrisons absolument pas la problématique des déchets et leur dangerosité en cas d’accidents. Leur lutte est sur ce point, à mon avis, hautement légitime. Par contre, je déplore leur incapacité à nous proposer une solution de rechange (même temporaire) à l’enfouissement de ces merdes. Ok, ce n’est pas à eux d’en proposer mais quand même ! Une lecture finalement très recommandable !

04/11/2022 (modifier)
L'avatar du posteur ThePatrick

Etonnant comme je peux être d'accord sur de nombreux points évoqués par les autres lecteurs, et comment cependant je peux au final être en désaccord total avec le propos de cet album. Si tant est qu'on puisse lui en trouver un, de propos. Avec Les Ignorants, Davodeau mélangeait vin et bande dessinée, une oeuvre plaisante qui nous faisait rêvasser, sans cependant nous apprendre grand chose, ni sur le vin ni sur la bande dessinée. Avec "Le droit du sol", il mélange cette fois randonnée et déchets nucléaires. Et ici, si on peut avoir l'impression d'avoir plus d'informations sur le nucléaire (et non sur la randonnée), avec des intervenants intéressants, que retiens-je au final ? Tout d'abord, que seuls apparaissent des anti-nucléaires, et ensuite que la plupart des arguments tournent autour des attitudes manipulatrices / malhonnêtes / anti-démocratiques entourant le laboratoire de Bure, arguments totalement inutiles et ne faisant que créer ou entretenir un climat de défiance en mélangeant tout et n'importe quoi. On a donc un ouvrage ne présentant qu'un côté de ce qui aurait pu être un débat ou une vision plus globale permettant aux lecteurs d'être mieux informés et de décider ensuite en leur âme et conscience. L'argument "les pro-nucléaires ont déjà trop la parole" est pour moi totalement bidon. Je trouve qu'il existe au contraire une angoisse sur le sujet, largement entretenue par l'absence d'informations factuelles de qualité. Et de plus, si justement le propos était de montrer que le nucléaire et ses déchets était un mal intolérable, il aurait alors été nettement plus malin d'exposer les arguments pro-nucléaire pour les démonter ensuite. Mais ensuite, sur les arguments donnés, on est parfois dans du grand n'importe quoi. Notre bon gouvernement use de méthodes totalitaires en recourant aux gens d'armes pour évacuer le bon peuple des environs de Bure. Ok, peut-être, mais quel est l'intérêt de cet argument par rapport à la problématique du nucléaire et des déchets ? Aucun. On se retrouve donc, si l'on excepte l'intervention fort intéressante de Marc Dufumier, sans beaucoup plus d'informations factuelles à l'arrivée qu'au départ. Or justement, l'angoisse étant une forte inquiétude naissant du sentiment d'une menace omniprésente mais vague, un des seuls moyens de la dissiper est tout d'abord de prendre connaissance de son sujet, quitte à ce que la menace vague devienne une menace précise, et ensuite de prendre des actions pour réduire cette menace. Sur ce point, cet ouvrage n'apporte rien. Même pas un avertissement sérieux. Il ne fait qu'entretenir un malaise, ou éventuellement conforter le lecteur antinucléaire dans ses idées. Et c'est bien ça qui me fait le détester : j'ai l'impression de n'avoir lu "rien". Alors pour l'avertissement sérieux, on pourra se référer à Saison brune. Et pour les informations factuelles (mais par un partisan du nucléaire), à Le Monde sans fin.

20/10/2022 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

J’en attendais sans doute de trop. Fan de Davodeau, amateur de marche à pieds, intéressé par les sujets abordés, je pensais vraiment que cet album allait me passionner… Pourtant j’ai peiné à le finir. Non qu’il soit raté à mes yeux, mais je l’ai trouvé déséquilibré, partagé entre les passages légers dans lesquels Etienne Davodeau nous fait partager son périples et ses pensées, et les passages beaucoup plus chargés dans lesquels il donne la parole à des intervenants extérieurs. L’écriture devient alors lourde, insistante… et fondamentalement peu intéressante à mes yeux. Donc voilà : je sors de cet album avec un sentiment partagé. D’une part, un dessin agréable, un projet étonnant et un auteur dont j’aime toujours autant l’humanité. D’autre part, une accumulation de données qui ne m’auront pas apporté ce que j’espérais surtout parce qu’elles ne répondaient finalement pas à mes interrogations.

05/07/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5
L'avatar du posteur Solo

C'est en lisant ce genre d'ouvrages que la BD vaut d'être qualifiée comme efficace, populaire, ludique et puissante. Avec une telle écriture, facile de retenir les différents messages dégagés par le récit. Un récit à la fois initiatique et méditatif, où le lecteur paresseux parvient à suivre sans difficultés la marche de Davodeau et l'évolution de ses pensées. Factuellement sur le dessin, 90% des cases sont composées d'un ou deux être(s) humain(s) qui marche(nt). Pourtant, chaque planche apporte quelque chose de nouveau. Factuellement toujours, la totalité de l'ouvrage est fait de nuances de gris. Mais là encore, j'arrive à voir des couleurs partout. C'est fascinant l'aspiration au voyage que cette BD peut susciter en moi. C'est vu comme simple, accessible, "démocratique" comme nous dit l'auteur : il suffit de marcher. Voilà avant de parler du fond du sujet, je voulais déjà commencer par remercier l'auteur pour cette approche graphique, vraiment. Elle n'est pas sans défauts, les mains sont souvent biscornues, les corps de temps en temps aussi... Mais qu'importe, ça ajoute du charme et cela nous laisse penser que l'auteur n'a pas ou très peu retouché ses croquis pendant son périple. Le trait fin, le remplissage subtil et la douceur de contraste entre les différents gris m'ont aidé à être transporté. Il y a une grosse part de parcours initiatique. Ca n'est pas pour me déplaire, mais je déplore certains passages, où je trouve que l'auteur met trop en avant la pseudo-idiotie des individus qu'il croise furtivement. Y'a un décalage de vision de "l'auteur-artiste" je trouve: car son projet personnel est un petit luxe tout de même, et non pas une simple ballade démocratique. Je m'explique : on dirait que Etienne Davodeau reproche aux gens de ne pas être inquiets sur ce projet d'enfouissement et sur ce que cela implique pour le sort de l'humanité. On rencontre plusieurs exemples: la première personne rencontrée dans le récit, la fois où il croise des jeunes avec un écran devant la tronche, le commerçant hébété... Cette juxtaposition de scènes me fait penser que l'auteur ne cible pas le problème de fond, qui est celui de la médiatisation (peu et mal diffusée). Mais ce thème est effleuré en tout fin d'album seulement. Aussi, je ne suis pas complètement d'accord avec l'auteur sur la prétendue simplicité de marcher. En vérité, je trouve que c'est un luxe que d'avoir le temps pour se documenter, marcher plusieurs centaines de kilomètres et ainsi réfléchir à des questions existentielles, etc. Tout ça, c'est proche de l'activité philosophique. Ce reproche est léger hein, mais du coup je trouve ça un poil vicelard. A sa place, j'aurais certainement fait 1.000 fois pire évidemment. En tout cas sur l'approche, je préfère clairement Saison Brune où l'auteur, Philippe Squarzoni, écrit et assume complètement les contradictions entre ses principes et ses actes, comme nous tous. Ici, j'ai l'impression que Etienne ne se juge pas lui-même et juge trop facilement les autres (ce qui entache le principe d'introspection que l'on recherche à travers ce voyage). De la grotte de Pech Merle à Bure, ça fait une sacrée trotte. Aussi je suis bien content de découvrir l'itinéraire de l'auteur juste avant de fermer le bouquin, en annexe. Tout au long de son périple, Etienne Davodeau met en scènes ses entretiens avec différents acteurs, que je classerais en trois catégories. 1) Les acteurs anti-nucléaires, allant du chercheur à l'activiste. Et l'auteur est très clair sur sa ligne de conduite et précise qu'il ne souhaite en aucun avoir une approche impartiale sur son bouquin. Naturellement chez moi, je suis toujours un petit peu frustré de ne pas avoir la photo complète des différentes positions. Mais bon, j'ai qu'à chercher le reste ailleurs aussi! Les entretiens sont super intéressants, et terminer avec Joël permet d'avoir un épilogue franchement réussi : une approche terre-à-terre et concrète qui indigne. 2) Les scientifiques (sémiologues, chercheurs) et historiens. Cette catégorie m'a franchement fait plaisir intellectuellement, je sors grandis des échanges que l'on y trouve. Et surtout des questions qui y sont posées. Et dont on ne sait pas les réponses. A première vue, je me disais que les thèmes abordés étaient originaux, alors que c'est le b.a.-ba de ce projet plurimillénaire : la logistique, le stockage de nos connaissances... Bref, comment qu'on fait pour pour ne pas faire tout capoter ? Pensez donc: 100.000 ans. C'est la durée de vie de dangerosité sévère d'un déchet radioactif issu d'une centrale nucléaire. Donc sérieusement: comment peut-on transmettre cette gestion sans tout faire péter ? Impuissant pour répondre à cette problématique, il est par contre facilement convenu de dire que tous les décideurs publiques et privées s'engagent dans une politique d'aveuglément sur l'avenir. Alors que l'ANDRA affiche fièrement en page d'accueil de son site web : "Gérer les déchets radioactifs français pour protéger les générations présentes et futures". L'ANDRA prend cher (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs), CIGEO prend cher (organisme porteur du projet), et les présidents de la cinquième république prennent chers également. Tous. 3) les proches (femme, copains). On retourne sur la partie intime de l'auteur. Un peu plus en retrait pour moi, je retiens moins ce passage (j'ai même publié mon avis dans un premier temps sans l'avoir abordé) pourtant il apporte un moment paisible et amusant qui est vraiment la bienvenue. Ce sont des passages qui sont aussi importants pour que l'auteur exprime ses ressentis et réflexions. Une chose qui m'embête. Comme toujours, il est essentielle de mettre en avant les erreurs du passé qui se répètent (construction de notre dépendance à l'énergie nucléaire), et j'accepte facilement que le livre soit partial, d'autant que je me trouve dans le même camp que l'auteur. Cependant, il m'est pénible de ne pas lire un passage qui explique les autres solutions qui étaient possibles dans les années 60, ni même les solutions alternatives actuelles. C'est facile et convenu de critiquer les mauvaises décisions du passé, mais c'est tout de suite plus complexe lorsqu'il s'agit de rappeler les autres solutions de l'époque qui étaient à la fois possibles (technologiquement) et plus propres (écologiquement, éthiquement). Et ça manque ici. Et ce problème de base en génère un autre. Comme il n'y a aucun éclaircissement sur les solutions, il y a toujours le risque d'alimenter une certaine névrose. Et les magnifiques dessins de paysage ne suffisent pas pour rééquilibrer la balance. Aussi j'interprète que: les décideurs (privés/publics) gardent la mainmise à ce sujet et cette politique obscurantiste nous foutra tous dans la merde. Bon, déjà ça calme mais ok, c'est une réalité. Ensuite, l'auteur fait intervenir des acteurs pour se concentrer sur une question à laquelle, finalement, personne ne peut répondre. Et là, en tant que lecteur ayant déjà lu Saison brune, je fais une fusion de toutes les idées dégagées par ces 2 bouquins, et c'est l'angoisse. En définitive, je salue carrément le travail d'Etienne Davodeau et je ne pense pas vouloir fermer les yeux sur la réalité en disant ça, mais il faudrait arrêter de montrer qu'il n'y a toujours eu qu'un sens unique dans notre histoire, et qu'il n'y en aura qu'un seul pour notre avenir. Joël est le symbole de la lutte, chose essentielle, mais il ne représente pas non plus cet "autre avenir possible". Et ça, ça manque aussi. Un superbe récit, très ludique, qui peut définitivement vous permettre de conforter votre position au sujet du nucléaire et son principal défaut. Cette BD ne donne pas une photo complète de la problématique mais l'approche est très intéressante. Aussi je retiendrai beaucoup l'amour simple que l'auteur dégage pour la randonnée. Un vrai bonheur de suivre cette balade. Pour cette audace, je monte à 4/5.

26/06/2022 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
L'avatar du posteur gruizzli

Ma copine a pu m'emprunter cette BD à la bibliothèque de sa fac, et j'en suis bien content parce que le sujet m'intéressait beaucoup, avec les nombreux débats autour du nucléaire qui sont plus présents aujourd'hui entre anti et pro. Des débats animés qu'il me semble important d'avoir, au vu de ce qui est produit par le nucléaire en compensation de notre énergie. Davodeau parle ici de l'industrie nucléaire mais surtout de la façon dont l'homme occupe son environnement. En traversant à pied une partie de la France, partant de cette grotte aux peintures si anciennes, on traverse une France rurale, propice aux réflexions introspectives et aux discussions qu'il a eu avec divers protagonistes de la question. Et effectivement, le nucléaire en prend pour son grade (même s'il avoue ne pas avoir interrogé des pro-nucléaires, estimant que leur avis est déjà largement assez diffusé). Ce que je retiens surtout de tout cela, c'est que dans le débat pro et anti-nucléaire, très rarement le véritable problème est abordé : la question de notre dépendance à l'énergie et la décroissance. Ces idées anti-capitalistes sont exposées dans la BD et me semblent les plus pertinentes quant à la question de notre utilisation de l'énergie. Faut-il continuer de produire autant d'énergie ou au contraire chercher à en utiliser le moins possible ? Dans ce genre d'idée, le nucléaire devient alors inutile, pour peu que l'on fasse l'effort de s'en passer. Parce que, mine de rien, la question des déchets nucléaires ne semble largement pas réglée, loin s'en faut. C'est bien beau de les enterrer (en espérant qu'ils n'explosent pas dans l'intervalle) et d'attendre 100.000 ans qu'ils soient inoffensifs, mais je pense que l'on s'en fiche bien de ce qu'il va advenir de tout cela après nous. Une sorte de pensée qui refoule le tout dans un avenir lointain, loin de nous, qui ne nous concerne plus. Une pensée qui me semble bien aller avec cette idée de capitalisme, où l'avenir n'est qu'incertain et le présent essentiel, à conserver et à maintenir. Ce n'est pas sans me rappeler les mots de l'économiste Keynes qui disait "A long terme, on est tous mort". Bref, la BD explore le temps d'une marche longue la France profonde et la façon dont nous occupons ce sol, en l'utilisant pour enfouir les déchets les plus dangereux jamais crée par l'homme. C'est une très bonne BD, rythmée par des pas lents, avec des dialogues prenants et saisissants (la façon dont sont traités les opposants dans le dernier dialogue ...), le tout enrobé dans une volonté claire mais pas moralisatrice d'exposer ce qu'il se passe réellement. Et je comprends bien mieux la réflexion qu'ont les anti-nucléaires sur ce sujet. Un des nombreux sujets pour lesquels il va falloir se battre dans les prochaines années. Parce que c'est important de prendre conscience de ces sujets cruciaux pour nos avenirs.

18/05/2022 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

On a là un excellent Davodeau – sans aucun doute l’un de ses meilleurs si ce n’est son meilleur album, dans la lignée des « Ignorants ». Le dessin est simple et aéré, mais donne quand même envie de suivre cette longue balade, nous donnant une belle vision des paysages traversés et observés par l’auteur durant son périple entre l’ancienne grotte préhistorique et le futur site d’enfouissement des déchets atomiques. Le récit est aussi aéré que le dessin. Il alterne les passages bucoliques, les réflexions terre-à-terre de Davodeau, avec des considérations plus « élevées », autour de réflexions philosophiques, politiques et éthiques. Pour rendre son récit captivant, Davodeau a la bonne idée de faire comme si les intervenants qu’il invite pour discourir l’accompagnait quelques temps sur les sentiers (alors que les entretiens ont eu lieu avant et ailleurs). Le procédé est simple mais efficace. Et le message de Davodeau passe bien. On reste scandalisé par la désinvolture de nos dirigeants, soumis depuis des décennies au lobby nucléaire, et qui use de procédés antidémocratiques (absence de débat serein et informé, menaces et « achat de l’acquiescement au prix de subventions débiles, voire des lois scélérates prévues au départ pour lutter contre le terrorisme, et qui sont détournées pour briser la résistance passive et citoyenne de personnes non seulement non violentes, mais en plus habitées par la volonté de défendre le bien-être de l’humanité). Le long parcours réalisé par Davodeau permet de relier la grotte de Pech Merle au site de Bure, et d’ainsi présenter en les reliant une belle et triste image de ce que nous allons léguer à nos futurs parents. Mais ce voyage permet aussi de montrer des choses simples et belles, le fonctionnement de la vie sur Terre, et d’ainsi placer les enjeux à leur véritable place. Œuvre militante, certes, mais qui ne sacrifie jamais au prêchi-prêcha. Une belle réussite en tout cas, dont la lecture est hautement recommandable. Note réelle 4,5/5.

10/02/2022 (modifier)