Excellent, superbe dessin, noir à souhait, triste et tellement humain…
Un dessin efficace, portant une émotion, certes un peu caricaturale, mais de bon aloi, nous plongeant dans un New York tendu, sale, brutal, manichéen dans ses dialogues et dans la forme avec ses couleurs noires et jaunes. Bref un vrai film sur carton.
Un must pour les accros du polar ambiance USA.
14/20
Le Dernier Envol avait été un bon petit succès surprise de l’année dernière. Ce premier tome d’ "Au-delà des nuages" devrait maintenir Hugault sous le feu de projecteurs pour un moment encore. Côté scénario, ne vous attendez à rien de nouveau, de moderne ou de particulièrement actuel… ce scénario pourrait être celui d’un film hollywoodien des années 50. Epoque où les héros de cinéma portent des petites moustaches et de splendides costumes cravates en toutes circonstances. On s’attend à voir débouler Errol Flynn, Cary Grant ou James Stewart à tout instant.
Côté dessin, c’est classique et en même temps, c’est nettement plus flashy qu’un vieux Buck Danny… Hugault a non seulement le sens de l’élégance et de la classe américaine à l’ancienne, mais il sait aussi insuffler du dynamisme dans ses planches. On ressent un plaisir esthétique certain en lisant cet album. Assez étrangement, la mise en couleur informatique sert réellement le côté "glamour" du récit.
Bon là, j’hésite vraiment entre 3 et 4 étoiles parce que cette histoire de rivalité/amitié virile entre deux pilotes d’avions têtes brûlées qu’une femme va séparer… Et bien, ça sent quand même largement le déjà-vu et la bonne vieille recette hollywoodienne bien huilée, et dans une certaine mesure, je me pose la question de l’intérêt d'un succédané contemporain alors qu’il existe un nombre incalculable de vieux classiques du genre que je n’ai jamais vus… Mais bon, j’aurais tort de bouder, car je suis bien obligé de reconnaître que ce premier tome est fait avec beaucoup de doigté, le dessin est magnifique et on est vite pris par le panache des personnages.
Gnyark gnyark gnyark !...
Un super héros 100% français. LE Français tels que se l'imaginent des millions de personnes de par le monde : caractère chauvin, chaussé de charentaises, coiffé d'un béret, la baguette sous le bras... Irrésistible ! Une magnifique association du tandem formé par Lob et Gotlib.
Superdupont fait son apparition dans l'hebdo Pilote n° 672 du 21 Septembre 1972. Son métier ?... Traquer tout ce qui est "anti-France" et essayer de relever les valeurs et les symboles qui font la grandeur de l'Hexagone.
Un vrai délire textuel et -surtout- graphique. La série ?... de petites histoires de quelques pages qui comportent chacune son lot de gags et d'énormités hilarantes.
J'ai adoré ! .. et j'aime toujours !... Histoires dérisoires (ben oui, elles ne servent vraiment à rien... sauf à vous faire rire de bon coeur), mais surtout une grande ironie qui m'ont parfois fait avoir des crampes au niveau des mandibules...
C'est pétant de santé, de vie, d'humour, de moquerie, de saillies verbales... et aussi d'une certaine tendresse.
Tout bon !...
Vraiment pas mal du tout !...
Un album, une histoire à double lecture, à double sens. D'un côté, une aventure -classique- de science-fiction mêlée de fantastique. De l'autre, une histoire qui met en scène l'invasion de l'Ukraine par les troupes allemandes (les uniformes et véhicules des envahisseurs ressemblent à ceux de la Werhrmacht).
Une oeuvre vraiment puissante où Corben y va d'un scénario (Harvey Sea -le scénariste- c'est lui !) en béton ; magnifié par la puissance de son style graphique.
J'ai bien aimé l'évidence de cette véritable fresque allégorique ; une puissante saga héroïque qui peut être considérée comme une des oeuvres maîtresses de Corben.
Cette saga, j'en avais découvert le début dans "Actuel" n° 15, en 1971. Trente-cinq ans déjà ; et ça n'a pas pris une ride !
A noter : au départ, le héros se prénomme Rowlf. Lors de son édition en album, il deviendra Rolf.
Un très bon one-shot à double sens de lecture. Une "belle bête" à bien classer dans votre BDthèque.
Les albums :
E.O. en noir et blanc, broché, en 1975 aux Humanoïdes Associés.
Réédition en 1980, cartonné, couleurs, même éditeur.
A noter : une réédition en 1979 avec une histoire inédite : La Bête".
C’est court, certes, mais ô combien excellent !
C’est bien simple, c'est la bd la plus réussie que je connaisse qui détourne si habilement les contes de notre enfance. Ainsi, Emile bravo parvient à insérer dans ses histoires originales de multiples références aux contes sans altérer la cohérence de celles ci. D’ailleurs, si ces deux albums capteront le regard des enfants, certaines allusions plus subtiles nécessitent un œil plus adulte. Enfin, ses dessins géniaux et ô combien expressifs participent à créer une ambiance unique où l’humour côtoie l’ironie.
Pour conclure, je dirais qu’il vaut mieux dépenser 9€ dans un bon petit album que 12€ dans un album au format classique mais plus rasant. Le plaisir est au rendez-vous et c’est là le principal !
Une super B.D qui, pour moi, arrive à la cheville du Joe Bar Team. Motomania a l'avantage d'offrir beaucoup de pages qui nous plongent dans l'univers motard par sa variété, je précise chaque personnage à ses qualités et surtout ses défauts que l'auteur exagère d'une façon humoristique, tout type de motos est présent, bricolages, gamelles, embrouilles avec les flics, pistes et bien sûr des bourres mémorables qui finissent par un tout droit dans un virage.
Je trouve aussi que le coup de crayon est assez marrant car chaque personnage représenté fait penser à une mini caricature (nez exagéré, grandes oreilles...), on ne peut s'empêcher d'afficher un sourire à chaque vision des personnages.
A noter également quelques dessins prenant toute une page qui font souvent un petit clin d'oeil aux poireaux ou à des étapes que seuls les motards sauront vraiment apprécier.
Y a pas à dire dommage qu'il n'y ait pas plus de B.D de ce genre là.
Appel de phare à tout le monde et gazzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz!!
Libre adaptation du roman de Jonathan Swift, ce livre constitue le premier voyage du Docteur Gulliver qui en comptera logiquement quatre (selon les dires de Kokor).
En ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié ma lecture qui demande, il est vrai, un minimum d’attention. La construction du récit, du fait de l’incorporation de flash back qui le rend non linéaire, lui donne une certaine consistance sans pour autant trouver cela ardu ou rébarbatif, bien au contraire ! Si l’auteur reprend la philosophie du roman original (satire sociale et politique) et garde les noms des protagonistes et des lieux visités, il prend par contre beaucoup de libertés quant aux personnages et à leur personnalité. Ainsi, les Lilliputiens ne sont pas un peuple belliqueux mais au contraire pacifiste et qui ressemble à s’y méprendre aux indiens. Enfin, Kokor nous gratifie de belles planches grâce à son trait à la fois souple et épais et ses couleurs chaudes aux teintes diluées.
Chaudement recommandé !
Voici un bien bel album que j’ai découvert suite au festival bd de Lys-lez-Lannoy.
A travers son récit, Bruno Le Floc’h traite de l’adaptation nécessaire et de l’acceptation par les autochtones d’un étranger où ses relation professionnelles, humaines et sentimentales vont devoir s’habituer aux coutumes de ces gens de la mer. On sent la passion de l’auteur pour sa région, ses habitants et le grand large.
Une histoire qui se lit avec beaucoup d’intérêt grâce à une narration qui place le lecteur du côté de l’ingénieur, la seule personne "formée" et qui a encore pourtant tout à apprendre . . .
Enfin, le trait simple et le choix opportun des couleurs participent à la réussite de l’album.
Christophec Bec, décidément très prolifique depuis quelques mois avec ses nouvelles séries Le Temps des loups et Bunker signe là la conclusion de "Carême", série débutée en août 2004. Si le premier volume faisait la part belle à la rencontre heureuse entre Aimé et Martinien Fidèle, et le second au succès de nos héros (d'ailleurs la phrase de Cioran illustre parfaitement cette série "j'ai connu toutes formes de déchéance, y compris le succès"), ce dernier opus est plus grave, plus tragique, bref plus fidèle (sans jeu de mot) à l'univers de Christophe Bec.
Un univers très noir ici, à la fois emprunt d'éléments du 19ème siècle (les décors magnifiquement dessinés par Paolo Mottura, font parfois songer à une Vienne d'opérette) mais aussi à Métropolis.
Notre sérial scénariste n'oublie pas, en effet, la triste actualité pour étayer son scénario. C'est d'ailleurs là le tour de force de cette série, celui de passer d'une ambiance quasi champêtre aux sinistres attentats de New York en 2001, alors que le lecteur ne l'attendait pas.
Outre le caractère politique de ce dernier volume, le monde féroce de l'édition de la bande dessinée y est très présent : l'aspect vieillot des bandes dessinées cartonnées vu par le "nouveau monde"; les règlements de compte avec certains "l'avant-garde... quelle couillonnerie !".
Bref une double lecture qui fait de cette série un triptyque très riche.
N'oublions pas les formidables doubles pages présentes dans cet opus qui mettent en valeur le dessin très réussi et surtout très vivant de Paolo Mottura.
A une époque où les séries fleuves sont légions, il est très agréable de lire une histoire de qualité en 3 volumes.
C'est tout bon !...
Nous sommes en 1945... Burne Hogarth s'essaie au changement de style. Harold Foster lui a passé le flambeau de Tarzan dont il s'occupe maintenant. Mais Burne veur aussi "sa" série. Ainsi va naître Drago.
Distribué par le New York Post Syndicate, il paraît dans divers quotidiens dès le 4 Novembre 1945. Pourtant, la série sera courte et prend fin le 10 Novembre 1946.
Drago ?.. Un héros normal, je dirais même banal. Mais ici, Hogarth laisse libre cours à des audaces graphiques non encore vues dans la BD américaine. Finies les cases standardisées, classiques, du "code" de l'époque... Hogarth brise le carcan des cases étroites...
Et ça, j'aime !...
Les cases ?... Des carrés, des rectangles, des cercles aussi qui souvent s'imbriquent les uns dans les autres, forment un nouveau style de lecture, de mise en page.
Décontenancé de prime abord, le lectorat va pourtant très vite apprécier cette nouvelle manière de "lire" une BD, ce nouveau style un peu plus "flamboyant".
C'est vrai que j'aime aussi. Tout comme Philippe Druillet a fait éclater la SF française fin des années 60 avec Lone Sloane.
Série fort imaginative dans sa narration, dans sa construction graphique, Drago est pour ainsi dire unique.
En France ?... "Il" paraîtra dans l'hebdo "Coq Hardi" de 1947 à 1948, ce dans une version un peu censurée ; certaines planches ayant été supprimées car jugées un peu trop tendancieuses à l'époque (je me d'ailleurs toujours pourquoi !).
Héros bien oublié, Drago fera -heureusement- l'objet d'une édition non expurgée en 1971 cher SERG. C'est vrai que ça fait longtemps... mais ça a existé.
Et c'est vraiment du "tout bon" Burne Hogarth. Et un petit coup de "revival" ne lui fera pas de tort...
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Berceuse assassine
Excellent, superbe dessin, noir à souhait, triste et tellement humain… Un dessin efficace, portant une émotion, certes un peu caricaturale, mais de bon aloi, nous plongeant dans un New York tendu, sale, brutal, manichéen dans ses dialogues et dans la forme avec ses couleurs noires et jaunes. Bref un vrai film sur carton. Un must pour les accros du polar ambiance USA.
Au-delà des nuages
14/20 Le Dernier Envol avait été un bon petit succès surprise de l’année dernière. Ce premier tome d’ "Au-delà des nuages" devrait maintenir Hugault sous le feu de projecteurs pour un moment encore. Côté scénario, ne vous attendez à rien de nouveau, de moderne ou de particulièrement actuel… ce scénario pourrait être celui d’un film hollywoodien des années 50. Epoque où les héros de cinéma portent des petites moustaches et de splendides costumes cravates en toutes circonstances. On s’attend à voir débouler Errol Flynn, Cary Grant ou James Stewart à tout instant. Côté dessin, c’est classique et en même temps, c’est nettement plus flashy qu’un vieux Buck Danny… Hugault a non seulement le sens de l’élégance et de la classe américaine à l’ancienne, mais il sait aussi insuffler du dynamisme dans ses planches. On ressent un plaisir esthétique certain en lisant cet album. Assez étrangement, la mise en couleur informatique sert réellement le côté "glamour" du récit. Bon là, j’hésite vraiment entre 3 et 4 étoiles parce que cette histoire de rivalité/amitié virile entre deux pilotes d’avions têtes brûlées qu’une femme va séparer… Et bien, ça sent quand même largement le déjà-vu et la bonne vieille recette hollywoodienne bien huilée, et dans une certaine mesure, je me pose la question de l’intérêt d'un succédané contemporain alors qu’il existe un nombre incalculable de vieux classiques du genre que je n’ai jamais vus… Mais bon, j’aurais tort de bouder, car je suis bien obligé de reconnaître que ce premier tome est fait avec beaucoup de doigté, le dessin est magnifique et on est vite pris par le panache des personnages.
Superdupont
Gnyark gnyark gnyark !... Un super héros 100% français. LE Français tels que se l'imaginent des millions de personnes de par le monde : caractère chauvin, chaussé de charentaises, coiffé d'un béret, la baguette sous le bras... Irrésistible ! Une magnifique association du tandem formé par Lob et Gotlib. Superdupont fait son apparition dans l'hebdo Pilote n° 672 du 21 Septembre 1972. Son métier ?... Traquer tout ce qui est "anti-France" et essayer de relever les valeurs et les symboles qui font la grandeur de l'Hexagone. Un vrai délire textuel et -surtout- graphique. La série ?... de petites histoires de quelques pages qui comportent chacune son lot de gags et d'énormités hilarantes. J'ai adoré ! .. et j'aime toujours !... Histoires dérisoires (ben oui, elles ne servent vraiment à rien... sauf à vous faire rire de bon coeur), mais surtout une grande ironie qui m'ont parfois fait avoir des crampes au niveau des mandibules... C'est pétant de santé, de vie, d'humour, de moquerie, de saillies verbales... et aussi d'une certaine tendresse. Tout bon !...
Rolf
Vraiment pas mal du tout !... Un album, une histoire à double lecture, à double sens. D'un côté, une aventure -classique- de science-fiction mêlée de fantastique. De l'autre, une histoire qui met en scène l'invasion de l'Ukraine par les troupes allemandes (les uniformes et véhicules des envahisseurs ressemblent à ceux de la Werhrmacht). Une oeuvre vraiment puissante où Corben y va d'un scénario (Harvey Sea -le scénariste- c'est lui !) en béton ; magnifié par la puissance de son style graphique. J'ai bien aimé l'évidence de cette véritable fresque allégorique ; une puissante saga héroïque qui peut être considérée comme une des oeuvres maîtresses de Corben. Cette saga, j'en avais découvert le début dans "Actuel" n° 15, en 1971. Trente-cinq ans déjà ; et ça n'a pas pris une ride ! A noter : au départ, le héros se prénomme Rowlf. Lors de son édition en album, il deviendra Rolf. Un très bon one-shot à double sens de lecture. Une "belle bête" à bien classer dans votre BDthèque. Les albums : E.O. en noir et blanc, broché, en 1975 aux Humanoïdes Associés. Réédition en 1980, cartonné, couleurs, même éditeur. A noter : une réédition en 1979 avec une histoire inédite : La Bête".
Les Sept Ours Nains
C’est court, certes, mais ô combien excellent ! C’est bien simple, c'est la bd la plus réussie que je connaisse qui détourne si habilement les contes de notre enfance. Ainsi, Emile bravo parvient à insérer dans ses histoires originales de multiples références aux contes sans altérer la cohérence de celles ci. D’ailleurs, si ces deux albums capteront le regard des enfants, certaines allusions plus subtiles nécessitent un œil plus adulte. Enfin, ses dessins géniaux et ô combien expressifs participent à créer une ambiance unique où l’humour côtoie l’ironie. Pour conclure, je dirais qu’il vaut mieux dépenser 9€ dans un bon petit album que 12€ dans un album au format classique mais plus rasant. Le plaisir est au rendez-vous et c’est là le principal !
Motomania
Une super B.D qui, pour moi, arrive à la cheville du Joe Bar Team. Motomania a l'avantage d'offrir beaucoup de pages qui nous plongent dans l'univers motard par sa variété, je précise chaque personnage à ses qualités et surtout ses défauts que l'auteur exagère d'une façon humoristique, tout type de motos est présent, bricolages, gamelles, embrouilles avec les flics, pistes et bien sûr des bourres mémorables qui finissent par un tout droit dans un virage. Je trouve aussi que le coup de crayon est assez marrant car chaque personnage représenté fait penser à une mini caricature (nez exagéré, grandes oreilles...), on ne peut s'empêcher d'afficher un sourire à chaque vision des personnages. A noter également quelques dessins prenant toute une page qui font souvent un petit clin d'oeil aux poireaux ou à des étapes que seuls les motards sauront vraiment apprécier. Y a pas à dire dommage qu'il n'y ait pas plus de B.D de ce genre là. Appel de phare à tout le monde et gazzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz!!
Les Voyages du Docteur Gulliver
Libre adaptation du roman de Jonathan Swift, ce livre constitue le premier voyage du Docteur Gulliver qui en comptera logiquement quatre (selon les dires de Kokor). En ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié ma lecture qui demande, il est vrai, un minimum d’attention. La construction du récit, du fait de l’incorporation de flash back qui le rend non linéaire, lui donne une certaine consistance sans pour autant trouver cela ardu ou rébarbatif, bien au contraire ! Si l’auteur reprend la philosophie du roman original (satire sociale et politique) et garde les noms des protagonistes et des lieux visités, il prend par contre beaucoup de libertés quant aux personnages et à leur personnalité. Ainsi, les Lilliputiens ne sont pas un peuple belliqueux mais au contraire pacifiste et qui ressemble à s’y méprendre aux indiens. Enfin, Kokor nous gratifie de belles planches grâce à son trait à la fois souple et épais et ses couleurs chaudes aux teintes diluées. Chaudement recommandé !
Trois éclats blancs
Voici un bien bel album que j’ai découvert suite au festival bd de Lys-lez-Lannoy. A travers son récit, Bruno Le Floc’h traite de l’adaptation nécessaire et de l’acceptation par les autochtones d’un étranger où ses relation professionnelles, humaines et sentimentales vont devoir s’habituer aux coutumes de ces gens de la mer. On sent la passion de l’auteur pour sa région, ses habitants et le grand large. Une histoire qui se lit avec beaucoup d’intérêt grâce à une narration qui place le lecteur du côté de l’ingénieur, la seule personne "formée" et qui a encore pourtant tout à apprendre . . . Enfin, le trait simple et le choix opportun des couleurs participent à la réussite de l’album.
Carême
Christophec Bec, décidément très prolifique depuis quelques mois avec ses nouvelles séries Le Temps des loups et Bunker signe là la conclusion de "Carême", série débutée en août 2004. Si le premier volume faisait la part belle à la rencontre heureuse entre Aimé et Martinien Fidèle, et le second au succès de nos héros (d'ailleurs la phrase de Cioran illustre parfaitement cette série "j'ai connu toutes formes de déchéance, y compris le succès"), ce dernier opus est plus grave, plus tragique, bref plus fidèle (sans jeu de mot) à l'univers de Christophe Bec. Un univers très noir ici, à la fois emprunt d'éléments du 19ème siècle (les décors magnifiquement dessinés par Paolo Mottura, font parfois songer à une Vienne d'opérette) mais aussi à Métropolis. Notre sérial scénariste n'oublie pas, en effet, la triste actualité pour étayer son scénario. C'est d'ailleurs là le tour de force de cette série, celui de passer d'une ambiance quasi champêtre aux sinistres attentats de New York en 2001, alors que le lecteur ne l'attendait pas. Outre le caractère politique de ce dernier volume, le monde féroce de l'édition de la bande dessinée y est très présent : l'aspect vieillot des bandes dessinées cartonnées vu par le "nouveau monde"; les règlements de compte avec certains "l'avant-garde... quelle couillonnerie !". Bref une double lecture qui fait de cette série un triptyque très riche. N'oublions pas les formidables doubles pages présentes dans cet opus qui mettent en valeur le dessin très réussi et surtout très vivant de Paolo Mottura. A une époque où les séries fleuves sont légions, il est très agréable de lire une histoire de qualité en 3 volumes.
Drago
C'est tout bon !... Nous sommes en 1945... Burne Hogarth s'essaie au changement de style. Harold Foster lui a passé le flambeau de Tarzan dont il s'occupe maintenant. Mais Burne veur aussi "sa" série. Ainsi va naître Drago. Distribué par le New York Post Syndicate, il paraît dans divers quotidiens dès le 4 Novembre 1945. Pourtant, la série sera courte et prend fin le 10 Novembre 1946. Drago ?.. Un héros normal, je dirais même banal. Mais ici, Hogarth laisse libre cours à des audaces graphiques non encore vues dans la BD américaine. Finies les cases standardisées, classiques, du "code" de l'époque... Hogarth brise le carcan des cases étroites... Et ça, j'aime !... Les cases ?... Des carrés, des rectangles, des cercles aussi qui souvent s'imbriquent les uns dans les autres, forment un nouveau style de lecture, de mise en page. Décontenancé de prime abord, le lectorat va pourtant très vite apprécier cette nouvelle manière de "lire" une BD, ce nouveau style un peu plus "flamboyant". C'est vrai que j'aime aussi. Tout comme Philippe Druillet a fait éclater la SF française fin des années 60 avec Lone Sloane. Série fort imaginative dans sa narration, dans sa construction graphique, Drago est pour ainsi dire unique. En France ?... "Il" paraîtra dans l'hebdo "Coq Hardi" de 1947 à 1948, ce dans une version un peu censurée ; certaines planches ayant été supprimées car jugées un peu trop tendancieuses à l'époque (je me d'ailleurs toujours pourquoi !). Héros bien oublié, Drago fera -heureusement- l'objet d'une édition non expurgée en 1971 cher SERG. C'est vrai que ça fait longtemps... mais ça a existé. Et c'est vraiment du "tout bon" Burne Hogarth. Et un petit coup de "revival" ne lui fera pas de tort...