Ce livre est un pavé de plus de 400 pages, issu d’une très belle édition signé Cornélius. L’éditeur a fait un très gros travail, il a notamment respecté les onomatopées originelles en les sous-titrant. On trouve, de plus, de nombreux renvois pour expliquer des termes typiquement japonais.
C’est aussi le grand prix d’Angoulême et cela a créé une légère polémique, à mon avis injustifiée.
L’auteur du livre Shigeru Mizuki s’amuse à reconstituer son enfance, ainsi que son imaginaire. Pour cela, l’aide de NonNonBâ lui est précieuse. Cette femme désargentée vient vivre chez ses parents et lui raconte des histoires de yokai, ces créatures fantastiques qui peuplent la nature.
Ce roman graphique est intéressant pour sa description du Japon, d’avant la Seconde Guerre mondiale ; les solidarités qui se nouent au sein de la communauté locale, les traditions familiales, le conservatisme ambiant, le culte de l’honneur. Les rapports au sein de la famille de Shigeru sont tout à fait intéressants ; un grand-père notable du village au caractère très patriarcal, un père plus moderniste et jouisseur, une mère qui vit sur une forme de fierté outrée et qui a honte de sa condition actuelle. Cela crée parfois des relations détonantes et donne un aspect assez humoristique à ce livre.
Cela n’empêche pas les moments d’émotion. Le livre se sépare ainsi en deux parties, constituées de plusieurs petites saynètes qui constituent des étapes de la vie de « Shige ». Au cours des deux parties, Shigeru est confrontée à quelque chose qui n’est pas encore de l’amour, mais qui commence à y ressembler. Deux jeunes filles vont marquer sa vie, toutes les deux très liées à ce monde fantastique et étrange des yokai. Deux jeunes filles, dont le point commun sera le destin émouvant et dramatique.
NonNonBâ n’est donc pas seulement un récit autobiographique : c’est aussi un récit initiatique, un récit de la transmission. La culture populaire de NonNonBâ se transmet à Shigeru qui conservera cette influence très panthéiste dans sa vie future. La nature joue un rôle important ; chaque rivière, chaque arbre a son yokai.
Vraiment un très beau livre, une histoire simple, belle et touchante.
J'ai acheté le premier album de Rubine simplement parce que je trouvais une ressemblance surprenante entre ce personnage et une copine habitant pas loin de chez moi.
Achat d'instinct sans autre raison.
Puis, je me suis plongé dans l'album, et j'ai été surpris par la qualité du scénario, agréablement surpris, je dois dire, car je m'attendais à une sorte de Natacha bis.
Contrairement à une aventure de Natacha, nous avions là un super scénario de polar, peut être pas nouveau, mais très bien monté, et avec une fin digne de ce nom, c'est à dire : qui vous laisse sur le c.....
Au premier regard, (et j'ai eu cette impression à chaque nouvel album), je trouve le dessin "agressif" et un peu bâclé, et pourtant, on l'oublie très vite au fur et à mesure de la lecture de chaque épisode.
Après le premier album, j'ai continué la série, et mon avis n'a pas changé : Super scénario, dont le thème est à chaque fois bien différent du précédent, dessin moyen.
Néanmoins, Rubine, comme Soda auquel les autres intervenants la comparent, sont des séries qu'il est bon d'avoir chez soi dans ses rayonnages pour une bonne détente, c'est pourquoi, malgré les réserves concernant le dessin, j'en conseille l'achat.
Un indice de qualité à mes yeux : je n'ai aucun mal à relire l'un ou l'autre de ces albums, et toujours avec le même plaisir.
Raymond
Adepte depuis longtemps de la BD dite traditionnelle, j'essaie de me mettre au manga depuis peu en me disant qu'il doit de toute manière y avoir de très bonnes choses.
Les grandes séries phare comme Monster par exemple se composant de nombreux tomes, j'avais envie de découvrir une série non achevée afin de pouvoir la suivre.
C'est sur les conseils avisés de mon libraire que mon choix s'est porté sur "Death Note", choix que je ne regrette en rien.
Le scénario est très prenant avec un combat psychologique digne de ceux que l'on peut voir dans certains films entre le gentil policier et le psychopathe, avec des règles du jeu que les acteurs découvrent au fur et à mesure grâce au dieu de la mort qui en bon observateur a l'air de beaucoup s'amuser. Ici ce qui est intéressant, c'est qu'au départ, le psychopathe n'en a en rien le profil, et pourtant...
En tout cas, c'est plaisant, très dynamique et à conseiller.
Le jeu du chat et de la souris se poursuit dans ce tome 3 et je me régale!!
Quand même curieuse, l'histoire de cette série...
Juillet 1993. Rabaté "chine" et trouve une édition de 1926 d'"Ibicus" de Tolstoï. Mais il ne s'agit pas d'une oeuvre de Léon, mais bien d'Alexis, un obscur écrivain russe.
Il pagine, tombe sous le charme et décide d'en faire l'adaptation.
Et quelle histoire !...
L'action démarre en Octobre 1917. Rabaté m'a emmené suivre la vie d'Ivanovitch Nevzorov. Et elle n'est pas piquée des vers !...
C'est un gars décidé à croquer la vie à belles dents. Une Tzigane lui a prédit la fortune, et riche il décide de devenir. Et qu'importent les scrupules.
Et quelle série !...
Déclinée en quatre grands volumes, elle m'a révélé un magnifique palimpeste. Qui plus est, le graphisme de l'auteur fait ici montre d'un superbe expressionnisme servi par de fins lavis dont il a le secret.
Ibicus ?... tout ce qu'il fallait savoir pour réussir dans la "sainte Russie" en crise et en proie aux exactions des "Rouges" et des "Blancs".
Et tout cela suite à la lecture d'un incunable oublié.
Grand !
Une série qui -il ne faut pas l'oublier- a eu deux "vies".
Au commencement était John Difool -de Moebius et Jodorowski-. A la recherche de l'Incal, ce détective futuriste va rencontrer Méta-Baron, un personnage assez ambigu qui peut être tout à la fois cruel ou magnanime (dans la revue Métal Hurlant n° 61 de Mars 1981).
En Avril 1981, ce personnage devient un chapitre de l'histoire.
En 1983, dans le troisième volet, le Méta-Baron raconte à Difool comment il a reçu la mission d'élever un fils. Et cette aventure sera ultérieurement développée en un récit complet que l'on découvre dans "Les Mystères de l'Incal" paru en 1989.
Euh… ça va ?... vous suivez toujours ?...
En 1992, Jodorowski reprend la trame et débute un nouveau cycle. Ce sera cette "Caste des Méta-Barons" qui retrace la lignée de ces guerriers.
J'ai bien aimé la narration vue au travers du serviteur robot -Tonto- qui sert de lien entre les différentes générations ; une sorte de fil conducteur qui permet une lecture générale assez plaisante car -parfois- j'ai eu un peu de mal à m'y retrouver.
La "Caste" ?... une excellente série du genre. La trame générale, les scénarios, sont imaginatifs... et parfois échevelés.
Qui plus est, l'ensemble est servi par un magnifique graphisme de Gimenez qui y va d'un trait baroque et réaliste à souhait.
Très bon.
Un récit vraiment étrange signé Forest ; et qui plus est assisté des "visions" d'un Tardi en forme. Plutôt "méchant", comme duo.
J'ai été amené à suivre Arthur Même, qui règne sur Mornemont ; Arthur qui fait payer un droit de passage de ce "pays clos" quand un habitant en franchit ses portails.
J'ai suivi les événements qui se passent dans la capitale ; ce président de la République qui sent le pouvoir lui échapper, et son intention d'ériger Mornemont en principauté indépendante.
J'ai suivi l'épicier -marinier aussi- ; seul lien entre Arthur et ses concitoyens, et sa disparition.
J'ai suivi... un curieux climat pour un album vraiment "à part" ; un véritable roman en images.
J'ai ici eu affaire à de l'onirisme, à quelque chose de surréaliste, et de suranné aussi.
Un opus vraiment étonnant dont le scénario aurait été écrit pour le cinéma.
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cet album. J'ai retrouvé, ici, un peu du charme qui se dégage du Vent dans les Saules. Pourtant, le style graphique est totalement différent. Ceci dit, je pense que le trait particulier de Thierry Martin est idéal pour cette histoire.
Au niveau du scénario, Jean-Marc Mathis nous fait partager les aventures d'un renard (avec un t) très rusé qui est prêt à tout pour trouver de la nourriture. A travers sept histoires, on suit les péripéties de notre goupil. C'est très agréable à lire et les personnages sont plutôt attachants.
"Le Roman de Renart" est un album plein de fraîcheur et de finesse.
C'est à conseiller !!!
Une chose est sûre, depuis longtemps, Casterman nous propose des récits originaux et de qualité. Une fois de plus, à travers cet album, on nous fait découvrir un one-shot haut en couleur.
Le scénario est tout à fait réussi. Aucun temps mort n'est à déplorer. Le ton de cette histoire d'espion soviétique est un cocktail d'action et d'émotion. C'est vrai que Youri, le personnage principal, est quelqu'un d'attachant et tout au long du récit, on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère. Son parcours atypique est vraiment intéressant.
Au niveau du graphisme, le style de Boucq colle parfaitement à l'histoire. Son traît léger et précis est vraiment très beau.
"Bouche du Diable" est vraiment un album incontournable.
A lire !
Un album très plaisant à lire, pourvu d’une très belle et surprenante mise en couleur.
Le scénario n’est pas très dynamique, mais il est bien construit et les temps morts sont habilement distillés de manière à participer à l’atmosphère oppressante voulue à certains passages.
Un récit où il faut se laisser porter, une belle réussite.
Voici un album qui dénote de ce que je connaissais de Bilal.
Fini les scénarios futuristes dans lesquels se croisent réalité et mythologie énigmatique.
Ici, nous entrons dans les affres de la réalité et de l'histoire. En fait, cette base historique, et surtout ses conséquences, sont peu crédibles. Mais ce qu'il faut voir au-delà de tout cela c'est la critique de la guerre, de ses déviances et surtout des cicatrices profondes qu'elle laisse dans chacun des êtres y ayant été confronté.
Suite à la guerre en Espagne, un groupuscule secret, les phalanges de l'ordre noir renaît afin de semer le chaos et l'anarchie 40 ans plus tard. Lorsqu'un journaliste découvre que cette phalange est composée d'anciens combattants qu'il a déjà combattu au cours de la guerre d'Espagne, lorsque ce même journaliste s'aperçoit que personne ne s'intéresse à cette phalange, cela le remonte et il décide de reformer sa brigade.
La lutte entêtée de ces vieillards est pathétique, leur obstination déroutante, l'absurdité atroce de la guerre prend tout son sens. Bilal essaie par cet album de nous transmettre des émotions à coups de silence, à coups de réflexion lente, à coup de stupidité humaine.
La détermination de ces hommes, leur jusqu'au boutisme sont touchants, affligeants, prenants.
Le dessin de Bilal en revanche, je trouve pour ma part qu'il convient moins à ce style réaliste de l'histoire. Alors que dans la "La trilogie Nikopol" par exemple, le dessin fait mouche et colle à merveille à cet univers décadent et décalé, son trait dans cette BD fait plus immature moins apte à transmettre les émotions. Car Bilal a un style assez figé qui mise énormément sur l'ambiance globale retranscrite. Or dans les phalanges de l'ordre noir, il aurait fallu plus de dynamisme parfois.
Pourtant, d'un autre coté, ce coté figé des choses accentue le rythme lent de l'histoire, renforce les silences et les non dits. Bref, dans un sens le style de Bilal est inimitable, unique. On aime ou on n'aime pas.
Personnellement j'ai suivi cette histoire d'une traite, l'ambiance sagement sauvage m'a scotché. Le final est d'autant atroce que la folie de l'homme atteint son paroxysme.
Du Bilal en fait.
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NonNonBâ
Ce livre est un pavé de plus de 400 pages, issu d’une très belle édition signé Cornélius. L’éditeur a fait un très gros travail, il a notamment respecté les onomatopées originelles en les sous-titrant. On trouve, de plus, de nombreux renvois pour expliquer des termes typiquement japonais. C’est aussi le grand prix d’Angoulême et cela a créé une légère polémique, à mon avis injustifiée. L’auteur du livre Shigeru Mizuki s’amuse à reconstituer son enfance, ainsi que son imaginaire. Pour cela, l’aide de NonNonBâ lui est précieuse. Cette femme désargentée vient vivre chez ses parents et lui raconte des histoires de yokai, ces créatures fantastiques qui peuplent la nature. Ce roman graphique est intéressant pour sa description du Japon, d’avant la Seconde Guerre mondiale ; les solidarités qui se nouent au sein de la communauté locale, les traditions familiales, le conservatisme ambiant, le culte de l’honneur. Les rapports au sein de la famille de Shigeru sont tout à fait intéressants ; un grand-père notable du village au caractère très patriarcal, un père plus moderniste et jouisseur, une mère qui vit sur une forme de fierté outrée et qui a honte de sa condition actuelle. Cela crée parfois des relations détonantes et donne un aspect assez humoristique à ce livre. Cela n’empêche pas les moments d’émotion. Le livre se sépare ainsi en deux parties, constituées de plusieurs petites saynètes qui constituent des étapes de la vie de « Shige ». Au cours des deux parties, Shigeru est confrontée à quelque chose qui n’est pas encore de l’amour, mais qui commence à y ressembler. Deux jeunes filles vont marquer sa vie, toutes les deux très liées à ce monde fantastique et étrange des yokai. Deux jeunes filles, dont le point commun sera le destin émouvant et dramatique. NonNonBâ n’est donc pas seulement un récit autobiographique : c’est aussi un récit initiatique, un récit de la transmission. La culture populaire de NonNonBâ se transmet à Shigeru qui conservera cette influence très panthéiste dans sa vie future. La nature joue un rôle important ; chaque rivière, chaque arbre a son yokai. Vraiment un très beau livre, une histoire simple, belle et touchante.
Rubine
J'ai acheté le premier album de Rubine simplement parce que je trouvais une ressemblance surprenante entre ce personnage et une copine habitant pas loin de chez moi. Achat d'instinct sans autre raison. Puis, je me suis plongé dans l'album, et j'ai été surpris par la qualité du scénario, agréablement surpris, je dois dire, car je m'attendais à une sorte de Natacha bis. Contrairement à une aventure de Natacha, nous avions là un super scénario de polar, peut être pas nouveau, mais très bien monté, et avec une fin digne de ce nom, c'est à dire : qui vous laisse sur le c..... Au premier regard, (et j'ai eu cette impression à chaque nouvel album), je trouve le dessin "agressif" et un peu bâclé, et pourtant, on l'oublie très vite au fur et à mesure de la lecture de chaque épisode. Après le premier album, j'ai continué la série, et mon avis n'a pas changé : Super scénario, dont le thème est à chaque fois bien différent du précédent, dessin moyen. Néanmoins, Rubine, comme Soda auquel les autres intervenants la comparent, sont des séries qu'il est bon d'avoir chez soi dans ses rayonnages pour une bonne détente, c'est pourquoi, malgré les réserves concernant le dessin, j'en conseille l'achat. Un indice de qualité à mes yeux : je n'ai aucun mal à relire l'un ou l'autre de ces albums, et toujours avec le même plaisir. Raymond
Death Note
Adepte depuis longtemps de la BD dite traditionnelle, j'essaie de me mettre au manga depuis peu en me disant qu'il doit de toute manière y avoir de très bonnes choses. Les grandes séries phare comme Monster par exemple se composant de nombreux tomes, j'avais envie de découvrir une série non achevée afin de pouvoir la suivre. C'est sur les conseils avisés de mon libraire que mon choix s'est porté sur "Death Note", choix que je ne regrette en rien. Le scénario est très prenant avec un combat psychologique digne de ceux que l'on peut voir dans certains films entre le gentil policier et le psychopathe, avec des règles du jeu que les acteurs découvrent au fur et à mesure grâce au dieu de la mort qui en bon observateur a l'air de beaucoup s'amuser. Ici ce qui est intéressant, c'est qu'au départ, le psychopathe n'en a en rien le profil, et pourtant... En tout cas, c'est plaisant, très dynamique et à conseiller. Le jeu du chat et de la souris se poursuit dans ce tome 3 et je me régale!!
Ibicus
Quand même curieuse, l'histoire de cette série... Juillet 1993. Rabaté "chine" et trouve une édition de 1926 d'"Ibicus" de Tolstoï. Mais il ne s'agit pas d'une oeuvre de Léon, mais bien d'Alexis, un obscur écrivain russe. Il pagine, tombe sous le charme et décide d'en faire l'adaptation. Et quelle histoire !... L'action démarre en Octobre 1917. Rabaté m'a emmené suivre la vie d'Ivanovitch Nevzorov. Et elle n'est pas piquée des vers !... C'est un gars décidé à croquer la vie à belles dents. Une Tzigane lui a prédit la fortune, et riche il décide de devenir. Et qu'importent les scrupules. Et quelle série !... Déclinée en quatre grands volumes, elle m'a révélé un magnifique palimpeste. Qui plus est, le graphisme de l'auteur fait ici montre d'un superbe expressionnisme servi par de fins lavis dont il a le secret. Ibicus ?... tout ce qu'il fallait savoir pour réussir dans la "sainte Russie" en crise et en proie aux exactions des "Rouges" et des "Blancs". Et tout cela suite à la lecture d'un incunable oublié. Grand !
La Caste des Méta-barons
Une série qui -il ne faut pas l'oublier- a eu deux "vies". Au commencement était John Difool -de Moebius et Jodorowski-. A la recherche de l'Incal, ce détective futuriste va rencontrer Méta-Baron, un personnage assez ambigu qui peut être tout à la fois cruel ou magnanime (dans la revue Métal Hurlant n° 61 de Mars 1981). En Avril 1981, ce personnage devient un chapitre de l'histoire. En 1983, dans le troisième volet, le Méta-Baron raconte à Difool comment il a reçu la mission d'élever un fils. Et cette aventure sera ultérieurement développée en un récit complet que l'on découvre dans "Les Mystères de l'Incal" paru en 1989. Euh… ça va ?... vous suivez toujours ?... En 1992, Jodorowski reprend la trame et débute un nouveau cycle. Ce sera cette "Caste des Méta-Barons" qui retrace la lignée de ces guerriers. J'ai bien aimé la narration vue au travers du serviteur robot -Tonto- qui sert de lien entre les différentes générations ; une sorte de fil conducteur qui permet une lecture générale assez plaisante car -parfois- j'ai eu un peu de mal à m'y retrouver. La "Caste" ?... une excellente série du genre. La trame générale, les scénarios, sont imaginatifs... et parfois échevelés. Qui plus est, l'ensemble est servi par un magnifique graphisme de Gimenez qui y va d'un trait baroque et réaliste à souhait. Très bon.
Ici même
Un récit vraiment étrange signé Forest ; et qui plus est assisté des "visions" d'un Tardi en forme. Plutôt "méchant", comme duo. J'ai été amené à suivre Arthur Même, qui règne sur Mornemont ; Arthur qui fait payer un droit de passage de ce "pays clos" quand un habitant en franchit ses portails. J'ai suivi les événements qui se passent dans la capitale ; ce président de la République qui sent le pouvoir lui échapper, et son intention d'ériger Mornemont en principauté indépendante. J'ai suivi l'épicier -marinier aussi- ; seul lien entre Arthur et ses concitoyens, et sa disparition. J'ai suivi... un curieux climat pour un album vraiment "à part" ; un véritable roman en images. J'ai ici eu affaire à de l'onirisme, à quelque chose de surréaliste, et de suranné aussi. Un opus vraiment étonnant dont le scénario aurait été écrit pour le cinéma.
Le Roman de Renart
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cet album. J'ai retrouvé, ici, un peu du charme qui se dégage du Vent dans les Saules. Pourtant, le style graphique est totalement différent. Ceci dit, je pense que le trait particulier de Thierry Martin est idéal pour cette histoire. Au niveau du scénario, Jean-Marc Mathis nous fait partager les aventures d'un renard (avec un t) très rusé qui est prêt à tout pour trouver de la nourriture. A travers sept histoires, on suit les péripéties de notre goupil. C'est très agréable à lire et les personnages sont plutôt attachants. "Le Roman de Renart" est un album plein de fraîcheur et de finesse. C'est à conseiller !!!
Bouche du diable
Une chose est sûre, depuis longtemps, Casterman nous propose des récits originaux et de qualité. Une fois de plus, à travers cet album, on nous fait découvrir un one-shot haut en couleur. Le scénario est tout à fait réussi. Aucun temps mort n'est à déplorer. Le ton de cette histoire d'espion soviétique est un cocktail d'action et d'émotion. C'est vrai que Youri, le personnage principal, est quelqu'un d'attachant et tout au long du récit, on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère. Son parcours atypique est vraiment intéressant. Au niveau du graphisme, le style de Boucq colle parfaitement à l'histoire. Son traît léger et précis est vraiment très beau. "Bouche du Diable" est vraiment un album incontournable. A lire !
Trait de craie
Un album très plaisant à lire, pourvu d’une très belle et surprenante mise en couleur. Le scénario n’est pas très dynamique, mais il est bien construit et les temps morts sont habilement distillés de manière à participer à l’atmosphère oppressante voulue à certains passages. Un récit où il faut se laisser porter, une belle réussite.
Les Phalanges de l'ordre noir
Voici un album qui dénote de ce que je connaissais de Bilal. Fini les scénarios futuristes dans lesquels se croisent réalité et mythologie énigmatique. Ici, nous entrons dans les affres de la réalité et de l'histoire. En fait, cette base historique, et surtout ses conséquences, sont peu crédibles. Mais ce qu'il faut voir au-delà de tout cela c'est la critique de la guerre, de ses déviances et surtout des cicatrices profondes qu'elle laisse dans chacun des êtres y ayant été confronté. Suite à la guerre en Espagne, un groupuscule secret, les phalanges de l'ordre noir renaît afin de semer le chaos et l'anarchie 40 ans plus tard. Lorsqu'un journaliste découvre que cette phalange est composée d'anciens combattants qu'il a déjà combattu au cours de la guerre d'Espagne, lorsque ce même journaliste s'aperçoit que personne ne s'intéresse à cette phalange, cela le remonte et il décide de reformer sa brigade. La lutte entêtée de ces vieillards est pathétique, leur obstination déroutante, l'absurdité atroce de la guerre prend tout son sens. Bilal essaie par cet album de nous transmettre des émotions à coups de silence, à coups de réflexion lente, à coup de stupidité humaine. La détermination de ces hommes, leur jusqu'au boutisme sont touchants, affligeants, prenants. Le dessin de Bilal en revanche, je trouve pour ma part qu'il convient moins à ce style réaliste de l'histoire. Alors que dans la "La trilogie Nikopol" par exemple, le dessin fait mouche et colle à merveille à cet univers décadent et décalé, son trait dans cette BD fait plus immature moins apte à transmettre les émotions. Car Bilal a un style assez figé qui mise énormément sur l'ambiance globale retranscrite. Or dans les phalanges de l'ordre noir, il aurait fallu plus de dynamisme parfois. Pourtant, d'un autre coté, ce coté figé des choses accentue le rythme lent de l'histoire, renforce les silences et les non dits. Bref, dans un sens le style de Bilal est inimitable, unique. On aime ou on n'aime pas. Personnellement j'ai suivi cette histoire d'une traite, l'ambiance sagement sauvage m'a scotché. Le final est d'autant atroce que la folie de l'homme atteint son paroxysme. Du Bilal en fait.