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Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Où sont passés les grands jours ?
Où sont passés les grands jours ?

J'ai eu l'impression de revivre un scénario proche de la série précédente de l'auteur à savoir Une nuit à Rome. On a un homme qui s'approche de la quarantaine et qui risque de foutre toute sa belle vie de famille en l'air parce qu'il trompe honteusement sa femme. Encore une fois, on nous présente un gars bien sympathique sous tout rapport comme pour mieux faire passer son immoralité. Le pire, c'est qu'on l'accepte comme si c'était normal ou moral. Bref, c'est un véritable salaud qui trahit ce qu'il a de plus cher. Le côté bobo semble être un peu gommé mais on ne trompera pas les véritables connaisseurs de la vie sociale actuelle. J'ai tout de même été séduit par ce titre en raison d'une écriture parfaitement maîtrisée. Et puis, il y a surtout le thème de l'amitié qui a certes déjà été exploité dans L'Invitation ou encore récemment dans Une petite tentation. Les variations sont assez différentes et elles m'intéressent au plus haut point sans doute car j'ai également perdu un jour mon meilleur ami. Il est toujours question de la perte après avoir passé de bons moments ensemble fait de complicité. Il y a juste les issues qui diffèrent: perte par désintérêt, décès etc... Malgré une critique dure et plutôt acerbe, je mets 4 étoiles. Je reconnais le talent et la maturité. Je dois bien avouer que cela m'a touché quelque part pour des raisons personnelles. Pour le reste, c'est une belle chronique sur les adultes dans la crise de la quarantaine en proie au doute. Bref, c'est mieux qu'une thérapie.

25/05/2014 (modifier)
Couverture de la série Choc
Choc

Ça c'est un reboot comme j'aimerais en lire plus souvent ! Je connaissais le personnage de Choc, super-méchant récurrent, éternel ennemi de Tif et Tondu, ombre maléfique posant avec son smoking, son heaume de chevalier médiéval et son fume-cigarette (au fait comment fait-il pour fumer sans ouvrir sa boîte de conserve ? il doit étouffer là-dedans !). Un genre de Fantomas aussi hiératique qu'un Président de la République posant pour la photo officielle, qui m'a toujours paru plus grotesque que menaçant. Dans les albums scénarisés par Rosy, il constituait une sorte d'Olrik ridicule ; même si ses complots ignobles n'avaient rien de risibles, il constituait un pendant comique aux deux héros de la série, qu'il m'était d'ailleurs tout aussi difficile de prendre au sérieux en tant que redresseurs de torts. En fait, je préfère les scénarios de Tillieux qui campaient des bandits moins grand-guignolesques. Mais dans cette version 2014, Stéphane Colman construit une vraie bonne histoire policière, dans laquelle Choc s'avère infiniment plus ambigu que dans la série dont il est issu. Le scénario articule une série d'aller-retours très efficaces entre le présent de 1955 et l'Angleterre de l’Entre-deux-guerres. Nous suivons Choc au sommet de son art, mettant au point un casse particulièrement violent tout en réglant ses comptes avec son passé, lequel est expliqué par une série de flashbacks expliquant comment un jeune homme brisé par une société injuste est devenu un génie du mal. Choc devient enfin consistant ! Il n'est plus seulement l'enveloppe vide incarnant le malfrat absolu, mais un assassin, un justicier, une victime… un être de chair et d'os, haïssable certes, mais dont on ne peut s'empêcher d'approuver certains actes, tout en le plaignant. L'histoire se déroule très efficacement dans ce premier volet riche de 86 planches, ce qui lui permet de détailler les scènes tout en conservant un rythme qui ne faiblit pas. Au dessin, Éric Maltaite est impérial, en digne fils du grand Will qui dessina les meilleurs épisodes de la série Tif et Tondu durant plus de 40 ans. J'aime ses planches élaborées avec un grand souci du décor et des ambiances. Les personnages sonnent justes ; leur violence est présentée sans complaisance, mais elle est flippante. Je recommande vivement la lecture de cet album, y compris et surtout aux nouveaux lecteurs qui ne connaissent pas la série d'origine. Ils découvriront une excellente histoire policière centrée sur un Monsieur Choc qui ne prête vraiment plus à sourire. Je mets un 4,5/5, et j'attends la fin du diptyque pour savoir si j'arrondis à 5.

25/05/2014 (modifier)
Couverture de la série La Fontaine aux fables
La Fontaine aux fables

Quelle belle idée que voila ! adapter les Fables de La Fontaine en saynètes de 3 ou 4 pages, ça a toujours été mon rêve, moi qui suis depuis toujours un admirateur inconditionnel du fabuliste ; je lui ai consacré une thèse et une conférence en 2004, en m'intéressant au rôle des animaux qui personnifient l'âme humaine, et aux multiples expressions devenues aujourd'hui proverbiales. Je collectionne également les différentes éditions des Fables illustrées par de grands artistes (Gustave Doré, Grandville, Oudry, Eugène Lambert, Le Rallic, André Pec, Benjamin Rabier...), il est donc essentiel pour moi que je découvre cette version BD. Ce genre d'exercice n'avait pas été tenté, si ce n'est après la guerre par Etienne Le Rallic de façon remarquable, mais il n'illustrait les Fables que de 2 ou 3 dessins, pas sous forme de BD. Je suis surpris et ravi de voir que ces adaptations se prêtent parfaitement au support bande dessinée, après tout La Fontaine ne disait-il pas de son oeuvre qu'elle était "une comédie aux cent actes divers" ? Certaines font une approche moderne qui n'a rien à voir avec le siècle de La Fontaine mais qui fonctionnent de belle façon (comme notamment Le Lièvre et la tortue, avec la moto du lièvre). Le choix des fables est intéressant car si on y retrouve des incontournables, il y en a aussi quelques-unes beaucoup moins connues. Le dessin est bien-sûr très inégal, il y en a que je préfère à d'autres que je trouve parfois hideux ou peu adaptés ; certains adoptent un style enfantin, alors que contrairement à ce qu'on croit, les Fables sont une lecture qui peut édifier autant sinon plus l'adulte que l'enfant. Je m'étonne de voir Masbou n'avoir pas choisi une fable avec un loup (le loup étant l'animal le plus présent dans les Fables, avec le renard), car son Don Lope dans De Cape et de Crocs est très voisin du caractère d'un personnage de La Fontaine. Au passage, j'ai l'impression que Masbou écrase tout le monde, son graphisme sur ces fables m'a vraiment séduit. Les textes sont fidèlement reproduits mais répartis dans les cases, fractionnant ainsi le rythme poétique et favorisant l'approche pour un jeune lecteur qui peut avoir du mal à comprendre certaines formes de langage obsolètes du XVIIème siècle. L'essentiel est d'éprouver un vrai plaisir de lecture en redécouvrant les Fables d'un grand auteur français, qui savait comme personne distiller une malicieuse sagesse, et qui d'ailleurs ne fut jamais égalé dans cet art.

25/05/2014 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Idées fixes
Les Idées fixes

De prime abord, j’avoue avoir eu quelque appréhension à la vue du graphisme et de la mise en page. Appréhension assez vite contredite par une lecture plutôt fluide malgré l’absence de cases et une disposition en apparence anarchique, mais il est vrai qu’un quelconque semblant d’ordre aurait paru déplacé pour un ouvrage faisant en quelque sorte l’éloge de la folie et de la liberté. Un tel parti pris était pour le moins risqué et Gabrielle Piquet relève le défi avec brio. Comme guidé par les muses de Cocteau, son trait épuré et fragile serpente entre chaque page avec une telle grâce, une telle légèreté, que j’ai à peine réalisé être arrivé à la fin de cet OPNI (Objet poétique non identifié), envoûté que j’étais par la musicalité des textes. Oui assurément, cette histoire se lit comme une chanson, quasiment d’une seule traite, comme un conte pour enfants pas sages croyant à l’impossible. Sa petite musique pleine de douceur finit, l’air de rien, par nous prendre au piège de ses sortilèges dont on se révélera la victime consentante, selon notre capacité à rêver, notre curiosité à voir au-delà du visible. A ce titre, la confrontation entre l’adulte et l’enfant est intéressante dans le sens où les rôles sont comme inversés : le premier, transformé par une guerre traumatisante, sauvé peut-être grâce à son imagination exaltée et sa folie « infréquentable », apparaît beaucoup plus vif et joyeux que le second, « petit enfant fripé » à l’âme déjà « flétrie » et gouvernée par une frileuse raison, démonstration éclatante qu’il n’y a pas d’âge pour être jeune, pas davantage que pour être vieux. Cet album sans prétention, tout en humilité, devrait dévoiler ses multiples petits joyaux étincelants à qui sera réceptif (encore qu’une seule lecture n’y suffira sans doute pas), invitant chacun à laisser s’exprimer sa folie au lieu d’en avoir peur, à briser ses chaînes et à déchirer son voile de cécité.

24/05/2014 (modifier)
Par Thobias
Note: 4/5
Couverture de la série Conrad et Paul
Conrad et Paul

Excellente série de Ralf König qui possède un véritable don humoristique. Même son trait de crayon, pourtant sans grande recherche, me fait rire. D'un album à l'autre on passe d'une suite de saynètes à une histoire complète. Pourtant l'ensemble conserve une grande cohérence. On s'attache beaucoup à ce couple homo berlinois et à leurs diverses aventures ou anecdotes, souvent d'ordre sexuel. Les personnages secondaires sont souvent savoureux : Ah la belle famille ! Les situations tour à tour cocasses ou totalement irréalistes sont bien trouvées. On ne s'ennuie jamais. Ralf König sait aussi aborder des sujets sérieux même à travers le prisme de l'humour : le spectre du SIDA est omniprésent.

24/05/2014 (modifier)
Par Thobias
Note: 4/5
Couverture de la série Comme des Lapins
Comme des Lapins

Bande dessinée toujours aussi efficace de Ralf König. L'auteur est aussi à l'aise dans les saynètes (la série des Conrad et Paul) que dans les histoires qui durent le temps d'un album comme c'est le cas ici. Le scénario est habile, très drôle, peut-être moins vulgaire que d'habitude mais quand même diablement efficace. Les personnages sont bien marrants : la chanteuse d'opéra qui chante tout le temps mais vraiment tout le temps, l'actrice porno sur qui fantasment tous les hommes etc. La fin où tout le monde débarque les uns après les autres dans une émission dans laquelle les deux héros sont invités est un vrai bouquet final explosif.

24/05/2014 (modifier)
Par Thobias
Note: 4/5
Couverture de la série Les Nouveaux Mecs
Les Nouveaux Mecs

Encore une bonne bédé de Ralf König toujours aussi fun mais beaucoup plus tout public que le reste de sa production. Je pense qu'avec cette bande-dessinée il a voulu élargir son public et ne pas se limiter au seul milieu. Du coup c'est quand même beaucoup moins trash que d'habitude et on a enfin le droit à pas mal de personnages hétéros. Ralf König même s'il souhaite plaire à un large public conserve son indépendance et son talent : c'est toujours aussi drôle, et les dialogues restent toujours aussi percutants. J'adhère complètement à son dessin minimaliste, c'est quasiment du croquis. Certains passages sont cultes : la réunion d'hommes discutant sexualité en particulier ou la scène dans un cinéma où les personnages vont voir Mort à Venise de Visconti où débarquent trois beaufs violents qui se sont plantés de salle pensant voir Rambo.

24/05/2014 (modifier)
Par Thobias
Note: 4/5
Couverture de la série La Ligue des Gentlemen Extraordinaires
La Ligue des Gentlemen Extraordinaires

Très bonne bande-dessinée d'Alan Moore, même s'il est permis de préférer Watchmen et V pour Vendetta. C'est quand même une véritable gageure de réussir à réunir divers héros de la littérature d'aventure ou de livres fantastiques du XIXe (l'homme invisible, le capitaine Nemo, Docteur Jeckyll et Mister Hyde, Winona Harper et Alan Quatermain) dans un ensemble des plus cohérents et tout à fait passionnant. Franchement ça marche (le film lui par contre est un échec), on y croit et on est transporté par ces aventures. L'auteur n'hésite pas à tuer ces héros, ce qui m'a un peu surpris. Je regrette cependant un saut dans le temps et la création d'une nouvelle ligue. Je m'étais attaché aux héros de la première et ceux de la nouvelle me semblent moins intéressants et assez peu développés.

24/05/2014 (modifier)
Par Thobias
Note: 4/5
Couverture de la série Quai d'Orsay
Quai d'Orsay

Une vraie réussite que cette bande-dessinée humoristique. C'est une plongée passionnante dans le quotidien des collaborateurs d'un ministre des affaires étrangères un peu maboul et très contradictoire mais qui a "une vision". Ce n'est jamais caricatural et toujours extrêmement instructif (les multiples phases de rédaction et re-rédaction d'un discours en incorporant les différentes remarques, totalement contradictoires des différentes personnes consultées). Le dessin est très particulier mais il m'a bien plu. Il y a beaucoup de petites touches d'humour particulièrement efficaces (les références à Star Wars dans les rêves et fantasmes du héros en particulier). Le ministre est un personnage complexe très difficile à cerner, ce qui le rend assez fascinant.

24/05/2014 (modifier)
Par Thobias
Note: 4/5
Couverture de la série Paracuellos
Paracuellos

Une bande dessinée qui parvient à la fois à être drôle et émouvante. Cette succession de petites histoires, des tranches de vie en quelque sorte, sur des orphelins élevés dans un orphelinat religieux en Espagne pendant le franquisme est pleine d'anecdotes tour à tour amusantes ou touchantes (souvent les deux en même temps) sur le quotidien de ces gamins. L'institution religieuse en prend toujours pour son grade, la majorité de ses représentants étant cruels voire franchement sadiques. On s'attache vraiment à ces enfants et à leurs petites histoires. Même si c'est marqué historiquement et géographiquement cela reste universel et parle à tous.

24/05/2014 (modifier)