C'est drôle que cette série n'ait pas soulevé plus d'enthousiasme.
Le trait est assez souple, sans recherche excessive, les couleurs vraiment réussies.
Mais c'est dans le scénario que je vois deux grandes qualités :
1. les personnages qui sont bien campés. On a l'impression qu'on pourrait les croiser dans la rue, j'irais presque jusqu'à dire qu'on les a déjà croisés, tellement ils sentent le vrai et reflètent notre époque. Par ailleurs, le héros, au visage expressif et au corps élégant a tout pour séduire une lectrice lambda comme moi, il sait écouter, observer, s'adapter, mais sans que ça paraisse un surhomme, on s'identifie facilement à sa situation improbable.
2. L'histoire. L'idée de deux mondes qui se télescopent n'a rien d'original a priori. (on a déjà vu ça, au moins dans Philémon) Pourtant ici, le monde le plus proche de nous est aussi en état de déliquescence, il est déjà dans de l'anticipation, tout se déglingue en ville et seule la campagne semble suivre un chemin habituel. C'est une époque où on cherche justement un échappatoire. L'autre monde (pas aussi déboussolant que celui d'Aldébaran ou de Philémon) vient donc un peu comme une bouffée d'air qui se révèle finalement guère plus ouverte. Le plus réussi, je trouve, c'est l'enfant, et le mystère sur sa parenté, la manière dont chaque personnage se débat pour faire avec cette étrangeté.
Dans le fantastique, le plus difficile c'est de nous faire avaler la couleuvre, et je trouve qu'ils y parviennent très bien. On est dedans, ça peut arriver demain!
Au fil des épisodes, cela devient moins original, l'autre monde prend un air de déjà vu. Mais je reste sur mon enthousiasme premier pour la réalité palpable des personnages qui survit malgré les imperfections du scénario.
Et bien voilà avec ce « Match » une bonne pioche dans cette collection Shampooing assez éclectique et inégale !
Grégory Panaccione nous narre dans cet album l’intégralité du match de tennis opposant l’Anglais Rod Jones et le Français Marcel Coste. Oui, vous avez bien lu, l’intégralité ! Le moindre point du match vous est présenté dans les 186 pages de cet album petit format. On a parfois droit aux ralentis (traités un peu à la façon manga je trouve) !
Que les phobiques du sport en général et du tennis en particulier se rassurent, ce n’est pas un pensum, ce n’est pas du tout rébarbatif, et il n’est pas nécessaire d’aimer le tennis pour apprécier « un truc pareil », comme le qualifie l’auteur dans ses remerciements. Pas nécessaire non plus d’avoir une culture tennistique très poussée. Les deux joueurs sont imaginaires, et on peut apprécier l’album sans trop connaître les règles. Mais les connaître, et avoir vu quelques matches peut augmenter le plaisir en pointant les mimiques, les réactions de Marcel Coste, et le décalage par rapport à la réalité.
C’est une BD muette (le seul mot prononcé est un « vamos » tonitruant de Marcel Coste se prenant peut-être pour Nadal), mais l’auteur rend tellement expressifs les deux protagonistes que l’on suit et comprend tout ce qui se passe, sur le court et dans leurs têtes.
J’en arrive au plus important : c’est vraiment drôle ! Dès le début, on comprend que le Français est inadapté (entrainement et équipement, voire morphotype) et qu’il risque de se faire balayer par son adversaire. Et effectivement, il se prend une grosse raclée (je vous laisse découvrir l’évolution du score et les réactions poilantes de Coste).
Si la branlée reçue est atténuée sur la fin – Coste ayant recours à un produit dopant original, la chute bucolique éclaire d’une lumière nouvelle ce Coste, finalement adapté à son monde, loin des caméras et de la compétition.
Je finis par le dessin, vraiment très réussi, et qui contribue, dans un style minimaliste (décors quasi absents et « figés ») à agiter nos zygomatiques.
Vraiment à découvrir !
Voici une manière originale d'aborder le débarquement du 6 juin 44.
A partir d'une photo emblématique prise par Robert Capa (1er grand photoreporter), nous sommes plongés dans ce déluge de feu qu'ont dû subir les forces alliées sur les plages normandes. Mais le récit ne se limite pas à ce D day. Il retrace aussi la vie mouvementée de R. Capa jusqu'à sa mort accidentelle 10 ans après la fin de la 2e guerre mondiale. Des éléments annexes, tels que le cheminement chaotique des pellicules ou encore le questionnement sur l'identité du soldat de la photo, sont également abordés. Bref, voici un angle de vue unique et très instructif. Côté dessin, Bertail frappe fort. Son trait délié et vif est bien en rapport avec le sujet. Il y a également la présence d'une quadruple page qui vaut le détour. A noter un format original à l'italienne pour la collection Air Libre qui colle bien avec le sujet.
Un premier tome convainquant ... J'ai hâte de voir quelle photo sera traitée par la suite.
Cet album est une friandise… Et comme toute friandise, je pense qu’elle se savoure avec lenteur… Ceci dit, j’ai tout baffré vite fait comme un chacal !
Ce qui le distingue des autres, c’est indéniablement son découpage. Un mot me vient à l’esprit pour le qualifier : fabuleux !!! Mais je crains que ce ne soit là qu’un piètre euphémisme, parce que, PUTEBORGNE, qu’est-ce que c’est bien foutu !! De petites cases régulières, propices aux séquençages ou, au contraire, s’agglomérant pour proposer des angles vertigineux, des paysages redécomposés (en d’autres termes : composés, décomposés et recomposés), des évolutions de personnages dans un cadre unique et changeant. C’est fascinant, quasi-hypnotique. C’est exactement le genre de planche sur laquelle je peux rester bloqué, plongé, buggué.
Les dernières planches abandonnent cette structure au profit d’une autre… tout aussi originale. Et là, c’est le texte qui prend le dessus grâce à une écriture en rime et en vers joliment maîtrisée.
Mais l’histoire, me direz-vous ? Et bien, c’est simplement l’histoire des chats qui se sont succédés auprès de l’auteur, et plus particulièrement d’un d'entre eux. Leur vie nous est contée sous leur angle de vue. On retrouve tout ce qui nous les fait aimer (ou détester, selon les cas) : leur grâce, leur bêtise, leur souplesse, leur cruauté, leur goût du jeu, leur paresse au soleil. Rien de nouveau sous cet angle mais chaque lecteur amoureux des chats reconnaitra le sien dans plus d’un chapitre (chat pitre ?) Mais ce chat, c'est aussi le temps qui passe, la vie qui change, la famille qui s'agrandit, tous ces petits riens dont il est le témoin privilégié. Le chat devient objectif, celui que l'on observe et celui qui nous observe.
Un album que j’ai dévoré d’un coup mais qu’il me plaira de relire, que ce soit avec parcimonie ou - à nouveau – goulument. Il a un côté zen, serein et une esthétique telle que ce livre mérite de ne jamais être rangé dans une bibliothèque. Au contraire, il devrait toujours trainer sur le coin d’une table pour que nous puissions le happer à la moindre occasion.
Merci Jetjet de m'avoir fortement suggéré cette BD, elle vaut vraiment le détour !
Je l'ai commandée d'occasion sur un site marchand dont je tairai le nom et en la feuilletant rapidement jusqu'à la fin pour voir si son état général correspondait à ce qui était annoncé, j'ai failli m'insurger contre le vendeur qui la prétendait "comme neuve"... ah ah ah, c'est en arrivant aux dernières pages du bouquin que j'ai compris (j'vous dis pas quoi, faut l'acheter pour savoir).
Cette suite de nouvelles humoristico-horrifiques est une habile construction autour d'un bouquin qui ne réussit pas du tout à ceux qui le lisent... Les histoires s’enchevêtrent, se croisent et se justifient mutuellement dans les moindres détails et jusqu'à la dernière page, c'est un vrai plaisir de découvrir page après page tous ces liens.
Graphiquement c'est plus que correct et une fois de plus la preuve que l'on peut faire du comics qui ne fait pas mal aux yeux (mais pas à la hauteur de Gabriel Rodriguez dans le fameux Locke & Key).
A acheter les yeux fermés et à lire et relire pour être sûr de n'avoir rien loupé !
Autant le dire tout de suite, je ne suis pas spécialement attiré par le style de Gillon, notamment sur Les Naufragés du temps où son dessin m'apparaît froid et un peu statique, mais lorsqu'il s'attaque à l'Histoire de France, il se lâche beaucoup plus et éblouit par son goût du faste et sa dextérité à reproduire des costumes d'époque. Je gardais en mémoire un excellent souvenir de sa Jehanne la Pucelle qui donnait de Jeanne d'Arc une image personnelle, ainsi qu'une bonne re-création de son temps.
Dans cette adaptation de N-D de Paris du père Hugo, il suit la même direction et même s'il est secondé par un scénariste, il prend en compte tous les grands chapitres de ce grand roman, l'un des plus célèbres de son auteur, qui reste très probablement mon préféré de Victor Hugo, bien devant Les Misérables, tout simplement parce qu'il s'y livre à une description d'un Moyen Age enluminé bien-sûr par le folklore des cages de fer de Louis XI et ce côté mystérieux et fascinant de l'alchimie, mais qui semble très authentique, c'est là la magie d'Hugo pour émerveiller ses lecteurs, il donne une vision romantique du XVème siècle. Et puis il y a Quasimodo ! ce personnage de bossu laid et malmené par Frollo, mais derrière lequel bat un coeur, il renvoie une image tout à fait prenante dans les séquences face à Esmeralda : c'est la belle et la bête avant l'heure.
J'ai donc eu l'impression de retrouver tout ça dans ce one-shot, tout en me remémorant le magnifique film de 1954 avec Gina Lollobrigida et un Anthony Quinn fabuleux en Quasimodo. Rien à voir évidemment avec Le Bossu de N-D de Disney, version bien gentillette et joliment faite, mais où, pour respecter l'éthique Disney, personne ne meurt. Faut pas oublier que cette oeuvre est aussi tragique comme tous les grands romans du XIXème. Voila pourquoi cette adaptation très scrupuleuse du roman et au dessin magistral, vraiment du grand Gillon, est quasiment indispensable quand on aime la grande littérature et la belle BD.
Pas grand-chose à ajouter aux avis précédents. Portugal, c’est très bien. Cette quête de soi d’un auteur en pleine crise existentielle est bien menée. Le dessin s’adapte aux propos et change en fonction des planches. Cela peut dérouter. Personnellement, j’ai beaucoup aimé.
La galerie de personnages est attachante. On sent beaucoup de tendresse de la part de Pedrosa pour l’ensemble de ses personnages. Les différentes séquences sentent le vécu et la sincérité. Les passages en portugais n’auront jamais gêné ma lecture. Au contraire, ils me permettent de partager le sort du personnage central.
Je m’en méfiais. J’avais tort. Portugal est un album bourré de tendresse et de sincérité, non dénué d’humour et illustré avec audace et brio.
Je connaissais cette série de nom, mais je ne l'avais jamais lue et franchement je trouve cela dommage de ne pas avoir lu cette série avant car de toutes les séries récentes sorties du Journal de Spirou, c'est sans aucun doute la meilleure !
J'adore les différents styles des dessinateurs qui participent à cette oeuvre collective sauf pour le cas de Pedrosa. Je n'aime pas trop les couleurs qu'il emploie. Je n'ai pas non plus aimé les trois strips hyper-réalistes à la fin du tome 1 même si les gags étaient drôles.
Ce que j'ai surtout aimé, c'est que non seulement les différents auteurs sont drôles et je n'ai pas ressenti que l'humour d'un auteur était moins bien que celui d'un autre, mais en plus tout est cohérent. Il y a des strips dessinés par différents auteurs qui se suivent (notamment lorsqu'ils sont à Angoulême) sans aucune difficulté comme si c'était la même personne qui dessinait et scénarisait tous les strips !
En plus, les auteurs font preuve d'auto-dérision et n'ont aucun problème à se montrer ridicules et cela donne des moments hilarants.
Cet album est bavard mais quand même sacrément bien foutu. On part d’un personnage pour rapidement rebondir sur un deuxième qui nous amène à un troisième qui nous raconte l’histoire incroyable d’un quatrième, etc... C’est riche, bien construit, original et le récit exploite à merveille un univers rarement exploré : celui des ventes publiques. Tout démarre en effet lorsque la mise aux enchères d’un trophée de chasse atteint des sommes totalement folles lors d’une petite vente de province, et tout l’intérêt du récit sera de nous expliquer les raisons de pareille empoigne.
La galerie des personnages est très variée, avec certains auxquels on peut facilement s’identifier et d’autres dont le destin ou le profil en font des êtres hors du commun. A nouveau, c’est riche, complexe, foisonnant.
Et ne croyez pas que vous allez tomber sur un récit hermétique. Bien au contraire, c’est riche, original mais très linéaire et aisé à lire. Il y a bien l’une ou l’autre facilité dans les rebondissements mais, grâce à l’humour toujours présent (même si en arrière-plan), ces heureux hasards passent très facilement.
Le dessin a un petit côté tremblotant qui lui donne un faux air d’amateurisme. Un faux air car, en fait, il est tout à fait maîtrisé. Depuis les différents personnages jusqu’aux décors, ce trait est précis même si l’univers est dense. Simon Hureau garde toujours une grande lisibilité dans ses planches alors qu’au premier coup d’œil l’impression d’ensemble est plutôt brouillonne.
Pour la note, j’hésite entre un bon 3/5 et un flatteur 4/5. Allez ! 4/5 pour l’originalité de l’histoire.
L’atout majeur de cette série est son background historique. De plus, pour nous présenter cette histoire et nous introduire dans le monde Rrom (avec deux ‘r’ ai-je appris en lisant cet album), les auteurs ont recours à un personnage bien pensé. J’ai en effet trouvé assez naturelle la manière dont il se retrouve finalement intégré au sein de la communauté, et les événements qui vont l’amener jusqu’aux camps me sont apparus cohérents.
D’ailleurs, tous les évènements s’enchainent avec logique. Le récit est d’une linéarité exemplaire vers l’inéluctable, il parvient ainsi à être aussi instructif que prenant. Et les personnages ont beau être très classiques, ils n’en sont pas moins attachants.
Le dessin est vraiment très beau et le choix de la colorisation monochrome donne à l’ensemble une esthétique encore plus forte.
En résumé, cet album n’est peut-être pas le plus original mais il est très bien fait et instructif à plus d’un point de vue. Il est un peu trop manichéen à mon goût mais ça, c’est juste pour pinailler.
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Le Grand Mort
C'est drôle que cette série n'ait pas soulevé plus d'enthousiasme. Le trait est assez souple, sans recherche excessive, les couleurs vraiment réussies. Mais c'est dans le scénario que je vois deux grandes qualités : 1. les personnages qui sont bien campés. On a l'impression qu'on pourrait les croiser dans la rue, j'irais presque jusqu'à dire qu'on les a déjà croisés, tellement ils sentent le vrai et reflètent notre époque. Par ailleurs, le héros, au visage expressif et au corps élégant a tout pour séduire une lectrice lambda comme moi, il sait écouter, observer, s'adapter, mais sans que ça paraisse un surhomme, on s'identifie facilement à sa situation improbable. 2. L'histoire. L'idée de deux mondes qui se télescopent n'a rien d'original a priori. (on a déjà vu ça, au moins dans Philémon) Pourtant ici, le monde le plus proche de nous est aussi en état de déliquescence, il est déjà dans de l'anticipation, tout se déglingue en ville et seule la campagne semble suivre un chemin habituel. C'est une époque où on cherche justement un échappatoire. L'autre monde (pas aussi déboussolant que celui d'Aldébaran ou de Philémon) vient donc un peu comme une bouffée d'air qui se révèle finalement guère plus ouverte. Le plus réussi, je trouve, c'est l'enfant, et le mystère sur sa parenté, la manière dont chaque personnage se débat pour faire avec cette étrangeté. Dans le fantastique, le plus difficile c'est de nous faire avaler la couleuvre, et je trouve qu'ils y parviennent très bien. On est dedans, ça peut arriver demain! Au fil des épisodes, cela devient moins original, l'autre monde prend un air de déjà vu. Mais je reste sur mon enthousiasme premier pour la réalité palpable des personnages qui survit malgré les imperfections du scénario.
Match
Et bien voilà avec ce « Match » une bonne pioche dans cette collection Shampooing assez éclectique et inégale ! Grégory Panaccione nous narre dans cet album l’intégralité du match de tennis opposant l’Anglais Rod Jones et le Français Marcel Coste. Oui, vous avez bien lu, l’intégralité ! Le moindre point du match vous est présenté dans les 186 pages de cet album petit format. On a parfois droit aux ralentis (traités un peu à la façon manga je trouve) ! Que les phobiques du sport en général et du tennis en particulier se rassurent, ce n’est pas un pensum, ce n’est pas du tout rébarbatif, et il n’est pas nécessaire d’aimer le tennis pour apprécier « un truc pareil », comme le qualifie l’auteur dans ses remerciements. Pas nécessaire non plus d’avoir une culture tennistique très poussée. Les deux joueurs sont imaginaires, et on peut apprécier l’album sans trop connaître les règles. Mais les connaître, et avoir vu quelques matches peut augmenter le plaisir en pointant les mimiques, les réactions de Marcel Coste, et le décalage par rapport à la réalité. C’est une BD muette (le seul mot prononcé est un « vamos » tonitruant de Marcel Coste se prenant peut-être pour Nadal), mais l’auteur rend tellement expressifs les deux protagonistes que l’on suit et comprend tout ce qui se passe, sur le court et dans leurs têtes. J’en arrive au plus important : c’est vraiment drôle ! Dès le début, on comprend que le Français est inadapté (entrainement et équipement, voire morphotype) et qu’il risque de se faire balayer par son adversaire. Et effectivement, il se prend une grosse raclée (je vous laisse découvrir l’évolution du score et les réactions poilantes de Coste). Si la branlée reçue est atténuée sur la fin – Coste ayant recours à un produit dopant original, la chute bucolique éclaire d’une lumière nouvelle ce Coste, finalement adapté à son monde, loin des caméras et de la compétition. Je finis par le dessin, vraiment très réussi, et qui contribue, dans un style minimaliste (décors quasi absents et « figés ») à agiter nos zygomatiques. Vraiment à découvrir !
Magnum Photos
Voici une manière originale d'aborder le débarquement du 6 juin 44. A partir d'une photo emblématique prise par Robert Capa (1er grand photoreporter), nous sommes plongés dans ce déluge de feu qu'ont dû subir les forces alliées sur les plages normandes. Mais le récit ne se limite pas à ce D day. Il retrace aussi la vie mouvementée de R. Capa jusqu'à sa mort accidentelle 10 ans après la fin de la 2e guerre mondiale. Des éléments annexes, tels que le cheminement chaotique des pellicules ou encore le questionnement sur l'identité du soldat de la photo, sont également abordés. Bref, voici un angle de vue unique et très instructif. Côté dessin, Bertail frappe fort. Son trait délié et vif est bien en rapport avec le sujet. Il y a également la présence d'une quadruple page qui vaut le détour. A noter un format original à l'italienne pour la collection Air Libre qui colle bien avec le sujet. Un premier tome convainquant ... J'ai hâte de voir quelle photo sera traitée par la suite.
Sugar (ma vie de chat)
Cet album est une friandise… Et comme toute friandise, je pense qu’elle se savoure avec lenteur… Ceci dit, j’ai tout baffré vite fait comme un chacal ! Ce qui le distingue des autres, c’est indéniablement son découpage. Un mot me vient à l’esprit pour le qualifier : fabuleux !!! Mais je crains que ce ne soit là qu’un piètre euphémisme, parce que, PUTEBORGNE, qu’est-ce que c’est bien foutu !! De petites cases régulières, propices aux séquençages ou, au contraire, s’agglomérant pour proposer des angles vertigineux, des paysages redécomposés (en d’autres termes : composés, décomposés et recomposés), des évolutions de personnages dans un cadre unique et changeant. C’est fascinant, quasi-hypnotique. C’est exactement le genre de planche sur laquelle je peux rester bloqué, plongé, buggué. Les dernières planches abandonnent cette structure au profit d’une autre… tout aussi originale. Et là, c’est le texte qui prend le dessus grâce à une écriture en rime et en vers joliment maîtrisée. Mais l’histoire, me direz-vous ? Et bien, c’est simplement l’histoire des chats qui se sont succédés auprès de l’auteur, et plus particulièrement d’un d'entre eux. Leur vie nous est contée sous leur angle de vue. On retrouve tout ce qui nous les fait aimer (ou détester, selon les cas) : leur grâce, leur bêtise, leur souplesse, leur cruauté, leur goût du jeu, leur paresse au soleil. Rien de nouveau sous cet angle mais chaque lecteur amoureux des chats reconnaitra le sien dans plus d’un chapitre (chat pitre ?) Mais ce chat, c'est aussi le temps qui passe, la vie qui change, la famille qui s'agrandit, tous ces petits riens dont il est le témoin privilégié. Le chat devient objectif, celui que l'on observe et celui qui nous observe. Un album que j’ai dévoré d’un coup mais qu’il me plaira de relire, que ce soit avec parcimonie ou - à nouveau – goulument. Il a un côté zen, serein et une esthétique telle que ce livre mérite de ne jamais être rangé dans une bibliothèque. Au contraire, il devrait toujours trainer sur le coin d’une table pour que nous puissions le happer à la moindre occasion.
Lucy Loyd's nightmare
Merci Jetjet de m'avoir fortement suggéré cette BD, elle vaut vraiment le détour ! Je l'ai commandée d'occasion sur un site marchand dont je tairai le nom et en la feuilletant rapidement jusqu'à la fin pour voir si son état général correspondait à ce qui était annoncé, j'ai failli m'insurger contre le vendeur qui la prétendait "comme neuve"... ah ah ah, c'est en arrivant aux dernières pages du bouquin que j'ai compris (j'vous dis pas quoi, faut l'acheter pour savoir). Cette suite de nouvelles humoristico-horrifiques est une habile construction autour d'un bouquin qui ne réussit pas du tout à ceux qui le lisent... Les histoires s’enchevêtrent, se croisent et se justifient mutuellement dans les moindres détails et jusqu'à la dernière page, c'est un vrai plaisir de découvrir page après page tous ces liens. Graphiquement c'est plus que correct et une fois de plus la preuve que l'on peut faire du comics qui ne fait pas mal aux yeux (mais pas à la hauteur de Gabriel Rodriguez dans le fameux Locke & Key). A acheter les yeux fermés et à lire et relire pour être sûr de n'avoir rien loupé !
Notre-Dame de Paris
Autant le dire tout de suite, je ne suis pas spécialement attiré par le style de Gillon, notamment sur Les Naufragés du temps où son dessin m'apparaît froid et un peu statique, mais lorsqu'il s'attaque à l'Histoire de France, il se lâche beaucoup plus et éblouit par son goût du faste et sa dextérité à reproduire des costumes d'époque. Je gardais en mémoire un excellent souvenir de sa Jehanne la Pucelle qui donnait de Jeanne d'Arc une image personnelle, ainsi qu'une bonne re-création de son temps. Dans cette adaptation de N-D de Paris du père Hugo, il suit la même direction et même s'il est secondé par un scénariste, il prend en compte tous les grands chapitres de ce grand roman, l'un des plus célèbres de son auteur, qui reste très probablement mon préféré de Victor Hugo, bien devant Les Misérables, tout simplement parce qu'il s'y livre à une description d'un Moyen Age enluminé bien-sûr par le folklore des cages de fer de Louis XI et ce côté mystérieux et fascinant de l'alchimie, mais qui semble très authentique, c'est là la magie d'Hugo pour émerveiller ses lecteurs, il donne une vision romantique du XVème siècle. Et puis il y a Quasimodo ! ce personnage de bossu laid et malmené par Frollo, mais derrière lequel bat un coeur, il renvoie une image tout à fait prenante dans les séquences face à Esmeralda : c'est la belle et la bête avant l'heure. J'ai donc eu l'impression de retrouver tout ça dans ce one-shot, tout en me remémorant le magnifique film de 1954 avec Gina Lollobrigida et un Anthony Quinn fabuleux en Quasimodo. Rien à voir évidemment avec Le Bossu de N-D de Disney, version bien gentillette et joliment faite, mais où, pour respecter l'éthique Disney, personne ne meurt. Faut pas oublier que cette oeuvre est aussi tragique comme tous les grands romans du XIXème. Voila pourquoi cette adaptation très scrupuleuse du roman et au dessin magistral, vraiment du grand Gillon, est quasiment indispensable quand on aime la grande littérature et la belle BD.
Portugal
Pas grand-chose à ajouter aux avis précédents. Portugal, c’est très bien. Cette quête de soi d’un auteur en pleine crise existentielle est bien menée. Le dessin s’adapte aux propos et change en fonction des planches. Cela peut dérouter. Personnellement, j’ai beaucoup aimé. La galerie de personnages est attachante. On sent beaucoup de tendresse de la part de Pedrosa pour l’ensemble de ses personnages. Les différentes séquences sentent le vécu et la sincérité. Les passages en portugais n’auront jamais gêné ma lecture. Au contraire, ils me permettent de partager le sort du personnage central. Je m’en méfiais. J’avais tort. Portugal est un album bourré de tendresse et de sincérité, non dénué d’humour et illustré avec audace et brio.
L'Atelier Mastodonte
Je connaissais cette série de nom, mais je ne l'avais jamais lue et franchement je trouve cela dommage de ne pas avoir lu cette série avant car de toutes les séries récentes sorties du Journal de Spirou, c'est sans aucun doute la meilleure ! J'adore les différents styles des dessinateurs qui participent à cette oeuvre collective sauf pour le cas de Pedrosa. Je n'aime pas trop les couleurs qu'il emploie. Je n'ai pas non plus aimé les trois strips hyper-réalistes à la fin du tome 1 même si les gags étaient drôles. Ce que j'ai surtout aimé, c'est que non seulement les différents auteurs sont drôles et je n'ai pas ressenti que l'humour d'un auteur était moins bien que celui d'un autre, mais en plus tout est cohérent. Il y a des strips dessinés par différents auteurs qui se suivent (notamment lorsqu'ils sont à Angoulême) sans aucune difficulté comme si c'était la même personne qui dessinait et scénarisait tous les strips ! En plus, les auteurs font preuve d'auto-dérision et n'ont aucun problème à se montrer ridicules et cela donne des moments hilarants.
Le Massacre
Cet album est bavard mais quand même sacrément bien foutu. On part d’un personnage pour rapidement rebondir sur un deuxième qui nous amène à un troisième qui nous raconte l’histoire incroyable d’un quatrième, etc... C’est riche, bien construit, original et le récit exploite à merveille un univers rarement exploré : celui des ventes publiques. Tout démarre en effet lorsque la mise aux enchères d’un trophée de chasse atteint des sommes totalement folles lors d’une petite vente de province, et tout l’intérêt du récit sera de nous expliquer les raisons de pareille empoigne. La galerie des personnages est très variée, avec certains auxquels on peut facilement s’identifier et d’autres dont le destin ou le profil en font des êtres hors du commun. A nouveau, c’est riche, complexe, foisonnant. Et ne croyez pas que vous allez tomber sur un récit hermétique. Bien au contraire, c’est riche, original mais très linéaire et aisé à lire. Il y a bien l’une ou l’autre facilité dans les rebondissements mais, grâce à l’humour toujours présent (même si en arrière-plan), ces heureux hasards passent très facilement. Le dessin a un petit côté tremblotant qui lui donne un faux air d’amateurisme. Un faux air car, en fait, il est tout à fait maîtrisé. Depuis les différents personnages jusqu’aux décors, ce trait est précis même si l’univers est dense. Simon Hureau garde toujours une grande lisibilité dans ses planches alors qu’au premier coup d’œil l’impression d’ensemble est plutôt brouillonne. Pour la note, j’hésite entre un bon 3/5 et un flatteur 4/5. Allez ! 4/5 pour l’originalité de l’histoire.
Batchalo
L’atout majeur de cette série est son background historique. De plus, pour nous présenter cette histoire et nous introduire dans le monde Rrom (avec deux ‘r’ ai-je appris en lisant cet album), les auteurs ont recours à un personnage bien pensé. J’ai en effet trouvé assez naturelle la manière dont il se retrouve finalement intégré au sein de la communauté, et les événements qui vont l’amener jusqu’aux camps me sont apparus cohérents. D’ailleurs, tous les évènements s’enchainent avec logique. Le récit est d’une linéarité exemplaire vers l’inéluctable, il parvient ainsi à être aussi instructif que prenant. Et les personnages ont beau être très classiques, ils n’en sont pas moins attachants. Le dessin est vraiment très beau et le choix de la colorisation monochrome donne à l’ensemble une esthétique encore plus forte. En résumé, cet album n’est peut-être pas le plus original mais il est très bien fait et instructif à plus d’un point de vue. Il est un peu trop manichéen à mon goût mais ça, c’est juste pour pinailler.