Les derniers avis (32030 avis)

Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Les Mohamed
Les Mohamed

Voilà une BD dont les dessins sont très moches et qu'il faut absolument avoir lue. Je sais ça parait impossible... et pourtant, c'est vrai. Je ne vois pas qui, après avoir lu ce documentaire, pourrait rester xénophobe. C'est un recueil de parcours de vieux arabes venus travailler en France dans les années 50-60. Ils racontent leur vie, chacun son tour, successivement. Ce n'est pas du tout monotone parce qu'en fait chaque vie est une aventure. Les familles sont venues les rejoindre... ou pas. Les femmes ont dû s'adapter... ou pas. Les enfants ont grandi ici et ont de bonnes situations... ou pas. Tous ces gens, avec leur culture propre, qui ont été déracinés pour construire notre économie mondialisée, des routes, des ponts, des voitures, des logements, ont vécu dans des bidons-villes, des foyers Sonacotra, ont essayé d'élever leurs enfants, de poursuivre les histoires commencées au pays, ont travaillé et sont là aujourd'hui. Représentés comme des sortes de matous immobiles, ils témoignent. Et leurs mots suffisent...

25/09/2014 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série L'Attentat
L'Attentat

Un sujet guère ragoutant, pas le truc qui vous met de bonne humeur, je veux dire! Mais en fait c'est le seul moyen pour comprendre les infos qu'on entend à la radio. Si on n'a pas ce genre de BD, on ferme ses oreilles au flot ininterrompu de drames cruels qui se produisent en permanence. Et surtout la compréhension des flashs infos que l'on entend nous est impossible. Donc je ne vous conseille pas de l'acheter si vous lisez de la BD pour échapper au monde. Sinon achetez-le. L'auteur du roman qui a servi de base à cette BD, Yasmina Khadra, je n'ai jamais pu en lire plus de 3 pages: c'est plein de mots très rares et de tournures de phrases alambiquées qui rebutent invariablement. Là, l'adaptation prend les choses par un bout tout à fait quotidien, un type tout à fait commun qui est au boulot ... mais en Israël. Là ça se complique déjà. Il travaille dans un hôpital, deuxième complication. Il y a un attentat, troisième. Il travaille jusqu'à épuisement, il rentre chez lui, et deux heures plus tard les flics sont à sa porte. Le reste de la BD raconte les tentatives acharnées du héros pour se dépatouiller de cette histoire qu'il ne comprend décidément pas. C'est très long, mais on ne lâche pas, on veut savoir aussi...

25/09/2014 (modifier)
Couverture de la série Lucky Luke
Lucky Luke

Je ne m'étais jamais rendu compte de l'ampleur de la célébrité de Lucky Luke jusqu'à ce que je me rende en Afrique, au Cameroun précisément, où il est très populaire chez les enfants, qui regardent le dessin animé du cow-boy à la télévision. C'est véritablement l'une des séries franco-belges les plus connues internationalement, à ranger dans la case des Schtroumpfs, de Tintin et d'Astérix le Gaulois. Lucky Luke ce sont les mythes du Far West revisités de façon parodique, de la ruée vers l'or à Billy the Kid, des guerres indiennes aux bateaux à vapeur du Mississipi, de Calamity Jane aux villes fantômes. Un peu comme Astérix avec l'antiquité gallo-romaine, Lucky Luke possède aussi des vertus pédagogiques, puisqu'il permet aux plus petits de s'instruire sur cette période complexe et charnière de l'histoire américaine par la caricature comique, qui permet de conjuguer l'apprentissage et le plaisir. Ce choix de narration a été impulsé par Goscinny qui a grandement élevé la série en y imprimant son génie humoristique. Lucky Luke, c'est aussi des personnages secondaires croustillants et distinctifs, facilement reconnaissables et qui sont passés dans la culture populaire francophone, je parle évidemment de Jolly Jumper le destrier moralisateur, de Rantanplan le canidé le moins intelligent du Far West, et, bien sûr, des Dalton, le légendaire quatuor de hors-la-loi, plus clownesque que véritablement dangereux. Bref Lucky Luke, c'est une icône incontournable, à lire absolument pour tout amateur de bd, au moins les tomes de la période Goscinny. Vous passeriez à côté de grands moments de rire si vous ne vous plongez pas dans les aventures du Cow Boy qui tire plus vite que son ombre.

25/09/2014 (modifier)
Couverture de la série La Belle et la Bête (Bamboo)
La Belle et la Bête (Bamboo)

Cette relecture d'un conte célèbre ne s'inscrit pas dans un univers de SF comme certaines réinterprétations que j'ai eu la désagréable surprise de découvrir, mais bel et bien dans un passé intemporel qui semble se rapprocher du XVIIIème siècle, tout en récupérant les codes du conte originel écrit rappelons-le, en 1757 par Madame Leprince de Beaumont. C'est le point très positif de cette Bd, mais l'incursion du fantastique est intéressante, parce que c'est un fantastique différent du fantastique poétique qui nimbait déjà le conte originel. C'est en réalité une sorte de mélange hétéroclite de style fantasy qui se mêle d'un fantastique plus traditionnel s'appuyant sur la magie ; c'est un très bon concept qui fonctionne bien, même si ça peut à première vue ressembler à une sorte de fourre-tout sans identité. Le seul petit hic vient des 2 personnages principaux de la Bête et de Belle qui ne sont pas encore assez creusés ; espérons une amélioration de ce côté. D'autre part, la modernisation du conte laisse peu de place à une véritable histoire d'amour lyrique pour l'instant, plutôt à des combats de monstres ; attention à ne pas trop déraper vers cet abîme qui pourrait entraîner la Bd vers le bas. La mise en page savante et moderne, les cadrages, le découpage, le graphisme vigoureux et solide plutôt attrayant finissent par donner un beau visuel aux décors singuliers, et de très belles pages, en dépit de quelques visages parfois mal foutus. Un bon début, mais attendons de voir où ceci va nous mener et comment ça va évoluer.

25/09/2014 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Elric (Glénat)
Elric (Glénat)

Ben oui les gars et les filles, elle est enfin là l'Adaptation BD que nous attendions tous nous les amateurs de BD qui en plus ont lu quelques uns des grands classiques de la SF. A la base un héros pas si manichéen que cela ni aussi bourrin que son compère Conan. Quelqu'un a parlé de Shakespeare, mais il faudrait aussi évoquer Nietzsche. Bon d'accord pas besoin d'avoir fait philo pour lire ça mais c'est pour dire qu'il y a dans cette histoire plus que ce que l'on pourrait imaginer au premier abord. Scénario très malin qui édulcore le côté emphatique qui pouvait exister dans les romans mais garde tout de même une puissance évidente. Dessin, couleurs, mise en page et découpage ben pour moi c'est parfait, rien à ajouter. Cerise sur le gâteau le tome 2 devrait voir le jour au printemps ou à l'été prochain. Majoration après la sortie ce jour du tome 2 "STORMBRINGER" Une claque visuelle, une claque scénaristique, une claque artistique. Une vraiment grosse baffe quoi! Après un premier tome introductif qui nous présentait les différents protagonistes et l'univers dans lequel ils évoluaient les choses sérieuses ont commencé. Avant aussi c'était du sérieux, mais là Elric est véritablement parti en guerre, avec des pouvoirs décuplés, à la recherche de sa bien aimée. Encore une fois je tire mon chapeau aux auteurs qui ont su magnifier l'oeuvre de Moorcock en lui donnant un corps véritablement tel qu'imaginé par cet auteur. Arrêtons également de dire que c'est une enième histoire déjà vue. Diantre non c'est l'ORIGINAL. C'est une oeuvre qui au même titre que le Seigneur des anneaux est au commencement de l'héroic fantasy. Ce sont tous les autres qui après se sont inspirés, qui ont parfois pompé. Allez, je ne vais pas faire de long discours, la lecture se suffit à elle même. Grandiose vous dis-je!

18/02/2014 (MAJ le 24/09/2014) (modifier)
Couverture de la série Groenland Manhattan
Groenland Manhattan

J’ai acheté Minik et j’ai loué Groenland Manhattan… J’aurais dû faire l’inverse ! Cette version de l’histoire de ces esquimaux expatriés plus ou moins volontaires est en effet bien plus prenante que celle proposée par Richard Marazano et Hippolyte. Le récit est vivant, développe avec toute la lenteur nécessaire l’évolution des personnages, bien soutenu par un dessin expressif en diable. Le petit Minik devient très touchant et son destin m’émeut par sa tragique stupidité. Minik, c’est peut-être le premier déraciné de l’histoire, lui qui ne trouvera sa place ni parmi les occidentaux ni parmi les esquimaux. Certainement à lire, et même à posséder. A préférer selon moi à l’autre version de l’histoire parue aux éditions Aire Libre.

24/09/2014 (modifier)
Couverture de la série Reanimator
Reanimator

Excellente adaptation que voilà ! J’y ai retrouvé l’ambiance si particulière des récits fantastiques de l’époque, et c’est, je pense, un véritable exploit que signe là Florent Calvez. Car ce récit est avant toutes choses un récit d’ambiance, où l’horreur croit au fil des pages, où l’un des protagonistes sombre dans la folie et l’horreur en une lente mais implacable progression. Le sens du timing était essentiel et a été parfaitement maîtrisé tout le long de l’exercice. Le dessin de Florent Calvez est lui aussi redoutablement efficace. La mise en page est soignée et nous offre à l'occasion des découpages originaux construits sur des doubles pages. Une manière étonnante d’élargir le champ de manœuvre pour nous sortir d’une certaine routine. Enfin, le récit, si vous ne le connaissez pas, est très prenant, raconté à la première personne par un acteur majeur, fascinant et effrayant à la fois. Il nous expose plusieurs thèmes de réflexion, allant de l’acharnement médical à la nécessité de l’innovation. Ce récit demeure étonnement moderne même si les connaissances médicales ont bien évolué depuis. Un bel album, dans un double genre délicat en bande dessinée (à la fois adaptation et récit d’épouvante).

24/09/2014 (modifier)
Couverture de la série Dorian Gray
Dorian Gray

C'est le genre de Bd qui à première vue peut paraître un peu prétentieuse par son approche d'une oeuvre littéraire très célèbre, et qui vaut surtout pour sa qualité graphique extraordinaire qui oblige le lecteur émerveillé à scruter les cases, à les examiner de près pour admirer ce style très pictural. Ceci a un petit inconvénient, c'est qu'il en ferait presque oublier la richesse et la fascination du roman d'Oscar Wilde, écrit en 1891. Ce grand classique fut une de mes lectures d'ado, et je me souviens avoir tout de suite été saisi par l'intensité de l'écriture ; le roman est d'une richesse exceptionnelle où Wilde décrit la vie de débauche et les viles turpitudes commises par son héros dans les quartiers sordides de Londres. Des débauches trop bien décrites pour ne pas les avoir vécues lui-même ; on sait que ce dandy homosexuel a en effet mené une vie dissolue qui lui valut 2 ans de travaux forcés en 1895. Ce roman est donc sa confession intime dont l'impudeur souleva le scandale au sein de cette haute société londonienne dont il est demeuré longtemps le favori. Dorian Gray est son double (le meurtre en moins) par sa beauté, son élégance, la subtilité de son esprit et l'esthétisme raffiné de sa doctrine littéraire. L'effondrement de la réputation de Wilde et sa déchéance suite aux révélations publiques sur ses moeurs dénoncées par le marquis de Queenburry, furent un rude coup dont il ne se releva pas ; il quitta l'Angleterre pour la France où tel Dorian, il finit ses jours dans une tragique solitude. Cet auteur d'une intelligence étincelante et rebelle au conformisme d'une classe supérieure qui se voulait intouchable, se retrouve donc complètement dans ce roman que cette Bd a su parfaitement adapter, à 2 ou 3 détails près, en captant la lente décomposition du héros, ou plutôt celle de son portrait, reflet de son âme pervertie par le vice et le crime. La reconstitution du Londres victorien est également très réussie, ainsi que les phases évolutives du portrait maudit. Une Bd soignée et d'une qualité rare. Le roman a fait l'objet de plusieurs adaptations ciné ou pour la TV, des anglaises, italiennes, françaises ou allemandes... mais la plus prestigieuse reste la version hollywoodienne réalisée par Albert Lewin en 1945, considérée comme un chef-d'oeuvre du fantastique.

24/09/2014 (modifier)
Couverture de la série Aâma
Aâma

Moi qui pensais que le filon du "space opera" (ou plutôt "planet opera" en l'occurence) avait été usé jusqu’à la corde et ne pouvait plus se renouveler, et bien cette série m'a prouvé que je me trompais du tout au tout. Dans un futur plus ou moins éloigné, un homme se réveille soudainement et se rend compte qu'il a perdu la mémoire. C'est alors qu'une sorte de primate "anthropo-robotique", clope au bec, lui donne un carnet où l'amnésique (qui s'appelle Verloc Nim) avait consigné ses pensées journalières. L'aventure débute alors par une immense analepse qui remonte aux origines de toute l'histoire, la rencontre entre Verloc Nim et son frère, le projet Âama de la Muy-Tang Corporation, le voyage interstellaire en direction de la planète Ona(ji), et l'exploration de cette dernière, rythmée par toute une cavalcade de péripéties. J'ai trouvé qu'il y avait de fortes ressemblances avec L'Incal de Jodorowski et Moebius. A commencer par le héros lui-même, ou devrais-je dire anti-héros, au profil commun, sans talent qui sort de l'ordinaire, un peu paumé, qui mène une vie piteuse, avant qu'un concours de circonstances en fasse l'épicentre de l'intrigue qui se noue autour de lui. Un genre de John Difool en moins libidineux. Et puis il y a d'autres analogies à faire : Radiant/la Cité Puit (organisées en niveau de classe sociale), la même esthétique space opéra, etc...la grande divergence c'est qu'Âama est moins psychédélique et ne s'égare pas dans des délires mystico-abracadabrantesques comme c'est le cas dans l'Incal. En tout les cas ces trois premiers tomes (il me semble que la série est censée devenir une quadrilogie) sont vraiment excellents, on se retrouve immédiatement absorbés par cette intrigue complexe, intelligente, servie par un dessin simple mais efficace.

24/09/2014 (modifier)
Couverture de la série De Cape et de Crocs
De Cape et de Crocs

Ahhhh De Cape et de Crocs...une des plus enthousiasmantes bd de ces 15 dernières années, c'est certain ! Ce qui distingue De Cape et de Crocs c'est l'usage du langage ; ici on a affaire à un langage raffiné, théâtral, suranné, gourmand en métaphores et autres figures de style, sur le modèle des oeuvres de Molière ou d'Edmond Rostand, ce qui donne une impression "littéraire" vraiment réussie. Ensuite il nous est proposé un monde où les animaux sont bipèdes, doués de parole et coexistant avec les humains, à une époque qui fait penser aux 16/17/18ème siècles. L'intrigue fait un peu déjà-vu (une chasse au trésor) mais au fil des tomes elle va prendre une dimension complètement rocambolesque puisque nos héros (un loup hidalgo, un renard protestant, un lapin hilarant qu'ils ont sauvé d'une galère d'esclaves) vont se retrouver embarqués pour une odyssée épique sur la Lune ! On peut séparer la saga en deux parties, l'une terrestre, géniale et excitante, et l'autre lunaire, franchement moins brillante (mis à part un ou deux tomes fulgurants comme le dixième qui est un de mes albums de bd préférés tous genres confondus), parfois même ennuyante, avec des dialogues moins percutants et la désagréable impression que ça tire en longueur. Les dessins sont corrects, avec ce côté "cartoonesque" qui fait penser à un dessin animé. Cependant ça s'améliore grandement dans la deuxième partie de saga, où certaines cases sont des oeuvres d'art, je pense à la première page du septième tome "Chasseurs de Chimères". Au final je peux dire que l'on tient là une sommité du petit monde franco-belge, réalisée sur deux décennies, qui mérite globalement son statut de nouveau classique incontournable. De la grande bd animalière, d'aventure et de cape et d'épées (et de crocs !)

23/09/2014 (modifier)