J’aime beaucoup les œuvres de cet auteur espagnol qui sont plutôt dans un genre de respect de la personne. Cela me fait plutôt plaisir de le retrouver. C’est vrai que c’est un gros pavé à lire. Cependant, le plaisir de découverte de cette nouveauté demeure intact. L’auteur nous plonge dans une œuvre biographique.
L’introduction est parfaitement réussie. Nous avons un jeune auteur de bande dessinée qui rencontre un vieux papy de 94 ans. Ce dernier va nous livrer l’épisode concernant la Nueve, cette compagnie composé d’anciens combattants républicains qui a fait la campagne de l’Afrique avant de participer à la libération de la France.
C’est un aspect de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui est plutôt méconnu. Tout le monde connait la guerre civile espagnole mais peu savent que les républicains furent à la fin de la guerre déportée en France puis engagé dans une légion visant à reconquérir l’Europe tombée sous le joug des nazis. Or, ces combattants qui luttaient contre le fascisme espéraient renverser également Franco. Cependant, cela s’arrêtera à Hitler et Mussolini ce qui provoquera leur déception légitime.
On comprend mal les motivations des alliés à ne pas avoir débarrassé l’Espagne d’un dictateur. La peur du communisme est la principale motivation. Les nationalistes utilisaient dans leur propagande le terme de rouge ou d’anarchiste pour désigner les Républicains qui pourtant avait la légitimité de la gouvernance. On se rend compte que même de nos jours, la communauté internationale laisse souvent en place des dictateurs car le remède serait pire que le mal. On voit bien ce qui s’est passé en Irak, en Libye, en Syrie…
C’est un hommage qui est rendu à la Nueve qui fut l’une des premières à libérer Paris. Beaucoup ont payé de leur vie pour se débarrasser du fascisme et de son idéologie. Ces combattants ont été méprisé par les forces françaises pourtant défaite en un seul mois par l’armée d’Hitler (Mai-Juin 1940). Pourtant, les républicains ont connu des années de guerre et ont eu une expérience du combat. En même temps et pour relativiser, il s’agissait d’une compagnie de 146 hommes ce qui est assez peu pour influencer le cours de la guerre. C’est un fait dans une mécanique assez complexe.
Au final, c’est une excellente bd qui nous apportera des éclaircissements pour peu évidement qu’on s’intéresse à l’histoire. Les hommes qui se sont battus pour lutter contre le fascisme et qui sont morts se retourneraient certainement dans leur tombe en voyant les nouvelles générations succomber aux douces ou stridentes sirènes du nationalisme. Alors, oui, c’est bien une lecture utile.
Don Quichotte et sa fameuse expression picaresque « se battre contre les moulins à vent » a toujours eu beaucoup d’attrait sur moi.
Je reconnais par contre n’avoir jamais lu la version officielle de Cervantes mais plutôt des résumés de passage ou adaptations en romans pour enfants (lorsque j’en étais encore un il y a fort longtemps) et j’ai toujours été frustré que le génial Terry Gilliam n’ait pu mener son projet de film à terme avec Jean Rochefort et Johnny Depp dans les rôles titres…
Du coup l’annonce d’une version de ce fameux récit sous forme de bande dessinée par le britannique Rob Davis m’a fait écarquiller les yeux de plaisir…. Au final on dispose d’un magnifique bouquin au dos toilé (sur deux annoncés et dont le dernier volume sortira fin d’année 2015) au format inhabituel qui trouverait aussi bien sa place dans une bibliothèque de classiques littéraires que de comics par une revisite contemporaine en brisant le quatrième mur tout en respectant scrupuleusement le texte d’origine.
Le dessin peut sembler austère au premier abord malgré un trait vif et nerveux truffé de couleurs chaudes.
Cependant passé une introduction nous remettant dans le contexte d’un vieil homme au seuil de sa vie s’inventant une vie chevaleresque pour surmonter son ennui quotidien, le tout s’emballe rapidement avec quelques séquences humoristiques pas piquées des hannetons. Il faut bien regarder le regard expressif ou pas de Rossinante, fidèle canasson ou les roustes que nos deux compères se prennent régulièrement sur le coin de la tronche pour en sorti amusé et surtout diverti.
Rob Davis découpe ses chapitres de façon inégale, arrête son récit pour faire intervenir le narrateur emprisonné (je vous laisse deviner de qui il s’agit) ou y placer des histoires annexes dans un tout autre style graphique. C’est absolument génial, dynamise le récit et lui apporte une certaine non linéarité qui contraste fortement avec les adaptations de classiques plan-plan.
Rob Davis se permet même de « geler » une scène de combat pour partir dans une autre direction puis mieux raccrocher les wagons et revenir sur l’action « en cours ». C’est parfois déstabilisant mais au final très agréable.
Mon seul reproche serait la fin un peu « abrupte » de ce premier tome qui conclut sur un chapitre sans donner le clap de fin ou qui permettrait un cliffhanger.
Sachant que le second tome devrait arriver rapidement, je vais donc mettre mes impatiences de côté et attendre sagement ce dernier tome dont j’attends également autant de plaisir que je n’en ai eu pour cette très belle découverte.
Enfin une adaptation fidèle qui sort des sentiers battus et débattus ! Difficile de ne pas tomber sous le charme de ces jolis dessins colorés qu’on jurerait animés !
A ce jour c'est la meilleure histoire de cette collection Secrets que j'ai pu lire. J'ai particulièrement apprécié l'ambiance dans laquelle nous plonge ce récit et ce dès les premières pages. De l'Angleterre Victorienne, nous basculons aux Indes dans une histoire banale de chasse au trésor, mais curieusement en parallèle à ma lecture j'ai replongé dans des souvenirs d'anciennes lectures, notamment Kipling. L'Inde de ce temps était fascinante pour les européens, s'y côtoyait le mystère, le mysticisme, les images des maharadjas vivant sous les ors, les chasses aux tigres, les capitaines d'industries anglaises, les révoltes réprimées dans le sang. Les auteurs arrivent à rendre tout ce monde, par petites touches véritablement efficaces.
Le dessin de Michel Faure a été pour beaucoup dans le plaisir que j'ai pris à cette lecture. Tout en couleurs directes, bien souvent j'ai pris du temps pour admirer certaines cases toutes en teintes pastels.
Comportant des accents qui ne sont pas sans rappeler de vieux films hollywoodiens, j'étais pendant ma lecture en totale immersion dans l'histoire qui m'a fait voyager et rêver. De la très bonne BD.
Je ne connaissais que peu de choses sur le mouvement des femen. Je sais que Poutine ne les aime pas beaucoup ainsi que la religion. J'ignorais le sens de leur combat et de leur provocation. Cette oeuvre m'a réellement permis de les comprendre et même d'avoir de la sympathie car elles osent aller jusqu'au bout de leur action revendicative.
Le journal d'Apolline est d'abord celui d'une souffrance par le simple fait d'être une femme que cela soit en famille ou au travail. La révolte se manifeste par le fait de rejoindre ce groupe d'activistes qui souhaite simplement défendre le droit des femmes. Certes, le sextrémisme peut conduire assez loin dans la lutte contre la société patriarcale.
L'auteur a pris soin de nous présenter un documentaire mais sous forme d'une histoire. Bref, tout est faux mais tout est également issu de la réalité. Ainsi, on aura droit à des témoignages assez intéressants car impartiaux. Il y aura également une critique de leur méthodes jugées assez extrêmes, de leur financement occulte ou même de leur manipulation sectaire.
Cependant, on arrivera véritablement à comprendre leurs motivations qui restent tout à fait légitimes tant il reste des progrès à accomplir pour que la femme puisse devenir véritablement l'égale de l'homme (à commencer par les salaires !) On sait tous que cette égalité n'est qu'un leurre dans les faits.
Une histoire très sympathique qui donne la pêche.
En trois tomes équilibrés et drôles: les aventures d'un jeune homme de bonne volonté qui se lance dans l'agriculture au Japon.
C'est un sujet qui a priori semblerait barbant, mais en réalité la pugnacité taquine du héros joufflu force la sympathie et finalement le respect. Son parcours du combattant ressemble finalement à ce qui se passe en France avec quelques nuances. Mais les particularités nippone nous sont aussi décrites, mine de rien, sans que ça paraisse jamais didactique.
Contrairement à Jean de Florette qui est rejeté par l'ancienne génération du cru, le jeune fonctionnaire réussit a se faire adopter par un jeune agriculteur qui souhaite lui aussi réformer les habitudes imposées par le gouvernement. Mais comme dans jean de Florette, les embuches son nombreuses.
Vraiment une bonne surprise à mettre entre toutes les mains.
Cet album raconte les préliminaires d'une tragédie: l'adolescence d'un tueur en série racontée par un de ses anciens camarades de classe, devenu auteur de BD, Derf Backderf.
Un documentaire très précis: le choix des mots est tout à fait pesé, les faits relatés aussi fidèlement que possible, les sources citées, les souvenirs de l'auteur apportant un caractère intime d'autant plus frappant et les impressions subjectives sont bien différenciées des faits.
Cette méticulosité calme et renforcée par un dessin en noir et blanc, vaguement inquiétant où les visages rectangulaires et sans âge de ces ados restent volontairement figés et presque asexués. Les paysages eux aussi sont stylisés sans rechercher du tout l'esthétisme, dans une immobilité menaçante (défauts de perspective, points de vue inhabituels, traits gras)
Cette BD peut à la fois faire penser à la série des Paul, dans sont caractère quotidien, 'la vie de l'ado occidental", mais aussi par moment à du Gotlib, ou a des feuilletons de Charlie mensuel, où ça peut dériver facilement vers le sordide, la science fiction ou la blague très grasse. Mais rien de tout cela: l'inquiétude est présente, mais tout s'arrête avant le pire, que l'on sait pourtant devoir arriver.
C'est vraiment un album qui remue, et qui reste en mémoire, parce qu'on a tous connu des types déjantés au collège ou au lycée, et qu'on a du mal à se défaire de l'idée que peut-être certains d'entre eux ont dérapé eux aussi, sans doute dans des proportions moindre mais pour des raisons semblables, multiples et tragiques...
Enfin du matériel inédit de la part de Foerster dans son domaine de prédilection : les contes malsains et dérangeants à nul égal.
Cette fois, il s'agit d'une histoire "à sketches" dans une ville au nom évocateur de Tchernobourg.
La lune s'est effritée en partie sur la centrale nucléaire de la métropole, ce qui a eu pour conséquences des pluies acides qui ont par après donné lieu à des mutations sur l'espèce humaine, la faune et les plantes.
Du coup, tout le monde cohabite entre mutants et êtres "normaux". Notre confesseur, un prêtre improvisé dont les jambes sont remplacées par des tentacules, a également comme pouvoir de lire les pensées les plus intimes des gens qu'il croise dans la ville ou dans son confessionnal.
Il s'agit de chacune de leurs histoires (soit 5) qui sont narrées sous le trait féroce de Foerster qui m'a toujours autant attiré que écœuré.
On n'échappe pas ici à la règle, ceux qui n'aiment pas cet auteur ne lui trouverons pas plus de charme mais pour tout amateur de ces petites histoires bien cradingues que je lisais ado dans Fluide Glacial, c'est un vrai régal...
Il y a des dessins admirables avec ces longs corps filiformes aux protubérances répugnantes (amis arachnophobes, ne lisez pas la seconde histoire !) et des cadrages majestueux rendant bien compte de la folie et ici surtout du désespoir de l'ensemble des êtres vivants croisés.
Car la mélancolie qui plane est bien présente, bien plus que l'horreur, c'est l'amour et l'espoir d'une vie meilleure qui prédominent. Mais les histoires de Foerster sont tragiques et la fin est toujours cruelle.
C'est même incroyable de voir comme l'ensemble se tient. C'est véritablement passionnant à lire. Cet univers est improbable mais complètement cohérent simplement par 3 pages d'introduction nous rendant crédible une ville où tout n'est que noirceur, horreur et chagrin.
Chaque histoire est dessinée en bichromie noir et blanc plus une dominante (jaune, bleue, gris, vert) dans un joli bouquin bien classieux ainsi qu'un dessin de garde joliment mis en couleurs dans un style "gouache".
Sans trop en dévoiler, la troisième histoire se permet même un pied de nez subtil à certains partis d’extrême droite, une jolie métaphore sur les différences et les conséquences de l'intolérance sur le ton du "tel qui est pris..."
La fin reste ouverte et peut décevoir par sa brièveté mais après réflexion, il s'agit d'un véritable constat de la part de notre discret confesseur, témoin d'un monde en pleine déliquescence.
Un petit bijou, rehaussé par une palette subtile de couleurs prouvant que Foerster n'a rien perdu de son talent dans son monde macabre si particulier. Les amateurs devraient se rue dessus, les autres n'en seront pas davantage convaincus mais il s'agit surement de sa plus belle œuvre.
Je me lance pour la première fois dans l'univers de la première guerre mondiale en bande dessinée. Après avoir parcouru en long et en large les articles de presse publiés à l'occasion du centenaire, je dois dire que je retrouve assez bien l'ambiance sociale et politique de l'époque telle qu'elle nous ait raconté aujourd'hui par les historiens.
Côté BD il est vrai que ces 8 protagonistes sont un peu dur à identifier individuellement, notamment dans leurs couples, mais nous finissons rapidement à nous attacher au groupe, plutôt qu'à un personnage en particulier. Sans être simpliste ni mielleuse, l'intrigue se lit aisément, les dessins aidant à s'immerger dans l'ambiance générale de cette guerre.
Jusqu'à présent le scenario se déroule selon un rythme suffisant sans longueur ni scènes inutiles. Estce que les auteurs ont assez de matière pour tenir 8 tomes ? On espère.
C’est avec beaucoup de brio que Rodolphe « romance » la vie de Roman von Ungern-Sternberg , qui durant les années 1920 a pour rêve de reconstituer l’empire de Gengis Khan. Appelé aussi le baron fou, il a la triste réputation d’être cruel et assez expéditif avec les prisonniers.
Dans ce premier tome Rodolphe utilise la rencontre fortuite entre von Urgen et Elisabeth von Ruppest femme médecin à la recherche de son mari, point de départ pour décrire la vie tumultueuse du baron fou.
Le récit ne manque pas de rythme et malgré un contexte historique compliqué l’histoire est limpide et passionnante. Avec le baron fou Rodolphe est à son meilleur niveau.
Michel Faure (Ballade au bout du monde, Poupées d’ivoire...) apporte sa précieuse contribution à cet excellent premier tome, un dessin très agréable et clair avec des personnages qui ont de la gueule, des cadrages qui frôlent la perfection, excellent !
Une BD à caractère historique, avec en arrière plan une rencontre poignante entre Elisabeth et von Ungern.
Gung Ho nous propose au premier abord un curieux mélange de genres : les histoires banales d'adolescents et la survie dans un monde post-apocalyptique !
On va donc découvrir pendant une longue mise en place deux adolescents rebelles, bannis de leur ville, et qui sont obligés d'aller trouver refuge dans une petite colonie de 400 habitants en plein coeur de la "zone de danger". Là-bas, mieux vaut ne pas traîner au-delà des remparts, car le danger guette ! Je vous laisserai d'ailleurs le soin de découvrir par vous-même la nature de ce danger.
Bref, à côté de cet univers très noir, très sérieux et très cruel, on suit la vie quotidienne d'un groupe d'adolescents qui eux font passer la fête, l'alcool, les filles et les provocations envers le règlement avant les aspects tels que la survie, l'entrainement et le travail au sein de la communauté...
Le dessin (infographie) très joli, travaillé, détaillé et rempli de couleurs vives nous font d'ailleurs vite oublier le côté sombre de cet univers pour mieux suivre les personnages principaux.
Au final, tout ça m'a plongé dans un histoire très prenante dont je suis impatient de connaître la suite qui j'espère sera du même niveau que les deux premiers tomes sortis jusqu'à maintenant.
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La Nueve - Les Républicains Espagnols qui ont libéré Paris
J’aime beaucoup les œuvres de cet auteur espagnol qui sont plutôt dans un genre de respect de la personne. Cela me fait plutôt plaisir de le retrouver. C’est vrai que c’est un gros pavé à lire. Cependant, le plaisir de découverte de cette nouveauté demeure intact. L’auteur nous plonge dans une œuvre biographique. L’introduction est parfaitement réussie. Nous avons un jeune auteur de bande dessinée qui rencontre un vieux papy de 94 ans. Ce dernier va nous livrer l’épisode concernant la Nueve, cette compagnie composé d’anciens combattants républicains qui a fait la campagne de l’Afrique avant de participer à la libération de la France. C’est un aspect de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui est plutôt méconnu. Tout le monde connait la guerre civile espagnole mais peu savent que les républicains furent à la fin de la guerre déportée en France puis engagé dans une légion visant à reconquérir l’Europe tombée sous le joug des nazis. Or, ces combattants qui luttaient contre le fascisme espéraient renverser également Franco. Cependant, cela s’arrêtera à Hitler et Mussolini ce qui provoquera leur déception légitime. On comprend mal les motivations des alliés à ne pas avoir débarrassé l’Espagne d’un dictateur. La peur du communisme est la principale motivation. Les nationalistes utilisaient dans leur propagande le terme de rouge ou d’anarchiste pour désigner les Républicains qui pourtant avait la légitimité de la gouvernance. On se rend compte que même de nos jours, la communauté internationale laisse souvent en place des dictateurs car le remède serait pire que le mal. On voit bien ce qui s’est passé en Irak, en Libye, en Syrie… C’est un hommage qui est rendu à la Nueve qui fut l’une des premières à libérer Paris. Beaucoup ont payé de leur vie pour se débarrasser du fascisme et de son idéologie. Ces combattants ont été méprisé par les forces françaises pourtant défaite en un seul mois par l’armée d’Hitler (Mai-Juin 1940). Pourtant, les républicains ont connu des années de guerre et ont eu une expérience du combat. En même temps et pour relativiser, il s’agissait d’une compagnie de 146 hommes ce qui est assez peu pour influencer le cours de la guerre. C’est un fait dans une mécanique assez complexe. Au final, c’est une excellente bd qui nous apportera des éclaircissements pour peu évidement qu’on s’intéresse à l’histoire. Les hommes qui se sont battus pour lutter contre le fascisme et qui sont morts se retourneraient certainement dans leur tombe en voyant les nouvelles générations succomber aux douces ou stridentes sirènes du nationalisme. Alors, oui, c’est bien une lecture utile.
Don Quichotte (Rob Davis)
Don Quichotte et sa fameuse expression picaresque « se battre contre les moulins à vent » a toujours eu beaucoup d’attrait sur moi. Je reconnais par contre n’avoir jamais lu la version officielle de Cervantes mais plutôt des résumés de passage ou adaptations en romans pour enfants (lorsque j’en étais encore un il y a fort longtemps) et j’ai toujours été frustré que le génial Terry Gilliam n’ait pu mener son projet de film à terme avec Jean Rochefort et Johnny Depp dans les rôles titres… Du coup l’annonce d’une version de ce fameux récit sous forme de bande dessinée par le britannique Rob Davis m’a fait écarquiller les yeux de plaisir…. Au final on dispose d’un magnifique bouquin au dos toilé (sur deux annoncés et dont le dernier volume sortira fin d’année 2015) au format inhabituel qui trouverait aussi bien sa place dans une bibliothèque de classiques littéraires que de comics par une revisite contemporaine en brisant le quatrième mur tout en respectant scrupuleusement le texte d’origine. Le dessin peut sembler austère au premier abord malgré un trait vif et nerveux truffé de couleurs chaudes. Cependant passé une introduction nous remettant dans le contexte d’un vieil homme au seuil de sa vie s’inventant une vie chevaleresque pour surmonter son ennui quotidien, le tout s’emballe rapidement avec quelques séquences humoristiques pas piquées des hannetons. Il faut bien regarder le regard expressif ou pas de Rossinante, fidèle canasson ou les roustes que nos deux compères se prennent régulièrement sur le coin de la tronche pour en sorti amusé et surtout diverti. Rob Davis découpe ses chapitres de façon inégale, arrête son récit pour faire intervenir le narrateur emprisonné (je vous laisse deviner de qui il s’agit) ou y placer des histoires annexes dans un tout autre style graphique. C’est absolument génial, dynamise le récit et lui apporte une certaine non linéarité qui contraste fortement avec les adaptations de classiques plan-plan. Rob Davis se permet même de « geler » une scène de combat pour partir dans une autre direction puis mieux raccrocher les wagons et revenir sur l’action « en cours ». C’est parfois déstabilisant mais au final très agréable. Mon seul reproche serait la fin un peu « abrupte » de ce premier tome qui conclut sur un chapitre sans donner le clap de fin ou qui permettrait un cliffhanger. Sachant que le second tome devrait arriver rapidement, je vais donc mettre mes impatiences de côté et attendre sagement ce dernier tome dont j’attends également autant de plaisir que je n’en ai eu pour cette très belle découverte. Enfin une adaptation fidèle qui sort des sentiers battus et débattus ! Difficile de ne pas tomber sous le charme de ces jolis dessins colorés qu’on jurerait animés !
Secrets - Samsara
A ce jour c'est la meilleure histoire de cette collection Secrets que j'ai pu lire. J'ai particulièrement apprécié l'ambiance dans laquelle nous plonge ce récit et ce dès les premières pages. De l'Angleterre Victorienne, nous basculons aux Indes dans une histoire banale de chasse au trésor, mais curieusement en parallèle à ma lecture j'ai replongé dans des souvenirs d'anciennes lectures, notamment Kipling. L'Inde de ce temps était fascinante pour les européens, s'y côtoyait le mystère, le mysticisme, les images des maharadjas vivant sous les ors, les chasses aux tigres, les capitaines d'industries anglaises, les révoltes réprimées dans le sang. Les auteurs arrivent à rendre tout ce monde, par petites touches véritablement efficaces. Le dessin de Michel Faure a été pour beaucoup dans le plaisir que j'ai pris à cette lecture. Tout en couleurs directes, bien souvent j'ai pris du temps pour admirer certaines cases toutes en teintes pastels. Comportant des accents qui ne sont pas sans rappeler de vieux films hollywoodiens, j'étais pendant ma lecture en totale immersion dans l'histoire qui m'a fait voyager et rêver. De la très bonne BD.
Journal d'une femen
Je ne connaissais que peu de choses sur le mouvement des femen. Je sais que Poutine ne les aime pas beaucoup ainsi que la religion. J'ignorais le sens de leur combat et de leur provocation. Cette oeuvre m'a réellement permis de les comprendre et même d'avoir de la sympathie car elles osent aller jusqu'au bout de leur action revendicative. Le journal d'Apolline est d'abord celui d'une souffrance par le simple fait d'être une femme que cela soit en famille ou au travail. La révolte se manifeste par le fait de rejoindre ce groupe d'activistes qui souhaite simplement défendre le droit des femmes. Certes, le sextrémisme peut conduire assez loin dans la lutte contre la société patriarcale. L'auteur a pris soin de nous présenter un documentaire mais sous forme d'une histoire. Bref, tout est faux mais tout est également issu de la réalité. Ainsi, on aura droit à des témoignages assez intéressants car impartiaux. Il y aura également une critique de leur méthodes jugées assez extrêmes, de leur financement occulte ou même de leur manipulation sectaire. Cependant, on arrivera véritablement à comprendre leurs motivations qui restent tout à fait légitimes tant il reste des progrès à accomplir pour que la femme puisse devenir véritablement l'égale de l'homme (à commencer par les salaires !) On sait tous que cette égalité n'est qu'un leurre dans les faits.
Les Fils de la terre
Une histoire très sympathique qui donne la pêche. En trois tomes équilibrés et drôles: les aventures d'un jeune homme de bonne volonté qui se lance dans l'agriculture au Japon. C'est un sujet qui a priori semblerait barbant, mais en réalité la pugnacité taquine du héros joufflu force la sympathie et finalement le respect. Son parcours du combattant ressemble finalement à ce qui se passe en France avec quelques nuances. Mais les particularités nippone nous sont aussi décrites, mine de rien, sans que ça paraisse jamais didactique. Contrairement à Jean de Florette qui est rejeté par l'ancienne génération du cru, le jeune fonctionnaire réussit a se faire adopter par un jeune agriculteur qui souhaite lui aussi réformer les habitudes imposées par le gouvernement. Mais comme dans jean de Florette, les embuches son nombreuses. Vraiment une bonne surprise à mettre entre toutes les mains.
Mon ami Dahmer
Cet album raconte les préliminaires d'une tragédie: l'adolescence d'un tueur en série racontée par un de ses anciens camarades de classe, devenu auteur de BD, Derf Backderf. Un documentaire très précis: le choix des mots est tout à fait pesé, les faits relatés aussi fidèlement que possible, les sources citées, les souvenirs de l'auteur apportant un caractère intime d'autant plus frappant et les impressions subjectives sont bien différenciées des faits. Cette méticulosité calme et renforcée par un dessin en noir et blanc, vaguement inquiétant où les visages rectangulaires et sans âge de ces ados restent volontairement figés et presque asexués. Les paysages eux aussi sont stylisés sans rechercher du tout l'esthétisme, dans une immobilité menaçante (défauts de perspective, points de vue inhabituels, traits gras) Cette BD peut à la fois faire penser à la série des Paul, dans sont caractère quotidien, 'la vie de l'ado occidental", mais aussi par moment à du Gotlib, ou a des feuilletons de Charlie mensuel, où ça peut dériver facilement vers le sordide, la science fiction ou la blague très grasse. Mais rien de tout cela: l'inquiétude est présente, mais tout s'arrête avant le pire, que l'on sait pourtant devoir arriver. C'est vraiment un album qui remue, et qui reste en mémoire, parce qu'on a tous connu des types déjantés au collège ou au lycée, et qu'on a du mal à se défaire de l'idée que peut-être certains d'entre eux ont dérapé eux aussi, sans doute dans des proportions moindre mais pour des raisons semblables, multiples et tragiques...
Le Confesseur sauvage
Enfin du matériel inédit de la part de Foerster dans son domaine de prédilection : les contes malsains et dérangeants à nul égal. Cette fois, il s'agit d'une histoire "à sketches" dans une ville au nom évocateur de Tchernobourg. La lune s'est effritée en partie sur la centrale nucléaire de la métropole, ce qui a eu pour conséquences des pluies acides qui ont par après donné lieu à des mutations sur l'espèce humaine, la faune et les plantes. Du coup, tout le monde cohabite entre mutants et êtres "normaux". Notre confesseur, un prêtre improvisé dont les jambes sont remplacées par des tentacules, a également comme pouvoir de lire les pensées les plus intimes des gens qu'il croise dans la ville ou dans son confessionnal. Il s'agit de chacune de leurs histoires (soit 5) qui sont narrées sous le trait féroce de Foerster qui m'a toujours autant attiré que écœuré. On n'échappe pas ici à la règle, ceux qui n'aiment pas cet auteur ne lui trouverons pas plus de charme mais pour tout amateur de ces petites histoires bien cradingues que je lisais ado dans Fluide Glacial, c'est un vrai régal... Il y a des dessins admirables avec ces longs corps filiformes aux protubérances répugnantes (amis arachnophobes, ne lisez pas la seconde histoire !) et des cadrages majestueux rendant bien compte de la folie et ici surtout du désespoir de l'ensemble des êtres vivants croisés. Car la mélancolie qui plane est bien présente, bien plus que l'horreur, c'est l'amour et l'espoir d'une vie meilleure qui prédominent. Mais les histoires de Foerster sont tragiques et la fin est toujours cruelle. C'est même incroyable de voir comme l'ensemble se tient. C'est véritablement passionnant à lire. Cet univers est improbable mais complètement cohérent simplement par 3 pages d'introduction nous rendant crédible une ville où tout n'est que noirceur, horreur et chagrin. Chaque histoire est dessinée en bichromie noir et blanc plus une dominante (jaune, bleue, gris, vert) dans un joli bouquin bien classieux ainsi qu'un dessin de garde joliment mis en couleurs dans un style "gouache". Sans trop en dévoiler, la troisième histoire se permet même un pied de nez subtil à certains partis d’extrême droite, une jolie métaphore sur les différences et les conséquences de l'intolérance sur le ton du "tel qui est pris..." La fin reste ouverte et peut décevoir par sa brièveté mais après réflexion, il s'agit d'un véritable constat de la part de notre discret confesseur, témoin d'un monde en pleine déliquescence. Un petit bijou, rehaussé par une palette subtile de couleurs prouvant que Foerster n'a rien perdu de son talent dans son monde macabre si particulier. Les amateurs devraient se rue dessus, les autres n'en seront pas davantage convaincus mais il s'agit surement de sa plus belle œuvre.
14-18
Je me lance pour la première fois dans l'univers de la première guerre mondiale en bande dessinée. Après avoir parcouru en long et en large les articles de presse publiés à l'occasion du centenaire, je dois dire que je retrouve assez bien l'ambiance sociale et politique de l'époque telle qu'elle nous ait raconté aujourd'hui par les historiens. Côté BD il est vrai que ces 8 protagonistes sont un peu dur à identifier individuellement, notamment dans leurs couples, mais nous finissons rapidement à nous attacher au groupe, plutôt qu'à un personnage en particulier. Sans être simpliste ni mielleuse, l'intrigue se lit aisément, les dessins aidant à s'immerger dans l'ambiance générale de cette guerre. Jusqu'à présent le scenario se déroule selon un rythme suffisant sans longueur ni scènes inutiles. Estce que les auteurs ont assez de matière pour tenir 8 tomes ? On espère.
Le Baron fou
C’est avec beaucoup de brio que Rodolphe « romance » la vie de Roman von Ungern-Sternberg , qui durant les années 1920 a pour rêve de reconstituer l’empire de Gengis Khan. Appelé aussi le baron fou, il a la triste réputation d’être cruel et assez expéditif avec les prisonniers. Dans ce premier tome Rodolphe utilise la rencontre fortuite entre von Urgen et Elisabeth von Ruppest femme médecin à la recherche de son mari, point de départ pour décrire la vie tumultueuse du baron fou. Le récit ne manque pas de rythme et malgré un contexte historique compliqué l’histoire est limpide et passionnante. Avec le baron fou Rodolphe est à son meilleur niveau. Michel Faure (Ballade au bout du monde, Poupées d’ivoire...) apporte sa précieuse contribution à cet excellent premier tome, un dessin très agréable et clair avec des personnages qui ont de la gueule, des cadrages qui frôlent la perfection, excellent ! Une BD à caractère historique, avec en arrière plan une rencontre poignante entre Elisabeth et von Ungern.
Gung Ho
Gung Ho nous propose au premier abord un curieux mélange de genres : les histoires banales d'adolescents et la survie dans un monde post-apocalyptique ! On va donc découvrir pendant une longue mise en place deux adolescents rebelles, bannis de leur ville, et qui sont obligés d'aller trouver refuge dans une petite colonie de 400 habitants en plein coeur de la "zone de danger". Là-bas, mieux vaut ne pas traîner au-delà des remparts, car le danger guette ! Je vous laisserai d'ailleurs le soin de découvrir par vous-même la nature de ce danger. Bref, à côté de cet univers très noir, très sérieux et très cruel, on suit la vie quotidienne d'un groupe d'adolescents qui eux font passer la fête, l'alcool, les filles et les provocations envers le règlement avant les aspects tels que la survie, l'entrainement et le travail au sein de la communauté... Le dessin (infographie) très joli, travaillé, détaillé et rempli de couleurs vives nous font d'ailleurs vite oublier le côté sombre de cet univers pour mieux suivre les personnages principaux. Au final, tout ça m'a plongé dans un histoire très prenante dont je suis impatient de connaître la suite qui j'espère sera du même niveau que les deux premiers tomes sortis jusqu'à maintenant.