Volume 1
Depuis quelques années, Jim nous a habitués à ses bandes dessinées basées sur les rapports amoureux, ou plutôt sur la recherche des amours perdues. Avec notamment le très remarqué Une nuit à Rome où Jim abordait une crise de la quarantaine assez réaliste.
Avec "Héléna", on change de registre mais pas de thème.
Jim traite toujours des amours contrariées, peut-être pas à la quarantaine mais plutôt vers la trentaine.
Ici, Simon aime Héléna, de façon secrète voire discrète au début, puis cela prend de telles proportions qu'après l'avoir revue il va... oui , il va quoi ?
Comment un homme décide, à la vue d'une amourette de jeunesse, de bouleverser sa vie ?
Telle est la réponse que va essayer de nous livrer Jim.
C'est un album élégant (j'ai choisi de le lire dans la version TL) que nous offrent les éditions Bamboo, le tout servi par un dessin très réussi de Lounis Chabane, qui, comme les précédents dessinateurs des scenarii de Jim, se glisse parfaitement dans l'univers du scénariste.
Certains peuvent reprocher à Jim de présenter une nouvelle fois la même histoire, mais pour ma part, j'y vois, ici, une approche différente des rapports amoureux dans cette histoire de Simon, payant Héléna, trois heures par semaine pour, oh non pas vivre une histoire sexuelle, mais pour passer seulement un moment d'échange... mais jusqu'où cet échange ira-t-il ?
Réponse dans le prochain volume que j'attends avec, non pas avec impatience, mais avec plaisir.
Volume 2
Le premier volume pouvait apparaitre comme léger mais la conclusion de cette histoire est plus grave et sombre qu'on ne pouvait l'imaginer.
Sans en dévoiler les tenants et aboutissants de cette histoire d'amour presque impossible, je ne peux que saluer le ton adopté par Jim , qui signe là de superbes réparties, avec des dialogues qui font souvent mouches , dans cette histoire qui m'a touché à plus d'un titre.
"l'amour est trompé, fugitif ou coupable" écrivait Chateaubriand. Dans le second et dernier volume de cette série nous avons les 3 facettes de l'amour.
J'ai littéralement dévoré cet album, meilleur que le précédent, et qui à travers le personnage de Simon, nous offre une histoire d'amour assez inédite et qui finit.....sans spoiler........par retomber sur "ses pattes". La boucle est bouclée au bout de ces 78 pages, qui se lisent comme on regarde un film.
Jim est vraiment l'auteur des quadras, qui sait par une phrase, un mot décrire le malaise d'un homme de cette génération. "Je suis plein de silence assourdissant d'aimer" disait Aragon. Ce vers pourrait être prêter à Simon envers Héléna, tant sa passion vers cette femme inaccessible le bouleverse.
Un très bel album, souligné par le trait de Lounis Chabane qui a su se rapprocher du style de Jim sur Une nuit à Rome par exemple
Hop là que c'est bon! Mais alors vraiment bon! Ce détective qui en ingérant les aliments arrive à voir des choses, il fallait avoir l'idée, et avouons le le bougre voit des trucs carrément déjantés et qui nous procurent le plus grand des plaisirs. Voilà une série enlevée, joyeuse malgré les thèmes qu'elle aborde, ben oui c'est pas forcément gai parce qu'il y a des cadavres à la clés mais tout ça est amené avec tellement d'humour qu'on s'y laisse prendre avec grand plaisir.
Au début j'avais un peu peur, comment diable les histoires allaient elles pouvoir se renouveler. Ben si et plus ça avance plus je me régale, même que si ça continue je vais sans doute augmenter ma note. Le dessin est super dynamique avec une colorisation que j'aime bien; cette série est incontournable! Allez y!!!
On dirait qu'Alex Alice est touché par la grâce divine. Après Le Troisième Testament et Siegfried, voilà donc la nouvelle série époustouflante du prodige. Graphiquement, on atteint des sommets dans la beauté. Cela fait du bien de voir autre chose que la ligne claire ! La mise en page est véritablement exceptionnelle. Bref, le talent est quelque chose de si rare. Si peu d'auteur peuvent produire des oeuvres de cette rare qualité.
L'histoire est sur un mode assez enfantin bien que les références historiques fusent. Par ailleurs, il faudra s'accrocher à la montgolfière pour croire que c'est un instrument permettant d'explorer l'espace. Il y a certes un côté steampunk mais assez de loufoquerie pour se prendre au sérieux. On sent également un côté assez Jules Verne dans cette aventure onirique et parfois drôle. On retrouve également du Miyasaki. L'évasion est toutefois garantie. Vers l'éther et au-delà !
Voilà un diptyque qui sous des airs assez débonnaires cache une petite pépite pas franchement rigolote sur la colonisation en Afrique dans les années précédant le XX ème siècle. Sous couvert de promouvoir les bienfaits de la civilisation occidentale, notre "colonne" massacre, tue, pille, viole tout se qui se trouve sur son chemin. La préface le rappelle, dans cette colonne qui a réellement existé, seulement huit blancs, mais qui exerce un pouvoir tel que personne ne s'oppose à leur décisions.
Avec le recul, froidement, tout cela est ignoble. La description, le comportement des militaires français ne me semble absolument pas surjoué, ils devaient malheureusement être vraiment comme ça ces pauvres types, engoncés dans des certitudes d'un autre temps. Ça fait sourire mais jaune.
Un grand bravo aux auteurs pour nous apprendre cet épisode sanglant de la colonisation ou le dessin avec son côté grand guignol mais parfait rehausse la noirceur du propos.
A lire et à faire connaitre!
Un village fou, fou, fou !
L’aliéniste est, au XIX ème, un médecin spécialisé dans l'étude et le traitement des maladies mentales. C'est sous ce titre suranné que se cache une B.D. de Gabriel Bá et Fábio Moon sortie en septembre dernier. De prime abord, le choix d'opter pour un terme aujourd'hui inusité peut paraître farfelu pour une sortie si récente. Pourtant, l'option des deux frères est des plus judicieuses aussi bien sur la forme que sur le fond. Cet album est une adaptation dessinée d'une nouvelle éponyme, référence de la littérature brésilienne, de Joaquim Maria Machado de Assis parue en 1881 dans laquelle le docteur Simon Bacamarte, aliéniste diplômé et réputé, se passionne pour le domaine de la pathologie cérébrale. De retour dans sa région natale, il s'installe à Itaguaï, paisible bourgade brésilienne où il s'adonne à ses recherches sur la folie. Honoré que l'homme de science ait choisi leur village, le conseil municipal lui octroie des moyens illimités pour mener son office. Ainsi, le psychiatre fonde son asile, « la maison verte », où il passera ses jours à s'intéresser aux maux de l'esprit de ses patients. Il observe les différentes formes de la déraison, les classe, établit des remèdes en repoussant toujours plus loin la frontière qui sépare les aliénés des sains d’esprit. Ses recherches sont concluantes, il soigne les troubles, au cas par cas, mettant en exergue de subtils signes de démence chez tous ses sujets. Chaque jour l'asile se remplit, jusqu'à ce que toute la ville se retrouve enfermée entre ses murs.
Derrière ses lunettes rondes, dont la réverbération nous cache son regard, c'est un personnage calme et austère qui, au fil du récit, se démarquera par son absence totale d'émotion. Figure impassible de la science, il s'oppose aux visages plus expressifs des villageois qui lui accordent tout crédit, humbles devant celui qui représente la connaissance.
Itaguaï est devenu le lieu d’expérimentation des méandres de la folie par excellence, une ville étrange où le taux de dérèglements intérieurs défie toutes statistiques au point que nous finissons par nous interroger sur qui est le plus fou de tous. Si l'aliénation est d'être en dehors de la norme, lorsque la majorité des citoyens souffre de démence, la vésanie ne serait-elle pas de ne pas l'être ?
Pourtant, une question se fait de plus en plus récurrente, supplantant les réflexions sur la déviance et la normalité : Qui est cet aliéniste, reconnu par les uns, méprisé par les autres, qui fait autorité sur cette bourgade ?
L'histoire nous entraîne à une époque où l'étude de la psyché est en plein bouleversement, témoignant de la complexité des pathologies mentales, science dont nous n'avons encore que des notions.
L'orientation choisie pour l'illustration et la colorisation donne une ambiance rétro qui nous plonge un peu plus dans le contexte de cette période révolue.
Par un dessin volontairement désuet jouant sur les tons sépia, un léger lavis et un trait semi-réaliste, les auteurs ancrent l'histoire dans son époque. Le coup de crayon n'a rien à envier à l'intrigue dans sa dimension démentielle. Il sert parfaitement un récit rythmé et fluide par ses décors détaillés, ses cases muettes et pesantes qui en disent plus, à travers la confrontation des personnages, que de longues palabres. Les dialogues de l’œuvre d'origine ont été conservés dans le langage soutenu employé en ces temps immémoriaux. Alternant narration fluide, échanges emphatiques, laïus monocordes et longs silences, l'histoire se démarque par ses interactions plutôt que par son action. Le paradoxe de la distanciation du texte et d'un dessin au plus près des personnages sert formidablement le propos de l'album, la démence, dans une intrigante mise en abîme.
Sur fond d'intrigue kafkaïenne, cette fable satirique, grinçante et incisive est surtout étonnamment moderne dans ce contexte où la psychiatrie n'en est encore qu'à ses prémices. Elle pousse le lecteur à s'interroger sur les dogmes scientifiques et politiques érigés en vérité absolue.
Dans cet album, emprunt d'humour, de cynisme, d'ironie et de philosophie, le duo, qui a déjà été sacré meilleur scénario-Eisner 2011 et sélectionné au festival d’Angoulême 2013 pour Daytripper (au jour le jour), signe encore ici un excellent ouvrage !
KanKr
Le "Grand Pouvoir du Chninkel", c'est le moment ou la symbiose entre le conteur (Van Hamme) et le peintre (Rosinski) atteint des sommets dans le délire imaginatif.
Au premier coup d'oeil on pourrait confondre avec Thorgal, tellement les décors semblent proches, tellement les noms et les prénoms se ressemblent, mais très vite on se rend compte qu'il y a autre chose, on aperçoit l'influence des grands mythes bibliques, de l'imaginaire tolkienien, et même, surprise, de créations fictionnelles aussi éloignées de la fantasy que " 2001, l'Odyssée de l'espace"...
Une oeuvre bâtarde, un truculant méli-mélo unique en son genre dans la bd franco-belge.
Dans un sinistre contexte ou s'éternise une guerre dévastatrice opposant les "Trois Immortels", J'on, petit être chétif à la chevelure blonde, haut comme trois pommes et va nu-pieds (dans la bande dessinée son peuple s'appelle les Chninkels, mais on peut observer l'influence de l'aspect des Hobbits), est chargé par le maître créateur des mondes de ramener la paix universelle sur "Daar", le monde où se situe l'action (et qui n'est en fait qu'une Terre préhistorique). Pour ce faire il le gratifie d'un sibyllin Grand Pouvoir, qui embarasse J'on en premier lieu car il peine à le maîtriser.
La suite du récit retrace son long voyage à travers le monde dans l'espoir de réaliser sa Quête divine, et là comme d'habitude Van Hamme s'illustre : c'est palpitant, bouleversant, émoustillant (la scène érotique entre Volga la Devineresse et J'on métamorphosé vaut son pesant d'or), et certains personnages sont vraiment réussis, comme Zembria la Cyclope ou N'om l'Hérésiarque.
Oeuvre expérimentale superbe, cocktail explosif et sensuel qui dérange et fascine à la fois, le "Grand Pouvoir du Chninkel" est assuremment un coup de coeur. L'infernal Van Hamme, qui se dissimule derrière les sagas à succès XIII, Thorgal et autres Largo Winch, frappe ici encore un grand coup, dans un registre plus sulfureux. Un classique à lire absolument.
Poukram, Sillage !
Sillage est une bande dessinée apparue vers la fin des années 90 et qui s'est depuis lors imposée comme l'une des grandes séries de science-fiction comme on sait si bien les faire dans la sphère franco-belge depuis la grande époque des Valérian et Laureline.
Dans une ambiance un peu space-opéra à la Star Wars, la série fait le récit de la vie mouvementée d'une jeune humaine, Navïs, seule de son espèce dans l'aréopage multiracial que constitue Sillage, gigantesque convoi interstellaire vagabondant dans le cosmos à la recherche de planètes à coloniser.
En fait les albums (17 en tout pour le moment) racontent les différentes missions qui sont confiées à la jeune femme, agent spécial au service du conseil de la Constituante, dans le cadre de la politique colonialiste de Sillage. De fait elle est envoyée sur une foultitude de planètes exotiques, souvent avec ses deux compagnons Bobo et Snivel, lui offrant l'occasion de découvrir de nombreux peuples et de nouvelles cultures, mais surtout, de pouvoir avancer dans sa quête personnelle : comprendre ses origines et trouver des personnes, quelque part, n'importe ou, appartenant à la même espèce que la sienne.
C'est une série assez hétéroclite dans les thèmes qu'elle aborde, un album peut s'interesser au progrès, un autre à la corruption ou au terrorisme, d'autres à la guerre ou à la condition féminine, etc...le tout englobé dans une vision un brin pessimiste et cynique que les auteurs font contraster avec le manichéisme ingénu qui caractérisera Navïs à ses débuts.
La qualité scénaristique dans l'ensemble est assez inégale il faut bien le dire, tout n'est pas excellent et certaines histoires se trouvent être beaucoup plus emballantes que d'autres (il y a un affaiblissmement général dans les derniers tomes je trouve) mais au niveau du dessin par contre Phillipe Buchet est constament au top de sa forme, c'est bien ciselé, c'est propre, les couleurs sont vives, un authentique délice visuel.
Tout n'est pas parfait dans Sillage, la série en elle-même n'est pas toujours un sommet d'originalité mais elle parvient très bien à nous divertir, et le plaisir de suivre les aventures intergalactiques de Navïs est bien réel à chaque album.
Je reste un amoureux de Fred et de son dessin, et lorsqu'il s'attaque à retranscrire une partie du journal de Jules Renard, on peut dire que le principe approche de la symbiose.
C'est une très belle BD, même si le style découpé est clairement visible, puisque chaque page est un petit discours à lui seul commençant et finissant sur la même page. Cela dit, la lecture n'en est pas moins très fluide et plaisante.
Certes, le texte de Jules Renard est repris de son Journal et constitue de fait un ensemble de citation, mais Fred arrive à l'englober dans un ensemble de répliques qui constitue tout un long monologue entrecoupée, et nous permet de ne jamais nous lasser tout au long de cette promenade. C'est très habillement fait, et j'ai adoré.
Mais ce texte, quelle bonne idée de l'avoir mis en images ! Je ne connaissais de Jules Renard que son très célèbre "Poil de carotte", mais à la lecture de cette BD, j'ai envie d'aller lire ses autres romans. Une plume acerbe, des citations magnifiques, tout pourrait être repris et cité dans un diner mondain. C'est extraordinaire. Je suis certain que Fred a épluché soigneusement les quatre ou cinq tomes de l'oeuvre originale pour nous pondre ça, mais quel régal ! J'adore la relire et picorer encore des petites phrases anodines qui font leurs effets. Ajouté au dessin si particulier de Fred, c'est quelque chose !
Une agréable BD, peut-être pas la meilleure du monde, mais dont l'idée de départ est très bonne, excellemment mise en scène et qui m'a bien plu, dans la lecture et dans le souvenir. Je la relis de temps en temps, et c'est toujours autant agréable. Un petit régal découvert par hasard, mais que je vous recommande. Pour introduire Jules Renard, pour découvrir Fred, pour lire de belles choses, simplement passer un bon moment, voila ce qu'il faut lire.
3.5
Un bon documentaire sur le sort de trois noirs américains membres des Black Panthers qui se sont retrouvés en prison durant des années.
C'est très intéressant et j'aime comment les auteurs ne les montrent pas comme des petits anges qui n'ont rien fait de mal. Le personnage principal, Robert King, était un délinquant, mais il a fait de la prison pour des crimes qu'il n'avait pas commis (il dit lui même qu'il ne sait pas fait prendre pour ce qu'il a fait et qu'on le condamne pour ce qu'il n'a pas fait!) et cela ne justifie pas de passés des années dans des conditions horribles et la société n'a pas fait grand chose pour le remettre dans le droit chemin.
Il y a beaucoup de texte et cela ne m'a pas dérangé sauf que je trouve que cela manque un peu d'émotion. Je savais que ce que vivent ses gens est injustes, mais la narration ne me donnait pas envie de pleurer. Le dessin est plutôt bon.
Cette série Vécu n'est pas l'une des plus connues de la collection, mais se révèle passionnante. Je ne la lisais pas dans le magazine Vécu lorsqu'elle parut en 1990, et j'ai mis du temps à trouver les albums en occase, mais j'ai réussi à trouver le dernier à Angoulême pour enfin clore cette série qui, malgré ses histoires indépendantes par album, conserve une continuité.
L'originalité vient du fait que les guerres napoléoniennes sont vues à travers un regard différent : il s'agit d'un relais de poste, avec une famille de gens des campagnes, un peu rudes mais chaleureux, quelques villageois et surtout c'est vu à travers les yeux du postillon Jasmin Bourrache, sympathique héros qui au départ m'a surpris par son élocution presque littéraire, mais on apprend dans le tome 2 qu'il a été instruit par Denon, le futur conservateur du Louvre. Ce tome est très intéressant aussi, car il donne une vision peu conventionnelle de la campagne d'Egypte menée par Bonaparte.
Et toute la série donne cette image atypique, pleine de sensibilité et très humaine des guerres napoléoniennes à la fin de l'Empire. Le sujet ne s'attache donc pas aux sempiternelles batailles et aux faits célèbres, mais bel et bien à un récit âpre, émouvant et fort sur les conditions de vie de gens du peuple dont le patois et le franc-parler sont souvent pittoresques.
L'épisode sur la révolte royaliste en Bretagne qui n'est autre que la Chouannerie (1793-1804), est également intéressant, car c'est une période à ma connaissance jamais abordée en BD.
Mis à part certains passages dont je ne saisis pas la signification (la première page ouvrant le tome 1, où 2 types tuent un aigle, et certaines séquences entre P'tite Marie et Simon un peu inutiles...), la série gagne à être connue, et le dessin de Joëlle Savey que j'avais déjà apprécié sur ses autres séries, s'avère impeccable.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Héléna
Volume 1 Depuis quelques années, Jim nous a habitués à ses bandes dessinées basées sur les rapports amoureux, ou plutôt sur la recherche des amours perdues. Avec notamment le très remarqué Une nuit à Rome où Jim abordait une crise de la quarantaine assez réaliste. Avec "Héléna", on change de registre mais pas de thème. Jim traite toujours des amours contrariées, peut-être pas à la quarantaine mais plutôt vers la trentaine. Ici, Simon aime Héléna, de façon secrète voire discrète au début, puis cela prend de telles proportions qu'après l'avoir revue il va... oui , il va quoi ? Comment un homme décide, à la vue d'une amourette de jeunesse, de bouleverser sa vie ? Telle est la réponse que va essayer de nous livrer Jim. C'est un album élégant (j'ai choisi de le lire dans la version TL) que nous offrent les éditions Bamboo, le tout servi par un dessin très réussi de Lounis Chabane, qui, comme les précédents dessinateurs des scenarii de Jim, se glisse parfaitement dans l'univers du scénariste. Certains peuvent reprocher à Jim de présenter une nouvelle fois la même histoire, mais pour ma part, j'y vois, ici, une approche différente des rapports amoureux dans cette histoire de Simon, payant Héléna, trois heures par semaine pour, oh non pas vivre une histoire sexuelle, mais pour passer seulement un moment d'échange... mais jusqu'où cet échange ira-t-il ? Réponse dans le prochain volume que j'attends avec, non pas avec impatience, mais avec plaisir. Volume 2 Le premier volume pouvait apparaitre comme léger mais la conclusion de cette histoire est plus grave et sombre qu'on ne pouvait l'imaginer. Sans en dévoiler les tenants et aboutissants de cette histoire d'amour presque impossible, je ne peux que saluer le ton adopté par Jim , qui signe là de superbes réparties, avec des dialogues qui font souvent mouches , dans cette histoire qui m'a touché à plus d'un titre. "l'amour est trompé, fugitif ou coupable" écrivait Chateaubriand. Dans le second et dernier volume de cette série nous avons les 3 facettes de l'amour. J'ai littéralement dévoré cet album, meilleur que le précédent, et qui à travers le personnage de Simon, nous offre une histoire d'amour assez inédite et qui finit.....sans spoiler........par retomber sur "ses pattes". La boucle est bouclée au bout de ces 78 pages, qui se lisent comme on regarde un film. Jim est vraiment l'auteur des quadras, qui sait par une phrase, un mot décrire le malaise d'un homme de cette génération. "Je suis plein de silence assourdissant d'aimer" disait Aragon. Ce vers pourrait être prêter à Simon envers Héléna, tant sa passion vers cette femme inaccessible le bouleverse. Un très bel album, souligné par le trait de Lounis Chabane qui a su se rapprocher du style de Jim sur Une nuit à Rome par exemple
Tony Chu Détective Cannibale
Hop là que c'est bon! Mais alors vraiment bon! Ce détective qui en ingérant les aliments arrive à voir des choses, il fallait avoir l'idée, et avouons le le bougre voit des trucs carrément déjantés et qui nous procurent le plus grand des plaisirs. Voilà une série enlevée, joyeuse malgré les thèmes qu'elle aborde, ben oui c'est pas forcément gai parce qu'il y a des cadavres à la clés mais tout ça est amené avec tellement d'humour qu'on s'y laisse prendre avec grand plaisir. Au début j'avais un peu peur, comment diable les histoires allaient elles pouvoir se renouveler. Ben si et plus ça avance plus je me régale, même que si ça continue je vais sans doute augmenter ma note. Le dessin est super dynamique avec une colorisation que j'aime bien; cette série est incontournable! Allez y!!!
Le Château des étoiles
On dirait qu'Alex Alice est touché par la grâce divine. Après Le Troisième Testament et Siegfried, voilà donc la nouvelle série époustouflante du prodige. Graphiquement, on atteint des sommets dans la beauté. Cela fait du bien de voir autre chose que la ligne claire ! La mise en page est véritablement exceptionnelle. Bref, le talent est quelque chose de si rare. Si peu d'auteur peuvent produire des oeuvres de cette rare qualité. L'histoire est sur un mode assez enfantin bien que les références historiques fusent. Par ailleurs, il faudra s'accrocher à la montgolfière pour croire que c'est un instrument permettant d'explorer l'espace. Il y a certes un côté steampunk mais assez de loufoquerie pour se prendre au sérieux. On sent également un côté assez Jules Verne dans cette aventure onirique et parfois drôle. On retrouve également du Miyasaki. L'évasion est toutefois garantie. Vers l'éther et au-delà !
La Colonne
Voilà un diptyque qui sous des airs assez débonnaires cache une petite pépite pas franchement rigolote sur la colonisation en Afrique dans les années précédant le XX ème siècle. Sous couvert de promouvoir les bienfaits de la civilisation occidentale, notre "colonne" massacre, tue, pille, viole tout se qui se trouve sur son chemin. La préface le rappelle, dans cette colonne qui a réellement existé, seulement huit blancs, mais qui exerce un pouvoir tel que personne ne s'oppose à leur décisions. Avec le recul, froidement, tout cela est ignoble. La description, le comportement des militaires français ne me semble absolument pas surjoué, ils devaient malheureusement être vraiment comme ça ces pauvres types, engoncés dans des certitudes d'un autre temps. Ça fait sourire mais jaune. Un grand bravo aux auteurs pour nous apprendre cet épisode sanglant de la colonisation ou le dessin avec son côté grand guignol mais parfait rehausse la noirceur du propos. A lire et à faire connaitre!
L'Aliéniste
Un village fou, fou, fou ! L’aliéniste est, au XIX ème, un médecin spécialisé dans l'étude et le traitement des maladies mentales. C'est sous ce titre suranné que se cache une B.D. de Gabriel Bá et Fábio Moon sortie en septembre dernier. De prime abord, le choix d'opter pour un terme aujourd'hui inusité peut paraître farfelu pour une sortie si récente. Pourtant, l'option des deux frères est des plus judicieuses aussi bien sur la forme que sur le fond. Cet album est une adaptation dessinée d'une nouvelle éponyme, référence de la littérature brésilienne, de Joaquim Maria Machado de Assis parue en 1881 dans laquelle le docteur Simon Bacamarte, aliéniste diplômé et réputé, se passionne pour le domaine de la pathologie cérébrale. De retour dans sa région natale, il s'installe à Itaguaï, paisible bourgade brésilienne où il s'adonne à ses recherches sur la folie. Honoré que l'homme de science ait choisi leur village, le conseil municipal lui octroie des moyens illimités pour mener son office. Ainsi, le psychiatre fonde son asile, « la maison verte », où il passera ses jours à s'intéresser aux maux de l'esprit de ses patients. Il observe les différentes formes de la déraison, les classe, établit des remèdes en repoussant toujours plus loin la frontière qui sépare les aliénés des sains d’esprit. Ses recherches sont concluantes, il soigne les troubles, au cas par cas, mettant en exergue de subtils signes de démence chez tous ses sujets. Chaque jour l'asile se remplit, jusqu'à ce que toute la ville se retrouve enfermée entre ses murs. Derrière ses lunettes rondes, dont la réverbération nous cache son regard, c'est un personnage calme et austère qui, au fil du récit, se démarquera par son absence totale d'émotion. Figure impassible de la science, il s'oppose aux visages plus expressifs des villageois qui lui accordent tout crédit, humbles devant celui qui représente la connaissance. Itaguaï est devenu le lieu d’expérimentation des méandres de la folie par excellence, une ville étrange où le taux de dérèglements intérieurs défie toutes statistiques au point que nous finissons par nous interroger sur qui est le plus fou de tous. Si l'aliénation est d'être en dehors de la norme, lorsque la majorité des citoyens souffre de démence, la vésanie ne serait-elle pas de ne pas l'être ? Pourtant, une question se fait de plus en plus récurrente, supplantant les réflexions sur la déviance et la normalité : Qui est cet aliéniste, reconnu par les uns, méprisé par les autres, qui fait autorité sur cette bourgade ? L'histoire nous entraîne à une époque où l'étude de la psyché est en plein bouleversement, témoignant de la complexité des pathologies mentales, science dont nous n'avons encore que des notions. L'orientation choisie pour l'illustration et la colorisation donne une ambiance rétro qui nous plonge un peu plus dans le contexte de cette période révolue. Par un dessin volontairement désuet jouant sur les tons sépia, un léger lavis et un trait semi-réaliste, les auteurs ancrent l'histoire dans son époque. Le coup de crayon n'a rien à envier à l'intrigue dans sa dimension démentielle. Il sert parfaitement un récit rythmé et fluide par ses décors détaillés, ses cases muettes et pesantes qui en disent plus, à travers la confrontation des personnages, que de longues palabres. Les dialogues de l’œuvre d'origine ont été conservés dans le langage soutenu employé en ces temps immémoriaux. Alternant narration fluide, échanges emphatiques, laïus monocordes et longs silences, l'histoire se démarque par ses interactions plutôt que par son action. Le paradoxe de la distanciation du texte et d'un dessin au plus près des personnages sert formidablement le propos de l'album, la démence, dans une intrigante mise en abîme. Sur fond d'intrigue kafkaïenne, cette fable satirique, grinçante et incisive est surtout étonnamment moderne dans ce contexte où la psychiatrie n'en est encore qu'à ses prémices. Elle pousse le lecteur à s'interroger sur les dogmes scientifiques et politiques érigés en vérité absolue. Dans cet album, emprunt d'humour, de cynisme, d'ironie et de philosophie, le duo, qui a déjà été sacré meilleur scénario-Eisner 2011 et sélectionné au festival d’Angoulême 2013 pour Daytripper (au jour le jour), signe encore ici un excellent ouvrage ! KanKr
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Le "Grand Pouvoir du Chninkel", c'est le moment ou la symbiose entre le conteur (Van Hamme) et le peintre (Rosinski) atteint des sommets dans le délire imaginatif. Au premier coup d'oeil on pourrait confondre avec Thorgal, tellement les décors semblent proches, tellement les noms et les prénoms se ressemblent, mais très vite on se rend compte qu'il y a autre chose, on aperçoit l'influence des grands mythes bibliques, de l'imaginaire tolkienien, et même, surprise, de créations fictionnelles aussi éloignées de la fantasy que " 2001, l'Odyssée de l'espace"... Une oeuvre bâtarde, un truculant méli-mélo unique en son genre dans la bd franco-belge. Dans un sinistre contexte ou s'éternise une guerre dévastatrice opposant les "Trois Immortels", J'on, petit être chétif à la chevelure blonde, haut comme trois pommes et va nu-pieds (dans la bande dessinée son peuple s'appelle les Chninkels, mais on peut observer l'influence de l'aspect des Hobbits), est chargé par le maître créateur des mondes de ramener la paix universelle sur "Daar", le monde où se situe l'action (et qui n'est en fait qu'une Terre préhistorique). Pour ce faire il le gratifie d'un sibyllin Grand Pouvoir, qui embarasse J'on en premier lieu car il peine à le maîtriser. La suite du récit retrace son long voyage à travers le monde dans l'espoir de réaliser sa Quête divine, et là comme d'habitude Van Hamme s'illustre : c'est palpitant, bouleversant, émoustillant (la scène érotique entre Volga la Devineresse et J'on métamorphosé vaut son pesant d'or), et certains personnages sont vraiment réussis, comme Zembria la Cyclope ou N'om l'Hérésiarque. Oeuvre expérimentale superbe, cocktail explosif et sensuel qui dérange et fascine à la fois, le "Grand Pouvoir du Chninkel" est assuremment un coup de coeur. L'infernal Van Hamme, qui se dissimule derrière les sagas à succès XIII, Thorgal et autres Largo Winch, frappe ici encore un grand coup, dans un registre plus sulfureux. Un classique à lire absolument.
Sillage
Poukram, Sillage ! Sillage est une bande dessinée apparue vers la fin des années 90 et qui s'est depuis lors imposée comme l'une des grandes séries de science-fiction comme on sait si bien les faire dans la sphère franco-belge depuis la grande époque des Valérian et Laureline. Dans une ambiance un peu space-opéra à la Star Wars, la série fait le récit de la vie mouvementée d'une jeune humaine, Navïs, seule de son espèce dans l'aréopage multiracial que constitue Sillage, gigantesque convoi interstellaire vagabondant dans le cosmos à la recherche de planètes à coloniser. En fait les albums (17 en tout pour le moment) racontent les différentes missions qui sont confiées à la jeune femme, agent spécial au service du conseil de la Constituante, dans le cadre de la politique colonialiste de Sillage. De fait elle est envoyée sur une foultitude de planètes exotiques, souvent avec ses deux compagnons Bobo et Snivel, lui offrant l'occasion de découvrir de nombreux peuples et de nouvelles cultures, mais surtout, de pouvoir avancer dans sa quête personnelle : comprendre ses origines et trouver des personnes, quelque part, n'importe ou, appartenant à la même espèce que la sienne. C'est une série assez hétéroclite dans les thèmes qu'elle aborde, un album peut s'interesser au progrès, un autre à la corruption ou au terrorisme, d'autres à la guerre ou à la condition féminine, etc...le tout englobé dans une vision un brin pessimiste et cynique que les auteurs font contraster avec le manichéisme ingénu qui caractérisera Navïs à ses débuts. La qualité scénaristique dans l'ensemble est assez inégale il faut bien le dire, tout n'est pas excellent et certaines histoires se trouvent être beaucoup plus emballantes que d'autres (il y a un affaiblissmement général dans les derniers tomes je trouve) mais au niveau du dessin par contre Phillipe Buchet est constament au top de sa forme, c'est bien ciselé, c'est propre, les couleurs sont vives, un authentique délice visuel. Tout n'est pas parfait dans Sillage, la série en elle-même n'est pas toujours un sommet d'originalité mais elle parvient très bien à nous divertir, et le plaisir de suivre les aventures intergalactiques de Navïs est bien réel à chaque album.
Le Journal de Jules Renard lu par Fred
Je reste un amoureux de Fred et de son dessin, et lorsqu'il s'attaque à retranscrire une partie du journal de Jules Renard, on peut dire que le principe approche de la symbiose. C'est une très belle BD, même si le style découpé est clairement visible, puisque chaque page est un petit discours à lui seul commençant et finissant sur la même page. Cela dit, la lecture n'en est pas moins très fluide et plaisante. Certes, le texte de Jules Renard est repris de son Journal et constitue de fait un ensemble de citation, mais Fred arrive à l'englober dans un ensemble de répliques qui constitue tout un long monologue entrecoupée, et nous permet de ne jamais nous lasser tout au long de cette promenade. C'est très habillement fait, et j'ai adoré. Mais ce texte, quelle bonne idée de l'avoir mis en images ! Je ne connaissais de Jules Renard que son très célèbre "Poil de carotte", mais à la lecture de cette BD, j'ai envie d'aller lire ses autres romans. Une plume acerbe, des citations magnifiques, tout pourrait être repris et cité dans un diner mondain. C'est extraordinaire. Je suis certain que Fred a épluché soigneusement les quatre ou cinq tomes de l'oeuvre originale pour nous pondre ça, mais quel régal ! J'adore la relire et picorer encore des petites phrases anodines qui font leurs effets. Ajouté au dessin si particulier de Fred, c'est quelque chose ! Une agréable BD, peut-être pas la meilleure du monde, mais dont l'idée de départ est très bonne, excellemment mise en scène et qui m'a bien plu, dans la lecture et dans le souvenir. Je la relis de temps en temps, et c'est toujours autant agréable. Un petit régal découvert par hasard, mais que je vous recommande. Pour introduire Jules Renard, pour découvrir Fred, pour lire de belles choses, simplement passer un bon moment, voila ce qu'il faut lire.
Panthers in the hole
3.5 Un bon documentaire sur le sort de trois noirs américains membres des Black Panthers qui se sont retrouvés en prison durant des années. C'est très intéressant et j'aime comment les auteurs ne les montrent pas comme des petits anges qui n'ont rien fait de mal. Le personnage principal, Robert King, était un délinquant, mais il a fait de la prison pour des crimes qu'il n'avait pas commis (il dit lui même qu'il ne sait pas fait prendre pour ce qu'il a fait et qu'on le condamne pour ce qu'il n'a pas fait!) et cela ne justifie pas de passés des années dans des conditions horribles et la société n'a pas fait grand chose pour le remettre dans le droit chemin. Il y a beaucoup de texte et cela ne m'a pas dérangé sauf que je trouve que cela manque un peu d'émotion. Je savais que ce que vivent ses gens est injustes, mais la narration ne me donnait pas envie de pleurer. Le dessin est plutôt bon.
Le Postillon
Cette série Vécu n'est pas l'une des plus connues de la collection, mais se révèle passionnante. Je ne la lisais pas dans le magazine Vécu lorsqu'elle parut en 1990, et j'ai mis du temps à trouver les albums en occase, mais j'ai réussi à trouver le dernier à Angoulême pour enfin clore cette série qui, malgré ses histoires indépendantes par album, conserve une continuité. L'originalité vient du fait que les guerres napoléoniennes sont vues à travers un regard différent : il s'agit d'un relais de poste, avec une famille de gens des campagnes, un peu rudes mais chaleureux, quelques villageois et surtout c'est vu à travers les yeux du postillon Jasmin Bourrache, sympathique héros qui au départ m'a surpris par son élocution presque littéraire, mais on apprend dans le tome 2 qu'il a été instruit par Denon, le futur conservateur du Louvre. Ce tome est très intéressant aussi, car il donne une vision peu conventionnelle de la campagne d'Egypte menée par Bonaparte. Et toute la série donne cette image atypique, pleine de sensibilité et très humaine des guerres napoléoniennes à la fin de l'Empire. Le sujet ne s'attache donc pas aux sempiternelles batailles et aux faits célèbres, mais bel et bien à un récit âpre, émouvant et fort sur les conditions de vie de gens du peuple dont le patois et le franc-parler sont souvent pittoresques. L'épisode sur la révolte royaliste en Bretagne qui n'est autre que la Chouannerie (1793-1804), est également intéressant, car c'est une période à ma connaissance jamais abordée en BD. Mis à part certains passages dont je ne saisis pas la signification (la première page ouvrant le tome 1, où 2 types tuent un aigle, et certaines séquences entre P'tite Marie et Simon un peu inutiles...), la série gagne à être connue, et le dessin de Joëlle Savey que j'avais déjà apprécié sur ses autres séries, s'avère impeccable.