Le dessin est superbe et l'histoire avait un potentiel fou. Contrairement aux autres critiques je ne vais pas accabler la scénariste et attribuer tous les lauriers à Lepage (mon dessinateur préféré à ce jour). Il y a effectivement un problème de scénario mais je pense que c'est l'éditeur qui est en tort. Je ne sais pas ce qui s'est passé en coulisses dans la conception de l'album mais il est clairement trop court. C'est comme si Muchacho était un one shot de 70 pages ou alors que les deux albums faisaient les 44 ou 48 pages standard, c'est pas possible. Là c'est le souci on a une histoire géniale superbement illustrée mais c'est beaucoup trop rapide, il faudrait deux fois plus de pages. J'ai l'impression de voir les coupes dans l'album comme un film massacré au montage par les producteurs. On nous raconte une superbe quête à la Aguirre, la colère de Dieu et elle se résout en une soixantaine de pages, c'est invraisemblable. Forcément à part l’héroïne, on se fout un peu de tous les personnages (même son fiancé meurt en ellipse dans des circonstances inconnues) et onn' est pas vraiment investi dans la quête et le parcours initiatique de la jeune femme. Il fallait 150 pages et ça aurait été un chef d'oeuvre. Un beau gâchis. J'aimerais vraiment en savoir plus sur la conception de l'album, peut-être que je me trompe, mais pour le moment je reste convaincu que c'est un problème de longueur.
3,5/5
Belle série simple et subtile qui s'intéresse au développement psychologique d'un jeune homme sur environ 15 ans. J'ai lu cette série uniquement parce que je savais qu'elle était dessinée par Lepage dont j'ai admiré le travail sur Muchacho. Certes le dessin n'atteint pas ici la perfection de Muchacho mais c'est tout de même très réussi en particulier les paysages qui ont toujours inspiré Lepage. Ici évidemment les personnages sont beaucoup plus importants que l'action. A part le premier tome, il ne se passe pas grand chose et c'est souvent contemplatif. Je regrette une ellipse trop longue entre le tome 4 et le tome 5 qui fait que l'on quitte le personnage à 18 ans pour le retrouver approchant la trentaine : un tome 4.5 aurait été intéressant pour mieux suivre l'évolution de Névé et comprendre son mal-être dans le tome 5. Sinon le personnage est très attachant et touchant. Les différents tomes sont tous d'un très bon niveau même si j'admets que j'ai moins aimé le deuxième. Tout au long de la série circule un message de liberté des plus appréciables et amené subtilement. Il s'agit de s'affranchir de son passé (la mort du père qui marque toute sa famille et en particulier sa tante Marlène, ce qui est particulièrement développé dans le quatrième album) et finalement s'affranchir de ses contraintes, des hypocrisies, d'une petite amie qui ne l'intéresse plus et s'accepter tel qu'il est ainsi que ses sentiments dans le dernier album.
Voilà une BD que je trouve d'une grande utilité. En effet elle nous retrace la jeunesse d'Hercule qui dans ce temps s’appelait encore Alcée. Sans en faire trop dans le registre du gros plein de muscles, elle est au travers de son humour dans un registre qui, mine de rien, amène à une introduction à la mythologie. Tout cela est fait de manière non didactique, au sens chiant du terme, et sans trop rentrer dans des détails généalogiques, qui devrait permettre aux jeunes générations d'y trouver leur compte.
Si l'on y regarde de plus près cette "Gloire d'Héra" n'est en rien comique. Meurtres, violence, tout cela atteint son paroxysme dans un final hallucinant, magnifiquement mis en images par Rossi.
Voilà donc une lecture riche et qui sait être divertissante malgré son caractère de tragédie. Alors instructif, plaisant, bien dessiné, du rythme. Messieurs Le Tendre et Rossi, bravo.
Avec cette couverture inspirée du « Cri » où l’on voit un Munch au regard halluciné se substituant au personnage à l’air maladif et horrifié de la peinture, on est déjà pas mal intrigué. Mais pour peu que l’on décide de feuilleter les pages, c’est un véritable choc sensoriel qui saisit jusqu’aux tréfonds de l’âme, dans une zone où la folie se tient en embuscade. Edvard Munch lui-même et ses contemporains, August Strindberg en particulier, ont l’air de démons hystériques aux traits rendus acérés par le style cubiste auquel recourt Kverneland. Et à vrai dire, ce sont plusieurs styles qui alternent tout au long de ce pavé de 280 pages. Cubisme allié à des couleurs à la fois sombres et empourprées pour souligner le climat de folie imprégnant les beuveries du peintre avec son cercle d’artistes et d’intellectuels, expressionnisme dans des tonalités semblables pour évoquer l’atmosphère des toiles de Munch, réalisme aux teintes gris sépias pour les situations plus banales, dessin au trait voire insertion de photos pour les interludes où Kverneland se met en scène. Bref, je mets au défi quiconque de recenser la totalité des styles de cet OVNI traduisant la totale liberté de son auteur. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces caprices graphiques permanents ne sont pas si gênants mais en tant que parti pris apportent au contraire une respiration à cette œuvre assez dense.
De même, Steffen Kverneland n’a pas cherché à raconter l’histoire de Munch de façon linéaire. Comme il l’avoue lui-même, il l’a conçu comme un « puzzle monumental » d’après sa propre « vision subjective », totalement assumée. Fasciné par son célèbre compatriote, le norvégien dit avoir « lu des kilomètres de livres » sur lui.
Un passionné tourmenté portraituré par un fan doux dingue: seule une telle conjonction pouvait produire cette œuvre atypique et puissante, qui semble rougeoyer de ce feu intérieur qui rongeait l’artiste et confinait à la folie, encore davantage chez son ami Strindberg. Edvard Munch y est dépeint comme un noceur bohême mais ascète intransigeant lorsqu’il était question de peinture, entièrement détaché des contingences matérielles et dont la vie se confondait, à la façon d’un sacerdoce, avec son art, véhicule de ses émotions dans sa quête de vérité - à noter que « munch » en norvégien (prononcer « mounk ») signifie « moine ». L’homme était par ailleurs hanté par la mort et la maladie touchant sa famille, lui-même étant de faible constitution. Avec sa folie douce et son humour, Kverneland parvient à éviter l’écueil de l’hommage pompeux et pesant, nous livrant un superbe objet d’art graphique, varié et d’une grande richesse. On peut être déconcerté par l’apparent chaos narratif, mais après tout c’est bien ce qui caractérisait la vie de Munch. C’est donc une bonne chose que l’éditeur Nouveau Monde fournisse au public francophone l’occasion de découvrir ce fort bel album, reconnu comme un chef d’œuvre de la BD norvégienne. Pour moi, encore une belle découverte au festival d’Angoulême de cette année, avec en prime une dédicace de l’auteur, nananère !
C'est un brin foutraque, et pour cause. A l'origine cette histoire qui ne devait pas en être une sortait épisodiquement dans Métal Hurlant, bien évidemment cela se sent dans l'histoire complète mais on y trouve tout de même des choses passionnantes.
Dans certaines planches nous voyons déjà un univers très proche de ce qu'il y aura plus tard dans L'Incal. Alors bien sur il ne faut pas chercher ici de logique narrative, disons qu'il s'agit d'un délire d'auteur mais au bon sens du terme qui nous permet d'admirer le travail de Moebius. Sans doute pas la première œuvre à conseillé pour un néophyte, mais elle ravira les fans.
Que voilà une compilation fortement jubilatoire et à plus d'un titre. Tout d'abord elle nous permet d'assister à la recherche, à la construction d'un auteur devenu ensuite un des maitres de la bande dessinée. Qu'on en juge, au fil d'une vingtaine d'histoires plus ou moins courtes, parfois n'excédant pas une unique planche, c'est tout Moebius qui défile sous nos yeux. Ce recueil nous montre toute la palette de l'artiste et les différents styles qu'il a adopté au cours du temps, ici nous découvrons des influences et ce dans des genres totalement différents.
Bien sur quelques planches sont un peu vieillottes mais elles posent les fondements de ce que sera plus tard le travail de l'artiste. Une compilation savoureuse, tantôt grave ou comique mais qui ne peut laisser indifférent.
Indispensable!
Depuis mon retour plus qu’enthousiaste sur Mahârâja, il me tardait donc de lire le second essai d’Artoupan et de son fidèle compagnon Labrémure dans ce tout nouveau one-shot aux thèmes similaires.
Je peux d’ors et déjà confirmer par ces « Nuits indiennes » que le pari délicat d’entremêler aventure, grivoiseries et humour est à nouveau remporté « haut la main » même si la surprise de découvrir un tel univers n’est plus aussi forte qu’auparavant.
Lumière donc sur cette histoire complètement indépendante de « Mahârâja » même si les époques semblent similaires (début XXème siècle) :
Adélie, une jolie rouquine libertine, est activement traquée par la police et un préfet qui a juré sa perte pour les vols de haute envergure qu’elle exécute pour son propre intérêt sous le sobriquet subtil de « la Pie Voleuse ».
Pendant ce temps, Léon Latourette, séduisant majordome gay au service du vieux préfet, est convoité par l’épouse nymphomane de ce dernier. Ayant refusé les avances de l’entreprenante Ernestina, il va être placé aux arrêts par son mari de préfet pour un viol qu’il n’a évidemment pas commis.
Léon et Adélie n’ont donc qu’une seule idée en tête : se venger de cet homme de pouvoir en lui retirant ce qu’il a de plus précieux au monde : son diamant indien qu’il garde jalousement à la vue de tous.
Tout ce joli monde va se retrouver tel une pièce de théâtre dans un lieu unique et enchanteur : l’ile de Capri où le préfet prend ses vacances avec sa jeune épouse méditerranéenne volage.
L’aide d’un gourou indien de pacotille d’origine brésilienne ( !!!!! ) va transformer cet havre unique en une partie de plaisir et de bévues en tous genres !
On retrouve donc l’élégance du trait unique d’Artoupan qui n’a pas son pareil pour dessiner des corps dans n’importe quelle situation, au repos, en action et même en érection !
L’histoire semble même un peu plus développée car les scènes coquines sont un peu plus en retrait que dans l’inévitable comparaison avec Maharaja.
Il s’agit grosso modo d’une relecture coquine de films comme « La main au collet » d’Alfred Hitchcock avec le même côté carte postale réussi et dépaysant de Paris à Capri sans oublier le Vésuve !
La brochette de personnages est exceptionnelle, de la jolie et muette Amiya, tueuse en série rappelant furieusement Miho de Sin City en passant par Léon, le gay élégant obstiné par sa revanche sans oublier Ernestina, plantureuse Italienne aux formes de Monica Bellucci, on ne peut décemment pas s’ennuyer…
Et que dire du gourou indien, sombre escroc manipulateur indien dont chaque apparition suscite le rire ou le mépris ?
Et il reste Adélie, la Pie Voleuse, un personnage féminin comme on aimerait en rencontrer dans chaque vie d’homme, pour le souffle de liberté et le charme qu’elle dégage (je n’ai jamais été indifférent aux tâches de rousseur)…
La fin est tout aussi ironique, j’aurais apprécier quelques planches de plus pour savourer au choix les scènes sensuelles ou côtoyer encore ces personnages succincts mais attachants.
Peut-être aurons-nous le plaisir de retrouver cette joyeuse bande de pervers dans un nouvel opus ?
En l’état je vous recommande fortement de vous plonger dans ces « Nuits Indiennes », un divertissement adulte comme je n’en avais jamais lu et comme d’autres devraient fortement s’inspirer.
Je découvre cet auteur avec cet album, et c’est avec un très grand plaisir !
Le découpage des pages, transcendant souvent les cases traditionnelles, et la narration, sont à la fois originaux et très bons.
J’ai trouvé les deux histoires composant cet album très intéressantes, même si j’ai préféré la première, plus courte (et pourtant probablement composée rapidement, puisqu’à la demande des éditions Mosquito qui publient cet ensemble). Mais si « L’héritier » est franchement excellent, envoûtant, « Blues », qui donne son titre à l’album, est aussi une chouette histoire !
En tout cas, l’univers de Toppi est plus qu’intéressant, avec son dessin très expressif, la poésie noire qui transpire des cases, dans une ambiance moite qui fait décor à ces deux histoires se déroulant dans le sud profond des Etats-Unis.
Un album à lire, c’est certain. Et un auteur à découvrir, ce que je vais m’empresser de faire assurément.
Ce nouveau tome "médiéval" si j"ose dire, ne m'attirait pas outre mesure, n'ayant pas un intérêt particulier pour ce roi, et finalement j'en suis ressorti ravi. Je n'y ai pas appris grand chose car je connaissais la plupart des grandes étapes du règne de ce roi qui fut l'un des 5 très grands souverains de France du monde médiéval, avec Philippe Auguste, Philippe le Bel, Charles V et Louis XI. Ce qui compte, c'est que cet album ait réussi à m'intéresser ; faut dire que des événements très importants se sont déroulés sous ce règne, en plus de la construction de nombreux châteaux.
Son règne fut long, de 1226 à 1270, il a fallu donc réduire et choisir soigneusement dans sa bio ce qui était le plus marquant, tout en faisant en sorte que ça ne soit pas rébarbatif pour le lecteur non passionné par le Moyen Age. Mais on y trouve aussi quelques faits anecdotiques, comme la manie qu'avait la terrible Blanche de Castille de surprendre son fils dans les bras de son épouse Marguerite ; un vrai paradoxe quand on sait que d'un côté, elle réprouvait ces "jeux fripons" et que de l'autre, elle se montrait intransigeante envers sa belle-fille en lui intimant presque l'ordre de donner des héritiers au royaume.
Les auteurs, dont Matthieu Mariolle malgré son nom, se font sérieux et déroulent un certain nombre de faits importants comme les Croisades qui restent la grande préoccupation de ce roi (avec notamment la prise de Damiette), le conflit cathare (avec le bûcher de Montségur), la lutte contre les Plantagenêts (avec les batailles de Taillebourg et de Saintes), l'édification de la Sainte Chapelle à Paris (pour conserver les reliques de la vraie Croix), et aussi le rôle ferme de Blanche de Castille qui fut 2 fois régente, et dont l'ascendant sur Louis fut souvent pesant. Le rôle joué par Alphonse de Poitiers, frère turbulent de Louis, est aussi étudié. Je regrette juste qu'il ne soit pas fait allusion à la cité d'Aigues-Mortes, port ouvert sur la Méditerranée que le roi fit construire dès 1240.
L'image pieuse qui accompagne la vie de Louis IX est également évoquée dans cet album. Mais les auteurs ne sacrifient pas à l'imagerie d'Epinal qui représente le roi rendant la justice sous le chêne de Vincennes, même si le fait est réel et rapporté par le Sire de Joinville, qui reste le plus fameux chroniqueur de son temps.
La lecture reste agréable et instructive pour qui ne connaît pas ce roi ; sa qualité de roi charitable et son rayonnement spirituel sont bien décrits. Le dialogue est un peu d'époque, mais juste ce qu'il faut pour le souci de réalisme, et sans verser dans le plombage linguistique. Le traitement suit un schéma devenu courant : l'album s'ouvre par la mort du roi à Tunis, qui voit défiler sa vie et tout ce qu'il a accompli.
Le dessin est tout à fait correct, je l'aurais préféré plus policé, mais je ne vais pas faire le difficile ; le dessinateur trouve un juste équilibre entre les scènes de bataille et les scènes de palais, soigne ses décors et respecte les éléments du XIIIème siècle. Si bien qu'à la fin, on en ressort autant enrichi et instruit que diverti, c'est le défi que propose cette collection "Ils ont fait l'Histoire", et ici le contrat est parfaitement rempli.
Très bon manga, pour tous les âges.
Le Japon rural des années 50 n'est pas si loin de la campagne française de la même époque: un dénuement extrême dans les moyens financiers mais une acceptation de son sort qui rend possible des joies simples, et oblige à inventer pour améliorer son quotidien.
C'est une sorte d'éloge de la pauvreté qui est peut-être salutaire à une époque où l'argent est la seule mesure de toute chose. On voit bien dans cette belle histoire que sans argent, on peut être inventif, drôle et ne pas forcément souhaiter s'enrichir. Les corvées se transforment en rituels fondateurs, l'inconfort en aiguillon pour agir. Ce n'est pas idyllique: cela relativise simplement notre soif d'argent et de confort physique qui va avec un certain inconfort moral (mauvaise conscience vis-à-vis des pauvres, incompréhension des logiques qui nous gouvernent, perte de sens, illégitimité des puissants...)
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La Terre sans mal
Le dessin est superbe et l'histoire avait un potentiel fou. Contrairement aux autres critiques je ne vais pas accabler la scénariste et attribuer tous les lauriers à Lepage (mon dessinateur préféré à ce jour). Il y a effectivement un problème de scénario mais je pense que c'est l'éditeur qui est en tort. Je ne sais pas ce qui s'est passé en coulisses dans la conception de l'album mais il est clairement trop court. C'est comme si Muchacho était un one shot de 70 pages ou alors que les deux albums faisaient les 44 ou 48 pages standard, c'est pas possible. Là c'est le souci on a une histoire géniale superbement illustrée mais c'est beaucoup trop rapide, il faudrait deux fois plus de pages. J'ai l'impression de voir les coupes dans l'album comme un film massacré au montage par les producteurs. On nous raconte une superbe quête à la Aguirre, la colère de Dieu et elle se résout en une soixantaine de pages, c'est invraisemblable. Forcément à part l’héroïne, on se fout un peu de tous les personnages (même son fiancé meurt en ellipse dans des circonstances inconnues) et onn' est pas vraiment investi dans la quête et le parcours initiatique de la jeune femme. Il fallait 150 pages et ça aurait été un chef d'oeuvre. Un beau gâchis. J'aimerais vraiment en savoir plus sur la conception de l'album, peut-être que je me trompe, mais pour le moment je reste convaincu que c'est un problème de longueur. 3,5/5
Névé
Belle série simple et subtile qui s'intéresse au développement psychologique d'un jeune homme sur environ 15 ans. J'ai lu cette série uniquement parce que je savais qu'elle était dessinée par Lepage dont j'ai admiré le travail sur Muchacho. Certes le dessin n'atteint pas ici la perfection de Muchacho mais c'est tout de même très réussi en particulier les paysages qui ont toujours inspiré Lepage. Ici évidemment les personnages sont beaucoup plus importants que l'action. A part le premier tome, il ne se passe pas grand chose et c'est souvent contemplatif. Je regrette une ellipse trop longue entre le tome 4 et le tome 5 qui fait que l'on quitte le personnage à 18 ans pour le retrouver approchant la trentaine : un tome 4.5 aurait été intéressant pour mieux suivre l'évolution de Névé et comprendre son mal-être dans le tome 5. Sinon le personnage est très attachant et touchant. Les différents tomes sont tous d'un très bon niveau même si j'admets que j'ai moins aimé le deuxième. Tout au long de la série circule un message de liberté des plus appréciables et amené subtilement. Il s'agit de s'affranchir de son passé (la mort du père qui marque toute sa famille et en particulier sa tante Marlène, ce qui est particulièrement développé dans le quatrième album) et finalement s'affranchir de ses contraintes, des hypocrisies, d'une petite amie qui ne l'intéresse plus et s'accepter tel qu'il est ainsi que ses sentiments dans le dernier album.
La Gloire d'Héra
Voilà une BD que je trouve d'une grande utilité. En effet elle nous retrace la jeunesse d'Hercule qui dans ce temps s’appelait encore Alcée. Sans en faire trop dans le registre du gros plein de muscles, elle est au travers de son humour dans un registre qui, mine de rien, amène à une introduction à la mythologie. Tout cela est fait de manière non didactique, au sens chiant du terme, et sans trop rentrer dans des détails généalogiques, qui devrait permettre aux jeunes générations d'y trouver leur compte. Si l'on y regarde de plus près cette "Gloire d'Héra" n'est en rien comique. Meurtres, violence, tout cela atteint son paroxysme dans un final hallucinant, magnifiquement mis en images par Rossi. Voilà donc une lecture riche et qui sait être divertissante malgré son caractère de tragédie. Alors instructif, plaisant, bien dessiné, du rythme. Messieurs Le Tendre et Rossi, bravo.
Munch
Avec cette couverture inspirée du « Cri » où l’on voit un Munch au regard halluciné se substituant au personnage à l’air maladif et horrifié de la peinture, on est déjà pas mal intrigué. Mais pour peu que l’on décide de feuilleter les pages, c’est un véritable choc sensoriel qui saisit jusqu’aux tréfonds de l’âme, dans une zone où la folie se tient en embuscade. Edvard Munch lui-même et ses contemporains, August Strindberg en particulier, ont l’air de démons hystériques aux traits rendus acérés par le style cubiste auquel recourt Kverneland. Et à vrai dire, ce sont plusieurs styles qui alternent tout au long de ce pavé de 280 pages. Cubisme allié à des couleurs à la fois sombres et empourprées pour souligner le climat de folie imprégnant les beuveries du peintre avec son cercle d’artistes et d’intellectuels, expressionnisme dans des tonalités semblables pour évoquer l’atmosphère des toiles de Munch, réalisme aux teintes gris sépias pour les situations plus banales, dessin au trait voire insertion de photos pour les interludes où Kverneland se met en scène. Bref, je mets au défi quiconque de recenser la totalité des styles de cet OVNI traduisant la totale liberté de son auteur. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces caprices graphiques permanents ne sont pas si gênants mais en tant que parti pris apportent au contraire une respiration à cette œuvre assez dense. De même, Steffen Kverneland n’a pas cherché à raconter l’histoire de Munch de façon linéaire. Comme il l’avoue lui-même, il l’a conçu comme un « puzzle monumental » d’après sa propre « vision subjective », totalement assumée. Fasciné par son célèbre compatriote, le norvégien dit avoir « lu des kilomètres de livres » sur lui. Un passionné tourmenté portraituré par un fan doux dingue: seule une telle conjonction pouvait produire cette œuvre atypique et puissante, qui semble rougeoyer de ce feu intérieur qui rongeait l’artiste et confinait à la folie, encore davantage chez son ami Strindberg. Edvard Munch y est dépeint comme un noceur bohême mais ascète intransigeant lorsqu’il était question de peinture, entièrement détaché des contingences matérielles et dont la vie se confondait, à la façon d’un sacerdoce, avec son art, véhicule de ses émotions dans sa quête de vérité - à noter que « munch » en norvégien (prononcer « mounk ») signifie « moine ». L’homme était par ailleurs hanté par la mort et la maladie touchant sa famille, lui-même étant de faible constitution. Avec sa folie douce et son humour, Kverneland parvient à éviter l’écueil de l’hommage pompeux et pesant, nous livrant un superbe objet d’art graphique, varié et d’une grande richesse. On peut être déconcerté par l’apparent chaos narratif, mais après tout c’est bien ce qui caractérisait la vie de Munch. C’est donc une bonne chose que l’éditeur Nouveau Monde fournisse au public francophone l’occasion de découvrir ce fort bel album, reconnu comme un chef d’œuvre de la BD norvégienne. Pour moi, encore une belle découverte au festival d’Angoulême de cette année, avec en prime une dédicace de l’auteur, nananère !
Le Garage hermétique (Major Fatal)
C'est un brin foutraque, et pour cause. A l'origine cette histoire qui ne devait pas en être une sortait épisodiquement dans Métal Hurlant, bien évidemment cela se sent dans l'histoire complète mais on y trouve tout de même des choses passionnantes. Dans certaines planches nous voyons déjà un univers très proche de ce qu'il y aura plus tard dans L'Incal. Alors bien sur il ne faut pas chercher ici de logique narrative, disons qu'il s'agit d'un délire d'auteur mais au bon sens du terme qui nous permet d'admirer le travail de Moebius. Sans doute pas la première œuvre à conseillé pour un néophyte, mais elle ravira les fans.
Cauchemar blanc
Que voilà une compilation fortement jubilatoire et à plus d'un titre. Tout d'abord elle nous permet d'assister à la recherche, à la construction d'un auteur devenu ensuite un des maitres de la bande dessinée. Qu'on en juge, au fil d'une vingtaine d'histoires plus ou moins courtes, parfois n'excédant pas une unique planche, c'est tout Moebius qui défile sous nos yeux. Ce recueil nous montre toute la palette de l'artiste et les différents styles qu'il a adopté au cours du temps, ici nous découvrons des influences et ce dans des genres totalement différents. Bien sur quelques planches sont un peu vieillottes mais elles posent les fondements de ce que sera plus tard le travail de l'artiste. Une compilation savoureuse, tantôt grave ou comique mais qui ne peut laisser indifférent. Indispensable!
Nuits Indiennes
Depuis mon retour plus qu’enthousiaste sur Mahârâja, il me tardait donc de lire le second essai d’Artoupan et de son fidèle compagnon Labrémure dans ce tout nouveau one-shot aux thèmes similaires. Je peux d’ors et déjà confirmer par ces « Nuits indiennes » que le pari délicat d’entremêler aventure, grivoiseries et humour est à nouveau remporté « haut la main » même si la surprise de découvrir un tel univers n’est plus aussi forte qu’auparavant. Lumière donc sur cette histoire complètement indépendante de « Mahârâja » même si les époques semblent similaires (début XXème siècle) : Adélie, une jolie rouquine libertine, est activement traquée par la police et un préfet qui a juré sa perte pour les vols de haute envergure qu’elle exécute pour son propre intérêt sous le sobriquet subtil de « la Pie Voleuse ». Pendant ce temps, Léon Latourette, séduisant majordome gay au service du vieux préfet, est convoité par l’épouse nymphomane de ce dernier. Ayant refusé les avances de l’entreprenante Ernestina, il va être placé aux arrêts par son mari de préfet pour un viol qu’il n’a évidemment pas commis. Léon et Adélie n’ont donc qu’une seule idée en tête : se venger de cet homme de pouvoir en lui retirant ce qu’il a de plus précieux au monde : son diamant indien qu’il garde jalousement à la vue de tous. Tout ce joli monde va se retrouver tel une pièce de théâtre dans un lieu unique et enchanteur : l’ile de Capri où le préfet prend ses vacances avec sa jeune épouse méditerranéenne volage. L’aide d’un gourou indien de pacotille d’origine brésilienne ( !!!!! ) va transformer cet havre unique en une partie de plaisir et de bévues en tous genres ! On retrouve donc l’élégance du trait unique d’Artoupan qui n’a pas son pareil pour dessiner des corps dans n’importe quelle situation, au repos, en action et même en érection ! L’histoire semble même un peu plus développée car les scènes coquines sont un peu plus en retrait que dans l’inévitable comparaison avec Maharaja. Il s’agit grosso modo d’une relecture coquine de films comme « La main au collet » d’Alfred Hitchcock avec le même côté carte postale réussi et dépaysant de Paris à Capri sans oublier le Vésuve ! La brochette de personnages est exceptionnelle, de la jolie et muette Amiya, tueuse en série rappelant furieusement Miho de Sin City en passant par Léon, le gay élégant obstiné par sa revanche sans oublier Ernestina, plantureuse Italienne aux formes de Monica Bellucci, on ne peut décemment pas s’ennuyer… Et que dire du gourou indien, sombre escroc manipulateur indien dont chaque apparition suscite le rire ou le mépris ? Et il reste Adélie, la Pie Voleuse, un personnage féminin comme on aimerait en rencontrer dans chaque vie d’homme, pour le souffle de liberté et le charme qu’elle dégage (je n’ai jamais été indifférent aux tâches de rousseur)… La fin est tout aussi ironique, j’aurais apprécier quelques planches de plus pour savourer au choix les scènes sensuelles ou côtoyer encore ces personnages succincts mais attachants. Peut-être aurons-nous le plaisir de retrouver cette joyeuse bande de pervers dans un nouvel opus ? En l’état je vous recommande fortement de vous plonger dans ces « Nuits Indiennes », un divertissement adulte comme je n’en avais jamais lu et comme d’autres devraient fortement s’inspirer.
Blues
Je découvre cet auteur avec cet album, et c’est avec un très grand plaisir ! Le découpage des pages, transcendant souvent les cases traditionnelles, et la narration, sont à la fois originaux et très bons. J’ai trouvé les deux histoires composant cet album très intéressantes, même si j’ai préféré la première, plus courte (et pourtant probablement composée rapidement, puisqu’à la demande des éditions Mosquito qui publient cet ensemble). Mais si « L’héritier » est franchement excellent, envoûtant, « Blues », qui donne son titre à l’album, est aussi une chouette histoire ! En tout cas, l’univers de Toppi est plus qu’intéressant, avec son dessin très expressif, la poésie noire qui transpire des cases, dans une ambiance moite qui fait décor à ces deux histoires se déroulant dans le sud profond des Etats-Unis. Un album à lire, c’est certain. Et un auteur à découvrir, ce que je vais m’empresser de faire assurément.
Saint Louis
Ce nouveau tome "médiéval" si j"ose dire, ne m'attirait pas outre mesure, n'ayant pas un intérêt particulier pour ce roi, et finalement j'en suis ressorti ravi. Je n'y ai pas appris grand chose car je connaissais la plupart des grandes étapes du règne de ce roi qui fut l'un des 5 très grands souverains de France du monde médiéval, avec Philippe Auguste, Philippe le Bel, Charles V et Louis XI. Ce qui compte, c'est que cet album ait réussi à m'intéresser ; faut dire que des événements très importants se sont déroulés sous ce règne, en plus de la construction de nombreux châteaux. Son règne fut long, de 1226 à 1270, il a fallu donc réduire et choisir soigneusement dans sa bio ce qui était le plus marquant, tout en faisant en sorte que ça ne soit pas rébarbatif pour le lecteur non passionné par le Moyen Age. Mais on y trouve aussi quelques faits anecdotiques, comme la manie qu'avait la terrible Blanche de Castille de surprendre son fils dans les bras de son épouse Marguerite ; un vrai paradoxe quand on sait que d'un côté, elle réprouvait ces "jeux fripons" et que de l'autre, elle se montrait intransigeante envers sa belle-fille en lui intimant presque l'ordre de donner des héritiers au royaume. Les auteurs, dont Matthieu Mariolle malgré son nom, se font sérieux et déroulent un certain nombre de faits importants comme les Croisades qui restent la grande préoccupation de ce roi (avec notamment la prise de Damiette), le conflit cathare (avec le bûcher de Montségur), la lutte contre les Plantagenêts (avec les batailles de Taillebourg et de Saintes), l'édification de la Sainte Chapelle à Paris (pour conserver les reliques de la vraie Croix), et aussi le rôle ferme de Blanche de Castille qui fut 2 fois régente, et dont l'ascendant sur Louis fut souvent pesant. Le rôle joué par Alphonse de Poitiers, frère turbulent de Louis, est aussi étudié. Je regrette juste qu'il ne soit pas fait allusion à la cité d'Aigues-Mortes, port ouvert sur la Méditerranée que le roi fit construire dès 1240. L'image pieuse qui accompagne la vie de Louis IX est également évoquée dans cet album. Mais les auteurs ne sacrifient pas à l'imagerie d'Epinal qui représente le roi rendant la justice sous le chêne de Vincennes, même si le fait est réel et rapporté par le Sire de Joinville, qui reste le plus fameux chroniqueur de son temps. La lecture reste agréable et instructive pour qui ne connaît pas ce roi ; sa qualité de roi charitable et son rayonnement spirituel sont bien décrits. Le dialogue est un peu d'époque, mais juste ce qu'il faut pour le souci de réalisme, et sans verser dans le plombage linguistique. Le traitement suit un schéma devenu courant : l'album s'ouvre par la mort du roi à Tunis, qui voit défiler sa vie et tout ce qu'il a accompli. Le dessin est tout à fait correct, je l'aurais préféré plus policé, mais je ne vais pas faire le difficile ; le dessinateur trouve un juste équilibre entre les scènes de bataille et les scènes de palais, soigne ses décors et respecte les éléments du XIIIème siècle. Si bien qu'à la fin, on en ressort autant enrichi et instruit que diverti, c'est le défi que propose cette collection "Ils ont fait l'Histoire", et ici le contrat est parfaitement rempli.
Une sacrée mamie
Très bon manga, pour tous les âges. Le Japon rural des années 50 n'est pas si loin de la campagne française de la même époque: un dénuement extrême dans les moyens financiers mais une acceptation de son sort qui rend possible des joies simples, et oblige à inventer pour améliorer son quotidien. C'est une sorte d'éloge de la pauvreté qui est peut-être salutaire à une époque où l'argent est la seule mesure de toute chose. On voit bien dans cette belle histoire que sans argent, on peut être inventif, drôle et ne pas forcément souhaiter s'enrichir. Les corvées se transforment en rituels fondateurs, l'inconfort en aiguillon pour agir. Ce n'est pas idyllique: cela relativise simplement notre soif d'argent et de confort physique qui va avec un certain inconfort moral (mauvaise conscience vis-à-vis des pauvres, incompréhension des logiques qui nous gouvernent, perte de sens, illégitimité des puissants...) Bref lisez-le : vous verrez que ça émeut et ça questionne en même temps. Les enfants y trouveront aussi leur miel.