J'ai lu cette BD en ne sachant rien du pitch a priori, et j'en suis très content ! Je me suis donc doucement laissé guider le long de cette très jolie histoire. Au début, en croyant que c'était sur une relation d'amitié toute simple entre deux vieux pêcheurs. Puis l'histoire prend un premier tournant, puis un second, etc. J'aime beaucoup quand une histoire fait ça : tout en restant cohérente, on ne sait pas tout de suite où elle va.
J'ai été rebuté par le dessin pendant les premières pages, mais je m'y suis adapté très rapidement, d'une part parce que l'histoire est très prenante, d'autres part parce que le dessin est finalement très expressif, notamment sur les visages.
Comme beaucoup d'autres posteurs l'ont dit, la vie sexuelle et amoureuse des personnes âgées est ici abordée avec beaucoup de pudeur et de tendresse mais sans pudibonderie, et on ne peut que saluer cette performance.
[Spoiler]
Sur les choix du scénario, contrairement à d'autres, je n'ai pas trouvé que l'épisode dans la communauté hippie était de trop. Simplement, il n'était peut-être pas nécessaire qu'Émilie fasse l'amour avec la jeune fille hippie (dont je ne crois pas connaître le prénom), le réglage aurait été un peu plus fin. Ce n'est pas bien grave, ceci dit.
[Fin spoiler]
Voilà, un très bon moment à passer et une belle bouffée d'oxygène.
Foerster invente une cité, “Tchernobourg” (tout un programme), en partie détruite par un improbable cataclysme, dans laquelle grouillent d'horribles mutants qui vivent au milieu d'humains normaux. Enfin, “normaux”, c'est à voir… Disons sans trop déflorer le suspense que les pires monstres ne sont pas toujours ceux qui présentent l'apparence la plus rebutante.
Quand il nous parle de l'humanité, Foerster sait appuyer là où ça fait mal. Au-delà des contes invraisemblables, de la monstruosité grotesque et des délires outranciers, il pratique un humour noir qui fait rire jaune. Son monde n'est que le miroir du notre avec ses tares et ses excès, pointés avec une acuité aussi cynique que tendre.
Il n'y a que lui pour suivre les pas d'une limace qui postule à une émission de téléréalité, un autiste explosif, ou un employé de bureau minable aux mains venimeuses…
Graphiquement, son univers tourmenté est identifiable du premier coup d'œil. Foerster, c'est un peu Jérôme Bosch qui mettrait en image le Cabinet du docteur Caligari : un cauchemar, mais que l'on aime prolonger. D'autant plus que dans cet album, le noir et blanc est rehaussé de touches de lavis colorés (une couleur pour chaque histoire) du meilleur effet.
En somme, l'auteur revient – avec un talent intact – aux courtes histoires d'horreur qui ont forgé son style lorsqu'ils publiait dans Fluide Glacial, et que l'on peut redécouvrir dans un beau volume paru l'an dernier (Certains l'aiment noir (2014)).
Peut-être pas neuf, mais virtuose dans un style unique.
[Après lecture des tomes 1 à 5 :]
La série Millénaire est une espèce de monstre de Frankenstein qui en théorie n'avait aucune chance de fonctionner, et qui pourtant fonctionne ! Le mélange est assez improbable : historique à tendance réaliste, merveilleux, science-fiction, polar... Et pourtant, ça marche !
Les dessins sont d'une grande clarté et certaines cases sont franchement inspirées. J'ai un peu tiqué au début sur les nichons et les bastons un peu gratuites, mais sur l'ensemble ça ne m'a pas tant dérangé que ça. En tout cas, le dessin sert toujours très bien la narration.
Il faut dire que l'histoire est assez prenante. Certes, il faut être un minimum réveillé pour suivre, mais c'est raconté de façon très claire, donc il n'y a pas de problème pour suivre ces intrigues un peu complexes.
Ça m'a beaucoup plu que les auteurs jouent carrément la carte du merveilleux et de l'uchronie, plutôt que de se borner à du fantastique de bon aloi. Ce choix un peu extrême, combiné avec le style plutôt réaliste du dessin et de l'univers par ailleurs, donne un mélange assez inédit.
La révélation à la fin du premier cycle, quoique rigolote, fait plutôt « fin de tome » que « fin de cycle », mais je ne me plains pas car on a quand même appris pas mal de choses sur l'univers au fur et à mesure. De plus, chaque tome ayant son intrigue propre qui est résolue à chaque fois, je considère que le scénariste remplit tout à fait sa part du deal, et les cliffhangers qui restent font partie du jeu.
Dommage que, suite à des difficultés financières temporaires de l'éditeur, le dessinateur se soit engagé sur d'autres projets qui l'obligent à arrêter Millénaire (ce que je ne lui reproche évidemment pas). J'espère cependant que la série reprendra, même avec un autre dessinateur !
Comme scénariste Christian Lax m’avait déjà épaté avec « l’Aigle sans orteils » et « Amère patrie » , avec « un certain Cervantès » il atteint à nouveau un seuil d’excellence.
Un road movie de la meilleure veine, centré sur un personnage très attachant Mike Cervantès.
La bonne idée de Christian Lax est d’établir un parallèle intéressant entre Mike et l’illustre écrivain espagnol ,car et c’est indiscutable Mike Cervantès et Don Quichotte sont des redresseurs de torts très altruistes , prêt à tout pour rétablir justice et vérité.
Les dialogues sont excellents , pas mal de critiques et de réflexions pertinentes sur le monde actuel ,un personnage principal qui ne laisse pas indifférent avec cerise sur le gâteau un dessin noir et blanc de grande qualité.
Une BD à découvrir.
(Après lecture des tomes 1-7 + HS "Le Petit Roy")
Beaucoup a déjà été dit sur la Nef des Fous, je serai donc bref. C'est bien délirant, il y a plein d'idées très chouettes et j'aime aussi beaucoup le dessin. J'insisterai surtout sur le découpage, qui est toujours bien réfléchi et pertinent et qui m'a même parfois fait penser à Andreas, ce qui de ma part est un énorme compliment. Au niveau de l'imaginaire, ça m'a parfois fait penser à Fred et bien sûr à des œuvres comme Horologiom, voire Monsieur Noir par moments, ce qui n'est pas moins un compliment. J'aime aussi beaucoup le type d'humour employé. Bref, une excellente lecture, et qui de plus exploite vraiment les possibilités de ce medium qu'est la bande dessinée, ce que j'apprécie beaucoup !
Le hors-série n'est pas indispensable (et les personnages des trois nounous m'ont un peu agacé), mais ça reste agréable.
Actuellement, je m'intéresse particulièrement à cette région du monde que je ne connais qu'à travers ce que disent les médias. J'ai lu récemment L'Etoile du soldat, Kaboul Disco, Les Larmes du Seigneur Afghan sans compter sur Le Photographe, une lecture certes plus ancienne.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur qui est dessinateur de presse américaine. Je trouve que son témoignage est assez instructif car il a voulu se rendre compte par lui-même de la situation sans subir l'influence néfaste des médias qui servent une certaine forme de propagande occidentale. Il a vécu une expérience de vie des plus marquantes avec la mort d'un journaliste suédois. Il nous livre une vision sans concession ce que j'apprécie fortement.
Je pensais naïvement jusqu'ici que l'Alliance du nord étaient nos alliés mais ils sont finalement pareils que les talibans. C'est dire à quel point cette société est complètement détruite par tant d'années de guerre et d'obscurantisme liée à la fanatique religion. C'est également une auto-critique de l'administration Bush qui s'est servi des attentats du World Trade Center pour occuper cette région et permettre l'acheminement d'un pipeline.
Le style ressemble à celui de Guy Delisle avec ce dessin minimaliste et ses détails sur son mode d'hébergement. Cependant, je verrai mal ce dernier dans un tel pays avec un tel manque de confort et de sécurité. Par contre, je m'aperçois que Ted Rall apparaît comme assez proche de ses sous lorsqu'il s'agit de payer les services rendus par les populations locales. Certes, les tarifs sont multipliés par 100 mais cela reste raisonnable. Il dénonce que le capitalisme s'est bien installé en Asie centrale pour profiter de la situation de ces étrangers qui viennent pour relayer l'information. Il n'a sans doute pas tort mais je suis surpris par son insistance sur ce point à de multiples reprises.
J'ai bien aimé la partie documentaire également de cet ouvrage qu'on peut prendre dans le sens que l'on souhaite. C'est d'ailleurs une bonne trouvaille. Bref, en conclusion, un ouvrage utile pour comprendre un peu mieux ce conflit qui n'est d'ailleurs toujours pas terminé plus de 10 ans après.
Comme Paco je trouve la fin sacrément capillotractée, mais j'avoue que je ne me souviens jamais des fins des histoires donc il suffit de laisser passer une semaine, et l'impression d'avoir été baladé s'évanouit...
Et reste une terrible histoire peuplée de violence, de crime, de courage, de manipulations diverses qui vous glace le sang mais vous tient coincé en haleine, vissé sur le fauteuil. Les dessins de Boucq n'enjolivent jamais rien mais transmettent les vibrations maladroites de l'humanité pour survivre dans le monde imbécile qu'elle s'est forgé.
Le parcours de ce gamin doué pour le dessin qui se trouve plongé seul dans un goulag a de quoi toucher. Comme tous les personnages de Boucq, ni beau ni laid, mais doué d'un savoir-faire envié, il fera son chemin, et survivra là où beaucoup sont mort. Les gangs de la Kolyma se l’arracheront pour en faire leur tatoueur attitré.
Encore un one shot qui décape!
après lecture des deux tomes je persiste!
J'ai beaucoup apprécié d'abord le dessin qui réussit le tour de force d'être aussi précis que somptueux : peu de couleur, un trait multiple à la fois subtil et contrasté, qui occupe la page avec élégance, et nous fait imaginer beaucoup dans l'obscurité, comme dans la lumière. Une sorte de liberté qui finit par exprimer la recherche musicale du héros dans le tome 2. Alors que dans le tome 1 un peu plus classique, la bonne bouille du boxeur semble tout justifier.
Deux scénarios très "noir américain" qui se déroulent juste avant la fin de la prohibition :
1. Un Boxeur blanc qui se fait embobiner par un marlou pour des combats qui promettent de le détruire à plus ou moins long terme. Le bon gros se met en tête une histoire d'amour qui a toutes les chances d'échouer, mais qui sait, au son de la musique des nègres, tout semble possible...
2 Un guitariste noir de la campagne qui vient tenter sa chance en ville, dans les cabarets florissants des dernières heures de la prohibition. Un monde de ritals enrichis qui font boire des américains au son de la musique des noirs. L'ambiance est très bien traduite, même si elle est moins originale que le dessin.
Bref, une autre BD (je viens de lire Tourne-disque) qui parle de musique sans pouvoir évidemment nous en montrer quoi que ce soit et la transposition dessinée réussit là aussi fort bien: Au mystère lumineux de l'Afrique succède l'excitante pénombre de la prohibition.
Très classique et efficace.
J'ai lu des tas de romans et de BD, vu des films sur la période, et je trouve que le scénario qui aborde le personnage du médecin-héros malgré lui comme un pauvre type qui ne réussit pas à obtenir son permis de travail à Stokholm au sortir de la guerre, a quelque chose de vraiment original, qui replace le héros au niveau très quotidien et contemporain du sans-papier d'aujourd'hui.
Cela crée aussi un rapprochement ambigu et légèrement inquiétant entre la bureaucratie nazie, détestable et omni-impotente et les administrations occidentales d'hier et d'aujourd'hui.
Kersten, l'infortuné médecin finlandais, tenu au service d'Himmler, pris entre son dégoût pour la violence nazie et sa peur de mourir, poussé par ses amis scandinaves et anglais devient un agent double, alternativement terrorisé et courageux. On se reconnait tout-à-fait dans ses réactions.
Le dessin "classique" a quelque chose qui dépasse la ligne claire, une sorte d'habileté dans la stylisation des visages, dans les couleurs (où l'assistance par un logiciel apporte une esthétique simplificatrice proche des affiches de l'époque) et le choix des valeurs (étalonnement clair-foncé). Les deux couvertures sont à ce titre un bel exemple.
Voilà un livre dont on se souvient.
D'abord, son graphisme en noir et blanc réussit à être novateur : une grande économie de traits toujours de la même épaisseur, des visages où la caricature et l'expression voisinent avec une beauté graphique peu habituelle. Parfois des traits blancs sur des surfaces noires parfois l'inverse, des mouvements de corps tellement stylisés qu'on dirait une esquisse cubiste.
Cette image très contrastée, où chaque page fait figure d'un enchevêtrement de yin et de yang en plein mouvement semble le symbole de la relation fraternelle racontée entre Yaqub et Omar. Un va-et-vient incessant entre deux pôles opposés par une mère inconsciente.
En feuilletant l'album très épais (228 lourdes pages) on voit peu de dialogues et on se dit que ce sera vite lu. Eh bien ce n'est pas le cas, c'est très long. La voix off (souvent présente dans les adaptations de roman) accentue les silences. Ces deux vies qui s'entredéchirent sous les stratagèmes avortés de la mère, Zana, sont racontées par plusieurs personnages, le père Halim, le demi-frère, Naël. Je dis tous ces prénoms parce qu’ils font comme une musique de fond au même titre que le décors de la ville de Manaus. Ils encrent l'histoire dans des relations familiales anciennes, dans celles à venir, bref c'est riche par bien des aspects.
Donc c'est une tragédie, un poème, un tableau mais c'est tellement triste et la mère a tellement le mauvais rôle que je n'ai pas vraiment envie de le relire...Mais lisez-le une fois c'est une belle expérience!
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Les Petits Ruisseaux
J'ai lu cette BD en ne sachant rien du pitch a priori, et j'en suis très content ! Je me suis donc doucement laissé guider le long de cette très jolie histoire. Au début, en croyant que c'était sur une relation d'amitié toute simple entre deux vieux pêcheurs. Puis l'histoire prend un premier tournant, puis un second, etc. J'aime beaucoup quand une histoire fait ça : tout en restant cohérente, on ne sait pas tout de suite où elle va. J'ai été rebuté par le dessin pendant les premières pages, mais je m'y suis adapté très rapidement, d'une part parce que l'histoire est très prenante, d'autres part parce que le dessin est finalement très expressif, notamment sur les visages. Comme beaucoup d'autres posteurs l'ont dit, la vie sexuelle et amoureuse des personnes âgées est ici abordée avec beaucoup de pudeur et de tendresse mais sans pudibonderie, et on ne peut que saluer cette performance. [Spoiler] Sur les choix du scénario, contrairement à d'autres, je n'ai pas trouvé que l'épisode dans la communauté hippie était de trop. Simplement, il n'était peut-être pas nécessaire qu'Émilie fasse l'amour avec la jeune fille hippie (dont je ne crois pas connaître le prénom), le réglage aurait été un peu plus fin. Ce n'est pas bien grave, ceci dit. [Fin spoiler] Voilà, un très bon moment à passer et une belle bouffée d'oxygène.
Le Confesseur sauvage
Foerster invente une cité, “Tchernobourg” (tout un programme), en partie détruite par un improbable cataclysme, dans laquelle grouillent d'horribles mutants qui vivent au milieu d'humains normaux. Enfin, “normaux”, c'est à voir… Disons sans trop déflorer le suspense que les pires monstres ne sont pas toujours ceux qui présentent l'apparence la plus rebutante. Quand il nous parle de l'humanité, Foerster sait appuyer là où ça fait mal. Au-delà des contes invraisemblables, de la monstruosité grotesque et des délires outranciers, il pratique un humour noir qui fait rire jaune. Son monde n'est que le miroir du notre avec ses tares et ses excès, pointés avec une acuité aussi cynique que tendre. Il n'y a que lui pour suivre les pas d'une limace qui postule à une émission de téléréalité, un autiste explosif, ou un employé de bureau minable aux mains venimeuses… Graphiquement, son univers tourmenté est identifiable du premier coup d'œil. Foerster, c'est un peu Jérôme Bosch qui mettrait en image le Cabinet du docteur Caligari : un cauchemar, mais que l'on aime prolonger. D'autant plus que dans cet album, le noir et blanc est rehaussé de touches de lavis colorés (une couleur pour chaque histoire) du meilleur effet. En somme, l'auteur revient – avec un talent intact – aux courtes histoires d'horreur qui ont forgé son style lorsqu'ils publiait dans Fluide Glacial, et que l'on peut redécouvrir dans un beau volume paru l'an dernier (Certains l'aiment noir (2014)). Peut-être pas neuf, mais virtuose dans un style unique.
Millénaire
[Après lecture des tomes 1 à 5 :] La série Millénaire est une espèce de monstre de Frankenstein qui en théorie n'avait aucune chance de fonctionner, et qui pourtant fonctionne ! Le mélange est assez improbable : historique à tendance réaliste, merveilleux, science-fiction, polar... Et pourtant, ça marche ! Les dessins sont d'une grande clarté et certaines cases sont franchement inspirées. J'ai un peu tiqué au début sur les nichons et les bastons un peu gratuites, mais sur l'ensemble ça ne m'a pas tant dérangé que ça. En tout cas, le dessin sert toujours très bien la narration. Il faut dire que l'histoire est assez prenante. Certes, il faut être un minimum réveillé pour suivre, mais c'est raconté de façon très claire, donc il n'y a pas de problème pour suivre ces intrigues un peu complexes. Ça m'a beaucoup plu que les auteurs jouent carrément la carte du merveilleux et de l'uchronie, plutôt que de se borner à du fantastique de bon aloi. Ce choix un peu extrême, combiné avec le style plutôt réaliste du dessin et de l'univers par ailleurs, donne un mélange assez inédit. La révélation à la fin du premier cycle, quoique rigolote, fait plutôt « fin de tome » que « fin de cycle », mais je ne me plains pas car on a quand même appris pas mal de choses sur l'univers au fur et à mesure. De plus, chaque tome ayant son intrigue propre qui est résolue à chaque fois, je considère que le scénariste remplit tout à fait sa part du deal, et les cliffhangers qui restent font partie du jeu. Dommage que, suite à des difficultés financières temporaires de l'éditeur, le dessinateur se soit engagé sur d'autres projets qui l'obligent à arrêter Millénaire (ce que je ne lui reproche évidemment pas). J'espère cependant que la série reprendra, même avec un autre dessinateur !
Un certain Cervantès
Comme scénariste Christian Lax m’avait déjà épaté avec « l’Aigle sans orteils » et « Amère patrie » , avec « un certain Cervantès » il atteint à nouveau un seuil d’excellence. Un road movie de la meilleure veine, centré sur un personnage très attachant Mike Cervantès. La bonne idée de Christian Lax est d’établir un parallèle intéressant entre Mike et l’illustre écrivain espagnol ,car et c’est indiscutable Mike Cervantès et Don Quichotte sont des redresseurs de torts très altruistes , prêt à tout pour rétablir justice et vérité. Les dialogues sont excellents , pas mal de critiques et de réflexions pertinentes sur le monde actuel ,un personnage principal qui ne laisse pas indifférent avec cerise sur le gâteau un dessin noir et blanc de grande qualité. Une BD à découvrir.
La Nef des fous
(Après lecture des tomes 1-7 + HS "Le Petit Roy") Beaucoup a déjà été dit sur la Nef des Fous, je serai donc bref. C'est bien délirant, il y a plein d'idées très chouettes et j'aime aussi beaucoup le dessin. J'insisterai surtout sur le découpage, qui est toujours bien réfléchi et pertinent et qui m'a même parfois fait penser à Andreas, ce qui de ma part est un énorme compliment. Au niveau de l'imaginaire, ça m'a parfois fait penser à Fred et bien sûr à des œuvres comme Horologiom, voire Monsieur Noir par moments, ce qui n'est pas moins un compliment. J'aime aussi beaucoup le type d'humour employé. Bref, une excellente lecture, et qui de plus exploite vraiment les possibilités de ce medium qu'est la bande dessinée, ce que j'apprécie beaucoup ! Le hors-série n'est pas indispensable (et les personnages des trois nounous m'ont un peu agacé), mais ça reste agréable.
Passage Afghan
Actuellement, je m'intéresse particulièrement à cette région du monde que je ne connais qu'à travers ce que disent les médias. J'ai lu récemment L'Etoile du soldat, Kaboul Disco, Les Larmes du Seigneur Afghan sans compter sur Le Photographe, une lecture certes plus ancienne. Je ne connaissais pas du tout cet auteur qui est dessinateur de presse américaine. Je trouve que son témoignage est assez instructif car il a voulu se rendre compte par lui-même de la situation sans subir l'influence néfaste des médias qui servent une certaine forme de propagande occidentale. Il a vécu une expérience de vie des plus marquantes avec la mort d'un journaliste suédois. Il nous livre une vision sans concession ce que j'apprécie fortement. Je pensais naïvement jusqu'ici que l'Alliance du nord étaient nos alliés mais ils sont finalement pareils que les talibans. C'est dire à quel point cette société est complètement détruite par tant d'années de guerre et d'obscurantisme liée à la fanatique religion. C'est également une auto-critique de l'administration Bush qui s'est servi des attentats du World Trade Center pour occuper cette région et permettre l'acheminement d'un pipeline. Le style ressemble à celui de Guy Delisle avec ce dessin minimaliste et ses détails sur son mode d'hébergement. Cependant, je verrai mal ce dernier dans un tel pays avec un tel manque de confort et de sécurité. Par contre, je m'aperçois que Ted Rall apparaît comme assez proche de ses sous lorsqu'il s'agit de payer les services rendus par les populations locales. Certes, les tarifs sont multipliés par 100 mais cela reste raisonnable. Il dénonce que le capitalisme s'est bien installé en Asie centrale pour profiter de la situation de ces étrangers qui viennent pour relayer l'information. Il n'a sans doute pas tort mais je suis surpris par son insistance sur ce point à de multiples reprises. J'ai bien aimé la partie documentaire également de cet ouvrage qu'on peut prendre dans le sens que l'on souhaite. C'est d'ailleurs une bonne trouvaille. Bref, en conclusion, un ouvrage utile pour comprendre un peu mieux ce conflit qui n'est d'ailleurs toujours pas terminé plus de 10 ans après.
Little Tulip
Comme Paco je trouve la fin sacrément capillotractée, mais j'avoue que je ne me souviens jamais des fins des histoires donc il suffit de laisser passer une semaine, et l'impression d'avoir été baladé s'évanouit... Et reste une terrible histoire peuplée de violence, de crime, de courage, de manipulations diverses qui vous glace le sang mais vous tient coincé en haleine, vissé sur le fauteuil. Les dessins de Boucq n'enjolivent jamais rien mais transmettent les vibrations maladroites de l'humanité pour survivre dans le monde imbécile qu'elle s'est forgé. Le parcours de ce gamin doué pour le dessin qui se trouve plongé seul dans un goulag a de quoi toucher. Comme tous les personnages de Boucq, ni beau ni laid, mais doué d'un savoir-faire envié, il fera son chemin, et survivra là où beaucoup sont mort. Les gangs de la Kolyma se l’arracheront pour en faire leur tatoueur attitré. Encore un one shot qui décape!
Blue note
après lecture des deux tomes je persiste! J'ai beaucoup apprécié d'abord le dessin qui réussit le tour de force d'être aussi précis que somptueux : peu de couleur, un trait multiple à la fois subtil et contrasté, qui occupe la page avec élégance, et nous fait imaginer beaucoup dans l'obscurité, comme dans la lumière. Une sorte de liberté qui finit par exprimer la recherche musicale du héros dans le tome 2. Alors que dans le tome 1 un peu plus classique, la bonne bouille du boxeur semble tout justifier. Deux scénarios très "noir américain" qui se déroulent juste avant la fin de la prohibition : 1. Un Boxeur blanc qui se fait embobiner par un marlou pour des combats qui promettent de le détruire à plus ou moins long terme. Le bon gros se met en tête une histoire d'amour qui a toutes les chances d'échouer, mais qui sait, au son de la musique des nègres, tout semble possible... 2 Un guitariste noir de la campagne qui vient tenter sa chance en ville, dans les cabarets florissants des dernières heures de la prohibition. Un monde de ritals enrichis qui font boire des américains au son de la musique des noirs. L'ambiance est très bien traduite, même si elle est moins originale que le dessin. Bref, une autre BD (je viens de lire Tourne-disque) qui parle de musique sans pouvoir évidemment nous en montrer quoi que ce soit et la transposition dessinée réussit là aussi fort bien: Au mystère lumineux de l'Afrique succède l'excitante pénombre de la prohibition.
Kersten - Médecin d'Himmler
Très classique et efficace. J'ai lu des tas de romans et de BD, vu des films sur la période, et je trouve que le scénario qui aborde le personnage du médecin-héros malgré lui comme un pauvre type qui ne réussit pas à obtenir son permis de travail à Stokholm au sortir de la guerre, a quelque chose de vraiment original, qui replace le héros au niveau très quotidien et contemporain du sans-papier d'aujourd'hui. Cela crée aussi un rapprochement ambigu et légèrement inquiétant entre la bureaucratie nazie, détestable et omni-impotente et les administrations occidentales d'hier et d'aujourd'hui. Kersten, l'infortuné médecin finlandais, tenu au service d'Himmler, pris entre son dégoût pour la violence nazie et sa peur de mourir, poussé par ses amis scandinaves et anglais devient un agent double, alternativement terrorisé et courageux. On se reconnait tout-à-fait dans ses réactions. Le dessin "classique" a quelque chose qui dépasse la ligne claire, une sorte d'habileté dans la stylisation des visages, dans les couleurs (où l'assistance par un logiciel apporte une esthétique simplificatrice proche des affiches de l'époque) et le choix des valeurs (étalonnement clair-foncé). Les deux couvertures sont à ce titre un bel exemple.
Deux Frères
Voilà un livre dont on se souvient. D'abord, son graphisme en noir et blanc réussit à être novateur : une grande économie de traits toujours de la même épaisseur, des visages où la caricature et l'expression voisinent avec une beauté graphique peu habituelle. Parfois des traits blancs sur des surfaces noires parfois l'inverse, des mouvements de corps tellement stylisés qu'on dirait une esquisse cubiste. Cette image très contrastée, où chaque page fait figure d'un enchevêtrement de yin et de yang en plein mouvement semble le symbole de la relation fraternelle racontée entre Yaqub et Omar. Un va-et-vient incessant entre deux pôles opposés par une mère inconsciente. En feuilletant l'album très épais (228 lourdes pages) on voit peu de dialogues et on se dit que ce sera vite lu. Eh bien ce n'est pas le cas, c'est très long. La voix off (souvent présente dans les adaptations de roman) accentue les silences. Ces deux vies qui s'entredéchirent sous les stratagèmes avortés de la mère, Zana, sont racontées par plusieurs personnages, le père Halim, le demi-frère, Naël. Je dis tous ces prénoms parce qu’ils font comme une musique de fond au même titre que le décors de la ville de Manaus. Ils encrent l'histoire dans des relations familiales anciennes, dans celles à venir, bref c'est riche par bien des aspects. Donc c'est une tragédie, un poème, un tableau mais c'est tellement triste et la mère a tellement le mauvais rôle que je n'ai pas vraiment envie de le relire...Mais lisez-le une fois c'est une belle expérience!