Tout d'abord merci à vos avis c'est grâce à eux que j'ai découvert cette série à côté de laquelle j'étais complètement passé.
Ce ne sont pas les couvertures minimalistes qui m'ont attiré l’œil, mais une fois celles-ci tournées, j'avoue n'avoir plus lâché l'affaire. Les premières planches du tome 1 sont particulièrement scotchantes pour donner envie d'aller plus loin. Bonne idée de nous placer cette histoire dans le futur, suffisamment éloigné mais pas trop. Cela permet aux Bisounours de se dire que c'est de la science-fiction, aux autres que nous vivons dans un monde, ma foi...
Le dessin est très bon, particulièrement dans les scènes d'action et les éléments futuristes sont bien maitrisés, suffisamment crédibles en tous cas pour ne pas altérer la lecture.
Comme cela à déjà été dit par certains, le récit est maitrisé, sans digressions intempestives.
Vous avez compris j'aime beaucoup et je le ferais savoir autour de moi.
Une bonne petite claque que cette BD. Petite ou grosse baffe également à toutes celles et ceux qui considèrent encore que l'émigré vient bouffer le pain des Français. Certes il ne s'agit pas ici du même lieu mais combien d'entre nous accepteraient d'être traités comme des esclaves à ramasser des fruits en Espagne.
Oui mon propos est sans doute un brin réducteur, quoiqu'il en soit je partage complètement les propos de mon prédécesseur au risque de passer pour un affreux gauchiste ou un vilain altermondialiste. Cette histoire fait à mon sens œuvre plus qu'utile mais, si le thème est dur et les situations dramatiques, cela ne verse jamais dans le pathos de bas étage et à mon sens dans la démagogie.
On sent que l'auteur a fait un gros travail de recherche, d'enquête, tant les choses sont précises. Ce n'est pas sur le dessin qu'il faut porter un jugement, il est en tous cas sobre et rudement efficace.
Au final une BD à prendre plus comme un constat d'échec des politiques migratoires européennes, un témoignage brut et sans concession que le plus grand nombre devrait lire.
Page 69 est éditeur du désir depuis 2013. A la bonne heure ! On retrouve pour la première fois Joel Alessandra dans un genre qui lui était inconnu et qui finalement lui réussit pas trop mal.
Je n'avais guère apprécié Instinct sauvage mais j'étais beaucoup plus réceptif sur Errance en mer rouge. Visiblement, l'auteur est un amoureux de la corne de l'Afrique comme il l'avait prouvé dans le sensuel Fikrie. L'hommage au poète Rimbaud est omniprésent dans son oeuvre.
J'aime la façon dont l'auteur a dessiné les femmes. Il décrit d'ailleurs le corps des femmes comme des territoires que les hommes aiment découvrir et explorer avec des yeux émerveillés. De vallées sombres en collines douces et accueillantes, l'auteur dresse une carte des élans amoureux sur ces carnets. Et on ne va pas s'ennuyer entre l'Ethiopienne, la Romaine, la Chinoise ou l'Indonésienne.
J'avoue avoir succombé à ces délices car l'auteur a dessiné de manière assez sensuelle tout en noyant de couleurs chaudes qui incitent à l'exotisme. C'est un tour du monde plutôt agréable pour les yeux et les sens. La beauté des dessins à l'aquarelle sublime l'ensemble d'un parfum enivrant. Une belle bd érotique à réserver aux adultes.
Quand on lit les 1ères pages, on se dit "encore un bôgosse et son harem", même déjà si certains points de détail différaient. On sent tout de suite qu'il va y avoir quelque chose avec la fille phobique des garçons et des hommes. Mais on se dit, ça va être gentillet.
La confession dans l'église met tout de suite les pendules à l'heure, et on se demande comment la mangaka va faire pour gérer la chose, sans verser dans le larmoyant ou le glauque. Non, contrairement à certains mangas, on n'attend pas le chapitre 999 pour avoir quelques révélations. C'est direct au chapitre 1.
Et bien, je me dois de constater qu'elle y arrive très bien sur 4 volumes, sans faire appel à des rebondissements téléphonés ou un quelconque deus ex machina. Elle n'oublie pas de mettre une pointe d'humour, elle dessine petit à petit les personnages et on s'achemine vers la conclusion en se demandant comment ça va finir, même si on en a une petite idée, mais comme on n'est pas dans un manga classique, on ne sait jamais.
Malgré la trame sous-jacente plutôt scabreuse, ces 4 volumes se laissent lire agréablement, c'est très doux-amer (voir le titre) mais néanmoins un peu optimiste.
Ma femme a beaucoup aimé, elle a dévoré les 4 volumes d'une seule traite, alors qu'elle se cherchait un petit quelque chose à lire avant d'aller dormir.
Attention, voilà un monument !
Vater und Sohn, classique de la bande dessinée allemande, n'avait jusque-là pas eu la grâce d'une édition intégrale (ou presque) digne de ce nom sur le sol français. C'est désormais chose faite grâce à l'opiniâtreté des Editions Warum.
Il s'agit d'une série éditée entre 1934 et 1937 dans le Berliner Illustrirte Zeitung, réalisée par Erich Ohser, caricaturiste farouchement anti-nazi qui a dû changer son nom d'artiste (en accolant le nom de sa ville natale, Plauen, à ses initiales) pour pouvoir continuer à exercer sous l'autorité nazie. L'auteur va donc développer une série de strips humoristiques mettant en scène un père et son fils, aux aventures bon enfant de prime abord, mais qui cachent en réalité une certaine dénonciation du régime du petit moustachu. Le succès va être phénoménal en Allemagne, les personnages vont même devenir des supports de publicité. Mais l'auteur est victime de pressions pour devenir un vecteur de propagande. Il met fin à la série en 1937, après 157 épisodes. Il doit alors travailler pour Das Reich, publication clairement propagandiste, en tant que caricaturiste (800 dessins en 4 ans), dont la cible est les Alliés.
Mais son humour grinçant va le faire remarquer par un voisin, qui le dénoncera à la Gestapo. Ohser est arrêté en 1944, et se suicidera en prison à la veille de l'ouverture de son procès.
Pour en revenir à la série, il s'agit donc de strips de longueur variable (parfois deux vignettes, parfois 8, souvent 4 ou 6...) où l'on voit le père (qui n'a pas de nom) et son fils dans différentes situations ; parfois dans une relation de complicité désarmante, parfois dans un échange plus classique. Mais entre les lignes transparaît une contestation permanente de l'autorité non paternelle, mais bel et bien institutionnelle, que ce soit dans les jeux du quotidien, lors de la période où la famille reçoit un héritage et en fait profiter les gens autour d'elle ou encore quand elle échoue sur une île déserte. On sourit devant la bonhomie et le trait rond de l'ensemble, mais on grince des dents devant l'intertexte, qui ajoute une dimension supplémentaire.
La plupart des strips mérite donc une relecture avec cet éclairage, lequel est détaillé dans les bonus de l'ouvrage par Sylvain Farge, Maître de Conférence en traduction et civilisation allemandes à Lyon. Nous avons également des notes sur l'adaptation réalisée par l'éditeur, Wandrille Leroy. A noter que la plupart des originaux et des esquisses (et peut-être donc des strips inédits) ont disparu lors d'un bombardement en 1944, et que le scan des strips publiés à l'époque a nécessité un petit travail de retouche.
Une oeuvre essentielle, un témoignage unique de l'Allemagne nazie traitée sous l'angle de l'allégorie, même s'il faut y voir avant tout la peinture d'une relation originale entre père et fils. Je ne mets pas la note maximale, car certains strips m'ont laissé un peu dubitatif quant à leur contenu, et le dessin n'est pas forcément ma tasse de thé, même si je lui reconnais une véritable efficacité.
Sans doute est-ce l'effet Madeleine de Proust mais toutes les semaines je me ruais sur "Femmes d'aujourd'hui" que lisait ma grand-mère pour y retrouver Ramiro. A peu près dans le même temps nous avions droit dans cet hebdo à Bob Morane. Pour l'ado que j'étais ces aventures étaient tout ce dont je pouvais rêver. La télévision de l'époque était fort pauvre en récits pouvant plaire aux jeunes. A part ''Zorro'' et "Thibault et les croisades", l'aventure était mince.
Vous comprendrez donc aisément que cette série à fait tout mon bonheur. Il est vrai que celle-ci est considérée comme du classique avec toutes les connotations négatives que cela implique. Et pourtant, quel dessin ! Depuis Vance, avec XIII, a modernisé son trait mais il était déjà bougrement efficace, dynamique et lisible. Quand au fond, et bien ça y allait, le tout dans un cadre géographique et historique rigoureux mais pas didactique chiant. A aucun moment je n'avais l'impression d'être à l'école en lisant ces histoires.
Comme l'a noté Agecanonix il est fort dommage que cette série n'ait pas connu le succès qu'elle méritait sans doute, (problème du lieu de sa parution, un hebdo féminin). Toujours est-il que les volumes de la collection sont trouvables en braderie et y jeter un œil pourrait combler les sceptiques qui pensent que c'est de la BD antédiluvienne.
J’ai bien apprécié cette histoire de gangsters qui s’en tient aux codes du genre (un mafieux sans scrupules, du sang et de la vengeance, un amour interdit entre le jeune protégé du parrain et la petite fille de ce dernier…) tout en jouant davantage sur le mode « roman graphique », et c’est sans doute cela qui m’a plu. Le récit est limpide et captivant, et l’atmosphère lourde de menaces. Notamment pour les jeunes amants dont l’amour est bien trop grand pour durer très longtemps…
Le tout est raconté de manière très sensible avec en renfort un dessin filiforme et anguleux, certains personnages (notamment Don Pomorodo et W.C) représentés avec des nez horribles et interminables tels de méchants « Pinocchios ». Pas forcément beau, un peu étrange, mais il y a une vraie patte qui peut faire penser à du Chomet, et vu que la narration est bonne, on s’y fait. La couleur habille joliment l’ensemble, plus paisible et lumineuse dans le présent « italien », plus sombre et fiévreuse dans le passé « américain ». La psychologie du personnage principal, Don Palermo, est assez bien fouillée. Celle du vieux parrain, toutes griffes dehors, est en revanche assez sommaire. Enfin, les dialogues sont très inspirés par ce cynisme propre au genre polar. La « love story » est émouvante, mais impossible d’en dire plus sans spoiler cet avis. Et cette peau de l’ours alors ? A en croire la fin, il vaut mieux ne jamais la vendre, même après la mort de l’animal… On n’imagine pas le pouvoir magique d’une peau d’ours…
O tempora, O mores....
(Ouais je sais, ça claque de commencer un avis sur une citation latine)
Voilà une bd avec laquelle j'ai eu du mal à me décider. D'habitude lire une bd inscrite dans un contexte, une époque comme celle-ci pour les années 80 ne me dérange pas, mais ici...
Je vais diviser en 2 mon avis et vous allez comprendre :
Première partie les tomes 1 et 2. J’ai lu la version recolorisée en intégrale donc j'ai trouvé les couleurs sympa, le dessin est bon aussi, le problème ne se situe pas là. Je pense que si j'avais lu cette bd il y a 25 ans (déjà c'est peu probable car à cet âge je ne savais pas lire, mais admettons) j'aurais beaucoup aimé, j'en suis convaincu. Le problème est le suivant : le scénario est tellement éculé -les ficelles sont tellement énormes- et surtout a été pillé par tellement que je me suis rarement autant ennuyé en lisant une bd. Lanfeust et d'autres sont passés là. C’était peut-être bien dans les années 80 mais aujourd'hui, si cette bd sortait aujourd'hui je la conspuerais tellement le manque d'imagination est flagrant et je ne parle pas des problèmes de rythmes....
Alors oui elle n'y peut rien si elle s'est fait tout piller (le début j'avais l’impression d'un Lanfeust en moins bien) mais le constat est là : sans nostalgie, difficile de se laisser porter par les pérégrinations d'un vieux barbu et de sa gamine.
Bon alors pourquoi 4/5 ?!
Parce que les tomes 3 et 4.
Je trouve qu'il y a eu un effort considérable de narration sur le tome 3. Oui la structure est classique mais c'est très bien fait, le chara design est excellent, et on ressent la pression de nos héros, leur fragilité....
Et le tome 4 pour la fin. J'ai trouvé que dans ce tome les défauts revenaient et j'en étais déçu me demandant quand cela finirait.... et puis la fin ! Une fin incroyable rendant nos héros sensibles et à jamais marqués par cette aventure nous faisant voir leurs faiblesses ... un dénouement bien loin de l'heroic fantasy traditionnelle. Une vraie fin construite intelligemment et brillamment mise en scène. Un modèle du genre.
Pour conclure la série est inégale, mais elle a le mérite d'être courte. Du coup si j'ai réellement trouvé que les 2 premiers tomes avaient mal vieilli, les 2 derniers sont un véritable délice.
J'ai hésité quand j'ai vu un peu rapidement cet album sur le stand Delcourt-Soleil cette année à Angoulême, parce que je pensais que le traitement allait être semblable au film de Pitof en 2001, qui avait complètement foiré dans son approche du personnage. Et puis finalement, quand je l'ai enfin lu, je suis très agréablement surpris et même enthousiasmé. Le scénariste Nolane s'empare de l'un des personnages les plus étonnants de l'Histoire de France pour une série d'enquêtes policières à caractère mystérieux qui si elles s'inspirent des vrais cas résolus par Vidocq, promettent de beaux jours pour cette série..
Il est vrai qu'un tel personnage avait de quoi inspirer les auteurs de BD (Hans Kresse l'a déjà fait dans les années 70 ou 80) par son parcours chaotique constitué de plusieurs vies si l'on peut dire : ayant exercé plusieurs petits métiers, pensionnaire des 2 bagnes les plus redoutables de son époque en France (Brest et Toulon), devenu un roi de l'évasion, ayant inspiré les écrivains de son temps comme Balzac qui en fait son Vautrin, Hugo qui l'immortalise sous les traits de Valjean et s'en sert pour créer Javert, Dumas qui l'utilise dans "les Mohicans de Paris", de même que Eugène Sue, Emile Gaboriau et même Conan Doyle qui s'en servit pour l'art du déguisement propre à Sherlock Holmes... Vidocq est devenu célèbre dans le monde et a été surnommé "le Napoléon de la police" puisqu'il a réussi à devenir chef de la Sûreté de Paris, quelle ironie !
Ce qui permet d'être confiant dans l'avenir de cette série, c'est qu'elle dispose de pas mal d'atouts : d'abord le décor d'époque choisi (fin d'Empire et crime empirant dans les rues de Paris), qui permet une description intéressante des bas-fonds de ce temps et du côté sordide de certains criminels ; le personnage de Vidocq en lui-même (et j'avais peur d'être déçu) qui est conforme à l'image que je m'en faisais d'après les portraits connus et ses méthodes que j'ai lues dans une bio que je possède, cette image réfutant un peu celle du feuilleton télé que j'ai connu dans les années 70 ; ensuite, les auteurs semblent adopter le concept du récit unique par tome, tout en ayant une continuité grâce à l'évolution du personnage de Pauline ( Vidocq a vraiment recruté des auxilliaires féminins), ainsi que celle du personnage de Javert que Nolane utilise ici, sorti du contexte des Misérables, voici un affrontement qui peut devenir très intéressant.
Autre atout et non le moindre : le dessin est particulièrement beau, avec un encrage fin, des décors parisiens de 1813 bien restitués (certains monuments n'existent plus, d'autres ne sont pas encore construits, je pense notamment aux Champs Elysées qui à cette époque n'étaient pas l'avenue prestigieuse que l'on connait, mais une simple allée herbue où l'on faisait parfois paître des boeufs)... le soin apporté à tous ces décors, aux visages et aux costumes des personnages confère à cette Bd un gage de qualité important à mes yeux, les rues populaires sont grouillantes, les beaux quartiers sont bien clean.. tout est bien respecté. De même que le côté historique ne souffre d'aucune erreur, Vidocq était marié à une certaine Annette, prenait ses ordres de Jean Henry à la Sûreté, et sa petit équipe d'anciens malfrats repentis qui comme lui, ont une connaissance parfaite du terrain et une bonne mémoire photographique, tout cela est vrai, d'où l'efficacité de sa brigade qui rend jaloux les "vrais" policiers comme Javert.
Cette première enquête n'est pas d'une énorme originalité et ne possède pas un caractère spectaculaire, mais la réussite de cet album réside dans tout le contexte bien recrée et dans le portrait bien restitué de Vidocq, j'avoue que le récit pour moi est passé un peu en second, ayant été bien plus séduit par tout ce qui en constitue le fond et le cadre. J'espère que je ne serai pas déçu pour les tomes suivants (s'il y en a... ).
Voila notre grande reine! Reine de cette province où je vis et que je connais donc bien, en plus d'être passionné par le Moyen Age ; son image est évoquée un peu partout à Bordeaux et en Gironde (un peu moins dans les autres départements de la province, mais évoquée aussi à Poitiers et à La Rochelle). Son nom est donné à beaucoup d'endroits bordelais qui se flattent d'accoler son nom à leurs établissements, et son souvenir subsiste dans ce palais de l'Ombrière situé jadis dans le Vieux Bordeaux, aujourd'hui démoli.
Aussi, quand j'ai vu cet album, vous pensez bien que j'ai accouru ; le résultat est toutefois mitigé. Ce portrait montre une reine plus complexe et plus autoritaire que celle que l'on connaît, mais le caractère d'Aliénor est conforme à ce que j'ai lu dans des bio sérieuses, comme son goût pour la poésie, les trouvères, sa dot considérable, sa prétendue beauté, son insouciance de jeunesse... De ce côté, les faits historiques sont respectés. Mais là où j'ai bondi un peu au début, c'est avec l'aspect sombre d'Aliénor montré ici, ça peut paraître excessif.
Certes, les rouages d'une cour royale au XIIème siècle, avec ses manigances sont bien décrits, mais les scénaristes emportés par leur fougue, et pour pimenter leur récit, font d'Aliénor une reine manipulatrice de façon trop appuyée. On sait qu'elle avait peut-être un peu d'influence sur Louis encore faible époux et roi trop monacal, mais pas au point de fomenter assassinats et complots tels qu'ils sont montrés ici, surtout à cet âge-là. Aliénor était plus intéressée par les arts que par la politique ; c'est plus âgée, après 15 ans de mariage avec son second époux Henri II Plantagenêt (mariage qui sera aussi désastreux que le précédent avec Louis), qu'elle s'est révélée dure en politique, notamment en soutenant la révolte de ses fils contre Henri (surtout Richard, son préféré, qui deviendra le roi que l'on connaît). Après toutes ces vicissitudes, Aliénor est morte à l'âge de 82 ans, après avoir eu 11 enfants et peu de bonheur dans sa vie de femme.
D'autre part, certains personnages sont montrés sous des visages négatifs, comme Suger qui était un conseiller très respecté par Louis craignant toujours de contrarier l'Eglise ; le traitement dans le tome 1 est assez discutable. Quant à Marcabru (qu'on nomme aussi Marcabrun), il n'est pas sûr qu'il ait été vraiment renvoyé de la cour, Aliénor aimait trop ses trouvères, car la cour d'Aquitaine était bien plus gaie que celle de France, ça lui rappelait donc sa province.
Mis à part ces réserves qui empêchent le coup de coeur, et que je peux comprendre pour alimenter une Bd, c'est plutôt bon, il y a peu d'action, beaucoup de dialogues, mais comme pour Isabelle la Louve de France, l'ensemble est passionnant, le dessin est très beau, malgré quelques erreurs documentaires (la courbe de la Garonne n'est pas si prononcée).
Bon en définitive, un tome 1 plutôt contestable, un tome 2 qui conforte une légende tenace d'une reine de moeurs légères, cédant volontiers à des désirs et dont la volonté devait être satisfaite, puis un tome 3 qui comme le précisent les auteurs en début d'album, cherche à remplir les zones d'ombre de l'Histoire sur cette image de femme cultivant un certain art de vivre et de vivre librement.
A l'occasion de la sortie de ce tome 3, j'ai relu des passages dans des bio sérieuses sur Aliénor, et de nombreux faits exposés ici sont vrais, en fait les auteurs ne brodent pas tant que ça dans leur vision de cette reine controversée. Leur travail est louable car ils usent de certaines libertés pour étoffer le personnage, mais surtout ils ne sont pas trop didactiques, donc trop ennuyeux dans ce portrait dont le tome 3 sera sans doute le plus pesant car le plus tourné vers la politique, tout en insistant sur la rupture avec Louis. Ils n'évitent pas une erreur importante cependant (en 1148, Henri Plantagenêt n'est pas encore roi d'Angleterre, il le sera en 1154).
A l'issue de ce cycle de 3 albums, j'étais anxieux de savoir s'il y aurait une suite car le parcours d'Aliénor était loin d'être terminé, elle fut 2 fois reine, il restait à conter tout l'épisode Plantagenêt, ce que les auteurs décident de faire à partir de ce tome 4. C'est un album très intéressant dans la mesure où il se situe comme un tome de transition, préparant la rupture totale entre Aliénor et Louis VII, on y voit les événements qui font suite au précédent album lorsque le torchon commence à brûler entre les 2 époux royaux : la venue à Paris de Geoffroy Plantagenêt comte d'Anjou et de son fils Henry, jeune et beau duc de Normandie, tous deux rendent l'hommage à leur suzerain tandis qu'Aliénor observe Henry et réciproquement, ces deux-là ne vont pas tarder à tomber dans les bras l'un de l'autre ; on assiste au fameux concile de Beaugency qui annule le mariage entre Louis et sa reine, pour cause de consanguinité, puis Henry hérite du comté de son père et épouse Aliénor moins de 2 mois après...tout ceci est réel, les auteurs collent de près à l'Histoire et ne font plus d'erreurs, ce qui promet pour la suite.. de même que le dessin de Gomez est de plus en plus somptueux.
Ma note reste inchangée pour l'instant mais gagne enfin le coup de coeur.
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Tout d'abord merci à vos avis c'est grâce à eux que j'ai découvert cette série à côté de laquelle j'étais complètement passé. Ce ne sont pas les couvertures minimalistes qui m'ont attiré l’œil, mais une fois celles-ci tournées, j'avoue n'avoir plus lâché l'affaire. Les premières planches du tome 1 sont particulièrement scotchantes pour donner envie d'aller plus loin. Bonne idée de nous placer cette histoire dans le futur, suffisamment éloigné mais pas trop. Cela permet aux Bisounours de se dire que c'est de la science-fiction, aux autres que nous vivons dans un monde, ma foi... Le dessin est très bon, particulièrement dans les scènes d'action et les éléments futuristes sont bien maitrisés, suffisamment crédibles en tous cas pour ne pas altérer la lecture. Comme cela à déjà été dit par certains, le récit est maitrisé, sans digressions intempestives. Vous avez compris j'aime beaucoup et je le ferais savoir autour de moi.
Les Mains Invisibles
Une bonne petite claque que cette BD. Petite ou grosse baffe également à toutes celles et ceux qui considèrent encore que l'émigré vient bouffer le pain des Français. Certes il ne s'agit pas ici du même lieu mais combien d'entre nous accepteraient d'être traités comme des esclaves à ramasser des fruits en Espagne. Oui mon propos est sans doute un brin réducteur, quoiqu'il en soit je partage complètement les propos de mon prédécesseur au risque de passer pour un affreux gauchiste ou un vilain altermondialiste. Cette histoire fait à mon sens œuvre plus qu'utile mais, si le thème est dur et les situations dramatiques, cela ne verse jamais dans le pathos de bas étage et à mon sens dans la démagogie. On sent que l'auteur a fait un gros travail de recherche, d'enquête, tant les choses sont précises. Ce n'est pas sur le dessin qu'il faut porter un jugement, il est en tous cas sobre et rudement efficace. Au final une BD à prendre plus comme un constat d'échec des politiques migratoires européennes, un témoignage brut et sans concession que le plus grand nombre devrait lire.
Escales en femmes inconnues
Page 69 est éditeur du désir depuis 2013. A la bonne heure ! On retrouve pour la première fois Joel Alessandra dans un genre qui lui était inconnu et qui finalement lui réussit pas trop mal. Je n'avais guère apprécié Instinct sauvage mais j'étais beaucoup plus réceptif sur Errance en mer rouge. Visiblement, l'auteur est un amoureux de la corne de l'Afrique comme il l'avait prouvé dans le sensuel Fikrie. L'hommage au poète Rimbaud est omniprésent dans son oeuvre. J'aime la façon dont l'auteur a dessiné les femmes. Il décrit d'ailleurs le corps des femmes comme des territoires que les hommes aiment découvrir et explorer avec des yeux émerveillés. De vallées sombres en collines douces et accueillantes, l'auteur dresse une carte des élans amoureux sur ces carnets. Et on ne va pas s'ennuyer entre l'Ethiopienne, la Romaine, la Chinoise ou l'Indonésienne. J'avoue avoir succombé à ces délices car l'auteur a dessiné de manière assez sensuelle tout en noyant de couleurs chaudes qui incitent à l'exotisme. C'est un tour du monde plutôt agréable pour les yeux et les sens. La beauté des dessins à l'aquarelle sublime l'ensemble d'un parfum enivrant. Une belle bd érotique à réserver aux adultes.
Bitter Virgin
Quand on lit les 1ères pages, on se dit "encore un bôgosse et son harem", même déjà si certains points de détail différaient. On sent tout de suite qu'il va y avoir quelque chose avec la fille phobique des garçons et des hommes. Mais on se dit, ça va être gentillet. La confession dans l'église met tout de suite les pendules à l'heure, et on se demande comment la mangaka va faire pour gérer la chose, sans verser dans le larmoyant ou le glauque. Non, contrairement à certains mangas, on n'attend pas le chapitre 999 pour avoir quelques révélations. C'est direct au chapitre 1. Et bien, je me dois de constater qu'elle y arrive très bien sur 4 volumes, sans faire appel à des rebondissements téléphonés ou un quelconque deus ex machina. Elle n'oublie pas de mettre une pointe d'humour, elle dessine petit à petit les personnages et on s'achemine vers la conclusion en se demandant comment ça va finir, même si on en a une petite idée, mais comme on n'est pas dans un manga classique, on ne sait jamais. Malgré la trame sous-jacente plutôt scabreuse, ces 4 volumes se laissent lire agréablement, c'est très doux-amer (voir le titre) mais néanmoins un peu optimiste. Ma femme a beaucoup aimé, elle a dévoré les 4 volumes d'une seule traite, alors qu'elle se cherchait un petit quelque chose à lire avant d'aller dormir.
Vater und Sohn (Père et fils)
Attention, voilà un monument ! Vater und Sohn, classique de la bande dessinée allemande, n'avait jusque-là pas eu la grâce d'une édition intégrale (ou presque) digne de ce nom sur le sol français. C'est désormais chose faite grâce à l'opiniâtreté des Editions Warum. Il s'agit d'une série éditée entre 1934 et 1937 dans le Berliner Illustrirte Zeitung, réalisée par Erich Ohser, caricaturiste farouchement anti-nazi qui a dû changer son nom d'artiste (en accolant le nom de sa ville natale, Plauen, à ses initiales) pour pouvoir continuer à exercer sous l'autorité nazie. L'auteur va donc développer une série de strips humoristiques mettant en scène un père et son fils, aux aventures bon enfant de prime abord, mais qui cachent en réalité une certaine dénonciation du régime du petit moustachu. Le succès va être phénoménal en Allemagne, les personnages vont même devenir des supports de publicité. Mais l'auteur est victime de pressions pour devenir un vecteur de propagande. Il met fin à la série en 1937, après 157 épisodes. Il doit alors travailler pour Das Reich, publication clairement propagandiste, en tant que caricaturiste (800 dessins en 4 ans), dont la cible est les Alliés. Mais son humour grinçant va le faire remarquer par un voisin, qui le dénoncera à la Gestapo. Ohser est arrêté en 1944, et se suicidera en prison à la veille de l'ouverture de son procès. Pour en revenir à la série, il s'agit donc de strips de longueur variable (parfois deux vignettes, parfois 8, souvent 4 ou 6...) où l'on voit le père (qui n'a pas de nom) et son fils dans différentes situations ; parfois dans une relation de complicité désarmante, parfois dans un échange plus classique. Mais entre les lignes transparaît une contestation permanente de l'autorité non paternelle, mais bel et bien institutionnelle, que ce soit dans les jeux du quotidien, lors de la période où la famille reçoit un héritage et en fait profiter les gens autour d'elle ou encore quand elle échoue sur une île déserte. On sourit devant la bonhomie et le trait rond de l'ensemble, mais on grince des dents devant l'intertexte, qui ajoute une dimension supplémentaire. La plupart des strips mérite donc une relecture avec cet éclairage, lequel est détaillé dans les bonus de l'ouvrage par Sylvain Farge, Maître de Conférence en traduction et civilisation allemandes à Lyon. Nous avons également des notes sur l'adaptation réalisée par l'éditeur, Wandrille Leroy. A noter que la plupart des originaux et des esquisses (et peut-être donc des strips inédits) ont disparu lors d'un bombardement en 1944, et que le scan des strips publiés à l'époque a nécessité un petit travail de retouche. Une oeuvre essentielle, un témoignage unique de l'Allemagne nazie traitée sous l'angle de l'allégorie, même s'il faut y voir avant tout la peinture d'une relation originale entre père et fils. Je ne mets pas la note maximale, car certains strips m'ont laissé un peu dubitatif quant à leur contenu, et le dessin n'est pas forcément ma tasse de thé, même si je lui reconnais une véritable efficacité.
Ramiro
Sans doute est-ce l'effet Madeleine de Proust mais toutes les semaines je me ruais sur "Femmes d'aujourd'hui" que lisait ma grand-mère pour y retrouver Ramiro. A peu près dans le même temps nous avions droit dans cet hebdo à Bob Morane. Pour l'ado que j'étais ces aventures étaient tout ce dont je pouvais rêver. La télévision de l'époque était fort pauvre en récits pouvant plaire aux jeunes. A part ''Zorro'' et "Thibault et les croisades", l'aventure était mince. Vous comprendrez donc aisément que cette série à fait tout mon bonheur. Il est vrai que celle-ci est considérée comme du classique avec toutes les connotations négatives que cela implique. Et pourtant, quel dessin ! Depuis Vance, avec XIII, a modernisé son trait mais il était déjà bougrement efficace, dynamique et lisible. Quand au fond, et bien ça y allait, le tout dans un cadre géographique et historique rigoureux mais pas didactique chiant. A aucun moment je n'avais l'impression d'être à l'école en lisant ces histoires. Comme l'a noté Agecanonix il est fort dommage que cette série n'ait pas connu le succès qu'elle méritait sans doute, (problème du lieu de sa parution, un hebdo féminin). Toujours est-il que les volumes de la collection sont trouvables en braderie et y jeter un œil pourrait combler les sceptiques qui pensent que c'est de la BD antédiluvienne.
La Peau de l'ours
J’ai bien apprécié cette histoire de gangsters qui s’en tient aux codes du genre (un mafieux sans scrupules, du sang et de la vengeance, un amour interdit entre le jeune protégé du parrain et la petite fille de ce dernier…) tout en jouant davantage sur le mode « roman graphique », et c’est sans doute cela qui m’a plu. Le récit est limpide et captivant, et l’atmosphère lourde de menaces. Notamment pour les jeunes amants dont l’amour est bien trop grand pour durer très longtemps… Le tout est raconté de manière très sensible avec en renfort un dessin filiforme et anguleux, certains personnages (notamment Don Pomorodo et W.C) représentés avec des nez horribles et interminables tels de méchants « Pinocchios ». Pas forcément beau, un peu étrange, mais il y a une vraie patte qui peut faire penser à du Chomet, et vu que la narration est bonne, on s’y fait. La couleur habille joliment l’ensemble, plus paisible et lumineuse dans le présent « italien », plus sombre et fiévreuse dans le passé « américain ». La psychologie du personnage principal, Don Palermo, est assez bien fouillée. Celle du vieux parrain, toutes griffes dehors, est en revanche assez sommaire. Enfin, les dialogues sont très inspirés par ce cynisme propre au genre polar. La « love story » est émouvante, mais impossible d’en dire plus sans spoiler cet avis. Et cette peau de l’ours alors ? A en croire la fin, il vaut mieux ne jamais la vendre, même après la mort de l’animal… On n’imagine pas le pouvoir magique d’une peau d’ours…
La Quête de l'Oiseau du Temps
O tempora, O mores.... (Ouais je sais, ça claque de commencer un avis sur une citation latine) Voilà une bd avec laquelle j'ai eu du mal à me décider. D'habitude lire une bd inscrite dans un contexte, une époque comme celle-ci pour les années 80 ne me dérange pas, mais ici... Je vais diviser en 2 mon avis et vous allez comprendre : Première partie les tomes 1 et 2. J’ai lu la version recolorisée en intégrale donc j'ai trouvé les couleurs sympa, le dessin est bon aussi, le problème ne se situe pas là. Je pense que si j'avais lu cette bd il y a 25 ans (déjà c'est peu probable car à cet âge je ne savais pas lire, mais admettons) j'aurais beaucoup aimé, j'en suis convaincu. Le problème est le suivant : le scénario est tellement éculé -les ficelles sont tellement énormes- et surtout a été pillé par tellement que je me suis rarement autant ennuyé en lisant une bd. Lanfeust et d'autres sont passés là. C’était peut-être bien dans les années 80 mais aujourd'hui, si cette bd sortait aujourd'hui je la conspuerais tellement le manque d'imagination est flagrant et je ne parle pas des problèmes de rythmes.... Alors oui elle n'y peut rien si elle s'est fait tout piller (le début j'avais l’impression d'un Lanfeust en moins bien) mais le constat est là : sans nostalgie, difficile de se laisser porter par les pérégrinations d'un vieux barbu et de sa gamine. Bon alors pourquoi 4/5 ?! Parce que les tomes 3 et 4. Je trouve qu'il y a eu un effort considérable de narration sur le tome 3. Oui la structure est classique mais c'est très bien fait, le chara design est excellent, et on ressent la pression de nos héros, leur fragilité.... Et le tome 4 pour la fin. J'ai trouvé que dans ce tome les défauts revenaient et j'en étais déçu me demandant quand cela finirait.... et puis la fin ! Une fin incroyable rendant nos héros sensibles et à jamais marqués par cette aventure nous faisant voir leurs faiblesses ... un dénouement bien loin de l'heroic fantasy traditionnelle. Une vraie fin construite intelligemment et brillamment mise en scène. Un modèle du genre. Pour conclure la série est inégale, mais elle a le mérite d'être courte. Du coup si j'ai réellement trouvé que les 2 premiers tomes avaient mal vieilli, les 2 derniers sont un véritable délice.
Vidocq
J'ai hésité quand j'ai vu un peu rapidement cet album sur le stand Delcourt-Soleil cette année à Angoulême, parce que je pensais que le traitement allait être semblable au film de Pitof en 2001, qui avait complètement foiré dans son approche du personnage. Et puis finalement, quand je l'ai enfin lu, je suis très agréablement surpris et même enthousiasmé. Le scénariste Nolane s'empare de l'un des personnages les plus étonnants de l'Histoire de France pour une série d'enquêtes policières à caractère mystérieux qui si elles s'inspirent des vrais cas résolus par Vidocq, promettent de beaux jours pour cette série.. Il est vrai qu'un tel personnage avait de quoi inspirer les auteurs de BD (Hans Kresse l'a déjà fait dans les années 70 ou 80) par son parcours chaotique constitué de plusieurs vies si l'on peut dire : ayant exercé plusieurs petits métiers, pensionnaire des 2 bagnes les plus redoutables de son époque en France (Brest et Toulon), devenu un roi de l'évasion, ayant inspiré les écrivains de son temps comme Balzac qui en fait son Vautrin, Hugo qui l'immortalise sous les traits de Valjean et s'en sert pour créer Javert, Dumas qui l'utilise dans "les Mohicans de Paris", de même que Eugène Sue, Emile Gaboriau et même Conan Doyle qui s'en servit pour l'art du déguisement propre à Sherlock Holmes... Vidocq est devenu célèbre dans le monde et a été surnommé "le Napoléon de la police" puisqu'il a réussi à devenir chef de la Sûreté de Paris, quelle ironie ! Ce qui permet d'être confiant dans l'avenir de cette série, c'est qu'elle dispose de pas mal d'atouts : d'abord le décor d'époque choisi (fin d'Empire et crime empirant dans les rues de Paris), qui permet une description intéressante des bas-fonds de ce temps et du côté sordide de certains criminels ; le personnage de Vidocq en lui-même (et j'avais peur d'être déçu) qui est conforme à l'image que je m'en faisais d'après les portraits connus et ses méthodes que j'ai lues dans une bio que je possède, cette image réfutant un peu celle du feuilleton télé que j'ai connu dans les années 70 ; ensuite, les auteurs semblent adopter le concept du récit unique par tome, tout en ayant une continuité grâce à l'évolution du personnage de Pauline ( Vidocq a vraiment recruté des auxilliaires féminins), ainsi que celle du personnage de Javert que Nolane utilise ici, sorti du contexte des Misérables, voici un affrontement qui peut devenir très intéressant. Autre atout et non le moindre : le dessin est particulièrement beau, avec un encrage fin, des décors parisiens de 1813 bien restitués (certains monuments n'existent plus, d'autres ne sont pas encore construits, je pense notamment aux Champs Elysées qui à cette époque n'étaient pas l'avenue prestigieuse que l'on connait, mais une simple allée herbue où l'on faisait parfois paître des boeufs)... le soin apporté à tous ces décors, aux visages et aux costumes des personnages confère à cette Bd un gage de qualité important à mes yeux, les rues populaires sont grouillantes, les beaux quartiers sont bien clean.. tout est bien respecté. De même que le côté historique ne souffre d'aucune erreur, Vidocq était marié à une certaine Annette, prenait ses ordres de Jean Henry à la Sûreté, et sa petit équipe d'anciens malfrats repentis qui comme lui, ont une connaissance parfaite du terrain et une bonne mémoire photographique, tout cela est vrai, d'où l'efficacité de sa brigade qui rend jaloux les "vrais" policiers comme Javert. Cette première enquête n'est pas d'une énorme originalité et ne possède pas un caractère spectaculaire, mais la réussite de cet album réside dans tout le contexte bien recrée et dans le portrait bien restitué de Vidocq, j'avoue que le récit pour moi est passé un peu en second, ayant été bien plus séduit par tout ce qui en constitue le fond et le cadre. J'espère que je ne serai pas déçu pour les tomes suivants (s'il y en a... ).
Aliénor - La Légende noire
Voila notre grande reine! Reine de cette province où je vis et que je connais donc bien, en plus d'être passionné par le Moyen Age ; son image est évoquée un peu partout à Bordeaux et en Gironde (un peu moins dans les autres départements de la province, mais évoquée aussi à Poitiers et à La Rochelle). Son nom est donné à beaucoup d'endroits bordelais qui se flattent d'accoler son nom à leurs établissements, et son souvenir subsiste dans ce palais de l'Ombrière situé jadis dans le Vieux Bordeaux, aujourd'hui démoli. Aussi, quand j'ai vu cet album, vous pensez bien que j'ai accouru ; le résultat est toutefois mitigé. Ce portrait montre une reine plus complexe et plus autoritaire que celle que l'on connaît, mais le caractère d'Aliénor est conforme à ce que j'ai lu dans des bio sérieuses, comme son goût pour la poésie, les trouvères, sa dot considérable, sa prétendue beauté, son insouciance de jeunesse... De ce côté, les faits historiques sont respectés. Mais là où j'ai bondi un peu au début, c'est avec l'aspect sombre d'Aliénor montré ici, ça peut paraître excessif. Certes, les rouages d'une cour royale au XIIème siècle, avec ses manigances sont bien décrits, mais les scénaristes emportés par leur fougue, et pour pimenter leur récit, font d'Aliénor une reine manipulatrice de façon trop appuyée. On sait qu'elle avait peut-être un peu d'influence sur Louis encore faible époux et roi trop monacal, mais pas au point de fomenter assassinats et complots tels qu'ils sont montrés ici, surtout à cet âge-là. Aliénor était plus intéressée par les arts que par la politique ; c'est plus âgée, après 15 ans de mariage avec son second époux Henri II Plantagenêt (mariage qui sera aussi désastreux que le précédent avec Louis), qu'elle s'est révélée dure en politique, notamment en soutenant la révolte de ses fils contre Henri (surtout Richard, son préféré, qui deviendra le roi que l'on connaît). Après toutes ces vicissitudes, Aliénor est morte à l'âge de 82 ans, après avoir eu 11 enfants et peu de bonheur dans sa vie de femme. D'autre part, certains personnages sont montrés sous des visages négatifs, comme Suger qui était un conseiller très respecté par Louis craignant toujours de contrarier l'Eglise ; le traitement dans le tome 1 est assez discutable. Quant à Marcabru (qu'on nomme aussi Marcabrun), il n'est pas sûr qu'il ait été vraiment renvoyé de la cour, Aliénor aimait trop ses trouvères, car la cour d'Aquitaine était bien plus gaie que celle de France, ça lui rappelait donc sa province. Mis à part ces réserves qui empêchent le coup de coeur, et que je peux comprendre pour alimenter une Bd, c'est plutôt bon, il y a peu d'action, beaucoup de dialogues, mais comme pour Isabelle la Louve de France, l'ensemble est passionnant, le dessin est très beau, malgré quelques erreurs documentaires (la courbe de la Garonne n'est pas si prononcée). Bon en définitive, un tome 1 plutôt contestable, un tome 2 qui conforte une légende tenace d'une reine de moeurs légères, cédant volontiers à des désirs et dont la volonté devait être satisfaite, puis un tome 3 qui comme le précisent les auteurs en début d'album, cherche à remplir les zones d'ombre de l'Histoire sur cette image de femme cultivant un certain art de vivre et de vivre librement. A l'occasion de la sortie de ce tome 3, j'ai relu des passages dans des bio sérieuses sur Aliénor, et de nombreux faits exposés ici sont vrais, en fait les auteurs ne brodent pas tant que ça dans leur vision de cette reine controversée. Leur travail est louable car ils usent de certaines libertés pour étoffer le personnage, mais surtout ils ne sont pas trop didactiques, donc trop ennuyeux dans ce portrait dont le tome 3 sera sans doute le plus pesant car le plus tourné vers la politique, tout en insistant sur la rupture avec Louis. Ils n'évitent pas une erreur importante cependant (en 1148, Henri Plantagenêt n'est pas encore roi d'Angleterre, il le sera en 1154). A l'issue de ce cycle de 3 albums, j'étais anxieux de savoir s'il y aurait une suite car le parcours d'Aliénor était loin d'être terminé, elle fut 2 fois reine, il restait à conter tout l'épisode Plantagenêt, ce que les auteurs décident de faire à partir de ce tome 4. C'est un album très intéressant dans la mesure où il se situe comme un tome de transition, préparant la rupture totale entre Aliénor et Louis VII, on y voit les événements qui font suite au précédent album lorsque le torchon commence à brûler entre les 2 époux royaux : la venue à Paris de Geoffroy Plantagenêt comte d'Anjou et de son fils Henry, jeune et beau duc de Normandie, tous deux rendent l'hommage à leur suzerain tandis qu'Aliénor observe Henry et réciproquement, ces deux-là ne vont pas tarder à tomber dans les bras l'un de l'autre ; on assiste au fameux concile de Beaugency qui annule le mariage entre Louis et sa reine, pour cause de consanguinité, puis Henry hérite du comté de son père et épouse Aliénor moins de 2 mois après...tout ceci est réel, les auteurs collent de près à l'Histoire et ne font plus d'erreurs, ce qui promet pour la suite.. de même que le dessin de Gomez est de plus en plus somptueux. Ma note reste inchangée pour l'instant mais gagne enfin le coup de coeur.