Voilà longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de coeur pour une série ! Au point d'avoir embarqué les deux tomes sur un rayonnage de ma librairie préférée après en avoir seulement feuilleté quelques pages et sans en avoir jamais entendu parler auparavant.
Tout est réussi dans cette série dont je ne connaissais même pas l'auteur. Mais Louise Joor a les qualités des plus grands. Son histoire est remarquablement écrite et prenante, construite avec rigueur et intelligence, sans temps morts. On devine une vaste histoire et de grands mystères derrière le récit à hauteur de personnages qui occupe chaque album. Louise Joor a d'ailleurs reussi à créer un monde très original, où les deux-pattes, des humains d'1 cm de haut voisinent avec les insectes et les escargots. Huit clans se partagent ce monde et ne se rencontrent qu'au marché des coccinelles, lieu d'echanges, de rencontres, de retrouvailles autour des spectacles qui rappellent les traditions partagées mais aussi lieu de jalousies, de trahisons, de négociations secrètes... Ce marché des coccinelles est la grande réussite du premier tome.
Mais d'où viennent les deux-pattes ? Les légendes sur leurs origines, racontées par le clan du papillon, ont-elles un fond de vérité ? Pourquoi les vieux récits parlent-ils des Immenses, ces humains d'une taille gigantesque par rapport aux deux-pattes ? Pourquoi tout le monde croit-il sûils ont disparu ? Et pourquoi alors Neska en a-t-elle vu un, qui a enlevé sa maman ?
Le personnage de Neska, adolescente enthousiaste et courageuse mais qui se cherche encore, est une très jolie héroïne, attachante surtout pour les lecteurs préado, qui s'identifient immédiatement. Les autres personnages, les parents de Neska, sa sœur, les autres clans... sont tout aussi bien campés et sympathiques.
Tout cet univers est servi par un dessin ligne claire soigné et précis, qui fait une large part à des décors de qualité, une gageure pour une histoire à hauteur de brin d'herbe ! La colorisation est claire et lisible, les dialogues naturels et limpides. Tous ces atouts réunis font de Neska du clan du lierre une lecture idéale pour des lecteurs de 8 à 16 ans environ.
Je n’ai jamais lu l’œuvre de Cervantès, mais j’en connais – comme presque tout le monde – les grandes lignes. Mais il me semble que même si – ce qui semble être le cas d’après la préface – Davis n’a pas trahi cette œuvre, il n’est pas nécessaire de bien la connaître pour apprécier ce diptyque.
En effet, Rob Davis en a fait une histoire truculente, pleine de poésie, de folie douce, avec un personnage insensible au regard des autres, qui va au-delà de ses rêves, que des lectures ont alimentés.
Les passages loufoques alternent avec des moments plus intimistes, lorsque Don Quichotte et Sancho élaborent des plans sur la comète. La narration est excellente – avec des commentaires en voix off ironiques. Quelques passages (vers la fin du premier tome) flirtent avec le théâtre de boulevard à la Guitry.
Dans le second tome, une mise en abîme voit les personnages commenter le premier tome, ceci ajoutant à l’effet comique de ces aventures picaresques.
Le dessin est très bon, parfaitement raccord avec le ton brinqueballant de l’intrigue et avec les personnages ubuesques (Ubu me semble très proche de Quichotte finalement). Et la colorisation est elle aussi originale et très sympa.
La maquette des éditions Warum est très belle (je déplore quand même une dizaine de coquilles – essentiellement dans le second tome).
Bref, une courte série que je vous encourage vraiment à découvrir !
C'est une lecture idéale lorsque l'on souhaite entreprendre et créer sa propre boîte. Il y aura les moments d'euphorie lors de la signature des premiers contrats mais également la douche froide quand viendront les premières difficultés. Avec l'émergence d'internet, beaucoup de jeunes ont crée leurs propres starts-up qui ont malheureusement explosé à l'aube des années 2000. Ce fut la fameuse bulle d'internet qui a explosé avec la chute du NASDAQ.
La construction de cette bd est une marche en arrière en partant de l'échec et de la ruine d'une entreprise (Teknoland) ayant embauché jusqu'à 600 personnes au meilleur moment de sa courte croissance. C'est jamais très agréable de se retrouver totalement ruiné et à la merci de banquiers prêts à vous envoyer par la case prison si vous ne remboursez pas. A chaque chapitre supplémentaire, on aura droit à une pièce de ce puzzle qu'il faut reconstituer. C'est traité avec une certaine intelligence et facilement compréhensible pour le non initié.
A noter cependant quelques erreurs au niveau de la datation en arrière car la traduction s'est un peu mêlé les pinceaux. En outre, les auteurs sont espagnols ce qui donne un regard intéressant. En effet, le scénariste est un célèbre entrepreneur qui a enfin connu la gloire avec une autre entreprise quelques années plus tard. Il nous conte ici son expérience personnelle qui peut servir à d'autres car c'est un peu la même galère pour beaucoup d'entrepreneurs.
C'est bien de lire une oeuvre autobiographique de gens qui essayent de se battre pour créer de l'activité et de l'emploi sans attendre des aides ou de la compassion sociale. C'est clair que ce n'est pas un parcours très facile et qu'il y aura des déconvenues mais c'est cet esprit gagneur que j'aime par dessus tout. La fortune ne sourit pas toujours aux audacieux mais il faut essayer et qui sait ? Il y a toujours une note d'espoir.
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, cette bande dessinée n’est pas vraiment consacrée au dictateur nord-coréen, se contentant de le placer en filigrane, telle une ombre sinistre planant sur chaque citoyen. Le scénariste Aurélien Ducoudray s’est plutôt attaché à décrire la vie d’un enfant ordinaire, en se basant sur les témoignages écrits de rescapés des abominables camps de redressement nord-coréens, qui n’ont rien à envier aux camps nazis de la Seconde guerre mondiale.
Très fluide, l’histoire commence presque comme un ouvrage de propagande où seule l’ironie sous-jacente empêche de croire totalement aux bienfaits du régime, pour basculer progressivement vers l’effroi et finir dans l’horreur. Le dessin de Mélanie Allag, qui a beaucoup travaillé dans l’illustration jeunesse, est en parfaite adéquation avec l’esprit du livre. Le récit à la première personne se lit non seulement avec les mots du jeune Jun Sang mais également à travers ses yeux. Au début, le garçonnet vénère sans conditions le dictateur par le biais du héros national, une sorte de Captain America nord-coréen, jusqu'à que les premières failles apparaissent dans cette réalité artificielle, trop « belle » pour être vraie. Suivant le fil scénaristique et le regard de Jun Sang, les couleurs, vives et fraîches au début, perdent peu à peu leur éclat pour finalement virer au noir et blanc. De même, les visages se creusent lentement sous l’effet de la malnutrition et de la pénurie alimentaire, après que les parents du garçon aient perdu leur emploi dans les usines locales. Le style graphique, en apparence enfantin, vient apporter au récit une touche de légèreté et candeur, qui par un effet de contraste saisissant, fait ressortir toute la cruauté du régime de Kim Jong-il.
« L’Anniversaire de Kim Jong-il » est une des très bonnes surprises éditoriales de l’année 2016, rappelant l’ouvrage de Guy Delisle, Pyongyang, différent dans son traitement mais tout aussi édifiant à travers les faits relatés sur ce pays figé dans une époque révolue. Une situation qui ne semble pas à la veille de changer, au vu de l’attitude du terrifiant « Kim Jong Junior » - dont le visage s’apparente à celui d’un gros bébé capricieux grandi trop vite -, et des actualités qui nous proviennent régulièrement de ce coin de l’Asie. A noter la réussite de la couverture, représentant le portrait-puzzle du dictateur composé de panneaux soutenus par des enfants, un dictateur dont le sourire est brisé par le jeune Jun Sang, curieux de voir ce qu’il y a derrière son « panneau-prison »…
Fabien Toulmé, l'auteur de l'excellent Ce n'est pas toi que j'attendais remet le couvert avec un nouveau récit émouvant. Il est ici question de Baudouin un trentenaire enfermé dans la routine de son quotidien. Comme tellement de gens en fin de compte, il est prisonnier d'un boulot auquel il consacre beaucoup trop de temps, alors que celui-ci ne lui permet absolument pas de s'épanouir. Métro, boulot, dodo, factures. Il est proche de son frère, un baroudeur qui n'a de cesse de le pousser à prendre sa vie en main et de la vivre pleinement. Lorsqu'il découvre qu'il est atteint d'une maladie incurable, il va tout plaquer pour vivre ses rêves avant qu'il ne soit trop tard.
Le personnage est bien trouvé, on s'identifie tellement facilement à lui. La relation avec son frère est elle aussi un élément important qui amène des sourires et une petite dose d'humour. Cela contrebalance bien avec les moments plus émouvants du récit. Tellement de gens vont se reconnaître dans la routine de Baudouin. Combien de personnes ne se plaisent pas dans leur job et se demandent régulièrement si le moment n'est pas venu de changer totalement de voie.
Inévitablement cet album nous amène à nous poser des questions sur notre propre vie. Ce récit véhicule plein d'émotions, permet de s'interroger, de se remettre en question et douter un peu. Mais ce n'est pas un livre de philo, c'est beaucoup mieux. Tout ça s'accompagne d'une histoire qu'on suit avec grand intérêt et on ne voit pas passer les 270 pages.
Et même si on s'attend à ce que l'histoire se conclue par une pirouette de ce genre, la fin fait quand même son petit effet. Un album qui vous touche, qui vous fait réfléchir sur la routine du quotidien, sur le sens de la vie, sur le bonheur, sur beaucoup de choses en fait. Une réussite sur toute la ligne.
Après avoir découvert Kanopé de la même auteure, c'est avec curiosité que j'attendais la sortie de ce nouvel album. On change un peu de registre, tout en gardant en fil rouge ce goût pour la nature et les animaux.
Ici point de monde post-apocalyptique où l'Amazonie est devenue sanctuaire, mais plutôt une histoire de fantasy où des créatures minuscules, regroupées en clans, essayent de vivre en harmonie avec la nature et les animaux qui les entourent et leur permettent de survivre. L'enlèvement de la mère de Neska, seule détentrice restante du secret permettant au clan de s'allouer les faveurs des escargots qui ont façonné le mode de vie de son clan va mettre celui-ci en grand péril... Avec son père et sa sœur, ils partent donc au Marché des Coccinelles pour essayer de trouver de l'aide ou une solution...
Avec le premier tome de cette série, Louise Joor pose tranquillement les jalons d'une série qui semble bien foutue. C'est tout à la fois frais et riche en rebondissements, servi sur un univers fourmillant mais bien pensé qui n'appelle qu'une chose : partir à sa découverte. Et c'est ce qui nous est proposé en suivant les pieds espiègles et innocents de la jeune Neska.
Le dessin sied quant à lui parfaitement à cette série jeunesse ; tout en ligne claire, rehaussé de couleurs très "nature", tout concorde à cette petite harmonie naturelle que cherche à faire transpirer l'auteure, tant dans son récit que graphiquement. Et cela fonctionne plus que bien ! J'ai vraiment été séduit par ce premier tome, et j'avoue attendre la suite avec une certaine impatience.
*** Tome 2 ***
C'est avec plaisir que j'ai replongé dans ce petit univers singulier que nous a concocté Louise Joor. Car, même pour l'adulte que je suis, j'ai apprécié la subtilité et la sensibilité qui transparaissent dans ces deux tomes.
Ce deuxième opus nous plonge dans une histoire initiatique où Neska et certains des personnages que nous avons déjà croisés dans le premier vont devoir s'affronter pour désigner la prochaine voix et la personne qui guidera les clans jusqu'au prochain rituel.
Même si tout ça n'est pas d'une fulgurante originalité, c'est l'efficacité et la fluidité du récit allié à cette sensibilité qui font les qualités de cette série.
J'attends donc de voir où tout cela nous mènera, et je maintiens ma note à 4 en attendant la suite/fin de ces aventures.
Je me demande ce qui s'est passé avec cet auteur. Je l'ai découvert avec La Belle Mort que je n'avais pas trop apprécié mais dont j'avais pourtant repéré certaines influences qui me parlaient. Puis, il y a eu Adrastée qui était également assez intéressant par cet univers visuel mais qui souffrait d'un scénario un peu vide. Mais là, c'est tout bonnement extraordinaire. Que d'évolution en si peu de temps. Est-ce que c'est bien le même auteur ? Il semblerait et nous avons là l'un des meilleurs titres de science-fiction de ces dernières années. Bref, il a réussi une belle prouesse.
Je n'ai rien à redire de ce scénario très élaboré avec un beau message véhiculé. L'univers décrit est tout bonnement magnifique. Les questions qui sont posées ainsi que les thématiques sur l'avenir de l'humanité sont passionnantes et traitées de manière fort intelligente. On apprend des concepts assez subtils sur la nécessité du pouvoir et la soumission du peuple via une société de consommation.
Par contre, c'est un peu le graphisme qui pêche mais cela demeure très acceptable. Je n'aime pas réellement les traits géométriques de ces visages humains mais bon, ce n'est qu'une question de goût. Les décors sont quant à eux parfaitement réussis avec par exemple de beaux vaisseaux spatiaux. Des couleurs également splendides.
Un album hors-normes de 220 planches que j'ai grandement apprécié. C'est digne du film 2001, l'odyssée de l'espace. C'est une bd qui aurait grandement mérité d'être dans le prix des lecteurs 2016 mais bon.
Voici un album très difficile à analyser. Il est le fruit de la réflexion de son auteur, Bruno Duhamel, qui a voulu rendre un hommage tout particulier de Cesar Manrique sur l'île de Lanzarote. Il a voulu faire sienne l'histoire de cet artiste qui a intégré son île natale dans son oeuvre, une sorte de prospective à l'envers, tout en intégrant ses propres réflexions sur l'acte de création.
C'est donc un alter ego de Duhamel, de Manrique et d'autres artistes qui est le héros de ce Retour, un homme a l'ego démesuré, qui veut faire corps avec son île, jusqu'à renier sa famille, voire défigurer ladite île. La construction lente d'une folie, aux sens propre et figuré. Et puisque l'album s'ouvre sur sa mort, violente, nous avons en filigrane le processus ayant amené cette mort, intrinsèquement lié à l'ambition démesurée de Cristobal.
Très difficile donc de donner une lecture un tant soit peu éclairée, mais ce n'est pas un jugement négatif, tant l'oeuvre de Duhamel réclame d'attention. A ce titre, une deuxième, voire une troisième lecture peuvent être salvatrices.
Graphiquement l'auteur continue à creuser son sillon, avec cette précision impressionnante dans le trait, qui s'intègre de façon inattendu et lumineuse dans des décors grandioses, semi-désertiques et souvent contemplatifs. Le découpage est diversifié, entre gaufrier aux cases fusionnées, pleines pages (voire doubles pleines pages), tout en restant dans un classicisme réconfortant.
La couleur est utilisée avec beaucoup de tact, dans des ambiances marquant le passé, des monochromes sur les "figurants", c'est un vrai régal pour les yeux.
Une beauté formelle au servie d'une réflexion sur l'acte créateur. Une BD forte, complexe, belle.
Benoît Preteseille, cofondateur et animateur des éditions Warum, publie une œuvre originale, dans une relative discrétion, puisque chez de « petits » éditeurs, même si Cornélius lui a déjà offert plusieurs jolis albums. Ici chez les Suisses d’Atrabile, il poursuit son œuvre sur son sujet fétiche.
En effet, l’essentiel des albums de Preteseille tourne, plus ou moins directement, autour de Dada et surtout du surréalisme. Aussi n’est-il pas étonnant de le voir consacrer un album à celui qui, lui aussi relativement discrètement (même si son influence a été reconnue par les plus grands artistes du XXème siècle), par ses créations – voire leur absence – et sa personnalité, a exercé la plus grande influence sur l’art moderne : Marcel Duchamp.
Pour qui s’intéresse à Dada et au surréalisme, Duchamp est incontournable – Breton a d’ailleurs dit à maintes reprises la dette qu’il avait envers son ami, qui n’a jamais cessé de le surprendre. Figure souterraine de Dada, dynamiseur et dynamiteur de l’art moderne, mais aussi lien entre les artistes européens et les Etats-Unis (où il a séjourné durant les années 1910 et durant la Seconde guerre mondiale, fécondant les deux rives de l’Atlantique), Duchamp est aussi une énigme. Plus que ses ready-made – qui posent encore question au quidam, ou que ses chefs d’œuvre qui n’ont pas encore livré tout leur potentiel éruptif (la Mariée…), c’est aussi quelqu’un qui, très tôt, au fait de sa « gloire », s’est arrêté, s’est mis en retrait, pour se consacrer aux échecs (il était un très bon joueur !), même s’il a continué à organiser aux côtés d’André Breton les expositions internationales du surréalisme.
Voilà donc l’homme auquel Preteseille consacre cette biographie, avec son dessin habituel, une colorisation bicolore et quelque peu terne et une absence du gaufrier classique : ce dernier point fluidifiant finalement la lecture, qui pourrait peut-être paraître sèche l’accumulation de détails sur ce grand monsieur de l’art moderne, aussi modeste et drôle (son « double » « Rrose Sélavy » produisant des jeux de mots poétiques et hilarants que Desnos poursuivra). Le titre est en cela très fidèle à Duchamp, qui ne s’est jamais pris au sérieux, même s’il n’a jamais fait « n’importe quoi », comme certains le pensent faute de pouvoir accepter cette œuvre et cette personnalité hors du commun.
C’est quasiment exhaustif, très clair, et l’on sent bien toute l’empathie – pour ne pas parler d’amour – ressenti par l’auteur à propos de son sujet. Toute la connaissance aussi, car c’est plus que solide (une petite bibliographie en fin de volume permet d’aller plus loin si on le souhaite). A lire avec les entretiens de Cabanne, les textes de Breton ou de Suquet par exemple.
Je découvre cet auteur avec cet album, et j’en ressors enchanté ! J’en ai vraiment pris plein les yeux.
C’est un album avec un relativement grand format, totalement muet, excepté des titres de chapitre, incrustés comme en filigrane dans les paysages. Cela se lit donc rapidement, même si l’on passe beaucoup de temps à admirer les dessins, vraiment superbes et très fournis. Beaucoup de planches ressemblent à des vues au microscope, avec des micro-organismes, mais aussi à des peintures d’artistes naïfs, avec moult détails, un trait foisonnant, un dessin quasi médiumnique que j’ai vraiment beaucoup aimé.
Pour le reste, comme l’indique un peu le titre, et les divers sous titres des chapitres, Thierry Cheyrol se lance dans une vaste épopée lyrique – même si muette et somme toute modeste – de la création. De la planète Terre (mais aussi de son satellite, on part plusieurs fois dans l’espace), dans sa globalité, mais aussi avec l’apparition des divers éléments, le feu avec les volcans, l’eau source de vie, etc.
Cette cosmogonie qui part de la cellule et aboutit à l’univers, qui de la partie mène au tout, est franchement captivante. C’est du beau travail, et, même s’il faut être réceptif à ce genre d’œuvre, son originalité et la réussite de ce projet devrait pousser les plus curieux à franchir le pas : voilà bien une bien belle illustration de ce qu’est la vie sur Terre, à la fois fragile et explosive, massive et singulière, végétale, animal et minérale. Gaia vit, vibre et se métamorphose à l’infini, sous le trait inspiré de Cheyrol.
Chapeau bas monsieur Cheyrol, et merci encore à l’éditeur de permettre à ce genre d’album atypique de voir le jour, et de trouver ses lecteurs.
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Neska du clan du lierre
Voilà longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de coeur pour une série ! Au point d'avoir embarqué les deux tomes sur un rayonnage de ma librairie préférée après en avoir seulement feuilleté quelques pages et sans en avoir jamais entendu parler auparavant. Tout est réussi dans cette série dont je ne connaissais même pas l'auteur. Mais Louise Joor a les qualités des plus grands. Son histoire est remarquablement écrite et prenante, construite avec rigueur et intelligence, sans temps morts. On devine une vaste histoire et de grands mystères derrière le récit à hauteur de personnages qui occupe chaque album. Louise Joor a d'ailleurs reussi à créer un monde très original, où les deux-pattes, des humains d'1 cm de haut voisinent avec les insectes et les escargots. Huit clans se partagent ce monde et ne se rencontrent qu'au marché des coccinelles, lieu d'echanges, de rencontres, de retrouvailles autour des spectacles qui rappellent les traditions partagées mais aussi lieu de jalousies, de trahisons, de négociations secrètes... Ce marché des coccinelles est la grande réussite du premier tome. Mais d'où viennent les deux-pattes ? Les légendes sur leurs origines, racontées par le clan du papillon, ont-elles un fond de vérité ? Pourquoi les vieux récits parlent-ils des Immenses, ces humains d'une taille gigantesque par rapport aux deux-pattes ? Pourquoi tout le monde croit-il sûils ont disparu ? Et pourquoi alors Neska en a-t-elle vu un, qui a enlevé sa maman ? Le personnage de Neska, adolescente enthousiaste et courageuse mais qui se cherche encore, est une très jolie héroïne, attachante surtout pour les lecteurs préado, qui s'identifient immédiatement. Les autres personnages, les parents de Neska, sa sœur, les autres clans... sont tout aussi bien campés et sympathiques. Tout cet univers est servi par un dessin ligne claire soigné et précis, qui fait une large part à des décors de qualité, une gageure pour une histoire à hauteur de brin d'herbe ! La colorisation est claire et lisible, les dialogues naturels et limpides. Tous ces atouts réunis font de Neska du clan du lierre une lecture idéale pour des lecteurs de 8 à 16 ans environ.
Don Quichotte (Rob Davis)
Je n’ai jamais lu l’œuvre de Cervantès, mais j’en connais – comme presque tout le monde – les grandes lignes. Mais il me semble que même si – ce qui semble être le cas d’après la préface – Davis n’a pas trahi cette œuvre, il n’est pas nécessaire de bien la connaître pour apprécier ce diptyque. En effet, Rob Davis en a fait une histoire truculente, pleine de poésie, de folie douce, avec un personnage insensible au regard des autres, qui va au-delà de ses rêves, que des lectures ont alimentés. Les passages loufoques alternent avec des moments plus intimistes, lorsque Don Quichotte et Sancho élaborent des plans sur la comète. La narration est excellente – avec des commentaires en voix off ironiques. Quelques passages (vers la fin du premier tome) flirtent avec le théâtre de boulevard à la Guitry. Dans le second tome, une mise en abîme voit les personnages commenter le premier tome, ceci ajoutant à l’effet comique de ces aventures picaresques. Le dessin est très bon, parfaitement raccord avec le ton brinqueballant de l’intrigue et avec les personnages ubuesques (Ubu me semble très proche de Quichotte finalement). Et la colorisation est elle aussi originale et très sympa. La maquette des éditions Warum est très belle (je déplore quand même une dizaine de coquilles – essentiellement dans le second tome). Bref, une courte série que je vous encourage vraiment à découvrir !
Je veux réussir.com
C'est une lecture idéale lorsque l'on souhaite entreprendre et créer sa propre boîte. Il y aura les moments d'euphorie lors de la signature des premiers contrats mais également la douche froide quand viendront les premières difficultés. Avec l'émergence d'internet, beaucoup de jeunes ont crée leurs propres starts-up qui ont malheureusement explosé à l'aube des années 2000. Ce fut la fameuse bulle d'internet qui a explosé avec la chute du NASDAQ. La construction de cette bd est une marche en arrière en partant de l'échec et de la ruine d'une entreprise (Teknoland) ayant embauché jusqu'à 600 personnes au meilleur moment de sa courte croissance. C'est jamais très agréable de se retrouver totalement ruiné et à la merci de banquiers prêts à vous envoyer par la case prison si vous ne remboursez pas. A chaque chapitre supplémentaire, on aura droit à une pièce de ce puzzle qu'il faut reconstituer. C'est traité avec une certaine intelligence et facilement compréhensible pour le non initié. A noter cependant quelques erreurs au niveau de la datation en arrière car la traduction s'est un peu mêlé les pinceaux. En outre, les auteurs sont espagnols ce qui donne un regard intéressant. En effet, le scénariste est un célèbre entrepreneur qui a enfin connu la gloire avec une autre entreprise quelques années plus tard. Il nous conte ici son expérience personnelle qui peut servir à d'autres car c'est un peu la même galère pour beaucoup d'entrepreneurs. C'est bien de lire une oeuvre autobiographique de gens qui essayent de se battre pour créer de l'activité et de l'emploi sans attendre des aides ou de la compassion sociale. C'est clair que ce n'est pas un parcours très facile et qu'il y aura des déconvenues mais c'est cet esprit gagneur que j'aime par dessus tout. La fortune ne sourit pas toujours aux audacieux mais il faut essayer et qui sait ? Il y a toujours une note d'espoir.
L'Anniversaire de Kim Jong-Il
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, cette bande dessinée n’est pas vraiment consacrée au dictateur nord-coréen, se contentant de le placer en filigrane, telle une ombre sinistre planant sur chaque citoyen. Le scénariste Aurélien Ducoudray s’est plutôt attaché à décrire la vie d’un enfant ordinaire, en se basant sur les témoignages écrits de rescapés des abominables camps de redressement nord-coréens, qui n’ont rien à envier aux camps nazis de la Seconde guerre mondiale. Très fluide, l’histoire commence presque comme un ouvrage de propagande où seule l’ironie sous-jacente empêche de croire totalement aux bienfaits du régime, pour basculer progressivement vers l’effroi et finir dans l’horreur. Le dessin de Mélanie Allag, qui a beaucoup travaillé dans l’illustration jeunesse, est en parfaite adéquation avec l’esprit du livre. Le récit à la première personne se lit non seulement avec les mots du jeune Jun Sang mais également à travers ses yeux. Au début, le garçonnet vénère sans conditions le dictateur par le biais du héros national, une sorte de Captain America nord-coréen, jusqu'à que les premières failles apparaissent dans cette réalité artificielle, trop « belle » pour être vraie. Suivant le fil scénaristique et le regard de Jun Sang, les couleurs, vives et fraîches au début, perdent peu à peu leur éclat pour finalement virer au noir et blanc. De même, les visages se creusent lentement sous l’effet de la malnutrition et de la pénurie alimentaire, après que les parents du garçon aient perdu leur emploi dans les usines locales. Le style graphique, en apparence enfantin, vient apporter au récit une touche de légèreté et candeur, qui par un effet de contraste saisissant, fait ressortir toute la cruauté du régime de Kim Jong-il. « L’Anniversaire de Kim Jong-il » est une des très bonnes surprises éditoriales de l’année 2016, rappelant l’ouvrage de Guy Delisle, Pyongyang, différent dans son traitement mais tout aussi édifiant à travers les faits relatés sur ce pays figé dans une époque révolue. Une situation qui ne semble pas à la veille de changer, au vu de l’attitude du terrifiant « Kim Jong Junior » - dont le visage s’apparente à celui d’un gros bébé capricieux grandi trop vite -, et des actualités qui nous proviennent régulièrement de ce coin de l’Asie. A noter la réussite de la couverture, représentant le portrait-puzzle du dictateur composé de panneaux soutenus par des enfants, un dictateur dont le sourire est brisé par le jeune Jun Sang, curieux de voir ce qu’il y a derrière son « panneau-prison »…
Les Deux Vies de Baudouin
Fabien Toulmé, l'auteur de l'excellent Ce n'est pas toi que j'attendais remet le couvert avec un nouveau récit émouvant. Il est ici question de Baudouin un trentenaire enfermé dans la routine de son quotidien. Comme tellement de gens en fin de compte, il est prisonnier d'un boulot auquel il consacre beaucoup trop de temps, alors que celui-ci ne lui permet absolument pas de s'épanouir. Métro, boulot, dodo, factures. Il est proche de son frère, un baroudeur qui n'a de cesse de le pousser à prendre sa vie en main et de la vivre pleinement. Lorsqu'il découvre qu'il est atteint d'une maladie incurable, il va tout plaquer pour vivre ses rêves avant qu'il ne soit trop tard. Le personnage est bien trouvé, on s'identifie tellement facilement à lui. La relation avec son frère est elle aussi un élément important qui amène des sourires et une petite dose d'humour. Cela contrebalance bien avec les moments plus émouvants du récit. Tellement de gens vont se reconnaître dans la routine de Baudouin. Combien de personnes ne se plaisent pas dans leur job et se demandent régulièrement si le moment n'est pas venu de changer totalement de voie. Inévitablement cet album nous amène à nous poser des questions sur notre propre vie. Ce récit véhicule plein d'émotions, permet de s'interroger, de se remettre en question et douter un peu. Mais ce n'est pas un livre de philo, c'est beaucoup mieux. Tout ça s'accompagne d'une histoire qu'on suit avec grand intérêt et on ne voit pas passer les 270 pages. Et même si on s'attend à ce que l'histoire se conclue par une pirouette de ce genre, la fin fait quand même son petit effet. Un album qui vous touche, qui vous fait réfléchir sur la routine du quotidien, sur le sens de la vie, sur le bonheur, sur beaucoup de choses en fait. Une réussite sur toute la ligne.
Neska du clan du lierre
Après avoir découvert Kanopé de la même auteure, c'est avec curiosité que j'attendais la sortie de ce nouvel album. On change un peu de registre, tout en gardant en fil rouge ce goût pour la nature et les animaux. Ici point de monde post-apocalyptique où l'Amazonie est devenue sanctuaire, mais plutôt une histoire de fantasy où des créatures minuscules, regroupées en clans, essayent de vivre en harmonie avec la nature et les animaux qui les entourent et leur permettent de survivre. L'enlèvement de la mère de Neska, seule détentrice restante du secret permettant au clan de s'allouer les faveurs des escargots qui ont façonné le mode de vie de son clan va mettre celui-ci en grand péril... Avec son père et sa sœur, ils partent donc au Marché des Coccinelles pour essayer de trouver de l'aide ou une solution... Avec le premier tome de cette série, Louise Joor pose tranquillement les jalons d'une série qui semble bien foutue. C'est tout à la fois frais et riche en rebondissements, servi sur un univers fourmillant mais bien pensé qui n'appelle qu'une chose : partir à sa découverte. Et c'est ce qui nous est proposé en suivant les pieds espiègles et innocents de la jeune Neska. Le dessin sied quant à lui parfaitement à cette série jeunesse ; tout en ligne claire, rehaussé de couleurs très "nature", tout concorde à cette petite harmonie naturelle que cherche à faire transpirer l'auteure, tant dans son récit que graphiquement. Et cela fonctionne plus que bien ! J'ai vraiment été séduit par ce premier tome, et j'avoue attendre la suite avec une certaine impatience. *** Tome 2 *** C'est avec plaisir que j'ai replongé dans ce petit univers singulier que nous a concocté Louise Joor. Car, même pour l'adulte que je suis, j'ai apprécié la subtilité et la sensibilité qui transparaissent dans ces deux tomes. Ce deuxième opus nous plonge dans une histoire initiatique où Neska et certains des personnages que nous avons déjà croisés dans le premier vont devoir s'affronter pour désigner la prochaine voix et la personne qui guidera les clans jusqu'au prochain rituel. Même si tout ça n'est pas d'une fulgurante originalité, c'est l'efficacité et la fluidité du récit allié à cette sensibilité qui font les qualités de cette série. J'attends donc de voir où tout cela nous mènera, et je maintiens ma note à 4 en attendant la suite/fin de ces aventures.
Shangri-La
Je me demande ce qui s'est passé avec cet auteur. Je l'ai découvert avec La Belle Mort que je n'avais pas trop apprécié mais dont j'avais pourtant repéré certaines influences qui me parlaient. Puis, il y a eu Adrastée qui était également assez intéressant par cet univers visuel mais qui souffrait d'un scénario un peu vide. Mais là, c'est tout bonnement extraordinaire. Que d'évolution en si peu de temps. Est-ce que c'est bien le même auteur ? Il semblerait et nous avons là l'un des meilleurs titres de science-fiction de ces dernières années. Bref, il a réussi une belle prouesse. Je n'ai rien à redire de ce scénario très élaboré avec un beau message véhiculé. L'univers décrit est tout bonnement magnifique. Les questions qui sont posées ainsi que les thématiques sur l'avenir de l'humanité sont passionnantes et traitées de manière fort intelligente. On apprend des concepts assez subtils sur la nécessité du pouvoir et la soumission du peuple via une société de consommation. Par contre, c'est un peu le graphisme qui pêche mais cela demeure très acceptable. Je n'aime pas réellement les traits géométriques de ces visages humains mais bon, ce n'est qu'une question de goût. Les décors sont quant à eux parfaitement réussis avec par exemple de beaux vaisseaux spatiaux. Des couleurs également splendides. Un album hors-normes de 220 planches que j'ai grandement apprécié. C'est digne du film 2001, l'odyssée de l'espace. C'est une bd qui aurait grandement mérité d'être dans le prix des lecteurs 2016 mais bon.
Le Retour
Voici un album très difficile à analyser. Il est le fruit de la réflexion de son auteur, Bruno Duhamel, qui a voulu rendre un hommage tout particulier de Cesar Manrique sur l'île de Lanzarote. Il a voulu faire sienne l'histoire de cet artiste qui a intégré son île natale dans son oeuvre, une sorte de prospective à l'envers, tout en intégrant ses propres réflexions sur l'acte de création. C'est donc un alter ego de Duhamel, de Manrique et d'autres artistes qui est le héros de ce Retour, un homme a l'ego démesuré, qui veut faire corps avec son île, jusqu'à renier sa famille, voire défigurer ladite île. La construction lente d'une folie, aux sens propre et figuré. Et puisque l'album s'ouvre sur sa mort, violente, nous avons en filigrane le processus ayant amené cette mort, intrinsèquement lié à l'ambition démesurée de Cristobal. Très difficile donc de donner une lecture un tant soit peu éclairée, mais ce n'est pas un jugement négatif, tant l'oeuvre de Duhamel réclame d'attention. A ce titre, une deuxième, voire une troisième lecture peuvent être salvatrices. Graphiquement l'auteur continue à creuser son sillon, avec cette précision impressionnante dans le trait, qui s'intègre de façon inattendu et lumineuse dans des décors grandioses, semi-désertiques et souvent contemplatifs. Le découpage est diversifié, entre gaufrier aux cases fusionnées, pleines pages (voire doubles pleines pages), tout en restant dans un classicisme réconfortant. La couleur est utilisée avec beaucoup de tact, dans des ambiances marquant le passé, des monochromes sur les "figurants", c'est un vrai régal pour les yeux. Une beauté formelle au servie d'une réflexion sur l'acte créateur. Une BD forte, complexe, belle.
Duchamp Marcel, quincaillerie
Benoît Preteseille, cofondateur et animateur des éditions Warum, publie une œuvre originale, dans une relative discrétion, puisque chez de « petits » éditeurs, même si Cornélius lui a déjà offert plusieurs jolis albums. Ici chez les Suisses d’Atrabile, il poursuit son œuvre sur son sujet fétiche. En effet, l’essentiel des albums de Preteseille tourne, plus ou moins directement, autour de Dada et surtout du surréalisme. Aussi n’est-il pas étonnant de le voir consacrer un album à celui qui, lui aussi relativement discrètement (même si son influence a été reconnue par les plus grands artistes du XXème siècle), par ses créations – voire leur absence – et sa personnalité, a exercé la plus grande influence sur l’art moderne : Marcel Duchamp. Pour qui s’intéresse à Dada et au surréalisme, Duchamp est incontournable – Breton a d’ailleurs dit à maintes reprises la dette qu’il avait envers son ami, qui n’a jamais cessé de le surprendre. Figure souterraine de Dada, dynamiseur et dynamiteur de l’art moderne, mais aussi lien entre les artistes européens et les Etats-Unis (où il a séjourné durant les années 1910 et durant la Seconde guerre mondiale, fécondant les deux rives de l’Atlantique), Duchamp est aussi une énigme. Plus que ses ready-made – qui posent encore question au quidam, ou que ses chefs d’œuvre qui n’ont pas encore livré tout leur potentiel éruptif (la Mariée…), c’est aussi quelqu’un qui, très tôt, au fait de sa « gloire », s’est arrêté, s’est mis en retrait, pour se consacrer aux échecs (il était un très bon joueur !), même s’il a continué à organiser aux côtés d’André Breton les expositions internationales du surréalisme. Voilà donc l’homme auquel Preteseille consacre cette biographie, avec son dessin habituel, une colorisation bicolore et quelque peu terne et une absence du gaufrier classique : ce dernier point fluidifiant finalement la lecture, qui pourrait peut-être paraître sèche l’accumulation de détails sur ce grand monsieur de l’art moderne, aussi modeste et drôle (son « double » « Rrose Sélavy » produisant des jeux de mots poétiques et hilarants que Desnos poursuivra). Le titre est en cela très fidèle à Duchamp, qui ne s’est jamais pris au sérieux, même s’il n’a jamais fait « n’importe quoi », comme certains le pensent faute de pouvoir accepter cette œuvre et cette personnalité hors du commun. C’est quasiment exhaustif, très clair, et l’on sent bien toute l’empathie – pour ne pas parler d’amour – ressenti par l’auteur à propos de son sujet. Toute la connaissance aussi, car c’est plus que solide (une petite bibliographie en fin de volume permet d’aller plus loin si on le souhaite). A lire avec les entretiens de Cabanne, les textes de Breton ou de Suquet par exemple.
Gaia
Je découvre cet auteur avec cet album, et j’en ressors enchanté ! J’en ai vraiment pris plein les yeux. C’est un album avec un relativement grand format, totalement muet, excepté des titres de chapitre, incrustés comme en filigrane dans les paysages. Cela se lit donc rapidement, même si l’on passe beaucoup de temps à admirer les dessins, vraiment superbes et très fournis. Beaucoup de planches ressemblent à des vues au microscope, avec des micro-organismes, mais aussi à des peintures d’artistes naïfs, avec moult détails, un trait foisonnant, un dessin quasi médiumnique que j’ai vraiment beaucoup aimé. Pour le reste, comme l’indique un peu le titre, et les divers sous titres des chapitres, Thierry Cheyrol se lance dans une vaste épopée lyrique – même si muette et somme toute modeste – de la création. De la planète Terre (mais aussi de son satellite, on part plusieurs fois dans l’espace), dans sa globalité, mais aussi avec l’apparition des divers éléments, le feu avec les volcans, l’eau source de vie, etc. Cette cosmogonie qui part de la cellule et aboutit à l’univers, qui de la partie mène au tout, est franchement captivante. C’est du beau travail, et, même s’il faut être réceptif à ce genre d’œuvre, son originalité et la réussite de ce projet devrait pousser les plus curieux à franchir le pas : voilà bien une bien belle illustration de ce qu’est la vie sur Terre, à la fois fragile et explosive, massive et singulière, végétale, animal et minérale. Gaia vit, vibre et se métamorphose à l’infini, sous le trait inspiré de Cheyrol. Chapeau bas monsieur Cheyrol, et merci encore à l’éditeur de permettre à ce genre d’album atypique de voir le jour, et de trouver ses lecteurs.