Le dessin est correct, dans la lignée de cette collection Vécu. Du classique un peu inégal (la remarque est aussi valable sur la colorisation, pas extraordinaire sur le deuxième tome sur pas mal de passages). Un dessin inégal et daté, mais qui est quand même lisible.
Quant à l’histoire, j’ai trouvé le premier tome un peu poussif, quelques dialogues ou situation naïves (la relation entre la « vierge » escortée et Juan de Olid, le chevalier dirigeant l’expédition par exemple). Mais, si l’ensemble est lui aussi sans doute un peu daté, j’ai trouvé qu’une fois au cœur de l’Afrique, la série avait pris ses marques, sortait de l’ordinaire, en exploitant un cadre – historique et géographique – plutôt original.
En effet, nous suivons une expédition espagnole qui traverse l’Afrique du nord au sud pendant une vingtaine d’années dans le dernier quart du XVème siècle. On y croise des royaumes africains rarement vus en BD, on évoque des mythes qui ont eu la vie dure et qui vont s’estomper à ce moment (les licornes, le royaume du prêtre Jean), des explorateurs célèbres (Bartolomé Diaz, Colomb est évoqué sur la fin). Bref, de l’aventure exotique dont le cadre bonifie le récit.
Au final, l’épopée de Juan et de ses compagnons possède quelque chose d’Homérique, Juan étant une sorte d’Ulysse de la fin du moyen-âge.
Pas très connue, cette série mérite un coup d’œil de la part des amateurs de récits historiques exotiques.
J’ai lu la série dans l’intégrale en Noir et Blanc de Glénat. Ce qui n’est pas plus mal, tant j’aime bien le dessin de Pratt surtout en Noir et Blanc. Son trait, influencé par Milton Caniff, assez sec, est très lisible et agréable. Je suis de toute façon grand amateur de son travail, et je l’ai trouvé ici réussi.
Pour le reste, c’est un recueil de courts récits de guerre, la plupart bien menés – mais qui sont, du coup, peu développés. On n’a pas le temps de s’attacher aux personnages.
Les récits se déroulent durant la seconde guerre mondiale pour la plupart (d’autres ont pour cadre la guerre de Corée). De la même façon, cela se passe sur terre, parfois sur mer (avec un épisode entre un sous-marin allemand et les victimes de ses torpilles qu’il recueille déjà évoqué par Juncker dans Immergés). C’est globalement documenté, et la variété des cadres et des récits permet d’éviter les redites.
En tout cas j’ai trouvé ces récits plus intéressants que Récits de guerre, où Pratt était moins inspiré (au scénario et au dessin).
Les deux auteurs n’en sont pas à leur première collaboration, leur duo est rodé, et talentueux. C’est donc sans surprise que la lecture s’est révélée fluide et agréable.
Dessin et colorisation sont vraiment chouettes, jouant d’une simplicité qui colle bien au sujet, traitant de façon « positive », plutôt joyeuse, au travers des yeux d’un enfant, de la question de l’obésité (un gamin de CM1 défend bec et ongles sa maîtresse obèse, et cherche à la comprendre, à la protéger, à son insu).
J’ai parlé d’absence de surprise (en tout cas de mauvaise surprise) au début de mon avis. Je dois dire que c’est aussi le petit défaut de cet album. J’aurais aimé un peu plus de digressions, quelque chose de moins linéaire.
Mais bon, c’est quand même une lecture très plaisante, qui ravira le jeune lectorat, et qui peut tout à fait plaire à des adultes. Mais j’en attendais plus.
2.5
La mini-série qui se passe avant Sleeper et qui introduit quelques personnages et éléments qui vont être approfondis par la suite dans 'Sleeper'.
J'ai trouvé que c'était correct sans plus. Le scénario possède des qualités (j'aime bien la fin) sauf que c'est pas toujours facile à suivre. Cela se passe dans l'univers de Wildstorm et cela fait tellement longtemps que j'avais lu un comics se passant dans ce monde que j'ai été un peu perdu par moment. Dans la version publiée par Urban Comics, il y a une postface de Brubaker qui indique qu'il voulait faire une œuvre volontairement complexe qui s'adresse aux lecteurs intelligents et il se demande s'il est pas allé trop loin parce que par moment c'est dur à comprendre uniquement si on est pas un connaisseur de cet univers de comics.
Le dessin est correct quoique je ne suis pas fan de ce style de dessin réaliste froid et sans âme qu'on retrouve dans la bande dessinée et les comics modernes.
J’ai lu cette série dans l’intégrale que viennent de publier Les Arènes (qui ont aussi modifié le titre d’ensemble). Je l’ai lue rapidement, sans jamais m’ennuyer, le sujet est intéressant et Convard a su jouer de l’arrière-plan historique et politique pour que l’on suive avec intérêt les quelques personnages fictifs qu’il a glissés au milieu des « historiques ».
Le récit traite, sur une période allant des dernières années de la seconde guerre mondiale jusqu’à l’arrivée de Giscard au pouvoir (disons, pour faire simple, les Trente Glorieuses), des entourloupes, magouilles politiques menées par certains pour arriver au pouvoir et s’y maintenir. Avec comme fil rouge des fiches, dressées durant la guerre, et qui contiennent des informations sulfureuses et potentiellement dommageables pour certaines carrières politiques. Mais aussi, en pleine guerre froide, la lutte contre l’influence communiste, y compris en « récupérant » d’anciens collaborateurs, le tout avec la CIA comme aiguillon.
Convard éclaire d’une lumière noire certains personnages comme Marie-France Garaud ou Pompidou – alors qu’on n’est pas étonné de retrouver dans ces magouilles quelqu’un comme Pasqua.
Le récit est intéressant, bien mené, la lecture a été globalement agréable.
Je note tout de même deux choses qui m’ont chiffonné.
D’abord le dessin de Douay, que j’ai trouvé inégal et souvent très moyen. Changeant pour les visages, qui ne sont pas toujours fidèles au modèle d’origine pour des personnages historiques (de Gaulle en particulier). Ça reste lisible, mais je n’en suis pas fan.
Ensuite la présentation des communistes faite ici, si elle sert l’intrigue et est cohérente, reste quand même parfois caricaturale, tout du moins partielle. Leur rôle immense dans la résistance est occulté, et on met sur le même plan collaborateurs et résistants. Enfin, j’ai trouvé que la lutte contre le communisme avait parfois bon dos, permettant à bon compte de réhabiliter certaines idées « patriotes ». Mais bon, il y avait quand même de ça à l’époque, et le récit est par ailleurs très crédible.
Le personnage de Bacchelli, collaborateur puis grand maitre de la lutte anti-communiste, est un méchant réussi et crédible, un homme de l’ombre dans tous les sens du terme.
Malgré les réserves évoquées plus haut, je recommande cette lecture, qui use bien du matériau historique pour développer une saga historico-politique réaliste sur les coulisses des IVème et Vème Républiques, qui ne se sont pas bâties que sur des roses.
Note réelle 3,5/5.
Maruo est un des rares auteurs de manga que je suis régulièrement, qui m’intéresse au point de ne pas craindre d’y retrouver ce que je n’apprécie pas dans le manga (séries à rallonge, expression des émotions surjouée, dessin peu travaillé, etc.).
J’ai retrouvé ici son trait fin très classique, clair, très lisible : efficace et agréable en somme.
C’est plus sur les histoires regroupées dans ce recueil que je suis resté sur ma faim. En tout cas sur la première (la plus longue, qui donne son titre à l’ensemble), dans lesquelles je ne retrouvais pas forcément ce qui m’attire chez lui, à savoir cet Ero-Guro, mélange d’érotisme et de macabre. Cela vient sans doute des œuvres d’origine (il adapte ici des textes d’autres auteurs japonais), plus en retenue.
Mais les trois suivantes sont plus intéressantes. L’intrigue n’est jamais passionnante, mais dans chacune de ces histoires il y a des choses qui m’interpellent. Au niveau graphique pour la Tentation de Saint Antoine, dans laquelle Maruo reconnait son goût pour les peintres surréalistes Max Ernst et Salvador Dali (plusieurs cases reprennent d’ailleurs des parties de tableaux de Dali), ou alors au niveau d’un érotisme plus marqué, accompagné d’un certain malaise dans les deux dernières.
Un recueil inégal et pas forcément extraordinaire. Mais on y retrouve certaines des obsessions de Maruo, et les amateurs comme moi peuvent y trouver de quoi se contenter.
Pour résumer rapidement mon ressenti, je dirais qu’on a là un grand classique, bien retranscrit, sans fioriture, dans une version qui plaira avant tout à un lectorat adolescent – on peut y voir une lecture de CDI d’un collège par exemple. D’ailleurs un important lexique, une analyse de l’œuvre et des extraits en Anglais complète l’album – du moins dans la version originale d’Adonis que j’ai lue. Ce dossier est un réel plus.
Le texte fait assez littéraire, et reste dans la lignée du roman d’origine. La narration est sans surprise, un peu ampoulée parfois, Chanoinat n’a pas cherché à moderniser tournures et vocabulaire.
Par contre, si je reconnais au dessin sa lisibilité, je n’en suis pas fan. Je l’ai trouvé inégal et globalement très moyen, peu détaillé, avec des erreurs de perspective ou de posture, et une colorisation qui lisse un peu trop l’ensemble.
Pas forcément emballé par cette lecture, mais on peut l’emprunter à l’occasion, ça se laisse lire sans problème.
Note réelle 2,5/5.
Honnêtement, même si a priori j’aime bien l’auteur, j’avais peur en empruntant cet album de m’ennuyer ferme, étant donné le sujet de départ, pas franchement emballant.
Si l’album ne m’a pas enthousiasmé, je dois dire qu’il se laisse lire sans problème, et se révèle même intéressant, pour la découverte d’un métier de l’ombre, mal aimé, mais mal connu, celui d’huissier.
Le dessin de Guedin est agréable, avec un Noir et Blanc jouant sur des dégradés de gris. Il m’avait habitué à des choses bien plus trash (il a pas mal publié dans le collectif Dernier cri) et ici, à part deux ou trois trucs disséminés dans quelques rares cases, c’est du très classique. Mais le rendu me convient très bien.
Pour ce qui est de l’histoire, c’est instructif, mais pas non plus emballant. Un récit biographique, d’un lointain cousin de l’auteur, alternant période de l’enfance et son âge adulte. Cette alternance, et quelques anecdotes plus ou moins pénibles autour des actions de l’huissier permettent d’éviter ronronnement et ennui qui guettaient.
A emprunter à l’occasion.
L’album s’inspire largement de l’histoire familiale de Zentner, lorsque ses « ancêtres » ont fui les pogroms russes pour trouver refuge – après moult « désagréments » – en Argentine. Je ne connaissais pas l’histoire de cette diaspora juive en Amérique latine (leurs descendants ont dû apprécier de voir arriver quelques dizaines d’années plus tard tous ces Nazis fuyant la débâcle !), et cet aspect est instructif (un long texte de présentation explique le sujet).
L’histoire en elle-même se déroule sur un rythme relativement lent, réutilise le thème du golem, ce qui permet de faire le lien entre la violence des pogroms et celle qui va décimer la famille dans la pampa. Un récit assez noir donc, intéressant.
Le dessin de Pellejero, habituel compagnon de Zentner, est très agréable, avec son trait gras et une colorisation assez tranchée.
Si je suis moins enthousiaste que certains de mes prédécesseurs (et que le jury d’Angoulême), j’ai quand même trouvé cette histoire sympathique à lire.
Un ouvrage pas tjrs facile à lire, avec tous ces aller-retours, on finit par s'y perdre, il faut s'accrocher un peu, ou relire plusieurs fois la BD. Mais tout compte fait, le scénario est assez simple. Mais point de vue des comportements, ce n'est pas "jo-jo". Pas un truc à faire lire à des enfants ou des pré-ados (voire aux ados). Certaines pages sont assez sordides, je préviens d'avance.
Le dessin est assez inégal, il est souvent (très) réaliste avec parfois des passages très manga (mais pas SD). C'est étrange. Mais on s'habitue à ces changement de dessin qui correspondent à des ruptures dans la narration. Néanmoins, l'auteur a un bon coup de crayon, et je ne pense pas que ce soit des photos retouchées par ordinateur, sauf peut-être pour certains bâtiments et intérieurs.
La morale de cette triste histoire est : nul n'est pur.
Si je pouvais, je mettrais 2.5, j'arrondis à l'entier supérieur, car le dessin le vaut.
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A la recherche de la Licorne
Le dessin est correct, dans la lignée de cette collection Vécu. Du classique un peu inégal (la remarque est aussi valable sur la colorisation, pas extraordinaire sur le deuxième tome sur pas mal de passages). Un dessin inégal et daté, mais qui est quand même lisible. Quant à l’histoire, j’ai trouvé le premier tome un peu poussif, quelques dialogues ou situation naïves (la relation entre la « vierge » escortée et Juan de Olid, le chevalier dirigeant l’expédition par exemple). Mais, si l’ensemble est lui aussi sans doute un peu daté, j’ai trouvé qu’une fois au cœur de l’Afrique, la série avait pris ses marques, sortait de l’ordinaire, en exploitant un cadre – historique et géographique – plutôt original. En effet, nous suivons une expédition espagnole qui traverse l’Afrique du nord au sud pendant une vingtaine d’années dans le dernier quart du XVème siècle. On y croise des royaumes africains rarement vus en BD, on évoque des mythes qui ont eu la vie dure et qui vont s’estomper à ce moment (les licornes, le royaume du prêtre Jean), des explorateurs célèbres (Bartolomé Diaz, Colomb est évoqué sur la fin). Bref, de l’aventure exotique dont le cadre bonifie le récit. Au final, l’épopée de Juan et de ses compagnons possède quelque chose d’Homérique, Juan étant une sorte d’Ulysse de la fin du moyen-âge. Pas très connue, cette série mérite un coup d’œil de la part des amateurs de récits historiques exotiques.
Ernie Pike
J’ai lu la série dans l’intégrale en Noir et Blanc de Glénat. Ce qui n’est pas plus mal, tant j’aime bien le dessin de Pratt surtout en Noir et Blanc. Son trait, influencé par Milton Caniff, assez sec, est très lisible et agréable. Je suis de toute façon grand amateur de son travail, et je l’ai trouvé ici réussi. Pour le reste, c’est un recueil de courts récits de guerre, la plupart bien menés – mais qui sont, du coup, peu développés. On n’a pas le temps de s’attacher aux personnages. Les récits se déroulent durant la seconde guerre mondiale pour la plupart (d’autres ont pour cadre la guerre de Corée). De la même façon, cela se passe sur terre, parfois sur mer (avec un épisode entre un sous-marin allemand et les victimes de ses torpilles qu’il recueille déjà évoqué par Juncker dans Immergés). C’est globalement documenté, et la variété des cadres et des récits permet d’éviter les redites. En tout cas j’ai trouvé ces récits plus intéressants que Récits de guerre, où Pratt était moins inspiré (au scénario et au dessin).
Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame
Les deux auteurs n’en sont pas à leur première collaboration, leur duo est rodé, et talentueux. C’est donc sans surprise que la lecture s’est révélée fluide et agréable. Dessin et colorisation sont vraiment chouettes, jouant d’une simplicité qui colle bien au sujet, traitant de façon « positive », plutôt joyeuse, au travers des yeux d’un enfant, de la question de l’obésité (un gamin de CM1 défend bec et ongles sa maîtresse obèse, et cherche à la comprendre, à la protéger, à son insu). J’ai parlé d’absence de surprise (en tout cas de mauvaise surprise) au début de mon avis. Je dois dire que c’est aussi le petit défaut de cet album. J’aurais aimé un peu plus de digressions, quelque chose de moins linéaire. Mais bon, c’est quand même une lecture très plaisante, qui ravira le jeune lectorat, et qui peut tout à fait plaire à des adultes. Mais j’en attendais plus.
Sleeper - Point Blank
2.5 La mini-série qui se passe avant Sleeper et qui introduit quelques personnages et éléments qui vont être approfondis par la suite dans 'Sleeper'. J'ai trouvé que c'était correct sans plus. Le scénario possède des qualités (j'aime bien la fin) sauf que c'est pas toujours facile à suivre. Cela se passe dans l'univers de Wildstorm et cela fait tellement longtemps que j'avais lu un comics se passant dans ce monde que j'ai été un peu perdu par moment. Dans la version publiée par Urban Comics, il y a une postface de Brubaker qui indique qu'il voulait faire une œuvre volontairement complexe qui s'adresse aux lecteurs intelligents et il se demande s'il est pas allé trop loin parce que par moment c'est dur à comprendre uniquement si on est pas un connaisseur de cet univers de comics. Le dessin est correct quoique je ne suis pas fan de ce style de dessin réaliste froid et sans âme qu'on retrouve dans la bande dessinée et les comics modernes.
La France de l'ombre (Les Années rouge & noir)
J’ai lu cette série dans l’intégrale que viennent de publier Les Arènes (qui ont aussi modifié le titre d’ensemble). Je l’ai lue rapidement, sans jamais m’ennuyer, le sujet est intéressant et Convard a su jouer de l’arrière-plan historique et politique pour que l’on suive avec intérêt les quelques personnages fictifs qu’il a glissés au milieu des « historiques ». Le récit traite, sur une période allant des dernières années de la seconde guerre mondiale jusqu’à l’arrivée de Giscard au pouvoir (disons, pour faire simple, les Trente Glorieuses), des entourloupes, magouilles politiques menées par certains pour arriver au pouvoir et s’y maintenir. Avec comme fil rouge des fiches, dressées durant la guerre, et qui contiennent des informations sulfureuses et potentiellement dommageables pour certaines carrières politiques. Mais aussi, en pleine guerre froide, la lutte contre l’influence communiste, y compris en « récupérant » d’anciens collaborateurs, le tout avec la CIA comme aiguillon. Convard éclaire d’une lumière noire certains personnages comme Marie-France Garaud ou Pompidou – alors qu’on n’est pas étonné de retrouver dans ces magouilles quelqu’un comme Pasqua. Le récit est intéressant, bien mené, la lecture a été globalement agréable. Je note tout de même deux choses qui m’ont chiffonné. D’abord le dessin de Douay, que j’ai trouvé inégal et souvent très moyen. Changeant pour les visages, qui ne sont pas toujours fidèles au modèle d’origine pour des personnages historiques (de Gaulle en particulier). Ça reste lisible, mais je n’en suis pas fan. Ensuite la présentation des communistes faite ici, si elle sert l’intrigue et est cohérente, reste quand même parfois caricaturale, tout du moins partielle. Leur rôle immense dans la résistance est occulté, et on met sur le même plan collaborateurs et résistants. Enfin, j’ai trouvé que la lutte contre le communisme avait parfois bon dos, permettant à bon compte de réhabiliter certaines idées « patriotes ». Mais bon, il y avait quand même de ça à l’époque, et le récit est par ailleurs très crédible. Le personnage de Bacchelli, collaborateur puis grand maitre de la lutte anti-communiste, est un méchant réussi et crédible, un homme de l’ombre dans tous les sens du terme. Malgré les réserves évoquées plus haut, je recommande cette lecture, qui use bien du matériau historique pour développer une saga historico-politique réaliste sur les coulisses des IVème et Vème Républiques, qui ne se sont pas bâties que sur des roses. Note réelle 3,5/5.
L'Enfer en bouteille
Maruo est un des rares auteurs de manga que je suis régulièrement, qui m’intéresse au point de ne pas craindre d’y retrouver ce que je n’apprécie pas dans le manga (séries à rallonge, expression des émotions surjouée, dessin peu travaillé, etc.). J’ai retrouvé ici son trait fin très classique, clair, très lisible : efficace et agréable en somme. C’est plus sur les histoires regroupées dans ce recueil que je suis resté sur ma faim. En tout cas sur la première (la plus longue, qui donne son titre à l’ensemble), dans lesquelles je ne retrouvais pas forcément ce qui m’attire chez lui, à savoir cet Ero-Guro, mélange d’érotisme et de macabre. Cela vient sans doute des œuvres d’origine (il adapte ici des textes d’autres auteurs japonais), plus en retenue. Mais les trois suivantes sont plus intéressantes. L’intrigue n’est jamais passionnante, mais dans chacune de ces histoires il y a des choses qui m’interpellent. Au niveau graphique pour la Tentation de Saint Antoine, dans laquelle Maruo reconnait son goût pour les peintres surréalistes Max Ernst et Salvador Dali (plusieurs cases reprennent d’ailleurs des parties de tableaux de Dali), ou alors au niveau d’un érotisme plus marqué, accompagné d’un certain malaise dans les deux dernières. Un recueil inégal et pas forcément extraordinaire. Mais on y retrouve certaines des obsessions de Maruo, et les amateurs comme moi peuvent y trouver de quoi se contenter.
La Guerre des Mondes (Zibel)
Pour résumer rapidement mon ressenti, je dirais qu’on a là un grand classique, bien retranscrit, sans fioriture, dans une version qui plaira avant tout à un lectorat adolescent – on peut y voir une lecture de CDI d’un collège par exemple. D’ailleurs un important lexique, une analyse de l’œuvre et des extraits en Anglais complète l’album – du moins dans la version originale d’Adonis que j’ai lue. Ce dossier est un réel plus. Le texte fait assez littéraire, et reste dans la lignée du roman d’origine. La narration est sans surprise, un peu ampoulée parfois, Chanoinat n’a pas cherché à moderniser tournures et vocabulaire. Par contre, si je reconnais au dessin sa lisibilité, je n’en suis pas fan. Je l’ai trouvé inégal et globalement très moyen, peu détaillé, avec des erreurs de perspective ou de posture, et une colorisation qui lisse un peu trop l’ensemble. Pas forcément emballé par cette lecture, mais on peut l’emprunter à l’occasion, ça se laisse lire sans problème. Note réelle 2,5/5.
Une vie d'huissier
Honnêtement, même si a priori j’aime bien l’auteur, j’avais peur en empruntant cet album de m’ennuyer ferme, étant donné le sujet de départ, pas franchement emballant. Si l’album ne m’a pas enthousiasmé, je dois dire qu’il se laisse lire sans problème, et se révèle même intéressant, pour la découverte d’un métier de l’ombre, mal aimé, mais mal connu, celui d’huissier. Le dessin de Guedin est agréable, avec un Noir et Blanc jouant sur des dégradés de gris. Il m’avait habitué à des choses bien plus trash (il a pas mal publié dans le collectif Dernier cri) et ici, à part deux ou trois trucs disséminés dans quelques rares cases, c’est du très classique. Mais le rendu me convient très bien. Pour ce qui est de l’histoire, c’est instructif, mais pas non plus emballant. Un récit biographique, d’un lointain cousin de l’auteur, alternant période de l’enfance et son âge adulte. Cette alternance, et quelques anecdotes plus ou moins pénibles autour des actions de l’huissier permettent d’éviter ronronnement et ennui qui guettaient. A emprunter à l’occasion.
Le Silence de Malka
L’album s’inspire largement de l’histoire familiale de Zentner, lorsque ses « ancêtres » ont fui les pogroms russes pour trouver refuge – après moult « désagréments » – en Argentine. Je ne connaissais pas l’histoire de cette diaspora juive en Amérique latine (leurs descendants ont dû apprécier de voir arriver quelques dizaines d’années plus tard tous ces Nazis fuyant la débâcle !), et cet aspect est instructif (un long texte de présentation explique le sujet). L’histoire en elle-même se déroule sur un rythme relativement lent, réutilise le thème du golem, ce qui permet de faire le lien entre la violence des pogroms et celle qui va décimer la famille dans la pampa. Un récit assez noir donc, intéressant. Le dessin de Pellejero, habituel compagnon de Zentner, est très agréable, avec son trait gras et une colorisation assez tranchée. Si je suis moins enthousiaste que certains de mes prédécesseurs (et que le jury d’Angoulême), j’ai quand même trouvé cette histoire sympathique à lire.
Docteur Du Ming
Un ouvrage pas tjrs facile à lire, avec tous ces aller-retours, on finit par s'y perdre, il faut s'accrocher un peu, ou relire plusieurs fois la BD. Mais tout compte fait, le scénario est assez simple. Mais point de vue des comportements, ce n'est pas "jo-jo". Pas un truc à faire lire à des enfants ou des pré-ados (voire aux ados). Certaines pages sont assez sordides, je préviens d'avance. Le dessin est assez inégal, il est souvent (très) réaliste avec parfois des passages très manga (mais pas SD). C'est étrange. Mais on s'habitue à ces changement de dessin qui correspondent à des ruptures dans la narration. Néanmoins, l'auteur a un bon coup de crayon, et je ne pense pas que ce soit des photos retouchées par ordinateur, sauf peut-être pour certains bâtiments et intérieurs. La morale de cette triste histoire est : nul n'est pur. Si je pouvais, je mettrais 2.5, j'arrondis à l'entier supérieur, car le dessin le vaut.