Juan Gimenez est un grand nom de la BD, un espagnol au dessin immersif, parfois poisseux, parfois biomécanique, idéal pour un genre qui semble avoir été taillé sur mesure pour lui : la science-fiction. Il est surtout connu en France pour avoir illustré des œuvres comme Mutante, l'étoile noire, gangrène, et la caste de méta-barons ainsi que les méta-barons.
C'est au milieu de la réalisation de la saga de ces derniers qu'il écrit et dessine la dernière vie, afin de déconnecter un peu de Jodorowsky. Cette BD raconte l'histoire d'un ado qui découvre une démo de jeux vidéos qui transporte littéralement l'esprit dans le jeu. Problème : une de ses amies est morte dedans après avoir usé toutes ses vies, et se voit plongée dans le coma. On suit donc le héros dans ce diptyque qui va essayer tous les jeux tout en tentant de ne pas user sa dernière vie, afin de trouver le jeu ayant plongé son amie dans le coma et ainsi la ramener à la vie.
Conceptuellement, c'est une BD très étrange : on dirait un bout des années 80 qui se serait égaré dans les années 2000. En effet, cette BD a été éditée en 2002, mais la technologie qui nous est montrée date de deux décennies précédentes : le jeu par exemple est sous format disquette (en 2002 les premiers DVD-ROMs pointaient le bout de leur nez, la disquette avait déjà cessé de servir de support pour jeux depuis le début des années 90), les modems fonctionnent avec des téléphones connectés au réseau (pareil, le wi-fi commençait à apparaître, la connexion téléphonique n'existait pour ainsi dire plus depuis le milieu des années 90), pac-man fait son apparition, le personnage principal joue à tetris, et les héros n'ont que des téléphones filaires ou des cabines (alors que les téléphones portables envahissaient tout)...
A partir de là deux alternatives : soit on considère que l'auteur est déconnecté de la réalité dans laquelle il vit, soit on considère cette série comme une capsule temporelle rétro, un petit plaisir que Gimenez s'est fait car l'essentiel de son œuvre de science-fiction date des années 80.
Sachant que la dernière vie est une œuvre de "décompression", je penche pour la seconde hypothèse, ce qui me rend bien moins sévère que la plupart des autres critiques ayant pris ces anachronismes au premier degré. C'est donc une BD rétro, assez fun, bien qu'un peu simple/facile.
Niko Tackian a eu une belle carrière dans la BD dans la décennie 2003-2014, avant de se tourner avec succès vers le roman, se spécialisant dans le thriller. Avec "Traqueurs d'âmes" il revient à ses premières amours, la fantastique, mais cette fois-ci pour adolescents, en nous proposant des personnages modernes dans un cadre fictif.
Lino est donc le nouvel héros mis en avant, aidé par un camarade de classe aux goûts vestimentaires quelques peu désuets, et sa grande sœur Solal. Il est assez crédible dans sa caractérisation, ainsi que son entourage, même si les parents sont un brin effacés. La première enquête de ces traqueurs d'âmes se révèle au final assez classique, une histoire de fantômes appelant à l'aide car coincés dans une dimension alternative à cause d'un acte manqué... Il y a de l'émotion, de l'action, mais cela manque d'un peu plus de peps à mon avis.
Soann, jeune autrice autodidacte, se charge de la partie graphique de la série, et si son encrage mérite d'être plus affirmé, il y a un beau potentiel sur les ambiances et les attitudes des personnages. Par contre les voitures ce n'est pas trop son truc. Mais je suis curieux de voir sa progression.
A suivre, c'est plutôt sympa.
On a là un polar thriller mâtiné de fantastique, dont la lecture se révèle agréable.
La partie à proprement parler polar est très bien huilée, avec son lot de surprises et de révélations distillées au compte-gouttes. L'intrigue est très rythmée, et la tension monte crescendo. Du bon boulot donc, même si ça n’est pas non plus hyper original sur ce point-là.
Par contre, Joe Hill glisse dans son scénario une idée assez loufoque et gore, amusante, avec les « têtes parlantes » remplissant le panier du titre. C’est gentiment absurde, mais ça pimente avec un peu d'humour noir une lecture globalement sympathique (même si j’en suis sorti un chouia moins enthousiaste que mes prédécesseurs).
Note réelle 3,5/5.
J’ai emprunté à ma médiathèque les trois premiers albums, pour un « sondage » de la série – les autres étant temporairement indisponibles. Si je les ai lus plutôt avec plaisir, je vais m’arrêter là.
L’histoire est intéressante, nous plonge au cœur de la révolte vendéenne, une des principales insurrections royalistes, en l’An II. Swolfs s’est documenté, ça se voit au niveau de l’intrigue, des personnages, et des décors, la reconstitution est belle et crédible.
Il réussit aussi à bien marier petite et grande histoire, avec ce personnage de Dampierre, palefrenier propulsé parmi les chefs vendéens suite à quelques circonstances plus ou moins fâcheuses. Je trouve juste un peu limite le jeu d’équilibre que Dampierre semble maintenir entre madame de St Didier (dont il est le pion et l’amant) et Ariane, fille de celui qui lui a appris à manier les armes, et dont il semblait éperdument amoureux.
Si je m’arrête là, c’est que dans le troisième tome, les responsables du dessin et de la colorisation changent. Et le très beau dessin de Swolfs se transforme en quelque chose d’inégal et souvent moche – le contraste est saisissant, quel gâchis ! et la colorisation est, elle aussi, franchement ratée. Ça pique encore plus après comparaison avec les tomes précédents. Du coup, si le récit continuait à bien suivre le fil de l’Histoire, je n’avais plus l’envie de poursuivre une lecture devenue pénible.
Je serais moins sévère que les autres : alors oui, le scénario n'est pas des plus imaginatifs, très loin de là : on se retrouve avec une énième quête diligentée par un énième mage qui sera escorté par une héroïne borgne qui donne son nom à la série. Il y a de (très) nombreux plans nichons (assez gratuits), c'est pas toujours très moral, c'est un peu con, mais c'est assez fun au fond. Très franchement, trolls de troy que tout le monde semble adorer ne vole pas plus haut.
En fait la série a juste un énorme défaut : contrairement à ce que la page nous indique, la série n'est pas terminée, mais carrément abandonnée, et au milieu d'un sacré, voire énorme cliffhanger.
J’ai longtemps cru à une petite escroquerie, tant j’avais l’impression de lire une histoire qui aurait tout aussi bien pu se situer hors de l’univers Spirou & Fantasio : les personnages ne se connaissent pas, ou alors ont des liens familiaux surprenants entre eux, leur caractère est différent, c’est de la SF se déroulant 2 000 ans après les intrigues originelles, etc. L’usurpation me semblait un peu grosse et ne manquait pas de m’énerver.
Mais j’ai quand même continué ma lecture. D’abord parce que le dessin de Lebeault porte bien son nom. On y retrouve pas mal de l’univers d’Horologiom ou de Sélénie. Ses décors, les vaisseaux, les robots, tout en rondeurs, très cartoonesques (un peu du « Roi et l’Oiseau » de Grimault ici aussi), tout ce bric-à-brac est plutôt chouette. Mon seul bémol concerne les personnages, dont les visages (et parfois certaines proportions des corps) ne sont pas à mon goût.
L’histoire est moins originale, mais sort totalement de l’univers de Spirou. Une fois passées les surprises de découvrir nos personnages habituels totalement « rebootés », l’histoire se laisse lire, est assez dynamique.
Surtout, je trouve que la pirouette finale est assez bien vue, et gomme en partie les accusations d’escroquerie que j’évoquais plus haut. Filippi réussit sa fin, qui justifie en grande partie les moyens utilisés pour développer cette histoire.
Tout ici transpire le classicisme. Le dessin de Servais, très réaliste, excellent pour tout ce qui touche à la nature, plus inégal mais quand même très bon pour les personnages. Ça n’est pas très fouillé, mais visuellement, c’est assez chouette, très lisible.
L’histoire est elle aussi classique, pour le coup pas mal de déjà-vu. Les retrouvailles de trois anciens copains à l’occasion d’un enterrement, les vieux souvenirs qui ressortent, dans lesquels Fanchon, qui faisait partie de leur « bande », jouait un rôle central (forcément au centre de toutes les tensions amoureuses), elle qui a « disparu » vingt ans auparavant : on a là un canevas très peu révolutionnaire, narré de façon fluide, mais sans trop de surprises par Servais.
La fin se démarque un chouia de ce que j’attendais, même si je l’ai trouvée un peu facile et bâclée.
Si l’album se laisse lire agréablement – et relativement rapidement (peu de texte finalement), j’en suis sorti quelque peu déçu, c’est un peu trop creux je trouve.
Note réelle 2,5/5.
Je suis partagé sur ma note, ayant beaucoup aimé le récit de Sade et trouvant l'adaptation en BD plutôt quelconque.
Parlons de la BD en elle-même déjà. Elle est dessinée assez sobrement, avec notamment des personnages qui se confondent assez facilement (femmes comme hommes) et j'ai trouvé une grande complexité, surtout au début, à distinguer chaque personne l'une de l'autre. Les scènes d'orgies abondent, avec son lot de … truc qui donnent envie de vomir, disons le (ca reste du Sade) mais le format l'empêche de vraiment faire quelque chose d'impactant visuellement. J'ai souvent eu l'impression que l'auteur s'était cloisonné dans son récit, s'empêchant de vraiment faire quelque chose de réussi visuellement.
Le tout enrobé dans le texte de Sade, abondant et visiblement cité dans le texte, ce qui est appréciable mais donne un aspect très "illustratif" au dessin. Pas mon adaptation favorite, donc.
Par contre, l'histoire de Sade est extrêmement intéressante. Sous des aspects d'histoire initiatique et de découverte d'un monde de turpitudes et de fornication barbare, Sade pose un propos extrêmement politique, fustigeant une société royale pourrie jusqu'à la moelle. Mais son propos dépasse largement sa simple société et semble considérer l'humain comme prisonnier éternel de ses pulsions, qu'il convient alors d'assouvir sans retenu, estimant que se retenir est un crime, le seul valable : celui contre soi. J'aime l'idée de Sade, qui parle de nature humaine et pose un constat simple : si ni Dieu, ni la chance, ni l'univers ne veulent vous aider, faites vous plaisir sans craindre les conséquences, et ne vous abaissez pas à croire les doux mensonges que sont la société, l'amour ou l'amitié.
Curieusement, je trouve que Sade à encore un bel écho actuel, et me rappelle ce que disait Terry Pratchett sur Noël (je sais, le parallèle est étrange). Il y a là une question de ce qu'on est prêt à croire comme monde, ce qu'on veut comme vie et la question de ce qui est juste. Sade et Pratchett n'ont pas les mêmes réponses mais je trouve que la philosophie du divin Marquis est franchement intéressante.
Pour la question de l'intérêt de la BD, c'est à la perception de chacun. Personnellement je trouve l'adaptation trop limitée. Maintenant si vous voulez découvrir Sade et son propos, pourquoi pas ? Rappelons que ça reste l'un des auteurs les plus sales qu'il est possible de lire, il y a de quoi faire des cauchemars dans cette BD. Vous êtes désormais prévenus !
Le genre de BD intéressant même si rien qu'en regardant le titre le lecteur habitué à ce genre de BD va tout de suite deviner les défauts.
Les auteurs proposent donc de suivre le parcours de 10 femmes philosophes et bien sur la plupart sont méconnus sauf Simone de Beauvoir. C'est bien de faire connaitre des figures féminines venue d'un milieu dominé par les hommes durant des siècles, sauf que vu le nombre de pages et le nombre de femmes, et ben cela donne des biographies courtes qui vont à l'essentiel en montrant les points principaux de leur pensées philosophiques et de leurs vies.
De plus, si le sujet m'intéresse, ce n'est pas raconté de manière très captivante et les tentatives d'humours ne fonctionnent pas toujours. On peut aussi reprocher à l'album d'être un peu nombriliste vu que plus de la moitié des femmes présentes dans l'album sont françaises et on voit peu la pensée en dehors de l'occident.
Malgré tout, cela reste un album qui se lit sans trop de problème si on s'intéresse au sujet et qu'on a pas envie de lire des gros bouquins philosophiques de plusieurs centaines de pages. Le dessin est sympathique.
Après Le Mystère du Lac et sa cité cachée, l'Australien Jason Pamment nous propose une nouvelle aventure originale. d'abord sur le dos d'une tortue pour le minuscule Ambre, qui ne se souvient pas de ses origines, ensuite sur une île dans une école un peu spéciale, avec des condisciples très particuliers; Commence alors l'aventure, et la rencontre avec une créature encore plus bizarre dans les cavernes de l'île.
Ce que j'aime chez Jason Pamment, c'est ce goût débridé pour l'aventure, l'étrange sans être inquiétant comme on peut le rencontrer chez Lovecraft et ses adaptateurs par exemple. Et ce graphisme simple mais très expressif. on voit que rien ne lui fait peur, que ses possibilités graphiques sont immenses, tout en restant accessibles au jeune public. Mention spéciale pour les scènes dans des cavernes, pas faciles à gérer mais dont il se sort haut la main.
Sympathique leçon de tolérance, de curiosité et d'amitié inter-espèces.
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La Dernière Vie
Juan Gimenez est un grand nom de la BD, un espagnol au dessin immersif, parfois poisseux, parfois biomécanique, idéal pour un genre qui semble avoir été taillé sur mesure pour lui : la science-fiction. Il est surtout connu en France pour avoir illustré des œuvres comme Mutante, l'étoile noire, gangrène, et la caste de méta-barons ainsi que les méta-barons. C'est au milieu de la réalisation de la saga de ces derniers qu'il écrit et dessine la dernière vie, afin de déconnecter un peu de Jodorowsky. Cette BD raconte l'histoire d'un ado qui découvre une démo de jeux vidéos qui transporte littéralement l'esprit dans le jeu. Problème : une de ses amies est morte dedans après avoir usé toutes ses vies, et se voit plongée dans le coma. On suit donc le héros dans ce diptyque qui va essayer tous les jeux tout en tentant de ne pas user sa dernière vie, afin de trouver le jeu ayant plongé son amie dans le coma et ainsi la ramener à la vie. Conceptuellement, c'est une BD très étrange : on dirait un bout des années 80 qui se serait égaré dans les années 2000. En effet, cette BD a été éditée en 2002, mais la technologie qui nous est montrée date de deux décennies précédentes : le jeu par exemple est sous format disquette (en 2002 les premiers DVD-ROMs pointaient le bout de leur nez, la disquette avait déjà cessé de servir de support pour jeux depuis le début des années 90), les modems fonctionnent avec des téléphones connectés au réseau (pareil, le wi-fi commençait à apparaître, la connexion téléphonique n'existait pour ainsi dire plus depuis le milieu des années 90), pac-man fait son apparition, le personnage principal joue à tetris, et les héros n'ont que des téléphones filaires ou des cabines (alors que les téléphones portables envahissaient tout)... A partir de là deux alternatives : soit on considère que l'auteur est déconnecté de la réalité dans laquelle il vit, soit on considère cette série comme une capsule temporelle rétro, un petit plaisir que Gimenez s'est fait car l'essentiel de son œuvre de science-fiction date des années 80. Sachant que la dernière vie est une œuvre de "décompression", je penche pour la seconde hypothèse, ce qui me rend bien moins sévère que la plupart des autres critiques ayant pris ces anachronismes au premier degré. C'est donc une BD rétro, assez fun, bien qu'un peu simple/facile.
Traqueurs d'âmes
Niko Tackian a eu une belle carrière dans la BD dans la décennie 2003-2014, avant de se tourner avec succès vers le roman, se spécialisant dans le thriller. Avec "Traqueurs d'âmes" il revient à ses premières amours, la fantastique, mais cette fois-ci pour adolescents, en nous proposant des personnages modernes dans un cadre fictif. Lino est donc le nouvel héros mis en avant, aidé par un camarade de classe aux goûts vestimentaires quelques peu désuets, et sa grande sœur Solal. Il est assez crédible dans sa caractérisation, ainsi que son entourage, même si les parents sont un brin effacés. La première enquête de ces traqueurs d'âmes se révèle au final assez classique, une histoire de fantômes appelant à l'aide car coincés dans une dimension alternative à cause d'un acte manqué... Il y a de l'émotion, de l'action, mais cela manque d'un peu plus de peps à mon avis. Soann, jeune autrice autodidacte, se charge de la partie graphique de la série, et si son encrage mérite d'être plus affirmé, il y a un beau potentiel sur les ambiances et les attitudes des personnages. Par contre les voitures ce n'est pas trop son truc. Mais je suis curieux de voir sa progression. A suivre, c'est plutôt sympa.
Basketful of heads
On a là un polar thriller mâtiné de fantastique, dont la lecture se révèle agréable. La partie à proprement parler polar est très bien huilée, avec son lot de surprises et de révélations distillées au compte-gouttes. L'intrigue est très rythmée, et la tension monte crescendo. Du bon boulot donc, même si ça n’est pas non plus hyper original sur ce point-là. Par contre, Joe Hill glisse dans son scénario une idée assez loufoque et gore, amusante, avec les « têtes parlantes » remplissant le panier du titre. C’est gentiment absurde, mais ça pimente avec un peu d'humour noir une lecture globalement sympathique (même si j’en suis sorti un chouia moins enthousiaste que mes prédécesseurs). Note réelle 3,5/5.
Dampierre
J’ai emprunté à ma médiathèque les trois premiers albums, pour un « sondage » de la série – les autres étant temporairement indisponibles. Si je les ai lus plutôt avec plaisir, je vais m’arrêter là. L’histoire est intéressante, nous plonge au cœur de la révolte vendéenne, une des principales insurrections royalistes, en l’An II. Swolfs s’est documenté, ça se voit au niveau de l’intrigue, des personnages, et des décors, la reconstitution est belle et crédible. Il réussit aussi à bien marier petite et grande histoire, avec ce personnage de Dampierre, palefrenier propulsé parmi les chefs vendéens suite à quelques circonstances plus ou moins fâcheuses. Je trouve juste un peu limite le jeu d’équilibre que Dampierre semble maintenir entre madame de St Didier (dont il est le pion et l’amant) et Ariane, fille de celui qui lui a appris à manier les armes, et dont il semblait éperdument amoureux. Si je m’arrête là, c’est que dans le troisième tome, les responsables du dessin et de la colorisation changent. Et le très beau dessin de Swolfs se transforme en quelque chose d’inégal et souvent moche – le contraste est saisissant, quel gâchis ! et la colorisation est, elle aussi, franchement ratée. Ça pique encore plus après comparaison avec les tomes précédents. Du coup, si le récit continuait à bien suivre le fil de l’Histoire, je n’avais plus l’envie de poursuivre une lecture devenue pénible.
Amiante
Je serais moins sévère que les autres : alors oui, le scénario n'est pas des plus imaginatifs, très loin de là : on se retrouve avec une énième quête diligentée par un énième mage qui sera escorté par une héroïne borgne qui donne son nom à la série. Il y a de (très) nombreux plans nichons (assez gratuits), c'est pas toujours très moral, c'est un peu con, mais c'est assez fun au fond. Très franchement, trolls de troy que tout le monde semble adorer ne vole pas plus haut. En fait la série a juste un énorme défaut : contrairement à ce que la page nous indique, la série n'est pas terminée, mais carrément abandonnée, et au milieu d'un sacré, voire énorme cliffhanger.
Le Spirou de Lebeault et Filippi - Fondation Z
J’ai longtemps cru à une petite escroquerie, tant j’avais l’impression de lire une histoire qui aurait tout aussi bien pu se situer hors de l’univers Spirou & Fantasio : les personnages ne se connaissent pas, ou alors ont des liens familiaux surprenants entre eux, leur caractère est différent, c’est de la SF se déroulant 2 000 ans après les intrigues originelles, etc. L’usurpation me semblait un peu grosse et ne manquait pas de m’énerver. Mais j’ai quand même continué ma lecture. D’abord parce que le dessin de Lebeault porte bien son nom. On y retrouve pas mal de l’univers d’Horologiom ou de Sélénie. Ses décors, les vaisseaux, les robots, tout en rondeurs, très cartoonesques (un peu du « Roi et l’Oiseau » de Grimault ici aussi), tout ce bric-à-brac est plutôt chouette. Mon seul bémol concerne les personnages, dont les visages (et parfois certaines proportions des corps) ne sont pas à mon goût. L’histoire est moins originale, mais sort totalement de l’univers de Spirou. Une fois passées les surprises de découvrir nos personnages habituels totalement « rebootés », l’histoire se laisse lire, est assez dynamique. Surtout, je trouve que la pirouette finale est assez bien vue, et gomme en partie les accusations d’escroquerie que j’évoquais plus haut. Filippi réussit sa fin, qui justifie en grande partie les moyens utilisés pour développer cette histoire.
Fanchon
Tout ici transpire le classicisme. Le dessin de Servais, très réaliste, excellent pour tout ce qui touche à la nature, plus inégal mais quand même très bon pour les personnages. Ça n’est pas très fouillé, mais visuellement, c’est assez chouette, très lisible. L’histoire est elle aussi classique, pour le coup pas mal de déjà-vu. Les retrouvailles de trois anciens copains à l’occasion d’un enterrement, les vieux souvenirs qui ressortent, dans lesquels Fanchon, qui faisait partie de leur « bande », jouait un rôle central (forcément au centre de toutes les tensions amoureuses), elle qui a « disparu » vingt ans auparavant : on a là un canevas très peu révolutionnaire, narré de façon fluide, mais sans trop de surprises par Servais. La fin se démarque un chouia de ce que j’attendais, même si je l’ai trouvée un peu facile et bâclée. Si l’album se laisse lire agréablement – et relativement rapidement (peu de texte finalement), j’en suis sorti quelque peu déçu, c’est un peu trop creux je trouve. Note réelle 2,5/5.
Juliette de Sade
Je suis partagé sur ma note, ayant beaucoup aimé le récit de Sade et trouvant l'adaptation en BD plutôt quelconque. Parlons de la BD en elle-même déjà. Elle est dessinée assez sobrement, avec notamment des personnages qui se confondent assez facilement (femmes comme hommes) et j'ai trouvé une grande complexité, surtout au début, à distinguer chaque personne l'une de l'autre. Les scènes d'orgies abondent, avec son lot de … truc qui donnent envie de vomir, disons le (ca reste du Sade) mais le format l'empêche de vraiment faire quelque chose d'impactant visuellement. J'ai souvent eu l'impression que l'auteur s'était cloisonné dans son récit, s'empêchant de vraiment faire quelque chose de réussi visuellement. Le tout enrobé dans le texte de Sade, abondant et visiblement cité dans le texte, ce qui est appréciable mais donne un aspect très "illustratif" au dessin. Pas mon adaptation favorite, donc. Par contre, l'histoire de Sade est extrêmement intéressante. Sous des aspects d'histoire initiatique et de découverte d'un monde de turpitudes et de fornication barbare, Sade pose un propos extrêmement politique, fustigeant une société royale pourrie jusqu'à la moelle. Mais son propos dépasse largement sa simple société et semble considérer l'humain comme prisonnier éternel de ses pulsions, qu'il convient alors d'assouvir sans retenu, estimant que se retenir est un crime, le seul valable : celui contre soi. J'aime l'idée de Sade, qui parle de nature humaine et pose un constat simple : si ni Dieu, ni la chance, ni l'univers ne veulent vous aider, faites vous plaisir sans craindre les conséquences, et ne vous abaissez pas à croire les doux mensonges que sont la société, l'amour ou l'amitié. Curieusement, je trouve que Sade à encore un bel écho actuel, et me rappelle ce que disait Terry Pratchett sur Noël (je sais, le parallèle est étrange). Il y a là une question de ce qu'on est prêt à croire comme monde, ce qu'on veut comme vie et la question de ce qui est juste. Sade et Pratchett n'ont pas les mêmes réponses mais je trouve que la philosophie du divin Marquis est franchement intéressante. Pour la question de l'intérêt de la BD, c'est à la perception de chacun. Personnellement je trouve l'adaptation trop limitée. Maintenant si vous voulez découvrir Sade et son propos, pourquoi pas ? Rappelons que ça reste l'un des auteurs les plus sales qu'il est possible de lire, il y a de quoi faire des cauchemars dans cette BD. Vous êtes désormais prévenus !
Libres de penser - Dix femmes, dix vies philosophiques
Le genre de BD intéressant même si rien qu'en regardant le titre le lecteur habitué à ce genre de BD va tout de suite deviner les défauts. Les auteurs proposent donc de suivre le parcours de 10 femmes philosophes et bien sur la plupart sont méconnus sauf Simone de Beauvoir. C'est bien de faire connaitre des figures féminines venue d'un milieu dominé par les hommes durant des siècles, sauf que vu le nombre de pages et le nombre de femmes, et ben cela donne des biographies courtes qui vont à l'essentiel en montrant les points principaux de leur pensées philosophiques et de leurs vies. De plus, si le sujet m'intéresse, ce n'est pas raconté de manière très captivante et les tentatives d'humours ne fonctionnent pas toujours. On peut aussi reprocher à l'album d'être un peu nombriliste vu que plus de la moitié des femmes présentes dans l'album sont françaises et on voit peu la pensée en dehors de l'occident. Malgré tout, cela reste un album qui se lit sans trop de problème si on s'intéresse au sujet et qu'on a pas envie de lire des gros bouquins philosophiques de plusieurs centaines de pages. Le dessin est sympathique.
Ambre et l'île des créatures perdues
Après Le Mystère du Lac et sa cité cachée, l'Australien Jason Pamment nous propose une nouvelle aventure originale. d'abord sur le dos d'une tortue pour le minuscule Ambre, qui ne se souvient pas de ses origines, ensuite sur une île dans une école un peu spéciale, avec des condisciples très particuliers; Commence alors l'aventure, et la rencontre avec une créature encore plus bizarre dans les cavernes de l'île. Ce que j'aime chez Jason Pamment, c'est ce goût débridé pour l'aventure, l'étrange sans être inquiétant comme on peut le rencontrer chez Lovecraft et ses adaptateurs par exemple. Et ce graphisme simple mais très expressif. on voit que rien ne lui fait peur, que ses possibilités graphiques sont immenses, tout en restant accessibles au jeune public. Mention spéciale pour les scènes dans des cavernes, pas faciles à gérer mais dont il se sort haut la main. Sympathique leçon de tolérance, de curiosité et d'amitié inter-espèces.