Le western ayant le vent en poupe depuis quelque temps, Soleil a missionné Istin, dirigeant de séries/collections/concepts en tous genres – même si le western ne fait pas partie de ses préférés semble-t-il vu sa bibliographie. Il s’agit pour Soleil de ne laisser passer aucun filon…
Le principal problème avec cette série, c’est que ça n’en est pas du tout une ! Chaque album s’intéresse à un personnage différent, avec des scénaristes et dessinateurs différents à chaque fois, on a bien là une collection dans laquelle prennent place des one-shot (Istin est d’ailleurs crédité comme directeur de collection) ! Collection qui lorgne vers la collection « La véritable histoire du far west » développée par le concurrent Glénat. Et donc avoir une évaluation d’ensemble comme pour une série est un brin difficile, voire inutile.
Cela dit, je suis globalement déçu par cette série, inégale (voir mes remarques plus haut) et pas toujours captivante (note réelle globale 2,5/5).
Tome 1 : « Wyatt Earp’s Last Hunt » 2 étoiles (note réelle 2,5)
L’album inaugure la collection, et il m’a laissé sur ma faim. Car il ne s’intéresse qu’à un événement très tardif de la biographie d’Earp, qui se déroule sur la côte ouest, en pleine ville : on est loin du western, et de la légende du bonhomme (quelques événements antérieurs sont bien évoqués, mais parcimonieusement).
L’album n’est en fait qu’une enquête policière, autour d’un tueur en série (on est parfois proche de Jack l’éventreur), une intrigue qui aurait tout aussi bien pu se dérouler dans un autre cadre, avec un autre protagoniste comme héros. Je reste frustré de ne pas avoir vu là développé ce qui a rendu célèbre ce bonhomme.
Le dessin est dynamique et intéressant (je n’aime juste pas trop l’accentuation de certaines ombres, et une colorisation qui lisse trop le rendu).
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Tome 2 : « Billy the Kid – The Lincoln County War » 2 étoiles
Là aussi je sors déçu de ma lecture. Encore une fois parce que n’est développé qu’un court épisode de la vie du héros. L’histoire est une sorte de huis-clos, l’essentiel de l’album traitant des quelques jours durant lesquels le Kid et quelques autres cow-boys ont subi un siège, durant la guerre de Lincoln, qui a opposé plusieurs clans et leurs hommes pour le contrôle du comté.
Du coup l’intrigue est assez pauvre, et on n’en apprend pas tant que ça sur le Kid, présenté ici comme quelqu’un d’instable et violent. J’aurais aimé en savoir plus sur sa vie, son passé.
Le dessin est lisible, mais inégal (quelques erreurs de perspectives, des chevaux pas toujours réussis). Mais rien de véritablement gênant.
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Tome 3 : « Sitting Bull – Home of the braves » 3 étoiles
Seul album de la collection à avoir pour héros un Indien, il m’intéressait a priori. Surtout que le personnage de Sitting Bull est charismatique, et cet homme a eu une vie des plus riches et emblématiques de la destinée des Indiens des plaines, de ses premiers combats jusqu’à sa reconnaissance comme grand medecin-man mais aussi chef de guerre Lakota (il est l’un des grands artisans de la victoire des Lakotas et des Cheyennes sur Custer à la Little Big Horn). Mais aussi sa « fin » pleine d’ironie et d’un peu de résignation lorsqu’il quitte son exil canadien pour rejoindre le Wild West Show de Buffalo Bill, ou lorsqu’il meurt assassiné, juste avant le dernier massacre de Wounded Knee en 1890.
Mais cette collection ne se concentre que sur un moment de la vie du héros choisi dans chaque album, et développe une aventure – ici totalement imaginaire. Sitting Bull, au côté d’un Blanc qui s’est rangé à son bon droit, traque des chercheurs d’or dans les Black Hills, pour éviter que ce métal n’attire d’autres Blancs et ne précipite la fin de son peuple (nous savons bien entendu que c’est justement ce qui va se passer).
Cette aventure est imaginaire, mais elle se laisse lire, c’est assez rythmé. Ça ressemble à une chasse dans les sous-bois, un peu à la façon du « Dernier des Mohicans ». Quelques facilités quand même, Sitting Bull étant franchement invincible et se démultipliant au-delà d’une certaine crédibilité, même si on se laisse embarquer par le récit.
Par contre, en plus de l’aventure en elle-même, fictive donc, je trouve que Peru ne nous apprend pas grand-chose sur Sitting Bull (que je n’ai pas trouvé trop ressemblant au personnage réel – même si les photos que nous connaissons de lui sont généralement un peu plus tardives). Sur ce point je reste sur ma faim, j’attendais, j’espérais quelque chose de plus consistant pour mettre en avant une grande figure de cette époque, mais sa trajectoire personnelle est effleurée seulement ici.
A part le petit défaut pointé ci-dessus, j’ai quand même globalement apprécié le dessin de Merli.
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Tome 4 : « Buffalo Bill – Yellowstone » 3 étoiles (2,5)
Bon, ben je crois qu’il faut se faire une raison, ça n’est pas une série/collection qui développe la biographie de héros de l’ouest sauvage, mais plutôt des one-shots utilisant certains de ces héros pour dynamiser une aventure, un moment (plutôt court) de leur vie.
Nous suivons ici Buffalo Bill, qui semble se payer une petite virée entre amis, un moment de vacances, avant d’embarquer avec son Wild West Show pour l’Angleterre. Mais cette virée va mal tourner, et se transformer en chasse à l’homme.
Le récit est dynamique, on ne s’ennuie pas, le rythme et les fusillades compensent le manque de profondeur des personnages. Mais j’avoue n’avoir pas trop compris pourquoi des types en voulaient à ce point à Buffalo Bill.
Quant au dessin, il fait le boulot, mais manque lui aussi de détails.
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Tome 5 : « Wild Bill Hickok – Forty Bastards » 3 étoiles (3,5)
Une nouvelle fois centrée sur un épisode restreint de la vie du héros, cette aventure se révèle dynamique et globalement agréable à suivre. Sans doute celle que j’ai préférée parmi les 5 traitant des cow-boys légendaires.
Comme pour l’album précédent consacré à Buffalo Bill, il s’agit d’une traque, mais ici à grande échelle, Hickok cherchant avec quelques rescapés d’un accident de train à échapper à une quarantaine de rascals déterminés à lui faire la peau – même si leur chef a un motif plus précis (dévoilé en fin d’album – et un peu tiré par les cheveux…).
Le groupe autour d’Hickok est hétéroclite, mais permet à l’intrigue d’être plus et mieux développée que dans les one-shots précédents. Et le combat final ressemble à un petit Alamo dans les montagnes enneigées.
A part les chevaux à plusieurs reprises, et une colorisation trop lisse parfois, j’ai aussi bien aimé le dessin.
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Tome 6 : « Butch Cassidy & The Wild Bunch » 3 étoiles
Dernier opus en date de cette série/collection, cet album consacré à Butch Cassidy est lui aussi centré sur un épisode restreint dans le temps. Comme les deux précédents albums consacrés à Buffalo Bill et à Hickok, on a là une chasse à l’homme (ici des chasseurs de prime et une dizaine de sheriffs traquent Cassidy et son « Bunch » après qu’ils aient attaqué et pillé un train).
C’est assez rythmé (au détriment de la psychologie des personnages – et de l’histoire de Cassidy, dont on n’apprend que quelques bribes au détour de conversations), d’autant plus que l’intrigue se complexifie dans la seconde moitié de l’album, lorsque le Bunch trouve refuge auprès d’une sorte de secte d’illuminés.
Bec prend ici pas mal de libertés avec l’Histoire, la vie de Cassidy, mais aussi avec un certain réalisme qui dominait auparavant. Et il tombe un peu vers la fin, dans certaines scènes, dans l’un de ses travers, avec des combats pas toujours très faciles à déchiffrer, et l’intervention de personnages ressemblant à des zombies (même s’ils n’en sont pas). Je trouve cette partie décevante. C’est dommage, il n’avait pas besoin de ça et aurait pu s’en passer sans ralentir l’action.
Dessin et colorisation sont moyens, mais lisibles en tout cas.
Une petite déception concernant ce triptyque dont j'attendais beaucoup plus au vu des nombreux avis élogieux sur bdtheque.
Déception tout d'abord concernant l'histoire mâtinée de fantastique. Le cadre de la Bretagne du XIXème siècle était pourtant alléchant mais les nombreuses zones d'ombre (origine des sortes de korrigans notamment), l'architecture du scénario vue et revue avec le récit d'un homme auprès d'un écrivain en mal d'inspiration dans un lieux clos et la chute finale que l'on sent arriver, ne m'ont pas totalement convaincu. Enfin, la chute finale qui doit normalement interpeler et semer le doute dans la tête du lecteur m'a d'autant plus interrogé : [DÉBUT DU SPOILER] Comment le père d'Iréna n'a pas découvert le cadavre de sa fille morte de chagrin sur la tombe de sa mère avant qu'elle ne revienne de manière inexpliquée ? Au vu de son immense chagrin, il devait se recueillir régulièrement sur la tombe de sa mère. Cela ne tient pas debout. Ou alors quelque chose m'a échappé ? [FIN DU SPOILER]
Au niveau du dessin, chaque case est une véritable aquarelle et ça vaut vraiment le coup d’œil. Dommage que l'ouvrage que j'ai eu entre les mains est l'intégrale petit format aux éditions France Loisirs qui ne m'a pas permis de profiter pleinement de la beauté du graphisme.
Au final, un bel ouvrage qui se lit tout de même bien (on a envie de savoir la suite) mais dont les zones d'ombre et les incohérences de certains passages m'ont un peu déçu.
Un petit 3,5 ramené à 3.
Originalité : 3/5 - Histoire : 3/5
Dessin : 4/5 - Mise en couleurs : 4/5
NOTE GLOBALE : 14/20
Je n'ai pas suivi de près les péripéties de l'affaire du Mediator. Cette série a le mérite de remettre en place dans un synthèse très documentée les principaux éléments du dossier.
Irène Frachon est la cheville ouvrière des révélations sur le Mediator et elle s'adresse ici à un large public pour éclairer les nombreuses anomalies qui ont fait que cette affaire existe.
La tâche n'est pas simple puisqu'il faut présenter à la fois le côté scientifique de la molécule dans un historique logique, ainsi que les rouages d'un système d'alerte administrative et pharmaceutique puis d'un système judiciaire lourds à déplacer.
La narration évite de trop s'éparpiller et permet à un lecteur lambda de ne pas trop se perdre. Comme souvent dans ce type d'affaires il y a télescopage entre le côté aride du droit, des protocoles de surveillance ou des enjeux financiers face à des drames humains porteurs d'émotions tragiques.
Que Servier puisse se défendre et utilise les possibilités du droit, cela peut paraître écoeurant mais c'est la garantie de vivre dans un état de droit. Iréne Frachon a bien fait son travail dans cette affaire, certains journalistes aussi il faut laisser la justice faire le sien sereinement.
Au delà de cette affaire le récit révèle une utilisation parfois abusive des médicaments. Il est probablement possible de perdre quelques kilos sans prendre de pilules, c'est l'un des messages du récit auquel j'adhère pleinement.
Le graphisme de François Duprat propose un visuel documentaire et journalistique. Les décors sont rares, l'accent est mis sur les personnages et la mise en scène qui permet de suivre aisément un récit complexe dans sa thématique et dans le temps. Il n'y a pas de dramatisation excessive des scènes tragiques. Enfin j'aime bien son trait très expressif quelquefois proche de la caricature.
On sent que les auteurs ont voulu rester dans un énoncé factuel. C'est une des qualités du livre.
Une lecture instructive mais qui demande une forte attention. Un bel ouvrage. Un bon 3
Les amours contrariées de deux auteurs majeurs du 20ème siècle nous sont donc contées dans cet album écrit par Ingrid Chabbert, scénariste aux multiples facettes. C'est une histoire d'amour passionnée, enflammée, basée sur le sexe mais aussi une certaine émulsion artistique. Ces différents aspects sont présents dans l'album, même si la partie charnelle a été un peu plus mise en avant dans quelques scènes presque explicites. A titre de comparaison, la relation parallèle entre Beauvoir et Sartre n'est représentée que sur le registre intellectuel. Les différentes tranches de vie, les rencontres parfois furtives, sont bien identifiées grâce à des repères temporels. Elles ne sont d'ailleurs pas tout à fait dans l'ordre chronologique, mais cela n'est pas une gêne à la lecture.
La partie graphique est assurée par Anne-Perrine Couët, jeune autrice très talentueuse qui prête sa ligne claire à ce récit tout en nuances. Il y a de très elles cases, notamment en pleine page, mais on sent qu'elle n'a pas encore tout à fait atteint sa maturité graphique. Certaines cases m'ont semblé manquer de décors, alors que d'autres sont plus denses. Alessandra Alexakis se charge des couleurs, dans une palette très lumineuse, adaptée à cette histoire assez intéressante.
Plutôt pas mal.
Je rejoins l'avis de Mac Arthur.
C'est clairement pas une bande dessinée à lire si on n'aime pas les histoires qui montrent la violence au quotidien parce que certains passages sont très glauques. Le sujet principal de l'album est que l'héroïne doit affronter les traumatises de son enfance : elle a été élevée par une mère-fille qui était clairement pas du tout prête pour le rôle de mère et ça empire lorsque plusieurs années la mère se trouve un petit ami qui se révèlera vite violent. Personnellement, je trouve cela un peu dur de lire ce genre de récit, mais je trouve que c'est tout de même important de parler de ce genre de violence que subissent trop de femmes et d'enfants au quotidien.
Cela dit, ce n'est pas parce qu'une BD parle d'un sujet important que je vais automatiquement mettre une excellente note. Il y a des défauts dans le scénario comme le révèle bien Mac Arthur. J'étais perdu au début parce que je ne comprenais pas le lien entre la scène du procès au début et ce qui se passe ensuite. En plus, au début l'auteur dessine l'héroïne adulte comme si elle était encore un enfant. J'imagine que c'est censé être une métaphore parce qu'au fil de sa thérapie, elle devient finalement une adulte sauf que comme tout le reste est 'normal', c'est juste déstabilisant. Bref, j'ai commencé ma lecture en ne comprenant pas trop ce qui se passait, ce qui est rarement un bon signe parce que si je suis perdu dès les premières pages, la plupart du temps je ne rentre jamais dans le récit. J'ai fini par rentrer dans celui-ci, mais le scénario aurait mérité d'être plus clair par moment.
Sinon, le dessin est dynamique, mais parfois cela manque un peu de précision.
Pour commencer, ce comics débute par une préface de Jean-Marc Lainé qui plante le décor avec la création de Swamp Thing par Len Wein et Bernie Wrightson en 1971. Et cela grâce à un contexte plus favorable suite à l'assouplissement des règles de la Comics Code Authority, celle-ci avait un œil vigilant depuis sa création en 1955. Il est possible alors de faire apparaître des figures ancestrales relevant du fantastique et du surnaturel.
Je pense qu'il faut un minimum de connaissances sur le personnage pour apprécier ce comics, puisqu'on va retrouver John Constantine qui avait fait son apparition dans le run d'Alan Moore (Swamp Thing) ainsi que des héros qu'il connaît bien : Deadman et Maxine Baker (Animal Woman). Mais le récit reste compréhensible sans ces connaissances.
Jeff Lemire nous entraîne dans un monde post-apocalyptique où il ne reste qu'une poignée de survivants, le réchauffement climatique a occasionné la montée des eaux et il ne reste que quelques îles désertiques pour s'abriter et survivre. Mais le Parlement réunissant la Sève, le Sang et la Nécrose ont décidé de se venger de l'humanité, ils veulent exterminer les derniers rescapés.
Une histoire qui se laisse lire, elle est très classique dans son déroulé. Là où Lemire innove, c'est dans l'orientation très gore qu'il propose, je ne compte plus les têtes explosées ainsi que les corps démembrés. Rien de surprenant en définitif.
Je voudrais commencer par saluer le talent de Christian Ward (Invisible Kingdom et Aquaman - Andromeda) pour la superbe couverture.
C'est Doug Mahnke aidé de Shawn
Moll pour le troisième chapitre qui officient au graphisme. Un dessin légèrement charbonneux et dynamique accompagné de superbes couleurs qui conviennent parfaitement pour ce type de récit. Du beau travail.
Une narration maîtrisée et dynamique, des protagonistes attachants mais stéréotypés et le retour d'Alec Holland comme avatar. Pas suffisant pour faire de ce comics une lecture obligatoire. Je vous conseille plutôt Swamp Thing d'Alan Moore et Swamp Thing Infinite de Ram V pour découvrir ce personnage.
Une curiosité.
Merci à Alix pour le bon d'achat. :)
Du fantastique popcorn, très rythmé, voilà ce que nous propose cet album, visiblement adapté d’un épisode d’une série télé américaine.
Le pitch de départ m’a fait penser au film « Nimitz, retour vers l’enfer », vu il y a très longtemps. Il est question de voyages dans le temps (assez restreints), et des possibles conséquences sur le présent/futur, une unité spéciale et secrète, apparemment dotée de tous les pouvoirs légaux, est chargée de « faire le ménage » pour que tout (personnes, objets) retourne vers le passé, pour éviter les catastrophes que ces « paradoxes » entrainent.
La narration est fluide, classique pour ce genre de récit, qui part d’une pirouette qu’il faut admettre, pour ensuite enchainer les actions sans répit : le rythme au détriment de la psychologie.
Disons que ça se laisse lire, avec une fin que j’ai par contre trouvée trop abrupte, voire bâclée. Je me demandais bien comment les scénaristes allaient pouvoir conclure en retombant sur leurs pieds – j’étais près à ne pas avoir toutes les réponses. Mais là, c’est vraiment trop vite expédié, et donne l’impression qu’une suite manque. De fait, si comme l’indique l’éditeur, c’est l’adaptation du dernier épisode de la première saison d’une série, il est possible que ce soit un petit cliffhanger pour une éventuelle suite. Mais là, c’est un one-shot au dénouement un peu frustrant.
Pour le reste, du dessin réaliste classique pour ce genre de comics, et, comme je l’ai dit, une lecture pas prise de tête, divertissante, mais qui s’oubliera assez vite.
Note réelle 2,5/5.
Je suis moins convaincu par le travail de Gomont ici que dans son Malaterre qui m'avait marqué. D'ailleurs je rejoins globalement l'avis de Solo : une bonne BD, mais qui ne m'a pas plus plu que ça.
La faute en incombe, selon mes critères, au ton du récit qui m'a semblé trop éloigné de ce qu'il s'est réellement passé sans pour autant basculer véritablement dans un récit au ton volontairement différent. L'apparition d'Einstein qui valide ce qu'il se passe m'a paru absurde, surtout au vues des volontés de celui-ci, et la question de notre cerveau qui traverse le récit est assez peu développé. Les interrogations sur le "moi" que constitue notre esprit prisonnier de ces chairs est palpitant mais pas foncièrement mis en avant. D'autre part, j'ai eu du mal à comprendre où le récit voulait en venir : parler des avancées dans la compréhension de l'organe du cerveau ? Parler de Einstein et du processus de réflexion ? De la question des génies ? De l'avancée médicale ? D'un peu tout ? Simplement s'amuser sur l'anecdote du cerveau qui voyage ?
Je ressors plus confus que satisfait de l'ensemble, et j'ai l'impression que le récit m'a perdu dans ce qu'il voulait dire. L'errance du médecin est amusante sur plusieurs passages, plutôt glauque dans d'autres (notamment l'hôpital) et le final est joli mais l'insistance sur cette dernière volonté me fait réfléchir au sens du récit : en finissant sur cette image forte, la narration insiste avant tout sur cet axe de lecture. Mais je n'ai pas eu l'impression que c'était le plus important dans le récit qui l'a précédé. Bref, l'ensemble est franchement flou pour moi.
Cependant, le récit est lisible et se parcourt sans heurt. J'ai lu jusqu'à la dernière page sans vraiment m'arrêter sur un quelconque obstacle. La narration est maitrisé, Gomont reste efficace dans son dessin comme j'ai déjà pu le voir. C'est juste que je ne sais pas ce qu'il a voulu dire au final.
Une lecture mitigé, je pense que je le relirais pour tenter de comprendre mais je ne suis pas convaincu pour l'instant.
J'ai déjà lu Lendemains de cendres du même auteur et je trouve les deux BD complémentaires, avec les mêmes réserves que Noirdésir sur celle-ci, plus complexe à aborder sans informations préalable.
Le massacre perpétré par les Khmers rouges dans leur propre pays après une longue guerre fut abominable de bien des façons. Les chiffres sont hallucinants, les actions stupéfiantes par leurs ampleurs et le silence qui accompagna tout ceci est glaçant. Mais progressivement la parole se délie et des informations apparaissent sur ce régime et ses exactions. Cette BD s'inscrit dans le même ordre d'idée : dénoncer, raconter, se souvenir.
Elle apparait moins comme un documentaire ou un pamphlet qu'une errance dans le régime des Khmers, collectionnant des instantanés de vies de la part de personnes contraintes de fuir les villes, de paysans voyant leurs vies bouleversées et de Khmers qui croient fermement dans leurs combats. L'ensemble est plutôt décousu et présente les différentes situations que des gens peuvent avoir vécus, entrecoupés de cartes présentant l'ampleur des déplacements ou de textes historiques Cambodgien, ainsi que des témoignages. C'est un patchwork qui tente de faire ressentir ce qu'il s'est passé.
Accompagné par le dessin de Sera qui donne un mélange de rendu photographique retouché et de scènes plus sauvage dans le traitement, presque floues. C'est un mélange qui fonctionne en grande partie, donnant une atmosphère proche du rêve (ou du cauchemar) au récit, les figures humaines se mélangeant avec un environnement très présent et une horreur graphique qui joue sur ce qu'elle cache.
Une BD sympathique à lire, instructive et qui conviendra aux personnes s'intéressant au Cambodge et son histoire. Moins complet que Lendemains de cendres, toutefois, elle se limite à un ressenti de l'intérieur et me semble en ce point complémentaire aux autres ouvrages déjà sortis sur le sujet. Pour ma part, j'ai apprécié et je conseille pour la culture générale et la compréhension de cette horreur encore bien récente.
J'aime bien cette collection qui me permet de découvrir la BD aux couleurs de l'Afrique vue de l'intérieur.
Ici Cassiau-Haurie revient sur un triste épisode de la Grande Guerre qui se mêle à la lutte coloniale. Les français et les Anglais ont profité du conflit pour faire main basse sur les possessions allemandes de l'époque.
Le récit qui s'appuie sur une documentation citée, relate la conquête éclair du Togo très peu militarisé et le début des combats au Cameroun bien plus longs et meurtriers.
Les auteurs reviennent sur les méthodes brutales pour recruter des hommes qui seront mis à contribution d'une façon hypocrite par presque toute la classe politique et l'armée avide de chair à canon.
Le scénario est fluide et la lecture facile dans un juste équilibre entre récit historique documenté et fiction émotionnelle réaliste et crédible.
Le graphisme de Massiré Tounkara est proche d'un réalisme bien abouti. Si les expressions sont un peu figées par moment, les plans et les cadrages sont intéressants procurant dynamisme et émotion au récit.
Massiré parvient aussi à proposer de très belles planches de la campagne togolaise avec une mise en couleur adéquate pour rendre l'ambiance de la terre rouge du pays.
Une lecture courte mais prenante d'un épisode peu évoqué où on s'attend à retrouver Corto Maltèse au détour d'une page. Un bon 3
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Le western ayant le vent en poupe depuis quelque temps, Soleil a missionné Istin, dirigeant de séries/collections/concepts en tous genres – même si le western ne fait pas partie de ses préférés semble-t-il vu sa bibliographie. Il s’agit pour Soleil de ne laisser passer aucun filon… Le principal problème avec cette série, c’est que ça n’en est pas du tout une ! Chaque album s’intéresse à un personnage différent, avec des scénaristes et dessinateurs différents à chaque fois, on a bien là une collection dans laquelle prennent place des one-shot (Istin est d’ailleurs crédité comme directeur de collection) ! Collection qui lorgne vers la collection « La véritable histoire du far west » développée par le concurrent Glénat. Et donc avoir une évaluation d’ensemble comme pour une série est un brin difficile, voire inutile. Cela dit, je suis globalement déçu par cette série, inégale (voir mes remarques plus haut) et pas toujours captivante (note réelle globale 2,5/5). Tome 1 : « Wyatt Earp’s Last Hunt » 2 étoiles (note réelle 2,5) L’album inaugure la collection, et il m’a laissé sur ma faim. Car il ne s’intéresse qu’à un événement très tardif de la biographie d’Earp, qui se déroule sur la côte ouest, en pleine ville : on est loin du western, et de la légende du bonhomme (quelques événements antérieurs sont bien évoqués, mais parcimonieusement). L’album n’est en fait qu’une enquête policière, autour d’un tueur en série (on est parfois proche de Jack l’éventreur), une intrigue qui aurait tout aussi bien pu se dérouler dans un autre cadre, avec un autre protagoniste comme héros. Je reste frustré de ne pas avoir vu là développé ce qui a rendu célèbre ce bonhomme. Le dessin est dynamique et intéressant (je n’aime juste pas trop l’accentuation de certaines ombres, et une colorisation qui lisse trop le rendu). ************************** Tome 2 : « Billy the Kid – The Lincoln County War » 2 étoiles Là aussi je sors déçu de ma lecture. Encore une fois parce que n’est développé qu’un court épisode de la vie du héros. L’histoire est une sorte de huis-clos, l’essentiel de l’album traitant des quelques jours durant lesquels le Kid et quelques autres cow-boys ont subi un siège, durant la guerre de Lincoln, qui a opposé plusieurs clans et leurs hommes pour le contrôle du comté. Du coup l’intrigue est assez pauvre, et on n’en apprend pas tant que ça sur le Kid, présenté ici comme quelqu’un d’instable et violent. J’aurais aimé en savoir plus sur sa vie, son passé. Le dessin est lisible, mais inégal (quelques erreurs de perspectives, des chevaux pas toujours réussis). Mais rien de véritablement gênant. ******************* Tome 3 : « Sitting Bull – Home of the braves » 3 étoiles Seul album de la collection à avoir pour héros un Indien, il m’intéressait a priori. Surtout que le personnage de Sitting Bull est charismatique, et cet homme a eu une vie des plus riches et emblématiques de la destinée des Indiens des plaines, de ses premiers combats jusqu’à sa reconnaissance comme grand medecin-man mais aussi chef de guerre Lakota (il est l’un des grands artisans de la victoire des Lakotas et des Cheyennes sur Custer à la Little Big Horn). Mais aussi sa « fin » pleine d’ironie et d’un peu de résignation lorsqu’il quitte son exil canadien pour rejoindre le Wild West Show de Buffalo Bill, ou lorsqu’il meurt assassiné, juste avant le dernier massacre de Wounded Knee en 1890. Mais cette collection ne se concentre que sur un moment de la vie du héros choisi dans chaque album, et développe une aventure – ici totalement imaginaire. Sitting Bull, au côté d’un Blanc qui s’est rangé à son bon droit, traque des chercheurs d’or dans les Black Hills, pour éviter que ce métal n’attire d’autres Blancs et ne précipite la fin de son peuple (nous savons bien entendu que c’est justement ce qui va se passer). Cette aventure est imaginaire, mais elle se laisse lire, c’est assez rythmé. Ça ressemble à une chasse dans les sous-bois, un peu à la façon du « Dernier des Mohicans ». Quelques facilités quand même, Sitting Bull étant franchement invincible et se démultipliant au-delà d’une certaine crédibilité, même si on se laisse embarquer par le récit. Par contre, en plus de l’aventure en elle-même, fictive donc, je trouve que Peru ne nous apprend pas grand-chose sur Sitting Bull (que je n’ai pas trouvé trop ressemblant au personnage réel – même si les photos que nous connaissons de lui sont généralement un peu plus tardives). Sur ce point je reste sur ma faim, j’attendais, j’espérais quelque chose de plus consistant pour mettre en avant une grande figure de cette époque, mais sa trajectoire personnelle est effleurée seulement ici. A part le petit défaut pointé ci-dessus, j’ai quand même globalement apprécié le dessin de Merli. ************************** Tome 4 : « Buffalo Bill – Yellowstone » 3 étoiles (2,5) Bon, ben je crois qu’il faut se faire une raison, ça n’est pas une série/collection qui développe la biographie de héros de l’ouest sauvage, mais plutôt des one-shots utilisant certains de ces héros pour dynamiser une aventure, un moment (plutôt court) de leur vie. Nous suivons ici Buffalo Bill, qui semble se payer une petite virée entre amis, un moment de vacances, avant d’embarquer avec son Wild West Show pour l’Angleterre. Mais cette virée va mal tourner, et se transformer en chasse à l’homme. Le récit est dynamique, on ne s’ennuie pas, le rythme et les fusillades compensent le manque de profondeur des personnages. Mais j’avoue n’avoir pas trop compris pourquoi des types en voulaient à ce point à Buffalo Bill. Quant au dessin, il fait le boulot, mais manque lui aussi de détails. *************************** Tome 5 : « Wild Bill Hickok – Forty Bastards » 3 étoiles (3,5) Une nouvelle fois centrée sur un épisode restreint de la vie du héros, cette aventure se révèle dynamique et globalement agréable à suivre. Sans doute celle que j’ai préférée parmi les 5 traitant des cow-boys légendaires. Comme pour l’album précédent consacré à Buffalo Bill, il s’agit d’une traque, mais ici à grande échelle, Hickok cherchant avec quelques rescapés d’un accident de train à échapper à une quarantaine de rascals déterminés à lui faire la peau – même si leur chef a un motif plus précis (dévoilé en fin d’album – et un peu tiré par les cheveux…). Le groupe autour d’Hickok est hétéroclite, mais permet à l’intrigue d’être plus et mieux développée que dans les one-shots précédents. Et le combat final ressemble à un petit Alamo dans les montagnes enneigées. A part les chevaux à plusieurs reprises, et une colorisation trop lisse parfois, j’ai aussi bien aimé le dessin. *************************** Tome 6 : « Butch Cassidy & The Wild Bunch » 3 étoiles Dernier opus en date de cette série/collection, cet album consacré à Butch Cassidy est lui aussi centré sur un épisode restreint dans le temps. Comme les deux précédents albums consacrés à Buffalo Bill et à Hickok, on a là une chasse à l’homme (ici des chasseurs de prime et une dizaine de sheriffs traquent Cassidy et son « Bunch » après qu’ils aient attaqué et pillé un train). C’est assez rythmé (au détriment de la psychologie des personnages – et de l’histoire de Cassidy, dont on n’apprend que quelques bribes au détour de conversations), d’autant plus que l’intrigue se complexifie dans la seconde moitié de l’album, lorsque le Bunch trouve refuge auprès d’une sorte de secte d’illuminés. Bec prend ici pas mal de libertés avec l’Histoire, la vie de Cassidy, mais aussi avec un certain réalisme qui dominait auparavant. Et il tombe un peu vers la fin, dans certaines scènes, dans l’un de ses travers, avec des combats pas toujours très faciles à déchiffrer, et l’intervention de personnages ressemblant à des zombies (même s’ils n’en sont pas). Je trouve cette partie décevante. C’est dommage, il n’avait pas besoin de ça et aurait pu s’en passer sans ralentir l’action. Dessin et colorisation sont moyens, mais lisibles en tout cas.
L'Auberge du Bout du Monde
Une petite déception concernant ce triptyque dont j'attendais beaucoup plus au vu des nombreux avis élogieux sur bdtheque. Déception tout d'abord concernant l'histoire mâtinée de fantastique. Le cadre de la Bretagne du XIXème siècle était pourtant alléchant mais les nombreuses zones d'ombre (origine des sortes de korrigans notamment), l'architecture du scénario vue et revue avec le récit d'un homme auprès d'un écrivain en mal d'inspiration dans un lieux clos et la chute finale que l'on sent arriver, ne m'ont pas totalement convaincu. Enfin, la chute finale qui doit normalement interpeler et semer le doute dans la tête du lecteur m'a d'autant plus interrogé : [DÉBUT DU SPOILER] Comment le père d'Iréna n'a pas découvert le cadavre de sa fille morte de chagrin sur la tombe de sa mère avant qu'elle ne revienne de manière inexpliquée ? Au vu de son immense chagrin, il devait se recueillir régulièrement sur la tombe de sa mère. Cela ne tient pas debout. Ou alors quelque chose m'a échappé ? [FIN DU SPOILER] Au niveau du dessin, chaque case est une véritable aquarelle et ça vaut vraiment le coup d’œil. Dommage que l'ouvrage que j'ai eu entre les mains est l'intégrale petit format aux éditions France Loisirs qui ne m'a pas permis de profiter pleinement de la beauté du graphisme. Au final, un bel ouvrage qui se lit tout de même bien (on a envie de savoir la suite) mais dont les zones d'ombre et les incohérences de certains passages m'ont un peu déçu. Un petit 3,5 ramené à 3. Originalité : 3/5 - Histoire : 3/5 Dessin : 4/5 - Mise en couleurs : 4/5 NOTE GLOBALE : 14/20
Mediator - Un crime chimiquement pur
Je n'ai pas suivi de près les péripéties de l'affaire du Mediator. Cette série a le mérite de remettre en place dans un synthèse très documentée les principaux éléments du dossier. Irène Frachon est la cheville ouvrière des révélations sur le Mediator et elle s'adresse ici à un large public pour éclairer les nombreuses anomalies qui ont fait que cette affaire existe. La tâche n'est pas simple puisqu'il faut présenter à la fois le côté scientifique de la molécule dans un historique logique, ainsi que les rouages d'un système d'alerte administrative et pharmaceutique puis d'un système judiciaire lourds à déplacer. La narration évite de trop s'éparpiller et permet à un lecteur lambda de ne pas trop se perdre. Comme souvent dans ce type d'affaires il y a télescopage entre le côté aride du droit, des protocoles de surveillance ou des enjeux financiers face à des drames humains porteurs d'émotions tragiques. Que Servier puisse se défendre et utilise les possibilités du droit, cela peut paraître écoeurant mais c'est la garantie de vivre dans un état de droit. Iréne Frachon a bien fait son travail dans cette affaire, certains journalistes aussi il faut laisser la justice faire le sien sereinement. Au delà de cette affaire le récit révèle une utilisation parfois abusive des médicaments. Il est probablement possible de perdre quelques kilos sans prendre de pilules, c'est l'un des messages du récit auquel j'adhère pleinement. Le graphisme de François Duprat propose un visuel documentaire et journalistique. Les décors sont rares, l'accent est mis sur les personnages et la mise en scène qui permet de suivre aisément un récit complexe dans sa thématique et dans le temps. Il n'y a pas de dramatisation excessive des scènes tragiques. Enfin j'aime bien son trait très expressif quelquefois proche de la caricature. On sent que les auteurs ont voulu rester dans un énoncé factuel. C'est une des qualités du livre. Une lecture instructive mais qui demande une forte attention. Un bel ouvrage. Un bon 3
Les Matins doux
Les amours contrariées de deux auteurs majeurs du 20ème siècle nous sont donc contées dans cet album écrit par Ingrid Chabbert, scénariste aux multiples facettes. C'est une histoire d'amour passionnée, enflammée, basée sur le sexe mais aussi une certaine émulsion artistique. Ces différents aspects sont présents dans l'album, même si la partie charnelle a été un peu plus mise en avant dans quelques scènes presque explicites. A titre de comparaison, la relation parallèle entre Beauvoir et Sartre n'est représentée que sur le registre intellectuel. Les différentes tranches de vie, les rencontres parfois furtives, sont bien identifiées grâce à des repères temporels. Elles ne sont d'ailleurs pas tout à fait dans l'ordre chronologique, mais cela n'est pas une gêne à la lecture. La partie graphique est assurée par Anne-Perrine Couët, jeune autrice très talentueuse qui prête sa ligne claire à ce récit tout en nuances. Il y a de très elles cases, notamment en pleine page, mais on sent qu'elle n'a pas encore tout à fait atteint sa maturité graphique. Certaines cases m'ont semblé manquer de décors, alors que d'autres sont plus denses. Alessandra Alexakis se charge des couleurs, dans une palette très lumineuse, adaptée à cette histoire assez intéressante. Plutôt pas mal.
Petite maman
Je rejoins l'avis de Mac Arthur. C'est clairement pas une bande dessinée à lire si on n'aime pas les histoires qui montrent la violence au quotidien parce que certains passages sont très glauques. Le sujet principal de l'album est que l'héroïne doit affronter les traumatises de son enfance : elle a été élevée par une mère-fille qui était clairement pas du tout prête pour le rôle de mère et ça empire lorsque plusieurs années la mère se trouve un petit ami qui se révèlera vite violent. Personnellement, je trouve cela un peu dur de lire ce genre de récit, mais je trouve que c'est tout de même important de parler de ce genre de violence que subissent trop de femmes et d'enfants au quotidien. Cela dit, ce n'est pas parce qu'une BD parle d'un sujet important que je vais automatiquement mettre une excellente note. Il y a des défauts dans le scénario comme le révèle bien Mac Arthur. J'étais perdu au début parce que je ne comprenais pas le lien entre la scène du procès au début et ce qui se passe ensuite. En plus, au début l'auteur dessine l'héroïne adulte comme si elle était encore un enfant. J'imagine que c'est censé être une métaphore parce qu'au fil de sa thérapie, elle devient finalement une adulte sauf que comme tout le reste est 'normal', c'est juste déstabilisant. Bref, j'ai commencé ma lecture en ne comprenant pas trop ce qui se passait, ce qui est rarement un bon signe parce que si je suis perdu dès les premières pages, la plupart du temps je ne rentre jamais dans le récit. J'ai fini par rentrer dans celui-ci, mais le scénario aurait mérité d'être plus clair par moment. Sinon, le dessin est dynamique, mais parfois cela manque un peu de précision.
Swamp Thing - Green Hell
Pour commencer, ce comics débute par une préface de Jean-Marc Lainé qui plante le décor avec la création de Swamp Thing par Len Wein et Bernie Wrightson en 1971. Et cela grâce à un contexte plus favorable suite à l'assouplissement des règles de la Comics Code Authority, celle-ci avait un œil vigilant depuis sa création en 1955. Il est possible alors de faire apparaître des figures ancestrales relevant du fantastique et du surnaturel. Je pense qu'il faut un minimum de connaissances sur le personnage pour apprécier ce comics, puisqu'on va retrouver John Constantine qui avait fait son apparition dans le run d'Alan Moore (Swamp Thing) ainsi que des héros qu'il connaît bien : Deadman et Maxine Baker (Animal Woman). Mais le récit reste compréhensible sans ces connaissances. Jeff Lemire nous entraîne dans un monde post-apocalyptique où il ne reste qu'une poignée de survivants, le réchauffement climatique a occasionné la montée des eaux et il ne reste que quelques îles désertiques pour s'abriter et survivre. Mais le Parlement réunissant la Sève, le Sang et la Nécrose ont décidé de se venger de l'humanité, ils veulent exterminer les derniers rescapés. Une histoire qui se laisse lire, elle est très classique dans son déroulé. Là où Lemire innove, c'est dans l'orientation très gore qu'il propose, je ne compte plus les têtes explosées ainsi que les corps démembrés. Rien de surprenant en définitif. Je voudrais commencer par saluer le talent de Christian Ward (Invisible Kingdom et Aquaman - Andromeda) pour la superbe couverture. C'est Doug Mahnke aidé de Shawn Moll pour le troisième chapitre qui officient au graphisme. Un dessin légèrement charbonneux et dynamique accompagné de superbes couleurs qui conviennent parfaitement pour ce type de récit. Du beau travail. Une narration maîtrisée et dynamique, des protagonistes attachants mais stéréotypés et le retour d'Alec Holland comme avatar. Pas suffisant pour faire de ce comics une lecture obligatoire. Je vous conseille plutôt Swamp Thing d'Alan Moore et Swamp Thing Infinite de Ram V pour découvrir ce personnage. Une curiosité. Merci à Alix pour le bon d'achat. :)
The Rift
Du fantastique popcorn, très rythmé, voilà ce que nous propose cet album, visiblement adapté d’un épisode d’une série télé américaine. Le pitch de départ m’a fait penser au film « Nimitz, retour vers l’enfer », vu il y a très longtemps. Il est question de voyages dans le temps (assez restreints), et des possibles conséquences sur le présent/futur, une unité spéciale et secrète, apparemment dotée de tous les pouvoirs légaux, est chargée de « faire le ménage » pour que tout (personnes, objets) retourne vers le passé, pour éviter les catastrophes que ces « paradoxes » entrainent. La narration est fluide, classique pour ce genre de récit, qui part d’une pirouette qu’il faut admettre, pour ensuite enchainer les actions sans répit : le rythme au détriment de la psychologie. Disons que ça se laisse lire, avec une fin que j’ai par contre trouvée trop abrupte, voire bâclée. Je me demandais bien comment les scénaristes allaient pouvoir conclure en retombant sur leurs pieds – j’étais près à ne pas avoir toutes les réponses. Mais là, c’est vraiment trop vite expédié, et donne l’impression qu’une suite manque. De fait, si comme l’indique l’éditeur, c’est l’adaptation du dernier épisode de la première saison d’une série, il est possible que ce soit un petit cliffhanger pour une éventuelle suite. Mais là, c’est un one-shot au dénouement un peu frustrant. Pour le reste, du dessin réaliste classique pour ce genre de comics, et, comme je l’ai dit, une lecture pas prise de tête, divertissante, mais qui s’oubliera assez vite. Note réelle 2,5/5.
La Fuite du cerveau
Je suis moins convaincu par le travail de Gomont ici que dans son Malaterre qui m'avait marqué. D'ailleurs je rejoins globalement l'avis de Solo : une bonne BD, mais qui ne m'a pas plus plu que ça. La faute en incombe, selon mes critères, au ton du récit qui m'a semblé trop éloigné de ce qu'il s'est réellement passé sans pour autant basculer véritablement dans un récit au ton volontairement différent. L'apparition d'Einstein qui valide ce qu'il se passe m'a paru absurde, surtout au vues des volontés de celui-ci, et la question de notre cerveau qui traverse le récit est assez peu développé. Les interrogations sur le "moi" que constitue notre esprit prisonnier de ces chairs est palpitant mais pas foncièrement mis en avant. D'autre part, j'ai eu du mal à comprendre où le récit voulait en venir : parler des avancées dans la compréhension de l'organe du cerveau ? Parler de Einstein et du processus de réflexion ? De la question des génies ? De l'avancée médicale ? D'un peu tout ? Simplement s'amuser sur l'anecdote du cerveau qui voyage ? Je ressors plus confus que satisfait de l'ensemble, et j'ai l'impression que le récit m'a perdu dans ce qu'il voulait dire. L'errance du médecin est amusante sur plusieurs passages, plutôt glauque dans d'autres (notamment l'hôpital) et le final est joli mais l'insistance sur cette dernière volonté me fait réfléchir au sens du récit : en finissant sur cette image forte, la narration insiste avant tout sur cet axe de lecture. Mais je n'ai pas eu l'impression que c'était le plus important dans le récit qui l'a précédé. Bref, l'ensemble est franchement flou pour moi. Cependant, le récit est lisible et se parcourt sans heurt. J'ai lu jusqu'à la dernière page sans vraiment m'arrêter sur un quelconque obstacle. La narration est maitrisé, Gomont reste efficace dans son dessin comme j'ai déjà pu le voir. C'est juste que je ne sais pas ce qu'il a voulu dire au final. Une lecture mitigé, je pense que je le relirais pour tenter de comprendre mais je ne suis pas convaincu pour l'instant.
L'Eau et la Terre
J'ai déjà lu Lendemains de cendres du même auteur et je trouve les deux BD complémentaires, avec les mêmes réserves que Noirdésir sur celle-ci, plus complexe à aborder sans informations préalable. Le massacre perpétré par les Khmers rouges dans leur propre pays après une longue guerre fut abominable de bien des façons. Les chiffres sont hallucinants, les actions stupéfiantes par leurs ampleurs et le silence qui accompagna tout ceci est glaçant. Mais progressivement la parole se délie et des informations apparaissent sur ce régime et ses exactions. Cette BD s'inscrit dans le même ordre d'idée : dénoncer, raconter, se souvenir. Elle apparait moins comme un documentaire ou un pamphlet qu'une errance dans le régime des Khmers, collectionnant des instantanés de vies de la part de personnes contraintes de fuir les villes, de paysans voyant leurs vies bouleversées et de Khmers qui croient fermement dans leurs combats. L'ensemble est plutôt décousu et présente les différentes situations que des gens peuvent avoir vécus, entrecoupés de cartes présentant l'ampleur des déplacements ou de textes historiques Cambodgien, ainsi que des témoignages. C'est un patchwork qui tente de faire ressentir ce qu'il s'est passé. Accompagné par le dessin de Sera qui donne un mélange de rendu photographique retouché et de scènes plus sauvage dans le traitement, presque floues. C'est un mélange qui fonctionne en grande partie, donnant une atmosphère proche du rêve (ou du cauchemar) au récit, les figures humaines se mélangeant avec un environnement très présent et une horreur graphique qui joue sur ce qu'elle cache. Une BD sympathique à lire, instructive et qui conviendra aux personnes s'intéressant au Cambodge et son histoire. Moins complet que Lendemains de cendres, toutefois, elle se limite à un ressenti de l'intérieur et me semble en ce point complémentaire aux autres ouvrages déjà sortis sur le sujet. Pour ma part, j'ai apprécié et je conseille pour la culture générale et la compréhension de cette horreur encore bien récente.
Les Dogues Noirs de l'empire - La force noire
J'aime bien cette collection qui me permet de découvrir la BD aux couleurs de l'Afrique vue de l'intérieur. Ici Cassiau-Haurie revient sur un triste épisode de la Grande Guerre qui se mêle à la lutte coloniale. Les français et les Anglais ont profité du conflit pour faire main basse sur les possessions allemandes de l'époque. Le récit qui s'appuie sur une documentation citée, relate la conquête éclair du Togo très peu militarisé et le début des combats au Cameroun bien plus longs et meurtriers. Les auteurs reviennent sur les méthodes brutales pour recruter des hommes qui seront mis à contribution d'une façon hypocrite par presque toute la classe politique et l'armée avide de chair à canon. Le scénario est fluide et la lecture facile dans un juste équilibre entre récit historique documenté et fiction émotionnelle réaliste et crédible. Le graphisme de Massiré Tounkara est proche d'un réalisme bien abouti. Si les expressions sont un peu figées par moment, les plans et les cadrages sont intéressants procurant dynamisme et émotion au récit. Massiré parvient aussi à proposer de très belles planches de la campagne togolaise avec une mise en couleur adéquate pour rendre l'ambiance de la terre rouge du pays. Une lecture courte mais prenante d'un épisode peu évoqué où on s'attend à retrouver Corto Maltèse au détour d'une page. Un bon 3