Une bien belle série de la part de Tabou ! Je m'attendais à une BD dans ce genre, Tabou ayant à cœur de produire des BD de qualité supérieures et surtout plus construite au niveau des histoires. Associer l'empire romain et ses célèbres orgies avec une BD sur le sexe paraissait évident, et Katia Even (nom qui commence à peser chez Tabou) nous propose une histoire pas désagréable à suivre non plus.
La BD s'ouvre directement par une scène d'orgie mais nous fait bien comprendre que c'est le scénario qui compte, et effectivement nous découvrons assez vite Artemis et sa vie de sculptrice. L'intrigue embraye rapidement sur une sorte de polar où Artémis cherche un coupable à la mort de son père. Le tout entrecoupé de scènes de sexe qui sont plutôt bien amenés dans le récit et ne font pas vraiment forcés. L'intrigue en elle-même se résout d'une façon satisfaisante même si j'ai eu l'impression d'un léger manque, puisque certaines avancées m'ont parues parfois artificielles (les indices collectés "miraculeusement"). Mais dans la globalité le ton du récit reste sympathique et on sent un respect de la vie des romains de cette époque, notamment sur la question de la citoyenneté par exemple.
Le dessin joue beaucoup sur l'aspect global, avec des corps puissamment musclés et qui semble tout droit sortis d'un statuaire romain. C'est aussi le cas pour les femmes, aux formes marquées et aux courbes abondantes. Plutôt sympathique, donc, avec une colorisation qui rajoute à l'ensemble. Je n'ai que quelques réserves, notamment sur les visages ou les corps qui font parfois figés dans les scènes plus dynamiques. C'est un détail que j'ai noté mais qui n'est pas particulièrement rédhibitoire.
En somme, un bon dytique qui joue avec son histoire et son genre pour nous donner un ensemble assez satisfaisant. Je ne dirais pas que c'est du grand art mais ça fait plaisir de le lire ! Je vais me pencher sur la suite de ce pas.
La Ferme Petit Pois est un récit semi-autobiographique, inspiré de la jeune adolescence de l'autrice quand elle a déménagé avec sa mère pour s'installer dans une ferme avec son nouveau compagnon et ses deux filles. Il aborde plusieurs thématiques : le quotidien dans une petite ferme et la vente de ses produits au marché du village voisin, mais aussi l'apprentissage de la vie avec des demi-sœurs quand on a été fille unique, l'adaptation à un nouveau beau-père, ainsi que tout ce qui fait la complexité d'une adolescence et des années collège.
Graphiquement, c'est un style de comics jeunesse classique et sans surprise. Au niveau de la narration, c'est tout aussi simple et efficace.
L'histoire nous place du point de vue de l'héroïne, une jeune fille qui va bien avoir du mal à apprivoiser sa nouvelle vie mais qui va finir par s'y faire et même à beaucoup l'apprécier. La jeune Jen présente de nombreuses faiblesses, notamment quand elle est rabrouée par un beau-père peu délicat ou rabaissée par une demi-sœur bien meilleure qu'elle en maths et en organisation de manière générale. Mais elle compensera par ses talents de dessinatrice, sa capacité à raconter des histoires et ses connaissances de la nature que même sa demi-sœur ne peut pas lui dénier.
Le premier tome raconte sa découverte de la vie à la ferme et de sa nouvelle famille et s'arrête quand elle commencera à s'y sentir bien et à se rapprocher de ses nouvelles sœurs. Le second tome ouvre ensuite le cadre en l'amenant à côtoyer de nouvelles personnes en arrivant au collège et il s'éloigne un peu des problématiques de la vie à la campagne pour aborder davantage celles de l'adolescence et des garçons.
C'est une lecture plaisante, qui ne se démarque pas tellement par son originalité mais est rendue agréable par la justesse de son ton et par l'intérêt de savoir qu'elle s'inspire d'une histoire vraie.
Après plusieurs déclinaisons et revisites de l’univers d’Alice au pays des merveilles (par exemple le très intéressant Wonderland (Graph Zeppelin)), les éditions Graph Zeppelin remettent le couvert avec cette fois une réinterprétation du Magicien d’Oz. Contrairement à « Wonderland », je ne connais pas l’œuvre d’origine (ni le film avec Judy Garland, dont je n’ai vu que quelques extraits). Je ne pourrai donc juger ce que les auteurs ont modifié, et me contenterai donc de l’aviser avec un regard vierge de point de comparaison.
Comme pour Wonderland, il s’agit d’une revisite qui donne une tonalité bien plus adulte, bien plus noir, à ce qui au départ était semble-t-il une lecture plus enfantine.
Il y a aussi une volonté affirmée – commune à beaucoup de comics – d’érotiser les femmes, aux tenus moulantes et sexy (même s’il n’y a ici aucune image véritablement érotique en soi, c’est juste un cliché).
Le dessin justement, eh bien il est très lisible, et lui aussi du classique pour un comics moderne. Pas forcément ce que je préfère, mais il est très fluide et fait parfaitement le boulot. Le dessinateur change dans le deuxième tome, et je trouve son rendu plus régulier (quelques visages ratés sur le premier) et plus réussi. La colorisation est elle aussi claire, mais pas mon truc (affaire de goût, je ne suis pas fan de ces colorisations informatiques qui lissent trop le dessin).
Quant à l’histoire, comme dit précédemment, elle est très noire. Le royaume d’Oz est menacé, de terribles sorcières, un seigneur de la guerre font des ravages parmi les peuples variés qui y habitent. Au milieu de ces intrigues et de ces guerres sanglantes, Dorothée Glade, jeune paysanne du Kansas, est propulsée d’un monde à l’autre avec comme compagnon un chien loup.
La narration est assez fluide, l’histoire est très rythmée, avec moult combats. Les ados et jeunes adultes seront sans doute nombreux à y trouver leur compte.
J’ai personnellement trouvé qu’il y avait quelques longueurs, quelques redites entre les deux premiers albums (la trame semble se répéter – la fin du premier album semblait promettre la paix, Dorothée était rentrée chez elle…).
Je regrette aussi une police de caractères pas toujours très lisibles lorsque s’expriment certains habitants d’Oz (les Bouseux entre autres).
Pour le reste, c’est une lecture dynamique, qui transforme une histoire a priori destinée aux très jeunes en un récit qui lorgne vers des lecteurs plus âgés, car le mal et la violence dominent – comme les couleurs sombres et la nuit.
J’ai découvert récemment le travail de Cifuentes chez le même éditeur, avec la série Whodunnit ?, parue presque en même temps, et que j’avais bien aimée, même s’il n’était alors qu’au dessin. Il est ici auteur complet, se chargeant aussi des couleurs.
Concernant le dessin justement, je l’ai trouvé ici moins attrayant. Propre et très lisible, il fait parfaitement le boulot. Mais je l’ai trouvé un peu moins vif et chatoyant que sur « Whodunnit ? » (la colorisation est aussi plus terne ici).
Pour ce qui est de l’histoire c’est relativement classique, tout en restant quelque peu obscur par endroits sur les deux tomes parus (deux premiers tomes publiés en même temps, le troisième conclura rapidement – il est prévu pour janvier 2024, c’est une série rondement menée et/ou publiée).
Du fantastique qui tourne autour d’une sorte de malédiction, de l’action d’une sorte de sorcière, dans un bled paumé, Murdervale donc, dans lequel a débarqué par hasard un jeune couple (Sara et Victor) qui venait y soigner son mal de vivre (très mauvaise pioche !).
Le deuxième tome remet le couvert, puisque Murdervale joue sur l’attraction/répulsion. Alors qu’à la fin du premier les deux amoureux avaient réussi à échapper à l’atmosphère oppressante du village (il y a un peu du « Cauchemar d’Innsmouth » de Lovecraft dans cette intrigue et ce village malfaisant coupé du monde), c’est Sara qui y retourne, pour y chercher Victor, depuis disparu.
L’intrigue joue avant tout sur une ambiance étrange et inquiétante, sur des apparitions menaçantes d’êtres étranges, sur une vieille histoire d’enfants sacrifiés dans un pacte faustien, etc.
Pas forcément mon truc, mais ça se laisse lire aisément. Il y manque juste un peu de densité, il y a quelques longueurs.
A voir comment Cifuentes va conclure la série et retomber sur ses pattes (le plus difficile dans ce genre d’histoire ésotérique et fantastique).
Une idée de base très sympa mais qui peine à rentrer dans le carcan de la collection, trop peu de pages pour une histoire si ambitieuse, ça aurait pu être bien mieux avec un meilleur développement, un peu dommage.
Alors attention, l’album est honnête, c’est bien réalisé. Il y a de chouettes trucs, le cahier des charges est bien rempli, sale journée pour le Pingouin.
J’ai particulièrement apprécié la présentation de notre personnage déchu (la 1ere planche de la galerie est en tout point admirable), la relation avec Batman m’a semblé juste, par contre les 2nds couteaux m’ont laissé sur ma fin.
Mais ce que je reproche à l’œuvre, c’est son côté un peu expéditif, ça va vite et du coup ça n’échappe pas à quelques facilités. A ce titre, je trouve la scène avec son ex banquier particulièrement loupée.
Donc voilà, c’est loin d’être honteux, ça se laisse lire tranquille, c’est divertissant mais vous terminerez avec ce sentiment d’un récit un peu sacrifié.
Tati a réussi à créer un personnage (Monsieur Hulot) avec lequel il a souvent fini par se confondre. Sa filmographie n’est pas si grande que ça, mais il pouvait et peut encore s’enorgueillir d’avoir un noyau dur de fidèles, qui ont su reconnaitre en lui un génie – en tant que cinéaste, mais aussi en tant qu’acteur. Un acteur « vieille école », plus proche du mime que d’autre chose. Un acteur à ranger aux côtés de Chaplin, Lloyd ou Keaton, même si son « style » un peu lunaire, extérieurement peu dynamique, le rapproche plus de Keaton que des exubérants Chaplin et Lloyd.
Si le dessin de Supiot (que j’avais beaucoup apprécié ailleurs) n’est pas ici ce que je préfère, je dois dire qu’il est très clair, lisible, et qu’il rend bien le personnage de Tati/Hulot, faussement statique.
Quant à l’album lui-même, c’est un hommage assez classique, qui suit une trame chronologique et s’attarde sur les films qui ont fait de Tati un auteur à part.
Un album intéressant, bien mené, sur un artiste original et attachant, sans doute un peu trop décalé pour « son temps » (il est amusant qu’on lui ait fait le reproche de défendre une « France » passéiste, d’avoir une vision quelque peu réactionnaire sur certains films, pour ensuite rester froid devant la modernité de « Playtime »).
Une lecture sympathique et agréable.
On peut reprocher sans doute à Zentner un scénario parfois mollasson, une narration évanescente. Mais l’intrigue se laisse lire sans problème. Dans le cadre des nomades des steppes – cadre assez violent – se déroule une histoire qui sonne comme un drame de l’antiquité grecque, où la fatalité, les promesses faites aux parents (ici à un père) et aux dieux, enchainent les hommes à leur destin.
Si l’histoire est finalement assez simple et linéaire, je l’ai bien aimée.
Quant au dessin de Pellejero, il est toujours aussi esthétique et personnel. Affaire de goûts ensuite, mais le fait est qu’il est très clair, lisible, jouant sur une colorisation tranchée qui donne à son dessin des accointances avec quelques œuvres du Blau Reiter). Et j’aime bien son trait gras et expressif.
C’est un bon diptyque.
Une série jeunesse sympathique qui parle d'écologie aux enfants.
En effet, dans le premier tome notre ours et sa famille ont parfois de la difficulté à vivre dans le pôle nord à cause de la fonte des glaces et dans le tome suivant ils voyagent et découvrent la réalité des déchets jetés à la mer qui causent des problèmes aux animaux. Le ton de la série est sympathique même si l'humour s'adresse surtout aux enfants. Il y a des situations qui sentent le réchauffé pour le lecteur adulte comme toutes les histoires où l'ours essaie d'attraper la phoque pour la manger et évidemment cela rate toujours comme dans n'importe quel cartoon du type Bip-bip et Coyote.
Un bon point est que vers la fin du premier tome apparait une quête (la recherche de la mère de famille qui a disparu il y a quelques années) qui va faire en sorte qu'on change de décors dans le second tome et la suite s'annonce aussi dans un environnement différent des deux premiers tomes. C'est bien, cela permet à la série de se renouveler et de ne pas faire du surplace comme la plupart des séries humoristiques à gags. Les tomes sont composés d'histoires humoristiques qui vont d'une à plusieurs pages et la plupart des chutes sont correctes, même si cela fait surtout sourire passé un certain âge. L'autrice montre des problèmes écologiques sans tomber dans du moralisme chiant et facile.
Ajoutons que le dessin est vraiment dynamique et que les couleurs sont très belles. C'est vraiment le genre de BD que je conseille aux parents qui voudraient une BD moderne pour leurs enfants.
Le mouvement surréaliste, ses idées, ses actions, ses protagonistes (passés et présents) ont depuis longtemps su m’arracher à la morne réalité. Si Magritte n’est pas le peintre surréaliste que je préfère, j’aime bien ce qu’il nous donne à voir. Et je suis aussi étonné que ce soit sans doute le peintre surréaliste le plus apprécié, alors que pourtant son œuvre est des plus intellectuelles, et qu’elle cache, derrière les faux-semblants qui l’ont rendue « accrocheuse » (le style « réaliste » volontairement très académique, des tableaux épurés, etc.) un questionnement souvent pointu, une volonté de bouleverser les sens. Enfin bon, Magritte est un grand peintre.
Le sous-titre, « Ceci n’est pas une biographie », fait bien sûr référence à l’un des plus célèbres tableaux de Magritte. Mais il livre aussi la clé de lecture, tant on s’écarte ici d’une « biographie classique ».
Il peut y avoir quelque chose de frustrant. Ses compagnons du groupe surréaliste – et son action même au sein de ce mouvement (groupe surréaliste belge bien sûr, mais aussi les actions menées en coordination avec le groupe parisien) ne sont pas passés sous silence, mais ils ne sont évoqués qu’à la marge. Pas grand-chose sur sa relation pas toujours simple avec Breton (au passage, « l’autorité despotique de Breton » évoquée au cours d’un dialogue ne fait que répéter un cliché qui demande encore d’être étayé…). Et seuls Nougé et Scutenaire sont évoqués, rien des autres membres du groupe belge.
Si les changements de styles et d’intérêt sont évoqués brièvement, rien sur la période « jockeys », pourtant intrigante (et pas celle qui m’attire le plus a priori).
J’ai pris le parti de suivre le récit des auteurs non pas comme une biographie (car alors il y aurait d’important manques et biais !), et donc de ne pas me focaliser sur ce que j’attendais, mais sur ce que propose Zabus, à savoir un récit décousu, qui nous donne à voir « par la bande », quelques aspects de la personnalité et de l’œuvre de Magritte, en laissant beaucoup de choses en retrait.
Nombre de tableaux sont retranscrits, ou évoqués (quelques autres sources, dont de Chirico aussi), même si le dessin de Campi (pourtant très lisible et loin d’être laid) n’est pas ici ma tasse de thé.
Même si le lecteur qui ne connait pas trop Magritte, sa vie et son œuvre n’aura ici qu’une vision superficielle de tout ça, cet album propose tout de même une approche originale et pas dénuée d’intérêt de ce personnage qui cachait derrière une vie « bourgeoise » et une peinture presque académique une vision décalée et révoltée de la société et de ses fondements.
Cet album est le sixième de la collection "25 images" des éditions Martin de Halleux. C'est la publication du tout premier roman sans paroles de Frans Masereel 25 images de la passion d'un homme en 2019 qui donna l'idée de cette collection. Un hommage au maître.
Blair Landis (L'Accident de chasse) relève le défi des contraintes imposés par l'éditeur. Une narration muette, une image par planche dans un merveilleux noir et blanc. Le tout en seulement 25 images.
Une lecture rapide en librairie, l'histoire du dernier voyage d'un homme âgé. La fin d'une vie où la nature est omniprésente. Une migration poétique et fantastique, chacun pourra en faire son interprétation, surtout après avoir découvert la dernière planche. Captivant, original et intrigant.
Le point fort de cet album est incontestablement le dessin de Landis, un noir et blanc hachuré et austère qui donne une âme au récit. Il faut avoir l'œil partout pour profiter des magnifiques tableaux qui composent cette fable. On reconnaît au premier coup d’œil l'influence qu'Edward Gorey (Edward Gorey - Une anthologie) a eu sur l'auteur.
Une très belle découverte.
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Inguinis
Une bien belle série de la part de Tabou ! Je m'attendais à une BD dans ce genre, Tabou ayant à cœur de produire des BD de qualité supérieures et surtout plus construite au niveau des histoires. Associer l'empire romain et ses célèbres orgies avec une BD sur le sexe paraissait évident, et Katia Even (nom qui commence à peser chez Tabou) nous propose une histoire pas désagréable à suivre non plus. La BD s'ouvre directement par une scène d'orgie mais nous fait bien comprendre que c'est le scénario qui compte, et effectivement nous découvrons assez vite Artemis et sa vie de sculptrice. L'intrigue embraye rapidement sur une sorte de polar où Artémis cherche un coupable à la mort de son père. Le tout entrecoupé de scènes de sexe qui sont plutôt bien amenés dans le récit et ne font pas vraiment forcés. L'intrigue en elle-même se résout d'une façon satisfaisante même si j'ai eu l'impression d'un léger manque, puisque certaines avancées m'ont parues parfois artificielles (les indices collectés "miraculeusement"). Mais dans la globalité le ton du récit reste sympathique et on sent un respect de la vie des romains de cette époque, notamment sur la question de la citoyenneté par exemple. Le dessin joue beaucoup sur l'aspect global, avec des corps puissamment musclés et qui semble tout droit sortis d'un statuaire romain. C'est aussi le cas pour les femmes, aux formes marquées et aux courbes abondantes. Plutôt sympathique, donc, avec une colorisation qui rajoute à l'ensemble. Je n'ai que quelques réserves, notamment sur les visages ou les corps qui font parfois figés dans les scènes plus dynamiques. C'est un détail que j'ai noté mais qui n'est pas particulièrement rédhibitoire. En somme, un bon dytique qui joue avec son histoire et son genre pour nous donner un ensemble assez satisfaisant. Je ne dirais pas que c'est du grand art mais ça fait plaisir de le lire ! Je vais me pencher sur la suite de ce pas.
La Ferme Petit Pois
La Ferme Petit Pois est un récit semi-autobiographique, inspiré de la jeune adolescence de l'autrice quand elle a déménagé avec sa mère pour s'installer dans une ferme avec son nouveau compagnon et ses deux filles. Il aborde plusieurs thématiques : le quotidien dans une petite ferme et la vente de ses produits au marché du village voisin, mais aussi l'apprentissage de la vie avec des demi-sœurs quand on a été fille unique, l'adaptation à un nouveau beau-père, ainsi que tout ce qui fait la complexité d'une adolescence et des années collège. Graphiquement, c'est un style de comics jeunesse classique et sans surprise. Au niveau de la narration, c'est tout aussi simple et efficace. L'histoire nous place du point de vue de l'héroïne, une jeune fille qui va bien avoir du mal à apprivoiser sa nouvelle vie mais qui va finir par s'y faire et même à beaucoup l'apprécier. La jeune Jen présente de nombreuses faiblesses, notamment quand elle est rabrouée par un beau-père peu délicat ou rabaissée par une demi-sœur bien meilleure qu'elle en maths et en organisation de manière générale. Mais elle compensera par ses talents de dessinatrice, sa capacité à raconter des histoires et ses connaissances de la nature que même sa demi-sœur ne peut pas lui dénier. Le premier tome raconte sa découverte de la vie à la ferme et de sa nouvelle famille et s'arrête quand elle commencera à s'y sentir bien et à se rapprocher de ses nouvelles sœurs. Le second tome ouvre ensuite le cadre en l'amenant à côtoyer de nouvelles personnes en arrivant au collège et il s'éloigne un peu des problématiques de la vie à la campagne pour aborder davantage celles de l'adolescence et des garçons. C'est une lecture plaisante, qui ne se démarque pas tellement par son originalité mais est rendue agréable par la justesse de son ton et par l'intérêt de savoir qu'elle s'inspire d'une histoire vraie.
La Magie d'Oz
Après plusieurs déclinaisons et revisites de l’univers d’Alice au pays des merveilles (par exemple le très intéressant Wonderland (Graph Zeppelin)), les éditions Graph Zeppelin remettent le couvert avec cette fois une réinterprétation du Magicien d’Oz. Contrairement à « Wonderland », je ne connais pas l’œuvre d’origine (ni le film avec Judy Garland, dont je n’ai vu que quelques extraits). Je ne pourrai donc juger ce que les auteurs ont modifié, et me contenterai donc de l’aviser avec un regard vierge de point de comparaison. Comme pour Wonderland, il s’agit d’une revisite qui donne une tonalité bien plus adulte, bien plus noir, à ce qui au départ était semble-t-il une lecture plus enfantine. Il y a aussi une volonté affirmée – commune à beaucoup de comics – d’érotiser les femmes, aux tenus moulantes et sexy (même s’il n’y a ici aucune image véritablement érotique en soi, c’est juste un cliché). Le dessin justement, eh bien il est très lisible, et lui aussi du classique pour un comics moderne. Pas forcément ce que je préfère, mais il est très fluide et fait parfaitement le boulot. Le dessinateur change dans le deuxième tome, et je trouve son rendu plus régulier (quelques visages ratés sur le premier) et plus réussi. La colorisation est elle aussi claire, mais pas mon truc (affaire de goût, je ne suis pas fan de ces colorisations informatiques qui lissent trop le dessin). Quant à l’histoire, comme dit précédemment, elle est très noire. Le royaume d’Oz est menacé, de terribles sorcières, un seigneur de la guerre font des ravages parmi les peuples variés qui y habitent. Au milieu de ces intrigues et de ces guerres sanglantes, Dorothée Glade, jeune paysanne du Kansas, est propulsée d’un monde à l’autre avec comme compagnon un chien loup. La narration est assez fluide, l’histoire est très rythmée, avec moult combats. Les ados et jeunes adultes seront sans doute nombreux à y trouver leur compte. J’ai personnellement trouvé qu’il y avait quelques longueurs, quelques redites entre les deux premiers albums (la trame semble se répéter – la fin du premier album semblait promettre la paix, Dorothée était rentrée chez elle…). Je regrette aussi une police de caractères pas toujours très lisibles lorsque s’expriment certains habitants d’Oz (les Bouseux entre autres). Pour le reste, c’est une lecture dynamique, qui transforme une histoire a priori destinée aux très jeunes en un récit qui lorgne vers des lecteurs plus âgés, car le mal et la violence dominent – comme les couleurs sombres et la nuit.
Murdervale
J’ai découvert récemment le travail de Cifuentes chez le même éditeur, avec la série Whodunnit ?, parue presque en même temps, et que j’avais bien aimée, même s’il n’était alors qu’au dessin. Il est ici auteur complet, se chargeant aussi des couleurs. Concernant le dessin justement, je l’ai trouvé ici moins attrayant. Propre et très lisible, il fait parfaitement le boulot. Mais je l’ai trouvé un peu moins vif et chatoyant que sur « Whodunnit ? » (la colorisation est aussi plus terne ici). Pour ce qui est de l’histoire c’est relativement classique, tout en restant quelque peu obscur par endroits sur les deux tomes parus (deux premiers tomes publiés en même temps, le troisième conclura rapidement – il est prévu pour janvier 2024, c’est une série rondement menée et/ou publiée). Du fantastique qui tourne autour d’une sorte de malédiction, de l’action d’une sorte de sorcière, dans un bled paumé, Murdervale donc, dans lequel a débarqué par hasard un jeune couple (Sara et Victor) qui venait y soigner son mal de vivre (très mauvaise pioche !). Le deuxième tome remet le couvert, puisque Murdervale joue sur l’attraction/répulsion. Alors qu’à la fin du premier les deux amoureux avaient réussi à échapper à l’atmosphère oppressante du village (il y a un peu du « Cauchemar d’Innsmouth » de Lovecraft dans cette intrigue et ce village malfaisant coupé du monde), c’est Sara qui y retourne, pour y chercher Victor, depuis disparu. L’intrigue joue avant tout sur une ambiance étrange et inquiétante, sur des apparitions menaçantes d’êtres étranges, sur une vieille histoire d’enfants sacrifiés dans un pacte faustien, etc. Pas forcément mon truc, mais ça se laisse lire aisément. Il y manque juste un peu de densité, il y a quelques longueurs. A voir comment Cifuentes va conclure la série et retomber sur ses pattes (le plus difficile dans ce genre d’histoire ésotérique et fantastique).
Batman - One Bad Day - Le Pingouin
Une idée de base très sympa mais qui peine à rentrer dans le carcan de la collection, trop peu de pages pour une histoire si ambitieuse, ça aurait pu être bien mieux avec un meilleur développement, un peu dommage. Alors attention, l’album est honnête, c’est bien réalisé. Il y a de chouettes trucs, le cahier des charges est bien rempli, sale journée pour le Pingouin. J’ai particulièrement apprécié la présentation de notre personnage déchu (la 1ere planche de la galerie est en tout point admirable), la relation avec Batman m’a semblé juste, par contre les 2nds couteaux m’ont laissé sur ma fin. Mais ce que je reproche à l’œuvre, c’est son côté un peu expéditif, ça va vite et du coup ça n’échappe pas à quelques facilités. A ce titre, je trouve la scène avec son ex banquier particulièrement loupée. Donc voilà, c’est loin d’être honteux, ça se laisse lire tranquille, c’est divertissant mais vous terminerez avec ce sentiment d’un récit un peu sacrifié.
Tati et le film sans fin
Tati a réussi à créer un personnage (Monsieur Hulot) avec lequel il a souvent fini par se confondre. Sa filmographie n’est pas si grande que ça, mais il pouvait et peut encore s’enorgueillir d’avoir un noyau dur de fidèles, qui ont su reconnaitre en lui un génie – en tant que cinéaste, mais aussi en tant qu’acteur. Un acteur « vieille école », plus proche du mime que d’autre chose. Un acteur à ranger aux côtés de Chaplin, Lloyd ou Keaton, même si son « style » un peu lunaire, extérieurement peu dynamique, le rapproche plus de Keaton que des exubérants Chaplin et Lloyd. Si le dessin de Supiot (que j’avais beaucoup apprécié ailleurs) n’est pas ici ce que je préfère, je dois dire qu’il est très clair, lisible, et qu’il rend bien le personnage de Tati/Hulot, faussement statique. Quant à l’album lui-même, c’est un hommage assez classique, qui suit une trame chronologique et s’attarde sur les films qui ont fait de Tati un auteur à part. Un album intéressant, bien mené, sur un artiste original et attachant, sans doute un peu trop décalé pour « son temps » (il est amusant qu’on lui ait fait le reproche de défendre une « France » passéiste, d’avoir une vision quelque peu réactionnaire sur certains films, pour ensuite rester froid devant la modernité de « Playtime »).
Âromm
Une lecture sympathique et agréable. On peut reprocher sans doute à Zentner un scénario parfois mollasson, une narration évanescente. Mais l’intrigue se laisse lire sans problème. Dans le cadre des nomades des steppes – cadre assez violent – se déroule une histoire qui sonne comme un drame de l’antiquité grecque, où la fatalité, les promesses faites aux parents (ici à un père) et aux dieux, enchainent les hommes à leur destin. Si l’histoire est finalement assez simple et linéaire, je l’ai bien aimée. Quant au dessin de Pellejero, il est toujours aussi esthétique et personnel. Affaire de goûts ensuite, mais le fait est qu’il est très clair, lisible, jouant sur une colorisation tranchée qui donne à son dessin des accointances avec quelques œuvres du Blau Reiter). Et j’aime bien son trait gras et expressif. C’est un bon diptyque.
Pol polaire
Une série jeunesse sympathique qui parle d'écologie aux enfants. En effet, dans le premier tome notre ours et sa famille ont parfois de la difficulté à vivre dans le pôle nord à cause de la fonte des glaces et dans le tome suivant ils voyagent et découvrent la réalité des déchets jetés à la mer qui causent des problèmes aux animaux. Le ton de la série est sympathique même si l'humour s'adresse surtout aux enfants. Il y a des situations qui sentent le réchauffé pour le lecteur adulte comme toutes les histoires où l'ours essaie d'attraper la phoque pour la manger et évidemment cela rate toujours comme dans n'importe quel cartoon du type Bip-bip et Coyote. Un bon point est que vers la fin du premier tome apparait une quête (la recherche de la mère de famille qui a disparu il y a quelques années) qui va faire en sorte qu'on change de décors dans le second tome et la suite s'annonce aussi dans un environnement différent des deux premiers tomes. C'est bien, cela permet à la série de se renouveler et de ne pas faire du surplace comme la plupart des séries humoristiques à gags. Les tomes sont composés d'histoires humoristiques qui vont d'une à plusieurs pages et la plupart des chutes sont correctes, même si cela fait surtout sourire passé un certain âge. L'autrice montre des problèmes écologiques sans tomber dans du moralisme chiant et facile. Ajoutons que le dessin est vraiment dynamique et que les couleurs sont très belles. C'est vraiment le genre de BD que je conseille aux parents qui voudraient une BD moderne pour leurs enfants.
Magritte - Ceci n'est pas une biographie
Le mouvement surréaliste, ses idées, ses actions, ses protagonistes (passés et présents) ont depuis longtemps su m’arracher à la morne réalité. Si Magritte n’est pas le peintre surréaliste que je préfère, j’aime bien ce qu’il nous donne à voir. Et je suis aussi étonné que ce soit sans doute le peintre surréaliste le plus apprécié, alors que pourtant son œuvre est des plus intellectuelles, et qu’elle cache, derrière les faux-semblants qui l’ont rendue « accrocheuse » (le style « réaliste » volontairement très académique, des tableaux épurés, etc.) un questionnement souvent pointu, une volonté de bouleverser les sens. Enfin bon, Magritte est un grand peintre. Le sous-titre, « Ceci n’est pas une biographie », fait bien sûr référence à l’un des plus célèbres tableaux de Magritte. Mais il livre aussi la clé de lecture, tant on s’écarte ici d’une « biographie classique ». Il peut y avoir quelque chose de frustrant. Ses compagnons du groupe surréaliste – et son action même au sein de ce mouvement (groupe surréaliste belge bien sûr, mais aussi les actions menées en coordination avec le groupe parisien) ne sont pas passés sous silence, mais ils ne sont évoqués qu’à la marge. Pas grand-chose sur sa relation pas toujours simple avec Breton (au passage, « l’autorité despotique de Breton » évoquée au cours d’un dialogue ne fait que répéter un cliché qui demande encore d’être étayé…). Et seuls Nougé et Scutenaire sont évoqués, rien des autres membres du groupe belge. Si les changements de styles et d’intérêt sont évoqués brièvement, rien sur la période « jockeys », pourtant intrigante (et pas celle qui m’attire le plus a priori). J’ai pris le parti de suivre le récit des auteurs non pas comme une biographie (car alors il y aurait d’important manques et biais !), et donc de ne pas me focaliser sur ce que j’attendais, mais sur ce que propose Zabus, à savoir un récit décousu, qui nous donne à voir « par la bande », quelques aspects de la personnalité et de l’œuvre de Magritte, en laissant beaucoup de choses en retrait. Nombre de tableaux sont retranscrits, ou évoqués (quelques autres sources, dont de Chirico aussi), même si le dessin de Campi (pourtant très lisible et loin d’être laid) n’est pas ici ma tasse de thé. Même si le lecteur qui ne connait pas trop Magritte, sa vie et son œuvre n’aura ici qu’une vision superficielle de tout ça, cet album propose tout de même une approche originale et pas dénuée d’intérêt de ce personnage qui cachait derrière une vie « bourgeoise » et une peinture presque académique une vision décalée et révoltée de la société et de ses fondements.
Vers le sud
Cet album est le sixième de la collection "25 images" des éditions Martin de Halleux. C'est la publication du tout premier roman sans paroles de Frans Masereel 25 images de la passion d'un homme en 2019 qui donna l'idée de cette collection. Un hommage au maître. Blair Landis (L'Accident de chasse) relève le défi des contraintes imposés par l'éditeur. Une narration muette, une image par planche dans un merveilleux noir et blanc. Le tout en seulement 25 images. Une lecture rapide en librairie, l'histoire du dernier voyage d'un homme âgé. La fin d'une vie où la nature est omniprésente. Une migration poétique et fantastique, chacun pourra en faire son interprétation, surtout après avoir découvert la dernière planche. Captivant, original et intrigant. Le point fort de cet album est incontestablement le dessin de Landis, un noir et blanc hachuré et austère qui donne une âme au récit. Il faut avoir l'œil partout pour profiter des magnifiques tableaux qui composent cette fable. On reconnaît au premier coup d’œil l'influence qu'Edward Gorey (Edward Gorey - Une anthologie) a eu sur l'auteur. Une très belle découverte. Une curiosité.