Et oui, les deux univers Dumontheuil et Paasilinna (romancier finlandais à l'humour forestier) ont vraiment quelque chose de commun. Une sorte d'admiration pour les personnages dont l'énergie intérieure les mènent loin du commun des mortels. Ici l'histoire reste assez romanesque mais pointe les mesquineries dans lesquelles s'enfèrent souvent les groupes humains.
Un type venu du sud vient s'installer dans le moulin abandonné et le remet en fonctionnement. Le village est d'abord séduit, mais ça ne colle pas finalement et c'est comme si la société ne pouvait pas reconnaître en l'Autre sa propre humanité. Toutes les règles sociales que chacun a eu tant de mal à intégrer, on ne supporte pas qu'un étranger puisse s'en affranchir. Et une violence organisée enfle et déborde à la recherche de la destruction de l'intru.
Ce qui est plaisant ce sont les personnages qui ne hurlent pas avec les loups, mais soutiennent le héros, reconnaissant en lui un peu d'eux même (le facteur, le garde champêtre et la conseillère agricole) leur bonté touche, et l'intelligence inadaptée de Ragnar aussi.
Les animaux ont une grande importance et on retrouve l'espieglerie et le goût de l'observation silencieuse de Paasilinna.
Pour le dessin, j'aime toujours l'expressivité des personnages, dans un trait assez épais mais adapté à chaque contour. Les nuances de gris que l'auteur a préféré à la couleur donne un aspect suranné qui pousse aussi l'album vers le récit de trapeur. Par moment un faux air de "Le magasin général" mais dépouillé de tout bon sentiment, l'environnement y est présenté comme moins rude que la société. Et j'ai aussi pensé à "Martha James Canary" pour le mode de vie aventureux et western renversé.
Je ne mets pas 4 étoiles parce que cette vision cruelle de la société reste douloureuse pour moi, c'est comme si l'intelligence était condamnée dans nos organisations humaines : c'est foncièrement pessimiste : l'humour noir est un sacerdoce que je ne reprends pas totalement à mon compte !
Dédié à la cause animale et, plus largement, à l’impact de l’homme sur la planète, cet album m’aura dans un premier temps déçu par le manichéisme dont fait montre Hugo Clément avant de finalement me séduire par une deuxième partie que je trouve plus objective (même si Hugo Clément garde son discours du début et, par là même, écrit quelques propos contradictoires).
La première partie du récit est vraiment centrée sur le bien-être animal, avec une condamnation en règle de tous les humains carnivores (chasseurs, pêcheurs, éleveurs et bien entendu consommateurs de viande, d’œufs, de lait, de fromage, etc…) Si j’approuve la condamnation de la surproduction, de la surexploitation et de la surconsommation (de viandes, entre autres), si moi non plus je ne porte pas spécialement les chasseurs en haute estime, je n’ai pas apprécié la généralisation des cas dont fait montre l’auteur. Ça manque de nuances et Hugo Clément semble lui-même s’aveugler pour défendre ses convictions.
Le récit bascule une première fois au chapitre 8, dans lequel l’auteur nous parle d’une forêt au Mexique, dont un des grands défenseurs s’est fait abattre par une mafia locale. L’enjeu ? Une déforestation au profit d’une monoculture dédié aux avocatiers. Or, l’explosion de la production d’avocats ne peut pas vraiment être imputée aux consommateurs de viande. Au contraire, ce fruit est associé à une alimentation saine et vegan. Et alors qu’il avait condamné les ‘viandards’ tout au long des 7 premiers tomes, dans celui-ci, il ne critiquera en rien les consommateurs irresponsables d’avocats.
La suite du récit va mettre en avant d’autres contradictions. Le chapitre qui condamne les monocultures est assez édifiant à ce sujet avec un beau dessin qui montre combien la nature se portait mieux… quand on alternait pâtures, jachère et cultures. Et là encore, Hugo Clément oublie de préciser qu’une pâture n’a de sens (et d’existence) que s’il y a élevage.
Quelque part, ce livre m’a souvent fait râler par les partis-pris que prend son auteur. Pourtant, je le trouve d’intérêt public car je suis d’accord avec lui sur beaucoup de points : veiller au bien-être animal autant que faire se peut (mais sans se croire supérieur aux autres animaux, qui, soyons en convaincus, ne s’inquiètent de notre bien-être que si cela leur rapporte quelque chose), diminuer notre consommation de viande, revenir à des modes de production, de nourriture entre autres choses, plus sains (pour nous comme pour la planète), se responsabiliser vis-à-vis de notre propre consommation. Ce sont des thèmes à la mode mais aussi des thèmes essentiels à notre époque. En parler, c’est très bien. En parler sans œillères, c’est encore mieux. Par conséquent, le fait qu’Hugo Clément n’aborde à aucun moment le problème de la croissance démographique mondiale (nous sommes quatre fois plus nombreux sur terre qu’en 1950) et l’impact évident que cette croissance a sur le dérèglement climatique, sur l’extinction de masse, sur l’appauvrissement des sols me dérange.
En ce qui concerne l’aspect technique de ce récit, je n’ai par contre aucune critique à formuler. Le dessin est très agréable et le découpage en courts chapitres donne envie de continuer la lecture. Par conséquent, même si ce n’est pas le genre de livre qu’on lit pour son esthétique, j’ai vraiment aimé le travail réalisé par Dominique Mermoux et Vincent Ravalec.
Donc voilà : c’est un livre intéressant qui soulève de bonnes questions mais qui se refuse à en aborder d’autres moins consensuelles. A lire avec un regard critique mais à lire quand même.
Étrange histoire concoctée pour cette commande du musée du Louvre. Je trouve que ça commence bien.
C’est plutôt sympa cette histoire de scientifiques archéologues d’un futur lointain post apocalyptique. Ils tombent sur les vestiges enfouis du musée sans rien y comprendre. Leurs interprétations erronées sont assez amusantes (et m’évoquent « La civilisation perdue », un livre jeunesse – lisible adulte – assez hilarant sur la même idée). Leurs rapports humains, les petites rivalités, le racisme, ou plutôt spécisme dans le cas présent, sont bien sentis, ça partait bien, et j’avoue que j’aime beaucoup le chien-cochon Hulk.
Et puis je ne sais pourquoi, le récit prend un autre tournant, plus fantastique, avec les objets du musée qui se mettent à parler et à raconter les péripéties des œuvres et de l’histoire. On a l’impression que c’est ça la partie « commande » du Louvre, c’est artificiel et ne colle pas avec l’histoire principale qui restait dans de l’anticipation qu’on pouvait trouver raisonnable. C’est dommage.
En revanche, on a quand même un petit échantillon sympa des œuvres du Louvre et le catalogue de la dernière page est bienvenu.
Et une belle ambiance pour le dessin et la colorisation, un peu floue et délavée, ça rend bien l’idée de brouillard polaire et de poussière des ans.
Avec cet album, Stefano Boroni « interprète » l’un des naufrages les plus meurtriers de la marine civile. En effet, 1863 personnes sont mortes noyées, bien plus que lors du naufrage du Titanic. Mais les autorités locales, dépassées et cyniques, ont étouffé les cris des familles, il n’y eut jamais de procès. De même, les médias occidentaux ont montré que toutes les victimes n’ont pas la même valeur, puisque ce naufrage de 2002 n’a pas donné lieu au déferlement de documentaires/livres/films/reportages qui ont rendu le Titanic célèbre. Ici, la plupart des victimes sont de pauvres sénégalais ou gambiens…
A noter qu’une partie des ventes de cet album sera reversée à l’Association nationale des familles des victimes et rescapés du Joola.
Si les informations données en début et fin d’album permettent au lecteur de bien cerner la tragédie, et si au cours du récit Boroni se nourrit de quelques étapes importantes (la lenteur, pour ne pas dire l’inexistence des secours, les pirogues de pêcheurs hésitant à intervenir), glisse quelques piques aux pouvoirs sénégalais et à la corruption du patron du navire (qui embarque 4 fois le nombre maximum autorisé de passagers sur un bateau en mauvais état), on a là un récit qui fait la part belle au rêve.
Certains passagers, sous les flots et sous la coque, échangent, s’interrogent, avec un parallèle fait à la tragédie grecque (avec la présence d’Antigone).
Le dessin de Boroni est intéressant, lisible, même s’il n’est pas forcément mon truc. Chaque tête de chapitre bénéficie du dessin sur une double page de quelques auteurs connus (voir sur la fiche de la série), sans que cela ne nuise à l’unité de l’ensemble.
Au final, un récit original, très décousu, mais qui met en lumière une tragédie oubliée, un scandale. Boroni rend hommage aux victimes, en leur donnant la parole, et en rappelant leur nom.
Aucha et Isabelle Lemaux-Piedfert sont deux nouvelles venues dans le monde de la BD et elles nous offrent ici une série bien sympathique avec un bon potentiel pour l'avenir.
Cela se déroule au début du 20e siècle. Amy est la fille adoptive d'un explorateur anglais. Eduquée dans un esprit moderne et imprégnée d'archéologie, elle est bien décidée à suivre son père dans ses voyages, et notamment le premier pour elle en direction du Belize et de ses ruines mayas restant encore à défricher. Jeune Indiana Jones au féminin, elle va parcourir la jungle, découvrir les secrets oubliés des anciennes civilisations mais aussi aider à combattre des trafiquants sans scrupule.
Graphiquement, on voit que la dessinatrice vient du monde de l'animation mais le résultat passe très bien en BD. Certes le style fait très jeunesse adolescente, mignon et tout, mais personnages et décors sont soignés et s'imbriquent bien ensemble, le travail sur la colorisation est très bon et la narration graphique est impeccable.
Une des qualités de l'histoire est son côté relativement réaliste : ce n'est pas de l'aventure gratuite, et même si la jeune héroïne est mise en avant et plus valorisée que son père expérimenté, ce n'est quand même pas elle qui résout tout : elle a bien besoin de l'aide de son père, de son guide et nouvel ami, ou encore des autorités. Et elle écoute aussi soigneusement les informations que les autres peuvent lui inculquer.
Toutefois, le réalisme est un peu mis à mal quand on la voit décider de défoncer à coups de pioches les murs d'un sanctuaire archéologique encore intact avant son arrivée : un petit côté Lara Croft qui défonce tout et vole les reliques qui fait grincer des dents le lecteur adulte. Heureusement, cet aspect est compensé par des positions nettement plus respectueuses par la suite.
J'apprécie en outre les quelques pages didactiques en fin d'album qui sont instructives et rappellent un peu les épilogues éducatifs des épisodes des Mystérieuses Cités d'Or. Hâte d'en lire de similaires sur d'autres lieux plus tard visités par l'héroïne.
On reste dans un récit jeunesse, avec quelques facilités et aspects légèrement artificiels, ainsi qu'un dénouement un peu rapide pour ce premier tome, mais il y a du potentiel et je lirai avec plaisir d'autres aventures de la jeune Amy et de ses explorations archéologiques.
C'est une lecture surprise que j'ai faite avec ce Tizombi acheté pour mes enfants. Je pensais trouver un spin off assez gentil des deux sœurs profitant de leur immense succès.
Pas du tout Wendy et sa sœur n'ont qu'un rôle de super-Sisters (entendez super héroïnes) avec pouvoirs assez secondaire et travaillent surtout dans la dérision. Le récit très dynamique se concentre sur le cimetière et leurs occupants dans des scènes parfois assez rudes.
Le public lecteur me semble devoir être bien plus averti que celui des Sisters. Cazenove réussit à créer une très bonne dynamique pour des ados. Les dialogues visent aussi cette niche avec un langage djeun mais pas vulgaire.
Le dessin de William va dans le même sens avec des personnages féminins hyper sexualisés propres à faire fantasmer des collégiens. Les expressions sont bonnes avec un découpage moderne et tonique.
J'ai beaucoup aimé la mise en couleur d'Elodie Jacquemoire qui met très bien en valeur cette atmosphère d'humour macabre.
Une lecture plaisante mais pour un public pas trop jeune. Un bon 3.
L'Ondine de l'étang est un conte de Grimm peu connu du grand public. C'est une fable dans laquelle un couple de meuniers fait un pacte avec une ondine pour retrouver le bonheur en échange du premier né de leur ferme. Alors que le meunier croyait que ce serait un poussin ou un caneton, ce premier né se révèle être finalement leur propre fils et les parents font alors tout pour l'empêcher de s'approcher de l'étang où l'ondine pourrait l'emporter à jamais. Tant et si bien que des années plus tard, quand le fils est devenu un jeune adulte et se fait finalement emporter, c'est sa fiancée désespérée qui va tout faire pour le sauver.
Si ce conte n'a pas marqué le public, c'est probablement parce que, hormis une intrigue relativement divertissante, il ne présente pas de morale très claire. C'est plus un récit d'aventure fantastique où une jeune femme doit combattre une malédiction pour sauver son amour. Là où il présente une certaine originalité, c'est dans le fait que pour une fois c'est la jeune femme qui sauve le beau jeune homme. Et autre inversion des habitudes, pour faire cela, elle s'allie avec une femme qui, à première vue, ressemble fortement à une horrible sorcière, même si c'est en fait une laide mais gentille protectrice de la forêt.
L'ensemble est mis en image dans un style naïf, légèrement enfantin mais agréable et joliment colorisé.
C'est une lecture plus distrayante que vraiment marquante, si ce n'est par l'intérêt culturel qu'elle apporte de voir que les frères Grimm ont pu raconter des contes qui inverse les standards habituels du prince qui vole au secours de la princesse.
Contrairement à Miranda, je conseillerais surtout (voire quasi exclusivement) cette série à un très jeune public. En effet, l’adulte que je suis a trouvé un peu trop gentil et mollasson l’humour.
Ceci étant, si on la juge à l’aune du public réellement visé, ces petits albums (une pagination pas trop importante) se laissent lire. Les jeunes lecteurs peuvent s’attacher aux personnages, en particulier Grenouille, garçon espiègle et son clébar, avec une foule de personnages secondaires (issus de la famille/tribu), dans une préhistoire de pacotille.
Les situations sont simples, comme le dessin, assez minimaliste. C’est une série qui peut trouver son public. Mais jeune alors.
Note réelle 2,5/5 (ressenti personnel plutôt vers les 2 étoiles).
... Hé ben ! C'est grave dépouillé, comme récit ! Le twist final est sympathique ; mais la sévère absence d'élaboration dramatique autour de ces comprimés-miracles me frustre un peu, d'un point de vue purement scénaristique : n'exploiter seulement que le côté bon enfant de l'idée originelle limite franchement la portée de cette mini-série. En même temps, la "super-pilule" est un cliché qui a été tellement exploré que cette version "light" peut facilement s’ auto-justifier. Ce choix de ne mettre en scène qu'un seul aspect du concept de départ -assez inusité, et pour cause !- abrège nécessairement les péripéties que vivent les personnages, et on arrive fatalement très rapidement à la conclusion -presque aussi vite qu'eux quatre, d'ailleurs ?! Absolument pas commercial, comme démarche ; et, donc, très surprenant.
C'est néanmoins distrayant, sinon passionnant ; et le graphisme est à la hauteur de la formule : lisible, punchy et plein d'allant.
Du Comic-Book pour se détendre.
Étonnante cette série, que je regrette de ne pas avoir lue gamin, tant elle est adaptée à un jeune lectorat.
Dès le premier album, on entre dans un monde un peu féérique, plus médiéval fantastique que qu’Héroïque fantasy comme le disent d’autres avis. En cela je vois cette série comme le pendant de Tintin de l’excellent Johan et Pirlouit de Dupuis (en moins bien je trouve, même si les deux séries ne sont pas totalement comparables).
Dans un univers moyenâgeux tout gentil, Bédu place pas mal de loufoquerie. Il y a un peu de Claude Ponti dans ces légumes aux airs de chevaliers (on peut aussi penser au Chourave de Mandryka !), dans ces étranges machines volantes.
La suite ne déroge pas, on reste dans des aventures bon enfant, dans lesquelles Hugo, jeune troubadour intrépide accompagné de son gros ours Biscoto, de Narcisse, une sorte de Libellule improbable parlant avec un accent italien, vient à bout des situations les plus dangereuses – et parfois farfelues.
Le dessin tout en rondeur, du franco-belge ultra classique mais dynamique et réussi, convient parfaitement au jeune lectorat visé.
J’ai par contre été à plusieurs reprises étonné de l’emploi de quelques mots sans doute difficile à comprendre pour le lectorat visé.
Mais bon, ça reste une série injustement méconnue, qui passe très bien la barrière du temps (peut-être moins celle de l’âge, contrairement à « Johan et Pirlouit » je pense).
Note réelle 3,5/5.
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Le Meunier hurlant
Et oui, les deux univers Dumontheuil et Paasilinna (romancier finlandais à l'humour forestier) ont vraiment quelque chose de commun. Une sorte d'admiration pour les personnages dont l'énergie intérieure les mènent loin du commun des mortels. Ici l'histoire reste assez romanesque mais pointe les mesquineries dans lesquelles s'enfèrent souvent les groupes humains. Un type venu du sud vient s'installer dans le moulin abandonné et le remet en fonctionnement. Le village est d'abord séduit, mais ça ne colle pas finalement et c'est comme si la société ne pouvait pas reconnaître en l'Autre sa propre humanité. Toutes les règles sociales que chacun a eu tant de mal à intégrer, on ne supporte pas qu'un étranger puisse s'en affranchir. Et une violence organisée enfle et déborde à la recherche de la destruction de l'intru. Ce qui est plaisant ce sont les personnages qui ne hurlent pas avec les loups, mais soutiennent le héros, reconnaissant en lui un peu d'eux même (le facteur, le garde champêtre et la conseillère agricole) leur bonté touche, et l'intelligence inadaptée de Ragnar aussi. Les animaux ont une grande importance et on retrouve l'espieglerie et le goût de l'observation silencieuse de Paasilinna. Pour le dessin, j'aime toujours l'expressivité des personnages, dans un trait assez épais mais adapté à chaque contour. Les nuances de gris que l'auteur a préféré à la couleur donne un aspect suranné qui pousse aussi l'album vers le récit de trapeur. Par moment un faux air de "Le magasin général" mais dépouillé de tout bon sentiment, l'environnement y est présenté comme moins rude que la société. Et j'ai aussi pensé à "Martha James Canary" pour le mode de vie aventureux et western renversé. Je ne mets pas 4 étoiles parce que cette vision cruelle de la société reste douloureuse pour moi, c'est comme si l'intelligence était condamnée dans nos organisations humaines : c'est foncièrement pessimiste : l'humour noir est un sacerdoce que je ne reprends pas totalement à mon compte !
Le Théorème du vaquita
Dédié à la cause animale et, plus largement, à l’impact de l’homme sur la planète, cet album m’aura dans un premier temps déçu par le manichéisme dont fait montre Hugo Clément avant de finalement me séduire par une deuxième partie que je trouve plus objective (même si Hugo Clément garde son discours du début et, par là même, écrit quelques propos contradictoires). La première partie du récit est vraiment centrée sur le bien-être animal, avec une condamnation en règle de tous les humains carnivores (chasseurs, pêcheurs, éleveurs et bien entendu consommateurs de viande, d’œufs, de lait, de fromage, etc…) Si j’approuve la condamnation de la surproduction, de la surexploitation et de la surconsommation (de viandes, entre autres), si moi non plus je ne porte pas spécialement les chasseurs en haute estime, je n’ai pas apprécié la généralisation des cas dont fait montre l’auteur. Ça manque de nuances et Hugo Clément semble lui-même s’aveugler pour défendre ses convictions. Le récit bascule une première fois au chapitre 8, dans lequel l’auteur nous parle d’une forêt au Mexique, dont un des grands défenseurs s’est fait abattre par une mafia locale. L’enjeu ? Une déforestation au profit d’une monoculture dédié aux avocatiers. Or, l’explosion de la production d’avocats ne peut pas vraiment être imputée aux consommateurs de viande. Au contraire, ce fruit est associé à une alimentation saine et vegan. Et alors qu’il avait condamné les ‘viandards’ tout au long des 7 premiers tomes, dans celui-ci, il ne critiquera en rien les consommateurs irresponsables d’avocats. La suite du récit va mettre en avant d’autres contradictions. Le chapitre qui condamne les monocultures est assez édifiant à ce sujet avec un beau dessin qui montre combien la nature se portait mieux… quand on alternait pâtures, jachère et cultures. Et là encore, Hugo Clément oublie de préciser qu’une pâture n’a de sens (et d’existence) que s’il y a élevage. Quelque part, ce livre m’a souvent fait râler par les partis-pris que prend son auteur. Pourtant, je le trouve d’intérêt public car je suis d’accord avec lui sur beaucoup de points : veiller au bien-être animal autant que faire se peut (mais sans se croire supérieur aux autres animaux, qui, soyons en convaincus, ne s’inquiètent de notre bien-être que si cela leur rapporte quelque chose), diminuer notre consommation de viande, revenir à des modes de production, de nourriture entre autres choses, plus sains (pour nous comme pour la planète), se responsabiliser vis-à-vis de notre propre consommation. Ce sont des thèmes à la mode mais aussi des thèmes essentiels à notre époque. En parler, c’est très bien. En parler sans œillères, c’est encore mieux. Par conséquent, le fait qu’Hugo Clément n’aborde à aucun moment le problème de la croissance démographique mondiale (nous sommes quatre fois plus nombreux sur terre qu’en 1950) et l’impact évident que cette croissance a sur le dérèglement climatique, sur l’extinction de masse, sur l’appauvrissement des sols me dérange. En ce qui concerne l’aspect technique de ce récit, je n’ai par contre aucune critique à formuler. Le dessin est très agréable et le découpage en courts chapitres donne envie de continuer la lecture. Par conséquent, même si ce n’est pas le genre de livre qu’on lit pour son esthétique, j’ai vraiment aimé le travail réalisé par Dominique Mermoux et Vincent Ravalec. Donc voilà : c’est un livre intéressant qui soulève de bonnes questions mais qui se refuse à en aborder d’autres moins consensuelles. A lire avec un regard critique mais à lire quand même.
Période Glaciaire
Étrange histoire concoctée pour cette commande du musée du Louvre. Je trouve que ça commence bien. C’est plutôt sympa cette histoire de scientifiques archéologues d’un futur lointain post apocalyptique. Ils tombent sur les vestiges enfouis du musée sans rien y comprendre. Leurs interprétations erronées sont assez amusantes (et m’évoquent « La civilisation perdue », un livre jeunesse – lisible adulte – assez hilarant sur la même idée). Leurs rapports humains, les petites rivalités, le racisme, ou plutôt spécisme dans le cas présent, sont bien sentis, ça partait bien, et j’avoue que j’aime beaucoup le chien-cochon Hulk. Et puis je ne sais pourquoi, le récit prend un autre tournant, plus fantastique, avec les objets du musée qui se mettent à parler et à raconter les péripéties des œuvres et de l’histoire. On a l’impression que c’est ça la partie « commande » du Louvre, c’est artificiel et ne colle pas avec l’histoire principale qui restait dans de l’anticipation qu’on pouvait trouver raisonnable. C’est dommage. En revanche, on a quand même un petit échantillon sympa des œuvres du Louvre et le catalogue de la dernière page est bienvenu. Et une belle ambiance pour le dessin et la colorisation, un peu floue et délavée, ça rend bien l’idée de brouillard polaire et de poussière des ans.
Que la mer vous soit légère
Avec cet album, Stefano Boroni « interprète » l’un des naufrages les plus meurtriers de la marine civile. En effet, 1863 personnes sont mortes noyées, bien plus que lors du naufrage du Titanic. Mais les autorités locales, dépassées et cyniques, ont étouffé les cris des familles, il n’y eut jamais de procès. De même, les médias occidentaux ont montré que toutes les victimes n’ont pas la même valeur, puisque ce naufrage de 2002 n’a pas donné lieu au déferlement de documentaires/livres/films/reportages qui ont rendu le Titanic célèbre. Ici, la plupart des victimes sont de pauvres sénégalais ou gambiens… A noter qu’une partie des ventes de cet album sera reversée à l’Association nationale des familles des victimes et rescapés du Joola. Si les informations données en début et fin d’album permettent au lecteur de bien cerner la tragédie, et si au cours du récit Boroni se nourrit de quelques étapes importantes (la lenteur, pour ne pas dire l’inexistence des secours, les pirogues de pêcheurs hésitant à intervenir), glisse quelques piques aux pouvoirs sénégalais et à la corruption du patron du navire (qui embarque 4 fois le nombre maximum autorisé de passagers sur un bateau en mauvais état), on a là un récit qui fait la part belle au rêve. Certains passagers, sous les flots et sous la coque, échangent, s’interrogent, avec un parallèle fait à la tragédie grecque (avec la présence d’Antigone). Le dessin de Boroni est intéressant, lisible, même s’il n’est pas forcément mon truc. Chaque tête de chapitre bénéficie du dessin sur une double page de quelques auteurs connus (voir sur la fiche de la série), sans que cela ne nuise à l’unité de l’ensemble. Au final, un récit original, très décousu, mais qui met en lumière une tragédie oubliée, un scandale. Boroni rend hommage aux victimes, en leur donnant la parole, et en rappelant leur nom.
Les Mondes perdus
Aucha et Isabelle Lemaux-Piedfert sont deux nouvelles venues dans le monde de la BD et elles nous offrent ici une série bien sympathique avec un bon potentiel pour l'avenir. Cela se déroule au début du 20e siècle. Amy est la fille adoptive d'un explorateur anglais. Eduquée dans un esprit moderne et imprégnée d'archéologie, elle est bien décidée à suivre son père dans ses voyages, et notamment le premier pour elle en direction du Belize et de ses ruines mayas restant encore à défricher. Jeune Indiana Jones au féminin, elle va parcourir la jungle, découvrir les secrets oubliés des anciennes civilisations mais aussi aider à combattre des trafiquants sans scrupule. Graphiquement, on voit que la dessinatrice vient du monde de l'animation mais le résultat passe très bien en BD. Certes le style fait très jeunesse adolescente, mignon et tout, mais personnages et décors sont soignés et s'imbriquent bien ensemble, le travail sur la colorisation est très bon et la narration graphique est impeccable. Une des qualités de l'histoire est son côté relativement réaliste : ce n'est pas de l'aventure gratuite, et même si la jeune héroïne est mise en avant et plus valorisée que son père expérimenté, ce n'est quand même pas elle qui résout tout : elle a bien besoin de l'aide de son père, de son guide et nouvel ami, ou encore des autorités. Et elle écoute aussi soigneusement les informations que les autres peuvent lui inculquer. Toutefois, le réalisme est un peu mis à mal quand on la voit décider de défoncer à coups de pioches les murs d'un sanctuaire archéologique encore intact avant son arrivée : un petit côté Lara Croft qui défonce tout et vole les reliques qui fait grincer des dents le lecteur adulte. Heureusement, cet aspect est compensé par des positions nettement plus respectueuses par la suite. J'apprécie en outre les quelques pages didactiques en fin d'album qui sont instructives et rappellent un peu les épilogues éducatifs des épisodes des Mystérieuses Cités d'Or. Hâte d'en lire de similaires sur d'autres lieux plus tard visités par l'héroïne. On reste dans un récit jeunesse, avec quelques facilités et aspects légèrement artificiels, ainsi qu'un dénouement un peu rapide pour ce premier tome, mais il y a du potentiel et je lirai avec plaisir d'autres aventures de la jeune Amy et de ses explorations archéologiques.
Tizombi
C'est une lecture surprise que j'ai faite avec ce Tizombi acheté pour mes enfants. Je pensais trouver un spin off assez gentil des deux sœurs profitant de leur immense succès. Pas du tout Wendy et sa sœur n'ont qu'un rôle de super-Sisters (entendez super héroïnes) avec pouvoirs assez secondaire et travaillent surtout dans la dérision. Le récit très dynamique se concentre sur le cimetière et leurs occupants dans des scènes parfois assez rudes. Le public lecteur me semble devoir être bien plus averti que celui des Sisters. Cazenove réussit à créer une très bonne dynamique pour des ados. Les dialogues visent aussi cette niche avec un langage djeun mais pas vulgaire. Le dessin de William va dans le même sens avec des personnages féminins hyper sexualisés propres à faire fantasmer des collégiens. Les expressions sont bonnes avec un découpage moderne et tonique. J'ai beaucoup aimé la mise en couleur d'Elodie Jacquemoire qui met très bien en valeur cette atmosphère d'humour macabre. Une lecture plaisante mais pour un public pas trop jeune. Un bon 3.
L'Ondine de l'étang
L'Ondine de l'étang est un conte de Grimm peu connu du grand public. C'est une fable dans laquelle un couple de meuniers fait un pacte avec une ondine pour retrouver le bonheur en échange du premier né de leur ferme. Alors que le meunier croyait que ce serait un poussin ou un caneton, ce premier né se révèle être finalement leur propre fils et les parents font alors tout pour l'empêcher de s'approcher de l'étang où l'ondine pourrait l'emporter à jamais. Tant et si bien que des années plus tard, quand le fils est devenu un jeune adulte et se fait finalement emporter, c'est sa fiancée désespérée qui va tout faire pour le sauver. Si ce conte n'a pas marqué le public, c'est probablement parce que, hormis une intrigue relativement divertissante, il ne présente pas de morale très claire. C'est plus un récit d'aventure fantastique où une jeune femme doit combattre une malédiction pour sauver son amour. Là où il présente une certaine originalité, c'est dans le fait que pour une fois c'est la jeune femme qui sauve le beau jeune homme. Et autre inversion des habitudes, pour faire cela, elle s'allie avec une femme qui, à première vue, ressemble fortement à une horrible sorcière, même si c'est en fait une laide mais gentille protectrice de la forêt. L'ensemble est mis en image dans un style naïf, légèrement enfantin mais agréable et joliment colorisé. C'est une lecture plus distrayante que vraiment marquante, si ce n'est par l'intérêt culturel qu'elle apporte de voir que les frères Grimm ont pu raconter des contes qui inverse les standards habituels du prince qui vole au secours de la princesse.
Aux Frontières du Quaternaire
Contrairement à Miranda, je conseillerais surtout (voire quasi exclusivement) cette série à un très jeune public. En effet, l’adulte que je suis a trouvé un peu trop gentil et mollasson l’humour. Ceci étant, si on la juge à l’aune du public réellement visé, ces petits albums (une pagination pas trop importante) se laissent lire. Les jeunes lecteurs peuvent s’attacher aux personnages, en particulier Grenouille, garçon espiègle et son clébar, avec une foule de personnages secondaires (issus de la famille/tribu), dans une préhistoire de pacotille. Les situations sont simples, comme le dessin, assez minimaliste. C’est une série qui peut trouver son public. Mais jeune alors. Note réelle 2,5/5 (ressenti personnel plutôt vers les 2 étoiles).
MPH
... Hé ben ! C'est grave dépouillé, comme récit ! Le twist final est sympathique ; mais la sévère absence d'élaboration dramatique autour de ces comprimés-miracles me frustre un peu, d'un point de vue purement scénaristique : n'exploiter seulement que le côté bon enfant de l'idée originelle limite franchement la portée de cette mini-série. En même temps, la "super-pilule" est un cliché qui a été tellement exploré que cette version "light" peut facilement s’ auto-justifier. Ce choix de ne mettre en scène qu'un seul aspect du concept de départ -assez inusité, et pour cause !- abrège nécessairement les péripéties que vivent les personnages, et on arrive fatalement très rapidement à la conclusion -presque aussi vite qu'eux quatre, d'ailleurs ?! Absolument pas commercial, comme démarche ; et, donc, très surprenant. C'est néanmoins distrayant, sinon passionnant ; et le graphisme est à la hauteur de la formule : lisible, punchy et plein d'allant. Du Comic-Book pour se détendre.
Hugo
Étonnante cette série, que je regrette de ne pas avoir lue gamin, tant elle est adaptée à un jeune lectorat. Dès le premier album, on entre dans un monde un peu féérique, plus médiéval fantastique que qu’Héroïque fantasy comme le disent d’autres avis. En cela je vois cette série comme le pendant de Tintin de l’excellent Johan et Pirlouit de Dupuis (en moins bien je trouve, même si les deux séries ne sont pas totalement comparables). Dans un univers moyenâgeux tout gentil, Bédu place pas mal de loufoquerie. Il y a un peu de Claude Ponti dans ces légumes aux airs de chevaliers (on peut aussi penser au Chourave de Mandryka !), dans ces étranges machines volantes. La suite ne déroge pas, on reste dans des aventures bon enfant, dans lesquelles Hugo, jeune troubadour intrépide accompagné de son gros ours Biscoto, de Narcisse, une sorte de Libellule improbable parlant avec un accent italien, vient à bout des situations les plus dangereuses – et parfois farfelues. Le dessin tout en rondeur, du franco-belge ultra classique mais dynamique et réussi, convient parfaitement au jeune lectorat visé. J’ai par contre été à plusieurs reprises étonné de l’emploi de quelques mots sans doute difficile à comprendre pour le lectorat visé. Mais bon, ça reste une série injustement méconnue, qui passe très bien la barrière du temps (peut-être moins celle de l’âge, contrairement à « Johan et Pirlouit » je pense). Note réelle 3,5/5.