Je découvre avec cet album le travail d’Alex Nino, et je dois dire qu’il a un très bon coup de crayon. Un style rageur, énergique, avec des pages assez chargées (parfois un peu trop sans doute). En tout cas son travail en Noir et Blanc est très intéressant, même si c’est ici inégal et pas exempt de reproches.
La mise en page est typique des œuvres « modernes » des années 1970, avec une déconstruction des pages, absence du gaufrier traditionnel, la dernière histoire étant sans doute la plus classique en ce domaine.
L’album regroupe quatre histoires, adaptations de différents auteurs, dans des registres eux-aussi différents. L’unité de l’ensemble – qui justifie aussi le titre – est donnée par ce Temps, central, autour d’un maître du temps dans la première histoire, ou de voyages dans le temps dans les trois suivantes.
La dernière histoire est une revisite de la geste christique à la sauce Moorcock. Pas inintéressante, mais j’ai eu du mal à accrocher. C’est aussi celle où le dessin m’a paru le plus inégal.
Les trois histoires précédentes sont elles aussi intéressantes, mais la version du Conan d’Howard est celle que j’ai trouvé la plus « limpide » dans son déroulé.
La troisième histoire joue sur un registre SF très années 70, et sur la mise en parallèle de plusieurs époques : un peu courte, mais bien menée, avec un dessin bon, mais l’encrage est un peu faible et ne lui rend pas justice.
L’histoire qui inaugure l’album est celle où le dessin est le plus fort, dans un style qui n’est pas sans rappeler Druillet. Mais Nino surcharge ici un peu trop certaines cases, au point qu’il faut les déchiffrer lentement : un trait baroque mais trop « riche » qui nuit parfois à la fluidité de l’ensemble.
Au final, une lecture que j’ai globalement appréciée, un auteur au style affirmé, ici au service d’histoires diverses mais suffisamment bien menées pour intéresser les lecteurs curieux. Les éditions Triton, qui ont publié pas mal d’auteurs américains à cette époque, avec un bonheur inégal, ont proposé là une découverte originale au public français.
En février-mars 1964, les Beatles débarquent à paris pour une série de concerts qui fait figure de marathon. Ils arrivent presque anonymement, leurs premiers tours de chant sont éclipsés par d'autres artistes. et en l'espace de quelques jours, grâce à leur succès outre-Atlantique, les médias, d'abord très négatifs, vont s'intéresser à eux, et commence alors la beatlemania dans l'Hexagone...
Philippe Thirault et sa fille Vassilissa sont des grands fans des Beatles. A force d'échanger des anecdotes sur leur groupe préféré, ils décident de mettre en lumière et en scénario un moment très particulier de son existence. Ils passent beaucoup de temps à se documenter, à trier également les sources qui donnent des informations contradictoires, et embarquent Christopher (lui-même très fan des Beatles), qui a déjà dessiné des biopics musicaux, dans l'aventure. Le résultat est un album vraiment sympathique, qui est truffé d'anecdotes croustillantes montrant l'anonymat dans lequel ils débarquent à Paris, mais aussi très intéressant au sujet de l'ambiance qui pouvait entourer les rock stars de l'époque, faite de sexe et de rock n'roll. On voit aussi une bande de jeunes gens au caractère irrévérencieux qui pensent également à s'amuser dans cette ville en partie inconnue (Lennon et Mc Cartney y avaient fait un court séjour deux ans auparavant), à découvrir plus en profondeur la réputation de femmes faciles des petites françaises. Toute une époque.
Vassilissa Thirault y fait ses débuts de scénariste aux côtés de son père, et tous les deux livrent un album qui ravira les (nombreux) fans des Fab Four, autant par ces anecdotes que par le souci de coller au plus proche de la réalité, même si par manque d'informations les auteurs n'ont pu qu'imaginer certaines scènes ou dialogues. Christopher est un vieux routard de la BD, et montre une fois de plus sa maîtrise de la ligne claire, totalement au service du sujet, qui le passionne. On voit d'ailleurs qu'il s'est beaucoup inspiré des archives visuelles de l'époque, un certain nombre de poses et de scènes correspondant parfaitement à des images gravées dans la mémoire collective.
L'histoire est celle d'Addie, une ado pas super bien dans sa peau, qui se retrouve seule avec son père après un drame familial, et qui part avec lui pour un job d'été assez loin de chez elle. Un peu laissée à elle-même, elle va faire la rencontre d'un jeune voisin, un brin lourdaud. Mais n'ayant pas vraiment envie de se faire des amis, elle va mettre du temps à l'accepter, à rentrer dans son jardin secret, et puis à s'intéresser à ce que fait son père, ou plutôt les étudiants de celui-ci, des geeks qui bossent sur des projets impliquant la réalité virtuelle. Ca commence donc comme une bluette, assez gentillette, mais surtout bien naïve.
Et puis un peu avant le dernier tiers, TOUT CHANGE. Enfin presque tout. On ne verse pas dans une histoire d'abduction par des extra-terrestres, ni dans un thriller avec des tueurs sanguinaires. Mais. Tout d'un coup les applications de réalité virtuelle trouvent leur objectif, leur finalité. Tout d'n coup l'amitié d'Addie et Matéo servent quelque chose de plus grand, tout d'un coup des secrets de famille sont dévoilés et ça détend tout le monde. Tout d'un coup le drame familial dont je parlais auparavant se dévoile et éclaire une bonne partie de l'histoire sous un jour nouveau. J'ai été réellement surpris de cette tournure de l'histoire. On se retrouve dans quelque chose qui parle d'écologie, d'amitié, d'empathie, de dépendance, d'adolescence, de rêves, de deuil, de nouvelles technologies, de résilience, et tout cela presque en sous-marin.
Si mon enthousiasme doit être tempéré, c'est par le dessin. Je suppose que c'est l'une des premières réalisations de Gabi Mendez. Si le style un peu naïf ne me gêne pas, c'est son niveau de naïveté qui me fait un peu tiquer. Il y a pas mal d'erreurs de proportions, d'absence d'expressions des personnages... Par exemple lors d'un passage avec la mère d'Addie, celle-ci change de visage, et je finis par me demander si elle y est encore... Addie aussi, par moments.
C'est un peu dommage pour l'ensemble, mais je recommande l'album pour les sujets traités, avec une originalité certaine.
Cauvin a beaucoup publié de séries, qu’il a trop souvent étirées, avec des résultats très inégaux (les « rallonges » de certaines séries leur faisant perdre le peps initial). Je dois dire qu’avec « Godaille et Godasse », on est plutôt dans la moyenne haute du bonhomme.
En cela elle se rapproche de sa série Les Tuniques Bleues (du moins les premiers albums), elle aussi exploitant un cadre historique assez clairement délimité – tout en distordant la réalité des personnages et de leurs actions.
Ici c’est le Premier Empire qui sert de cadre, avec des personnages bien connus, Napoléon, Catherine Hubscher (« Madame Sans-gêne »), etc. L’intérêt de prendre des personnages connus, qui plus est à forte personnalité, est que le moindre décalage permet des effets humoristiques faciles.
Napoléon est donc un tout petit bonhomme colérique, fin stratège (souvent l’élaboration de ses plans est perturbé par des affaires privées), et le premier rôle est tenu par un simple hussard (avec son canasson), à la personnalité moins forte certes, mais qui est le vecteur d’aventures plus ou moins loufoques.
J’ai lu les trois premiers albums, est c’est une lecture agréable. Le dessin de Sandron, du classique franco-belge au trait caricatural colle très bien au ton employé par Cauvin, et les aventures pour de rire malmènent agréablement personnages et Histoire.
J’ai juste trouvé que le personnage de la Sans-gêne devenait presque lassant, monocorde. Peut-être parce que le caractère du personnage n’est pas trop éloigné de la réalité ? Surtout parce que ses interventions deviennent parfois répétitives (dans le troisième tome).
Mais bon, c’est une lecture sympathique et tout public.
3ème volume de mon colis de la maison d’Éditions Ici même : c'est une découverte un peu déconcertante pour moi. Je suis souvent confrontée, professionnellement, à des trentenaires occidental.e.s en recherche d'identité sexuelle. Et je fais bien attention à ne pas m'immiscer dans ces interrogations personnelles que j'ai du mal à saisir. Cette lecture était un peu une manière d'éclairer ma lanterne. J'avoue ne pas être beaucoup plus avancée en refermant l'album.
Je me demande si ce n'est pas plutôt un ouvrage d'astrologie sur le signe du cancer, (ça revient souvent tout au long du volume) qui est sensé rester dans l'indécision permanente plutôt que sur l'identité sexuelle... Ou alors, c'est la question de la sexualité qui devient un enjeu tel dans son milieu que Nicoz en est perturbée... L'époque est à l'identité, mais je suis de la vieille école où on cherchait plutôt à définir un projet.. Cela nous libérait de notre nombril.
En revanche je me suis retrouvée dans le dessin, la composition des pages, la couleur et la forme des écrits qui suivent les pensées de l'héroïne. Une pâte tonique qui passe de la petite tache du dessin de presse aquarellé, au portrait réaliste et hypnotisant, tout cela guidé par un bavardage en capitale majuscule colorée et irrégulière. On imagine le stylo fluide vert ou rouge qui glisse avec énergie sur le papier, on s'identifie en voyant les ratures.. cela montre le cheminement de la pensée et on peut préférer la partie raturée.. C'est parfois drôle, parfois agaçant.
Je suis comme Nicoz, je n'ai pas encore décidé...
Un témoignage semi-romancé sur l'expérience d'une grande adolescente sur un séjour réalisé dans un village sénégalais.
L'autrice Nuria Tamarit a également réalisé Géante que j'avais beaucoup aimé. Je ne sais pas quand elle a dessiné chacun de ces albums mais Toubab donne l'impression d'être un peu moins mature que Géante. C'est un ressenti subjectif que j'ai vis-à-vis de l'aspect un peu plus naïf et épuré du dessin mais aussi de l'état d'esprit de l'héroïne et de la narration qui l'accompagne.
En effet, j'ai légèrement tiqué devant les stéréotypes bobo avec lesquels la BD présente sa découverte du village et de la culture Wolof. Les villageois y sont catalogués comme une unique entité, comme on pourrait dire "ah, les Français, ils sont tous râleurs, avec leur béret et leur baguette sous le bras". Ici "ils" sont tous simples et sages, "ils" dansent tout le temps, "ils" sont gentils, "ils" savent s'accommoder de peu et vivre heureux malgré tout, etc... Je grimace un peu car ça ressemble à une vision du bon sauvage, alors que je suis persuadé que l'auteur ne voulait pas transmettre ce message. Ou alors le transmettre pour montrer la vision faussée que peut avoir une adolescente naïve, influencée par les réseaux sociaux et les reportages qu'elle a vus à la télévision, et qui fait des jugements hâtifs en cataloguant tout une population comme une entité unique et où chacun est plus ou moins identique.
Toutefois l'autrice laisse ici et là la parole aux villageois et montre un aspect plus mature et pertinent de la vision que le lecteur peut s'en faire. Et évidemment, dès le début, elle montre la superficialité de l'héroïne, accro à son téléphone et ses réseaux sociaux. Pour autant, on ne voit que peu celle-ci évoluer lors de son séjour. Ce n'est pas véritablement un récit initiatique : oui, elle a appris des choses durant son voyage, oui sa vision des choses a légèrement changé, mais elle repart relativement identique à la personne qu'elle était en arrivant.
Au-delà de ça, j'ai apprécié cette plongée dans la vie de cette petite famille expatriée dans un village sénégalais. J'ai aussi trouvé instructif d'y voir le travail de la mère de l'héroïne et du groupe d'humanitaires venu les aider. Et le graphisme plein de personnalité de l'autrice joue en faveur de ce dépaysement et de la beauté des décors et des personnages.
On ressort de cette lecture comme d'un agréable voyage à l'étranger, même si mon opinion sur l'héroïne et sur le message de l'autrice reste indécis.
Un Hugo Pratt mineur, mais il faut dire que je ne suis pas un inconditionnel de l'auteur.
J'ai bien aimé le dessin qui est épuré sans tomber dans les travers des dernières années de l'auteur. Le récit est du pur Pratt avec ce que j'aime et ce que je n'aime pas chez lui.
En gros, le coté aventure exotique m'a un peu divertit et cela se lit sans problème. Puis l'histoire bascule dans l'ésotérisme et j'ai moins accroché, surtout que je ne pense pas avoir tout bien compris. Le récit reste pas trop mal malgré tout.
C'est pas mauvais, mais je pense que cela s'adresse surtout aux fans inconditionnels de Pratt.
Belle histoire de gangster située à Sao Paulo dans les années 50. Dessin très stylisé dans une atmosphère douce et chaude , mais où les personnages peinent à trouver leur énergie vitale.
Le scénario navigue entre une situation mélodramatique : un accident de train, des enfants passionnés de cinéma, des messieurs par le football, un seule dame : à la cuisine, les immigrés ritals qui ont échappé à la seconde guerre mondiale et qui se font casser la gueule par des gangsters, qui par ailleurs dissimulent les saletés du grand patron et jouent les casseurs de grêve, un bel inspecteur incorruptible, ...
L'originalité de l'album vient lorsque les enfants fans de John Wayne, projettent leur héros dans une scène de la réalité, mais cela reste un peu en suspens.
Bref plein d'ingrédients intéressants, mais un manque de chaire dans le dessin des visages, peut-être aussi dans les dialogues, avec un scénario qui ne choisit pas parmi toutes ces pistes et un titre bien mal traduit... Un bon moment de lecture (on attend que cela décolle, bercé dans ce beau décors d'affiche) mais on reste un peu sur sa faim.
Avec l'inscription de la garantie de recours à l'IVG dans la Constitution, plusieurs albums relatifs aux grandes figures féministes françaises sont sortis ces derniers temps. Cette BD réalisée par deux autrices allemandes en fait partie, et propose une relecture alternative du mythe Beauvoir.
Il y a donc un aspect biographique, avec l'entretien qu'elle donne à Deirdre Bair, biographe de Samuel Beckett. Nous avons donc sa jeunesse, dans un cadre bourgeois paternaliste dont elle sent très tôt les limites et les contradictions, ses études parisiennes qui lui ouvrent l'esprit, notamment en rencontrant des gens comme Merleau-Ponty, Nizan et celui qui deviendra son compagnon, Jean-Paul Sartre. Une relation qui semble ne pas avoir été consommée, même si les autrices ne s'étendent pas là-dessus (et finalement, peu importe). Ses amours avec ses anciennes élèves sont également rapidement évoquées, ainsi que sa passion avec Nelson Algren (sur ce sujet je vous renvoie vers le très bon Les Matins doux). Il y a bien sûr la Simone de Beauvoir philosophe, égérie (un peu malgré elle) du féminisme naissant dans les années 1960-70 dans cet album.
L'ensemble est réalisé dans un style graphique assez classique, très ligne claire, on est dans une parenté avec ce que fait Floc'h, dans des ambiances bichromiques. Il y a juste ces nez entièrement dessinés qui m'ont un peu gêné à la lecture.
Un ouvrage plutôt utile si on veut comprendre la féministe, la philosophe, mais aussi et surtout la femme Simone de Beauvoir.
Etrangeté et mystère sont au rendez-vous de cette nouvelle série destinée aux jeunes lecteurs (entre 10 et 14 ans, dirais-je). L’autrice nous propose de suivre les aventures de jeunes adolescents (ou de grands enfants) en quête d’un monde parallèle.
Ce premier tome permet de découvrir les différents acteurs de cette aventure et donne le ton général. Le dessin raide et l’étrangeté de l’univers proposé singularisent cette série, qui ne ressemble à aucune autre de ma connaissance. Pourtant, de prime abord, la trame est classique (les enfants orphelins, le monde parallèle, les épreuves à passer) mais l’autrice parvient tout de même à créer quelque chose de différent.
Alors, je ne peux pas dire que je suis follement emballé mais j’ai lu ce tome sans déplaisir. J’ai vraiment apprécié certaines créations graphiques alors que la raideur du trait m’a dérangé à d’autres moments. De même j’ai bien aimé le développement de l’intrigue alors que certains détails (les rôts de Thomas, notamment) m’ont paru inutiles, voire dérangeants. Si je lirai sans doute le deuxième tome, je n’en fais donc pas une priorité mais, dans sa catégorie, ce premier tome a des arguments à faire valoir.
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Temps Pi
Je découvre avec cet album le travail d’Alex Nino, et je dois dire qu’il a un très bon coup de crayon. Un style rageur, énergique, avec des pages assez chargées (parfois un peu trop sans doute). En tout cas son travail en Noir et Blanc est très intéressant, même si c’est ici inégal et pas exempt de reproches. La mise en page est typique des œuvres « modernes » des années 1970, avec une déconstruction des pages, absence du gaufrier traditionnel, la dernière histoire étant sans doute la plus classique en ce domaine. L’album regroupe quatre histoires, adaptations de différents auteurs, dans des registres eux-aussi différents. L’unité de l’ensemble – qui justifie aussi le titre – est donnée par ce Temps, central, autour d’un maître du temps dans la première histoire, ou de voyages dans le temps dans les trois suivantes. La dernière histoire est une revisite de la geste christique à la sauce Moorcock. Pas inintéressante, mais j’ai eu du mal à accrocher. C’est aussi celle où le dessin m’a paru le plus inégal. Les trois histoires précédentes sont elles aussi intéressantes, mais la version du Conan d’Howard est celle que j’ai trouvé la plus « limpide » dans son déroulé. La troisième histoire joue sur un registre SF très années 70, et sur la mise en parallèle de plusieurs époques : un peu courte, mais bien menée, avec un dessin bon, mais l’encrage est un peu faible et ne lui rend pas justice. L’histoire qui inaugure l’album est celle où le dessin est le plus fort, dans un style qui n’est pas sans rappeler Druillet. Mais Nino surcharge ici un peu trop certaines cases, au point qu’il faut les déchiffrer lentement : un trait baroque mais trop « riche » qui nuit parfois à la fluidité de l’ensemble. Au final, une lecture que j’ai globalement appréciée, un auteur au style affirmé, ici au service d’histoires diverses mais suffisamment bien menées pour intéresser les lecteurs curieux. Les éditions Triton, qui ont publié pas mal d’auteurs américains à cette époque, avec un bonheur inégal, ont proposé là une découverte originale au public français.
Les Beatles à Paris
En février-mars 1964, les Beatles débarquent à paris pour une série de concerts qui fait figure de marathon. Ils arrivent presque anonymement, leurs premiers tours de chant sont éclipsés par d'autres artistes. et en l'espace de quelques jours, grâce à leur succès outre-Atlantique, les médias, d'abord très négatifs, vont s'intéresser à eux, et commence alors la beatlemania dans l'Hexagone... Philippe Thirault et sa fille Vassilissa sont des grands fans des Beatles. A force d'échanger des anecdotes sur leur groupe préféré, ils décident de mettre en lumière et en scénario un moment très particulier de son existence. Ils passent beaucoup de temps à se documenter, à trier également les sources qui donnent des informations contradictoires, et embarquent Christopher (lui-même très fan des Beatles), qui a déjà dessiné des biopics musicaux, dans l'aventure. Le résultat est un album vraiment sympathique, qui est truffé d'anecdotes croustillantes montrant l'anonymat dans lequel ils débarquent à Paris, mais aussi très intéressant au sujet de l'ambiance qui pouvait entourer les rock stars de l'époque, faite de sexe et de rock n'roll. On voit aussi une bande de jeunes gens au caractère irrévérencieux qui pensent également à s'amuser dans cette ville en partie inconnue (Lennon et Mc Cartney y avaient fait un court séjour deux ans auparavant), à découvrir plus en profondeur la réputation de femmes faciles des petites françaises. Toute une époque. Vassilissa Thirault y fait ses débuts de scénariste aux côtés de son père, et tous les deux livrent un album qui ravira les (nombreux) fans des Fab Four, autant par ces anecdotes que par le souci de coller au plus proche de la réalité, même si par manque d'informations les auteurs n'ont pu qu'imaginer certaines scènes ou dialogues. Christopher est un vieux routard de la BD, et montre une fois de plus sa maîtrise de la ligne claire, totalement au service du sujet, qui le passionne. On voit d'ailleurs qu'il s'est beaucoup inspiré des archives visuelles de l'époque, un certain nombre de poses et de scènes correspondant parfaitement à des images gravées dans la mémoire collective.
Décrocher la Lune
L'histoire est celle d'Addie, une ado pas super bien dans sa peau, qui se retrouve seule avec son père après un drame familial, et qui part avec lui pour un job d'été assez loin de chez elle. Un peu laissée à elle-même, elle va faire la rencontre d'un jeune voisin, un brin lourdaud. Mais n'ayant pas vraiment envie de se faire des amis, elle va mettre du temps à l'accepter, à rentrer dans son jardin secret, et puis à s'intéresser à ce que fait son père, ou plutôt les étudiants de celui-ci, des geeks qui bossent sur des projets impliquant la réalité virtuelle. Ca commence donc comme une bluette, assez gentillette, mais surtout bien naïve. Et puis un peu avant le dernier tiers, TOUT CHANGE. Enfin presque tout. On ne verse pas dans une histoire d'abduction par des extra-terrestres, ni dans un thriller avec des tueurs sanguinaires. Mais. Tout d'un coup les applications de réalité virtuelle trouvent leur objectif, leur finalité. Tout d'n coup l'amitié d'Addie et Matéo servent quelque chose de plus grand, tout d'un coup des secrets de famille sont dévoilés et ça détend tout le monde. Tout d'un coup le drame familial dont je parlais auparavant se dévoile et éclaire une bonne partie de l'histoire sous un jour nouveau. J'ai été réellement surpris de cette tournure de l'histoire. On se retrouve dans quelque chose qui parle d'écologie, d'amitié, d'empathie, de dépendance, d'adolescence, de rêves, de deuil, de nouvelles technologies, de résilience, et tout cela presque en sous-marin. Si mon enthousiasme doit être tempéré, c'est par le dessin. Je suppose que c'est l'une des premières réalisations de Gabi Mendez. Si le style un peu naïf ne me gêne pas, c'est son niveau de naïveté qui me fait un peu tiquer. Il y a pas mal d'erreurs de proportions, d'absence d'expressions des personnages... Par exemple lors d'un passage avec la mère d'Addie, celle-ci change de visage, et je finis par me demander si elle y est encore... Addie aussi, par moments. C'est un peu dommage pour l'ensemble, mais je recommande l'album pour les sujets traités, avec une originalité certaine.
Godaille et Godasse
Cauvin a beaucoup publié de séries, qu’il a trop souvent étirées, avec des résultats très inégaux (les « rallonges » de certaines séries leur faisant perdre le peps initial). Je dois dire qu’avec « Godaille et Godasse », on est plutôt dans la moyenne haute du bonhomme. En cela elle se rapproche de sa série Les Tuniques Bleues (du moins les premiers albums), elle aussi exploitant un cadre historique assez clairement délimité – tout en distordant la réalité des personnages et de leurs actions. Ici c’est le Premier Empire qui sert de cadre, avec des personnages bien connus, Napoléon, Catherine Hubscher (« Madame Sans-gêne »), etc. L’intérêt de prendre des personnages connus, qui plus est à forte personnalité, est que le moindre décalage permet des effets humoristiques faciles. Napoléon est donc un tout petit bonhomme colérique, fin stratège (souvent l’élaboration de ses plans est perturbé par des affaires privées), et le premier rôle est tenu par un simple hussard (avec son canasson), à la personnalité moins forte certes, mais qui est le vecteur d’aventures plus ou moins loufoques. J’ai lu les trois premiers albums, est c’est une lecture agréable. Le dessin de Sandron, du classique franco-belge au trait caricatural colle très bien au ton employé par Cauvin, et les aventures pour de rire malmènent agréablement personnages et Histoire. J’ai juste trouvé que le personnage de la Sans-gêne devenait presque lassant, monocorde. Peut-être parce que le caractère du personnage n’est pas trop éloigné de la réalité ? Surtout parce que ses interventions deviennent parfois répétitives (dans le troisième tome). Mais bon, c’est une lecture sympathique et tout public.
Play with fire
3ème volume de mon colis de la maison d’Éditions Ici même : c'est une découverte un peu déconcertante pour moi. Je suis souvent confrontée, professionnellement, à des trentenaires occidental.e.s en recherche d'identité sexuelle. Et je fais bien attention à ne pas m'immiscer dans ces interrogations personnelles que j'ai du mal à saisir. Cette lecture était un peu une manière d'éclairer ma lanterne. J'avoue ne pas être beaucoup plus avancée en refermant l'album. Je me demande si ce n'est pas plutôt un ouvrage d'astrologie sur le signe du cancer, (ça revient souvent tout au long du volume) qui est sensé rester dans l'indécision permanente plutôt que sur l'identité sexuelle... Ou alors, c'est la question de la sexualité qui devient un enjeu tel dans son milieu que Nicoz en est perturbée... L'époque est à l'identité, mais je suis de la vieille école où on cherchait plutôt à définir un projet.. Cela nous libérait de notre nombril. En revanche je me suis retrouvée dans le dessin, la composition des pages, la couleur et la forme des écrits qui suivent les pensées de l'héroïne. Une pâte tonique qui passe de la petite tache du dessin de presse aquarellé, au portrait réaliste et hypnotisant, tout cela guidé par un bavardage en capitale majuscule colorée et irrégulière. On imagine le stylo fluide vert ou rouge qui glisse avec énergie sur le papier, on s'identifie en voyant les ratures.. cela montre le cheminement de la pensée et on peut préférer la partie raturée.. C'est parfois drôle, parfois agaçant. Je suis comme Nicoz, je n'ai pas encore décidé...
Toubab
Un témoignage semi-romancé sur l'expérience d'une grande adolescente sur un séjour réalisé dans un village sénégalais. L'autrice Nuria Tamarit a également réalisé Géante que j'avais beaucoup aimé. Je ne sais pas quand elle a dessiné chacun de ces albums mais Toubab donne l'impression d'être un peu moins mature que Géante. C'est un ressenti subjectif que j'ai vis-à-vis de l'aspect un peu plus naïf et épuré du dessin mais aussi de l'état d'esprit de l'héroïne et de la narration qui l'accompagne. En effet, j'ai légèrement tiqué devant les stéréotypes bobo avec lesquels la BD présente sa découverte du village et de la culture Wolof. Les villageois y sont catalogués comme une unique entité, comme on pourrait dire "ah, les Français, ils sont tous râleurs, avec leur béret et leur baguette sous le bras". Ici "ils" sont tous simples et sages, "ils" dansent tout le temps, "ils" sont gentils, "ils" savent s'accommoder de peu et vivre heureux malgré tout, etc... Je grimace un peu car ça ressemble à une vision du bon sauvage, alors que je suis persuadé que l'auteur ne voulait pas transmettre ce message. Ou alors le transmettre pour montrer la vision faussée que peut avoir une adolescente naïve, influencée par les réseaux sociaux et les reportages qu'elle a vus à la télévision, et qui fait des jugements hâtifs en cataloguant tout une population comme une entité unique et où chacun est plus ou moins identique. Toutefois l'autrice laisse ici et là la parole aux villageois et montre un aspect plus mature et pertinent de la vision que le lecteur peut s'en faire. Et évidemment, dès le début, elle montre la superficialité de l'héroïne, accro à son téléphone et ses réseaux sociaux. Pour autant, on ne voit que peu celle-ci évoluer lors de son séjour. Ce n'est pas véritablement un récit initiatique : oui, elle a appris des choses durant son voyage, oui sa vision des choses a légèrement changé, mais elle repart relativement identique à la personne qu'elle était en arrivant. Au-delà de ça, j'ai apprécié cette plongée dans la vie de cette petite famille expatriée dans un village sénégalais. J'ai aussi trouvé instructif d'y voir le travail de la mère de l'héroïne et du groupe d'humanitaires venu les aider. Et le graphisme plein de personnalité de l'autrice joue en faveur de ce dépaysement et de la beauté des décors et des personnages. On ressort de cette lecture comme d'un agréable voyage à l'étranger, même si mon opinion sur l'héroïne et sur le message de l'autrice reste indécis.
A l'Ouest de l'Eden
Un Hugo Pratt mineur, mais il faut dire que je ne suis pas un inconditionnel de l'auteur. J'ai bien aimé le dessin qui est épuré sans tomber dans les travers des dernières années de l'auteur. Le récit est du pur Pratt avec ce que j'aime et ce que je n'aime pas chez lui. En gros, le coté aventure exotique m'a un peu divertit et cela se lit sans problème. Puis l'histoire bascule dans l'ésotérisme et j'ai moins accroché, surtout que je ne pense pas avoir tout bien compris. Le récit reste pas trop mal malgré tout. C'est pas mauvais, mais je pense que cela s'adresse surtout aux fans inconditionnels de Pratt.
Les Intrépides
Belle histoire de gangster située à Sao Paulo dans les années 50. Dessin très stylisé dans une atmosphère douce et chaude , mais où les personnages peinent à trouver leur énergie vitale. Le scénario navigue entre une situation mélodramatique : un accident de train, des enfants passionnés de cinéma, des messieurs par le football, un seule dame : à la cuisine, les immigrés ritals qui ont échappé à la seconde guerre mondiale et qui se font casser la gueule par des gangsters, qui par ailleurs dissimulent les saletés du grand patron et jouent les casseurs de grêve, un bel inspecteur incorruptible, ... L'originalité de l'album vient lorsque les enfants fans de John Wayne, projettent leur héros dans une scène de la réalité, mais cela reste un peu en suspens. Bref plein d'ingrédients intéressants, mais un manque de chaire dans le dessin des visages, peut-être aussi dans les dialogues, avec un scénario qui ne choisit pas parmi toutes ces pistes et un titre bien mal traduit... Un bon moment de lecture (on attend que cela décolle, bercé dans ce beau décors d'affiche) mais on reste un peu sur sa faim.
Simone de Beauvoir - Je veux tout de la vie
Avec l'inscription de la garantie de recours à l'IVG dans la Constitution, plusieurs albums relatifs aux grandes figures féministes françaises sont sortis ces derniers temps. Cette BD réalisée par deux autrices allemandes en fait partie, et propose une relecture alternative du mythe Beauvoir. Il y a donc un aspect biographique, avec l'entretien qu'elle donne à Deirdre Bair, biographe de Samuel Beckett. Nous avons donc sa jeunesse, dans un cadre bourgeois paternaliste dont elle sent très tôt les limites et les contradictions, ses études parisiennes qui lui ouvrent l'esprit, notamment en rencontrant des gens comme Merleau-Ponty, Nizan et celui qui deviendra son compagnon, Jean-Paul Sartre. Une relation qui semble ne pas avoir été consommée, même si les autrices ne s'étendent pas là-dessus (et finalement, peu importe). Ses amours avec ses anciennes élèves sont également rapidement évoquées, ainsi que sa passion avec Nelson Algren (sur ce sujet je vous renvoie vers le très bon Les Matins doux). Il y a bien sûr la Simone de Beauvoir philosophe, égérie (un peu malgré elle) du féminisme naissant dans les années 1960-70 dans cet album. L'ensemble est réalisé dans un style graphique assez classique, très ligne claire, on est dans une parenté avec ce que fait Floc'h, dans des ambiances bichromiques. Il y a juste ces nez entièrement dessinés qui m'ont un peu gêné à la lecture. Un ouvrage plutôt utile si on veut comprendre la féministe, la philosophe, mais aussi et surtout la femme Simone de Beauvoir.
Les Royaumes de Tiketone
Etrangeté et mystère sont au rendez-vous de cette nouvelle série destinée aux jeunes lecteurs (entre 10 et 14 ans, dirais-je). L’autrice nous propose de suivre les aventures de jeunes adolescents (ou de grands enfants) en quête d’un monde parallèle. Ce premier tome permet de découvrir les différents acteurs de cette aventure et donne le ton général. Le dessin raide et l’étrangeté de l’univers proposé singularisent cette série, qui ne ressemble à aucune autre de ma connaissance. Pourtant, de prime abord, la trame est classique (les enfants orphelins, le monde parallèle, les épreuves à passer) mais l’autrice parvient tout de même à créer quelque chose de différent. Alors, je ne peux pas dire que je suis follement emballé mais j’ai lu ce tome sans déplaisir. J’ai vraiment apprécié certaines créations graphiques alors que la raideur du trait m’a dérangé à d’autres moments. De même j’ai bien aimé le développement de l’intrigue alors que certains détails (les rôts de Thomas, notamment) m’ont paru inutiles, voire dérangeants. Si je lirai sans doute le deuxième tome, je n’en fais donc pas une priorité mais, dans sa catégorie, ce premier tome a des arguments à faire valoir.