Les derniers avis (48978 avis)

Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Ceux qui n'existaient plus
Ceux qui n'existaient plus

Russie de nos jours, une vingtaine de patients acceptent d'intégrer un programme destiné à essayer de les guérir d'un traumatisme que chacun a vécu en les isolant du reste du monde pendant une année. I.R.M, electrochocs et autres tests neurobiologiques sont prévus pour ces engagés volontaires. Sauf que tous partagent les mêmes soucis d'amnésies partielles et que le doute s'insinue rapidement chez eux quand ils constatent qu'ils ne sont pas libres de leurs mouvements et que la surveillance est permanente. Le premier tome de ce qui s'annonce comme une série d'histoires en un tome est assez dense et complexe. On y suit la patiente principale de cet institut, une jeune femme supérieurement intelligente qui attire l'attention privilégiée du directeur qui en sait visiblement beaucoup sur elle. Secrets enfouis dans des secrets, Natacha va devoir jouer en finesse pour s'évader et comprendre ce qui se trame autour d'elle et des autres patients. En quatre chapitres et 72 pages, les auteurs mêlent expériences médicales, évasion, enquête policière, complots gouvernementaux et crimes passionnels. Le graphisme est de bonne facture quoiqu'il manque d'âme et que les couleurs soient sans charme. La narration est claire et l'intrigue prenante. Le lecteur est facilement pris dans l'histoire et l'envie d'en comprendre le ou les mystères. C'est intense et parfois même trop alambiqué. Certains éléments paraissent en outre un peu bancals, comme notamment une telle implication et dévotion à protéger l'innocent de la part d'agents du FSB qui se comportent ici en héros de série à l'américaine. Leurs motivations m'ont parfois paru difficiles à capter et j'ai même dû revenir en arrière dans ma lecture pour comprendre ce qui les avaient amenés à mener l'enquête qu'ils mènent avec tant de motivation. Hormis ces points un peu factices, j'ai passé un plutôt bon moment de lecture. Le second tome se déroule quelques temps plus tard et embarque notre héroïne sur la piste d'un serial-killer aux Etats-Unis dans le cadre d'une coopération entre la Russie et les USA. En effet, alors qu'elle vivait une nouvelle vie tranquille en Russie, un tueur arrange ses scènes de meurtres aux Etats-Unis de manière complexe et laisse aux enquêteurs l'indice que seule elle comprendra la clé du mystère. Appelée à l'aide, elle devra donc mettre son intelligence supérieure au service de l'enquête et décrypter les messages secrets laissés par le meurtrier qui semble avoir mis en place un sanglant jeu de piste pour elle. C'est une histoire policière complexe, faite de cryptographie et d'un jeu de piste vraiment très alambiqué. Si les indices et leurs résolutions tiennent la route, c'est un peu prise de tête et on se demande parfois comment l'héroïne arrive à la bonne conclusion vu la distance entre les énigmes et leurs solutions. Et surtout, de la même manière que pour le premier tome, quand on arrive à la fin de l'histoire, on ne peut s'empêcher de ressentir un sentiment de "Pourquoi avoir fait si compliqué pour arriver à ce résultat ? N'y avait-il pas des moyens plus simples d'arriver à la même chose ?". De plus, alors que la fin officielle de l'histoire semble laisser l'héroïne dans un échec et la promesse de nouvelles complications pour la suite de la série, on notera la présence d'un épilogue surprenant qui, en quelques textes et un bout de bande dessinée, semble étonnamment clore en quatre pages ces promesses et rendre finalement l'héroïne victorieuse des nouveaux défis qui allaient se dresser face à elle. C'est un peu bizarre, comme si c'était le troisième tome qui avait été résumé dans cet épilogue. Est-ce que cela annonce la fin prématurée de la série ? Ou est-ce que l'auteur a finalement décidé qu'il n'avait pas envie d'aller dans la direction que la fin de ce second tome laissait présager ? Je reste un peu perplexe...

22/02/2023 (MAJ le 27/08/2024) (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Les Mages de Bonaparte
Les Mages de Bonaparte

Intégrer de la fantasy dans l'Histoire avec un grand H pour créer une forme d'uchronie, c'est toujours une idée appréciable. Et d'ailleurs Froideval avait déjà eu la même dans la série Mens Magna où là aussi des mages côtoyaient Napoléon qui avait là encore trouvé une relique égyptienne lui permettant de conquérir le monde. Mais l'idée est ici poussée encore plus loin car c'est toute la Terre des environs de 1800 sur laquelle humains historiques et créatures surnaturelles se côtoient au quotidien. Ainsi les armées mamelouks sont aidées de momies et autres djinns, celles de Napoléon comportent des éclaireurs fées et des mages de guerre dans leurs rangs, et vampires, sorcières et autres monstres spécifiques aux légendes de chaque région rôdent ici et là. Dans ce contexte, deux mages et leur guerrière protectrice sont chargés par l'Empereur lui-même de retrouver la trace d'un parchemin peut-être volé par le jeune tsar de Russie lors de son ambassade auprès de Napoléon. Même s'il ne faut pas en général trop pousser la réflexion à leur sujet au risque d'y trouver des incohérences, j'aime ces uchronies fantaisistes. Elles permettent de revisiter l'Histoire et de la modifier au gré de l'imaginaire de l'auteur, et de créer des situations et confrontations fantasmées tout en ouvrant de belles opportunités de récit. Le graphisme de Brice Bingono se fait ici réaliste et crédible. Il est soigné et appréciable mais les couleurs souvent sombres masquent une part de ses détails ce qui est un peu dommage. L'histoire se déroule un peu vite du fait du format serré de 48 pages seulement. Avec un tel cadre et de tels personnages, on sent le scénariste à l'étroit, n'arrivant à exprimer qu'une partie de ses idées. Si l'intrigue de la majorité de l'album est relativement attendue, la conclusion apporte un retournement de situation appréciable et plutôt bien trouvé, quoique légèrement facile sur le fond. On reste toutefois sur une vraie frustration à l'idée que cette histoire puisse s'en tenir à un simple one-shot car il donne clairement l'impression d'en avoir encore sous le coude et de pouvoir étendre davantage l'aventure des jeunes héros dans ce monde de fantasy uchronique. Tel quel, l'album est simplement pas mal, mais si elle devait présenter une suite un jour, la série pourrait devenir franchement bien.

27/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Oum Kalthoum - Naissance d'une diva
Oum Kalthoum - Naissance d'une diva

Qu'est-ce qui explique une telle ferveur ? - Ce tome constitue une biographie tout public de la chanteuse Oum Klathoum. Sa première parution date de 2023. Il a été réalisé par Chadia Loueslati pour les dessins, et Nadia Hathroubi-Safsaf pour le scénario. Il se termine avec trois pages consacrées à la présentation de son entourage (Cheikh Aboul al Mohammed, Zakaria Amhmed, Ahmed Mohammed Rami, Sadik Ahmed, Gamal Abdel Nasser, Hassan el Hafnaoui), un arbre généalogique (ses parents, son frère, sa soeur), deux pages recensant les décorations et distinctions reçues à travers le monde arabe par la chanteuse), une page consacrée à une aperçu de sa discographie, une page de bibliographie, expositions et documentaires, huit pages croquis et de recherches graphiques. Paris, le treize novembre 1967, la journaliste Diane Moulins se rend à un concert à l'Olympia. Elle remonte la longue file de spectateurs, canalisés par des barrières de police, qui attendent pour pouvoir accéder à la salle de spectacle. Elle n'en croit pas ses yeux, du nombre de personnes dans la queue. L'un d'eux lui adresse la parole, surpris qu'elle ne sache pas qui est Oum Kalthoum, car c'est la plus grande chanteuse du monde arabe. L'astre d'Orient, la diva égyptienne. Elle parvient à entrer dans le bâtiment. Elle explique qu'elle est journaliste et qu'elle a été invitée par Bruno Coquatrix. Un monsieur à l'accueil lui indique qu'il va l'en informer. Elle rejoint la salle et s'assoit. Les musiciens en costume entrent en scène. Les applaudissements retentissent, fournis. L'orchestre entame la première chanson, et Oum Kalthoum fait son apparition, rejoignant lentement le micro, son mouchoir à la main. Elle entame la mélopée, et dans les spectateurs sont en extase, en transe même pour certains. La représentation se termine sous des applaudissements nourris. Quelle performance ! Tenir trois heures sur scène avec seulement trois chansons. Chaque récital est unique. C'est la signature d'une diva. Diane Moulins fait la connaissance de Bruno Coquatrix qui lui confie que la réussite de ce soir n'était pas gagnée d'avance. Il y a trois jours, il n'avait pas vendu la moitié des billets, et aujourd'hui c'est plein à craquer. L'idée de ce spectacle lui a été suggérée par Charles de Gaulle lui-même qui a beaucoup d'admiration pour elle. Alors que la chanteuse sort sous le crépitement des flashs, la journaliste demande au directeur s'il pourrait lui organiser un entretien avec elle avant son départ. le lendemain, elle pénètre dans la suite de Kalthoum à l'hôtel George V. Elle fait la connaissance de Sadik Ahmed, son imprésario, puis d'Oum Kalthoum elle-même. Tout le monde prend place dans le salon, avec une tasse de thé, et l'entretien peut commencer. À la question sur son succès, la chanteuse répond qu'elle ne triche pas et que les spectateurs le sentent. Elle est à eux totalement à chaque récital. Elle ne se cache derrière aucun artifice. Ils la reconnaissent comme une des leurs. Une femme du peuple ! Elle continue : elle est née en Égypte, un soir de ramadan à Tmaé, un village du delta du Nil, au nord du Caire. Le lecteur peut être intimidé par la couverture austère de l'ouvrage, capturant bien l'identité visuelle de la chanteuse. Il ouvre le tome et entame sa lecture : il se rend compte qu'il s'agit d'une narration tout public emprunte de gentillesse, sans aspérité ou critique sur l'artiste, avec un niveau basique d'information. Pour autant les autrices ne donnent pas dans l'hagiographie. Elles s'en tiennent aux informations essentielles, factuelles, sans jugement de valeur, sans louanges. Elles ont opté pour une tonalité qui montre le chemin parcouru depuis le petit village et l'absence d'éducation, jusqu'à devenir une chanteuse en arabe à la renommée internationale. En quelque sorte, il s'agit d'un ouvrage de vulgarisation sur la vie d'Oum Kalthoum. le lecteur ne doit pas s'attendre à une analyse de ses chansons, de l'évolution de son orchestre au fil des décennies, ou de ses prises de position politiques. Pour autant, l'ouvrage s'appuie sur un véritable travail de recherche. Il suffit de découvrir la première scène pour pouvoir apprécier la maîtrise du sujet par les autrices. Elles ont choisi la première prestation d'Oum Kalthoum dans un pays occidental, sa première date à l'Olympia (elle s'y est produite également le 15 novembre 1967). Elles ne mentionnent pas qu'elle a exigé du directeur, d'être l'artiste la mieux payée à jouer à l'Olympia, ni qu'elle a fait don de son cachet au gouvernement égyptien. Après la très belle couverture, le lecteur découvre la narration visuelle des pages intérieures. Cela commence par une magnifique case occupant les deux tiers de la page, et montrant les toits de Paris, avec la tour Eiffel en fond. L'effet est magnifique avec des dégradés de gris pour différencier les surfaces contigües. La journaliste remonte la file d'attente, et le lecteur apprécie à nouveau la qualité esthétique des cases, tout en s'interrogeant sur l'exactitude de ce qui est représenté. Il remarque qu'un fois à l'intérieur de l'Olympia, les fonds de case perdent en niveau de détail, même si l'usage de camaïeux à base de nuances de gris produit des fonds du plus bel effet. le lecteur continue de regarder les paysages et les environnements : d'autres toits de Paris très, très propres sur eux, un peu plus conformes à la réalité, la salle de réception de la suite de de la chanteuse au George V, très propre sur elle, le village Tmaé et ses rues en terre battue, un champ de coton, les jardins d'une demeure luxueuse, le train qui emmène la jeune adolescente au Caire, les pyramides du plateau de Gizeh, etc. Tout baigne dans une douce lumière, avec une sensation aseptisée et apaisée. le lecteur se dit que d'un côté il éprouve la sensation d'évoluer dans des décors tellement nets qu'ils en deviennent factices, et que de l'autre côté, il comprend bien où se déroule chaque scène. D'un côté, il voyage dans ce wagon de train bondé ; de l'autre côté la largeur intérieure du wagon est peu plausible. Juste auparavant, il effectue un voyage en carriole (page 75) dont les rayons des roues sont d'une perfection géométrique et d'une finesse impossibles. Et dans le même temps, le niveau de détails de certains environnements est d'une densité impressionnante. Les personnages produisent une autre impression : ils sont tous souriants, ou au moins gentils, mais aussi avec des caractéristiques physiques ou vestimentaires bien différenciées, permettant de les distinguer facilement. La ressemblance d'Oum Kalthoum est rendue avec justesse, ainsi que celle des autres personnalités connues. Dans un premier temps, le lecteur peut se dire que ces individus bienveillants semblent sortir d'un manga pour filles, mais en avançant dans sa lecture, il se dit que ce mode de représentation se rapproche plus des caractéristiques des dessins animés tout public des grands studios américains. Cependant la narration visuelle n'en devient pas mièvre ou naïve pour autant. Cette approche tout public, avec des décors créés à l'infographie et une douce luminosité qui nimbe tout, rend les pages très agréables à l’œil et accentue les moments délicats. le lecteur suspend sa lecture à plusieurs reprises pour apprécier un visuel marquant : les cinq pages (douze à seize) du concert parisien d'Oum Kalthoum (une vraie diva : sa présence, ses gestes, son absence de retenue pour être tout entière pour son public), la très jeune Oum essayant de convaincre ses parents de l'envoyer étudier au kouttab (école coranique) avec l'innocence de l'enfance, la récolte du coton dans les champs, la représentation du chant du rossignol sous la forme de calligraphies arabes superbes, la suite d'une dizaine de petites silhouettes pour montrer Oum s'habillant en garçon en page quatre-vingt-un, Oum et Hassen el Hafnaoui se donnant la main sur une berge du Nil alors qu'ils viennent de décider de se marier, etc. La dessinatrice apparaît d'une belle sincérité dans sa narration visuelle. En fonction de sa familiarité avec la chanteuse, le lecteur peut trouver l'ouvrage très léger, une présentation très sommaire, ou au contraire apprécier d'avoir ainsi un premier contact avec une dame à la vie hors du commun. Entre les deux, il peut regretter que les autrices ne développent pas la dimension musicale de son œuvre, son inscription dans la tradition et son intégration d'éléments modernes, ou même tout simplement la qualité de sa voix et sa capacité à transmettre les émotions dans ses interprétations. Il aurait bien aimé également en savoir plus sur ses engagements politiques. Dans le même temps, à voir ainsi se dérouler la vie d'Oum Kalthoum, il mesure l'exemple qu'elle a donné d'une femme émancipée, respectable, pouvant faire elle-même ses choix de carrière, apportant son soutien à l'indépendance de l'Égypte. Il découvre une vie rendue un peu lisse par les choix narratifs, impressionnante par le talent de la chanteuse, et par son implication dans la société. La superbe couverture quelque peu austère ne doit pas effrayer le lecteur : à l'intérieur, il découvre une narration tout public, un peu lisse, très plaisante à l’œil, quelque peu édulcorée. Pour autant l'ouvrage remplit son office : une forme de vulgarisation de la vie d'Oum Kalthoum, permettant de découvrir son parcours, l'ampleur grandissante de sa renommée, la singularité de ses chansons en arabe, son implication dans la vie de son pays. Un ouvrage qui donne envie d'en savoir beaucoup plus et d'écouter l'astre de l'Orient.

27/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Lucky Luke - Choco-boys
Lucky Luke - Choco-boys

Ralf König est un auteur original, et que j’aime bien. J’étais curieux de voir comment son univers allait s’intégrer dans celui de Lucky Luke. Car les deux sont a priori très éloignés ! Mais c’est le propre de ce genre de collection de permettre de revisiter de façon très personnelle quelque chose de bien balisé. Et je dois dire que, si je préfère les aventures contemporaines de Paul et Conrad dans l’œuvre de König, il s’en est pas mal tiré ici dans ce western pour de rire. L’histoire est loufoque (autour d’un Suisse cherchant à acclimater ses vaches pour produire un super chocolat aux États-Unis), mais ce fil rouge permet de décliner quelques petites saynètes sympathiques autour. Rien d’hilarant, mais le sourire est au rendez-vous. Mon seul bémol concerne quelques jeux de mots vaseux autour des noms des personnages, mais bon, l’ensemble est agréable et amusant. Et les trognes habituelles de König (avec ces bouches de traviole) passent très bien. Il a aussi su utiliser quelques side-men, surtout les Dalton (quelques dialogues amusants entre Averell et Joe bien sûr), plus que Calamity Jane (qui a de toute façon moins de potentiel comique). Au final, cette version gay de l’univers Lukien se révèle une lecture que j’ai bien aimée.

26/08/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
Couverture de la série Blanc Casque
Blanc Casque

"Récit inspiré d'une histoire vraie", ce "Blanc Casque" est avant tout l'adaptation d'un roman de Jules-Joseph Pirot (1877-1955), écrivain et missionnaire belge de langue wallonne. Devenu missionnaire au Canada, il a écrit plusieurs romans, dont ce Blanc Casque sur le couple Choumak qui émigra de Hongrie pour s'établir dans l'Ouest américain, à l'époque des pionniers. Nous voilà donc dans un pays en paix, en cours d'évangélisation, avec des populations diverses (Amérindiens, Canadiens français, Canadiens anglophones, Russes émigrés...) qui semblent s'entendre à merveille. Je ne suis pas sûr que ce tableau corresponde à la réalité de la fin du XIXème siècle, même si certains éléments (Indiens poussés vers les réserves, ravages de l'alcool sur leur population) sont seulement effleurés. Et je ne suis pas sûr que la parole d'un missionnaire belge (tiens donc), fût-il particulièrement doué pour la rhétorique et la diplomatie, eût pu régler aussi facilement l'affaire sordide dans laquelle ce Jean Choumak s'est mis tout seul... Il est plus probable que Pirot se soit inspiré d'une ou plusieurs histoires similaires, et qu'il ait choisi de donner le beau rôle à son alter ego de papier. Ces considérations réglées, parlons de cette adaptation, réalisée par Jijé, grand nom de la BD franco-belge d'alors (1956) pour l'hebdomadaire Moustique. C'est assez facile à suivre, l'histoire est linéaire, sans grande surprise, même si le pétage de plombs de Choumak n'est pas forcément celui qu'on attendait. L'auteur y fait preuve du savoir-faire, de ce trait à l'élégance si particulière qu'on a pu admirer dans des séries comme Jerry Spring, même si la part belle est donnée aux personnages, moins aux paysages grandioses de l'ouest américain (ici canadien). Je m'attendais à un gros récit vue la taille du volume le contenant (maquette des meilleurs récits de Spîrou), mais au final il n'y a que 46 pages, soit un récit tout à fait classique dans sa taille pour l'époque. C'est donc assez vite lu. Comme l'a indiqué Gaston, ce n'est pas très spectaculaire, mais souvenons-nous que le récit d'origine a été écrit par un missionnaire pour éduquer la jeunesse de son époque sur les bienfaits de l'évangélisation, en parlant tout de même de vrais problèmes, comme les ravages causés par l'abus d'alcool, pouvant amener à des violences conjugales et à des gestes dramatiques.

26/08/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Emilie voit quelqu'un
Emilie voit quelqu'un

J'ai lu cette série dans l'intégrale "Après la psy, le beau temps" qui inclut les 2 albums parus + une fin inédite. S'agissant d'une publication Fluide Glacial, j'ai été perplexe à me demander s'il s'agissait d'une BD d'humour (mais celui-ci est assez discret, simplement intégré dans une histoire longue) ou d'un documentaire (auquel cas la structure en longs chapitres de la BD ne collait pas vraiment avec le magazine Fluide Glacial où les pré-publications ne comprennent que quelques pages par mois). Je ne suis donc pas sûr qu'elle ait été vraiment publié dans le magazine. En réalité, on a là un long roman graphique ponctué de petits éléments documentaires intégrés à la narration, et parsemé d'humour non pas sous la forme de gags et de chutes mais plutôt dans son ambiance, ses dialogues et les comportements des personnages. Peu sujet à des questions de psychanalyse et peu amateur du sujet, j'ai toutefois été facilement pris par le récit grâce à la légèreté de son ton et à la sympathie de ses protagonistes. Les problèmes psychologiques de l'héroïne attirent en effet plus le sourire que le pathos et je me suis un peu pris au jeu de découvrir avec elle d'où ils lui venaient et comment elle allait les surmonter. Le dessin n'est pas formidable mais la mise en scène le rend agréable et il se lit très bien. J'ai lu cet album avec plaisir et un peu de curiosité. J'ai passé un bon moment même s'il ne me marquera pas vraiment.

26/08/2024 (modifier)
Par Mashiro
Note: 3/5
Couverture de la série Sables noirs - 20 semaines au Turkménistan
Sables noirs - 20 semaines au Turkménistan

Sables noirs est une BD reportage comme on est les aime ; Troubs utilise souvent son dessin pour nous faire voyager dans des pays ou des univers auxquels nous sommes souvent étrangers, et cela ne manque pas avec cette BD sur le Turkménistan réalisée quelques années après l’accession au pouvoir du premier Berdimuhamedow. Le Turkménistan est montré comme un pays assez étrange et méconnu et qui semble cacher plein de paysages et personnes insoupçonnés, mais qui se révèle toujours compliqué à découvrir avec les règles imposées par le gouvernement. J’ai bien aimé en apprendre plus sur des coutumes ou des histoires que je ne connaissais pas, et les références culturelles de Troubs permettent d’élargir les connaissances sur le sujet bien au delà de la BD (voir Henri de Couliboeuf de Bloqueville). Le style de l’auteur n’est pas particulièrement unique mais transmet bien au travers des pages les interactions si uniques qui découlent de deux mondes différents qui se rencontrent; également, à la manière de Guy Delisle. J’aime bien l’accès exclusif aux coulisses des diplomates français et internationaux dans ces dictatures à l’autre bout du monde. La BD a déjà près de 10 ans, mais comme le souligne l’auteur à plusieurs reprises, rien ne change vraiment au Turkménistan.

26/08/2024 (modifier)
Par greg
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Pieds Nickelés
Les Pieds Nickelés

Les pieds nickelés sont un souvenir d'enfance, ou plus précisement ceux de mon père qu'il m'a transmis, car je dévorais ses anciennes BD lors de nos visites chez notre grand-mère. :) Créés par Louis Forton en 1908, il s'agit d'un trio plutôt malhonnête hors du commun: Croquignol le cerveau au long nez, Filochard le borgne un peu émotif et costaud, et enfin Ribouldingue, le barbu un peu (puis par la suite beaucoup) rondouillard qui est souvent la face avenante du trio pour leurs escroqueries. A l'origine il s'agit d'escrocs et bandits de grand chemin, ils deviendront outil de propagande en 14-18, avant de revenir à leurs méfais par la suite. Populaires dès l'origine, nos trois escrocs prendront vraiment leur envol à partir de 1948, quand René Pellos prend la suite de Forton (mort en 1934) et des dessinateurs sans reliefs qui avaient pris sa place. A partir de là, et jusqu'en 1980, les pieds nickelés vont monter des escroqueries les plus abracadabrantesques possibles, en abusant de l'extrême crédulité de leurs victimes fortunées, ou de l'administration (Pellos prenant un grand soin à ne jamais voir notre trio abuser des pauvres, donnant un certain cadre moral à notre histoire), le tout en utilisant des histoires collant à des évènements de l'actualité du moment. Chaque tome de Pellos est donc une capsule temporelle permettant de suivre les préoccupations du moment dont le trio tentera de profiter. Le premier tome de Pellos (le nr 12) a cela d'émouvant qu'on revit la pénurie d'après guerre. On commence donc avec les B. O. F., on suit la conquête spatiale, en passant par le boom des voyages organisés, et en terminant presque par la crise pétrolière, le Paris-Dakar et la construction Européenne. Tout y passe, avec un très bel argot. Certes cela a bien vieilli, certes les histoires sont inégales, et re-certes, beaucoup des escroqueries sont franchement très grosses, on a peine à s'imaginer que des trucs aussi "gros" puissent passer, et pourtant des exemples récents montrent toujours la naïveté de l'humain moyen. Et souvent, plus ses poches sont pleines, plus il sera facile de les vider, la presse se faisant régulièrement l'échos de victimes fortunées d'escroqueries pourtant peu élaborées. Comme le disent nos anti-héros, "la seule culture d'avenir est celle de la poire". Je recommande donc. :)

25/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Wet Moon
Wet Moon

Voilà un manga original. En tout cas par rapport à ceux que j’ai pu lire (je ne suis pas non plus un grand spécialiste !). L’histoire se déroule dans les années 1960 au Japon, mais dans des décors, un univers, qui font davantage penser aux États-Unis. De fait, c’est un thriller qui possède quelques accointances avec certains romans d’Ellroy, même si c’est moins poisseux, et si le style diffère (en moins bien hélas). La narration joue sur des flash-backs, et sur l’amnésie du héros, qui est à la recherche autant de sa mémoire que d’une jeune femme, ces deux quêtes étant accompagnées et surveillées par plusieurs groupes – flics ripoux, mafieux un peu loufoques. Je n’ai pas été convaincu par les passages fantastiques, et n’ai en plus pas toujours tout compris. C’est assez violent et rythmé. Mais je trouve que Kaneko embrouille inutilement intrigue et lecteurs, de façon artificielle Quelques bémols m’ont empêché de davantage apprécier cette série. D’abord un certain nombre de scènes et quelques déroulés de l’intrigue pas toujours très clairs (quelques passages où le fantastique s’invite allègrement). Et il y a des longueurs (dans le deuxième tome surtout, mais aussi dans le dernier. Enfin, des scènes de bagarre sont parfois trop diluées, s’étendent sur des gros plans, sur beaucoup trop de cases. Le dessin est très lisible, dans un style qui parfois rappelle – un tout petit peu – le travail de Burns. Du Noir et Blanc très tranché le plus souvent (deux ou trois taches de rouges dans les deux premiers tomes seulement). C’est un travail efficace et globalement agréable en tout cas.

25/08/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Loin
Loin

Ulysse et Aimée partent en voyage vers le sud de l'Espagne dans leur van aménagé. Ulysse prévoit d'y faire de la plongée au Cabo de Gata tandis qu'Aimée le suit par amour mais appréhende cela car elle a une phobie de l'eau. Mais plus qu'une phobie aquatique, c'est davantage une peur du changement et un questionnement sur leur avenir à tous les deux que le couple devoir affronter tout au long de ce road-movie. Car Aimée attend la réponse d'un poste scientifique qu'elle ambitionne tandis qu'Ulysse a bien envie d'abandonner sa propre carrière scienfitique pour éventuellement devenir professeur de plongée à plein temps, ces deux parcours n'étant guère compatibles sur le plan géographique et dans l'état d'esprit non plus. Cet album reprend les passages classiques des road movie avec leurs différentes étapes, leurs rencontres et la manière dont elles font évoluer l'esprit de leurs protagonistes. Ici une rencontre en particulier va orienter leur parcours, celle d'un vieil homme qui leur propose d'utiliser sa voiture quand le van tombe en panne car lui aussi indique se diriger vers la même destination qu'eux. Mais son comportement est étrange et en partie dissimulateur : quelles sont ses vraies motivations ? Que cache-t-il ? Peut-on lui faire confiance ? C'est une lecture plaisante mais qui n'a pas su véritablement m'emporter. Les angoisses de l'héroïne sont très présentes mais elles mettent du temps à se concrétiser et à se faire claires. On est longtemps dans la métaphore, celle de la peur de plonger dans une grotte sous-marine et de s'y perdre. Ses allers-retours intellectuels au milieu de ses doutes paraissent certes réalistes mais donnent aussi l'impression que l'autrice ne sait pas plus qu'elle où elle veut vraiment aller. Et là encore la conclusion du récit est réaliste mais elle me laisse frustré, sans doute parce que je n'ai pas eu à affronter dans ma vie de telle situation de doute et d'obligation de changement quand deux esprits font volontairement le choix de prendre des directions différentes. Concrètement, je n'ai pas su m'attacher aux protagonistes et je suis resté un peu distant de leurs émotions. J'ai trouvé cette lecture intéressante, relativement bien menée, mais elle ne m'a que moyennement touché.

25/08/2024 (modifier)