Cette série de petits gags sur le couple et les relations amoureuses m'a plutôt convaincu. On sent une forte influence de Fabcaro dans le principe de saynètes absurdes qui partent d'une situation banale avant de basculer progressivement dans le non-sens. Ce n'est pas révolutionnaire, mais c'est bien fait.
Le dessin va droit à l'essentiel. Très stylisé, avec peu de détails et des personnages volontairement peu expressifs, il sert parfaitement le rythme des gags sans chercher à attirer l'attention sur lui. L'auteur sait construire ses chutes et plusieurs d'entre elles m'ont réellement fait rire. Toutes ne font pas mouche, évidemment, mais le sens du timing est suffisamment bon pour que l'ensemble fonctionne.
En revanche, je ressors aussi de cette lecture avec une impression assez déprimante. Derrière l'humour caustique et les situations absurdes, la vision du couple est particulièrement cynique. Entre divorces, ruptures instantanées, Tinder, infidélités, égoïsme et incapacité chronique à communiquer, presque aucune relation ne semble pouvoir fonctionner durablement. C'est assumé, souvent drôle, parfois très grinçant, mais à force d'accumuler les situations où tout se déroule systématiquement mal, cela finit aussi par être un peu plombant.
Heureusement, l'auteur ne cherche jamais à faire de longues démonstrations. Les histoires sont courtes, vont droit au gag et ne s'éternisent pas. Cela permet de conserver un bon rythme de lecture et d'éviter que ce pessimisme ne devienne vraiment pesant.
Ce n'est donc pas une BD qui m'a fait rire à chaque page, mais j'y ai trouvé suffisamment de bonnes idées et de chutes réussies pour passer un bon moment, même si j'aurais apprécié une vision un peu moins désabusée des relations humaines.
Je me sens un peu comme le grincheux de service en n'ayant pas vraiment apprécié cette BD car je vois bien pourquoi elle a plu à beaucoup de lecteurs et je ne peux pas dire qu'elle soit mal réalisée. Elle repose sur une idée de départ inspirée d'un fait réel (des ballots de cocaïne régulièrement retrouvés en mer ou échoués sur les côtes après avoir été abandonnés par des trafiquants), et il est facile d'imaginer que des marins pêcheurs puissent un jour tomber sur une telle "pêche miraculeuse" : des gens ordinaires confrontés à une tentation extraordinaire mais risquée.
Graphiquement, c'est un travail solide. Le dessin est agréable, les personnages sont bien caractérisés, les décors sont soignés, avec une mention particulière pour les scènes à bord du chalutier qui installent une ambiance très convaincante. L'ensemble est lisible et bien raconté.
Là où je décroche, c'est sur le scénario. Dès le départ, j'ai trouvé évident que récupérer cette drogue dans l'espoir d'en tirer un bénéfice était une idée catastrophique. Les personnages évoquent d'ailleurs eux-mêmes les risques, mais les écartent trop facilement en décidant malgré tout de débarquer avec les ballots. À partir de là, toutes les craintes se réalisent... et même bien au-delà. J'ai eu l'impression d'assister à une véritable loi de Murphy où absolument tout ce qui peut mal tourner finit par arriver. Les catastrophes s'enchaînent à un rythme tel que cela finit presque par devenir burlesque, d'autant que les deux principaux antagonistes ont un côté presque débile par moments.
C'est précisément ce mélange qui ne m'a pas convaincu. J'ai constamment eu l'impression que le récit voulait rester un polar sérieux, presque une fable morale sur les ravages de l'appât du gain et de la drogue, tout en flirtant sans cesse avec le ridicule ou au minimum une forme de comédie noire. Le résultat me laisse le cul entre deux chaises : je n'ai jamais ri, mais je n'ai pas non plus réussi à prendre totalement au sérieux cette accumulation de malheurs qui finit par perdre en crédibilité à force de surenchère.
Je comprends tout à fait ce que l'auteur a voulu raconter, et la BD est sincère, bien construite et correctement réalisée. Simplement, je ne suis jamais parvenu à me laisser emporter par cette descente aux enfers, qui m'a davantage fait lever les yeux au ciel que retenir mon souffle.
J’avais été extrêmement emballé par le concept que Benoît Vieillard m’avait présenté lors de cette soirée mémorable organisée par Zoo le Mag à Saint-Malo l'année dernière. L’idée était audacieuse, presque révolutionnaire : des doubles pages à parcourir dans tous les sens, un immeuble où les habitants montent, descendent, se croisent, comme une métaphore visuelle du chaos urbain et des destins entrelacés. Sur le papier, c’était brillant, et j’avais hâte de plonger dans cette expérience narrative unique.
Pourtant, à la lecture, je reste un peu sur ma faim. Difficile de mettre le doigt sur ce qui cloche, car ce n’est clairement pas le dessin : le trait de Benoît est précis, expressif, et la mise en page, aussi ambitieuse soit-elle, est maîtrisée. Alors quoi ?
Peut-être est-ce les histoires elles-mêmes qui, en se confondant, s’entremêlant, finissent par semer le trouble plutôt que l’émerveillement. On se perd dans les parcours, comme si l’accumulation de destins et de perspectives, au lieu d’enrichir le récit, le diluait. L’originalité du support demande peut-être un fil conducteur plus marqué. Malgré la complexité, il est important à mon sens de garder une cohérence émotionnelle et narrative.
Ne vous y trompez pas, 13 Devil Street reste une œuvre fascinante par son approche, mais qui, pour moi, peine à tenir toutes ses promesses. Une déception relative, donc, car l’ambition est là – et c’est déjà beaucoup.
Comme toute les mini séries de Duchâteau (Peggy Press, Serge Morand... Chancellor démarre bien mais finit par se prendre les pieds dans le tapis.
Le premier album est soigné. Il nous livre les bases d'un univers SF intéressant mais le second ressemble plus à une enquête de Ric Hochet.
Le dessin est quand même très sympa, Sanahujas fait preuve d'un bel imaginaire. Les couvertures ont un charme rétro inégalable. Duchateau a toujours su s'entourer de dessinateurs de talent.
Par contre il n'a jamais su donner de l'ampleur à ses récits. Et c'est bien dommage de maîtriser aussi bien les codes narratifs, sans cette étincelle artistique, ce souffle nécessaire à la création d'une grande œuvre.
Le chef d'oeuvre de Nihei.
Je pense que c'est l'auteur qui a le mieux retranscrit l'univers de HR Giger en images. En rajoutant des codes de chevalerie et d'autres trucs typiquement japonais par dessus.
Je ne sais pas comment c'est humainement possible de dessiner une telle oeuvre, le travail est colossal.
C'est vrai qu'il faut apprivoiser le sens de lecture. Je conseille d'ailleurs de lire Blame avec la nouvelle édition grand format de Glénat, c'est beaucoup plus lisible.
Il ne faut pas avoir peur de se lancer, il n'y a rien de très compliqué, ce n'est pas du tout une oeuvre hermétique.
Au pire demandez à une IA de vous expliquer le contexte/les protagonistes si vous vous sentez perdu(e), vous serez totalement dans l'esprit du manga !
Aujourd'hui Nihei s'est perdu, il ne termine même plus ses planches ou utilise l'ordinateur pour un rendu très pauvre.
Mais il nous restera toujours Blame, Biomega et Abara, reliques d'une époque rêvée et révolue.
Bien plus qu’une bande dessinée, c’est une œuvre d’art, un objet artistique que je ne sais pas encore où exposer.
Les dimensions sont imposantes en édition de luxe et le trait, l’art et les couleurs d’Avril méritent une place de choix.
J’avais déjà acheté à Paris d’autres livres avec des illustrations d’Avril. Mais ces soirées évoquent pour moi des expériences précieuses. À différentes époques, je crois avoir vécu quelques histoires similaires.
Il n’y a pas de dialogues, mais tout se comprend parfaitement grâce aux ambiances et aux expressions des personnages. Du club nocturne aux appartements où les nuits se terminent, tout est suggéré avec beaucoup de charme, de délicatesse, mais aussi beaucoup d'humour et d’ironie.
De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc.
Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient.
C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vicente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vicente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vicente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes…
Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, indifférents ou moralisateurs, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux.
Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude.
A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centrée sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer…
Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.
Achille Talon est un garçon quelques mois plus jeune que moi.
Même sans encore savoir lire, je trouvais le personnage drôle. Ensuite, petit à petit, j'ai essayé de lire, en évitant les bulles les plus bavardes, des phylactères enormes parfois, dont certaines font plus de dix lignes! Finalement, j'ai découvert que la logorrhée et la prolixité de ce anti-héros sont ce qu’il y a de plus amusant. Parfois, j’ai ressenti le besoin d’un diccionnaire, mais je pense que j’ai appris pas mal de mots difficiles en français.
Le talent de Greg en tant qu'écrivain a progressé parallèlement au dessin : moins rond, plus dynamique, plus de détails, surtout pour les figurants et les décors.
Les personnages secondaires sont parfois devenus principaux : papa Talon, moustachu, avec ses bières, la maman bichonnante, le voisin Hilarion Lefuneste, le commerçant malin et avide Vincent Poursan, l’éternelle petite amie Virgule de Guillemets et aussi le colérique et minuscule patron du journal Polite (caricature de Goscinny qui était exactement le contraire dans la vie réelle).
Je continue à préférer les gags d’une ou deux pages plutôt que les longues histoires. Et à côté des blagues bavardes, il y en a aussi parfois qui sont presque muettes.
Je me souviens de mémoire d'un de mes gags préférés : après quelques manœuvres absurdes, Talon fracasse son vieux tacot contre une voiture garée. Devant le regard inquisiteur et sévère des passants, il sort et écrit un mot qu'il place sur le pare-brise de la victime. Approbation générale du public... mais à la fin, on voit ce qu'il a écrit !
Et voilà, mon deux-centième avis... Hop !
Cette série est une BD d'humour à thème, du genre qu'on aurait très bien imaginé paraître chez Bamboo. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard puisque le scénario est signé Cazenove. Le principe consiste à enchaîner les gags autour de la vie quotidienne à bord d'un porte-avions, en l'occurrence un bâtiment qui évoque très clairement le Charles de Gaulle.
Il y a visiblement un travail de documentation réalisé en amont. Beaucoup de termes propres à l'aéronavale ou à la vie sur un porte-avions m'étaient totalement inconnus, et on sent que de vrais pilotes et membres d'équipage ont aidé à la réalisation de l'album afin de rendre crédibles les situations et le vocabulaire employé. De ce point de vue, la BD remplit plutôt bien son rôle et permet d'apprendre quelques petites choses au passage.
En revanche, l'ensemble m'a donné une étrange impression de "bon amateurisme". C'est difficile à expliquer, car Jytéry avait déjà une certaine expérience professionnelle au moment de réaliser cette série. Son trait est maîtrisé, les avions sont détaillés avec soin et les personnages ne dépareraient pas dans une série d'humour franco-belge à gros nez. Pourtant, quelque chose ne fonctionne pas à mes yeux. Les protagonistes sont souvent très caricaturaux, parfois même assez laids (à l'exception du second-maître Périne qui apporte le petit atout charme de la série), alors que les avions et certains décors recherchent un réalisme plus poussé. À cela s'ajoute une colorisation informatique qui manque de naturel, coincée entre les couleurs franches d'une BD humoristique classique et une approche plus réaliste sans jamais trouver le bon équilibre. Rien de tout cela n'est objectivement rédhibitoire, mais je n'accroche vraiment pas au rendu d'ensemble.
Ce ne serait finalement qu'un détail si les gags étaient réussis. Or c'est là que la série me déçoit le plus. J'ai trouvé l'humour très poussif, souvent convenu, parfois même un peu beauf. Les chutes tombent presque systématiquement à plat et je n'ai pas décroché le moindre sourire durant toute ma lecture.
Il ne me reste donc que la petite curiosité d'avoir découvert quelques aspects de la vie quotidienne à bord d'un porte-avions et du fonctionnement de l'aéronavale française. C'est un sujet original et plutôt bien documenté, mais il est desservi par un humour qui, pour moi, manque totalement sa cible.
Cette BD est dure, mais c'est un documentaire parfaitement bien fait pour comprendre l'enjeu derrière le sujet. Un tabou bien trop présent dans nos sociétés, un tabou qui s'exprime encore malheureusement trop souvent : l'inceste.
Comment la violence s'installe dans les familles par l'inceste, voilà tout ce qu'explore la BD. En ne parlant pas des faits précisément, bien qu'ils aient eu lieu, Marine Courtade s'attache à essayer de comprendre les mécaniques du silence. Si tout le monde savait, pourquoi personne n'a parlé ? Comment a-t-on pu laisser faire ? Comment a-t-on pu laisser des nouvelles personnes être victimes ?
La BD est faite par des habitués de La Revue Dessinée, donc avec une certaine rigueur dans la construction et la narration. La BD est très fluide, parfaitement lisible et le nombre de pages conséquent est gobé en un rien de temps, pour peu qu'on accepte de se prendre en une seule lecture le poids de toute la violence présente ici. Et là-dessus je tire mon chapeau à la dessinatrice, Alexandra Petit, qui a fait un excellent travail dans le rendu. Ce sont principalement des interviews entrecoupées de réflexions de l'autrice, et pourtant on a une vraie BD. C'est dynamique, lent quand ça doit l'être, marquant dans les silences et les manifestations de cette violence latente, mais aussi clair et lisible. Je n'ai jamais tiqué sur ce documentaire, ni sur le fond ni la forme, preuve d'une parfaite maîtrise du trait.
Comme dit plus haut, la BD est dure, mais pas lourde. Sur le thème de l'inceste on a d'autres BD bien plus frontales, comme Daddy's Girl par exemple. Ici c'est vraiment un reportage sur le silence familiale, la culpabilité et le manque de communication, en interrogeant les mécanismes individuels qui ont conduit à cette omerta. Car oui, le résultat est évidemment que chacun à une raison individuelle de ne pas avoir parlé. Et que les raisons sont hélas banales, ordinaires, humaines : peur de briser la famille, honte, dégoût, hésitations, impression de ne pas être légitime... Bref, les travers habituels face à une situation de ce genre. Il reste alors que l'horreur de voir que tout aurait pu être géré tellement plus tôt. Comme tant d'autres cas, le silence a été un agent de l'horreur, mais qui blâmer ? Qui obligerait les victimes à parler ? La BD a même des passages incroyablement tristes, comme ce que lui racontera son père sur la relation qu'il eut ensuite avec ses filles. C'est cruel, triste mais aussi libérateur de l'entendre.
Une BD de plus sur ce que fait la violence de l'inceste dans les familles, mais qui incite à parler et à reconstruire ensuite. Salutaire, donc.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Merci l'Amour, merci la Vie !
Cette série de petits gags sur le couple et les relations amoureuses m'a plutôt convaincu. On sent une forte influence de Fabcaro dans le principe de saynètes absurdes qui partent d'une situation banale avant de basculer progressivement dans le non-sens. Ce n'est pas révolutionnaire, mais c'est bien fait. Le dessin va droit à l'essentiel. Très stylisé, avec peu de détails et des personnages volontairement peu expressifs, il sert parfaitement le rythme des gags sans chercher à attirer l'attention sur lui. L'auteur sait construire ses chutes et plusieurs d'entre elles m'ont réellement fait rire. Toutes ne font pas mouche, évidemment, mais le sens du timing est suffisamment bon pour que l'ensemble fonctionne. En revanche, je ressors aussi de cette lecture avec une impression assez déprimante. Derrière l'humour caustique et les situations absurdes, la vision du couple est particulièrement cynique. Entre divorces, ruptures instantanées, Tinder, infidélités, égoïsme et incapacité chronique à communiquer, presque aucune relation ne semble pouvoir fonctionner durablement. C'est assumé, souvent drôle, parfois très grinçant, mais à force d'accumuler les situations où tout se déroule systématiquement mal, cela finit aussi par être un peu plombant. Heureusement, l'auteur ne cherche jamais à faire de longues démonstrations. Les histoires sont courtes, vont droit au gag et ne s'éternisent pas. Cela permet de conserver un bon rythme de lecture et d'éviter que ce pessimisme ne devienne vraiment pesant. Ce n'est donc pas une BD qui m'a fait rire à chaque page, mais j'y ai trouvé suffisamment de bonnes idées et de chutes réussies pour passer un bon moment, même si j'aurais apprécié une vision un peu moins désabusée des relations humaines.
Marée Blanche
Je me sens un peu comme le grincheux de service en n'ayant pas vraiment apprécié cette BD car je vois bien pourquoi elle a plu à beaucoup de lecteurs et je ne peux pas dire qu'elle soit mal réalisée. Elle repose sur une idée de départ inspirée d'un fait réel (des ballots de cocaïne régulièrement retrouvés en mer ou échoués sur les côtes après avoir été abandonnés par des trafiquants), et il est facile d'imaginer que des marins pêcheurs puissent un jour tomber sur une telle "pêche miraculeuse" : des gens ordinaires confrontés à une tentation extraordinaire mais risquée. Graphiquement, c'est un travail solide. Le dessin est agréable, les personnages sont bien caractérisés, les décors sont soignés, avec une mention particulière pour les scènes à bord du chalutier qui installent une ambiance très convaincante. L'ensemble est lisible et bien raconté. Là où je décroche, c'est sur le scénario. Dès le départ, j'ai trouvé évident que récupérer cette drogue dans l'espoir d'en tirer un bénéfice était une idée catastrophique. Les personnages évoquent d'ailleurs eux-mêmes les risques, mais les écartent trop facilement en décidant malgré tout de débarquer avec les ballots. À partir de là, toutes les craintes se réalisent... et même bien au-delà. J'ai eu l'impression d'assister à une véritable loi de Murphy où absolument tout ce qui peut mal tourner finit par arriver. Les catastrophes s'enchaînent à un rythme tel que cela finit presque par devenir burlesque, d'autant que les deux principaux antagonistes ont un côté presque débile par moments. C'est précisément ce mélange qui ne m'a pas convaincu. J'ai constamment eu l'impression que le récit voulait rester un polar sérieux, presque une fable morale sur les ravages de l'appât du gain et de la drogue, tout en flirtant sans cesse avec le ridicule ou au minimum une forme de comédie noire. Le résultat me laisse le cul entre deux chaises : je n'ai jamais ri, mais je n'ai pas non plus réussi à prendre totalement au sérieux cette accumulation de malheurs qui finit par perdre en crédibilité à force de surenchère. Je comprends tout à fait ce que l'auteur a voulu raconter, et la BD est sincère, bien construite et correctement réalisée. Simplement, je ne suis jamais parvenu à me laisser emporter par cette descente aux enfers, qui m'a davantage fait lever les yeux au ciel que retenir mon souffle.
13 Devil Street
J’avais été extrêmement emballé par le concept que Benoît Vieillard m’avait présenté lors de cette soirée mémorable organisée par Zoo le Mag à Saint-Malo l'année dernière. L’idée était audacieuse, presque révolutionnaire : des doubles pages à parcourir dans tous les sens, un immeuble où les habitants montent, descendent, se croisent, comme une métaphore visuelle du chaos urbain et des destins entrelacés. Sur le papier, c’était brillant, et j’avais hâte de plonger dans cette expérience narrative unique. Pourtant, à la lecture, je reste un peu sur ma faim. Difficile de mettre le doigt sur ce qui cloche, car ce n’est clairement pas le dessin : le trait de Benoît est précis, expressif, et la mise en page, aussi ambitieuse soit-elle, est maîtrisée. Alors quoi ? Peut-être est-ce les histoires elles-mêmes qui, en se confondant, s’entremêlant, finissent par semer le trouble plutôt que l’émerveillement. On se perd dans les parcours, comme si l’accumulation de destins et de perspectives, au lieu d’enrichir le récit, le diluait. L’originalité du support demande peut-être un fil conducteur plus marqué. Malgré la complexité, il est important à mon sens de garder une cohérence émotionnelle et narrative. Ne vous y trompez pas, 13 Devil Street reste une œuvre fascinante par son approche, mais qui, pour moi, peine à tenir toutes ses promesses. Une déception relative, donc, car l’ambition est là – et c’est déjà beaucoup.
Chancellor - Enquêteur du futur
Comme toute les mini séries de Duchâteau (Peggy Press, Serge Morand... Chancellor démarre bien mais finit par se prendre les pieds dans le tapis. Le premier album est soigné. Il nous livre les bases d'un univers SF intéressant mais le second ressemble plus à une enquête de Ric Hochet. Le dessin est quand même très sympa, Sanahujas fait preuve d'un bel imaginaire. Les couvertures ont un charme rétro inégalable. Duchateau a toujours su s'entourer de dessinateurs de talent. Par contre il n'a jamais su donner de l'ampleur à ses récits. Et c'est bien dommage de maîtriser aussi bien les codes narratifs, sans cette étincelle artistique, ce souffle nécessaire à la création d'une grande œuvre.
Blame !
Le chef d'oeuvre de Nihei. Je pense que c'est l'auteur qui a le mieux retranscrit l'univers de HR Giger en images. En rajoutant des codes de chevalerie et d'autres trucs typiquement japonais par dessus. Je ne sais pas comment c'est humainement possible de dessiner une telle oeuvre, le travail est colossal. C'est vrai qu'il faut apprivoiser le sens de lecture. Je conseille d'ailleurs de lire Blame avec la nouvelle édition grand format de Glénat, c'est beaucoup plus lisible. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, il n'y a rien de très compliqué, ce n'est pas du tout une oeuvre hermétique. Au pire demandez à une IA de vous expliquer le contexte/les protagonistes si vous vous sentez perdu(e), vous serez totalement dans l'esprit du manga ! Aujourd'hui Nihei s'est perdu, il ne termine même plus ses planches ou utilise l'ordinateur pour un rendu très pauvre. Mais il nous restera toujours Blame, Biomega et Abara, reliques d'une époque rêvée et révolue.
Soirs de Paris
Bien plus qu’une bande dessinée, c’est une œuvre d’art, un objet artistique que je ne sais pas encore où exposer. Les dimensions sont imposantes en édition de luxe et le trait, l’art et les couleurs d’Avril méritent une place de choix. J’avais déjà acheté à Paris d’autres livres avec des illustrations d’Avril. Mais ces soirées évoquent pour moi des expériences précieuses. À différentes époques, je crois avoir vécu quelques histoires similaires. Il n’y a pas de dialogues, mais tout se comprend parfaitement grâce aux ambiances et aux expressions des personnages. Du club nocturne aux appartements où les nuits se terminent, tout est suggéré avec beaucoup de charme, de délicatesse, mais aussi beaucoup d'humour et d’ironie.
L'Envol du pélican
De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc. Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient. C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vicente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vicente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vicente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes… Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, indifférents ou moralisateurs, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux. Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude. A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centrée sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer… Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.
Achille Talon
Achille Talon est un garçon quelques mois plus jeune que moi. Même sans encore savoir lire, je trouvais le personnage drôle. Ensuite, petit à petit, j'ai essayé de lire, en évitant les bulles les plus bavardes, des phylactères enormes parfois, dont certaines font plus de dix lignes! Finalement, j'ai découvert que la logorrhée et la prolixité de ce anti-héros sont ce qu’il y a de plus amusant. Parfois, j’ai ressenti le besoin d’un diccionnaire, mais je pense que j’ai appris pas mal de mots difficiles en français. Le talent de Greg en tant qu'écrivain a progressé parallèlement au dessin : moins rond, plus dynamique, plus de détails, surtout pour les figurants et les décors. Les personnages secondaires sont parfois devenus principaux : papa Talon, moustachu, avec ses bières, la maman bichonnante, le voisin Hilarion Lefuneste, le commerçant malin et avide Vincent Poursan, l’éternelle petite amie Virgule de Guillemets et aussi le colérique et minuscule patron du journal Polite (caricature de Goscinny qui était exactement le contraire dans la vie réelle). Je continue à préférer les gags d’une ou deux pages plutôt que les longues histoires. Et à côté des blagues bavardes, il y en a aussi parfois qui sont presque muettes. Je me souviens de mémoire d'un de mes gags préférés : après quelques manœuvres absurdes, Talon fracasse son vieux tacot contre une voiture garée. Devant le regard inquisiteur et sévère des passants, il sort et écrit un mot qu'il place sur le pare-brise de la victime. Approbation générale du public... mais à la fin, on voit ce qu'il a écrit ! Et voilà, mon deux-centième avis... Hop !
Les Héros Navals
Cette série est une BD d'humour à thème, du genre qu'on aurait très bien imaginé paraître chez Bamboo. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard puisque le scénario est signé Cazenove. Le principe consiste à enchaîner les gags autour de la vie quotidienne à bord d'un porte-avions, en l'occurrence un bâtiment qui évoque très clairement le Charles de Gaulle. Il y a visiblement un travail de documentation réalisé en amont. Beaucoup de termes propres à l'aéronavale ou à la vie sur un porte-avions m'étaient totalement inconnus, et on sent que de vrais pilotes et membres d'équipage ont aidé à la réalisation de l'album afin de rendre crédibles les situations et le vocabulaire employé. De ce point de vue, la BD remplit plutôt bien son rôle et permet d'apprendre quelques petites choses au passage. En revanche, l'ensemble m'a donné une étrange impression de "bon amateurisme". C'est difficile à expliquer, car Jytéry avait déjà une certaine expérience professionnelle au moment de réaliser cette série. Son trait est maîtrisé, les avions sont détaillés avec soin et les personnages ne dépareraient pas dans une série d'humour franco-belge à gros nez. Pourtant, quelque chose ne fonctionne pas à mes yeux. Les protagonistes sont souvent très caricaturaux, parfois même assez laids (à l'exception du second-maître Périne qui apporte le petit atout charme de la série), alors que les avions et certains décors recherchent un réalisme plus poussé. À cela s'ajoute une colorisation informatique qui manque de naturel, coincée entre les couleurs franches d'une BD humoristique classique et une approche plus réaliste sans jamais trouver le bon équilibre. Rien de tout cela n'est objectivement rédhibitoire, mais je n'accroche vraiment pas au rendu d'ensemble. Ce ne serait finalement qu'un détail si les gags étaient réussis. Or c'est là que la série me déçoit le plus. J'ai trouvé l'humour très poussif, souvent convenu, parfois même un peu beauf. Les chutes tombent presque systématiquement à plat et je n'ai pas décroché le moindre sourire durant toute ma lecture. Il ne me reste donc que la petite curiosité d'avoir découvert quelques aspects de la vie quotidienne à bord d'un porte-avions et du fonctionnement de l'aéronavale française. C'est un sujet original et plutôt bien documenté, mais il est desservi par un humour qui, pour moi, manque totalement sa cible.
On ne parle pas de ces choses-là
Cette BD est dure, mais c'est un documentaire parfaitement bien fait pour comprendre l'enjeu derrière le sujet. Un tabou bien trop présent dans nos sociétés, un tabou qui s'exprime encore malheureusement trop souvent : l'inceste. Comment la violence s'installe dans les familles par l'inceste, voilà tout ce qu'explore la BD. En ne parlant pas des faits précisément, bien qu'ils aient eu lieu, Marine Courtade s'attache à essayer de comprendre les mécaniques du silence. Si tout le monde savait, pourquoi personne n'a parlé ? Comment a-t-on pu laisser faire ? Comment a-t-on pu laisser des nouvelles personnes être victimes ? La BD est faite par des habitués de La Revue Dessinée, donc avec une certaine rigueur dans la construction et la narration. La BD est très fluide, parfaitement lisible et le nombre de pages conséquent est gobé en un rien de temps, pour peu qu'on accepte de se prendre en une seule lecture le poids de toute la violence présente ici. Et là-dessus je tire mon chapeau à la dessinatrice, Alexandra Petit, qui a fait un excellent travail dans le rendu. Ce sont principalement des interviews entrecoupées de réflexions de l'autrice, et pourtant on a une vraie BD. C'est dynamique, lent quand ça doit l'être, marquant dans les silences et les manifestations de cette violence latente, mais aussi clair et lisible. Je n'ai jamais tiqué sur ce documentaire, ni sur le fond ni la forme, preuve d'une parfaite maîtrise du trait. Comme dit plus haut, la BD est dure, mais pas lourde. Sur le thème de l'inceste on a d'autres BD bien plus frontales, comme Daddy's Girl par exemple. Ici c'est vraiment un reportage sur le silence familiale, la culpabilité et le manque de communication, en interrogeant les mécanismes individuels qui ont conduit à cette omerta. Car oui, le résultat est évidemment que chacun à une raison individuelle de ne pas avoir parlé. Et que les raisons sont hélas banales, ordinaires, humaines : peur de briser la famille, honte, dégoût, hésitations, impression de ne pas être légitime... Bref, les travers habituels face à une situation de ce genre. Il reste alors que l'horreur de voir que tout aurait pu être géré tellement plus tôt. Comme tant d'autres cas, le silence a été un agent de l'horreur, mais qui blâmer ? Qui obligerait les victimes à parler ? La BD a même des passages incroyablement tristes, comme ce que lui racontera son père sur la relation qu'il eut ensuite avec ses filles. C'est cruel, triste mais aussi libérateur de l'entendre. Une BD de plus sur ce que fait la violence de l'inceste dans les familles, mais qui incite à parler et à reconstruire ensuite. Salutaire, donc.