Les derniers avis (39830 avis)

Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série The Ends - Un été à Oceanside
The Ends - Un été à Oceanside

Se tenir la main... Bliss édition nous gratifie d'un roman graphique qui se démarque dans sa collection Bad Idea. Ici, nous sommes dans le monde réel, tristement réel, hélas. Nous sommes en 1985, la jeune Jen End vit dans une petite bourgade de Californie, elle fait partie d'une bande de skinheads dont son frère est le chef. Son père, soldat pendant la seconde guerre mondiale, est alcoolique et sa mère est régulièrement battue par ce dernier. On est loin de la famille idyllique. Elle est amoureuse d'Angelo, un jeune portoricain, il vit à Oceanside. Elle va le rejoindre cet été pour s'occuper de son grand-père malade. Leur relation amoureuse va prendre l'eau lorsque Angelo va découvrir la face cachée de Jen. Le pire est à venir lorsque le frère de Jen va découvrir l'existence de son petit copain, il organise un rassemblement de skinheads à Oceanside pour laver cet affront et déclencher une guerre civile. D'anciens soldats vont reprendre les armes pour faire régner l'ordre. Un récit sombre avec le racisme, l'éducation et les séquelles post-traumatiques de la guerre comme files conducteurs. Un narration bien équilibrée entre le présent et les flash-back de la seconde guerre mondiale, elle prend aussi le temps d'éclairer nos lanternes sur la psychologie des nombreux personnages. Rien de manichéen. Une tragédie bien construite et bien réalisée, elle est le miroir d'une société qui crée des monstres. Et aussi une triste histoire d'amour. Graphiquement, David Lapham va à l'essentiel, pas d'esbroufes, avec son coup de crayon précis et expressif. Un rendu vintage qui est bien mis valeur par les couleurs de Bill Crabtree. La couverture est un superbe condensé du récit. L'album se termine par de petits récits en noir et blanc. Ils permettent d'en apprendre un peu plus sur les différents personnages. Lecture conseillée. Se tenir la main...

29/11/2025 (modifier)
Par Lodi
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Déogratias
Déogratias

Immersion totale ! Une des meilleures bande dessinée historique, voire BD que j'ai lu. Immersion totale ! Le dessin est parfait, l'histoire aussi. On s'immerge peu à peu dans le chaos, la violence, pour s'en détacher. En passant, un rappel des causes, de la religion et des mythes. On s'attache même aux pires personnages sans adhérer à leurs fautes, on le fait plus encore des victimes, pas réduites à ce qu'elles subissent, comme trop souvent. Mériterait d'innombrables relectures, mais problème, le lecteur veut-il se les infliger ? Le temps long, les causes lointaines, la culture locale, avec des références aux étoiles qui ouvrent les images sur le cosmos, donnent un arrière fond lointain, les blagues, la cabaretière et la bière de banane un peu de chaleur humaine, malgré tout.

29/11/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Kivu
Kivu

Il y a des millions de gens qui s’habituent à l’abjection quand ils y trouvent leur intérêt. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, ne nécessitant pas de connaissance préalable sur le sujet. Son édition originale date de 2018. Il a été réalisé par Jean van Hamme pour le scénario, et par Christophe Simon pour les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Alexandre Carpentier. Il comprend soixante-et-une pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une préface de Colette Braeckman (journaliste au quotidien Le Soir, spécialisée dans l’actualité africaine), de cinq pages, agrémentée de photographies, intitulée : Congo le dessin est aussi, un cri, pour déchirer l’empire du silence. Elle évoque la figure emblématique du docteur Denis Mukwege, les interventions du docteur Guy-Bernard Cadière à l’hôpital de Panzi, les atrocités commises au Congo à l’époque du roi Léopold II, la nature du coltan et son importance vitale dans les nouvelles technologies, l’exploitation des ressources du bassin du Congo depuis sa découverte par Henry Morton Stanley (1841-1904), l’assassinat de Patrice Lumumba (1925-1961) et la mise en place de Mobutu Sese Seko (1930-1997), et l’augmentation de l’exploitation des ressources sous le gouvernement de Joseph Kabila Kabange (1971-). Dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo, deux heures après le lever du soleil, le colonel Ernest Malumba explique aux membres de son commando ce qu’il attend d’eux, adultes comme pré-adolescents : un atroce massacre sans pitié. Non loin de là, Jérémie Kizongo et sa sœur Violette, douze ans, entendent les hurlements qui en résultent. Le garçon comprend que ce sont les Interahamwe qui attaquent le village. Ils s’en approchent tout en se cachant dans la végétation : ils peuvent voir les cahutes en flammes. Malheureusement, ils sont capturés par deux très jeunes soldats. L’un d’eux s’apprête à violer la jeune fille. Ils sont interrompus par le colonel lui-même qui explique qu’il ne faut pas l’abîmer car il pourra la vendre au Libanais pour cinq cents dollars. Les deux soldats s’en vont en courant, et Malumba s’apprête à violer lui-même Violette. Ainsi occupé, il ne s’aperçoit pas que Jérémie a ramassé une machette, qu’il enfonce dans le dos de l’agresseur, le tuant. Les deux enfants s’enfuient. Deux jours plus tard, dans une capitale occidentale, au siège de la multinationale Metalurco, le président directeur général reçoit le jeune ingénieur François Daans dans son bureau. Le PDG entame l’entretien en rappelant le nom de son employé, qu’il est belge, célibataire, âgé de vingt-huit ans, quadrilingue et sorti ingénieur des Mines de l’ULB avec grande distinction. Il continue : Daans travaille pour l’entreprise depuis trois ans, au département marketing pour le Benelux. D’après ses supérieurs, il y a fait de l’excellent travail, mais il paraît qu’il s’y ennuie un peu. Le président explique que c’est la raison pour laquelle il l’a fait venir, car il a une mission à lui confier. Mais avant, il souhaite que l’ingénieur lui dise ce qu’il sait du coltan. Le lecteur peut être tiraillé entre plusieurs a priori à la découverte de cette bande dessinée : le plaisir de retrouver l’écriture du scénariste avec ses spécificités, plutôt rôdées dans des récits avec une dimension d’aventure plus ou moins prépondérante, et le sujet à la fois économique, politique et très dur quant au massacre des populations. Concernant cette deuxième caractéristique, elle est mise en scène dès la première page avec les abominables consignes du colonel évoquant femmes et gamines, violées et mutilées devant leur famille, hommes à partir de douze ans, faits prisonniers, mains coupées pour ceux qui résistent, bébés et vieillards brûlés dans leur cahute, morts ou vifs. Le lecteur en ressort violemment éprouvé, ne s’attendant pas à un tel degré de brutalité sadique, même si ces exactions horrifiques ne sont pas montrées. Par la suite, plusieurs personnages détaillent d’autres atrocités insoutenables qui sont le lot de la population : les modalités concrètes par lesquelles les différentes factions font régner la terreur, soit pour chasser les paysans des terres qui recèlent des ressources minières, soit pour faire exploiter les mines par des enfants, la corruption quasi généralisée, y compris au sein de la police et du gouvernement, le manque d’hôpital et d’établissement de soin, ainsi que de moyens humains et matériels, etc. Daans bénéficie d’une explication détaillée des mutilations faites aux femmes, la destruction sur leur colon, leur vagin et leur anus. Et il assiste à une opération de reconstruction par chirurgie laparoscopique, à nouveau sans image graphique. Dans un premier temps, le lecteur se dit que ses a priori étaient fondés. Le scénariste crée un personnage principal intelligent, immédiatement révulsé par ce qu’il découvre, il est vrai que tout le monde le serait. Cet ingénieur devient un héros en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire : il démissionne et il décide de retrouver le jeune garçon disparu, après avoir pris en charge sa sœur… dans un pays qu’il ne connaît pas, avec la compréhension vague mais bien concrète qu’il met ainsi sa vie en danger. Fort heureusement, il peut bénéficier de l’aide d’un capitaine retraité Adam Songye, juste parce qu’il a une bonne tête. Encore mieux, cet ancien militaire a un fils qui manie les armes et qui n’a pas peur de s’en servir, que son père présente comme étant le plus grand guerrier du sud-Kivu. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire usage d’une grenade pour faire exploser une jeep en déplacement. Il est également possible de mentionner la femme de ménage de l’hôtel au grand cœur, ou encore les méchants chefs militaires et rebelles tous avides de chair fraîche, c’est-à-dire de jeunes femmes, voire de jeunes filles, pour satisfaire leurs appétits sexuels à chaque instant. Et bien sûr le PDG, commanditaire de ces opérations, sait parfaitement ce qui se passe sur le terrain, le cautionne, l’encourage pour plus de profits, et ne cherche qu’à impliquer ce jeune cadre, de sorte à le rendre tout aussi coupable. C’est bon : le quota de clichés est rempli. D’un autre côté, le dessinateur a fait ses classes dans le studio de Jacques Martin (1921-2010) pour qui il a illustré trois albums d’Alix (et un autre après le décès de son créateur), le tome deux de L’odyssée d’Alix, deux albums de la série Orion, deux albums de la série Lefranc. Le lecteur découvre des dessins dans une veine naturaliste, descriptive et réaliste, avec un très haut niveau de détails. L’artiste donne à voir de manière très documentée chaque lieu et chaque élément. Le lecteur peut ainsi prendre le temps de regarder les feuilles des arbres pour en déterminer leur essence, observer les cahutes des villages, ressentir le contraste entre la luxuriance de la forêt et la stérilité du bureau du PDG de Metalurco, voir les rues en terre de Bukavu, la différence de qualité des immeubles entre les beaux quartiers et le quartiers populaires, admirer la baie du lac Kivu, jauger du niveau de luxe de l’ameublement d’une des résidences du vice-gouverneur du sud-Kivu, visiter l’hôpital de Panzi, avoir un bref aperçu d’une mine, arriver dans un village qui est la proie des flammes. La mise en couleurs s’avère d’une grande qualité, nourrissant les formes détourées, sans jamais écraser les traits de contour, renforçant la sensation réaliste. Tout du long du récit, y compris dans les quelques moments d’action, l’artiste reste dans un registre naturaliste, sans exagération dramatique, ou accentuation des mouvements pour un effet spectaculaire. Grâce à la narration visuelle, le récit s’apparente par moments à un reportage, avec des personnages qui expliquent en détail la situation politique ou économique. Le lecteur peut ainsi se fier à ce qui est montré en termes de tenues vestimentaires en particulier militaires ou paramilitaires, de véhicules, et bien sûr d’armes. Il apprécie particulièrement la sensibilité avec laquelle le dessinateur représente les moments de violence et de comportements abjects. Il n’y a aucune complaisance, ni aucun voyeurisme malsain dans ces pages : dans le même temps, les dessins indiquent clairement ce qui se passe, que ce soit une tentative de viol, une jeune fille renversée par une voiture, une tentative d’intimidation à coup de matraque, un corps tuméfié après avoir subi le troisième degré, etc. Le lecteur n’est pas pris en otage par les images, tout en ne pouvant pas ignorer les brutalités, et pire encore. Le lecteur se retrouve ainsi dans cette région du monde, des environnements concrets et réalistes, à côtoyer des individus tout aussi plausibles et humains. Conscient de la nature de l’ouvrage, il accueille bien volontiers les phases d’exposition pour en apprendre plus sur ce pays, sur le coltan et la cassitérite, sur le docteur Denis Mukewege et l’hôpital de Panzi, sur les massacres insoutenables, et sur les conséquences des tortures barbares. Mine de rien, le scénariste sait intégrer de nombreuses facettes de la situation, la sensation initiale de manichéisme propre au récit d’aventure disparaissant progressivement, au fur et à mesure que le lecteur assimile l’ampleur des abominations, tellement énormes qu’elles ne peuvent qu’être relatées par étape. Après tant d’horreur, la conclusion du récit aborde un autre aspect de la situation, bien nécessaire au lecteur pour reprendre pied. Le dispositif narratif de l’aventure qui semblait convenu et en léger décalage apparaît alors comme adapté et constructif, entre colonne vertébrale permettant d’intégrer l’exposition des informations de type documentaire, et dynamique émotionnelle élégante. Sous réserve d’avoir conscience de la nature du récit, une immersion dans une région de la République Démocratique du Congo dont les richesses minières attisent les convoitises d’exploiteurs de la pire espèce, le lecteur découvre une trame très classique d’aventure, permettant d’exposer les informations afférentes. La narration visuelle présente une grande rigueur et une grande richesse, rehaussant l’approche documentaire et réaliste. Au final, le lecteur apprécie d’avoir fait ce voyage avec un adulte idéaliste et téméraire, ce qui permet de mieux supporter la réalité des abominations et des exactions.

29/11/2025 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Daemon
Daemon

Je trouve l'idée géniale : ne guérir d'une malédiction que si on reçoit de la gratitude. Cela oblige certes à bien agir. Mais cela se heurte à un petit problème que j'attends pour la suite : l'ingratitude humaine. Si les auteurs se débrouillent, on va bien rigoler. Pour l'instant, c'est aux dépens du héros novice : il fait ce qui semble être le bien, mais mal renseigné, ne fait qu'un faux bien, et reçoit donc une seule marque de gratitude. Et de qui, et pour quoi ! Cela m'a plu… La beauté du dessin, des gags distribués discrètement ailleurs font oublier l'aspect ironique, et en même temps tragique de chercher la gratitude des gens ! Chacun autour de soi et dans l'Histoire peut voir des exemples énormes d'ingratitude. Enfin, plus c'est gros, plus ça passe. Notons que la tragédie n'est pas loin : rien n'interdit que le héros sauve des gens et ne reçoive qu'ingratitude. Le scénariste osera-t-il ? Déjà, j'ai trouvé fort que des artistes, qui relèvent d'Apollon, le rendent pire qu'Arès ! Autre signe de créativité inattendue, le héros a un handicap : des acouphènes, contribuant à ce qu'il supporte un poète bavard. C'est inhabituel, et parler discrètement de handicap peut faire plus pour les personnes qu'une BD dédiée à leurs problèmes. Combien ne vont pas éviter des thématiques dramatiques ! Même si les femmes sont nombreuses, le public peut éviter des œuvres sur les avanies subies par les femmes, des hommes heureux d'échapper à leur sort et des femmes voulant éviter de se rappeler constamment que comme disait ma grand-mère, elles avaient tiré le mauvais numéro. Mais une héroïne, disons Yoko Tsuno, ou une femme n'acceptant pas le sort qui lui est fait dans le sanctuaire d'Apollon dans notre Daemon ? Ce n'est pas pareil, on part avec elles à l'aventure. Parce qu'on aime s'identifier à la découverte, et à la force plutôt qu'à la réclusion et à la faiblesse. Souvent, on préfère se rêver héros exceptionnel que de s'identifier à un groupe, déjà pour le côté héros romantique… Ensuite, parce que les groupes, on ne les choisit pas toujours, et qu'ils menacent toujours de donner lieu à quelque hiérarchie oppressive ou au à des phénomènes de bouc émissaire. Dans cette aventure, on est dans la Grèce antique et rêvée, dépaysante, mais en même temps, des thématiques contemporaines s'insèrent harmonieusement. J'attends la suite,,, Si possible, cap sur l'ingratitude humaine ! Dans de belles couleurs, on en découvrira toute la noirceur.

29/11/2025 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Deathbringer
Deathbringer

Wow ! C'te claque graphique ! Premier album d'Ismaël Legrand, qui signe aussi bien le scénario que le dessin, et on en prend plein les mirettes ! Les amateurs de Dark Fantasy (dont je fais parti) devraient se régaler ! Remarquons déjà la magnifique maquette de cet album de 200 pages, tout en noir et blanc rehaussé de dorure pour le titre et l'anneau qui entoure notre personnage principal. Ajoutez à cela un petit dos toilé noir, vous avez là un magnifique objet à offrir qui fera sa petite impression d'emblée ! C'est ensuite le graphisme d'Ismaël Legrand qui retient toute notre attention. Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà lu un album de Dark Fantasy au style réaliste réalisé en noir et blanc. C'est somptueux, les noirs sont d'une rare profondeur, tout comme le scénario : Dark à souhait ! Le petit bémol que je pourrais poser revient au scénario parfois un peu compliqué à suivre. Il faut être attentif et concentré pour coller au récit. Mais pour autant, tout retombe sur ses pattes, réussissant à mélanger sorcellerie, inquisition, et occultisme (qui va même chercher du côté de Lovecraft je trouve) de façon efficace. Un bon moment de lecture, bien noir comme il se doit !

28/11/2025 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Robert Badinter - Au nom de la justice
Robert Badinter - Au nom de la justice

Il s'agit de la biographie complète de Robert Badinter racontée à la première personne, comme s'il se confiait directement aux lecteurs. Cela commence juste avant sa naissance, avec le récit de l'arrivée de ses parents en France depuis la Moldavie, l'objectif étant de préciser non seulement ses origines culturelles mais aussi l'impact que sa jeunesse durant la Seconde Guerre Mondiale a eu sur lui. Et c'est cela qui dictera ensuite son parcours professionnel puis ses engagements politiques, pour aboutir à ses réalisations, ses épreuves et son héritage. D'ordinaire, quand je lis une biographie de bonne qualité, j'en ressors instruit et satisfait, mais jamais vraiment enthousiasmé car ça reste très factuel et parfois rébarbatif. Là, en terminant l'album, j'ai réalisé que j'avais été captivé tout du long et très intéressé, alors même que les sujets traités étaient éminemment politiques, ce qui d'ordinaire m'ennuie prodigieusement. Je pense que cette réussite vient à la fois d'une vraie clarté du texte et de la présentation, ainsi que du choix narratif très vivant, lui-même reflété par un dessin léger, avec des rondeurs qui apportent un judicieux équilibre au sérieux, voire au tragique, du sujet. Tout est mis en place pour que le lecteur s'attache à l'esprit du jeune Robert Badinter et comprenne ce qu'il a vécu et comment cela a forgé sa façon d'appréhender le monde politique et la société humaine. La narration va à l'essentiel, évoquant mais ne s'attardant pas sur des faits annexes ou moins cruciaux qui n'auraient fait qu'alourdir ou embrouiller le propos : inutile d'être exhaustif tant que l'on vise au cœur. Le parcours de Robert Badinter devient dès lors naturel, comme une quête aventureuse avec une épreuve initiale, une initiation et une mission à accomplir, tout en restant humble dans son parcours. Belle biographie, à la fois accessible, instructive et donnant vie et corps à son personnage.

28/11/2025 (modifier)
Couverture de la série Superman - Identité secrète
Superman - Identité secrète

Je suis ressorti profondément marqué par Superman : Identité Secrète. Dès les premières pages, j’ai été surpris par la façon dont le récit détourne le mythe de Superman pour le ramener dans un cadre réaliste et intimiste. Suivre un jeune garçon nommé Clark Kent, moqué à cause d’un nom trop célèbre, crée immédiatement une proximité émotionnelle. Je me suis reconnu dans ses doutes, dans ce mélange de gêne et de curiosité qui l’habite. Quand les premiers pouvoirs apparaissent, ce n’est pas un moment spectaculaire, mais au contraire un passage presque discret, empreint de pudeur : et c’est justement ce qui m’a accroché. Au fil des chapitres, j’ai eu l’impression de grandir avec Clark. Le récit prend le temps d’explorer chaque étape de sa vie, de l’adolescence aux débuts dans le monde adulte, puis jusqu’à la maturité. Je me suis surpris à être particulièrement touché par sa manière de concilier ses aspirations personnelles avec la responsabilité immense que ses pouvoirs représentent. À aucun moment je n’ai eu l’impression de lire un comics traditionnel de super-héros : c’est plutôt un roman graphique sur l’identité, la solitude, et la façon dont on trouve sa place dans un monde qui ne nous comprend pas toujours. L’écriture m’a beaucoup plu par sa sensibilité. Les moments familiaux sont réalistes et forts, et la relation avec Lois m’a paru incroyablement humaine, loin des clichés habituels du genre. J’ai aussi adoré la manière dont la série aborde le temps qui passe. Voir Clark évoluer, vieillir, changer de perspectives, m’a donné un sentiment rare dans le comics mainstream : celui de suivre réellement la trajectoire d’une vie. C’est ce ton mélancolique, presque contemplatif, qui m’a le plus touché. Visuellement, le travail de Stuart Immonen est superbe. Les couleurs douces, l’aspect presque “peint”, créent une atmosphère unique qui renforce l’intimité du récit. Chaque planche semble respirer, donner du temps au lecteur pour ressentir l’instant plutôt que pour attendre la prochaine scène d’action. En refermant cette histoire, j’ai eu l’impression d’avoir lu l’un des meilleurs récits jamais écrits autour de Superman pas parce qu’il multiplie les exploits, mais parce qu’il parle d’humanité avec une sincérité rare. Superman : Identité Secrète est une œuvre qui reste en tête longtemps après la lecture, et que je recommande sans hésiter à ceux qui cherchent un récit profond, touchant et brillamment construit.

28/11/2025 (modifier)
Par Lodi
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Grand Pouvoir du Chninkel
Le Grand Pouvoir du Chninkel

Le grand pouvoir est étonnant, mais logique, et arrive à la fin, comme il se doit. En attendant, on ne s'ennuie pas, on plaint les opprimés, et même… les oppresseurs, car comme ceux qui ne l'ont pas lu pourront le découvrir… Le héros et l'héroïne ressemblent aux Hobbits, mais en plus révoltés et plus méritants vu leurs conditions de vie rien moins que riantes. L'action ne nuit pas aux interrogations métaphysiques et réciproquement. Le sang ne coule pas plus que dans d'autres récits épiques, mais vu la fin, j'ai envie de dire âmes sensibles s'abstenir. Une œuvre qu'on oublie pas et qu'on voudrait inciter tous ceux qui ne l'ont pas encore eue entre les mains à lire.

27/11/2025 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Jonathan
Jonathan

Oui, je me souviens... J'ai découvert Jonathan et Cosey il y a 50 ans a la revue Tintin portugaise. Je n'ai pas tout de suite aimé, c'était trop nouveau et étrange pour moi a cet âge. Après, j'ai appris a aimer. Le dessin (surtout les paysages), la poésie, le(s) message(s). Nature, écologie, politique, résistance et pacifisme. Je recommande la lecture et l'achat.

27/11/2025 (modifier)
Couverture de la série Danser avec le vent
Danser avec le vent

En 2010, Emmanuel Lepage embarquait à bord du Marion Dufresne pour un magnifique voyage vers les Terres Australes. Douze ans plus tard, il remet ça mais cette fois pour un plus long séjour sur place, sur l'île de Kerguelen. Emmanuel Lepage que l'on connait depuis son remarquable Tchernobyl, est une sorte de cousin-voyageur ou cousin-reporter de Etienne Davodeau. Chacun signe scénario et dessins de ses albums, et tous deux excellent dans l'art de tracer le portrait des 'gens' qui nourrissent leurs rencontres. En 2011, Lepage publiait le carnet de bord d'un premier voyage dans les Terres Australes (un album que l'on vient de relire pour l'occasion) et il vient tout juste de sortir un nouvel album à l'occasion d'un second voyage effectué en 2022, tout là-bas au bout du bout du monde. Après son premier voyage de 2010 (qui n'était qu'un "bref" aller/retour), l'auteur a longtemps hésité avant de reprendre la mer : « Que pouvais-je vraiment dire de plus ou de différent. Revenir au même endroit une seconde fois n'aurait pas la puissance et la magie de la découverte ». Heureusement pour nous, Lepage a fini par embarquer de nouveau sur le mythique Marion Dufresne, le bateau ravitailleur des TAAF, qui navigue désormais pour le compte de l'IFREMER. Il accompagne une mission popéleph concernant la population des éléphants de mer avec une équipe chargée d'un reportage tv et compte rester peu de temps sur l'île : un mois seulement, et en été ! Sur le bateau, sur les îles, il retrouve des anciennes connaissances et rencontre de nouvelles personnes : de nombreux scientifiques de toutes sortes, des logisticiens, des ouvriers, des militaires, des marins, ... chacun avec son histoire, son chemin, sa quête. C'est ce microcosme qui va nourrir son ouvrage et notre lecture : « J'ai envie de raconter les personnes que je rencontre, dans leur complexité ». Des rencontres, des gens « qui donnent foi en l'humanité » : et en ces temps troublés, ce sont quelques images (et quelques mots) qui font du bien. Certes la magie de la découverte n'est plus là mais elle a été remplacée par une sorte de familiarité : nous ne sommes jamais allé là-bas, du moins pas 'en vrai', mais le premier album nous avait y avait emmenés déjà, laissé une forte empreinte sur nous et cette fois on y retourne, toujours avec plaisir, on s'y retrouve presque en terrain familier et du coup, moins étonnés, plus attentifs. Le côté humain, pourtant déjà bien présent dans le premier épisode, prend ici toute son importance, toute sa valeur. Aujourd'hui l'homme essaye de réduire son empreinte sur ces réserves naturelles et les équipes luttent contre les espèces (végétales ou animales) introduites par le passé, qui sont nombreuses à avoir proliféré et mis en péril le fragile écosystème de l'archipel. Et que dire des dessins ?! Le premier album était superbe mais celui-ci est encore plus beau et nous permet de "comparer" le trait du dessinateur qui a beaucoup mûri et ses aquarelles qui ont gagné en puissance évocatrice. La mousse de l'écume de mer est rendue (à la brosse à dents !) avec un mélange de réalisme et de poésie. Les verts des paysages, terres, landes, mousses, ... les bleus sombres de l'eau ou de la nuit, ... Il y a encore un peu plus de magie dans le crayon et le pinceau de Lepage, et voilà deux albums dans lesquels se plonger, se perdre, encore et encore. Quand ses compagnons lui demandent pourquoi il fait des livres, des albums, Emmanuel Lepage ne sait trop quoi répondre. C'est compliqué. On le harcèle, lui repose cette question. « Je fais des livres pour être un peu moins con », finit-il par lâcher. Voilà, on sait ce qui nous reste à faire ! Le lire !

27/11/2025 (modifier)