Cher pays de notre enfance

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 9 avis)

Angoulême 2016 : Prix du Public Enquête sur les grands scandales politico-judiciaires des années 70, autour du rôle trouble du SAC.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Angoulême 2016 : les gagnants ! Angoulême : récapitulatif des séries primées BD Reportage et journalisme d'investigation Davodeau Documentaires Les grandes affaires criminelles Nouveau Futuropolis Politique

Certaines "affaires " ne seront jamais résolues (assassinat de juges, d'hommes politiques). C'est que dans les années 70, certaines officines, comme le SAC, bénéficient d'une totale impunité. Les auteurs enquêtent donc sur "ces années de plomb" à la française.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 08 Octobre 2015
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Cher pays de notre enfance © Futuropolis 2015
Les notes
Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 9 avis)
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22/01/2016 | Noirdésir
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Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Toute personne qui s'intéresse à la politique d'hier comme d'aujourd'hui doit avoir lu cet album. J'hésite à mettre culte, parce qu'il s'agit d'une enquête sur deux morts historiques très suspectes au temps où la droite gaulliste gouvernait (le juge Renaud assassiné et Robert Boulin, suicidé en gabardine dans une flaque d'eau au milieu d'un bois). Compte tenu de l'épisode que la France traverse (on est début 2026), on a tendance à idéaliser les années 70 et leur personnel politique... en y regardant de plus près, le pouvoir avait un jocker dans toute situation embarrassante... des nervis aux ordres prêts à commettre des assassinats ciblés si nécessaire. Benoit Colombat et Étienne Davodeau rencontrent les témoins, mesurent les probabilités, interprètent les sous entendus, recoupent les informations... On a un peu peur a posteriori. On voit que le mystère est bien entretenu... et l’État de droit fragile. L'enquête est solide, le dispositif de Davodeau toujours efficace (lavis gris dans lequel il se met en scène en train de réfléchir à qui interroger, comment aborder la personne, puis l'entretien, toujours avec Benoit... et ainsi de suite), la couverture résume bien l'affaire, pas très reluisante pour la droite française. Si Retailleau avait le choix, il pourrait interdire le livre... C'est vendeur, non ? Cette dernière phrase ?

22/02/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
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Eh bien ! Quelle lecture ! Une lecture monumentale par le nombre d'informations qu'elle contient, déjà. Le travail de Benoît Collombat et Étienne Davodeau est vraiment phénoménal, mais quand, comme moi, on ignore à peu près tout de la politique française dans les années 70-80 (en-dehors des principaux noms de présidents et de ministres), cela nécessite une remise à niveau... Cela dit, Collombat réussit globalement à nous la faire faire, cette remise à niveau. Il n'oublie pas que son lecteur n'a pas forcément connu cette période et qu'il ne peut donc attendre de sa part qu'il soit parfaitement calé sur le sujet. Ainsi, quoiqu'ardu quand même à la lecture, Cher pays de notre enfance a le mérite d'être extrêmement pédagogique, et de ne jamais perdre de vue son fil rouge, au fur et à mesure des différentes rencontres auxquelles les auteurs nous font assister. Si on s'accroche, on assiste à quelque chose d'absolument captivant. On sait bien que tous ces complots et ces manœuvres mafieuses existent en très haut lieu. On peut même avoir de sérieuses raisons de penser qu'elles ont encore largement cours aujourd'hui (la mort du député Olivier Marleix en 2025 pourrait évoquer par bien des aspects celle du ministre Robert Boulin dont il est question dans la bande dessinée...). Mais pourtant, même en sachant tout ça, ça fait quelque chose de le voir écrit et démontré noir sur blanc sous nos yeux. C'est probablement ce qui donne toute sa portée au récit de Benoît Collombat et Étienne Davodeau. Oui, on sait que tout ça existe, mais on sait aussi que tout ça est tabou. Et pourtant, certains journalistes courageux sont capables de sortir ces magouilles de l'ombre et de questionner la vérité établie... Le travail de Collombat, grand reporter à France Inter, est un véritable travail d'Hercule. Il s'ingénie à faire sortir la vérité des innombrables zones d'ombre où on a essayé de la maintenir. Ainsi, ce documentaire prend de vraies allures d'enquête policière à maintes reprises, tant ce qui est raconté semble tout droit sortir d'un film de gangsters type La French (excellent film, qui raconte une affaire évoquée dans la bande dessinée, au passage). On voudrait ne pas croire cela possible, et pourtant, tous les indices convergent... et si les preuves semblent trop évidentes pour être niées. Petit à petit, Cher pays de notre enfance dessine ainsi un portrait qu'on sait réel mais qu'on aurait préféré ignorer de notre Ve République (et il y a peu de chances que les 4 précédentes aient été très différentes). Une République servie par des gens honnêtes et droits (les auteurs en rencontrent tout au long de la bande dessinée), mais aussi victime des cyniques qui veulent la diriger à tout prix. Ce qui m'a fasciné et terrifié en même temps, dans ce récit, c'est de voir à quel point les pratiques mafieuses dépassent les clivages politiques. Ici, les auteurs s'intéressent au RPR, mais sont bien conscients qu'il était probablement loin d'être le seul à se financer de manière aussi peu légale. Au-delà de ça, c'est surtout la diversité des profils de personnes qui appartiennent au SAC qui étonne. Plusieurs membres de cette organisation étaient des ennemis lors de la Seconde Guerre mondiale ou surtout de la Guerre d'Algérie, et pourtant, ils ont œuvré ensemble au sein des barbouzeries du parti gaulliste... Tout comme les personnes ayant essayé de lutter contre le SAC vont de la gauche à la droite, y compris dans leurs nuances plus ou moins extrêmes. Un intéressant constat de la complexité de la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui, et du peu de confiance à accorder aux étiquettes que les uns attribuent aux autres. Une dernière question m'agite : le format BD était-il le plus adapté pour exposer toutes les horreurs dénoncées ici ? La lecture de cette BD a été si longue et si dense que j'avoue avoir du mal à voir la pertinence du recours à ce média. Le récit est très majoritairement constitué de dialogues, et honnêtement, la mise en scène d'Étienne Davodeau ne m'a pas paru suffisamment exceptionnelle pour justifier d'avoir raconté cette enquête sous formes de planches dessinées. Même si l'incroyable couverture mérite le détour à elle seule ! Et pourtant, si cette enquête avait paru uniquement sous forme de livre non dessiné, je ne m'y serais probablement pas intéressé... Alors oui, peut-être qu'in fine, Collombat et Davodeau ont atteint leur but avec cette enquête brillante et apparemment risquée, en touchant un public qu'ils n'auraient sans doute pas touché (ou pas autant) sans cela. Quoiqu'il en soit, même si, pour moi, la lecture de cette bande dessinée équivaut plus ou moins à la lecture - austère et passionnante - d'un essai sur le sujet, je ne peux que remercier les auteurs pour l'incroyable qualité de leur travail qui m'est parvenue presque par hasard, et à côté duquel je serais passé sans ma passion pour la bande dessinée !

21/02/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Un organisme qui ne se réunit jamais, qui ne fait rien et ne rencontre personne - Ce tome contient un récit complet, indépendant de tout autre. Sa première publication date de 2015. Cette bande dessinée est l'œuvre d'Étienne Davodeau et Benoît Collombat pour le scénario, et de Davodeau pour le dessin. Il se termine avec une postface de Roberto Scarpinato, procureur général auprès du parquet de Palerme. Il comprend 216 pages de bande dessinée en noir & blanc, avec des nuances de gris. Un matin d'octobre 2013, un taxi dépose Étienne Davodeau et Benoît Collombat au 89 Montée de l'Observatoire. Ils évoquent l'assassinat du juge François Renaud à 2h42 du matin le 3 juillet 1975. Il était un magistrat qui dérangeait. Tenace, incorruptible, il n'avait pas froid aux yeux. En plus il était membre du syndicat de la magistrature, classé à gauche. Ancien résistant, passé par la justice coloniale, il n'éprouvait aucune fascination pour les voyous. Il leur faisait la guerre. Lyon, c'était un peu la capitale du crime. On l'appelait Chicago-sur-Rhône. Des affaires de prostitution, de corruption, éclaboussaient la ville. C'était aussi l'un des bastions du SAC, le Service d'Action Civique, même s'il n'avait que peu à voir avec le civisme. Officiellement, le SAC est une simple association créée en 1960 par des fidèles du général De Gaulle, comme Jacques Foccart, Alexandre Sanguinetti, ou Roger Frey, pour défendre sa pensée et son action. Deux ans plus tôt, en 1958, ces mêmes fidèles avaient soutenu l'arrivée au pouvoir du général dans des conditions proches d'un coup d'état. C'était l'opération Résurrection. Il s'agissait pour les gaullistes de contrer un autre coup d'état, mené au même moment par des militaires partisans de l'Algérie française. Et en 1961 à Alger, un putsch tente à nouveau de renverser le pouvoir. Dans le tumulte de la guerre d'Algérie, le rôle du SAC consiste donc à verrouiller le pouvoir gaulliste contre tout débordement potentiel. Benoît continue d'expliquer à Étienne ce que faisant concrètement les militants du SAC, et comment cette association a perduré sous Pompidou, puis sous Giscard, tout en ayant soutenu Chirac entretemps. Finalement leur rendez-vous arrive : Robert Daranc, 80 ans, journaliste, ancien correspondant de RTL à Lyon. Ils vont boire un café. Il explique qu'il a bien connu le juge Renaud car il entretenait de bonnes relations avec lui. Ils lui demandent de parler du hold-up de l'Hôtel des Postes de Strasbourg, le 30 juin 1971. Cinq hommes parviennent à faire main basse sur onze millions de francs, soit 1,8 millions d'euros. Ils réussissent ainsi le casse du siècle qui restera le plus lucratif en France au vingtième siècle, et ils s'évanouissent dans la nature. L'ancien journaliste continue en indiquant que le chef du gang aux estafettes a fini par se retrouver face au juge Renaud. Ce dernier a confié au journaliste qu'il avait la certitude que l'argent du hold-up avait dû être rapatrié au profit d'un parti politique de l'époque, l'UDR, l'ancêtre du RPR et de l'UMP. Il supposait que les le gang des lyonnais passait à travers tous les barrages de police et de gendarmerie, en empruntant l'avion d'un des patrons du SAC de Lyon. Le titre annonce clairement la nature de l'ouvrage : l'existence d'un activisme politique violent dans les années 1960-1970-1980. le lecteur comprend bien qu'il s'agit d'un ouvrage de type historique, et que par la force de choses, les auteurs vont relater de nombreux faits, des témoignages, des dates, des hypothèses ou des théories, c'est-à-dire une forme d'exposé auquel il est toujours délicat de donner une forme visuellement intéressante. Il se dit que l'auteur proprement dit doit être le journaliste et qu'il s'est associé à un bédéaste confirmé pour aboutir à quelque chose de digeste. Les auteurs ont choisi de se mettre en scène : le lecteur accompagne ainsi Benoît et Étienne dans leurs déplacements, et dans leurs rendez-vous. Dans la première séquence, il les voit discuter entre eux, Benoit relatant les faits de l'assassinat du juge à Étienne. Puis il voit Robert Daranc se présenter à eux, avec un échange de poignées de main, et ils s'attablent au bistro pour prendre un café. Au fur et à mesure qu'ils évoquent des faits, ceux-ci sont représentés dans les cases. C'est une forme assez basique de reconstitution historique, le lecteur absorbant effectivement beaucoup d'informations au cours de discussions et de témoignages. Les traits de contour sont un peu irréguliers, tout en étant précis. Les images rendent bien compte de la banalité du quotidien, des événements relatés, et la représentation des hommes politiques est très ressemblante, de Charles Pasqua à Nicolas Sarkozy. La première affaire relatée est donc celle de l'assassinat du juge François Renaud (1923-1975), et de l'enquête, par le biais des connaissances du journaliste et de sept entretiens, avec un journaliste ancien correspondant de RTL à Lyon, l'ancienne greffière du juge Renaud, l'ancien patron du Service Régional de Police Judiciaire de l'époque, un magistrat du syndicat de la magistrature, la meilleure amie du juge rencontré lors de ses études à la faculté de droit, l'avocat lyonnais de la famille du juge, et le fils du juge. Chaque interlocuteur raconte ses souvenirs, ou d'autres éléments connexes. Par exemple, l'avocat évoque le tournage du film d'Yves Boisset le juge Fayard dit le Shériff (1977). Cette première affaire est relatée de la page 2 à la page 61. le lecteur se rend compte qu'il passe vite d'une lecture qui lui semble pesante du fait du volume d'informations à assimiler, à une lecture haletante, car il se produit un effet de révélations sur ce qui peut être qualifié de complot. Puis il arrive sur une page d'interlude dans laquelle les auteurs essayent de contacter Charles Pasqua pour un entretien : son secrétaire leur conseille de lui écrire un courriel. À partir de la page 66, le thème change : il s'agit de se faire une idée de ce qu'était le Service d'Action Civil au cours de plusieurs entretiens. le dispositif narratif reste donc le même : Collombat et Davodeau se déplacent pour se rendre à chaque nouvel entretien, en voiture ou en train, et échangent, en route, quelques idées, quelques remarques, quelques informations. Puis vient le temps des questions posées avec au moins 50% des cases composées de têtes en train de parler. Se glissent quelques reconstitutions, et parfois une copie d'un document d'archive, ou des extraits de journaux. du point de vue BD, les têtes en train de parler, c'est assez pauvre et une forme de facilité dans une récit d'aventure. Pourtant le lecteur constate qu'il continue de dévorer les pages avec une grande avidité, et que sa lecture présente une fluidité et une intensité de haut niveau. Ce chapitre s'étend de la page 66 à la page 116, là encore avec son lot de révélations. Puis arrive une nouvelle page d'interlude pour décrocher, en vain, un entretien avec Charles Pasqua. À partir de la page 122 jusqu'à la page 144, les coscénaristes s'entretiennent avec trois ouvriers à la retraite, ayant été délégués syndicaux, et évoquant la présence des syndicats patronaux dans les usines, et les interventions des membres du SAC pour empêcher de tracter, ou pour coller des affiches. de la page 149 à la page 207, les auteurs relatent les faits dans l'affaire de la mort de Robert Boulin (1920-1979), ministre du travail. Davodeau s'adresse au lecteur en toute transparence, pour indiquer qu'il s'agit pour partie d'un résumé de faits exposé dans Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin (2007) de Benoît Collombat, et pour partie de nouveaux témoignages. Enfin, l'ouvrage se termine avec l'information que Pasqua refuse l'entretien, et un épilogue de huit pages avec quelques dernières informations et dernières suppositions. le lecteur ne s'est même pas rendu compte de la pagination, de la mise en forme : il a tout dévoré avec cette sensation de naviguer au cœur d'un complot nauséabond. La postface du procureur général de Palerme vient appuyer les dires des auteurs sur le rôle du SAC. En reconsultant la première page, le lecteur revoit que Davodeau est mentionné comme scénariste. Après sa lecture, il comprend mieux cette qualification : pour que la lecture soit aussi fluide et facile, le bédéaste n'a pas fait que mettre en images un texte préétabli. Il a dû apporter son savoir-faire pour la construction de l'ouvrage. Plus que cela, il a accompagné le journaliste dans chaque entretien, pour s'imprégner de la personnalité de l'interlocuteur, mais aussi pour poser quelques questions. S'il a vécu ces années comme les auteurs (l'un né en 1965, l'autre en 1970), ou s'il découvre ces événements après coup, le lecteur plonge dans des révélations à l'attrait irrésistible : la sensation d'en savoir plus que les autres, d'être du côté des victimes, de s'indigner à juste titre et de dénoncer l'injustice. Par réaction primaire, il prend du recul, et se demande s'il doit gober tout ça, et quels sont les intérêts des auteurs. Il découvre la postface, d'un procureur général, et la citation de Milan Kundera par laquelle il conclut : La lutte contre le pouvoir et sa dégénérescence est aussi la lutte de la mémoire contre l'oubli. Ensuite, lorsqu'ils interviewent James Sarazin, journalise au Monde et à L'express, celui-ci explique que quand on écrit ce genre de bouquin (il parle du sien Dossier M... comme milieu, 1978) on ne cite pas les noms complets pour éviter d'être poursuivi en justice. Or, ici, les auteurs prennent bien soin de citer tous les noms, de montrer leurs interlocuteurs, de référencer les archives qu'ils ont consultées, de faire en sorte que tout ce qui est énoncé soit vérifiable. Il ne parle pas d'une organisation mystérieuse et inconnue, mais du SAC, une organisation qui a pignon sur rue, et ils établissent des liens de cause à effet qu'ils annoncent explicitement comme étant des faits ou comme étant des hypothèses. Ils font également œuvre de mémoire car parmi les personnes qu'ils questionnent certains ont 80 ans ou plus, et il y a un nombre anormalement élevé de témoins qui sont déjà morts d'accident. le lecteur sceptique ou critique voit se dessiner les actions coup de poing d'une milice officieuse bien réelle et répondant à des intérêts moins opaques qu'il n'y paraît, symptomatique du fait que le pouvoir corrompt et que nombreux sont ceux qui souhaitent s'y maintenir, mais aussi y accéder. Le titre de l'ouvrage promet un dossier brûlot sur les actes criminels commis par le pouvoir pendant la cinquième République. La lecture comble cet horizon d'attente, avec une densité d'information très élevée. Pourtant la lecture s'avère facile, addictive et propice à la prise de recul. Contrairement à ce qu'aurait pu craindre le lecteur, il ne s'agit pas d'un texte tout prêt confié à un dessinateur chargé de l'illustrer tant bien que mal dans l'obligation de caser des pavés de faits, de dates et d'individus. Il s'agit d'une enquête racontée avec verve et tension, avec rigueur et preuves à l'appui. Après avoir terminé, le lecteur se dit qu'il va passer à le choix du chômage (2021) du même journaliste avec Damien Cuvillier.

14/04/2024 (modifier)
Par iannick
Note: 2/5
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Impossible pour moi de finir la lecture de cette bande dessinée… Pourtant, j’apprécie généralement les albums réalisés par Etienne Davodeau et puis, je ne suis pas réfractaire à la politique. Mais, « Cher pays de notre enfance » ne m’a pas intéressé car j’ai eu l’impression de lire un roman : il y a beaucoup de dialogues et la mise en page manque -à mon avis- de dynamisme. Du coup, je suis conscient que cela peut braquer les auteurs, je ne vois pas ce que ce genre de récit au format d’une bande dessinée apporte de plus qu’une version uniquement écrite. Malgré le bon coup de patte d’Etienne Davodeau, je ne pense pas que ce récit en support bd apporte quelque chose de plus qu’un « simple » roman. Bon, j’avoue que « Cher pays de notre enfance » a eu le mérite pour ma part de me faire connaitre le « SAC » mais une fois la surprise passée, j’ai eu le sentiment que le récit tournait en rond : les auteurs ont mené leurs enquêtes sur le « SAC » en rencontrant un bon nombre d’anciens acteurs de ce mouvement mais au bout d’un moment, une fois que les principales personnalités ont été interrogées, il faut reconnaitre que cette enquête ronronne, qu’il n’y a plus grand chose à raconter par la suite même si certains passages sur les interrogatoires sont assez hilarants. Ok, le « SAC » a brassé énormément d’argents dans les caisses de l’Etat, ok, il y a eu des tortures et des meurtres (notamment sur le juge Renaud dont il en est question dans cette bd) sur des personnes opposées au « SAC qui ont eu le malheur de mettre le bout de leur nez dedans… et après ? Ce groupe a été dissout pendant les années 80 lors de l’arrivée de la gauche au pouvoir et depuis que les contrôles sur les subventions allouées aux partis politiques ont été renforcées (Ce qui a entrainé récemment de nombreux soupçons de corruption sur un certain ancien président qui a été finalement incarcéré… quelques mois...), on n’en entend plus vraiment parler et ce n’est pas plus mal ! Ah si, une grande partie de la population française considère que les politiciens sont tous des pourris, on peut se dire que nos concitoyens n’ont pas tout à fait tort et que si les gens ne croient pas plus aux politiciens, c’est en partie et en quelque sorte à cause de tout ce qui s’est passé (en plus des nombreux politiciens qui défendent d'abord leurs intérêts personnels au lieu de l'intérêt général)… Bref, malgré ses nombreuses qualités, « Cher pays de notre enfance » est un album qui ne m’a pas passionné.

31/08/2022 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
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Voila une lecture extrèmement instructive mais qu'il faut prendre le temps de manger. C'est lourd, un petit peu trop à mon gout, avec une sensation d'indigestion de personnages et de textes (surtout si, comme moi, vous oubliez les noms) mais qui est remplie d'informations intéressante. La BD se propose comme un prolongement de l'enquête réalisé par Benoit Collombat sur l'assassinat du juge Renaud et le meurtre maquillé en suicide de Robert Boullin, mais avec principalement des témoignages de personnes ayant vécues ces années-là. C'est donc un défilé de personnages et d'avis, parfois contraires d'ailleurs, qui débouche sur une conclusion ne faisant clairement pas la synthèse de l'ensemble, se gardant bien de préciser ce qu'il faut en tirer, mais nous laissant surtout avec la compréhension de tout ce qui se cache derrière. C'est une des choses que j'aime beaucoup avec Davodeau : il ne nous donne pas expressément son avis, même si celui-ci est clairement perceptible dans le récit, mais laisse toute les clés de compréhension pour se faire le sien propre. Et surtout savoir qu'on peut avoir un avis sur la question. Je suis bien trop jeune pour avoir connu ces années-là, mais ça se sent que c'est pesant comme années. Le terme de plomb n'est pas usurpés, dans des années où les engagements politiques méritaient des passages à tabac, selon certains, où des meurtres. Une sorte de sale affaire qui touche à peu près tout ce qu'on peut imaginer de vie politique (associations, politiciens, juges, policiers, magistrats, voyous et criminels ...) dans un pot-pourri qui a des racines lointaines. Le récit nous parle de résistances et de collaborations tout autant que des bandes de mafieux des années 70, qui ont fait peser le poids de leur violence sur la France. Et là-dessus, essayons de démêler le sac de nœud de deux affaires de meurtres importantes. Mine de rien, Davodeau et Collombat ont bien réussis leurs paris, puisque j'ai réussi à comprendre et m'en sortir (avec parfois du mal, je l'avoue) dans la multiplicité des personnages, des situations et des imbrications. Mais le tableau d'ensemble est glaçant d'effroi. Voir tout ce qui est possible de la part de nos politiciens pour conserver un peu de pouvoir, s'enrichir et contrôler plus de choses ... C'est d'autant plus effrayant que certains de ces politiciens sont encore en activités ou simplement les maitres à penser de ceux que l'on a actuellement. Niveau dessin, Davodeau est toujours égal à lui-même, avec peu de représentations de paysages (contrairement à Le Droit du sol) et beaucoup de visages, comme à son habitude. Rien de notable mais de l'efficace, ce qu'on demande pour un documentaire en somme. Un documentaire qui correspond à ce qu'on peut attendre de Davodeau, avec son habitude de parler de sujets variés et de façon très diverses. Moins rentre dedans que peut l'être un Squarzoni, mais toujours compréhensible et clair, c'est une BD qui permets de comprendre que lorsque l'on parle des pourris au pouvoir, le terme n'est pas trop fort. Il y a toujours des dossiers puants qui sortent sur les politiciens chaque année et cette BD nous rappelle jusqu'où ils sont prêt à aller. Inquiétant, oui !

29/07/2022 (modifier)
Par JAMES RED
Note: 3/5
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Voici une nouvelle enquête journalistique en bande dessinée signé Davodeau et Collombat. Les auteurs s'intéressent aux eaux troubles de la Vème République et plus particulièrement au SAC (service d'action civique) chargé des basses besognes du parti gaulliste dans les années 60-70. Les auteurs partent donc à la rencontre de ceux qui ont fait le SAC, trouvent parfois porte close et retranscrivent tout dans leur ouvrage. Une des grosses parties du livre concerne les manquements lors de l'enquête sur le suicide du ministre de Valéry Giscard d'Estaing Robert Boulin. Celui-ci est mort dans des circonstances fort étranges. J'aime beaucoup les enquêtes politiques et Davodeau jusqu'à présent n'avait jamais traité de ce milieu, s'intéressant plutôt au syndicalisme ou au milieu rural. Il faut pour aborder cet album une bonne connaissance de la politique française des années 60-70. Mais, je trouve qu'au final ce type d'album a des limites ; on cherche les témoignages qui sont parfois plus ou moins passionnants et on ne débouche au final sur aucune vraie révélation (mais ce n'est peut-être pas le but). De ce fait, on reste un peu sur notre faim.

07/09/2016 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Mon documentaire préféré de Davodeau. Il faut dire qu'il traite d'un sujet que j'aime particulièrement, à savoir la politique française et plus précisément les magouilles des politiciens. On suit donc Davodeau et un journaliste tout le long de l'album. Ils font un reportage sur les années de terreurs du SAC. Ils recueilleront plusieurs témoignages et certains de ces témoins ont encore peur de parler ! Au fil de l'album les auteurs abordent les différentes activités du SAC, la mort d'un juge d'instruction et le suicide suspect de Robert Boulin. Je savais déjà certaines choses sur le SAC et la mort de Boulin mais j'ai aussi appris de nouvelles choses et, d'ailleurs, même lorsque les auteurs parlaient de trucs que je savais déjà, j'étais captivé. Cet album est bien fait. On parle de plusieurs choses sans que cela soit trop académique et j'étais captivé du début jusqu'à la fin. Je trouve cela ironique que Charles Pasqua, dont le nom revient souvent dans le reportage et que les auteurs ont essayé d'interviewer sans succès, soit mort lorsque la bande dessinée était pratiquement complète.

06/02/2016 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
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Il faudra une bonne journée et une bonne dose de concentration pour venir à bout de ce pavé. Pourtant, le nombre de pages n’est pas aussi impressionnant que cela. Ce sont les dialogues qui occupent totalement l’espace. On suivra le reportage mené par les deux auteurs. Il y a de nombreux témoignages à lire. Il faut tout d’abord être intéressé par le sujet à savoir ce qui se cache sous la Vème République du Général de Gaulle. La couverture nous donne un peu le ton avec un président qui est taché de sang. Oui, nous apprenons que la 5ème république traîne également de gros boulets qui peuvent apparaître comme dérisoires si on les compare avec les nombreuses dictatures qu’il y a dans le monde. Pour autant, ce n’est pas une raison pour ne pas étudier les faits avec du recul. De là, peut-on réellement dire que la France a connu des années de plomb ? Il semblerait au vu de ce documentaire qui indique que cela a été soigneusement occulté. J’avoue avoir entendu parler du SAC mais je ne savais pas ce qui se cachait derrière cette association loi de 1901. J’avoue également que j’ignorais que dans ma ville de Strasbourg avait été commis l’un des plus gros hold-up de l’argent public afin de financer le parti gaulliste au pouvoir. Oui, on regarde plutôt ma ville comme la capitale européenne ou la capitale de Noel. Je pense qu’il est bon de rappeler certains faits loin de toute caricature. La bd va s’intéresser notamment au meurtre du juge Renaud et au soi-disant suicide du ministre du travail de Giscard à savoir Robert Boulin. Par ailleurs, cette bd vient de gagner le prix du public lors du festival d’Angoulême 2016. Les lecteurs ont apprécié dans leur ensemble cette œuvre richement documentée. Une lecture certes éprouvante mais salutaire pour bien comprendre les évolutions de notre République.

01/02/2016 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Si je n’accroche pas vraiment aux albums « romancés » de Davodeau, je suis plus sensible à ses documentaires, souvent engagés, mais intéressants. J’ai donc lu celui-ci avec un a priori plutôt favorable. Davodeau et Collombat nous racontent ici par le menu leur enquête sur la face cachée de la Vème République – en fait du Gaullisme au post-gaullisme. En effet, de l’assassinat du juge Renaud (très bien incarné au cinéma par Patrick Dewaere) au suicide/assassinat de Robert Boulin (les auteurs penchant clairement pour la seconde hypothèse, en avançant des arguments plus que troublants), c’est bien une enquête à charge sur les « années de plomb » à la française. Des années 1970 à aujourd’hui, les auteurs tentent d’éclairer certains faits restés cachés ou camouflés, ressortent certaines des grandes affaires politico-judiciaires, avec un fil rouge : l’action du S.A.C., sorte de milice gaulliste mêlant anciens résistants, barbouzes et truands (dont les hold-up auraient alimenté les caisses de certains partis), et servant de nervis au patronat pour casser les syndicalistes trop « gauchistes », avec une totale impunité pour tout ce « beau monde », y compris pour des meurtres. Avec quelques personnages clés, probables manipulateurs de ce jeu dangereux, mais qui n’apparaissent qu’au détour de certaines interviews ou phrases, comme Chirac (et sa rivalité avec Giscard), Foccart (le grand manitou de la « Françafrique ») ou Pasqua. Alors, autant le dire, il n’y a pas vraiment de scoop, puisque l’album reprend en grande partie le bouquin précédent de Benoit Collombat. Mais certains rappels ne sont pas inutiles ! Et ils éclairent la vision qu’ont certains de la démocratie. Si le propos est très intéressant, le traitement reste quand même aride, et peut rebuter certains lecteurs – surtout les plus jeunes, qui n’ont pas connu les faits et/ou les personnages évoqués. En effet, on suit les deux auteurs dans leur enquête, leurs questionnements à haute voix et les entretiens qu’ils mènent – ou qu’ils tentent de mener (voir le triste running gag sur les demandes d’interview auprès de Pasqua, pourtant personnage clé), comme s’ils étaient filmés. Il n’y a donc pas d’histoire à proprement parler pour « aérer » la lecture (plus de 210 pages tout de même !), et, les dessins de Davodeau mis à part, on aurait très bien pu ne faire qu’un livre, l’aspect BD n’apportant au final pas grand-chose.

22/01/2016 (modifier)