Terre ou Lune

Note: 4/5
(4/5 pour 5 avis)

Après quatre années en foyer, Othello est enfin en mesure de retourner dans son village pour un stage d'ornithologie. Alors qu'il fait de son mieux pour s'intégrer, il se retrouve inévitablement sur les traces du lourd passé de ses parents...


La BD au féminin Les coups de coeur des internautes Les petits éditeurs indépendants

"Rien de tout ça n'est arrivé. Rien de tout ça n'est arrivé". Othello a beau se le répéter en boucle, l'acte qu'il vient de commettre est irréparable. Du haut de ses sept ans, lui qui n'avait d'yeux que pour les oiseaux et leurs promesses d'évasion, vient de tuer son père. Derrière cette tragédie familiale, de nombreux secrets enfouis, une enfance bafouée, et l'ombre d'un héritage dont il ignore encore la portée.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 04 Février 2026
Statut histoire Série en cours (prévue en 2 tomes) 1 tome paru
Dernière parution : Moins d'un an

Couverture de la série Terre ou Lune © Morgen 2026
Les notes
Note: 4/5
(4/5 pour 5 avis)
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04/02/2026 | nisaY_keciC
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Par Blue boy
Note: 3/5
L'avatar du posteur Blue boy

La première chose que l’on observe, c’est que la qualité éditoriale est au rendez-vous. L’ouvrage, petit pavé de près de 300 pages, est présenté dans une édition soignée, avec une très belle couverture. Mais surtout, ce qui laisse admiratif, c’est la beauté du dessin de Jade Khoo. Du haut de ses 28 ans, la jeune Française, dont c’est la deuxième publication après « Zoc » (Dargaud), fait preuve d’un talent indéniable, et son approche graphique est très innovante. Son trait délicat, un rien enfantin en ce qui concerne les personnages, est parsemé d’effets 3D très réussis sans être ostentatoires, ce qui est peu surprenant quand on apprend que la jeune femme a travaillé dans l’animation. Les tonalités sont très variées et démontrent une utilisation judicieuse de la couleur selon les ambiances, chatoyantes pour les scènes diurnes, plus nuancées et parfois en dégradé pastel pour le reste. Ses personnages au look androgyne suggèrent une influence de la BD asiatique, avec un univers évoquant immédiatement Hayao Miyazaki. Il paraît dès lors évident que son enfance fut bercée par les dessins animés du maître japonais. Quant à l’aspect narratif, je serai malheureusement moins enthousiaste. Sous des apparences de BD jeunesse, le scénario est assez complexe, pour ne pas dire compliqué. C’est sans doute le point faible de cet album qui part dans tous les sens, et fait que l’on s’y perd un peu. Jade Khoo a peut-être commis l'erreur d'y mettre trop de choses, trop de détails, rendant le propos un brin alambiqué. On hésiterait presque à parler de science fiction et d’ailleurs cela ne saute pas aux yeux dans les premières pages (l’histoire se déroule sur une Lune terraformée s’accompagnant d’un « clonage » des sites terrestres, l’objectif de départ étant qu’elle serve de garde-manger à une Terre surpeuplée). Le jeune héros de l’histoire, Othello, est confronté à une situation familiale tumultueuse. Indirectement responsable de la mort de son paternel, il coupera les ponts avec la mère manipulatrice. Parallèlement, il est passionné d’ornithologie (tout comme l’autrice) et envisage d’en faire son métier, un rêve brisé par son séjour en orphelinat. Et puis il y a cette histoire d’amitié avec Ange, qu’il revoit, presque comme si de rien n’était, après de longues années d’absence inexplicables... Par l’entremise de ce dernier, il rejoindra un groupe d’ornithologues doté de fonds substantiels dont il sera amené à questionner l’origine un peu douteuse… Tout un contexte avec en toile de fond politico-économique et écologique les relations tendues entre la Terre surpeuplée (qu’on ne verra que très brièvement) et son satellite paradisiaque qui cherche à couper le cordon avec la planète matricielle. Si d’un point de vue graphique, je reste tout à fait séduit par la beauté et la poésie visuelles, je suis moins convaincu par la narration « multidirectionnelle » qui handicape la fluidité de la lecture. On dénombre par ailleurs quelques anachronismes et incohérences, et pour tout dire, le manque de consistance scientifique fait qu’on ne rentre jamais vraiment dedans. La multiplication des personnages, aux expressions un peu lisses, ne contribue pas à faire mentir cette impression, tandis que les digressions intimistes peinent à faire jaillir l’émotion. Cela se veut profond, mais au final, cela reste un peu superficiel. C’est dommage, mais si cette critique peut paraître sévère en ce qui concerne le récit, elle ne se veut que constructive, car l’album révèle une autrice originale que l’on est disposé à suivre avec intérêt. Un tome 2 est prévu, et pour convaincre totalement, Jade Khoo devra à l’évidence mettre l’accent sur la narration, encore un peu verte à ce stade si je puis dire.

15/06/2026 (modifier)
Par Lucie D
Note: 5/5 Coups de coeur du moment

Super bd avec un très bel univers et une intrigue prenante mais qui se dévoile lentement. Je l'ai lue avant de dormir, je n'ai pas pu la lâcher, elle était vraiment prenante. L'univers m'a intrigué et m'a vraiment détendu. Une très belle réussite, à voir pour la suite.

09/06/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 3/5
L'avatar du posteur Cleck

Étrange roman graphique que celui-ci, attisant le feu et la glace. L'histoire est pour le moins originale puisque s'articulant abondamment autour de la thématique de l'ornithologie, laquelle est travaillée par celle puissante du parricide, l'ensemble est enfin intégré à un univers SF envisageant une colonisation de la Lune et un rapport tendu entre les habitants des deux astres. Tout s'imbrique pour le moment assez maladroitement : l'univers SF notamment s'efface puis revient, sans véritablement travailler ses thématiques sociétales (migrations de populations, dépendance alimentaire, intimidation guerrière, mouvements sociaux). Le traitement poétique de la dystopie engendre de beaux moments (l'épisode du géant de pierre est assez réussi), mais sa déclinaison technologique est plus triviale (les véhicules volants, le train... tels des copies gratuites de machines aperçues chez Miyazaki). Le récit joue avec les temporalités, présentant des épisodes de l'enfance, de l'adolescence, des évocations du passé via souvenirs ou apparitions, au sein d'une tranche de vie avançant lentement, sans véritable direction. Il ne s'agit pas véritablement de reconstruire l'histoire d'un drame familial, ni de comprendre l'histoire de cette colonisation lunaire, ou de proposer une tranche de vie naturaliste ; le récit tente d'entremêler ces trois voies sans y parvenir avantageusement : l'anecdotique cohabitant trop souvent avec le dramatique, hurlant son incapacité à organiser avec cohérence et pertinence une dramaturgie en roue libre. Néanmoins, ce récit fascine régulièrement, proposant ici ou là des visuels d'une belle puissance évocatrice (la couverture et tout l'épisode autour du géant de pierre, la splendide représentation de la lumière, etc.) et le traitement genré des personnages est assez intéressant dans sa manière d'accompagner l'inquiétante étrangeté dont se pare occasionnellement le récit. Une réussite en demi-teinte, qui ne laisse pas indifférent et attise une curiosité quelque peu inquiète à l'égard du futur second tome.

16/05/2026 (modifier)
Par Patoun
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Patoun

Une véritable ode à la nature. Tout d’abord, je soulignerai la rareté de tomber sur une BD (hors documentaire) proposant tant de précisions scientifiques. Ici, on nomme le vivant car "on protège ce qu'on aime et on aime ce qu'on connaît ". RIP Cousteau. Ainsi, les descriptions et identifications de l’avifaune sont pléthores, bien évidemment hors de portée d’un profane comme je le suis, mais ne nuisent pas à la qualité du récit. On peut survoler les énumérations latines comme y prêter un regard curieux et attentif, cela n’a que peu d’incidence (et heureusement au risque de ne cibler qu’un public membre de la LPO si j’exagère le trait). Je suppose que cette singularité est le reflet de cette passion de l’auteure ? Ce premier tome peut finalement se résumer brièvement : le protagoniste perd ses parents à la suite d’un drame familial et se retrouve à fouiller dans le passé de ces derniers dans un besoin de reconstruction personnelle et d’émancipation il me semble. L’intrigue se met alors doucement en place tout en prenant le temps de bien développer l’univers de l’histoire. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir ce lieu à la fois futuriste, poétique, surnaturel et de prime abord utopique. Ce premier tome s’achève lorsque le lecteur devine l’approche d’un nœud narratif, d’un momentum qui va faire basculer le récit et que le lecteur n’a pu qu’effleurer jusqu’à présent. C’est très bien joué de la part de l’auteure pour nous projeter avec hâte sur la suite et maintenir cette tension narrative entre les deux opus. Côté graphisme, il y a à dire tant le dessin m'a déstabilisé. On retrouve un univers graphique très certainement inspiré de la culture japonaise (manga, animés..) et plus particulièrement de l’œuvre de Miyazaki. De grandes plaines verdoyantes et lumineuses balayées par les vents, des nuits étoilées de campagne… sont autant de symboliques paysagères présentes dans Terre ou Lune et ayant contribuées à la renommée de l'artiste japonais. Il y a également un côté enfantin dans le trait, notamment pour le traitement des personnages : des visages peu détaillés et similaires dans les expressions, des corps parfois rudimentaires et une quasi absence de mouvement (pour le coup, les oiseaux sont bien plus travaillés que les personnages !). Cumulé à cela une colorisation assez vive et je me retrouve ainsi plongé dans l’imaginaire de mes livres d’enfance... Toutefois, avec une lecture plus minutieuse, on se rend compte que le dessin fourmille de détails, notamment au travers des décors (les ciels sont par exemple une grande réussite). Je ne sais pas si c’est volontaire de la part de l’auteur, mais j’ai ressenti une confusion graphique vis-à-vis du genre des personnages. J’ai dû attendre des scènes avec des attributs physiques évidents en seconde moitié de lecture pour me rendre compte que je faisais fausse route depuis le tout début avec deux des cinq principaux personnages (et qui plus est portaient des prénoms mixtes). Si je me questionne sur ce détail c’est que j’ai du mal à voir ce que cela apporte en valeur ajoutée à l’histoire (et que j’ai sans doute un esprit trop cartésien) ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le plus beau coup de crayon à mon goût, mais associé à des choix osés notamment dans la colorisation, le tout forme un ensemble très réussi. Bravo. C’est avec cette belle promesse à l'esprit et de fortes attentes que je languis la suite de ce récit onirique !

26/02/2026 (modifier)
L'avatar du posteur nisaY_keciC

J’ai littéralement craqué dès que j’ai vu cette première de couverture : elle m’a captivé, intrigué et donné immédiatement envie de plonger dans cette BD. Puis, lorsque j’ai découvert la bande-annonce, j’ai été encore plus séduit : elle reflète parfaitement l’atmosphère poétique et étrange de l’univers et m’a mis l’eau à la bouche. Dès les premières pages, j’ai été frappé par l’univers unique que Jade Khoo a créé. On suit Othello, un jeune garçon dont la vie bascule après un geste irréversible. Mais loin de se limiter à un simple drame familial, le récit prend rapidement une ampleur bien plus grande. Il mêle émotion, poésie et science-fiction contemplative, tout en s’ancrant profondément dans la nature et l’observation du vivant, notamment des oiseaux, omniprésents et essentiels au récit. Visuellement, l’album est une véritable splendeur. Jade Khoo livre près de 300 pages en couleurs directes, entièrement réalisées à la main, et cela se ressent à chaque planche. Son trait d’une grande délicatesse, souvent à l’aquarelle, magnifie aussi bien les paysages naturels que les mondes imaginaires de science-fiction. Forêts embrumées, champs baignés de lumière, ciels crépusculaires, oiseaux dessinés avec une précision et une tendresse évidentes : on sent dans chaque image une véritable déclaration d’amour à la nature. Les influences de Moebius, Zao Dao ou Hayao Miyazaki se devinent, mais sans jamais écraser l’identité propre de l’autrice. J’ai adoré ce mélange subtil entre sensibilité intime et enjeux plus larges. À travers la quête d’Othello, Jade Khoo aborde des thèmes profonds comme l’identité, l’aliénation, l’altérité, la transmission et le prix des utopies. Progressivement, par petites touches et sans jamais forcer le trait, l’histoire personnelle du héros laisse apparaître une réflexion plus vaste sur l’Humanité, ses erreurs passées et ses idéaux écologiques. Tout est amené avec une grande fluidité, sans lourdeur ni discours appuyé. On suit Othello pas à pas, on partage ses doutes, sa curiosité et son rapport presque fusionnel au monde naturel. Le récit est initiatique, contemplatif, parfois bouleversant, et toujours d’une grande justesse émotionnelle. Chaque symbole, chaque silence, chaque regard contribue à l’immersion. Cette histoire est prévue en deux parties (diptyque), et ce premier tome nous laisse dans une attente excitante tant l’univers est riche et mystérieux. On referme l’album à regret, avec encore de nombreuses questions en tête et une seule envie : découvrir la suite de ce voyage poétique et poignant. Je ne peux que confirmer ce qu’indique le bandeau de l’album et le commentaire de Mathieu Bablet : « L’album le plus important de 2026, Jade Khoo est déjà un grand nom de la BD ». C’est exactement ce que j’ai ressenti. Et au passage, c’est aussi une entrée remarquable pour la toute nouvelle maison d’édition Morgen, qui frappe très fort avec cette 2ème sortie. Avec son prix de lancement à 27,90 € avant de passer à 32,90 € après le 29 avril 2026, c’est clairement le moment idéal pour se procurer ce véritable coup de cœur.

04/02/2026 (modifier)