Les derniers avis (39913 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Coming In
Coming In

Ahlala ... Magnifique ! Comme souvent avec Carole Maurel d'ailleurs, dont j'adore toujours autant le dessin et l'utilisation des couleurs. Je ne pense pas que c'est la plus grande artiste vivante, mais indéniablement c'est une de celle que je suis le plus assidument pour ses productions. Elle a un coup de crayon que j'adore, une manière qui semble toujours d'une douceur infinie de croquer les visages, et puis cette colorisation ! Des couleurs chaudes, les jeux de contrastes entre les planches, dans les planches ! C'est toujours un régal visuel, je ne m'en lasse pas. Ici, la dessinatrice s'est adjoint le concours de Elodie Font, que j'avoue ne pas connaitre, et qui réussie à merveille à retranscrire son parcours de femme aimant les femmes, dans une société qui ne favorise pas ce genre de relations. J'ai déjà lu pas mal de textes sur l'homosexualité, la découverte de celle-ci par les concernés, les échecs, les tensions, les luttes ... Mais c'est toujours aussi agréable de lire un récit qui donne envie de croire que demain sera meilleur. J'irais même plus loin : en tant qu'hétéro, ce récit m'a ému jusqu'à mouiller mes yeux et donne furieusement envie de revivre une jeunesse amoureuse ! C'est dire le travail accompli sur la narration ! La BD est excellente, je dois le dire. Tout concours à faire ressortir les états d'âme de Elodie, à faire comprendre la difficulté qu'elle a eu à se vivre comme lesbienne, mais aussi à découvrir sa propre homophobie et son rapport avec les LGBT, la violence que fut le mariage pour tous et les échecs qu'elle vécue en tant que personne amoureuse ... Comme tant d'autres, hétéro ou non. La BD ne présente pas un parcours atypique, elle présente un parcours ordinaire d'une femme. Une femme qui a du apprendre à sortir de la norme insidieusement imposée. Que ce soit à lire comme une œuvre féministe, LGBT, pro-liberté, dans tout les cas c'est un récit incroyablement inspirant. Et qui donne un peu foi en l'avenir, même si tout ne semble pas devenir plus rose ... Un rose dont nous aurions bien besoin pourtant ! A titre personnel, j'ai été intéressé par les mouvements LGBT avec la lecture du Le Bleu est une couleur chaude, mais c'est vraiment avec le mariage pour tous que j'ai découvert avec horreur et effroi ce qu'on pouvait penser de personnes qui s'aiment. La BD en parle d'ailleurs et je suis d'accord sur l'impact que ces manifestations colossales ont pu avoir, autant en libérant une parole homophobe qu'en soudant un peu plus tout ceux qui se sentaient en désaccord profond avec ce discours rétrograde. Et la BD m'a fait ressentir ce passage là, ce souffle de renouveau. Espérons qu'il dure éternellement !

30/07/2024 (modifier)
Par ethanos
Note: 4/5
Couverture de la série La Vengeance du Comte Skarbek
La Vengeance du Comte Skarbek

Les avis étant déjà extrêmement nombreux, je ne vais donc pas en rajouter trop. Allons à l'essentiel, pour celles et ceux qui hésitent à faire l'acquisition de ces deux volumes (ou de l'intégrale en un seul volume, de plus grande taille, avec par contre, une couverture moins réussie selon moi), je vous recommanderais d'y aller les yeux fermés, tant je ne pense pas possible que l'on puisse regretter une telle acquisition. L'histoire en elle-même est d'une facture assez classique, si ce n'est peut-être l'époque à laquelle les évènements se déroulent, mais c'est vraiment le travail de Rosinski au dessin qui fait, selon moi, que cette BD est si particulière, et se distingue dès le départ en vous emportant dans ce Paris du XIXème. Je me dois de préciser que je ne suis pas spécialement fan de Thorgal (si, si, ça existe des gens comme moi ! ), mais j'adore par contre le travail de Rosinski, dans ses autres oeuvres, on pense au 'Chninkel' bien sûr, à 'Western' aussi, et donc à 'Skarbek' ici, toutes dans des styles finalement assez différents (je n'ai jamais lu Buddy Longway). Ici, le dessin, avec des petites touches impressionnistes, est vraiment particulièrement réussi, et donne à cette histoire une atmosphère très particulière, qui est pour beaucoup dans le plaisir que l'on prend à la lire. Les clins d'oeil entre personnages réels, romans ayant également été écrits à l'époque, la réalité de l'époque, et l'histoire qui nous est comptée sont aussi plutôt bien vus, et renforcent la crédibilité de l'ensemble. Seul petit bémol selon moi, la fin en tiroirs, un peu alambiquée, où, à force de prendre plaisir à jouer avec le lecteur, à le dérouter ou à le surprendre, etc, on finit, me semble-t-il par perdre un peu en crédibilité, ou en efficacité. Bref, je n'en dis pas plus pour ne pas divulgâcher, comme on dit. Je mets donc 4,5/5 au premier tome, qui a, de très loin, ma préférence, et 3,5 pour la suite un peu moins maîtrisée, soit un solide 4/5 pour l'ensemble. Mais, oui, clairement, une vraie belle BD, n'hésitez pas !

30/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Araucaria - Carnets du Chili
Araucaria - Carnets du Chili

Ces chiens sont si souvent battus qu'ils sont très soumis, sans aucune agressivité envers les humains. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, le récit d'un voyage de l'auteur au Chili. Sa première publication date de 2004 dans la collection Mimolette, et il a été réédité en 2017 dans une version augmentée et modifiée. Cette bande dessinée est l’œuvre d'Edmond Baudoin, pour le scénario et les dessins. Elle est en noir & blanc et compte soixante-deux pages. En octobre 2003, Edmond Baudoin a été invité au Chili par la bibliothèque de l'institut culturel franco-chilien, à Santiago. le 12/10/2003 dans l'avion. Il aime regarder les écrans avec les cartes, il rêve. Une escale à Buenos Aires. La ville de Breccia, José Muñoz, Carlos Sampayo, Jorge Zentner… Borges… Julio Cortázar… 11.887 mètres plus bas, une hacienda aux environs de Córdoba. Il est possible que les paysans qui travaillent pour le propriétaire n'auront jamais assez d'argent pour s'en acheter une. La cordillère des Andes, un mur. L'Aconcagua, il a une boule dans la gorge. Puis très vite le Pacifique devant, la cordillère derrière, dessous, Santiago. le lendemain de son arrivée, le 13/10. Il rencontre une première fois les étudiants des beaux-arts de l'université catholique de Santiago. le soir, seul enfin. Dans un restaurant. Octobre, c'est le printemps au Chili… Il est au Chili. Il observe les clients, la rue, les serveurs. Certains étaient pour Pinochet, d'autres luttaient contre. 14/10. le cours de dessin. Il demande s'il est possible d'avoir un modèle vivant... C'est un problème la nudité (en 2003) dans cette université catholique. Difficile dans une classe. Les professeurs décident que ce sera dans la chapelle, un lieu moins passant… Les étudiants rient et sont ravis. La chapelle est bondée. Comme dans ses cours au Québec, il demande aux étudiants de prendre la pose du modèle 5 minutes avant de commencer à dessiner. Il veut qu'ils expérimentent dans leur corps les tensions qu'inflige une pose. Qu'ils lui dessinent l'extérieur et l'intérieur. Ils sont très forts, c'est du bonheur de travailler avec eux. le 14 octobre c'est l'anniversaire de son frère Piero. le modèle s'appelleValéria. Elle est belle avec un corps de baleine. Il l'imagine être née dans les îles du Pacifique. Il pense à Gauguin. Plus tard, il sera invité par Valéria et Rip (son ami, un musicien américain) et il apprendra qu'elle n'est pas du tout des îles sous le vent, mais simplement née à Santiago comme beaucoup de monde ici. 15 octobre 2003. Il attend le taxi qui doit l'emmener à l'université. À partir de six heures du matin, la ville est sillonnée par des milliers de bus jaunes qui font la course dans les rues. Les chauffeurs sont payés en fonction des ventes, un peu comme les taxis. Plus ils font de trajets, plus ils gagnent de fric. Et Edmond sait que le hurlement de ces machines va le réveiller tous les matins, en se rappelant que le syndicat des transporteurs a largement contribué à renverser Allende. En trois jours, il a rencontré beaucoup de beaux êtres humains. Sous une couverture un peu cryptique qui trouve son explication dans le récit, le lecteur se retrouve à voyager avec l'auteur au Chili en 2003, la majeure partie de son séjour s'effectuant à Santiago. Comme à son habitude, il raconte au gré de sa fantaisie, dans une narration qui peut donner une impression décousue, ne répondant qu'à l'inspiration du moment. Pour autant, l'auteur respecte un déroulement chronologique du douze octobre 2003 au dix décembre de la même année. Il donne des cours de dessins à l'université, il voyage dans le pays, il observe les gens dans la rue, il en rencontre des hôtes, que ce soit à l'occasion de nuits passées, ou d'une soirée. Il effectue des remarques sur ce qu'il lui est donné de voir, exprimant ainsi sa propre sensibilité. Sur le plan pictural, Edmond Baudoin se montre incontrôlable comme à son habitude : hors de question pour lui de s'en tenir à des cases bien alignées dans des bandes, ou de tracer des bordures de cases à la règle, ou même de s'en tenir à de la bande dessinée. Il peut aussi bien réaliser une ou deux pages muettes avec des cases pour raconter, pour montrer ce qu'il a observé, que reproduire un texte écrit par lui, pour une revue littéraire (sous forme de texte tapé à la machine à écrire, avec des corrections au crayon), en passant par des paragraphes de texte accompagnés d'une ou deux illustrations (à moins que ce ne soit l'inverse), et même un ou deux collages de tickets de bus, sans oublier quelques courtes remarques écrites à la verticale sur le bord d'une image. Le lecteur abandonne donc les a priori de son horizon d'attente, si ce n'est celui de faire l'expérience du Chili par les yeux et la sensibilité d'Edmond Baudoin. Les modalités d'expression de l'auteur ne correspondent pas à de l'excentricité pour faire original, mais bien à la personnalité de l'auteur. Ce constat s'opère dès la première page : d'abord deux phrases écrites en lettres capitales disposées en lieu et place d'une première bande de cases, puis une mince frise géométrique irrégulière pour séparer la bande suivante qui est constituée d'un dessin et d'un texte, puis une autre séparation suivie par une carte sommaire avec une phrase de commentaire, une vue du dessus simpliste de la Cordillère des Andes avec une phrase de commentaire, et une vue du dessus de parcelles de champ avec un autre commentaire. À ce stade, le lecteur pourrait croire qu'Edmond Baudoin raconte son séjour comme les idées lui passent par la tête. Les pages suivantes lui permettent de mieux saisir la démarche : un déroulement chronologique solide, des remarques en passant générées par le lieu, par une sensation du moment, ou un souvenir, un échange avec une personne. Fort logiquement, l'artiste adapte son mode de dessin à la nature de ce qu'il raconte, de ce dont il se souvient. D'une certaine manière, les cases réalisées au pinceau peuvent s'apparenter au mode narratif principal, ou plutôt aux séquences qui s'enchaînent pour former la colonne vertébrale de l'ouvrage. Pour les réflexions au fil de l'eau, elles sont dessinées en fonction de leur nature, des bourgeons ou des fleurs se déployant à partir du tronc du récit. Lors de la première séance de pose, l'artiste intègre ses propres dessins de la modèle, au pinceau. Lorsqu'il se promène dans la rue, il opte pour des esquisses à l'encre, avec une écriture manuscrite cursive comme s'il s'agissait de notes prises sur le vif. Une fois qu'il s'est adapté à cette forme narrative, le lecteur trouve du sens à la structure du récit, et il peut apprécier chaque considération passant au premier plan, le temps d'une case ou d'une page. Il se rend compte que, prise une par une, chaque séquence relève de l'anecdote qui donne lieu à des réflexions de l'auteur, dans une direction historique, ou sociale, ou politique, ou morale, ou existentielle, etc. Ainsi, au fil des pages, il peut donner l'impression de sauter du coq à l'âne, car il aborde aussi bien la pauvreté des paysans et le capitalisme, des leçons de dessin et de nu, le sort de Salvador Allende, le sort des Mapuches, la torture et la guerre, le sort des chiens errants de Santiago, l'art mural de la ville, le port de lunettes de soleil, la dictature d'Augusto Pinochet, l'arbre Araucaria, l'irréalité de se retrouver au Chili, la répression, la douceur des gens qui ressemble à de la soumission, le souvenir de son ami Joël Biddle, sa rencontre avec Pablo Neruda à l'ambassade du Chili en France, etc. Chaque séquence semble un petit souvenir, raconté avec simplicité, et dans le même temps raconté avec la personnalité de Baudoin. L'effet cumulatif de ces séquences aboutit à une lecture très dense, abordant de nombreux thèmes. Au bout d'un certain temps, le lecteur n'est plus très sûr de ce qu'il est en train de lire : des souvenirs de voyage, une vision culturelle du monde ? En effet, il se produit également un effet cumulatif des écrivains et des artistes cités : Gilles Deleuze, Alberto Breccia, José Muñoz, Carlos Sampayo, Jorge Zentner, José Luis Borges, Julio Cortázar, Gauguin, Frida Kahlo. Il ne s'agit pas pour l'auteur d'en mettre plein la vue au lecteur, ou de légitimer son œuvre sur le plan littéraire. Là encore, cet ingrédient fait partie de la personnalité de l'auteur : il l'intègre parce que sa perception de ce qui l'entoure en est indissociable. Chaque séquence prise une par une s'apparente à un regard différent sur une facette du Chili. L'ensemble de ces séquences brosse un portrait complexe du pays, tel que Baudoin en a fait l'expérience, cette année-là, pour l'individu qu'il est, dans le contexte qui l'a amené à y séjourner. le lecteur repense alors à la couverture et au titre. Cette femme nue est celle qui sert de modèle pendant les cours de dessins, et les individus autour d'elle sont les élèves qui prennent la même pose qu'elle pour ressentir les tensions musculaires qui en découlent. le lecteur peut également le comprendre comme Baudoin se rendant au Chili et vivant comme un habitant pour prendre conscience des caractéristiques systémiques de cette société. Au cours d'une des remarques poussant à partir de la narration, l'auteur développe les caractéristiques de l'araucaria du Chili, une espèce de conifères, et le lecteur est tenté d'y voir une métaphore des chiliens, ou peut-être des Mapuches. L’œuvre d'Edmond Baudoin est indissociable de sa vie. Il voyage au Chili du fait de sa condition d'artiste et de professeur de dessin. Il raconte ce séjour en tant qu'artiste, relatant ses rencontres et les paysages, ainsi que les réactions qu'ils suscitent en lui, adaptant son mode narratif et graphique à chaque passage, pouvant expliciter une expérience passée dans la mesure où elle donne du sens à ce qu'il observe. Un carnet de voyage incroyable témoignant du pays visité, des individus rencontrés, avec cette vision subjective qui est celle de l'auteur.

30/07/2024 (modifier)
Couverture de la série KidZ
KidZ

Mon ressenti tend vers le 3,5 mais j’arrondis de bon cœur au supérieur. Je trouve cette série de très bonne facture, elle s’adresse certes aux plus jeunes mais je n’ai pas boudé mon plaisir. Aurélien Ducoudray, que j’apprécie beaucoup, crée une sorte de pont entre Walking Dead et Seuls. Nous suivrons ainsi une bande d’adolescents face à une apocalypse zombies. De part l’âge de nos protagonistes, le récit est plutôt bon enfant (à la Goonies) mais possède quelques touches de noirceurs bienvenues. En tout cas, le récit est dynamique, rythmé et rempli haut la main son contrat détente. Un premier tome un peu gentillet mais qui place bien l’ambiance et les acteurs ; un deuxième très bon qui surprendra positivement et qui peut déjà servir de conclusion ; et enfin un dernier tome, toujours aussi sympa, qui se démarque en proposant un autre environnement et qui boucle la boucle. Les thématiques de l’histoire sont sympas mais le plaisir de lecture vient tout autant de la partie graphique. Jocelyn Joret, que j’avais déjà croisé sur l’excellent Nées Rebelles, fournit un superbe boulot : trait, couleurs, planches … il y a vraiment une belle énergie. En plus, les albums proposent une belle pagination pour en profiter davantage, mention également pour les bonus de fin (jeux, couvertures pastiches, recherches …) toujours agréables. Bref une trilogie rondement menée, loin d’être indispensable mais bien plaisante niveau péripéties. Un cocktail un peu atypique mélangeant action, humour et qui ne se perd pas en cours de route. Il y a du soin apporté à l’ouvrage.

30/07/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série L'Atelier Mastodonte
L'Atelier Mastodonte

Comme Bamikélé, je m'étonne du peu d'avis autour de cette série qui est pour moi un classique. Sur une idée de Lewis Trondheim, cette série nous immerge dans le quotidien déjanté d’un atelier de bande dessinée fictif (après vérification et d'accord avec Ro, c'est bien dommage), et peuplé de pointures comme Pedrosa, Bianco, Nob, et bien d’autres. Sur le principe de cadavre exquis, on suit les tribulations de cette communauté en huis clos. Les gags, publiés initialement dans le Journal de Spirou, sont rassemblés dans des albums au format paysage (je découvre qu'on l'appelle "italien") assez étonnant. On obtient une succession de strips hilarants et souvent absurdes, mais sans tomber dans le lourd (enfin c'est subjectif et je dois avouer que j'ai trouvé l'humour scato de Tebo un peu borderline, même si j'aime l'humour de répétition qui s'en suit). Ca chambre gentiment et avec esprit en appuyant sur la caricature des auteurs (Trondheim en contremaitre stakhanoviste, Neel et sa marionnette, Pedrosa le syndicaliste, Bianco et la peur de Maître Trondheim etc.). Cette dynamique de “réponse du berger à la bergère” crée une véritable cohésion de groupe et une ambiance joyeusement chaotique. Cela permet également d’aborder des sujets plus sérieux avec légèreté, comme les défis du métier, les impératifs commerciaux et même des sujets plus douloureux comme les attentats à Charlie Hebdo. Chaque auteur apporte sa patte unique, allant du réalisme au cartoonesque, et les dessins passent des personnages humains aux animaux avec une fluidité surprenante. Les passages où les auteurs se lancent dans des délires collectifs, comme la création d’une émission de télé-réalité ou les séjours à Angoulême, sont particulièrement mémorables. Pour moi, il s'agit d'une série incontournable pour tous les amateurs de bande dessinée. C’est une lecture rafraîchissante et drôle, une bouffée d’air frais et de bonne humeur.

30/07/2024 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pizza Roadtrip
Pizza Roadtrip

Une petite série noire prenant pour cadre un environnement urbain et orienté road movie, ça vous tente ? Voici un chouette one shot au scénario bien plus malin qu'il n'y parait au premier abord... Quelque part ça m'a rappelé le cultissime film "Pas de problème" de Georges Lautner où Miou-Miou tente de planquer un cadavre arrivé par hasard chez elle en le promenant dans une voiture. Ici, le corps à faire disparaitre est également tout aussi gênant et les 3 potes vont devoir ruser entre vieilles combines et désorganisation totale pour éviter la taule... Ce qui est fortement attractif est tout d'abord le dessin atypique de Cha : un trait précis, des trognes sans nez et une mise en scène hors pair. Afin d'étoffer le récit, quelques flashbacks s'intercalent en couleur alors que les situations présentes sont en noir et blanc avec quelques touches subtiles d'orange sur certains objets comme le véhicule. C'est à la fois malin et attrayant. Les dialogues sont également bien inspirés avec quelques touches d'humour noir et un rythme sans failles. La fin réserve son lot de révélations et quelques retournements de situation dont une fin à la fois ouverte et surtout ironique. Le seul problème de ce livre c'est qu'on souhaiterait bien un rab supplémentaire de cette pizza sanglante mais appétissante !

29/07/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer

J’ai trouvé que cette BD est à la fois captivante et dérangeante. Elle mélange habilement autobiographie et enquête journalistique. Backderf, qui a fréquenté Jeffrey Dahmer au lycée, nous livre un récit introspectif sur les dernières années de Dahmer avant qu’il ne sombre dans la folie meurtrière. En utilisant ses souvenirs personnels et les témoignages recueillis ultérieurement, Backderf reconstitue minutieusement la descente aux enfers de Dahmer, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Le scénario de cette BD est remarquablement bien construit. Backderf parvient à montrer la dégradation progressive du comportement de Dahmer à travers des détails subtils que personne n’a su ou voulu interpréter à l’époque. Il met en lumière les signaux d’alarme ignorés et la lente transformation de Dahmer en monstre. Les dessins de Backderf sont très particuliers, avec un style presque caricatural dans une veine de comics underground américains. Les personnages semblent parfois raides, ce qui ajoute une couche de malaise à l’histoire. Les plans en contre-plongée et les regards perturbants de Dahmer sont particulièrement efficaces pour créer une atmosphère de tension. L’absence de sensationnalisme est l’une des grandes forces de cette BD. Backderf ne cherche ni à excuser ni à condamner son ancien camarade de classe. Il présente les faits de manière brute, laissant le lecteur tirer ses propres conclusions. Cette approche objective rend le récit encore plus puissant de mon point de vue. Malgré la qualité indéniable de l’histoire et de la recherche documentaire, on peut trouver que le style graphique de Backderf met un peu de distance avec les personnages, ce qui rend l’attachement plus difficile. C’est aussi peut être juste un point de vue français peu habitué à ce style graphique. Au final, je trouve que cette BD offre une perspective intéressante sur les la complexité de la nature humaine et les effets de l’indifférence sociale.

29/07/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Ulysse & Cyrano
Ulysse & Cyrano

Note réelle 3,5 arrondie à 4 pour l’effort sur l'édition et la qualité graphique Antoine Cristau et Xavier Dorison nous offrent une histoire "feel good" où la passion pour la cuisine devient une aventure initiatique. Le jeune Ulysse, submergé par les attentes de sa famille, rencontre Cyrano, un chef cuisinier au passé tumultueux, et ensemble, ils explorent les délices et les défis de la gastronomie. Mais le plaisir des sens passe aussi par la qualité de l’édition, comme Le Grand A, j’ai beaucoup apprécié la beauté de l’objet qui rend vraiment service à la qualité de l'illustration. Un format 24x32, sur un beau papier et une couverture en toile cirée, quelle classe ! Ca ne va pas dans le sens de la réduction de budget, mais très beau boulot de Casterman ici. Le dessin de Servain est tout simplement splendide, avec des couleurs qui créent une atmosphère chaleureuse et accueillante. Chaque page est un festin pour les yeux, où les plats prennent vie de manière presque palpable. Les expressions des personnages ajoutent une profondeur émotionnelle qui rend l’histoire encore plus touchante. Si l’ensemble de la BD est agréable à lire, les dernières pages … m’ont laissé sur ma faim. J’ai trouvé la fin trop convenue, on dirait un film feel good à l’américaine et j’avoue avoir été déçu de ne pas vivre quelque chose de moins convenu… Malgré cette conclusion un peu creuse, j’ai passé un très bon moment de lecture. Je dois avouer que je suis très bon public dès qu’on parle de bonne bouffe et on en parle bien ici.

29/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Le Mort amoureux
Le Mort amoureux

J'ai lu cette histoire dans la réédition "L'amour et la mort" sortie en 2023, qui, en passant, a une bien plus belle couverture que l'édition de 2013 et inclut un 5eme chapitre (un épilogue) d'environ 50 pages, concluant cette histoire en beauté. L'édition de 2013 ne contient que 4 chapitres. "L'amour et la mort" comprend également d'autres nouvelles ainsi qu'une préface de Stéphane du Mesnildot et une superbe analyse en fin d'ouvrage par Morolian, qui vaut vraiment la peine d'être lue. En bonus, on trouve une très courte nouvelle de quatre pages intitulée "Le souvenir de l'étron plus vrai que nature". Le titre en dit long et ce fut une belle surprise de terminer sur une petite touche d'humour. Donc, concernant cette première histoire : (pour respecter la fiche, d'autant plus que c'est la meilleure et la plus longue de toutes, mais les autres valent franchement le détour aussi). Le nom de l'auteur était pourtant écrit en gros sur la couverture, mais je n'y avais pas fait attention, tellement obnubilé par cette couverture très étrange, ce qui m'a poussé à une lecture instantanée. Il n'a fallu que quelques pages pour que je reconnaisse le style de Junji Ito ! Je m'étais juré de ne plus lire ses mangas tant ils me laissent des images désagréables gravées dans l'esprit. Paradoxalement, j'adore ses histoires ! Enfin bon, une fois commencé, je ne pouvais plus faire marche arrière. Dès le début, on est plongé dans une atmosphère inquiétante. L'histoire est originale : toutes les histoires de Junji Ito le sont ! C'est un génie dans le genre horreur/angoisse. Difficile de prévoir la suite de l'intrigue, même si les structures peuvent parfois se ressembler, il parvient toujours à nous surprendre. Le dessin est incroyable. Son trait inquiétant nous trouble, et même si certains ne ressentiront pas "l'horreur" en lisant ce manga, ils ne pourront pas rester indifférents aux personnages horrifiques, aux scènes angoissantes et à cette atmosphère brumeuse si bien retranscrite. Je suis tellement content d'avoir lu cette édition qui contient l'épilogue, car je trouve que ses histoires finissent souvent de manière brutale sur la forme, me laissant toujours avec une petite frustration de "raaaa mais on veut un peu plus d'explications !" Et c'est ce que j'aurais ressenti si je n'avais lu que les 4 chapitres de cette édition de 2013 . Ce 5eme chapitre m'a donc pleinement satisfait.

29/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Mécanique des Vides
La Mécanique des Vides

Des années qu'il traque cette espèce si précieuse : l'évidence sauvage. - Ce tome contient un récit complet, indépendant de tout autre. Sa première publication date de 2022. Il a été réalisé par Zéphir, pour le scénario, les dessins, les couleurs. Cet artiste avait déjà collaboré avec Maximilien le Roy pour L'esprit rouge (2016). Dans une interview, il a indiqué que la genèse de cet album se trouve dans un voyage de plus de deux ans au Brésil, dans une citation de Bouvier sur les mots sentinelles Indicible & Ineffable, dans des instants où plus rien ne fait sens, où il avait l'impression que le monde entier se faisait sans lui. Une forêt pleine de nuit. La femme salue une dernière fois celle qui l'a vue grandir. Cette jungle, elle y est née quand les routes étaient encore sentier. Elle a vu de jeunes pousses devenir troncs et s'effondrer des arbres au moins trois fois centenaires. Elle a grandi avec ces histoires d'esprits qui changent de forme au gré de leurs envies. Quand elle ne s'y promenait pas, elle dévorait des livres qui racontaient ces lieux. Les mots la nourrissaient, rongeaient ses pensées parasites. Elle passait de longues heures, solitaire et heureuse, à déclamer des phrases à ce qui poussait là. Sa voix si pleine de vie ensemençait les sols. D'étranges fleurs naissaient quand elle lisait tout haut. de ces plantes enfantées par des mots, elle récoltait les graines. Les gardait avec soin dans un grand sac en toile. Et un jour – elle a fini par voir. le village devenu ville ne se trouvait plus dans la jungle ; c'était lui qui doucement se mettait à la contenir. Quelque chose se brisa en elle, quand gueulèrent les machines. Quand débuta la Grande Aspiration. Ainsi la salue-t-elle, celle qui l'a vue grandir. Elle cède à cette voix qui la creuse depuis des mois. Elle va semer du sens là où ses pieds la mènent. Elle ira au hasard faire pousser des récits. Au centre d'une caverne souterraine, une sphère d'un bleu spectral irradie doucement, reliée par un cordon vertical à un point inconnu. Ce cordon spectral serpente au travers des tunnels, des crevasses, et des boyaux, jusqu'à un homme endormi, couché à même la terre nue. de son nom, il ne sait rien. de son âge non plus. Il a depuis longtemps cessé de chercher un sens aux faits qu'il s'apprête à décrire. Il a été mis au monde par les entrailles d'une terre folle. Il est arrivé en ces lieux déjà adulte. Il n'a pas le souvenir d'avoir vécu avant ça. Tout commence par une phrase : C'est ici que tout s'achève. C'est avec ces quelques mots vissés dans le crâne qu'il a pour la première fois ouvert les yeux. C'est d'abord l'odeur forte qui le frappe quand il prend conscience. le sol vibre contre lui, il est humide et chaud. Ses yeux doucement s'habituent à la pénombre. Une migraine lui vrille les tempes. Il ne comprend pas ce qu'il voit. Il ne pense à rien, une sorte d'instinct le pousse à s'enfoncer dans l'étroit tunnel. L'homme s'est relevé et il suit le cordon spectral pour en déterminer l'origine. Toujours sous terre, il parvient dans une caverne haute de plafond, avec quelques champignons sphériques de ci de là. Il voit le cordon bleuté s'enfoncer dans une paroi. Il tire fortement dessus pour l'en arracher. le cordon finit par venir et l'extrémité par sortir du mur. Celle-ci à la forme d'un visage à l'identique de celui de l'homme. Bientôt, le visage se transforme en tête de serpent et celui-ci s'éloigne d'un bond de l'homme. Une couverture aussi énigmatique qu'onirique : une longue pirogue sans balancier vogue dans les cieux avec à son bord trois silhouettes dont une petite, et une grosse masse nuageuse en toile de fond. Effectivement, le lecteur va pouvoir suivre le voyage de trois individus à bord d'une longue barque volant dans les cieux : une femme Irma, une enfant Ocarina, un homme qu'elles vont appeler Scrib. Effectivement la première séquence permet de découvrir cet homme couché à même le sol, revenant à lui, et marchant pour déterminer l'origine d'un cordon bleuté. Ce cordon finit par prendre la forme d'un serpent, et ce dernier se pose sur le sol, se mord la queue, formant un cercle. le lecteur comprend qu'il ne doit pas prendre ce qui est montré au premier degré. Les symboles sont apparents : le serpent qui se mord la queue évoque un symbole aux significations multiples en fonction des civilisations. Un symbole de rajeunissement et de résurrection, un symbole d'autodestruction et d'anéantissement, mais aussi un cycle d'évolution refermé sur lui-même, une forme circulaire s'opposant à une évolution linéaire, une forme qui se ferme sur elle-même, s'enferme dans son propre cycle. L'homme finit par sortir de cette caverne, après avoir été libéré de ce cordon, peut-être ombilical, spectral. Il découvre qu'il ne sait pas comment il s'appelle, il finit par rencontrer une jeune demoiselle et sa mère, Ocarina & Irma, en page 50. C'est un récit qui prend son temps, ou plutôt il apparaît que l'auteur a pu négocier sa pagination de manière à raconter son histoire à son rythme. L'homme que les deux femmes vont appeler Scrib commence par marcher, puis la pirogue avance tranquillement et sûrement, dans un monde où il n'y a plus de mode de déplacement supersonique ou même motorisé. le voyage prend du temps, et le bédéiste en rend compte en prenant des pages. Quelques séquences sont muettes : la narration se fait sans mot. Les dessins présentent une apparence un peu esquissée, éloignée d'un rendu photographique, avec des traits de contour qui peuvent sembler parfois un peu frustes, pas jointifs, avec des angles, sans lissage pour de plus jolis arrondis. La densité d'informations visuelles varie en fonction des séquences, parfois d'une case à l'autre. le lecteur peut aussi bien se retrouver face à l'enchevêtrement des végétaux de la jungle avec des animaux, qu'au buste d'un personnage en train de parler sur un fond vide. Pour autant, il est réellement transporté dans chaque lieu : les cavernes souterraines, la montagne de déchets industriels, la jungle, le ciel, le volcan, le désert, la forêt, le monde aquatique du fleuve. Le voyage se déroule, d'abord à pied, puis en pirogue volante. le lecteur regarde Scrib escalader la montagne de carcasses de voiture. Il voit bien que dans sa nudité, il ne porte pas de chaussures qui éviteraient les coupures : il s'agit donc d'une représentation qui n'est pas premier degré, une forme de métaphore visuelle, de l'individu qui surmonte l'écran des possessions matérielles frappées d'obsolescence pour voir plus loin que la profusion d'objets mis à sa disposition. Par la suite, l'artiste réalise de magnifiques séquences de voyage dans le ciel, la pirogue filant doucement et sans bruit, accostant même un nuage où ses passagers vont se dégourdir les jambes, faire un peu d'escalade. L'onirisme fonctionne parfaitement : comme les personnages, le lecteur éprouve la sensation d'avoir laissé derrière lui tout le poids de la matérialité, tous ces objets, accessoires, ustensiles, biens matériels qui encombrent et alourdissent son quotidien, qui font écran avec le monde naturel. À partir de la page trente-huit et dix pages durant, le lecteur se retrouve aux côtés d'autres voyageurs : des esprits naturels, deux consciences distinctes capables de prendre une existence corporelle, mais aussi de passer d'une forme à une autre, d'un élément à un autre. Les couleurs changent alors, se situant plutôt dans le bleu et le gris pour un autre type de voyage, plus à l'intérieur de la flore, en discutant avec les esprits du monde végétal. Là aussi, le rythme est celui de la nature, parfois rapide comme le courant d'un fleuve, parfois lent comme celui de la nage du poisson au fond de l'eau. Au gré de ces voyages, les personnages échangent sur des sujets divers, ou Scrib se retrouve à réfléchir, et le lecteur à suivre le cours de ses pensées. L'introduction écrite donne le thème principal : celui de la destruction des milieux naturels par l'homme, en particulier la dévoration de la jungle par les bulldozers et les pelles mécaniques. Les esprits de la jungle souhaitent coucher par écrit les merveilles de la nature, pour pouvoir les communiquer aux êtres humains, leur faire prendre conscience de ce qu'ils détruisent irrémédiablement. le lecteur découvre par les yeux de ces esprits de la nature la richesse biologique d'un milieu aquatique, la complexité d'un écosystème, sans que ne soient mentionnés de noms de plantes ou d'espèces animales. Avec eux, il plonge aussi bien dans le lit d'une rivière, qu'il vole au-dessus de la canopée. le passage le plus surprenant intervient sans nul doute en pages 122 & 123, quand un esprit choisit une forme qu'on ne voit pas : c'est par ses odeurs qu'il aime connaître la jungle. La narration visuelle passe alors dans le domaine de l'art abstrait, le dessin chaque case évoquant une sensation sans aucun élément figuratif. Le voyage de Scrib s'avère tout aussi ambitieux. Sa dernière étape repose également sur des dessins abstraits de la page 183 à la page 200, à raison de deux cases par page, de la largeur de la page. Avec le symbole du serpent évoquant le jardin d'Éden, puis l'Ouroboros, l'esprit du lecteur est attentif à tout élément qui pourrait s'apparenter à un symbole, et revêtir un sens conceptuel. Lorsque Scrib se fait la réflexion qu'il regarde le monde et qu'il sait le nom des choses, le lecteur se dit qu'il y a là une réflexion sur la force du langage, sur le principe de nommer les choses. Quelques dizaines de pages plus loin, Scrib écrit des lettres sur un morceau de papier et voilà qu'elles s'animent et sortent de la page, s'élancent hors du carnet pour disparaître sous les montagnes de détritus. Irma décide que l'objet de leur voyage en pirogue sera littéralement de suivre les mots écrits de Scrib qui s'enfuient et laissent une trace. Quelques pages plus loin, le lecteur sourit à une remarque d'Irma : Les mots, ça germe mieux avec de la salive. L'auteur s'amuse à montrer des graines qu'il faut planter, humecter avec de la salive : elles grandissent en quelques minutes et donnent un fruit qui s'avère être un texte écrit. En filigrane dans le récit, le lecteur relève les observations ayant trait aux fonctions du langage, oscillant entre défiance, et outil de déchiffrage de la réalité. D'un côté, le langage est vu comme un obstacle : il fige la réalité, il devient un intermédiaire entre elle et l'individu. Un personnage constate que les êtres humains voient le monde à travers tout un tas de mots, il paraît qu'ils ne peuvent plus regarder quoi que ce soit sans en avoir en tête. On dit même que si certains de leurs mots changent, c'est toute leur réalité qui se modifie du même coup. D'un autre côté, Ocarina finit par nommer l'homme tout nu qui s'est présenté devant sa mère et elle, parce que finalement les êtres humains ne peuvent pas parler du monde sans mots. Les esprits de la nature ont même le souci de trouver les mots justes pour décrire ce qu'ils voient, afin de le transmettre aux humains. Mais dans le même temps, Ocarina explique que les graines de plantes à mots s'adaptent à celui qui la plante, que leur fruit, le texte qui éclot dépende de celui à qui la graine est destinée : cette métaphore introduit ainsi la subjectivité de chaque texte découlant de la façon dont le lecteur le reçoit, dont il l'interprète au travers de sa culture, de son éducation, de son expérience de vie. L'auteur s'amuse aussi à mettre en scène de manière littérale soit des individus déformant les sens en ayant un usage vicié du langage, par exemple des monologueurs (des politiciens déversant leur idéologie industrialisée) ou des énarks (belle homophonie), mais aussi des expressions comme donner sa parole (Irma donnant littéralement sa parole à Scrib dans une belle représentation visuelle). du coup, la réflexion balance entre le principe de suivre son instinct et de ressentir son environnement, le monde, et le langage comme outil d'appréhension et de compréhension du monde. de la même manière, l'écriture a pour effet de figer le monde, mais aussi de témoigner de l'existant, de permettre un travail de mémoire. Finalement, ressentir et décrire ne s'opposent pas forcément, ils peuvent se compléter. Pour autant, l'auteur ne va pas jusqu'à s'aventurer à des considérations articulant les différentes fonctions du langage pour proposer une théorie qui réconcilierait ces caractéristiques paradoxales. Une belle couverture qui évoque un conte pour enfant avec une pirogue qui vogue dans les airs. Un récit qui commence par un enfantement, celui d'un homme sortant des entrailles de la Terre. Un monde qui évoque une civilisation industrielle s'étant effondrée, les esprits de la nature qui cherchent à communiquer avec les êtres humains pour leur survie. Une narration visuelle directe, facile à lire, sans chichis, qui sait se faire spectaculaire, qui montre les différents éléments, l'air (le vol des oiseaux), la terre (les cavernes souterraines), l'eau (le fleuve, l'océan), le feu (le volcan et la lave), qui fait voyager le lecteur. Un voyage onirique servant de matrice à une réflexion sur le langage oral et écrit, outil de compréhension, mais aussi intermédiaire s'interposant l'individu et la réalité. Tout au long de sa bande dessinée, Zéphir met en œuvre cette dualité des mots composant le langage, utilisant la narration visuelle pour en réconcilier les aspects contradictoires. Une œuvre extraordinaire.

29/07/2024 (modifier)