À réserver aux férus de l'univers partagé Marvel
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Il s'agit d'un récit complet en 6 épisodes, initialement parus en 2011, écrits par Joe Casey, dessinés et encrés par Nick Dragotta, mis en couleurs par Brad Simpson, avec des couvertures de Gabriele Dell'Otto.
C'est à la fois très simple et très compliqué. La version simple : deux nouveaux groupes composés de jeunes dotés de superpouvoirs souhaitent se tailler une place sous le soleil de l'univers partagé Marvel : la Teen Brigade et les Young Masters.
La version qui exige un peu plus d'attention : du côté des superhéros, la Teen Brigade est composée d'Ultimate Nullifier, Miss America (America Chavez), Angel (Angel Salvatore), Barnell Bohusk (Beak). Cette équipe bénéficie d'un informateur qui est Larry Young (Jack Truman, ex agent 18) un ex agent du SHIELD leur indiquant où aller récupérer des armes ou des prisonniers devant être neutralisés. C'est ainsi qu'ils libèrent une version adolescente de l'In-Betweener. Du mauvais côté de la loi, il y a les Young Masters (of Evil) composés d'Executionner (Danny Dubois), Egghead, Radioactive Kid, Black Knight et Mako. Premier objectif : s'approprier le cadavre de Bullseye. Mais il y a aussi cette histoire de projet de modification moléculaire sur des êtres humains, mené sous l'autorité du Red Skull (Crâne Rouge, Johann Schmidt) en 1944. Il y a aussi l'intervention d'un autre groupe de superhéros (les Defenders, même si ce nom n'est jamais prononcé), sous l'autorité de Kyle Richmond, comprenant Son of Satan (Daimon Hellstrom), She-Hulk (Jennifer Walters), Nighthawk (Joaquin Pennysworth) et Krang (un atlante). Enfin le parcours de quelques uns de ces personnages va croiser celui de 5 supercriminels majeurs de l'univers partagé Marvel.
Dans la courte postface (1 paragraphe), Tom Brennan (le responsable éditorial) explique que cette curieuse histoire trouve son origine dans un point de départ inhabituel. Gabriele Dell'Otto avait réalisé 6 peintures à l'effigie de Magneto, Bullseye, Doctor Octopus, Loki, Red Skull et Doctor Doom et que Brennan a demandé à Joe Casey une proposition d'histoire lui permettant d'utiliser ces six portraits comme couverture de chacun des épisodes.
Joe Casey est aussi bien connu pour ses comics pour Marvel et DC, que pour ses créations plus débridées : X-Men, Wildcats, Butcher Baker le redresseur de torts, SEX. Dès les premières séquences, il est visible qu'il a pris un grand plaisir avec les jouets Marvel, pour un récit regorgeant de références obscures, et d'une énergie qui n'appartient qu'à la jeunesse. Il est certain que la forme rebutera les lecteurs occasionnels de l'univers Marvel. D'un côté, Casey s'amuse comme un petit fou à retranscrire l'ébullition propre à la jeunesse, surtout dans l'action, le mouvement et l'instantanéité (il reprend même le dispositif des tweets entre personnage, avec pseudos, qu'il avait auparavant utilisé dans Final Crisis aftermath - Dance). D'entrée de jeu, il insuffle un rythme narratif très soutenu, avec une première page consacré à un personnage non identifié prenant un verre dans un bar, puis une double page dans une discothèque avec des tweets de personnages non identifiés, puis une page consacrée à un entretien sibyllin entre Red Skull et Adolph Hitler, et enfin une séquence (relativement) longue (4 pages d'affilée) relatant une intervention de Miss America. Autant dire que l'attention du lecteur est fortement sollicitée pour enregistrer les informations au fur et à mesure, sous une forme loin d'être prémâchée. Évidemment, la compréhension du récit s'améliore petit à petit, dans la mesure où le lecteur finit par discerner les personnages principaux et les retrouver d'une séquence à une autre.
En fonction du lecteur, cette forme de narration pourra le rebuter, ou au contraire il pourra le voir comme une transposition habile d'un quotidien dans lequel l'individu est sans cesse abreuvé de flux continus et denses d'informations. Deuxième caractéristique prononcée de la narration : les références très pointues à l'univers partagé Marvel. À l'évidence, ce dispositif destine cette histoire à des férus de cet univers. Il suffit de prendre comme exemple une conversation entre 3 personnages dans un bar dans l'épisode 4. Il s'agit de Kyle Richmond (premier Nighthawk du nom, membre fondateur du Squadron Supreme, et membre historique des Defenders), de Joaquin Pennysworth (cinquième individu à avoir endossé le costume de Nighthawk), et de Larry Truman, un agent du SHIELD apparu une seule fois dans l'épisode 60 de la série Cable en novembre 1998. Rien que l'identité de ces individus fait comprendre qu'il s'agit d'un récit pour connaisseurs. Alors qu'ils échangent quelques paroles, ils évoquent un technique tibétaine de permutation d'esprit (qui évoque un tour de passe-passe réalisé par Elektra dans Elektra: assassin), la transplantation d'esprit (épreuve subie par Kyle Richmond dans la série Defenders), la division ExTechOp du SHIELD (toujours dans Elektra: assassin), et une version encore plus obscure de Deathlok. Il est facile de comprendre que pour un lecteur occasionnel, ou même simplement régulier de comics Marvel, ces propos pleins de sous-entendus finissent par agacer, à ce point abscons qu'ils s'apparentent à un amphigouri.
Pour le lecteur chevronné de l'univers Marvel, il s'immerge dans un environnement d'une richesse inouïe, où l'auteur lui rappelle des souvenirs à moitié oubliés, des recoins rarement visités, des facettes laissées de côté. Chaque épisode regorge de ces éléments piochés à toutes les époques de l'histoire de Marvel, depuis l'époque des monstres avant l'avènement des superhéros (Tiboro - la Screaming Idol - contre laquelle se bat Miss America évoque les monstres créés par Steve Ditko et Jack Kirby) aux créations plus récentes (Lady Bullseye ou Kid Loki), en passant par des personnages perdus de vue (Kristoff Vernard). Attention, Joe Casey ne fait pas dans le superficiel, il va chercher des personnages ayant marqué différentes générations de lecteurs, de Beak & Angel (nouveaux personnages apparus dans les épisodes des New X-Men de Grant Morrison) à l'In-Betweener (personnage créé par Jim Starlin et apparu pour la première fois dans la série mythique consacrée à Adam Warlock). Plus fort encore, il est aussi bien capable de retrouver le ton juste pour l'apparition de Lady Bullseye (telle que mise en scène par Ed Brubaker dans ses épisodes de Daredevil), que la dimension métaphysique d'In-Betweener, ou encore le caractère franchement inquiétant du Fils de Satan. C'est du grand art.
Pour mettre en images ces aventures référentielles, Joe Casey peut se reposer sur Nick Dragotta (dessinateur de la série East of West de Jonathan Hickman), dans une veine réaliste simplifiée. Dragotta sait rendre compte de la vitalité et de l'énergie, mais aussi de la morgue et de l'assurance de tous ces jeunes, chacun avec un registre de langage corporel qui lui est propre. Ultimate Nullifier (un nom emprunté par dérision à une arme ultime employée par Reed Richards contre Galactus) se tient comme un chef né, dégageant à la fois charisme et autorité, Miss America se conduit comme une personne invulnérable n'éprouvant aucun doute sur le fait qu'elle peut triompher de toute épreuve physique. Dragotta en fait une jeune femme pleine d'assurance, très séduisante avec un large décolleté, impossible à réduire à un objet sexuel tellement elle pulvérise ses ennemis (en particulier sur le monde de Screaming Idol). Ainsi chaque personnage dispose de sa morphologie propre, de sa coupe de cheveux stylée ou pleine de gel. Black Knight est une frêle jeune femme, avec un goût des plus douteux en termes de chic vestimentaire.
Dragotta réussit un mélange improbable de premier degré et de dérision pour les conventions superhéroïques. En prenant Daimon Hellstrom comme exemple, il est à la fois inquiétant lorsque la moitié de son visage se recouvre de symboles cabalistiques sur fond d'espace infini, signifiant sans ambigüité sa connexion avec des dimensions inhospitalières. Il est à la fois ridicule avec son casque idiot (avec des cornes) et son costume moulant rouge pourvu d'une grande cape. À la fois Dragotta semble dire au lecteur qu'il ne faut pas prendre ces gugusses au sérieux, mais aussi il reste premier degré dans sa façon de dépeindre leurs exploits, le déploiement de leur force physique, etc. À la fois, il n'a pas la prétention de faire croire à une réalité plausible (le lecteur est bien face à des concepts merveilleux et fantastiques totalement imaginaires, à destination des enfants petits et grands), à la fois il présente des visions d'une grande cohérence entre elles formant un monde logique. Régulièrement Dragotta épate le lecteur par une mise en page inventive et pertinente à commencer par les lumières de la discothèque jusqu'à la représentation conceptuelle de l'In-Betweener et de la notion qu'il incarne, en passant par les couloirs monumentaux du QG d'Hitler ou la progression irrésistible de Tiboro.
Vengeance est une ode à la jeunesse prenant pied dans le monde des adultes et se faisant sa place avec la fougue qui lui est propre. C'est un récit étendant ses racines très loin dans l'histoire et la mythologie de l'univers partagé Marvel, au point d'en devenir un met raffiné pour le lecteur baignant dans ces références, et une histoire absconse et vaine pour le lecteur de passage. C'est un récit conceptuel sur l'entrée dans la vie active, racontée en respectant toutes les conventions les plus absurdes des récits de superhéros, une gageure aussi idiote que réussie, aussi absurde que signifiante, un véritable paradoxe. Joe Casey et Nick Dragotta parlent avec éloquence d'un âge de la vie, dans un langage compréhensible de quelques initiés.
Intemporel pour tous les âges
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Ce tome contient une histoire complète qui peut être lue indépendamment de toute continuité. Il regroupe les 3 épisodes de 48 pages parus en 1990. le scénario est de Dave Gibbons (le dessinateur de Watchmen), les dessins de Steve Rude (surtout connu pour son travail sur la série Nexus), l'encrage de Karl Kesel, et la mise en couleurs de Steve Oliff (l'équivalent de Dave Stewart pour ces années là).
La première page montre un enfant se recueillant sur la tombe de ses parents : Oliver Monks. Dans les rues malfamées de Gotham, Batman arrête une petite frappe ayant kidnappé une fillette. Ce dernier se suicide avec un papier imbibé du poison du Joker. Dans les rues resplendissantes de Metropolis, Superman arrête un dealer s'en prenant à un bus scolaire. le criminel est relâché quelques dizaines minutes plus tard grâce à un avocat rémunéré par Lex Luthor. Plus tard, Clark Kent et Bruce Wayne assistent à la cérémonie d'inauguration d'un nouvel orphelinat situé à Midway (une ville à mi-chemin de Metropolis et Gotham). le discours est effectué par Oliver Monks et Adam Fulbright, sous le patronage de Byron Wylie (récemment décédé et précédemment responsable d'un autre orphelinat dans Suicide Slums, le quartier pauvre de Metropolis). Dans les coulisses, Lex Luthor conclut une transaction immobilière ayant trait à cet orphelinat, avec Joker qui déclare vouloir prendre quelques jours de vacances à Metropolis. le temps est venu pour Kent et Wayne (et leurs alter egos) d'enquêter sur les agissements de leurs ennemis jurés.
Je me souviens que la première fois que j'avais lu cette histoire, je l'avais trouvé très quelconque. Mais les illustrations de Steve Rude exsudent un pouvoir de séduction irrésistible et je n'ai pas pu résister à l'envie compulsive d'une relecture. La première page est silencieuse (sans texte) et sympathique, mais classique. Suit une double page présentant Gotham vu de haut sous un soleil levant rasant. Puis arrive une séquence en 5 pages toujours muettes où Batman attrape le malfrat. le style est un étrange mélange de dessin animé pour enfant, avec des rues très dégagées dont les façades d'immeuble semblent factices (comme s'il n'y avait rien derrière la façade) avec bizarrement un seul étage (en plein centre de Gotham !). Mais une lecture attentive de chaque case montre que derrière ces apparences enfantines, Steve Rude insère des détails plus adultes : des rats qui passent, le batarang mordant la chair, des expressions de visages torturées, un Batman aussi agile que ténébreux. La séquence suivante emmène le lecteur à Metropolis où le constat est le même : un mélange de candeur enfantine et de détails adultes. Surtout ces 2 séquences muettes se lisent toutes seules.
Et en même temps, l'écriture de Dave Gibbons joue également sur ces 2 modes. D'un coté la dichotomie entre Batman et Superman est déclinée à toutes les sauces, d'une manière mécanique et artificielle. Il y a bien sûr la position de l'orphelinat à mi-chemin des 2 cités, l'opposition entre Gotham sombre et gothique et Metropolis claire et rayonnante, la folie du Joker et la froide rationalisation de Lex Luthor, un enfant venant d'un orphelinat de Gotham, un autre de celui de Metropolis, etc. Dave Gibbons matraque tant et plus les différences entre Gotham et Metropolis, tout en respectant scrupuleusement un temps d'exposition rigoureusement identique pour l'un et l'autre, au point d'en devenir fastidieux dans ce dispositif enfantin.
Il faut donc un peu de temps à un lecteur adulte pour pouvoir se laisser charmer par ce récit à la forme un peu enfantine. Et puis surviennent Luthor et le Joker pour leur première rencontre. Rude s'amuse à montrer Luthor sortant de sa limousine dans une contreplongée qui accentue son coté vain et ridicule. le joker est un pitre dégingandé, sautillant et sémillant. Les dialogues de Gibbons en font plus un bouffon qu'un fou dangereux. Sauf que la combinaison du texte et des illustrations fait naître des sous-entendus à destination des adultes sur l'intelligence du Joker (il a tout de suite deviné la cause du décès des parents de Luthor) et sur le jeu dangereux que mène Luthor (sa grimace exagérée en comprenant que Joker sait). À chaque séquence, le lecteur peut ainsi apprécier ce double niveau de lecture : une histoire bon enfant, et des sous-entendus sur des motivations peu reluisantes et des environnements moins riants qu'il n'y paraît.
Et puis il y a les illustrations de Steve Rude. Ce dernier indique dans la postface qu'il s'agit du projet sur lequel il a passé le plus de temps sur chaque page. Régulièrement le lecteur s'arrête sur une case ou une séquence pour en apprécier l'humour discret, ou la fusion improbable des genres. Quelques exemples seront plus parlants que de longs discours. Page 42, la quatrième case montre l'ombre du buste de Clark alors qu'il enlève ses lunettes dans un réduit à balais ; en 3 tâches noires Rude suscite l'anticipation impatiente liée au changement de costume. Sa façon de représenter Batman est tout aussi iconique et tout aussi économe, en particulier sa cagoule entièrement noir où seules se distinguent les 2 fentes blanches pour les yeux. Page 43 deuxième case, le Joker à bord d'un véhicule loufoque de taille démesurée roule sur les véhicules pris dans un embouteillage. À la fois il s'agit d'une vision digne des dessins animés pour enfant les plus loufoques (ambiance renforcée par une mise en couleurs pimpante) ; à la fois il est possible de croire en cette action délirante grâce aux conducteurs apeurés, au véhicule de police essayant de suivre en empruntant les trottoirs, aux différents modèles de véhicules représentés avec soin. 2 cases plus loin, Rude fait dépasser 2 jambes d'une dame en jupe couchée à terre ; il ne dessine pas de petite culotte (hors cadre), mais le sous-entendu est bien là. de même le lecteur adulte ne pourra pas se tromper sur le métier de 2 femmes étrangement accoutrées page 64 (le plus vieux métier du monde paraît-il) et il pourra apprécier une secrétaire ramassant un papier par terre (page 84).
À l'instar de Dave Gibbons, Rude ne se gargarise pas avec les apparitions des personnages secondaires, mais un lecteur attentif peut facilement déceler le fauteuil roulant de Barbara Gordon de temps à autre, ou encore Lucy Lane la sœur de Lois. Une fois détectés ces éléments graphiques à destination des connaisseurs des personnages, le lecteur peut se délecter de visuels dégageant une bonne humeur organique (personnages souriants, couleurs claires, éléments de décors évoquant une sorte d'âge d'or des années 1950, etc.) et comportant des détails sophistiqués. Rude dispose également d'une capacité surnaturelle à marier une approche réaliste, avec une légère exagération propre aux dessins pour enfants. Page 136, il représente Tweedledee et Tweedledum assommés ; leurs visages est à la fois celui de 2 messieurs un peu simplets dans leur quarantaine, et celui de 2 hommes de main idiots tels qu'on en croise dans les ouvrages pour la jeunesse. L'encrage de Karl Kesel respecte parfaitement les crayonnés de Steve Rude, en particulier sa maîtrise de l'épaisseur et de la forme des traits. Steve Oliff réalise une mise en couleurs d'apparence simple, mais avec une sensibilité en totale cohérence avec les ambiances développées dans l'histoire.
Dave Gibbons et Steve Rude ont réalisé une histoire pour tout public, de 7 à 77 ans. Pour chaque tranche d'âge, le lecteur pourra trouver un niveau de lecture qui le divertira, du premier degré d'émerveillement devant ces deux superhéros bons copains, à l'histoire pour rire disposant de visuels sophistiqués et intelligents. Par la suite Dave Gibbons a continué sa carrière de scénariste avec entre autres Batman versus Predator, tome 1 (1991/1992), et Steve Rude a travaillé pour Marvel, par exemple une histoire de Thor Godstorm.
Jeune architecte fraîchement sorti des bancs de l'école, l'auteur offre une vision franche de la réalité du métier dans une agence de prestige.
Il mêle avec honnêteté l'excitation de faire partie d'une équipe dans la frénésie d'un projet commun et les abus d'un monde où l'ego a tout pouvoir.
Il décrit avec une certaine intimité la puissance des rapports humains qui s'y créent, catalysés par la pression d'une charge de travail croissante dans un timing réduit, et la rudesse de changements de cap de dernière minute, imposés (parfois à raison) par des supérieurs intouchables.
Cet ouvrage n'a pas pour but de faire rêver l'Architecture, mais bien de relater l'expérience d'un jeune architecte, plongé dans un monde frénétique où on doit apprendre vite ou abandonner, renonçant à nos 5 à 6 années d'études, et où se rebeller peut avoir des conséquences sur son embauche dans la confrérie qu'est l'architecture.
L'agence, très reconnaissable, qui sert de décor à cet ouvrage, catalyse dans ce portrait des travers et qualités bien présentes dans la profession.
J'en reconnais certain, déjà monnaie courante quand j'étais moi-même en école d'architecture, d'autres expérimentés dans différentes agences au cours de ma carrière où relatés par des confrères.
Rares sont les agences qui les collectionnent tous autant que celle-ci, mais chacune en impose son lot aux jeunes débutants.
Beaucoup abandonnent pendant les premières années, d'autres trouvent dans l'exaltation de la création à plusieurs l'envie de continuer.
Personnellement, j'aime mon métier, mais cela fait du bien qu'un ouvrage le regarde en face et le décrive sans édulcorer ses défauts.
J'espère que de tels témoignages pourront aider les étudiants à se préparer à la vie active en sachant vers quoi ils vont, le bon comme le mauvais.
La lecture d'hier de Faut pas prendre les cons pour des gens m'a rappelé le style de Fabcaro, et voilà ! Il fallait enfin que je lise cette BD tant réputée !
Oh oui, c'est très bon, très très bon. C'est le premier auteur dans ce genre qui a réussi à me surprendre à chaque page. Vraiment, le scénario est ingénieux, c'est hilarant, bravo.
Le dessin minimaliste colle parfaitement au ton de la BD, et j'ai beaucoup aimé ce jeu de contraste entre les trois couleurs qui apporte une réelle force aux gags, au trait et à la mise en page.
Une pépite d'originalité. Dans le genre de l'humour absurde, ça mérite largement sa place dans la catégorie culte.
Il ne faut pas réduire les gens à des étiquettes.
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Ce tome constitue une anthologie de vingt-neuf histoires courtes, toutes réalisées par Clarke (Frédéric Seron) pour le scénario, les dessins et l'encrage. Elles sont toutes en noir & blanc, à l'exception d'une seule, celle intitulée Synesthésie. La première parution date de 2014.
Au jardin, trois pages. Frédéric est assis en tailleur dans son jardin, tranquillement en train de s'en griller une. Son chat passe à côté de lui, il lui caresse le dos. Il se dit qu'il va falloir qu'il s'occupe du jardin. Par quoi commencer ? À peine, seul, et il est déjà la proie de questions existentielles. Il s'allonge sur le dos, et il continue à fumer tranquillement. Facebook, trois pages. Frédéric est à sa table de dessin : son téléphone sonne. Il décroche et la discussion commence.il explique à son interlocuteur qu'il est en train de travailler. Il l'informe que son épouse est partie, que les enfants sont restés avec lui. Frédéric ne sait plus trop où il en est : c'est une expérience éprouvante, il a l'impression d'être en mille morceaux. Il raccroche car sa grande fille vient de rentrer. Elle s'enquiert de son état : il ne sait plus trop ce qu'il est maintenant. Elle lui répond que c'est comme un profil facebook : il a le choix entre Marié, Célibataire, ou C'est compliqué. le dessinateur, 4 pages. Frédéric est installé à une terrasse de café, en train de dessiner et de fumer une cigarette. Il en tire une bouffée et la jette négligemment, sans faire attention. Il se rend compte que le mégot a atterri dans le verre de la jeune femme assise à la table d'à côté. Elle le regarde, lui sourit et lui demande s'il a du feu. Elle rallume la cigarette trempée et entame la conversation. Il lui confirme qu'il fait de la bande dessinée, mais pour l'instant il n'a pas grand-chose à raconter. Il se sent un peu comme une coquille vide, il n'arrive pas à ressentir d'urgence. Elle décrète qu'il aime les étiquettes.
Les ballons, trois pages. Sur une plage ventée, Frédéric et son amie Bénédicte admirent les cerfs-volants dans le ciel. C'est magnifique : elle a bien fait de prendre son appareil photographique, une véritable exposition. En plus, ce n'était annoncé nulle part. Un homme passe et suggère à Bénédicte de dire à son copain de faire attention : les câbles des cerfs-volants bougent, et ce genre de truc peut couper un bras. le baudrier, trois pages. Frédéric pratique l'escalade avec deux amis et chacun a apporté son baudrier. le sien lui a été offert par ses enfants. Il ressent des douleurs car son baudrier est trop serré. L'avocat, trois pages. Un pigeon se tient sur le rebord de le fenêtre fermée, du bureau de la juge où se trouvent Frédéric, son ex-femme et l'avocat de celle-ci. Son esprit se met en état de fugue, et il n'entend que quelques mots épars de ce qui se dit. Au vu des qualificatifs employés, il se demande s'ils sont en train de parler du fils caché d'Hitler et de Torquemada. Il comprend qu'ils parlent de lui. Blind dates, trois pages. Frédéric est en train de prendre un verre avec deux copains qui lui demandent où il en est, et qui l'invitent à une bouffe la semaine suivante. Il y aura une de leurs copines, Laura, une célibataire craquante.
Avec François Gilson, Clarke est le créateur de la série Mélusine, et son dessinateur. Il a collaboré avec Turk pour la série Docteur Bonheur, avec Midam pour la série Histoires à lunettes, et il a réalisé de nombreuses autres séries et histoires en un tome. Ici, il réalise une succession d'histoires courtes : six en deux pages, treize en trois pages, six en cinq pages et une en six pages. Chaque page est construite sur la base de trois bandes. La première page comprend les deux bandes inférieures, la première étant occupée par le titre écrit sur une étiquette occupant la place de ce qui aurait été la case de droite. Les autres bandes de cette page, ainsi que des suivantes sont calqués sur un découpage en trois cases, aménagé en fonction du la scène, deux ou trois cases pouvant être fusionnées entre elles. Les dessins sont réalisés dans un mode un peu lâche, des contours encrés présentant parfois des angles non arrondis, donnant une impression de dessin construit mais dont le rendu final n'a pas été peaufiné. Cela donne un aspect un peu brut, permettant au dessinateur de s'affranchir de rentrer trop dans les détails. le résultat raconte bien les histoires en montrant les personnages et les environnements, avec des traits de contours parfois pas jointifs, des visages dont les yeux peuvent être réduits à des petits ronds, le nez soit un peu arrondi, soit pointu, les cheveux représentés à la va-vite, la bouche pas forcément dessinée, certains détails laissés à l'imagination du lecteur, incitant à une lecture rapide.
Au départ, le lecteur prend chaque histoire comme étant indépendante, s'attendant à une chute comique ou dramatique. Il se rend compte qu'elles mettent toutes en scène un homme quadragénaire, quarante-huit ans est-il précisé dans L'anniversaire, dont le prénom semble être Frédéric. Au travers de quelques scènes éparpillées, le lecteur se fait une idée de la situation de cet homme : un auteur de BD dont la femme l'a quitté récemment et qui a la garde de ses trois enfants. Une histoire invite même le lecteur à être présent lors d'une audience pour son divorce. D'un autre côté, la continuité peut s'avérer un peu lâche : il n'y a pas de précision de date, du temps qui passe, ni de suivi des enfants qui n'apparaissent que le temps de deux ou trois nouvelles. le lecteur finit par assimiler ce Frédéric à l'auteur lui-même puisqu'il s'agit de son vrai prénom. En outre, il est bédéiste, et il participe à des festivals où il croise d'autres auteurs dont certains avec lesquels Clarke a effectivement collaborés comme Denis Lapière, Bob de Groot, Philippe Xavier, Dany, Janry et Turk. le lecteur ne sait plus trop s'il convient de prendre ces tranches de vie comme étant autobiographiques, avec une dose de dérision, ou s'il s'agit d'une autofiction. Ce mode narratif apporte une forme de cachet d'authenticité aux situations personnelles, les rendant plus émouvantes, même si elles ne sont pas forcément vraies comme pourrait l'être une biographie réaliste et fidèle.
La première histoire apporte un ton un peu mélancolique, le lecteur comprenant plus tard que le personnage essaye de déterminer quelle direction donner à sa vie après le départ de son épouse. Les dessins le montrent en train de rêvasser, puis de s'allonger dans l'herbe, avec un naturel convaincant, pendant que les petits cartouches de texte permettent de savoir à quoi il pense. Il n'y a pas de colère ou d'amertume, plutôt une forme de résignation à un état de fait qu'il n'a nullement souhaité, mais sur lequel il n'a pas de prise. À partir de la deuxième histoire, la narration comporte de dialogues, plutôt de que des cellules de pensée. Frédéric est présent dans plus de neuf cases sur dix, toujours calme, souvent en train de fumer, avec ses lunettes rondes, une petite barbiche, un air doux et un visage ouvert. Les autres personnages sont traités graphiquement de la même manière : comme croqués sur le vif, avec une forme de simplification dans les visages, des vêtements génériques tout en étant reconnaissables. L'artiste sait leur donner des postures parlantes, ainsi que des expressions de visage naturelles, même quand il n'y apparaît que des points pour les yeux et un trait pour la bouche. En page 82 & 83, le personnage principal assiste à une injection létale dans un hôpital : il n'y a aucun mot, aucun dialogue, pour autant la gravité du moment saisit le lecteur. Avec ces cases en apparence toutes simples, des dessins parfois réduits à des esquisses, l'artiste fait voyager le lecteur dans des lieux différents : la pelouse d'un jardin de pavillon, l'atelier de l'artiste avec sa table à dessin, la terrasse d'un café, une plage, un site d'escalade sur un massif montagneux, le bureau impersonnel d'un avocat, le bas-côté d'une route de campagne, un supermarché, un restaurant, le sous-sol d'un pavillon servant de local de répétition pour un groupe rock, une cuisine, des rues d'une petite ville, le bord d'une rivière, un hôpital, un vol en planeur, les rues de Londres…
Dans un premier temps, au vu du format, le lecteur s'attend à des histoires courtes, des instantanés, avec une chute peut-être comique. La première historie s'inscrit dans un registre réaliste, avec une touche doucement humoristique dans la dernière case. La deuxième histoire appartient au même registre. La suivante relève d'une rencontre à la terrasse d'un café, avec une jeune femme donnant un conseil à Frédéric sous une forme inattendue, celle d'une étiquette collée sur front : possible, mais peu plausible. La suivante se termine dans une situation moins plausible, une exagération comique. Dans la dixième, il n'y a pas de chute à proprement parler, une conclusion mais pas avec une mécanique de révélation qui surprend ou qui choque, générant un effet comique ou une émotion intense. Avec les récits seize (Pistolero) et dix-sept (Le conducteur), l'auteur ajoute un léger décalage par rapport à la normalité de la réalité, un élément presque surnaturel pour la seconde. Un élément de même nature apparaît dans Synesthésie où il est rendu visible par l'utilisation de la couleur. En revanche dans la leçon de scooter, Frédéric suit en voiture sa fille pour sa première sortie en scooter, dans un récit naturaliste. L'auteur fait ainsi varier discrètement le dosage des ingrédients de chaque récit, que ce soit la situation de départ, sa localisation, les autres personnages, la forme du récit avec ou sans chute, la tonalité triste ou amusée, etc. Frédéric n'est pas présenté comme un héros surmontant le traumatisme de la séparation maritale, ni comme un père courage élevant seul ses enfants tout en continuant à travailler. le thème commun qui court tout du long de ces scénettes réside dans l'état d'esprit de Frédéric. Est-il dans la résignation ou est-il dans l'acceptation ? Il vit avec la modification de son statut affectif et par voie de conséquence social, sans trop savoir quelle direction donner à sa vie, si ce n'est que de continuer à réaliser les tâches du quotidien.
Clarke sort des sentiers battus, de sa série Mélusine, ou de ses récits avec d'autres auteurs, pour une série de vingt-neuf histoires courtes comprenant entre deux à six pages. Elles présentent comme point commun de concerner Frédéric, un auteur de BD qui vient d'être quitté par son épouse et qui porte le même nom que l'auteur. le lecteur tombe vite sous le charme de cet homme calme en toute circonstance, avec une narration visuelle simple en surface, sachant bien transporter le lecteur dans des endroits différents, auprès d'êtres humains agréables et vivants. Au fil de ces situations douces-amères, le lecteur ressent de l'empathie pour cet homme gentil qui ne mérite pas de se retrouver dans cette situation, de la compassion pour cet être humain faisant le travail de deuil de sa relation, de manière inconsciente, oscillant entre résignation et acceptation. Visiblement séduit par ce format, Clarke a ensuite réalisé des histoires courtes en quatre pages dans un format de quatre cases par page, avec un noir & blanc tout en contraste, pour des récits très noirs Réalités obliques
Les superpouvoirs ne répondent pas aux questions de fond.
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Il s'agit d'un récit complet indépendant de tout autre, initialement paru en 4 parties en 2004. le scénario est de Kurt Busiek, les dessins et la mise en couleurs de Stuart Immonen.
L'histoire commence en 1990 pour l'anniversaire de Clark Kent. Une fois de plus, une partie de la famille a trouvé approprié de lui offrir un comics de Superman (quand ce n'est pas des figurines de ce superhéros). Une fois de plus, il éprouve une forme de lassitude et de dépit à l'idée que ses parents (Laura & David) aient pu trouver intelligent de le prénommer Clark, comme Superman. Alors qu'il se rend en cours au lycée de sa ville (Picketsville, dans l'Arkansas, assez similaire à Smallville), il se fait charrier par un groupe de camarades de classe sur son manque de superpouvoirs. Peu de temps après, il se détend en faisant une excursion dans la nature environnante, et en passant une nuit à la belle étoile.
Il a la surprise de s'éveiller en plein ciel, au dessus de son bivouac. Il a des superpouvoirs. du coup, il devient une victime moins facile pour ses camarades (même s'il dissimule la vérité sur sa découverte). Il demande ingénument à sa mère s'il a été adopté, en estimant qu'il ne peut pas vraiment se fier à sa réponse négative. Il utilise ses pouvoirs ne manière à ne pas se faire voir, pour profiter de la solitude et de la beauté d'espaces naturels inviolés, et pour porter secours (sans se faire voir) à des individus victimes de catastrophes naturelles, ou lors d'accidents (avions en détresse par exemple)... jusqu'à ce que quelqu'un prenne une photographie flou d'un point dans le ciel, et que Wendy Case (une journaliste) relie cette apparition à des sauvetages miraculeux et providentiels dans la région.
L'équipe de créateurs de cette histoire est alléchante. Kurt Busiek auteur de comics de superhéros inoubliables (comme Marvels avec Alex Ross, pour Marvel Comics), capables de se servir du genre superhéros pour écrire des histoires sur tous les thèmes possibles comme il l'a prouvé avec sa propre série Astro City (Des ailes de plomb). Stuart Immonen dessinateur de premier plan de comics de superhéros comme les X-Men (All New X-Men avec Brian Michael Bendis), ou de comics plus personnel avec sa femme Kathryn (par exemple Clair-obscur).
Dans son introduction, Kurt Busiek explique qu'il est parti de l'idée d'une ancienne histoire de Superboy d'une terre alternative et qu'il s'agissait d'un projet qui lui tenait à cœur depuis plus de 15 ans, mais que le résultat est assez éloigné de son idée de départ. Il ajoute qu'il a souhaité à nouveau prouver que la métaphore du superhéros peut s'appliquer à plusieurs sujets. Il remercie profusément Immonen pour son apport déterminant.
Au cours du premier chapitre, le lecteur éprouve une terrible sensation de déjà lu, en particulier une version plus naturaliste (et moins intéressante à la fois sur le plan graphique et sur le plan narratif) de Les saisons de Superman (1998) de Jeph Loeb et Tim Sale. Ce Clark Kent d'une terre alternative découvre qu'il a les superpouvoirs de Superman et se demande qu'en faire. le point de départ déconcertant s'efface devant une énième redite de la phase de découverte des pouvoirs et de recherche de leur utilisation.
Certes le point de départ est un peu différent : il n'y a aucun autre individu doté de superpouvoirs, il n'est pas question d'une lointaine planète Krypton, la journaliste s'appelle Wendy Case (et pas Lois) et les parents de Clark ne se prénomment pas Martha et Jonathan. Mais pour le reste, Busiek développe le même parcours que Loeb, avec une sensibilité très proche. L'approche esthétique d'Immonen diffère fortement de celle de Tim Sale. Il a choisi un style plus réaliste à la fois dans la manière de représenter les personnages et dans les couleurs. Immonen réalise des dessins très aboutis, qu'il a ensuite complété par ordinateur pour les couleurs et les aplats de noir. du coup certaines surfaces font penser aux rendus des crayonnés de Gene Colan lorsqu'ils étaient reproduits sans encrage à la fin de sa carrière. Cela donne l'apparence d'un ombrage nuancé, très sophistiqué, avec une texture inégalable.
Le scénario de Busiek privilégie les scènes de la vie ordinaire, dans lesquels Immonen fait preuve d'une justesse étonnante. Il dessine chaque personnage de manière réaliste, mesurée, tout en étant expressive. Il conçoit des mises en scène sophistiquées qui évitent les cases composées uniquement d'une tête en train de parler avec son phylactère afférent, pour des mouvements de caméra incluant les personnages, les gestes qu'ils accomplissent et leur environnement. Pour ces derniers, Immonen inclut les décors dans plus de 80% des cases, sans les surcharger. Il utilise avec une grande discrétion l'infographie pour inclure des éléments réels dans les arrière-plans, avec parcimonie pour ne pas donner l'impression d'un roman-photo, juste une touche de ci de là pour accentuer le naturalisme. Il le fait avec un tel doigté que le lecteur le plus observateur aura bien du mal à distinguer ce qui relève de l'intégration d'une photographie, de ce qui a été dessiné à la main. Il utilise le même style pour les scènes impliquant Superman, prolongeant ainsi l'effet de normalité lors de ces scènes.
… parce qu'il y a bien un Superman. Ce Clark Kent a décidé que la couverture la plus efficace serait encore de s'habiller comme le Superman des comics, pour mieux brouiller les pistes, et mieux entretenir l'idée que les rares fois où quelqu'un le voit, il s'agit d'un canular. Il n'est pas possible d'en dire plus sur le scénario sans gâcher la découverte du récit.
Busiek a construit une histoire qui repose sur le monologue intérieur de Clark Kent, la manière dont il gère ses capacités particulières, la façon dont il avance dans la vie, ses relations avec les autres (y compris une certaine Lois… Chaudhari). Il a pris soin d'éclaircir les deux ou trois points délicats relatifs aux pouvoirs de Kent (la possibilité des prises de sang, ou le fait que ces pouvoirs soient identiques à ceux de Superman). Il joue sur la mise en abyme que constituent les références au Superman des Comics (références aux noms des personnages comme Lana Lang ou Jimmy Olsen), mais sans en abuser, sans que cela ne devienne la composante principale du récit qui aurait alors versé dans la parodie.
Non, Busiek se contente de raconter la vie d'un jeune homme bien dans sa tête qui a la surprise de découvrir qu'il possède des capacités incroyables. Il le raconte très bien d'ailleurs : les objectifs et les doutes, les joies et les angoisses de ce Clark Kent ont une portée universelle dans laquelle il est facile de se reconnaître, de se comparer. Busiek a simplement écrit une histoire touchante, intelligente, sensible et parlant de la condition d'être humain, un bon roman en somme.
Kurt Busiek et Stuart Immonen racontent l'histoire de Clark Kent qui n'est pas LE Superman, mais qui découvre qu'il a des superpouvoirs similaires dans un monde dépourvu de superhéros et de supercriminels. le premier quart parcourt un chemin souvent lu : Clark Kent s'interroge sur ce qu'il souhaite faire de ces dons, comme un adolescent en passe de devenir adulte cherche sa voie et sa place dans le monde. La suite montre que Busiek n'a rien perdu de sa capacité à utiliser les conventions du genre superhéros pour raconter l'histoire qui l'intéresse, celle d'un jeune homme plausible, sympathique et auquel il est facile de s'identifier, avec des dessins toujours intéressants, même dans les moments les plus banals.
Danu la déesse mère
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Ce tome fait suite à Slaine the king (en VO). Il contient une histoire complète, initialement parue en épisodes dans le magazine 2000 AD (progs 626 à 635, 650 à 656, 662 à 664 et 688 à 698) en 1989/1990. le scénario est de Pat Mills, et les dessins de Simon Bisley. C'est le premier tome en couleurs des aventures de Sláine.
À la fin du tome précédent, Sláine était couronné roi de sa tribu. Mais il lui restait encore à unifier les 4 tribus d'Irlande derrière un même chef pour lutter contre un envahisseur monstrueux, et ainsi libérer le pays de Tír na nÓg. La première séquence montre le nain Ukko, des années plus tard, en train d'écrire l'histoire de Sláine. Il évoque en une dizaine de pages ses aventures jusqu'alors, ainsi que les forces en place, de l'histoire personnelle de Sláine (sa relation avec Niamh, ses spasmes de déformation) aux déités (Danu la déesse mère et Lug le dieu solaire), en passant par les ennemis (Medb, Lord Weird Slough Feg, les seigneurs Drune, les fomorians) et leurs déités (Crom-Cruach, les dieux de Cythrawl), sans oublier la ferme des dragons. Contre l'avis de Cathbad (le prêtre de sa tribu), Sláine décide de rassembler les trésors des autres tribus. Il dispose déjà du Chaudron de Sang, il manque l'Épée d'argent lunaire de Gorias, la Lance incandescente du soleil de Finias et la Pierre sacrée du destin de Falias. Mais avant, il doit se présenter devant la déesse mère. Il entreprend une descente dans le Chaudron de Sang pour obtenir audience.
Dans la postface, Pat Mills ironise sur le fait que Simon Bisley était un fan de Conan et qu'il était venu pour dessiner les aventures d'un barbare belliqueux et bagarreur. Il explique que la confrontation du point de vue de Bisley avec le sien a abouti à une histoire hors norme de Sláine. Effectivement lorsque Sláine s'empare de la Lance et que la Pierre se met à gémir, il est possible de repérer un sosie de Conan faisant une drôle de tête.
Dès la scène d'introduction, le lecteur prend conscience que les auteurs sont passés au niveau supérieur. Pat Mills prend soin de créer un dispositif narratif qui présente ces aventures de Sláine dans un cadre mythologique, le vieux compagnon du héros écrivant ses mémoires, relatant des faits inscrits dans L Histoire. Dès cette scène, les images de Bisley transportent le lecteur dans un ailleurs d'une rare densité, d'une rare intensité. Il a réalisé ces pages à la peinture, mêlant plusieurs techniques, laissant les couleurs transcrire les émotions des personnages. C'est ainsi qu'apparaît un vieux nain, au visage ridé, à l'expression lasse, à la silhouette voutée, dans des teintes sombres d'un rouge incandescent. le lecteur ressent avec force cette atmosphère alourdie par la mort qui se rapproche, et la nostalgie du temps passé. Dès la deuxième page, les couleurs sont plus vives pour évoquer les aventures de Sláine. Dès la deuxième page, le lecteur constate la démesure des images conçues par Bisley. Les guerriers ont des corps de culturiste, la chair est prise de soubresauts violents sous l'effet du spasme de déformation, les armures sont ouvragées à la déraison. Bisley rend hommage à Frank Frazetta et à Richard Corben, tout en conservant une exagération qui lui est propre. Très rapidement le lecteur comprend que les dessins de Bisley ne doivent pas être pris dans un premier degré purement figuratif, mais dans un second degré teinté d'expressionisme.
Cette approche graphique est en parfaite harmonie avec le récit de Pat Mills. Pour ce quatrième tome des aventures de Sláine, il a décidé d'embrasser pleinement la mythologie celte, délaissant les aventures spatio-temporelles précédentes. Il va piocher dans le Lebor Gabála Érenn (entre autres) en le débarrassant de sa réécriture catholique, pour développer une vision de la cosmogonie et de la société celtiques assez personnelle. C'est ainsi que dans la première partie, Sláine a une discussion de 8 pages avec Danu, exposant la suprématie de cette déesse, et donc la prééminence de la composante féminine dans la société celte, recréant à sa sauce le stéréotype du héros viril et triomphateur. Mills relativise la toute puissance de la virilité masculine, en ne lui accordant que la seconde place derrière la fécondité féminine, symbole de la terre nourricière. Cela ne diminue en rien les hauts faits guerriers de Sláine, la violence des combats, la force des coups, mais cela les place dans une autre perspective.
D'un côté, le lecteur découvre une trame très classique de récit d'heroic-fantasy, avec tribus se battant contre un envahisseur monstrueux, aidé par des sorciers souhaitant la destruction de la race humaine. de l'autre côté, il plonge dans des coutumes et des rites d'une culture particulière (les celtes d'Irlande), et il voit d'un oeil neuf ces récits gorgés de testostérone, assujettis à une déesse participant à l'ordre de l'univers.
Simon Bisey fait feu de tout bois tout au long du récit, hypnotisant le lecteur avec des visions dépassant les stéréotypes propres aux récits de barbares, refusant de reproduire les clichés visuels des histoires de Conan et consort, s'émancipant d'une représentation purement figurative, pour donner son interprétation de l'histoire. Sláine se coiffait à la mode celte, en sculptant ses cheveux en pointe ; Bisley lui fait des pointes évoquant le hérisson, certainement impossible à réaliser dans la réalité, mais parfaitement représentatives du piquant du personnage. Sláine porte une ceinture destinée à l'aider à supporter les spasmes de déformation ; Bisley en fait une énorme ceinture qui l'empêcherait de se pencher dans la vie de tous les jours, mais qui figure avec force l'énergie qu'elle doit contenir. Sláine rencontre la déesse Danu, Bisley n'en fait pas une frêle jeune fille taille mannequin, mais une femme épanouie. Un dragon prend part au combat ; Bisley n'essaye même pas de le naturaliser, c'est un monstre gigantesque aux dents innombrables et acérées, avec des griffes d'une taille démesurée. Loin d'assaillir le lecteur par une exagération constante, ces images le transportent dans un monde fantasmé, avec une grande cohérence interne, aux saveurs relevées.
De son côté, Pat Mills semble avoir fait des efforts pour éviter les ellipses brutales dont il est coutumier, ainsi que les ruptures de ton sans concession du fait de transitions inexistantes. le dispositif d'Ukko narrant l'histoire des décennies plus tard apporte les transitions nécessaires d'une partie du récit à l'autre, et fournit des respirations humoristiques bienvenues, sans casser l'ambiance du récit. Son travail de recherche sur les mythes et légendes celtiques transparaît dans chaque scène, sans parasiter le récit, sans le transformer en un cours didactique. Ses personnages disposent tous d'une personnalité affirmée et de motivations réelles, sans recours à un altruisme peu vraisemblable. Si vraiment il fallait trouver des défauts dans ce récit, il serait possible de regretter les motivations trop basiques des ennemis et les rappels un peu trop lapidaires sur des éléments apparus dans les tomes précédents (pas d'explication sur l'importance ou la fonction du harnais de déformation, l'importance donnée aux dragons apparus dans le tome précédent, à commencer par Knucker). Mais ces éléments passent à l'arrière plan, balayés par le comportement truculent d'Ukko, la joie de vivre communicative de Sláine, sa vitalité, et la force du récit.
Dans sa préface, Pat Mills ne prend pas de gant et énonce son point de vue sans ambages. Pour lui, "Horned god" est un récit d'exception grâce à la force de la vision de Bisley, et l'ambition thématique du récit. Il estime que la série ne retrouvera cette grandeur qu'avec l'arrivée de Clint Langley dans Geste des invasions. Effectivement, cette histoire bénéficie de la complémentarité et de l'osmose entre scénariste et dessinateur, tous les deux au summum de leur art. À eux deux, ils rejettent toutes les conventions propres à ce type de récit, pour transfigurer ce récit de genre (généralement à destination exclusive d'adolescents mâles) pour en faire une oeuvre littéraire abordant la nécessité de donner la première place aux femmes dans la société, une provocation d'une ampleur inouïe dans un récit de barbares tranchant des têtes à qui mieux-mieux. Malgré le départ de Simon Bisley, Pat Mills a continué d'écrire les aventures de Sláine dans Tueur de démon, illustré par Glenn Fabry, Greg Staples et Dermot Power.
À tous les problèmes, une unique solution radicale : la violence
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Ce tome contient les 2 miniséries (de 4 épisodes chacune) consacrées à Lobo : The last Czarnian en 1990, et Lobo's back en 1992, écrites et mises en page par Keith Giffen avec des dialogues d'Alan Grant, et dessinées et encrées par Simon Bisley (à l'exception de l'épisode 3 de Lobo's back dessiné et encré par Christian Alamy).
The last czarnian - Lobo est un chasseur de primes extraterrestre au caractère irascible, violent et brutal, qui n'éprouve d'affection que pour ses dauphins de l'espace. Il s'est fait enrôler dans une police de l'espace appelée L.E.G.I.O.N. '89 (Licensed Extra-Governmental Interstellar Operatives Network), menée par Vril Dox (un extraterrestre de la planète Colu, surnommé Brainiac, et apparenté à l'ennemi de Superman du même nom). Dans cette première histoire, Lobo doit aller prendre en charge Miss Tribb (une enseignante dont il garde un mauvais souvenir). Lobo s'est engagé à la ramener vivante à Cairn, la planète servant de base à l'organisation LEGION. Non seulement, Miss Tribb a un caractère difficile, mais en plus elle invalide le fait qu'il ait réussi à exterminer tous les représentants de sa propre race. Enfin elle est l'auteur d'une biographie non autorisée de Lobo. Pour couronner le tout, la nature publique de cette mission d'escorte fait que plusieurs factions se mettent à sa poursuite pour régler des comptes.
Lobo's back - le compte en banque de Lobo est au plus bas, mais il a la chance de trouver une proposition émanant de l'agence de Ramona : récupérer Loo, un individu en liberté conditionnelle qui s'est enfui. Alors que Lobo est sur sa trace, Loo pulvérise sa chambre d'hôtel au bazooka. Il s'en suit un duel homérique et sans pitié (= une véritable boucherie) et l'impensable se produit : Lobo meurt ; les problèmes commencent. Il se révèle être un hôte insupportable tant aux cieux qu'aux enfers. Que faire ?
Au milieu des années 1980, Keith Giffen (au départ dessinateur) se fait remarquer en tant que scénariste avec son personnage loufoque Ambush Bug (en anglais), ridiculisant tous les codes des superhéros par l'absurde et la dérision, juste à coté de Superman et consorts. En 1987, il se voit confier les rênes de la Justice League International (en anglais) pour la relance de la série après Crisis on infinite earths. En 1989, il lance la série L.E.G.I.O.N. '89 (avec Alan Grant et Barry Kitson), sorte d'incarnation de Legion of Super-Heroes (à laquelle il a souvent collaboré en tant que dessinateur, avec Paul Levitz, par exemple The great darkness saga, en anglais) dans la continuité présente. Il en profite pour y incorporer Lobo (qu'il avait créé avec Roger Slifer dans la série Omega Men), comme mercenaire et chasseur de primes. Par la suite, Giffen explique que pour lui Lobo est une caricature moqueuse des personnages réglant leurs conflits par l'exécution sommaire de leur opposant (comme Wolverine ou le Punisher). Mais le lectorat consacre Lobo comme un anti-héros cool et fun. C'est parti pour quelques miniséries, quelques numéros spéciaux et même une série mensuelle qui durera cinq ans.
Les maîtres mots de ces récits sont l'exagération, la testostérone débridée, l'absurde, l'humour, la caricature et le second degré. En tant que czarnian, Lobo a la capacité de guérir de n'importe quelle blessure (imaginez le pouvoir guérisseur de Wolverine, multiplié par 100, jusqu'à l'absurde), l'agressivité d'un Hulk d'un mauvais jour, et le machisme d'un Frank Castle en mode "je tue tout ce qui bouge". Cela aboutit à un récit très violent, jusqu'au sadisme en guise d'humour. Lorsque Lobo se rend compte que Miss Tribb reste capable de lui fausser compagnie, il lui coupe les jambes au dessus des genoux et elle passe les 2 épisodes suivants avec les moignons à l'air. Lorsque quelqu'un le fait attendre à un distributeur automatique de billets, il lui arrache les 2 bras que le lecteur voit voler en l'air le temps d'une case. Bisley dessine les personnages et les décors en ajoutant des petits trais fins et secs qui ajoutent une apparence griffée et acérée, renforçant l'impression de violence. Dans la deuxième minisérie, il ajoute encore des petites taches d'encre qui donne une impression de saleté, accentuant le caractère malsain des images. Il faut également rappeler que l'une des armes de Lobo est un crochet de boucher. En comparant les 2 miniséries, il est même possible de constater que Bisley montre plus en détails les blessures et les plaies dans la deuxième (un niveau même étonnant pour un comics tout public).
Et le machisme alors ? Lobo a une carrure impressionnante, couplé à une résistance défiant les lois de la biologie, sans parler de ses capacités de récupération. C'est un biker de l'espace, il s'habille en jean, il a des belles bottes de motard, une boucle de ceinture en forme de crâne, une coiffure en pétard, des gros favoris, un gros engin entre les jambes (c'est un ange qui le constate lors de son passage dans le plus simple appareil, au Paradis), et il n'existe personne d'encore vivant qui pourrait se vanter de s'être moqué de lui. Il boit comme un trou, et il fume comme un pompier. Simon Bisley en fait un être musculeux (au delà du possible), prompt à montrer les dents, avec une chaîne (à très gros maillon) enroulée au tour de son poignet droit à laquelle pend le crochet de boucher, une grosse feuille de vigne lorsqu'il est tout nu, des veines saillantes dès qu'il utilise sa force... Lobo est le seul individu de la galaxie à rester menaçant en chemise hawaïenne. Par ces aspects, Giffen ne ment pas lorsqu'il indique que son intention était de monter en épingle les aspects bas du front, réactionnaires et extrémistes des superhéros ténébreux et brutaux. Au premier degré, Lobo est un individu à la violence pathologique, au style de vie égocentrique, avec une absence totale d'empathie pour son prochain (= une menace pour la société). Au second degré, il s'agit d'un défouloir irrésistible contre toutes les petites frustrations de la vie en société.
Le pouvoir de divertissement de ces histoires ne se limite pas à ce jeu de massacre régressif et cathartique : chacun de ses créateurs apporte un degré supplémentaire d'excès humoristique. Keith Giffen n'éprouve aucune inhibition pour emmener son histoire au plus loufoque, tout en s'assurant que la succession de scènes forme un tout cohérent. À moins de lire ces histoires, vous aurez du mal à imaginer dans quelles circonstances Lobo participe à un concours d'orthographe (spelling bee) ou comment il organise un concert de death metal au Paradis, et quelle est sa réaction face à Death (oui, celle des Endless, la sœur du Sandman de Neil Gaiman, il ne respecte vraiment rien ce Giffen).
Simon Bisley est très à l'aise du début jusqu'à la fin pour fournir des images à la démesure du scénario. le lecteur attentif remarquera quelques graffitis à l'unisson des goûts musicaux de Lobo (et de ceux de Bisley) : Ramones, Danzig, Steve Vai, Nuclear Assault, etc. Bisley a un don pour la représentation de la violence à des fins comiques : à la fois elle fait mal et elle fait sourire par son caractère exagéré. Il est impossible de se retenir de sourire quand il écrase avec ses poings de petits êtres tout mignons qui essayaient de l'aider, mais qui ont fini par l'exaspérer avec leur gentillesse : un massacre gratuit et drôle du fait de l'extermination de ces gentils gugusses. Si la première histoire évite d'être trop graphique dans les horreurs, pour la deuxième cette restriction est levée et l'humour visuel à base d'ultraviolence fait des grosses taches. Par exemple, Lobo envoie son poing dans la tête d'un soldat. La partie supérieure du crâne est désolidarisée de la partie inférieure avec du sang, un gros bruit d'arrachement et de la matière corporelle qui gicle. Âmes sensibles s'abstenir. Il y a aussi le cas du gérant du transit des âmes dont le visage subit une vilaine maladie de peau pustuleuse qui va croissante au fur et à mesure que le problème posé par Lobo prend de l'ampleur. C'est très drôle de voir ainsi se manifester physiquement la perte de contrôle de cet individu, c'est aussi très répugnant. Il faut voir également Lobo descendre une escadrille d'anges, ou s'en prendre à des dieux de panthéons divers.
L'apport d'Alan Grant est également impressionnant. À l'époque Keith Giffen n'avait pas confiance dans sa maîtrise de la langue anglaise, et il travaillait avec des scénaristes chargés de peaufiner les dialogues (comme J.M. DeMatteis pour la série Justice League International). Alan Grant était déjà connu pour avoir développé la version de référence de Judge Dredd (avec John Wagner) et il s'était installé sur la série Detective Comics (une série consacrée à Batman). Il écrit des dialogues concis et ciselés donnant une vraie façon de s'exprimer à Lobo. La force de ses dialogues éclate lorsque les petits êtres tout mignons parlent à Lobo en faisant rimer leur fin de phrase : hilarant. Les remarques acerbes et méprisantes de Miss Tribb valent leur pesant de cacahouètes et le mode d'expression de Vril Dox évolue au fur et à mesure qu'il perd de sa superbe et qu'il se rend compte de l'ampleur des dégâts. Il ajoute des extraits de la biographie non autorisée dans la première histoire.
Avec ces deux histoires, le lecteur découvre un personnage dérivatif et caricatural, dans des récits délirants, baignant dans une violence exacerbé et un humour ravageur allant de dialogues vifs et drôles, à des dérapages contrôlés dans l'absurde, avec des illustrations au diapason, ajoutant encore à l'humour noir. La série mensuelle n'a pas fait l'objet de réédition.
Bien content d’avoir pu emprunter les 4ers tomes, j’aime bien le genre Isekai et l’avis de Ro m’avait assez intrigué pour découvrir la série.
Ce style de récit n’est pas bien profond mais reste généralement distrayant. Je classerai même la présente série dans le haut du panier, je l’ai trouvé très agréable à suivre.
Pourtant il ne s’y passe pas encore grand-chose, il n’y a pas de véritable fil rouge mais on y trouve de bonnes idées, c’est léger et feel good.
Notre héroïne se voit réincarnée dans son personnage de jeux vidéos (une elfe au sommet de sa puissance) mais 200 ans après l’époque qu’elle connaissait. Ce monde de Fantasy a depuis évolué : les joueurs humains ne sont plus présents, le niveau magique a régressé, la politique et territoires modifiés … bref l’héroïne, qui ne craindra personne, est un peu perdue et nous découvrirons ce nouveau monde en même temps qu’elle.
Du classique mais bien foutu, le dessin est bon, les péripéties sympatoches (le coup des enfants m’a bien fait marrer). On saupoudre d’un peu de mystère et d’humour pour un bon moment détente.
3,5
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Les épisodes sont courts, mais maintiennent une continuité dans les nouveaux éléments et respectent une chronologie, ce qui est vraiment sympa. Franchement j'ai été surpris par la qualité de l'écriture, simple mais efficace ! et surtout par le style numérique, riche en détails, avec des idées bien utilisées et une très belle colorisation.
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Vengeance - La Brigade des jeunes
À réserver aux férus de l'univers partagé Marvel - Il s'agit d'un récit complet en 6 épisodes, initialement parus en 2011, écrits par Joe Casey, dessinés et encrés par Nick Dragotta, mis en couleurs par Brad Simpson, avec des couvertures de Gabriele Dell'Otto. C'est à la fois très simple et très compliqué. La version simple : deux nouveaux groupes composés de jeunes dotés de superpouvoirs souhaitent se tailler une place sous le soleil de l'univers partagé Marvel : la Teen Brigade et les Young Masters. La version qui exige un peu plus d'attention : du côté des superhéros, la Teen Brigade est composée d'Ultimate Nullifier, Miss America (America Chavez), Angel (Angel Salvatore), Barnell Bohusk (Beak). Cette équipe bénéficie d'un informateur qui est Larry Young (Jack Truman, ex agent 18) un ex agent du SHIELD leur indiquant où aller récupérer des armes ou des prisonniers devant être neutralisés. C'est ainsi qu'ils libèrent une version adolescente de l'In-Betweener. Du mauvais côté de la loi, il y a les Young Masters (of Evil) composés d'Executionner (Danny Dubois), Egghead, Radioactive Kid, Black Knight et Mako. Premier objectif : s'approprier le cadavre de Bullseye. Mais il y a aussi cette histoire de projet de modification moléculaire sur des êtres humains, mené sous l'autorité du Red Skull (Crâne Rouge, Johann Schmidt) en 1944. Il y a aussi l'intervention d'un autre groupe de superhéros (les Defenders, même si ce nom n'est jamais prononcé), sous l'autorité de Kyle Richmond, comprenant Son of Satan (Daimon Hellstrom), She-Hulk (Jennifer Walters), Nighthawk (Joaquin Pennysworth) et Krang (un atlante). Enfin le parcours de quelques uns de ces personnages va croiser celui de 5 supercriminels majeurs de l'univers partagé Marvel. Dans la courte postface (1 paragraphe), Tom Brennan (le responsable éditorial) explique que cette curieuse histoire trouve son origine dans un point de départ inhabituel. Gabriele Dell'Otto avait réalisé 6 peintures à l'effigie de Magneto, Bullseye, Doctor Octopus, Loki, Red Skull et Doctor Doom et que Brennan a demandé à Joe Casey une proposition d'histoire lui permettant d'utiliser ces six portraits comme couverture de chacun des épisodes. Joe Casey est aussi bien connu pour ses comics pour Marvel et DC, que pour ses créations plus débridées : X-Men, Wildcats, Butcher Baker le redresseur de torts, SEX. Dès les premières séquences, il est visible qu'il a pris un grand plaisir avec les jouets Marvel, pour un récit regorgeant de références obscures, et d'une énergie qui n'appartient qu'à la jeunesse. Il est certain que la forme rebutera les lecteurs occasionnels de l'univers Marvel. D'un côté, Casey s'amuse comme un petit fou à retranscrire l'ébullition propre à la jeunesse, surtout dans l'action, le mouvement et l'instantanéité (il reprend même le dispositif des tweets entre personnage, avec pseudos, qu'il avait auparavant utilisé dans Final Crisis aftermath - Dance). D'entrée de jeu, il insuffle un rythme narratif très soutenu, avec une première page consacré à un personnage non identifié prenant un verre dans un bar, puis une double page dans une discothèque avec des tweets de personnages non identifiés, puis une page consacrée à un entretien sibyllin entre Red Skull et Adolph Hitler, et enfin une séquence (relativement) longue (4 pages d'affilée) relatant une intervention de Miss America. Autant dire que l'attention du lecteur est fortement sollicitée pour enregistrer les informations au fur et à mesure, sous une forme loin d'être prémâchée. Évidemment, la compréhension du récit s'améliore petit à petit, dans la mesure où le lecteur finit par discerner les personnages principaux et les retrouver d'une séquence à une autre. En fonction du lecteur, cette forme de narration pourra le rebuter, ou au contraire il pourra le voir comme une transposition habile d'un quotidien dans lequel l'individu est sans cesse abreuvé de flux continus et denses d'informations. Deuxième caractéristique prononcée de la narration : les références très pointues à l'univers partagé Marvel. À l'évidence, ce dispositif destine cette histoire à des férus de cet univers. Il suffit de prendre comme exemple une conversation entre 3 personnages dans un bar dans l'épisode 4. Il s'agit de Kyle Richmond (premier Nighthawk du nom, membre fondateur du Squadron Supreme, et membre historique des Defenders), de Joaquin Pennysworth (cinquième individu à avoir endossé le costume de Nighthawk), et de Larry Truman, un agent du SHIELD apparu une seule fois dans l'épisode 60 de la série Cable en novembre 1998. Rien que l'identité de ces individus fait comprendre qu'il s'agit d'un récit pour connaisseurs. Alors qu'ils échangent quelques paroles, ils évoquent un technique tibétaine de permutation d'esprit (qui évoque un tour de passe-passe réalisé par Elektra dans Elektra: assassin), la transplantation d'esprit (épreuve subie par Kyle Richmond dans la série Defenders), la division ExTechOp du SHIELD (toujours dans Elektra: assassin), et une version encore plus obscure de Deathlok. Il est facile de comprendre que pour un lecteur occasionnel, ou même simplement régulier de comics Marvel, ces propos pleins de sous-entendus finissent par agacer, à ce point abscons qu'ils s'apparentent à un amphigouri. Pour le lecteur chevronné de l'univers Marvel, il s'immerge dans un environnement d'une richesse inouïe, où l'auteur lui rappelle des souvenirs à moitié oubliés, des recoins rarement visités, des facettes laissées de côté. Chaque épisode regorge de ces éléments piochés à toutes les époques de l'histoire de Marvel, depuis l'époque des monstres avant l'avènement des superhéros (Tiboro - la Screaming Idol - contre laquelle se bat Miss America évoque les monstres créés par Steve Ditko et Jack Kirby) aux créations plus récentes (Lady Bullseye ou Kid Loki), en passant par des personnages perdus de vue (Kristoff Vernard). Attention, Joe Casey ne fait pas dans le superficiel, il va chercher des personnages ayant marqué différentes générations de lecteurs, de Beak & Angel (nouveaux personnages apparus dans les épisodes des New X-Men de Grant Morrison) à l'In-Betweener (personnage créé par Jim Starlin et apparu pour la première fois dans la série mythique consacrée à Adam Warlock). Plus fort encore, il est aussi bien capable de retrouver le ton juste pour l'apparition de Lady Bullseye (telle que mise en scène par Ed Brubaker dans ses épisodes de Daredevil), que la dimension métaphysique d'In-Betweener, ou encore le caractère franchement inquiétant du Fils de Satan. C'est du grand art. Pour mettre en images ces aventures référentielles, Joe Casey peut se reposer sur Nick Dragotta (dessinateur de la série East of West de Jonathan Hickman), dans une veine réaliste simplifiée. Dragotta sait rendre compte de la vitalité et de l'énergie, mais aussi de la morgue et de l'assurance de tous ces jeunes, chacun avec un registre de langage corporel qui lui est propre. Ultimate Nullifier (un nom emprunté par dérision à une arme ultime employée par Reed Richards contre Galactus) se tient comme un chef né, dégageant à la fois charisme et autorité, Miss America se conduit comme une personne invulnérable n'éprouvant aucun doute sur le fait qu'elle peut triompher de toute épreuve physique. Dragotta en fait une jeune femme pleine d'assurance, très séduisante avec un large décolleté, impossible à réduire à un objet sexuel tellement elle pulvérise ses ennemis (en particulier sur le monde de Screaming Idol). Ainsi chaque personnage dispose de sa morphologie propre, de sa coupe de cheveux stylée ou pleine de gel. Black Knight est une frêle jeune femme, avec un goût des plus douteux en termes de chic vestimentaire. Dragotta réussit un mélange improbable de premier degré et de dérision pour les conventions superhéroïques. En prenant Daimon Hellstrom comme exemple, il est à la fois inquiétant lorsque la moitié de son visage se recouvre de symboles cabalistiques sur fond d'espace infini, signifiant sans ambigüité sa connexion avec des dimensions inhospitalières. Il est à la fois ridicule avec son casque idiot (avec des cornes) et son costume moulant rouge pourvu d'une grande cape. À la fois Dragotta semble dire au lecteur qu'il ne faut pas prendre ces gugusses au sérieux, mais aussi il reste premier degré dans sa façon de dépeindre leurs exploits, le déploiement de leur force physique, etc. À la fois, il n'a pas la prétention de faire croire à une réalité plausible (le lecteur est bien face à des concepts merveilleux et fantastiques totalement imaginaires, à destination des enfants petits et grands), à la fois il présente des visions d'une grande cohérence entre elles formant un monde logique. Régulièrement Dragotta épate le lecteur par une mise en page inventive et pertinente à commencer par les lumières de la discothèque jusqu'à la représentation conceptuelle de l'In-Betweener et de la notion qu'il incarne, en passant par les couloirs monumentaux du QG d'Hitler ou la progression irrésistible de Tiboro. Vengeance est une ode à la jeunesse prenant pied dans le monde des adultes et se faisant sa place avec la fougue qui lui est propre. C'est un récit étendant ses racines très loin dans l'histoire et la mythologie de l'univers partagé Marvel, au point d'en devenir un met raffiné pour le lecteur baignant dans ces références, et une histoire absconse et vaine pour le lecteur de passage. C'est un récit conceptuel sur l'entrée dans la vie active, racontée en respectant toutes les conventions les plus absurdes des récits de superhéros, une gageure aussi idiote que réussie, aussi absurde que signifiante, un véritable paradoxe. Joe Casey et Nick Dragotta parlent avec éloquence d'un âge de la vie, dans un langage compréhensible de quelques initiés.
Superman & Batman - L'Etoffe des Héros (Mondes à part)
Intemporel pour tous les âges - Ce tome contient une histoire complète qui peut être lue indépendamment de toute continuité. Il regroupe les 3 épisodes de 48 pages parus en 1990. le scénario est de Dave Gibbons (le dessinateur de Watchmen), les dessins de Steve Rude (surtout connu pour son travail sur la série Nexus), l'encrage de Karl Kesel, et la mise en couleurs de Steve Oliff (l'équivalent de Dave Stewart pour ces années là). La première page montre un enfant se recueillant sur la tombe de ses parents : Oliver Monks. Dans les rues malfamées de Gotham, Batman arrête une petite frappe ayant kidnappé une fillette. Ce dernier se suicide avec un papier imbibé du poison du Joker. Dans les rues resplendissantes de Metropolis, Superman arrête un dealer s'en prenant à un bus scolaire. le criminel est relâché quelques dizaines minutes plus tard grâce à un avocat rémunéré par Lex Luthor. Plus tard, Clark Kent et Bruce Wayne assistent à la cérémonie d'inauguration d'un nouvel orphelinat situé à Midway (une ville à mi-chemin de Metropolis et Gotham). le discours est effectué par Oliver Monks et Adam Fulbright, sous le patronage de Byron Wylie (récemment décédé et précédemment responsable d'un autre orphelinat dans Suicide Slums, le quartier pauvre de Metropolis). Dans les coulisses, Lex Luthor conclut une transaction immobilière ayant trait à cet orphelinat, avec Joker qui déclare vouloir prendre quelques jours de vacances à Metropolis. le temps est venu pour Kent et Wayne (et leurs alter egos) d'enquêter sur les agissements de leurs ennemis jurés. Je me souviens que la première fois que j'avais lu cette histoire, je l'avais trouvé très quelconque. Mais les illustrations de Steve Rude exsudent un pouvoir de séduction irrésistible et je n'ai pas pu résister à l'envie compulsive d'une relecture. La première page est silencieuse (sans texte) et sympathique, mais classique. Suit une double page présentant Gotham vu de haut sous un soleil levant rasant. Puis arrive une séquence en 5 pages toujours muettes où Batman attrape le malfrat. le style est un étrange mélange de dessin animé pour enfant, avec des rues très dégagées dont les façades d'immeuble semblent factices (comme s'il n'y avait rien derrière la façade) avec bizarrement un seul étage (en plein centre de Gotham !). Mais une lecture attentive de chaque case montre que derrière ces apparences enfantines, Steve Rude insère des détails plus adultes : des rats qui passent, le batarang mordant la chair, des expressions de visages torturées, un Batman aussi agile que ténébreux. La séquence suivante emmène le lecteur à Metropolis où le constat est le même : un mélange de candeur enfantine et de détails adultes. Surtout ces 2 séquences muettes se lisent toutes seules. Et en même temps, l'écriture de Dave Gibbons joue également sur ces 2 modes. D'un coté la dichotomie entre Batman et Superman est déclinée à toutes les sauces, d'une manière mécanique et artificielle. Il y a bien sûr la position de l'orphelinat à mi-chemin des 2 cités, l'opposition entre Gotham sombre et gothique et Metropolis claire et rayonnante, la folie du Joker et la froide rationalisation de Lex Luthor, un enfant venant d'un orphelinat de Gotham, un autre de celui de Metropolis, etc. Dave Gibbons matraque tant et plus les différences entre Gotham et Metropolis, tout en respectant scrupuleusement un temps d'exposition rigoureusement identique pour l'un et l'autre, au point d'en devenir fastidieux dans ce dispositif enfantin. Il faut donc un peu de temps à un lecteur adulte pour pouvoir se laisser charmer par ce récit à la forme un peu enfantine. Et puis surviennent Luthor et le Joker pour leur première rencontre. Rude s'amuse à montrer Luthor sortant de sa limousine dans une contreplongée qui accentue son coté vain et ridicule. le joker est un pitre dégingandé, sautillant et sémillant. Les dialogues de Gibbons en font plus un bouffon qu'un fou dangereux. Sauf que la combinaison du texte et des illustrations fait naître des sous-entendus à destination des adultes sur l'intelligence du Joker (il a tout de suite deviné la cause du décès des parents de Luthor) et sur le jeu dangereux que mène Luthor (sa grimace exagérée en comprenant que Joker sait). À chaque séquence, le lecteur peut ainsi apprécier ce double niveau de lecture : une histoire bon enfant, et des sous-entendus sur des motivations peu reluisantes et des environnements moins riants qu'il n'y paraît. Et puis il y a les illustrations de Steve Rude. Ce dernier indique dans la postface qu'il s'agit du projet sur lequel il a passé le plus de temps sur chaque page. Régulièrement le lecteur s'arrête sur une case ou une séquence pour en apprécier l'humour discret, ou la fusion improbable des genres. Quelques exemples seront plus parlants que de longs discours. Page 42, la quatrième case montre l'ombre du buste de Clark alors qu'il enlève ses lunettes dans un réduit à balais ; en 3 tâches noires Rude suscite l'anticipation impatiente liée au changement de costume. Sa façon de représenter Batman est tout aussi iconique et tout aussi économe, en particulier sa cagoule entièrement noir où seules se distinguent les 2 fentes blanches pour les yeux. Page 43 deuxième case, le Joker à bord d'un véhicule loufoque de taille démesurée roule sur les véhicules pris dans un embouteillage. À la fois il s'agit d'une vision digne des dessins animés pour enfant les plus loufoques (ambiance renforcée par une mise en couleurs pimpante) ; à la fois il est possible de croire en cette action délirante grâce aux conducteurs apeurés, au véhicule de police essayant de suivre en empruntant les trottoirs, aux différents modèles de véhicules représentés avec soin. 2 cases plus loin, Rude fait dépasser 2 jambes d'une dame en jupe couchée à terre ; il ne dessine pas de petite culotte (hors cadre), mais le sous-entendu est bien là. de même le lecteur adulte ne pourra pas se tromper sur le métier de 2 femmes étrangement accoutrées page 64 (le plus vieux métier du monde paraît-il) et il pourra apprécier une secrétaire ramassant un papier par terre (page 84). À l'instar de Dave Gibbons, Rude ne se gargarise pas avec les apparitions des personnages secondaires, mais un lecteur attentif peut facilement déceler le fauteuil roulant de Barbara Gordon de temps à autre, ou encore Lucy Lane la sœur de Lois. Une fois détectés ces éléments graphiques à destination des connaisseurs des personnages, le lecteur peut se délecter de visuels dégageant une bonne humeur organique (personnages souriants, couleurs claires, éléments de décors évoquant une sorte d'âge d'or des années 1950, etc.) et comportant des détails sophistiqués. Rude dispose également d'une capacité surnaturelle à marier une approche réaliste, avec une légère exagération propre aux dessins pour enfants. Page 136, il représente Tweedledee et Tweedledum assommés ; leurs visages est à la fois celui de 2 messieurs un peu simplets dans leur quarantaine, et celui de 2 hommes de main idiots tels qu'on en croise dans les ouvrages pour la jeunesse. L'encrage de Karl Kesel respecte parfaitement les crayonnés de Steve Rude, en particulier sa maîtrise de l'épaisseur et de la forme des traits. Steve Oliff réalise une mise en couleurs d'apparence simple, mais avec une sensibilité en totale cohérence avec les ambiances développées dans l'histoire. Dave Gibbons et Steve Rude ont réalisé une histoire pour tout public, de 7 à 77 ans. Pour chaque tranche d'âge, le lecteur pourra trouver un niveau de lecture qui le divertira, du premier degré d'émerveillement devant ces deux superhéros bons copains, à l'histoire pour rire disposant de visuels sophistiqués et intelligents. Par la suite Dave Gibbons a continué sa carrière de scénariste avec entre autres Batman versus Predator, tome 1 (1991/1992), et Steve Rude a travaillé pour Marvel, par exemple une histoire de Thor Godstorm.
Je suis charrette - Vie d'architecte
Jeune architecte fraîchement sorti des bancs de l'école, l'auteur offre une vision franche de la réalité du métier dans une agence de prestige. Il mêle avec honnêteté l'excitation de faire partie d'une équipe dans la frénésie d'un projet commun et les abus d'un monde où l'ego a tout pouvoir. Il décrit avec une certaine intimité la puissance des rapports humains qui s'y créent, catalysés par la pression d'une charge de travail croissante dans un timing réduit, et la rudesse de changements de cap de dernière minute, imposés (parfois à raison) par des supérieurs intouchables. Cet ouvrage n'a pas pour but de faire rêver l'Architecture, mais bien de relater l'expérience d'un jeune architecte, plongé dans un monde frénétique où on doit apprendre vite ou abandonner, renonçant à nos 5 à 6 années d'études, et où se rebeller peut avoir des conséquences sur son embauche dans la confrérie qu'est l'architecture. L'agence, très reconnaissable, qui sert de décor à cet ouvrage, catalyse dans ce portrait des travers et qualités bien présentes dans la profession. J'en reconnais certain, déjà monnaie courante quand j'étais moi-même en école d'architecture, d'autres expérimentés dans différentes agences au cours de ma carrière où relatés par des confrères. Rares sont les agences qui les collectionnent tous autant que celle-ci, mais chacune en impose son lot aux jeunes débutants. Beaucoup abandonnent pendant les premières années, d'autres trouvent dans l'exaltation de la création à plusieurs l'envie de continuer. Personnellement, j'aime mon métier, mais cela fait du bien qu'un ouvrage le regarde en face et le décrive sans édulcorer ses défauts. J'espère que de tels témoignages pourront aider les étudiants à se préparer à la vie active en sachant vers quoi ils vont, le bon comme le mauvais.
Zaï Zaï Zaï Zaï
La lecture d'hier de Faut pas prendre les cons pour des gens m'a rappelé le style de Fabcaro, et voilà ! Il fallait enfin que je lise cette BD tant réputée ! Oh oui, c'est très bon, très très bon. C'est le premier auteur dans ce genre qui a réussi à me surprendre à chaque page. Vraiment, le scénario est ingénieux, c'est hilarant, bravo. Le dessin minimaliste colle parfaitement au ton de la BD, et j'ai beaucoup aimé ce jeu de contraste entre les trois couleurs qui apporte une réelle force aux gags, au trait et à la mise en page. Une pépite d'originalité. Dans le genre de l'humour absurde, ça mérite largement sa place dans la catégorie culte.
Les Étiquettes
Il ne faut pas réduire les gens à des étiquettes. - Ce tome constitue une anthologie de vingt-neuf histoires courtes, toutes réalisées par Clarke (Frédéric Seron) pour le scénario, les dessins et l'encrage. Elles sont toutes en noir & blanc, à l'exception d'une seule, celle intitulée Synesthésie. La première parution date de 2014. Au jardin, trois pages. Frédéric est assis en tailleur dans son jardin, tranquillement en train de s'en griller une. Son chat passe à côté de lui, il lui caresse le dos. Il se dit qu'il va falloir qu'il s'occupe du jardin. Par quoi commencer ? À peine, seul, et il est déjà la proie de questions existentielles. Il s'allonge sur le dos, et il continue à fumer tranquillement. Facebook, trois pages. Frédéric est à sa table de dessin : son téléphone sonne. Il décroche et la discussion commence.il explique à son interlocuteur qu'il est en train de travailler. Il l'informe que son épouse est partie, que les enfants sont restés avec lui. Frédéric ne sait plus trop où il en est : c'est une expérience éprouvante, il a l'impression d'être en mille morceaux. Il raccroche car sa grande fille vient de rentrer. Elle s'enquiert de son état : il ne sait plus trop ce qu'il est maintenant. Elle lui répond que c'est comme un profil facebook : il a le choix entre Marié, Célibataire, ou C'est compliqué. le dessinateur, 4 pages. Frédéric est installé à une terrasse de café, en train de dessiner et de fumer une cigarette. Il en tire une bouffée et la jette négligemment, sans faire attention. Il se rend compte que le mégot a atterri dans le verre de la jeune femme assise à la table d'à côté. Elle le regarde, lui sourit et lui demande s'il a du feu. Elle rallume la cigarette trempée et entame la conversation. Il lui confirme qu'il fait de la bande dessinée, mais pour l'instant il n'a pas grand-chose à raconter. Il se sent un peu comme une coquille vide, il n'arrive pas à ressentir d'urgence. Elle décrète qu'il aime les étiquettes. Les ballons, trois pages. Sur une plage ventée, Frédéric et son amie Bénédicte admirent les cerfs-volants dans le ciel. C'est magnifique : elle a bien fait de prendre son appareil photographique, une véritable exposition. En plus, ce n'était annoncé nulle part. Un homme passe et suggère à Bénédicte de dire à son copain de faire attention : les câbles des cerfs-volants bougent, et ce genre de truc peut couper un bras. le baudrier, trois pages. Frédéric pratique l'escalade avec deux amis et chacun a apporté son baudrier. le sien lui a été offert par ses enfants. Il ressent des douleurs car son baudrier est trop serré. L'avocat, trois pages. Un pigeon se tient sur le rebord de le fenêtre fermée, du bureau de la juge où se trouvent Frédéric, son ex-femme et l'avocat de celle-ci. Son esprit se met en état de fugue, et il n'entend que quelques mots épars de ce qui se dit. Au vu des qualificatifs employés, il se demande s'ils sont en train de parler du fils caché d'Hitler et de Torquemada. Il comprend qu'ils parlent de lui. Blind dates, trois pages. Frédéric est en train de prendre un verre avec deux copains qui lui demandent où il en est, et qui l'invitent à une bouffe la semaine suivante. Il y aura une de leurs copines, Laura, une célibataire craquante. Avec François Gilson, Clarke est le créateur de la série Mélusine, et son dessinateur. Il a collaboré avec Turk pour la série Docteur Bonheur, avec Midam pour la série Histoires à lunettes, et il a réalisé de nombreuses autres séries et histoires en un tome. Ici, il réalise une succession d'histoires courtes : six en deux pages, treize en trois pages, six en cinq pages et une en six pages. Chaque page est construite sur la base de trois bandes. La première page comprend les deux bandes inférieures, la première étant occupée par le titre écrit sur une étiquette occupant la place de ce qui aurait été la case de droite. Les autres bandes de cette page, ainsi que des suivantes sont calqués sur un découpage en trois cases, aménagé en fonction du la scène, deux ou trois cases pouvant être fusionnées entre elles. Les dessins sont réalisés dans un mode un peu lâche, des contours encrés présentant parfois des angles non arrondis, donnant une impression de dessin construit mais dont le rendu final n'a pas été peaufiné. Cela donne un aspect un peu brut, permettant au dessinateur de s'affranchir de rentrer trop dans les détails. le résultat raconte bien les histoires en montrant les personnages et les environnements, avec des traits de contours parfois pas jointifs, des visages dont les yeux peuvent être réduits à des petits ronds, le nez soit un peu arrondi, soit pointu, les cheveux représentés à la va-vite, la bouche pas forcément dessinée, certains détails laissés à l'imagination du lecteur, incitant à une lecture rapide. Au départ, le lecteur prend chaque histoire comme étant indépendante, s'attendant à une chute comique ou dramatique. Il se rend compte qu'elles mettent toutes en scène un homme quadragénaire, quarante-huit ans est-il précisé dans L'anniversaire, dont le prénom semble être Frédéric. Au travers de quelques scènes éparpillées, le lecteur se fait une idée de la situation de cet homme : un auteur de BD dont la femme l'a quitté récemment et qui a la garde de ses trois enfants. Une histoire invite même le lecteur à être présent lors d'une audience pour son divorce. D'un autre côté, la continuité peut s'avérer un peu lâche : il n'y a pas de précision de date, du temps qui passe, ni de suivi des enfants qui n'apparaissent que le temps de deux ou trois nouvelles. le lecteur finit par assimiler ce Frédéric à l'auteur lui-même puisqu'il s'agit de son vrai prénom. En outre, il est bédéiste, et il participe à des festivals où il croise d'autres auteurs dont certains avec lesquels Clarke a effectivement collaborés comme Denis Lapière, Bob de Groot, Philippe Xavier, Dany, Janry et Turk. le lecteur ne sait plus trop s'il convient de prendre ces tranches de vie comme étant autobiographiques, avec une dose de dérision, ou s'il s'agit d'une autofiction. Ce mode narratif apporte une forme de cachet d'authenticité aux situations personnelles, les rendant plus émouvantes, même si elles ne sont pas forcément vraies comme pourrait l'être une biographie réaliste et fidèle. La première histoire apporte un ton un peu mélancolique, le lecteur comprenant plus tard que le personnage essaye de déterminer quelle direction donner à sa vie après le départ de son épouse. Les dessins le montrent en train de rêvasser, puis de s'allonger dans l'herbe, avec un naturel convaincant, pendant que les petits cartouches de texte permettent de savoir à quoi il pense. Il n'y a pas de colère ou d'amertume, plutôt une forme de résignation à un état de fait qu'il n'a nullement souhaité, mais sur lequel il n'a pas de prise. À partir de la deuxième histoire, la narration comporte de dialogues, plutôt de que des cellules de pensée. Frédéric est présent dans plus de neuf cases sur dix, toujours calme, souvent en train de fumer, avec ses lunettes rondes, une petite barbiche, un air doux et un visage ouvert. Les autres personnages sont traités graphiquement de la même manière : comme croqués sur le vif, avec une forme de simplification dans les visages, des vêtements génériques tout en étant reconnaissables. L'artiste sait leur donner des postures parlantes, ainsi que des expressions de visage naturelles, même quand il n'y apparaît que des points pour les yeux et un trait pour la bouche. En page 82 & 83, le personnage principal assiste à une injection létale dans un hôpital : il n'y a aucun mot, aucun dialogue, pour autant la gravité du moment saisit le lecteur. Avec ces cases en apparence toutes simples, des dessins parfois réduits à des esquisses, l'artiste fait voyager le lecteur dans des lieux différents : la pelouse d'un jardin de pavillon, l'atelier de l'artiste avec sa table à dessin, la terrasse d'un café, une plage, un site d'escalade sur un massif montagneux, le bureau impersonnel d'un avocat, le bas-côté d'une route de campagne, un supermarché, un restaurant, le sous-sol d'un pavillon servant de local de répétition pour un groupe rock, une cuisine, des rues d'une petite ville, le bord d'une rivière, un hôpital, un vol en planeur, les rues de Londres… Dans un premier temps, au vu du format, le lecteur s'attend à des histoires courtes, des instantanés, avec une chute peut-être comique. La première historie s'inscrit dans un registre réaliste, avec une touche doucement humoristique dans la dernière case. La deuxième histoire appartient au même registre. La suivante relève d'une rencontre à la terrasse d'un café, avec une jeune femme donnant un conseil à Frédéric sous une forme inattendue, celle d'une étiquette collée sur front : possible, mais peu plausible. La suivante se termine dans une situation moins plausible, une exagération comique. Dans la dixième, il n'y a pas de chute à proprement parler, une conclusion mais pas avec une mécanique de révélation qui surprend ou qui choque, générant un effet comique ou une émotion intense. Avec les récits seize (Pistolero) et dix-sept (Le conducteur), l'auteur ajoute un léger décalage par rapport à la normalité de la réalité, un élément presque surnaturel pour la seconde. Un élément de même nature apparaît dans Synesthésie où il est rendu visible par l'utilisation de la couleur. En revanche dans la leçon de scooter, Frédéric suit en voiture sa fille pour sa première sortie en scooter, dans un récit naturaliste. L'auteur fait ainsi varier discrètement le dosage des ingrédients de chaque récit, que ce soit la situation de départ, sa localisation, les autres personnages, la forme du récit avec ou sans chute, la tonalité triste ou amusée, etc. Frédéric n'est pas présenté comme un héros surmontant le traumatisme de la séparation maritale, ni comme un père courage élevant seul ses enfants tout en continuant à travailler. le thème commun qui court tout du long de ces scénettes réside dans l'état d'esprit de Frédéric. Est-il dans la résignation ou est-il dans l'acceptation ? Il vit avec la modification de son statut affectif et par voie de conséquence social, sans trop savoir quelle direction donner à sa vie, si ce n'est que de continuer à réaliser les tâches du quotidien. Clarke sort des sentiers battus, de sa série Mélusine, ou de ses récits avec d'autres auteurs, pour une série de vingt-neuf histoires courtes comprenant entre deux à six pages. Elles présentent comme point commun de concerner Frédéric, un auteur de BD qui vient d'être quitté par son épouse et qui porte le même nom que l'auteur. le lecteur tombe vite sous le charme de cet homme calme en toute circonstance, avec une narration visuelle simple en surface, sachant bien transporter le lecteur dans des endroits différents, auprès d'êtres humains agréables et vivants. Au fil de ces situations douces-amères, le lecteur ressent de l'empathie pour cet homme gentil qui ne mérite pas de se retrouver dans cette situation, de la compassion pour cet être humain faisant le travail de deuil de sa relation, de manière inconsciente, oscillant entre résignation et acceptation. Visiblement séduit par ce format, Clarke a ensuite réalisé des histoires courtes en quatre pages dans un format de quatre cases par page, avec un noir & blanc tout en contraste, pour des récits très noirs Réalités obliques
Superman - Identité secrète
Les superpouvoirs ne répondent pas aux questions de fond. - Il s'agit d'un récit complet indépendant de tout autre, initialement paru en 4 parties en 2004. le scénario est de Kurt Busiek, les dessins et la mise en couleurs de Stuart Immonen. L'histoire commence en 1990 pour l'anniversaire de Clark Kent. Une fois de plus, une partie de la famille a trouvé approprié de lui offrir un comics de Superman (quand ce n'est pas des figurines de ce superhéros). Une fois de plus, il éprouve une forme de lassitude et de dépit à l'idée que ses parents (Laura & David) aient pu trouver intelligent de le prénommer Clark, comme Superman. Alors qu'il se rend en cours au lycée de sa ville (Picketsville, dans l'Arkansas, assez similaire à Smallville), il se fait charrier par un groupe de camarades de classe sur son manque de superpouvoirs. Peu de temps après, il se détend en faisant une excursion dans la nature environnante, et en passant une nuit à la belle étoile. Il a la surprise de s'éveiller en plein ciel, au dessus de son bivouac. Il a des superpouvoirs. du coup, il devient une victime moins facile pour ses camarades (même s'il dissimule la vérité sur sa découverte). Il demande ingénument à sa mère s'il a été adopté, en estimant qu'il ne peut pas vraiment se fier à sa réponse négative. Il utilise ses pouvoirs ne manière à ne pas se faire voir, pour profiter de la solitude et de la beauté d'espaces naturels inviolés, et pour porter secours (sans se faire voir) à des individus victimes de catastrophes naturelles, ou lors d'accidents (avions en détresse par exemple)... jusqu'à ce que quelqu'un prenne une photographie flou d'un point dans le ciel, et que Wendy Case (une journaliste) relie cette apparition à des sauvetages miraculeux et providentiels dans la région. L'équipe de créateurs de cette histoire est alléchante. Kurt Busiek auteur de comics de superhéros inoubliables (comme Marvels avec Alex Ross, pour Marvel Comics), capables de se servir du genre superhéros pour écrire des histoires sur tous les thèmes possibles comme il l'a prouvé avec sa propre série Astro City (Des ailes de plomb). Stuart Immonen dessinateur de premier plan de comics de superhéros comme les X-Men (All New X-Men avec Brian Michael Bendis), ou de comics plus personnel avec sa femme Kathryn (par exemple Clair-obscur). Dans son introduction, Kurt Busiek explique qu'il est parti de l'idée d'une ancienne histoire de Superboy d'une terre alternative et qu'il s'agissait d'un projet qui lui tenait à cœur depuis plus de 15 ans, mais que le résultat est assez éloigné de son idée de départ. Il ajoute qu'il a souhaité à nouveau prouver que la métaphore du superhéros peut s'appliquer à plusieurs sujets. Il remercie profusément Immonen pour son apport déterminant. Au cours du premier chapitre, le lecteur éprouve une terrible sensation de déjà lu, en particulier une version plus naturaliste (et moins intéressante à la fois sur le plan graphique et sur le plan narratif) de Les saisons de Superman (1998) de Jeph Loeb et Tim Sale. Ce Clark Kent d'une terre alternative découvre qu'il a les superpouvoirs de Superman et se demande qu'en faire. le point de départ déconcertant s'efface devant une énième redite de la phase de découverte des pouvoirs et de recherche de leur utilisation. Certes le point de départ est un peu différent : il n'y a aucun autre individu doté de superpouvoirs, il n'est pas question d'une lointaine planète Krypton, la journaliste s'appelle Wendy Case (et pas Lois) et les parents de Clark ne se prénomment pas Martha et Jonathan. Mais pour le reste, Busiek développe le même parcours que Loeb, avec une sensibilité très proche. L'approche esthétique d'Immonen diffère fortement de celle de Tim Sale. Il a choisi un style plus réaliste à la fois dans la manière de représenter les personnages et dans les couleurs. Immonen réalise des dessins très aboutis, qu'il a ensuite complété par ordinateur pour les couleurs et les aplats de noir. du coup certaines surfaces font penser aux rendus des crayonnés de Gene Colan lorsqu'ils étaient reproduits sans encrage à la fin de sa carrière. Cela donne l'apparence d'un ombrage nuancé, très sophistiqué, avec une texture inégalable. Le scénario de Busiek privilégie les scènes de la vie ordinaire, dans lesquels Immonen fait preuve d'une justesse étonnante. Il dessine chaque personnage de manière réaliste, mesurée, tout en étant expressive. Il conçoit des mises en scène sophistiquées qui évitent les cases composées uniquement d'une tête en train de parler avec son phylactère afférent, pour des mouvements de caméra incluant les personnages, les gestes qu'ils accomplissent et leur environnement. Pour ces derniers, Immonen inclut les décors dans plus de 80% des cases, sans les surcharger. Il utilise avec une grande discrétion l'infographie pour inclure des éléments réels dans les arrière-plans, avec parcimonie pour ne pas donner l'impression d'un roman-photo, juste une touche de ci de là pour accentuer le naturalisme. Il le fait avec un tel doigté que le lecteur le plus observateur aura bien du mal à distinguer ce qui relève de l'intégration d'une photographie, de ce qui a été dessiné à la main. Il utilise le même style pour les scènes impliquant Superman, prolongeant ainsi l'effet de normalité lors de ces scènes. … parce qu'il y a bien un Superman. Ce Clark Kent a décidé que la couverture la plus efficace serait encore de s'habiller comme le Superman des comics, pour mieux brouiller les pistes, et mieux entretenir l'idée que les rares fois où quelqu'un le voit, il s'agit d'un canular. Il n'est pas possible d'en dire plus sur le scénario sans gâcher la découverte du récit. Busiek a construit une histoire qui repose sur le monologue intérieur de Clark Kent, la manière dont il gère ses capacités particulières, la façon dont il avance dans la vie, ses relations avec les autres (y compris une certaine Lois… Chaudhari). Il a pris soin d'éclaircir les deux ou trois points délicats relatifs aux pouvoirs de Kent (la possibilité des prises de sang, ou le fait que ces pouvoirs soient identiques à ceux de Superman). Il joue sur la mise en abyme que constituent les références au Superman des Comics (références aux noms des personnages comme Lana Lang ou Jimmy Olsen), mais sans en abuser, sans que cela ne devienne la composante principale du récit qui aurait alors versé dans la parodie. Non, Busiek se contente de raconter la vie d'un jeune homme bien dans sa tête qui a la surprise de découvrir qu'il possède des capacités incroyables. Il le raconte très bien d'ailleurs : les objectifs et les doutes, les joies et les angoisses de ce Clark Kent ont une portée universelle dans laquelle il est facile de se reconnaître, de se comparer. Busiek a simplement écrit une histoire touchante, intelligente, sensible et parlant de la condition d'être humain, un bon roman en somme. Kurt Busiek et Stuart Immonen racontent l'histoire de Clark Kent qui n'est pas LE Superman, mais qui découvre qu'il a des superpouvoirs similaires dans un monde dépourvu de superhéros et de supercriminels. le premier quart parcourt un chemin souvent lu : Clark Kent s'interroge sur ce qu'il souhaite faire de ces dons, comme un adolescent en passe de devenir adulte cherche sa voie et sa place dans le monde. La suite montre que Busiek n'a rien perdu de sa capacité à utiliser les conventions du genre superhéros pour raconter l'histoire qui l'intéresse, celle d'un jeune homme plausible, sympathique et auquel il est facile de s'identifier, avec des dessins toujours intéressants, même dans les moments les plus banals.
Sláine
Danu la déesse mère - Ce tome fait suite à Slaine the king (en VO). Il contient une histoire complète, initialement parue en épisodes dans le magazine 2000 AD (progs 626 à 635, 650 à 656, 662 à 664 et 688 à 698) en 1989/1990. le scénario est de Pat Mills, et les dessins de Simon Bisley. C'est le premier tome en couleurs des aventures de Sláine. À la fin du tome précédent, Sláine était couronné roi de sa tribu. Mais il lui restait encore à unifier les 4 tribus d'Irlande derrière un même chef pour lutter contre un envahisseur monstrueux, et ainsi libérer le pays de Tír na nÓg. La première séquence montre le nain Ukko, des années plus tard, en train d'écrire l'histoire de Sláine. Il évoque en une dizaine de pages ses aventures jusqu'alors, ainsi que les forces en place, de l'histoire personnelle de Sláine (sa relation avec Niamh, ses spasmes de déformation) aux déités (Danu la déesse mère et Lug le dieu solaire), en passant par les ennemis (Medb, Lord Weird Slough Feg, les seigneurs Drune, les fomorians) et leurs déités (Crom-Cruach, les dieux de Cythrawl), sans oublier la ferme des dragons. Contre l'avis de Cathbad (le prêtre de sa tribu), Sláine décide de rassembler les trésors des autres tribus. Il dispose déjà du Chaudron de Sang, il manque l'Épée d'argent lunaire de Gorias, la Lance incandescente du soleil de Finias et la Pierre sacrée du destin de Falias. Mais avant, il doit se présenter devant la déesse mère. Il entreprend une descente dans le Chaudron de Sang pour obtenir audience. Dans la postface, Pat Mills ironise sur le fait que Simon Bisley était un fan de Conan et qu'il était venu pour dessiner les aventures d'un barbare belliqueux et bagarreur. Il explique que la confrontation du point de vue de Bisley avec le sien a abouti à une histoire hors norme de Sláine. Effectivement lorsque Sláine s'empare de la Lance et que la Pierre se met à gémir, il est possible de repérer un sosie de Conan faisant une drôle de tête. Dès la scène d'introduction, le lecteur prend conscience que les auteurs sont passés au niveau supérieur. Pat Mills prend soin de créer un dispositif narratif qui présente ces aventures de Sláine dans un cadre mythologique, le vieux compagnon du héros écrivant ses mémoires, relatant des faits inscrits dans L Histoire. Dès cette scène, les images de Bisley transportent le lecteur dans un ailleurs d'une rare densité, d'une rare intensité. Il a réalisé ces pages à la peinture, mêlant plusieurs techniques, laissant les couleurs transcrire les émotions des personnages. C'est ainsi qu'apparaît un vieux nain, au visage ridé, à l'expression lasse, à la silhouette voutée, dans des teintes sombres d'un rouge incandescent. le lecteur ressent avec force cette atmosphère alourdie par la mort qui se rapproche, et la nostalgie du temps passé. Dès la deuxième page, les couleurs sont plus vives pour évoquer les aventures de Sláine. Dès la deuxième page, le lecteur constate la démesure des images conçues par Bisley. Les guerriers ont des corps de culturiste, la chair est prise de soubresauts violents sous l'effet du spasme de déformation, les armures sont ouvragées à la déraison. Bisley rend hommage à Frank Frazetta et à Richard Corben, tout en conservant une exagération qui lui est propre. Très rapidement le lecteur comprend que les dessins de Bisley ne doivent pas être pris dans un premier degré purement figuratif, mais dans un second degré teinté d'expressionisme. Cette approche graphique est en parfaite harmonie avec le récit de Pat Mills. Pour ce quatrième tome des aventures de Sláine, il a décidé d'embrasser pleinement la mythologie celte, délaissant les aventures spatio-temporelles précédentes. Il va piocher dans le Lebor Gabála Érenn (entre autres) en le débarrassant de sa réécriture catholique, pour développer une vision de la cosmogonie et de la société celtiques assez personnelle. C'est ainsi que dans la première partie, Sláine a une discussion de 8 pages avec Danu, exposant la suprématie de cette déesse, et donc la prééminence de la composante féminine dans la société celte, recréant à sa sauce le stéréotype du héros viril et triomphateur. Mills relativise la toute puissance de la virilité masculine, en ne lui accordant que la seconde place derrière la fécondité féminine, symbole de la terre nourricière. Cela ne diminue en rien les hauts faits guerriers de Sláine, la violence des combats, la force des coups, mais cela les place dans une autre perspective. D'un côté, le lecteur découvre une trame très classique de récit d'heroic-fantasy, avec tribus se battant contre un envahisseur monstrueux, aidé par des sorciers souhaitant la destruction de la race humaine. de l'autre côté, il plonge dans des coutumes et des rites d'une culture particulière (les celtes d'Irlande), et il voit d'un oeil neuf ces récits gorgés de testostérone, assujettis à une déesse participant à l'ordre de l'univers. Simon Bisey fait feu de tout bois tout au long du récit, hypnotisant le lecteur avec des visions dépassant les stéréotypes propres aux récits de barbares, refusant de reproduire les clichés visuels des histoires de Conan et consort, s'émancipant d'une représentation purement figurative, pour donner son interprétation de l'histoire. Sláine se coiffait à la mode celte, en sculptant ses cheveux en pointe ; Bisley lui fait des pointes évoquant le hérisson, certainement impossible à réaliser dans la réalité, mais parfaitement représentatives du piquant du personnage. Sláine porte une ceinture destinée à l'aider à supporter les spasmes de déformation ; Bisley en fait une énorme ceinture qui l'empêcherait de se pencher dans la vie de tous les jours, mais qui figure avec force l'énergie qu'elle doit contenir. Sláine rencontre la déesse Danu, Bisley n'en fait pas une frêle jeune fille taille mannequin, mais une femme épanouie. Un dragon prend part au combat ; Bisley n'essaye même pas de le naturaliser, c'est un monstre gigantesque aux dents innombrables et acérées, avec des griffes d'une taille démesurée. Loin d'assaillir le lecteur par une exagération constante, ces images le transportent dans un monde fantasmé, avec une grande cohérence interne, aux saveurs relevées. De son côté, Pat Mills semble avoir fait des efforts pour éviter les ellipses brutales dont il est coutumier, ainsi que les ruptures de ton sans concession du fait de transitions inexistantes. le dispositif d'Ukko narrant l'histoire des décennies plus tard apporte les transitions nécessaires d'une partie du récit à l'autre, et fournit des respirations humoristiques bienvenues, sans casser l'ambiance du récit. Son travail de recherche sur les mythes et légendes celtiques transparaît dans chaque scène, sans parasiter le récit, sans le transformer en un cours didactique. Ses personnages disposent tous d'une personnalité affirmée et de motivations réelles, sans recours à un altruisme peu vraisemblable. Si vraiment il fallait trouver des défauts dans ce récit, il serait possible de regretter les motivations trop basiques des ennemis et les rappels un peu trop lapidaires sur des éléments apparus dans les tomes précédents (pas d'explication sur l'importance ou la fonction du harnais de déformation, l'importance donnée aux dragons apparus dans le tome précédent, à commencer par Knucker). Mais ces éléments passent à l'arrière plan, balayés par le comportement truculent d'Ukko, la joie de vivre communicative de Sláine, sa vitalité, et la force du récit. Dans sa préface, Pat Mills ne prend pas de gant et énonce son point de vue sans ambages. Pour lui, "Horned god" est un récit d'exception grâce à la force de la vision de Bisley, et l'ambition thématique du récit. Il estime que la série ne retrouvera cette grandeur qu'avec l'arrivée de Clint Langley dans Geste des invasions. Effectivement, cette histoire bénéficie de la complémentarité et de l'osmose entre scénariste et dessinateur, tous les deux au summum de leur art. À eux deux, ils rejettent toutes les conventions propres à ce type de récit, pour transfigurer ce récit de genre (généralement à destination exclusive d'adolescents mâles) pour en faire une oeuvre littéraire abordant la nécessité de donner la première place aux femmes dans la société, une provocation d'une ampleur inouïe dans un récit de barbares tranchant des têtes à qui mieux-mieux. Malgré le départ de Simon Bisley, Pat Mills a continué d'écrire les aventures de Sláine dans Tueur de démon, illustré par Glenn Fabry, Greg Staples et Dermot Power.
La Balade de Lobo (Le Dernier Czarnien)
À tous les problèmes, une unique solution radicale : la violence - Ce tome contient les 2 miniséries (de 4 épisodes chacune) consacrées à Lobo : The last Czarnian en 1990, et Lobo's back en 1992, écrites et mises en page par Keith Giffen avec des dialogues d'Alan Grant, et dessinées et encrées par Simon Bisley (à l'exception de l'épisode 3 de Lobo's back dessiné et encré par Christian Alamy). The last czarnian - Lobo est un chasseur de primes extraterrestre au caractère irascible, violent et brutal, qui n'éprouve d'affection que pour ses dauphins de l'espace. Il s'est fait enrôler dans une police de l'espace appelée L.E.G.I.O.N. '89 (Licensed Extra-Governmental Interstellar Operatives Network), menée par Vril Dox (un extraterrestre de la planète Colu, surnommé Brainiac, et apparenté à l'ennemi de Superman du même nom). Dans cette première histoire, Lobo doit aller prendre en charge Miss Tribb (une enseignante dont il garde un mauvais souvenir). Lobo s'est engagé à la ramener vivante à Cairn, la planète servant de base à l'organisation LEGION. Non seulement, Miss Tribb a un caractère difficile, mais en plus elle invalide le fait qu'il ait réussi à exterminer tous les représentants de sa propre race. Enfin elle est l'auteur d'une biographie non autorisée de Lobo. Pour couronner le tout, la nature publique de cette mission d'escorte fait que plusieurs factions se mettent à sa poursuite pour régler des comptes. Lobo's back - le compte en banque de Lobo est au plus bas, mais il a la chance de trouver une proposition émanant de l'agence de Ramona : récupérer Loo, un individu en liberté conditionnelle qui s'est enfui. Alors que Lobo est sur sa trace, Loo pulvérise sa chambre d'hôtel au bazooka. Il s'en suit un duel homérique et sans pitié (= une véritable boucherie) et l'impensable se produit : Lobo meurt ; les problèmes commencent. Il se révèle être un hôte insupportable tant aux cieux qu'aux enfers. Que faire ? Au milieu des années 1980, Keith Giffen (au départ dessinateur) se fait remarquer en tant que scénariste avec son personnage loufoque Ambush Bug (en anglais), ridiculisant tous les codes des superhéros par l'absurde et la dérision, juste à coté de Superman et consorts. En 1987, il se voit confier les rênes de la Justice League International (en anglais) pour la relance de la série après Crisis on infinite earths. En 1989, il lance la série L.E.G.I.O.N. '89 (avec Alan Grant et Barry Kitson), sorte d'incarnation de Legion of Super-Heroes (à laquelle il a souvent collaboré en tant que dessinateur, avec Paul Levitz, par exemple The great darkness saga, en anglais) dans la continuité présente. Il en profite pour y incorporer Lobo (qu'il avait créé avec Roger Slifer dans la série Omega Men), comme mercenaire et chasseur de primes. Par la suite, Giffen explique que pour lui Lobo est une caricature moqueuse des personnages réglant leurs conflits par l'exécution sommaire de leur opposant (comme Wolverine ou le Punisher). Mais le lectorat consacre Lobo comme un anti-héros cool et fun. C'est parti pour quelques miniséries, quelques numéros spéciaux et même une série mensuelle qui durera cinq ans. Les maîtres mots de ces récits sont l'exagération, la testostérone débridée, l'absurde, l'humour, la caricature et le second degré. En tant que czarnian, Lobo a la capacité de guérir de n'importe quelle blessure (imaginez le pouvoir guérisseur de Wolverine, multiplié par 100, jusqu'à l'absurde), l'agressivité d'un Hulk d'un mauvais jour, et le machisme d'un Frank Castle en mode "je tue tout ce qui bouge". Cela aboutit à un récit très violent, jusqu'au sadisme en guise d'humour. Lorsque Lobo se rend compte que Miss Tribb reste capable de lui fausser compagnie, il lui coupe les jambes au dessus des genoux et elle passe les 2 épisodes suivants avec les moignons à l'air. Lorsque quelqu'un le fait attendre à un distributeur automatique de billets, il lui arrache les 2 bras que le lecteur voit voler en l'air le temps d'une case. Bisley dessine les personnages et les décors en ajoutant des petits trais fins et secs qui ajoutent une apparence griffée et acérée, renforçant l'impression de violence. Dans la deuxième minisérie, il ajoute encore des petites taches d'encre qui donne une impression de saleté, accentuant le caractère malsain des images. Il faut également rappeler que l'une des armes de Lobo est un crochet de boucher. En comparant les 2 miniséries, il est même possible de constater que Bisley montre plus en détails les blessures et les plaies dans la deuxième (un niveau même étonnant pour un comics tout public). Et le machisme alors ? Lobo a une carrure impressionnante, couplé à une résistance défiant les lois de la biologie, sans parler de ses capacités de récupération. C'est un biker de l'espace, il s'habille en jean, il a des belles bottes de motard, une boucle de ceinture en forme de crâne, une coiffure en pétard, des gros favoris, un gros engin entre les jambes (c'est un ange qui le constate lors de son passage dans le plus simple appareil, au Paradis), et il n'existe personne d'encore vivant qui pourrait se vanter de s'être moqué de lui. Il boit comme un trou, et il fume comme un pompier. Simon Bisley en fait un être musculeux (au delà du possible), prompt à montrer les dents, avec une chaîne (à très gros maillon) enroulée au tour de son poignet droit à laquelle pend le crochet de boucher, une grosse feuille de vigne lorsqu'il est tout nu, des veines saillantes dès qu'il utilise sa force... Lobo est le seul individu de la galaxie à rester menaçant en chemise hawaïenne. Par ces aspects, Giffen ne ment pas lorsqu'il indique que son intention était de monter en épingle les aspects bas du front, réactionnaires et extrémistes des superhéros ténébreux et brutaux. Au premier degré, Lobo est un individu à la violence pathologique, au style de vie égocentrique, avec une absence totale d'empathie pour son prochain (= une menace pour la société). Au second degré, il s'agit d'un défouloir irrésistible contre toutes les petites frustrations de la vie en société. Le pouvoir de divertissement de ces histoires ne se limite pas à ce jeu de massacre régressif et cathartique : chacun de ses créateurs apporte un degré supplémentaire d'excès humoristique. Keith Giffen n'éprouve aucune inhibition pour emmener son histoire au plus loufoque, tout en s'assurant que la succession de scènes forme un tout cohérent. À moins de lire ces histoires, vous aurez du mal à imaginer dans quelles circonstances Lobo participe à un concours d'orthographe (spelling bee) ou comment il organise un concert de death metal au Paradis, et quelle est sa réaction face à Death (oui, celle des Endless, la sœur du Sandman de Neil Gaiman, il ne respecte vraiment rien ce Giffen). Simon Bisley est très à l'aise du début jusqu'à la fin pour fournir des images à la démesure du scénario. le lecteur attentif remarquera quelques graffitis à l'unisson des goûts musicaux de Lobo (et de ceux de Bisley) : Ramones, Danzig, Steve Vai, Nuclear Assault, etc. Bisley a un don pour la représentation de la violence à des fins comiques : à la fois elle fait mal et elle fait sourire par son caractère exagéré. Il est impossible de se retenir de sourire quand il écrase avec ses poings de petits êtres tout mignons qui essayaient de l'aider, mais qui ont fini par l'exaspérer avec leur gentillesse : un massacre gratuit et drôle du fait de l'extermination de ces gentils gugusses. Si la première histoire évite d'être trop graphique dans les horreurs, pour la deuxième cette restriction est levée et l'humour visuel à base d'ultraviolence fait des grosses taches. Par exemple, Lobo envoie son poing dans la tête d'un soldat. La partie supérieure du crâne est désolidarisée de la partie inférieure avec du sang, un gros bruit d'arrachement et de la matière corporelle qui gicle. Âmes sensibles s'abstenir. Il y a aussi le cas du gérant du transit des âmes dont le visage subit une vilaine maladie de peau pustuleuse qui va croissante au fur et à mesure que le problème posé par Lobo prend de l'ampleur. C'est très drôle de voir ainsi se manifester physiquement la perte de contrôle de cet individu, c'est aussi très répugnant. Il faut voir également Lobo descendre une escadrille d'anges, ou s'en prendre à des dieux de panthéons divers. L'apport d'Alan Grant est également impressionnant. À l'époque Keith Giffen n'avait pas confiance dans sa maîtrise de la langue anglaise, et il travaillait avec des scénaristes chargés de peaufiner les dialogues (comme J.M. DeMatteis pour la série Justice League International). Alan Grant était déjà connu pour avoir développé la version de référence de Judge Dredd (avec John Wagner) et il s'était installé sur la série Detective Comics (une série consacrée à Batman). Il écrit des dialogues concis et ciselés donnant une vraie façon de s'exprimer à Lobo. La force de ses dialogues éclate lorsque les petits êtres tout mignons parlent à Lobo en faisant rimer leur fin de phrase : hilarant. Les remarques acerbes et méprisantes de Miss Tribb valent leur pesant de cacahouètes et le mode d'expression de Vril Dox évolue au fur et à mesure qu'il perd de sa superbe et qu'il se rend compte de l'ampleur des dégâts. Il ajoute des extraits de la biographie non autorisée dans la première histoire. Avec ces deux histoires, le lecteur découvre un personnage dérivatif et caricatural, dans des récits délirants, baignant dans une violence exacerbé et un humour ravageur allant de dialogues vifs et drôles, à des dérapages contrôlés dans l'absurde, avec des illustrations au diapason, ajoutant encore à l'humour noir. La série mensuelle n'a pas fait l'objet de réédition.
In the land of leadale
Bien content d’avoir pu emprunter les 4ers tomes, j’aime bien le genre Isekai et l’avis de Ro m’avait assez intrigué pour découvrir la série. Ce style de récit n’est pas bien profond mais reste généralement distrayant. Je classerai même la présente série dans le haut du panier, je l’ai trouvé très agréable à suivre. Pourtant il ne s’y passe pas encore grand-chose, il n’y a pas de véritable fil rouge mais on y trouve de bonnes idées, c’est léger et feel good. Notre héroïne se voit réincarnée dans son personnage de jeux vidéos (une elfe au sommet de sa puissance) mais 200 ans après l’époque qu’elle connaissait. Ce monde de Fantasy a depuis évolué : les joueurs humains ne sont plus présents, le niveau magique a régressé, la politique et territoires modifiés … bref l’héroïne, qui ne craindra personne, est un peu perdue et nous découvrirons ce nouveau monde en même temps qu’elle. Du classique mais bien foutu, le dessin est bon, les péripéties sympatoches (le coup des enfants m’a bien fait marrer). On saupoudre d’un peu de mystère et d’humour pour un bon moment détente. 3,5
Pepper et Carrot
C'est original, drôle, mignon, superbement illustré et gratuit ! Que demander de plus ? Cette BD pleine de fraîcheur est une agréable découverte que vous pouvez lire gratuitement sur le site de l'auteur ou l'acheter en version papier. La lecture en ligne présente l'avantage d'offrir parfois de petites illustrations animées sur certaines cases, apportant un petit plus. Bien que très rares et non essentielles pour comprendre et apprécier l'épisode en question. Les épisodes sont courts, mais maintiennent une continuité dans les nouveaux éléments et respectent une chronologie, ce qui est vraiment sympa. Franchement j'ai été surpris par la qualité de l'écriture, simple mais efficace ! et surtout par le style numérique, riche en détails, avec des idées bien utilisées et une très belle colorisation. Une BD jeunesse qui ravira aussi bien les enfants que les adultes !