Les derniers avis (39892 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Wolverine - Possession
Wolverine - Possession

Logan a décidé de se ressourcer au Canada, à Dawson City dans le Yukon. Il boit une bière tranquille tout seul à sa table, avant d'être entraîné dans une bagarre. Une fois sortie en charmante compagnie, il est assailli d'images mentales et de sensations liées à la furie animale, et à la soif de tuer pour voir le sang couler. Il est également assailli physiquement par un groupe d'individus grands, élancés, couverts d'une fourrure blanche qui enlève la femme qui l'accompagnait. Il se lance à leur poursuite dans l'immensité neigeuse et sauvage. Le lecteur peut ressentir l'influence de Wolverine de Chris Claremont et Frank Miller dans la première pleine page (visuellement) et dans cette histoire de chasse et d'animalité. Néanmoins, Davis ne se contente pas d'un récit "à la manière de..". Il utilise comme Claremont et Miller, le flux de pensée de Logan, dans de brèves cellules de texte, pour transmettre sa confusion mentale sous l'assaut de ces sensations primaires. Il insère une composante surnaturelle importante, et une légère touche de science-fiction, pour un récit dans lequel Wolverine est complètement dans son élément, entre étendues sauvages enneigées, et tiraillement entre son coté animal et ses aspirations civilisées. Il est visible que Davis a passé du temps sur ses dessins (plus sur les personnages que sur les décors), avec un encrage méticuleux de Neary. L'environnement enneigé permet à Davis & Neary de s'affranchir des arrières plans pour un fond blanchâtre avec quelques jeux de lumière, transcrivant les étendues neigeuses. le soin apporté aux personnages permet d'éviter l'effet scène de théâtre vide de décor pour les différentes séquences. Davis et Neary réalisent une histoire originale de Wolverine respectant ses caractéristiques principales, avec une petite réflexion sur ses aspirations et ses craintes les plus intimes.

09/09/2024 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série Thorgal Saga - Shaïgan
Thorgal Saga - Shaïgan

Ce troisième tome ne s'inscrit pas dans le meilleur des cycles de Thorgal, pourtant Yann s'en sort assez bien avec ce hors série. C'est pourtant curieux d'avoir confier à Yann et Surzhenko, les deux auteurs de deux séries dérivées de Thorgal, la réalisation de ce hors série.Nous sommes loin de l'idée géniale d'aller trouver Robin Recht pour "Adieu Aaricia". Et passons aussi sur le tirage spécial, dans lequel j'ai lu cette aventure, exclusivement en noir et blanc, contrairement aux deux premiers tirages spéciaux des précédents albums . Revenons à l'album, que j'ai trouvé nettement meilleur que Thorgal Saga - Wendigo qui ne m'avait pas entièrement convaincu. Ici Yann nous livre une aventure que l'on aurait pu trouver dans la série mère. Pour une fois, Yann ne nous accable pas de références inutiles et j'ai été littéralement séduit par cette nouvelle quête de notre immortel héros. N'ayant lu ni "Louve", ni "la jeunesse de Thorgal", je découvre le dessin de Roman Surzhenko et il s'inscrit parfaitement dans les pas de Rosinski. Un scénario solide, avec un dessin qui m'a séduit dans sa version noir et blanc, bref j'ai passé un très agréable moment.

09/09/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série J'aurais voulu voir Godard
J'aurais voulu voir Godard

Bande dessinée d’idées ou une idée de la bande dessinée ? - Ce tome contient un récit autobiographique complet, s’appréciant mieux avec une connaissance élémentaire du réalisateur Jean-Luc Godard et de quelques-unes des caractéristiques de ses films. Sa parution initiale date de 2023. Il a entièrement été réalisé par Philippe Dupuy. Il comprend cent pages de bandes dessinées, certaines en noir & blanc, d’autres en couleurs. Il se termine avec une liste de référence des films cités ou évoqués dans l’ouvrage : Visages villages (2017) d’Agnès Varda & JR, Orphée de Jean Cocteau (1889-1963), ainsi que dix-neuf films de Godard : À bout de souffle (1960), Le petit soldat (1960), Une femme et une femme (1961), Vivre sa vie (1962), Les carabiniers (1963), Le mépris (1963), Bande à part (1964), Alphaville (1965), Pierrot le fou (1965), Masculin féminin (1966), Made in USA (1966), Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967), Week-end (1967), One + One (1968), Vladimir et Rosa (1970), Passion (1982), Prénom Carmen (1983), Je vous salue Marie (1985), Novelle vague (1990). Cette page référence également une citation de Robert Redeker provenant d’un entretien donné par JLG aux Cahiers du cinéma le dix-huit septembre 2019, et en page soixante-dix-neuf une évocation d’œuvres de Paul Klee, Edgar Degas, Pablo Picasso, Henri Matisse, Auguste Renoir, Amadeo Modigliani, Vincent van Gogh Philippe est en route pour aller voir JLG. Enfin, disons plutôt qu’il est en route pour ne pas le voir. On plus précisément, il veut s’assurer qu’il ne le verra pas. Un jour il est tombé sur une citation de Godard. Celui-ci déclarait que s’il savait dessiner, il y aurait beaucoup de dessins. C’est quelque chose que le cinéaste regrette, ça, d’avoir oublié. Il savait un peu dessiner, et puis il n’a pas pratiqué ça ; et aujourd’hui il a un peu la flemme, mais il aimerait bien savoir dessiner, même pas habilement comme les dessinateurs de bandes dessinées, sans talent, mais dessiner à peu près correctement, dessiner quelque chose, il pense qu’il s’en servirait beaucoup. Déclaration faite dans Introduction à une véritable histoire du cinéma, Paris, Albatros, 1980. Au volant de sa voiture, Philippe a conduit sur l’autoroute, franchit des villes, des villages, des forêts, d’autres villes, des routes pour automobiles le long d’un pont avec des arches, d’une suite de poteaux électriques, d’un mur antibruit, et enfin il a pris la sortie pour Rolle. Dans cette commune de Suisse du canton de Vaud, il parcourt les rues très tranquilles. Il cherche la maison de JLG : la trouver ou pas ? Il repense à la fameuse scène du film d’Agnès Varda dont tout le monde lui parle dès qu’il dit qu’il va aller à Rolle pour essayer de voir Godard. Dans Visages Villages, Varda et le coréalisateur JR s’arrêtent devant la maison de Godard : ils ne voient pas de sonnette, c’est fermé à clé. JR toque à la porte. Pas de réponse. Varda remarque un mot posé sur la porte : À la ville de Douarnenez, Du côté de la côte. Elle comprend qu’il évoque la mémoire de son époux Jacques Demy. Charles Dupuy et Philippe Berberian ont formé un duo réalisant des bandes dessinées à quatre mains pendant vingt-cinq ans de 1985 à 2009, comme les séries Henriette, Monsieur Jean, ou Boboland. Puis, ils s’en sont allés chacun de leur côté, le dernier réalisant des œuvres plus aventureuses comme J’aurais voulu faire de la bande dessinée (2020), Peindre ou ne pas peindre (2021), Mon papa dessine des femmes nues (2022). La couverture avec son esthétique très particulière peut rebuter : prééminence de graphies irrégulières et hétéroclites, collage de petits dessins proches de l’esquisse. La quatrième de couverture s’apparente à un format de bandes dessinées, formulant explicitement les réticences du potentiel lecteur : encore un biopic, Godard est insupportable, incapacité à voir un seul de ses films jusqu’au bout. En page soixante-sept, l’auteur met en scène des réactions de lecteurs à sa bande dessinée : Qui aime entrer dans un album de BD comme on enfilerait des vêtements confortables à force d’être usés va être désarçonné. Difficile de mettre des mots sur des albums échappant à toute étiquette. Graphisme très rudimentaire. On a l’impression d’avoir un story-board entre les mains, avec des dessins corrigés grossièrement au Tipp-ex. Inclassable. Dessin faussement jeté. C’est un livre difficile et prétentieux. Ces dessins malhabiles faits de la main gauche avec cette justification… Ça pose le livre du côté d’un art conceptuel qui gave toujours. Ça fait poseur. C’est une bande dessinée à la frontière. Plus de questions que de réponses. Le lecteur sourit en se disant que ces objections peuvent être transposées aux films de Godard. Quelle étrange envie également de raconter une rencontre qui ne se fait pas. Au fil des réflexions de l’auteur, le lecteur relève encore le constat de Dupuy : le voilà sur un malentendu, au beau milieu d’un livre en forme d’interrogation qui prend des allures de labyrinthe. Et les remarques d’un avatar du cinéaste s’adressant à Dupuy : En fait vous vous dîtes que vous faîtes là un livre foutraque. Foutraque et égaré. Mais arrêtez donc de vous excuser. Vous craignez qu’il soit incompréhensible ? Et alors ? Dîtes-vous que ce sont parfois les autres qui sont incompréhensibles. Ainsi bien conscient de ses a priori sur la narration visuelle et sur le thème en lui-même, le lecteur sait qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même d’avoir choisi une telle bande dessinée, et qu’il s’y lance en toute connaissance de cause. Tout du long de ces cent pages, il va retrouver des marques et des artefacts de la réalisation artisanale de l’ouvrage : une pince double clip pour la page de titre pour montrer qu’il s’agit d’une pile de feuilles mises ensemble, un fond légèrement grisé pour chaque feuille pour évoquer un papier d’une qualité pas parfaite (vraisemblablement les photocopies authentiques et non retouchées des pages réelles) ; des dessins malhabiles avec des contours pas assurés et tremblotants, des textes écrits sans ligne bien droite, des mots en majuscule pour les faire ressortir, des mots parfois écrits au feutre rouge ou bleu, des petits rectangles de papier comme collés sur la page, quelques minuscules photographies au gros grain, incorporées au petit bonheur sur une page ou une autre, des graphies expérimentales évoquant un psychédélisme bon marché, une longue séquence muette sous influence onirique ou flux de pensées (pages 24 à 38), des éléments schématiques, etc. Et pour autant, les pages se lisent toutes seules, sans difficultés, sans problème de déchiffrage, ou de logique séquentielle d’une case à l’autre. Le bédéiste maîtrise sa narration visuelle, même si l’apparence peut paraître malhabile. Le lecteur identifie aisément tout ce qui est représenté : les différentes zones traversées en voiture pour se rendre à Rolle, les conversations avec un avatar de Jean-Luc Godard dans un café, dans une barque sur le lac, dans son musée imaginaire, dans son bureau, l’extrait du film Visages Villages, la séance de dédicaces, l’évocation de l’état d’esprit de l’enfance, la reconstitution d’une scène du film Le mépris (1963), etc. En consacrant un peu d’attention, le lecteur relève la maîtrise des techniques de narration visuelle : des plans de prise de vue sophistiqués pour rendre visuellement intéressantes des conversations entre deux personnages assis, le recours au collage, la mise en œuvre de symboles jouant parfois sur les formes, parfois sur les couleurs pour relier entre eux des éléments distants de plusieurs pages, la déconstruction du dessin de la silhouette humaine sous forme d’ellipses rouges et de cercles bleus, quelques images conceptuelles allant jusqu’à l’abstraction, le jeu sur la forme des cases jusqu’à les transformer en des cubes, c’est-à-dire des éléments en trois dimensions qui s’assemble ou se bousculent sur la page en deux dimensions, de courtes expressions inscrites dans la perspective d’un dessin comme pouvait le faire Steve Ditko, des dessins minuscules accolés les uns aux autres, avec les mots dissociés disposés dans une colonne à part ou en dessous, un escalier en spirale rappelant la structure en double hélice de l’ADN, des facsimilés de tableaux classiques, etc. Le lecteur accompagne l’auteur dans un voyage qu’il devine destiné à l’échec : d’ailleurs la visite futile d’Agnès Varda l’annonce, surtout en se disant qu’elle est plus légitime que Dupuy pour imposer ou même solliciter cette visite au réalisateur. La solution narrative s’impose d’elle-même : introduite par la citation Déjà la fiction l’emporte sur le réel (extrait de Made in USA), Philippe Dupuy commence par discuter avec un autre lui-même, tous les deux assis à la même table dans un café, puis JLG lui-même entre dans ce café et s’assoit à une autre table, indiquant explicitement à Dupuy qu’il n’est pas là, pas plus qu’ils ne sont deux. Tout cela, c’est quelque chose que le bédéiste fait parce ça l’arrange, c’est ce qu’on appelle un procédé. Il s’engage ainsi une discussion interne sous une forme de discussion entre personnages, dans différents lieux. Le lecteur voit que l’auteur met en scène sa démarche d’apprivoisement du créateur Jean-Luc Godard, au travers de ses œuvres, de quelques interviews et déclarations, de ce qu’il lui est possible de percevoir pour décortiquer sa démarche créative, son mode d’expression artistique, et, plus difficile, ce qu’il exprime, ce qu’il fait. Philippe Dupuy se montre un narrateur prévenant, même s’il craint d’être incompréhensible. Par ce mode de dialogue entre ses interrogations d’auteur et les créations du cinéaste, il fouaille sa démarche artistique, avec une honnêteté remarquable et une intimité pudique, une humilité sincère en se comparant à un monstre sacré en la matière, sans renier le caractère intellectuel de sa démarche. Il l’assume avec une citation de Simone de Beauvoir, dans Les mandarins (1954) : Je suis une intellectuelle. Ça m’agace qu’on fasse de ce mot une insulte : les gens ont l’air de croire que le vide de leur cerveau leur meuble les couilles. Une bande dessinée qui n’est pas pour tout le monde : c’est une évidence dès la couverture, et il suffit de lire le titre ou de la feuilleter pour en avoir la certitude. Pour autant, il s’agit d’une lecture très accessible, facile même. L’apparence hasardeuse et bâclées des dessins se dissipe dès la première séquence : la narration visuelle s’avère solide et fluide, avec la mise en œuvre de nombreux outils spécifiques à la bande dessinée, en toute simplicité. Un auteur parle de sa recherche de sens dans sa démarche artistique en imaginant un dialogue avec l’un des auteurs les éminents du vingtième siècle. À l’opposé d’un pensum vaniteux et stérile, le lecteur voyage dans un questionnement essentiel et vrai, sur le sens à donner ou à rechercher à son métier, à l’acte de s’exprimer, à la façon de s’extraire des schémas habituels, un peu comme Edmond Baudoin peut questionner les modalités d’expression dans Le corps collectif : Danser l’invisible (2019).

09/09/2024 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un homme de goût
Un homme de goût

Après lecture de ces deux tomes, on se rend compte que Pizza Roadtrip n’était qu’une entrée de choix (appétissante et fort réussie) mais le plat de résistance le voici ! Cha et Eldiablo remettent donc le couvert avec ce récit exceptionnel sur bien des points. Il y avait fort longtemps que je n’avais pas été aussi surpris autant par une histoire aussi originale que par son traitement graphique : j’ai rarement autant ressenti une harmonie parfaite entre le scénario et sa mise en scène. Parler de l’histoire m’est par contre bien plus compliqué. Il y aura donc les gens qui auront gouté à ce récit et qui savent au vu des avis précédents qu’on est devant une œuvre atypique mais il y a les curieux comme moi avant cette lecture qui n’aimeraient pas qu’on en dévoile trop tant le plaisir de la découverte se veut ludique et attractif. Il s’agit essentiellement d’un face à face entre deux êtres que tout oppose : le mal absolu d’une part et sa nemesis. La conversation va amener bien des explications au rythme élevé sous forme de flashbacks sur plusieurs époques au parti graphique différent : estampe orientale, traitement rétro, image doublée ou couleurs kitsch et j’en passe : il y en a pour tous les styles. Chacune de ces histoires pourrait presque être pris à part comme une anthologie regroupée par un fil rouge mais cela permet de construire la légende autour du personnage principal. Personnage principal au traitement vraiment inédit et original : déjà j’ai peu de souvenirs d’avoir eu connaissance d’un tel antagoniste et la construction du récit rappelant fortement celle du film « Usual Suspects », on sent les influences pulp comme de contes pour enfants d’Eldiablo qui livre ici probablement à mes yeux son meilleur travail avec Monkey Bizness. Quant au dessin de Cha, s’il ne paraissait pas adapté à l’origine vu la gravité du récit (certaines scènes sont à déconseiller pour leur traitement graphique et leur cruauté), l’autrice s’en sort haut la main en appliquant une touche et une mise en scène inédites ! Depuis Pizza Roadtrip, je ne doutais en aucun cas de son travail mais après avoir reposé ce livre, je ne peux même plus m’imaginer un autre dessin que le sien et ce n’est pas un mince compliment. Ajoutons à cela quelques twists (dont un dernier que je n’avais pas vu venir malgré les indices posés ici et là) relançant constamment l’intérêt de cette lecture et on tient ici un ouvrage qui fera date et met les crocs au sens propre comme figuré. D’ailleurs, Eldiablo comme Cha, si vous m’entendez : remettez le couvert s’il vous plait : ON A FAIM !

09/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Torrents d'amour
Torrents d'amour

Eh bien moi, contrairement à mon prédécesseur, j’ai vraiment bien apprécié cet album. Il faut dire que je suis plutôt client de ce style d’humour, un chouia con et décalé. Le principe de ces strips est quasiment toujours le même. A savoir un homme qui déclare sa flamme à une femme et qui, malheureusement pour lui, rate quelque chose. Un mot de trop, un peu trop direct, trop con, trop salace, trop je ne sais quoi (pas assez romantique souvent sur la fin !), et donc il se prend un râteau (et parfois une baffe). On pourrait aisément résumer ces histoires en disant qu’à chaque fois l’homme n’arrive pas à bien conclure (dans tous les sens du terme !). Ce sont donc la plupart du temps des monologues, et Jean-Christophe Mazurie réussit le plus souvent à bien mener ces monologues, avec une chute surprenante, en tout cas amusante (le ratage du mec dans sa déclaration donc). Le dessin est minimaliste, statique, mais pour ce genre de strips, ça fonctionne très bien. Quelques personnages à longs nez effilés (à la Voutch). Mais c’est globalement suffisamment expressif pour que l’humour fonctionne (même si ce sont surtout les textes qui servent d’agitateur de zygomatiques). Un album jamais réellement hilarant, mais le plus souvent drôle. Une lecture plaisante en tout cas. Note réelle 3,5/5.

09/09/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Mon ami Pierrot
Mon ami Pierrot

Le premier Jim Bischop que j'ai lu a été un coup de cœur, cette lecture confirme mon impression quant à l'auteur : il est à suivre ! Si "Mon ami Pierrot" emprunte beaucoup à Myazaki et son fameux Le Château ambulant, sans aucun doute, le récit est bien différent du film cité ici. Parlons plutôt d'inspiration ou de réécriture bien différente. Et maintenant que j'ai lu deux BD de l'auteur, je commence à distinguer des éléments qui reviennent, mais sans jamais se répéter. L'histoire est longue et n'a pas réellement d'intérêt à être résumée. Sur le canevas mille fois vu (et qui personnellement m'énerve !!) de la fille qui va être mariée de force et aimerait vivre une autre vie parce qu'on l'oppresse, Jim Bishop a réussi à sortir une histoire qui va bien au-delà de simple considération du genre "vie ta vie, tu es libre !". Et j'ai énormément apprécié ! Déjà, le récit comporte de la magie, mais bien plus dangereuse et violente qu'on pourrait l'imaginer. Il y a une vraie question de ce que la magie peut être, ce qu'elle cause et les problématiques qu'on peut déclencher. A ce sujet, j'ai été bien surpris sur le climax ! D'autre part, même si la question de l'opposition entre religion intolérante et paganisme chamanique est encore présente (autre cliché qui m'énerve), le traitement de la religion est ici bien plus proche de la seule foi que du culte oppressant style inquisition. C'est avant tout un personnage qui se retrouve embrigadé par sa foi et qui va se pousser presque jusqu'à la folie avec celle-ci. Donc l'auteur utilise des outils de narration que je trouve personnellement éculé, mais il les utilise d'une bonne façon et surtout pour un propos qui m'a semblé très réussi. C'est la question de la liberté individuelle (qui confine parfois à l'égoïsme, semble dire la BD) mais aussi de l'aveuglement, enfermé dans nos carcans sociaux (famille, éducation, religion). Et face à cela, il y a l'aventure, la liberté, l'exotisme ! Et tout les dangers que cela comporte ... Notamment l'un des mieux mis en scène par la Baba Yaga dans sa maison en pattes de poule : arriver à voir clair dans nos vies et comprendre ce qui nous pousse. C'est toute la violence du récit et l'intérêt de l'acte final : être au clair sur nous-même et nos vies, ne pas s'illusionner, ne pas jouer l'autruche. C'est une BD très intéressante, utilisant ingénieusement des clichés d'histoire pour des leçons de vies bien moins manichéennes qu'il n'y parait. C'est plus adulte qu'une banale histoire de fille qui veut s'échapper d'un monde trop oppressif, et ça fait du bien de voir le sujet traité avec un sérieux et une gravité inattendu. Le dessin de Bischof est assez proche de ce que j'ai lu dans Lettres perdues mais si je dois pinailler, j'avoue que certaines fois les visages de face étaient étranges, notamment entre Cléa et sa mère qui se ressemblent beaucoup. Mais j'ai beaucoup aimé tout de même, surtout l'utilisation des couleurs et la violence graphique qui peut jaillir parfois d'une page à l'autre. Franchement intriguant de prime abord, le récit s'est vite dévoilé comme fascinant et même violent, avec une question au centre de celui-ci qui m'a interpellé. Jim Bishof trouve un équilibre dans son récit qui ne vire jamais à la glorification d'un personnage, mais aux questionnements, aux choix et aux impasses de la vie. Le tout avec une fin qui peut surprendre et propose une réponse bien loin de ce que j'aurais imaginé de prime abord. Non, vraiment, je ne peux que recommander !

08/09/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Longue Marche des Dindes
La Longue Marche des Dindes

Très jolie petite BD, dont le dessin est assurée par Léonie Bischoff dans un style qui confirme son talent ! C'est adapté d'un livre que je ne connaissais pas mais dont le récit est parfait pour la jeunesse : c'est le gamin espiègle et débrouillard qui fait son petit voyage initiatique, plein de rêves, d'envies et de bonnes volontés. C'est la rencontre avec des gens qui vont le faire grandir, lui apprendre à se méfier et à faire confiance, le tout avec l'amitié qui s'installe progressivement. Et bien sur, avec de l'humour, des moments d'éclats, quelques considérations sur le monde américain. En somme, un parfait récit de voyage ! La trame étant clairement à destination de la jeunesse, le récit avance vers un final qu'on devine sans peine mais qui n'importe que par le voyage qui aura eu lieu auparavant. C'est surtout la série de rencontres et d'obstacles qui vont faire la force du récit. C'est l'adversité qu'il faut vaincre et les amis qu'on se fait en chemin, le tout dans un récit qui permets de comprendre une Amérique de cette époque. Quand se côtoie grande ville et ruralité bien moins développée, esclavagisme et territoire abolitionniste, mais aussi amérindiens et tuniques bleus. Le récit comporte son antagoniste principal, bien trouvé d'ailleurs dans la question de s’émanciper et devenir un adulte accompli. Le récit est porté par le dessin de Léonie Bischoff, qui sait jouer des paysages américains qu'on aurait envie de traverser, avec une jolie mise en couleur. C'est parfaitement lisible, un vrai petit plaisir de lecture jusqu'au bout. Franchement, c'est recommandé comme lecture pour les plus jeunes, mais les adultes qui sauront juger une œuvre destinée aux enfants ne bouderont sans doute pas leurs plaisir de lecture !

08/09/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Boiseleur
Le Boiseleur

Une des dernières séries publiée par Hubert, qui décèdera avant la publication du deuxième volume, hélas ... Je ne sais pas si la série s'est arrêtée au tome 2 alors faute de scénariste ou si elle était prévue ainsi, mais elle est, en l'état, complète dans son histoire et son propos. Et pour ce qui me concerne, je la trouve franchement très agréable ! L'histoire est assez simple sur un jeune homme qui a un don pour la sculpture. L'histoire se développe vraiment autour de l'art et de la façon dont celui-ci se développe. Nous aurons droit à la phase d'initiation, l'apprentissage, les questionnements sur ce qu'il contient en essence, les concurrences ... L'histoire développe plusieurs choses au sujet de l'art, mais c'est aussi et surtout une histoire d'accomplissement personnel : un jeune homme dans un monde qu'il découvre petit à petit, en bien comme en mal, jusqu'à trouver sa place dans celui-ci. Et à ce niveau, je trouve la fin très jolie. C'est simple, sans grande parole, mais tout est dit. Le dessin est joli et convient très bien à ce genre d'histoire. Les contrastes entre les deux villes mais aussi avec la campagne sont bien retranscrits et la question de l'art qui émerveille est rendu compréhensible par une astuce bienvenue. Sous des aspects de petit conte simple, c'est encore une fois les thèmes cher à Hubert qui sont remis en branle (amour, place des femmes, l'art, le pouvoir ...). C'est plaisant à lire, pas le meilleur de l'auteur mais je le trouve bon.

08/09/2024 (modifier)
Par Cornic
Note: 4/5
Couverture de la série Les Soeurs Grémillet
Les Soeurs Grémillet

J'adore le monde d Alessandro Barbucci, je le trouve poétique et magique. L'histoire de ces trois sœurs différentes mais complémentaires, est vraiment agréable à lire et à regarder.

08/09/2024 (modifier)
Par Mashiro
Note: 4/5
Couverture de la série Les Pauvres aventures de Jérémie
Les Pauvres aventures de Jérémie

Il s’agit d’une des premières séries du célèbre Riad Sattouf, cela se ressent dans le dessin qui a un style plus simple et cartoon que sa célèbre série L'Arabe du futur, mais également dans l’atmosphère qui s'en dégage et qui se trouve être très début année 2000. C’est l’histoire de Jérémie, un anti-héros comme Sattouf aime les créer qui est un peu loser et malchanceux dans la vie ainsi qu’avec les filles. Ses histoires s’entremêlent avec celles de ces amis Jean-Jacques et Sandrine qui sont des personnages tout autant comiques; certains passages sont vraiment hilarants. Ça faisait longtemps que je n’avais pas sincèrement ri à voix haute en face d’une BD, c’est le travail le plus drôle de Sattouf. Les trois albums peuvent se lire séparément et j’ai ma préférence pour le premier album Les Jolis pieds de Florence qui vaut vraiment le détour. Lire cette série rend heureux !

08/09/2024 (modifier)