Cet album fut une véritable découverte pour moi et c'est avec tristesse que j'ai appris le décès du dessinateur.
Ce couple d'auteurs est digne des grands raconteurs d'histoire, ils ont su profiter des potentiels du média pour nous livrer une très belle bande dessinée d'aventures que je mets au même niveau que "le manchot de la butte rouge" de Rullier et Stanislas (c'est à dire assez haut dans mon panthéon personnel).
Le dessin est au service d'une histoire bien construite et ne s'enferme pas dans le respect du détail historique. Le trait rappelle le travail de C. Blain et ce n'est pas un petit compliment.
Vive la BD québécoise et vivement l'album de G Bouchard "vers les mondes lointains" (titre approximatif), chez Paquet !
Quel talent du dessinateur Romain Hugault ! Les avions sont superbes, ainsi que les paysages, et il arrive à transmettre l'impression de vitesse. Malheureusement, même si il y a une amélioration importante par rapport à son album précédent Le Dernier Envol, les visages ne sont pas encore bien maîtrisés. Mais il s'agit là du seul défaut !
C'est une belle surprise, notamment dans le second volet de cette série, avec une bataille aérienne dans laquelle on se croirait. Je suis resté scotché sur la page avec les nuages.
Le scénario aurait mérité un peu plus de profondeur, mais cela doit être délicat sur deux tomes seulement.
Bref, à conseiller, et j'attends avec hâte les prochaines séries.
Calvin et Hobbes c'est un must !
Quel plaisir de lire et de relire ces petites histoires. C'est une plongée dans le monde de l'enfance avec un regard d'adulte. Toutes les questions et les histoires d'enfants sont formulées avec une pensée d'adulte, ce qui donne des dialogues assez caustiques et sarcastiques par moments. C'est aussi tout simplement la contemplation de cette période de vie.
Si vous souhaiter retrouver de la magie de vos histoires de pirates ou de western, que vous inventiez dans la cour ou dans le jardin, Calvin et Hobbes vous transporteront.
Je suis fan !
"effLeuréS", une amourette à fleur de peau...
Bauthian nous raconte une histoire d’amour dont dès le départ on comprend qu’elle est impossible à cause du monde qui sépare les deux amoureux : Fleur, baba cool au caractère bien trempé qui vit au jour le jour, et Christophe, cadre supérieur ancré dans une routine rassurante.
Ce sujet vu et revu, que ce soit en littérature, au cinéma ou en musique, est exposé avec justesse sans tomber dans la tragédie ou le roman à l’eau de rose. L’auteur arrive à traiter du banal, et le rendre intéressant sans artifice et autres coups d’éclat. Sans révéler la fin, je trouve que celle-ci est le meilleur argument pour établir la légitimité et la sincérité du récit, car elle évite les poncifs : Les histoires d’amours finissent toujours mal et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, en zigzaguant entre les deux comme dans la vraie vie.
Je lis très peu de roman graphique car je trouve ce genre souvent ennuyeux et/ou extrême dans son propos, ici ce n’est pas le cas, bien au contraire, et avec ces 72 pages, on en a pour son argent.
Les dessins de Limousi sont atypiques et ne laissent pas indifférent. Aux premiers abords on peut être surpris par le visage des personnages avec leurs yeux très excentrés. Mais au fil de la lecture on s’aperçoit que cette caractéristique accentue et met en valeur les expressions du regard que je trouve très réussi : simple voire rudimentaire mais efficace. La ligne est claire avec un encrage bien noir, fin et non disparate. Seul petit bémol, je trouve certaines cases un peu trop statiques.
Les couleurs informatiques ne sont pas exceptionnelles mais j’aime bien cette palette chaude qui penche pas mal vers des tonalités jaune, orange et verte. Le jeu d’ombres et lumières est simple mais bien marqué sans effet d’esbroufe malvenu.
Les Schtroumpfs j’adore, c’est une des premières bd que j’ai lues.
Le dessin est très beau, exactement comme les couleurs, j’adore ces petits êtres bleus.
Les scénarios sont bien, mais un peu répétitifs.
Je trouve que c’est une bd qui s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux adultes.
Je n’ai pas trop aimé le dernier album.
Je n'ai pas trop aimé non plus les gags par pages (même si certains sont bien pensé).
Par contre ce qui est pas très bien, c'est que dans le premier tome, ça nous met l'histoire comme ça, sans rien présenté.
A lire absolument.
La série "Achille Talon" a une place toute particulière dans ma vie de BDphile puisque c’est la première série franco-belge que j’ai collectionné (bien, bien avant Astérix et Gaston Lagaffe par exemple), après sa découverte quand j’avais une douzaine d’années. Mon vocabulaire n’a alors plus jamais été le même...
Exercice difficile que de donner un avis à une série comportant quand même 47 numéros, et qui n’est plus écrite de surcroît par son créateur depuis 4 des 5 derniers numéros.
La collection comporte 18 histoires longues, et le reste (60%) étant des recueils de gags parus à l’origine dans le journal Pilote (1 ou 2 pages pour l’écrasante majorité des gags), ou de quelques mini-histoires parues dans les 6 numéros de l’éphémère Achille Talon Magazine. Je ne sais pas, par contre, si les gags des nouveaux auteurs ont été pré-publiés quelques part.
J’ai lu beaucoup des avis précédents, et je m’étonne qu’il y en ait beaucoup pour reprocher à cette série la longueur des dialogues et la « lourdeur » sémantique des tirades de nos héros. C’est la forme de ressort comique qu’a voulu Greg à la base pour son héros, forme complètement originale et qui distingue "Achille Talon" de toutes les autres BD à gags (ou d’aventures), et ce, encore maintenant. Reproche-t-on à Gaston Lagaffe de n’être pas drôle car son ressort comique est basé sur des gaffes ? Après on adhère où on n’adhère pas, mais c’est un autre débat.
Contrairement à beaucoup, j’apprécie autant les recueils de gags que les aventures puisque pour moi l’intérêt réside avant tout dans la lecture des dialogues. L’avantage ici, c’est que cela peut être drôle à chaque bulle et pas seulement dans la dernière case constituant la chute du gag. Du non sens (« il faudrait une loi interdisant les voisins »), de la démesure et de l’emphase, Greg est le Michel Audiard de la BD (et je pèse mes mots).
La galerie de personnages secondaires est bien sûr pour beaucoup dans le plaisir de lecture, et la dynamique mise en place en particulier entre notre héros et son voisin Hilarion Lefuneste est devenu un canon du genre (n’est ce pas Cubitus ?). Une mention spéciale aussi pour « monsieurlerédacteurenchef », alias Goscinny, magnifique dans son rôle de patron acariâtre à la De Funès et pour Pétard le canard au béret (équivalent décalé du Spip de "Spirou" ou du Milou de "Tintin").
Je n’ai par contre aucun avis objectif sur le dessin ; j’ai en effet grandi avec ces dessinateurs que sont Greg, Franquin ou Uderzo sans jamais avoir aucun regard critique sur leurs techniques. Peut-être pour Greg (scénariste avant tout à la base) une certaine difficulté dans la représentation des animaux.
Les scénarios des aventures font preuve très souvent d’une grande originalité et d’un bon équilibre entre humour et péripétie. Une mention spéciale au « Monstre de l’étang Tacule » qui met en scène un illustrateur (= Franquin), ayant une vision monstrueusement déformée de la réalité (= « les monstres » qu’il dessinait à l’époque).
Quelques défauts quand même : certaines histoires longues font, à mon avis, transparaître des idées politiques de l’auteur parfois un peu réactionnaires : « Ne rêvons pas » et son contrôleur des impôts au look un peu nazi (tonsure et petite lunettes rondes), l’apologie d’un système banquier philanthrope dans « L’Archipel de Sanzunron » (album il est vrai commandité par le Crédit Lyonnais) et le titre de l’album « Le Monstre de l’étang Tacule » qui n’est pas qu’un jeu de mot mais aussi une contrepèterie explicite (que je vous laisse trouver). Paradoxalement, les charges contre l’armée et la police ne manquent pas, donc je ne m’aventurerai pas plus sur ce terrain glissant.
Sinon 5 étoiles sans souci malgré les 4 tomes postérieurs à Greg !
Petit album qui traite d'un sujet difficile : le cancer. Et cette maladie touche une personne très proche de l'auteur, puisqu'il s'agit de sa mère (toujours nommée maman dans cette histoire). On retrouve peu de personnages mais ils sont facilement repérables : Maman, Soeur infirmière, Petite soeur et moi (l'auteur). La famille s'embarque donc dans un difficile combat contre ce cancer.
On suit par chapitres les épisodes du cancer : du diagnostic au traitement. Véritables tranches de vie d'une femme atteinte d'une maladie grave, l'auteur dévoile avec finesse les hauts, les bas, les difficultés rencontrées, les moments de doutes et de désespoir,... Avec beaucoup de finesse mais également avec un recul surprenant, comme s'il écrivait son histoire 10 ans après les faits, alors qu'il la racontait quasiment au jour le jour ! C'est touchant de sincérité et notre point de vue se place exclusivement du côté du narrateur qui essaye de rester optimiste face à l'adversité. Il angoisse, se pose une multitude de questions et surtout se sent souvent impuissant pour soulager ou aider sa mère.
Souvenirs d'enfance, passages oniriques, passages rocambolesques dédramatisent des situations poignantes et tragiques. L'album est séquencé par des petits chapitres de quelques pages qui dévoilent un aspect de cette maladie.
Un beau récit, difficile, servi par un dessin très simple mais peu réaliste. Le graphisme fait décalé par rapport au sujet, mais s'il semble étrange au début, il s'adapte parfaitement à ce type de récit et complète de singulière façon le scénario. Pas de chichis, juste un ton qui sonne réel.
Pour finir, la dernière phrase de la préface résume admirablement l'ensemble de l'ouvrage : "Le Cancer de Maman est l'honnête et sincère tentative de transformer un évènement négatif en une expérience positive. Bien que je me méfie des histoires à leçons, en voici une : personne ne prendra mieux soin de votre vie que vous, et personne n'est plus qualifié que vous pour décider de votre avenir. L'expert, c'est vous."
Certes l'album n'est pas très épais, certes il est muet, mais tout çà est très largement compensé par la beauté et la sensibilité de cette histoire.
Le dessin est sublime, à la craie dirait-on, sur un support façon feuille Canson, dont l'impression restitue merveilleusement le grain. Quant au pantin lui-même, il est au moins aussi craquant que l'adorable Eusébio (ceux qui ont déjà lu De Cape et de Crocs savent de quoi je parle, les autres ont bien de la veine : 8 tomes de pur bonheur en perspective ! Depuis le temps qu'on vous le dit, nom d'une carotte !).
L'histoire est terriblement émouvante, moi aussi j'ai eu la larme à l'oeil. Un beau cadeau à faire mais plutôt à un adulte, le thème étant la nostalgie, le temps qui passe et qui sépare ceux qui s'aiment, et cette sorte de choses...
Ayant lu tellement de bien à propos de cet album, je l’ai abordé avec un mélange d’excitation et d’appréhension. Heureusement, cette dernière a vite laissé place à un intérêt grandissant pour cette histoire et pour les personnages qui l’habitent.
C’est une banale histoire d’amour qui devient une sorte de ménage à trois, le sida imposant rapidement son encombrante et dangereuse présence, parasitant la relation mais renforçant aussi chez les protagonistes, la conscience de la valeur et de la fragilité de la vie et du bonheur à deux.
Ainsi, l’album nous donne à voir les instants heureux d’un couple ordinaire, mais qui, du fait de cette menace qui plane au-dessus d’eux, sont empreints d’une intensité particulière, ce qui rend le récit très touchant.
Bien sûr, le sujet même et le fait que l’auteur raconte sa propre vie confèrent à cette histoire une certaine gravité, mais sans jamais sombrer dans le voyeurisme.
Cela intensifie aussi l’émotion que l’on peut ressentir à sa lecture. On n’est pas dans une fiction, ces gens existent et l’histoire se poursuit dans la vraie vie, au-delà de la dernière page.
Mais elle n’est pas dépourvue d’humour (notamment lors des visites chez le médecin) de poésie, et même, d’espoir. S’y mêle aussi une réflexion métaphorique sur le sentiment amoureux, la relation à l’autre lorsque la maladie s’interpose et pose ses conditions. C’est un passage vraiment très fort.
J’ai également beaucoup apprécié le coup de crayon de Frederik Peeters. Je le trouve souple et sensuel, pas trop réaliste lorsqu’il n’est pas nécessaire qu’il le soit, ce qui laisse plus de place à l’émotion pure.
En conclusion, une belle lecture, que je vous recommande chaudement.
Au départ c’est un roman. Et pas n’importe lequel : Prix Goncourt en 1990.
Le récit a été retravaillé par l’auteur. Il en résulte ainsi une histoire, faite par petites touches prises ci et là dans la vie quotidienne d’une famille –la sienne- ; laquelle aura vécu les affres de la Première Guerre Mondiale.
C’est aussi un excellent graphisme de Deprez, où chaque case s’apparente à une peinture.
La rencontre du narratif et du dessin offre une BD assez complexe au premier abord, faite d’impressions, développant une émotion vraie qui vous tient.
Assez étonnant positivement. Des collaborations comme celle-là, j’en connais peu. Et ça fait vraiment du bien à une certaine normalité de la BD, une « standardisation » à laquelle je commençais –doucement- à m’habituer.
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Cet album fut une véritable découverte pour moi et c'est avec tristesse que j'ai appris le décès du dessinateur. Ce couple d'auteurs est digne des grands raconteurs d'histoire, ils ont su profiter des potentiels du média pour nous livrer une très belle bande dessinée d'aventures que je mets au même niveau que "le manchot de la butte rouge" de Rullier et Stanislas (c'est à dire assez haut dans mon panthéon personnel). Le dessin est au service d'une histoire bien construite et ne s'enferme pas dans le respect du détail historique. Le trait rappelle le travail de C. Blain et ce n'est pas un petit compliment. Vive la BD québécoise et vivement l'album de G Bouchard "vers les mondes lointains" (titre approximatif), chez Paquet !
Au-delà des nuages
Quel talent du dessinateur Romain Hugault ! Les avions sont superbes, ainsi que les paysages, et il arrive à transmettre l'impression de vitesse. Malheureusement, même si il y a une amélioration importante par rapport à son album précédent Le Dernier Envol, les visages ne sont pas encore bien maîtrisés. Mais il s'agit là du seul défaut ! C'est une belle surprise, notamment dans le second volet de cette série, avec une bataille aérienne dans laquelle on se croirait. Je suis resté scotché sur la page avec les nuages. Le scénario aurait mérité un peu plus de profondeur, mais cela doit être délicat sur deux tomes seulement. Bref, à conseiller, et j'attends avec hâte les prochaines séries.
Calvin et Hobbes
Calvin et Hobbes c'est un must ! Quel plaisir de lire et de relire ces petites histoires. C'est une plongée dans le monde de l'enfance avec un regard d'adulte. Toutes les questions et les histoires d'enfants sont formulées avec une pensée d'adulte, ce qui donne des dialogues assez caustiques et sarcastiques par moments. C'est aussi tout simplement la contemplation de cette période de vie. Si vous souhaiter retrouver de la magie de vos histoires de pirates ou de western, que vous inventiez dans la cour ou dans le jardin, Calvin et Hobbes vous transporteront. Je suis fan !
Effleurés
"effLeuréS", une amourette à fleur de peau... Bauthian nous raconte une histoire d’amour dont dès le départ on comprend qu’elle est impossible à cause du monde qui sépare les deux amoureux : Fleur, baba cool au caractère bien trempé qui vit au jour le jour, et Christophe, cadre supérieur ancré dans une routine rassurante. Ce sujet vu et revu, que ce soit en littérature, au cinéma ou en musique, est exposé avec justesse sans tomber dans la tragédie ou le roman à l’eau de rose. L’auteur arrive à traiter du banal, et le rendre intéressant sans artifice et autres coups d’éclat. Sans révéler la fin, je trouve que celle-ci est le meilleur argument pour établir la légitimité et la sincérité du récit, car elle évite les poncifs : Les histoires d’amours finissent toujours mal et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, en zigzaguant entre les deux comme dans la vraie vie. Je lis très peu de roman graphique car je trouve ce genre souvent ennuyeux et/ou extrême dans son propos, ici ce n’est pas le cas, bien au contraire, et avec ces 72 pages, on en a pour son argent. Les dessins de Limousi sont atypiques et ne laissent pas indifférent. Aux premiers abords on peut être surpris par le visage des personnages avec leurs yeux très excentrés. Mais au fil de la lecture on s’aperçoit que cette caractéristique accentue et met en valeur les expressions du regard que je trouve très réussi : simple voire rudimentaire mais efficace. La ligne est claire avec un encrage bien noir, fin et non disparate. Seul petit bémol, je trouve certaines cases un peu trop statiques. Les couleurs informatiques ne sont pas exceptionnelles mais j’aime bien cette palette chaude qui penche pas mal vers des tonalités jaune, orange et verte. Le jeu d’ombres et lumières est simple mais bien marqué sans effet d’esbroufe malvenu.
Les Schtroumpfs
Les Schtroumpfs j’adore, c’est une des premières bd que j’ai lues. Le dessin est très beau, exactement comme les couleurs, j’adore ces petits êtres bleus. Les scénarios sont bien, mais un peu répétitifs. Je trouve que c’est une bd qui s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux adultes. Je n’ai pas trop aimé le dernier album. Je n'ai pas trop aimé non plus les gags par pages (même si certains sont bien pensé). Par contre ce qui est pas très bien, c'est que dans le premier tome, ça nous met l'histoire comme ça, sans rien présenté. A lire absolument.
Achille Talon
La série "Achille Talon" a une place toute particulière dans ma vie de BDphile puisque c’est la première série franco-belge que j’ai collectionné (bien, bien avant Astérix et Gaston Lagaffe par exemple), après sa découverte quand j’avais une douzaine d’années. Mon vocabulaire n’a alors plus jamais été le même... Exercice difficile que de donner un avis à une série comportant quand même 47 numéros, et qui n’est plus écrite de surcroît par son créateur depuis 4 des 5 derniers numéros. La collection comporte 18 histoires longues, et le reste (60%) étant des recueils de gags parus à l’origine dans le journal Pilote (1 ou 2 pages pour l’écrasante majorité des gags), ou de quelques mini-histoires parues dans les 6 numéros de l’éphémère Achille Talon Magazine. Je ne sais pas, par contre, si les gags des nouveaux auteurs ont été pré-publiés quelques part. J’ai lu beaucoup des avis précédents, et je m’étonne qu’il y en ait beaucoup pour reprocher à cette série la longueur des dialogues et la « lourdeur » sémantique des tirades de nos héros. C’est la forme de ressort comique qu’a voulu Greg à la base pour son héros, forme complètement originale et qui distingue "Achille Talon" de toutes les autres BD à gags (ou d’aventures), et ce, encore maintenant. Reproche-t-on à Gaston Lagaffe de n’être pas drôle car son ressort comique est basé sur des gaffes ? Après on adhère où on n’adhère pas, mais c’est un autre débat. Contrairement à beaucoup, j’apprécie autant les recueils de gags que les aventures puisque pour moi l’intérêt réside avant tout dans la lecture des dialogues. L’avantage ici, c’est que cela peut être drôle à chaque bulle et pas seulement dans la dernière case constituant la chute du gag. Du non sens (« il faudrait une loi interdisant les voisins »), de la démesure et de l’emphase, Greg est le Michel Audiard de la BD (et je pèse mes mots). La galerie de personnages secondaires est bien sûr pour beaucoup dans le plaisir de lecture, et la dynamique mise en place en particulier entre notre héros et son voisin Hilarion Lefuneste est devenu un canon du genre (n’est ce pas Cubitus ?). Une mention spéciale aussi pour « monsieurlerédacteurenchef », alias Goscinny, magnifique dans son rôle de patron acariâtre à la De Funès et pour Pétard le canard au béret (équivalent décalé du Spip de "Spirou" ou du Milou de "Tintin"). Je n’ai par contre aucun avis objectif sur le dessin ; j’ai en effet grandi avec ces dessinateurs que sont Greg, Franquin ou Uderzo sans jamais avoir aucun regard critique sur leurs techniques. Peut-être pour Greg (scénariste avant tout à la base) une certaine difficulté dans la représentation des animaux. Les scénarios des aventures font preuve très souvent d’une grande originalité et d’un bon équilibre entre humour et péripétie. Une mention spéciale au « Monstre de l’étang Tacule » qui met en scène un illustrateur (= Franquin), ayant une vision monstrueusement déformée de la réalité (= « les monstres » qu’il dessinait à l’époque). Quelques défauts quand même : certaines histoires longues font, à mon avis, transparaître des idées politiques de l’auteur parfois un peu réactionnaires : « Ne rêvons pas » et son contrôleur des impôts au look un peu nazi (tonsure et petite lunettes rondes), l’apologie d’un système banquier philanthrope dans « L’Archipel de Sanzunron » (album il est vrai commandité par le Crédit Lyonnais) et le titre de l’album « Le Monstre de l’étang Tacule » qui n’est pas qu’un jeu de mot mais aussi une contrepèterie explicite (que je vous laisse trouver). Paradoxalement, les charges contre l’armée et la police ne manquent pas, donc je ne m’aventurerai pas plus sur ce terrain glissant. Sinon 5 étoiles sans souci malgré les 4 tomes postérieurs à Greg !
Le Cancer de Maman
Petit album qui traite d'un sujet difficile : le cancer. Et cette maladie touche une personne très proche de l'auteur, puisqu'il s'agit de sa mère (toujours nommée maman dans cette histoire). On retrouve peu de personnages mais ils sont facilement repérables : Maman, Soeur infirmière, Petite soeur et moi (l'auteur). La famille s'embarque donc dans un difficile combat contre ce cancer. On suit par chapitres les épisodes du cancer : du diagnostic au traitement. Véritables tranches de vie d'une femme atteinte d'une maladie grave, l'auteur dévoile avec finesse les hauts, les bas, les difficultés rencontrées, les moments de doutes et de désespoir,... Avec beaucoup de finesse mais également avec un recul surprenant, comme s'il écrivait son histoire 10 ans après les faits, alors qu'il la racontait quasiment au jour le jour ! C'est touchant de sincérité et notre point de vue se place exclusivement du côté du narrateur qui essaye de rester optimiste face à l'adversité. Il angoisse, se pose une multitude de questions et surtout se sent souvent impuissant pour soulager ou aider sa mère. Souvenirs d'enfance, passages oniriques, passages rocambolesques dédramatisent des situations poignantes et tragiques. L'album est séquencé par des petits chapitres de quelques pages qui dévoilent un aspect de cette maladie. Un beau récit, difficile, servi par un dessin très simple mais peu réaliste. Le graphisme fait décalé par rapport au sujet, mais s'il semble étrange au début, il s'adapte parfaitement à ce type de récit et complète de singulière façon le scénario. Pas de chichis, juste un ton qui sonne réel. Pour finir, la dernière phrase de la préface résume admirablement l'ensemble de l'ouvrage : "Le Cancer de Maman est l'honnête et sincère tentative de transformer un évènement négatif en une expérience positive. Bien que je me méfie des histoires à leçons, en voici une : personne ne prendra mieux soin de votre vie que vous, et personne n'est plus qualifié que vous pour décider de votre avenir. L'expert, c'est vous."
Le Pantin
Certes l'album n'est pas très épais, certes il est muet, mais tout çà est très largement compensé par la beauté et la sensibilité de cette histoire. Le dessin est sublime, à la craie dirait-on, sur un support façon feuille Canson, dont l'impression restitue merveilleusement le grain. Quant au pantin lui-même, il est au moins aussi craquant que l'adorable Eusébio (ceux qui ont déjà lu De Cape et de Crocs savent de quoi je parle, les autres ont bien de la veine : 8 tomes de pur bonheur en perspective ! Depuis le temps qu'on vous le dit, nom d'une carotte !). L'histoire est terriblement émouvante, moi aussi j'ai eu la larme à l'oeil. Un beau cadeau à faire mais plutôt à un adulte, le thème étant la nostalgie, le temps qui passe et qui sépare ceux qui s'aiment, et cette sorte de choses...
Pilules bleues
Ayant lu tellement de bien à propos de cet album, je l’ai abordé avec un mélange d’excitation et d’appréhension. Heureusement, cette dernière a vite laissé place à un intérêt grandissant pour cette histoire et pour les personnages qui l’habitent. C’est une banale histoire d’amour qui devient une sorte de ménage à trois, le sida imposant rapidement son encombrante et dangereuse présence, parasitant la relation mais renforçant aussi chez les protagonistes, la conscience de la valeur et de la fragilité de la vie et du bonheur à deux. Ainsi, l’album nous donne à voir les instants heureux d’un couple ordinaire, mais qui, du fait de cette menace qui plane au-dessus d’eux, sont empreints d’une intensité particulière, ce qui rend le récit très touchant. Bien sûr, le sujet même et le fait que l’auteur raconte sa propre vie confèrent à cette histoire une certaine gravité, mais sans jamais sombrer dans le voyeurisme. Cela intensifie aussi l’émotion que l’on peut ressentir à sa lecture. On n’est pas dans une fiction, ces gens existent et l’histoire se poursuit dans la vraie vie, au-delà de la dernière page. Mais elle n’est pas dépourvue d’humour (notamment lors des visites chez le médecin) de poésie, et même, d’espoir. S’y mêle aussi une réflexion métaphorique sur le sentiment amoureux, la relation à l’autre lorsque la maladie s’interpose et pose ses conditions. C’est un passage vraiment très fort. J’ai également beaucoup apprécié le coup de crayon de Frederik Peeters. Je le trouve souple et sensuel, pas trop réaliste lorsqu’il n’est pas nécessaire qu’il le soit, ce qui laisse plus de place à l’émotion pure. En conclusion, une belle lecture, que je vous recommande chaudement.
Les Champs d'honneur
Au départ c’est un roman. Et pas n’importe lequel : Prix Goncourt en 1990. Le récit a été retravaillé par l’auteur. Il en résulte ainsi une histoire, faite par petites touches prises ci et là dans la vie quotidienne d’une famille –la sienne- ; laquelle aura vécu les affres de la Première Guerre Mondiale. C’est aussi un excellent graphisme de Deprez, où chaque case s’apparente à une peinture. La rencontre du narratif et du dessin offre une BD assez complexe au premier abord, faite d’impressions, développant une émotion vraie qui vous tient. Assez étonnant positivement. Des collaborations comme celle-là, j’en connais peu. Et ça fait vraiment du bien à une certaine normalité de la BD, une « standardisation » à laquelle je commençais –doucement- à m’habituer.