Étrange titre, au fond, que celui-ci, qui rend très mal compte de ce qu’est ce pur instant de bonheur.
Car, après l’avoir refermé, je ne sais comment aurait dû s’appeler Quartier Lointain (ce n’est de toute façon pas à moi d’en décider), mais j’ai la sensation persistante que ce titre lui sied très mal. Peut-être un « Le Voyageur du Temps » (ce qui aurait induit un effet intéressant avec la scène finale, mais aurait risqué d’être un peu trop convenu, certes) ?
En tout cas, voilà un merveilleux titre que j’ai bien failli ne jamais découvrir. La faute à un exergue pour le moins imbécile : « Qui n’a jamais rêvé de revivre son enfance ? ». Eh bien, aussi étonnant que cela soit pour le rédacteur à l’esprit étroit de cette question, il arrive qu’une enfance ne soit pas le doux cocon de rose que la pub nous vend, et qu’elle devrait certes être, si nous vivions tous au Paradis.
De plus, cette question-titre semblait ouvrir la voie à une histoire d’une sirupeuse niaiserie, sur l’enfance gâteau, ouatée, mielleuse (et donc strictement inintéressante) du personnage principal, que j’imaginais confronté à ce grave doute existentiel : aurais-je enfin la chance de draguer trucmuche ?
Mais le plus idiot, là-dedans, est que cette question ne correspond pas du tout à l’histoire de ce manga, puisque le personnage principal ne souhaite certainement pas revivre toute son enfance, celle-ci ayant été ponctuée par un drame, dont on peut dire qu’il a « structuré » le restant de son existence.
En fait, la véritable question est : « si par hasard vous étiez projeté dans votre passé, pourriez-vous (voudriez-vous) le modifier afin d’éviter un drame familial qui vous a effondré ? »
A priori, cette question ne connaît qu’une seule réponse : on voudrait bien, mais on ne peut pas (pour des raisons de paradoxe temporel sur lesquels on ne va pas revenir).
Le sujet était donc risqué, parce qu’éculé, et susceptible du pire.
Je dois d’ailleurs avouer qu’aux premières pages du retour dans le temps, j’ai craint la longue litanie nostalgique et mélancolique (« j’ai connu un tel, qui n’est plus ; et une telle qui est devenue cela, au lieu de cela ; et machin qui finit ainsi... ») qui menaçait de me déprimer gravement. Je craignais l’accumulation des scènes « cartes postales » aux tonalités sépia et larmoyantes.
Mais, soudain, se produit un petit déclic, et le manga change soudain de direction. Juste un petit déclic qui modifie toute la perspective. Et le manga de devenir magique, magnifique, merveilleux, absolument passionnant.
J’avais pris les deux tomes à ma bibliothèque (municipale), et je les ai dévorés d’une traite. Pour finir sur une fin pratiquement à l’image du reste.
Certes point forcément celle dont j’avais rêvé, mais une fin touchante et bien menée, qui m’a totalement convaincu.
Qu’en dire de plus ?
Dans la petite bibliothèque municipale que je viens de redécouvrir, j’avais pris in extremis ce titre, trouvé un peu par hasard, en disant à la bibliothécaire :
« Tout le monde dit que c’est magnifique »
Ce à quoi, elle me répondit : « Oui, c’est aussi ce que j’ai entendu dire ».
Eh bien, pour une fois, « tout le monde » a bien raison. Et, vous savez quoi ? Ce n’est que du bonheur.
Ah! C'est l'une des séries avec les plus beaux dessins que j'ai vus. Andreas nous donne des planches en noir et blanc très bien exécutées. J'adore surtout les dessins sans aucun texte qui montrent en entier le magnifique coup de crayon d'Andreas. C'est une véritable galerie d'art en bd !
Quant au scénario, je l'ai trouvé quelques fois un peu confus, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce récit très passionnant. Je ne connais pas Lovecraft, mais si c'est aussi bon que cette bd je veux le lire !
Une bd un peu bizarre qui est très passionnante à lire. Ça débute lentement dans le tome 1 et ça finit de manière grandiose dans le tome 3. C'est un mélange d'humour, de tendresse, d'action et... d'histoire de super-héros ! Ou plutôt de super-fille...
Les personnages sont attachants et sont terriblement humains, surtout dans le dernier tome. J'ai tout de suite embarqué dans l'intrigue et l'auteur nous donne les solutions aux questions petit à petit sans jamais ralentir le rythme du récit.
Le dessin m'a paru moche au début, mais je me suis vite habitué et je l'ai finalement trouvé frais et dynamique.
Un one-shot très intéressant et un peu loin de la production habituelle de Van Hamme. Contrairement au très ennuyant Thorgal des mêmes auteurs, j'ai eu du plaisir à lire cette histoire et j'ai trouvé le héros très attachant.
Le dessin en noir et blanc de Rosinski est très beau et je n'ose pas imaginer à quoi ressemble la version couleur. Il y a des bds qui ne sont belles qu'en noir et blanc comme celle-ci. Les péripéties sont passionnantes et j'adore la fin qui est très cynique dans son genre.
Ouverture. Une ambiance de calme et de soleil irrigue les premières cases muettes. En compagnie de la petite Luce, gamine de six ans en vacances chez son papi, on entreprend la visite guidée d’un petit village champêtre, passage en revue obligé de lieux bucoliques et autres clichés pittoresques. Le potager du grand-père, le marché braillard, le café du coin avec ses petits vieux chamailleurs et radoteurs, une ballade qui laisse entrevoir les prémisses d’une douce peinture pastorale façon Pagnol. À un détail près : les apparitions morbides et inexpliquées d’une fillette drapée de noir et d’un homme nu décharné que Luce semble être la seule à apercevoir. La fable va vite tourner au pessimisme douloureux…
En jouant sur le contraste de l’âge, l’auteur amène à hauteur de petite fille des questionnements et des préoccupations trop adultes. Une opposition de regards entre une vision innocente remplie de candeur, de révolte très enfantine et le fatalisme voire la névrose de vieillards qui semblent avoir passé leur vie à préparer la mort, à l’oublier dans un cache-cache épuisant. Une inéluctable partie d’échecs contre une grande faucheuse qui finit tôt ou tard par les mettre mat. Et l’on redoute d’entrevoir notre reflet dans ce miroir dérangeant.
Car la force de l’œuvre, c’est l’empathie profonde et intense qui transpire. La narration prend son temps, étire les instants dérisoires, embrassant d’une poésie morose tous les petits riens du quotidien pour mieux nous faire éprouver la solitude et le sentiment d’abandon. En s’attardant sur les petits détails, elle évoque en nous tous ces souvenirs de campagne où chacun retrouvera sa madeleine proustienne (la bouteille de Pschitt, le pain de deux, le détour que l’on fait dans le jardin pour éviter le canard barjot, cette vieille télé noir et blanc qui débite invariablement la voix des animateurs de jeux à l’heure des repas…). Et puis il y a ce grand format avec ses cadrages et ses gros plans démesurés qui nous rapprochent tellement des personnages et nous font littéralement pénétrer dans les cases. Un degré d’intimisme tel que, dans certaines scènes, l’on se sent voyeur, si gêné d’être là.
La compassion est d’autant plus violente que l’auteur contourne une sensiblerie et une pleurnicherie trop faciles en laissant parler son dessin. Une ligne très belle, magnétique, dont la justesse, la précision et l’expressivité font exploser en non-dits toute la brutalité et la puissance des émotions. Mais c’est également une grande fraîcheur que l’on ressent, quand, complices, on accompagne ces quelques protagonistes se raccrochant aux rares et insignifiants moments de bonheur que l’existence voudra encore leur accorder.
Une œuvre magnifique, déchirante et méditative. Luce c’était nous. Ces vieux le sont-ils déjà aussi ?
Déjà, c'est ce qu'on remarque d'abord, c'est beau ce dessin (un peu gras), d'un aspect gribouillis très plaisant à regarder.
Ensuite l'histoire est curieuse et déroutante. Un homme se retrouve avec des stigmates à chaque main. Pour cette particularité christique il devient respecté et adulé par certaines personnes qui voient là un signe de sainteté, ce qu'il conteste avec force ne se reconnaissant aucunement dans la religion. Cet homme est-il touché par la grâce divine ? Au contraire, il semble persuadé que c'est plus une poisse et une malédiction qu'une chance. Il finit par se retrouver avec un groupe de romanichels, se lie avec l'une d'elles, puis à nouveau une rupture brutale. L'homme s'enferme dans son monde, niant celui des vivants.
Ca se lit très bien, c'est intelligent, certains passages sont néanmoins un peu plus abscons notamment vers la fin.
Après lecture des 3 tomes.
Enorme surprise, j'étais loin d'imaginer que cette série allait m'enthousiasmer à ce point.
Je ne connaissais pas l'oeuvre originale, je ne pourrai donc pas comparer ou y faire référence.
J'ai donc découvert une histoire structurée, forte de personnages sans compromis.
Le dessin est impressionnant de force et de beauté : on dirait du Sorel !!!!
Ce qui démontre la qualité de la partie graphique.
Cette série est clairement au top de la production actuelle, elle finira forcément par trouver son public.
A découvrir sans se poser de questions.
Après lecture de l'intégrale (3 tomes).
Que dire : pas grand chose, c'est vraiment superbe. Cette série semble méconnue, pourtant le niveau de l'ensemble est impressionnant.
Pour commencer : le dessin : Superbe, du très grand art, bien mis en valeur avec une belle palette de couleurs très subtile.
L'histoire est superbement traitée, le scénario bien construit, le contexte de l'histoire original : le monde du cirque. Mais cet environnement n'est que le décor, les rapports entre personnages étant admirablement développés mais je n'en dirais pas plus pour ne pas dévoiler le scénario.
La nouvelle série de ce duo d'auteurs, La Confrérie du crabe, a été bien accueillie par le lectorat, mais cette série antérieure démontre leur savoir faire.
Un ensemble de très haut niveau qui a sa place dans toute bonne bibliothèque.
Marc Antoine Mathieu est un auteur conceptuel. Dans Julius Corentin Acquefacques et Mémoire morte, œuvres magistralement réflexives et ludiques, il dépeint essentiellement des mondes ou des dogmes plutôt que des héros (s’il est possible de parler de héros tant les protagonistes, dépersonnalisés et neutres, se conforment passivement au système). Le dessin est une création qui se révèle davantage affective. Si l’on retrouve avec plaisir les audacieuses récréations métaphysiques et oniriques propres à l’artiste, en revanche, l’absence d’absurde et l’émergence d’une humanité inhabituelle dans son univers s’avèrent déconcertantes.
En effet, cela m’a un peu gêné. Je n’ai pas réussi à éprouver une empathie tout entière pour ce personnage qui voue son existence à la quête d’une amitié disparue. À travers la résolution de l’énigme proposée par ce tableau, gage de son ami défunt, ne faut-il voir qu’un éloge de la fuite ? L’itinéraire d’Émile vers la révélation n’est-il qu’une simple évasion de la réalité au travers de sa représentation ? Je suis resté assez circonspect devant sa démarche. Pourtant, je demeure admiratif devant cette nouvelle mise en abyme, l’exploration quasi infinie d’une gravure à la perspective exponentielle dont chaque détail, en apparence insignifiant, donne naissance à un nouveau macrocosme. Une expérience qui, au-delà de sa conclusion herméneutique, débouche sur le savoureux questionnement poétique et intellectuel du rapport de l’art au réel. Des envolées psychologiques néanmoins inabouties, émotionnellement parasitées par une narration plus palpable, presque plaintive, dont le perpétuel sentiment de tristesse et d’abandon n’a fait que glisser sur moi sans me toucher tout à fait.
Je ne ferai pas la fine bouche. Le plaisir spirituel est, encore une fois, fréquent et se double de délicieuses nourritures graphiques. Un somptueux noir et blanc toujours aussi tranché, profond et lumineux, dont la traditionnelle impersonnalité prend quelquefois d’étonnants airs de complicité dans les cadrages ou les gros plans. Cependant, il me manque un je ne sais quoi…
Une œuvre qui nécessitera certainement plusieurs relectures, dans différents états d’esprit.
C'est peut être un peu tôt pour parler de bd culte, mais je ne voit pas ce que je peux reprocher à cette bd. Les dessins sont superbes, le scénario sans être révolutionnaire, est très efficace, sans temps morts, le ton, un peu narratif et l'ambiance orientale sont vraiment sympas, en plus, dans un de mes genres préférés.
Les deux cycles sont assez différents. Le premier, le plus réussi, d'après moi, présente bien les différents protagonistes. Le second, qui souffre de quelques lenteurs au premier tome, pose quelques questions sur les personnages principaux: qui est vraiment Noburo, ce géant qui semble indestructible? Okko à t'il toujours été ce chasseur de démon? Son passé n'est il pas entaché de quelques drames? la trame principale semble vraiment démarrer dans ce cycle.
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Quartier lointain
Étrange titre, au fond, que celui-ci, qui rend très mal compte de ce qu’est ce pur instant de bonheur. Car, après l’avoir refermé, je ne sais comment aurait dû s’appeler Quartier Lointain (ce n’est de toute façon pas à moi d’en décider), mais j’ai la sensation persistante que ce titre lui sied très mal. Peut-être un « Le Voyageur du Temps » (ce qui aurait induit un effet intéressant avec la scène finale, mais aurait risqué d’être un peu trop convenu, certes) ? En tout cas, voilà un merveilleux titre que j’ai bien failli ne jamais découvrir. La faute à un exergue pour le moins imbécile : « Qui n’a jamais rêvé de revivre son enfance ? ». Eh bien, aussi étonnant que cela soit pour le rédacteur à l’esprit étroit de cette question, il arrive qu’une enfance ne soit pas le doux cocon de rose que la pub nous vend, et qu’elle devrait certes être, si nous vivions tous au Paradis. De plus, cette question-titre semblait ouvrir la voie à une histoire d’une sirupeuse niaiserie, sur l’enfance gâteau, ouatée, mielleuse (et donc strictement inintéressante) du personnage principal, que j’imaginais confronté à ce grave doute existentiel : aurais-je enfin la chance de draguer trucmuche ? Mais le plus idiot, là-dedans, est que cette question ne correspond pas du tout à l’histoire de ce manga, puisque le personnage principal ne souhaite certainement pas revivre toute son enfance, celle-ci ayant été ponctuée par un drame, dont on peut dire qu’il a « structuré » le restant de son existence. En fait, la véritable question est : « si par hasard vous étiez projeté dans votre passé, pourriez-vous (voudriez-vous) le modifier afin d’éviter un drame familial qui vous a effondré ? » A priori, cette question ne connaît qu’une seule réponse : on voudrait bien, mais on ne peut pas (pour des raisons de paradoxe temporel sur lesquels on ne va pas revenir). Le sujet était donc risqué, parce qu’éculé, et susceptible du pire. Je dois d’ailleurs avouer qu’aux premières pages du retour dans le temps, j’ai craint la longue litanie nostalgique et mélancolique (« j’ai connu un tel, qui n’est plus ; et une telle qui est devenue cela, au lieu de cela ; et machin qui finit ainsi... ») qui menaçait de me déprimer gravement. Je craignais l’accumulation des scènes « cartes postales » aux tonalités sépia et larmoyantes. Mais, soudain, se produit un petit déclic, et le manga change soudain de direction. Juste un petit déclic qui modifie toute la perspective. Et le manga de devenir magique, magnifique, merveilleux, absolument passionnant. J’avais pris les deux tomes à ma bibliothèque (municipale), et je les ai dévorés d’une traite. Pour finir sur une fin pratiquement à l’image du reste. Certes point forcément celle dont j’avais rêvé, mais une fin touchante et bien menée, qui m’a totalement convaincu. Qu’en dire de plus ? Dans la petite bibliothèque municipale que je viens de redécouvrir, j’avais pris in extremis ce titre, trouvé un peu par hasard, en disant à la bibliothécaire : « Tout le monde dit que c’est magnifique » Ce à quoi, elle me répondit : « Oui, c’est aussi ce que j’ai entendu dire ». Eh bien, pour une fois, « tout le monde » a bien raison. Et, vous savez quoi ? Ce n’est que du bonheur.
Cromwell Stone
Ah! C'est l'une des séries avec les plus beaux dessins que j'ai vus. Andreas nous donne des planches en noir et blanc très bien exécutées. J'adore surtout les dessins sans aucun texte qui montrent en entier le magnifique coup de crayon d'Andreas. C'est une véritable galerie d'art en bd ! Quant au scénario, je l'ai trouvé quelques fois un peu confus, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce récit très passionnant. Je ne connais pas Lovecraft, mais si c'est aussi bon que cette bd je veux le lire !
Mertownville
Une bd un peu bizarre qui est très passionnante à lire. Ça débute lentement dans le tome 1 et ça finit de manière grandiose dans le tome 3. C'est un mélange d'humour, de tendresse, d'action et... d'histoire de super-héros ! Ou plutôt de super-fille... Les personnages sont attachants et sont terriblement humains, surtout dans le dernier tome. J'ai tout de suite embarqué dans l'intrigue et l'auteur nous donne les solutions aux questions petit à petit sans jamais ralentir le rythme du récit. Le dessin m'a paru moche au début, mais je me suis vite habitué et je l'ai finalement trouvé frais et dynamique.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Un one-shot très intéressant et un peu loin de la production habituelle de Van Hamme. Contrairement au très ennuyant Thorgal des mêmes auteurs, j'ai eu du plaisir à lire cette histoire et j'ai trouvé le héros très attachant. Le dessin en noir et blanc de Rosinski est très beau et je n'ose pas imaginer à quoi ressemble la version couleur. Il y a des bds qui ne sont belles qu'en noir et blanc comme celle-ci. Les péripéties sont passionnantes et j'adore la fin qui est très cynique dans son genre.
Les Funérailles de Luce
Ouverture. Une ambiance de calme et de soleil irrigue les premières cases muettes. En compagnie de la petite Luce, gamine de six ans en vacances chez son papi, on entreprend la visite guidée d’un petit village champêtre, passage en revue obligé de lieux bucoliques et autres clichés pittoresques. Le potager du grand-père, le marché braillard, le café du coin avec ses petits vieux chamailleurs et radoteurs, une ballade qui laisse entrevoir les prémisses d’une douce peinture pastorale façon Pagnol. À un détail près : les apparitions morbides et inexpliquées d’une fillette drapée de noir et d’un homme nu décharné que Luce semble être la seule à apercevoir. La fable va vite tourner au pessimisme douloureux… En jouant sur le contraste de l’âge, l’auteur amène à hauteur de petite fille des questionnements et des préoccupations trop adultes. Une opposition de regards entre une vision innocente remplie de candeur, de révolte très enfantine et le fatalisme voire la névrose de vieillards qui semblent avoir passé leur vie à préparer la mort, à l’oublier dans un cache-cache épuisant. Une inéluctable partie d’échecs contre une grande faucheuse qui finit tôt ou tard par les mettre mat. Et l’on redoute d’entrevoir notre reflet dans ce miroir dérangeant. Car la force de l’œuvre, c’est l’empathie profonde et intense qui transpire. La narration prend son temps, étire les instants dérisoires, embrassant d’une poésie morose tous les petits riens du quotidien pour mieux nous faire éprouver la solitude et le sentiment d’abandon. En s’attardant sur les petits détails, elle évoque en nous tous ces souvenirs de campagne où chacun retrouvera sa madeleine proustienne (la bouteille de Pschitt, le pain de deux, le détour que l’on fait dans le jardin pour éviter le canard barjot, cette vieille télé noir et blanc qui débite invariablement la voix des animateurs de jeux à l’heure des repas…). Et puis il y a ce grand format avec ses cadrages et ses gros plans démesurés qui nous rapprochent tellement des personnages et nous font littéralement pénétrer dans les cases. Un degré d’intimisme tel que, dans certaines scènes, l’on se sent voyeur, si gêné d’être là. La compassion est d’autant plus violente que l’auteur contourne une sensiblerie et une pleurnicherie trop faciles en laissant parler son dessin. Une ligne très belle, magnétique, dont la justesse, la précision et l’expressivité font exploser en non-dits toute la brutalité et la puissance des émotions. Mais c’est également une grande fraîcheur que l’on ressent, quand, complices, on accompagne ces quelques protagonistes se raccrochant aux rares et insignifiants moments de bonheur que l’existence voudra encore leur accorder. Une œuvre magnifique, déchirante et méditative. Luce c’était nous. Ces vieux le sont-ils déjà aussi ?
Stigmates
Déjà, c'est ce qu'on remarque d'abord, c'est beau ce dessin (un peu gras), d'un aspect gribouillis très plaisant à regarder. Ensuite l'histoire est curieuse et déroutante. Un homme se retrouve avec des stigmates à chaque main. Pour cette particularité christique il devient respecté et adulé par certaines personnes qui voient là un signe de sainteté, ce qu'il conteste avec force ne se reconnaissant aucunement dans la religion. Cet homme est-il touché par la grâce divine ? Au contraire, il semble persuadé que c'est plus une poisse et une malédiction qu'une chance. Il finit par se retrouver avec un groupe de romanichels, se lie avec l'une d'elles, puis à nouveau une rupture brutale. L'homme s'enferme dans son monde, niant celui des vivants. Ca se lit très bien, c'est intelligent, certains passages sont néanmoins un peu plus abscons notamment vers la fin.
Chéri-Bibi
Après lecture des 3 tomes. Enorme surprise, j'étais loin d'imaginer que cette série allait m'enthousiasmer à ce point. Je ne connaissais pas l'oeuvre originale, je ne pourrai donc pas comparer ou y faire référence. J'ai donc découvert une histoire structurée, forte de personnages sans compromis. Le dessin est impressionnant de force et de beauté : on dirait du Sorel !!!! Ce qui démontre la qualité de la partie graphique. Cette série est clairement au top de la production actuelle, elle finira forcément par trouver son public. A découvrir sans se poser de questions.
MangeCoeur
Après lecture de l'intégrale (3 tomes). Que dire : pas grand chose, c'est vraiment superbe. Cette série semble méconnue, pourtant le niveau de l'ensemble est impressionnant. Pour commencer : le dessin : Superbe, du très grand art, bien mis en valeur avec une belle palette de couleurs très subtile. L'histoire est superbement traitée, le scénario bien construit, le contexte de l'histoire original : le monde du cirque. Mais cet environnement n'est que le décor, les rapports entre personnages étant admirablement développés mais je n'en dirais pas plus pour ne pas dévoiler le scénario. La nouvelle série de ce duo d'auteurs, La Confrérie du crabe, a été bien accueillie par le lectorat, mais cette série antérieure démontre leur savoir faire. Un ensemble de très haut niveau qui a sa place dans toute bonne bibliothèque.
Le Dessin
Marc Antoine Mathieu est un auteur conceptuel. Dans Julius Corentin Acquefacques et Mémoire morte, œuvres magistralement réflexives et ludiques, il dépeint essentiellement des mondes ou des dogmes plutôt que des héros (s’il est possible de parler de héros tant les protagonistes, dépersonnalisés et neutres, se conforment passivement au système). Le dessin est une création qui se révèle davantage affective. Si l’on retrouve avec plaisir les audacieuses récréations métaphysiques et oniriques propres à l’artiste, en revanche, l’absence d’absurde et l’émergence d’une humanité inhabituelle dans son univers s’avèrent déconcertantes. En effet, cela m’a un peu gêné. Je n’ai pas réussi à éprouver une empathie tout entière pour ce personnage qui voue son existence à la quête d’une amitié disparue. À travers la résolution de l’énigme proposée par ce tableau, gage de son ami défunt, ne faut-il voir qu’un éloge de la fuite ? L’itinéraire d’Émile vers la révélation n’est-il qu’une simple évasion de la réalité au travers de sa représentation ? Je suis resté assez circonspect devant sa démarche. Pourtant, je demeure admiratif devant cette nouvelle mise en abyme, l’exploration quasi infinie d’une gravure à la perspective exponentielle dont chaque détail, en apparence insignifiant, donne naissance à un nouveau macrocosme. Une expérience qui, au-delà de sa conclusion herméneutique, débouche sur le savoureux questionnement poétique et intellectuel du rapport de l’art au réel. Des envolées psychologiques néanmoins inabouties, émotionnellement parasitées par une narration plus palpable, presque plaintive, dont le perpétuel sentiment de tristesse et d’abandon n’a fait que glisser sur moi sans me toucher tout à fait. Je ne ferai pas la fine bouche. Le plaisir spirituel est, encore une fois, fréquent et se double de délicieuses nourritures graphiques. Un somptueux noir et blanc toujours aussi tranché, profond et lumineux, dont la traditionnelle impersonnalité prend quelquefois d’étonnants airs de complicité dans les cadrages ou les gros plans. Cependant, il me manque un je ne sais quoi… Une œuvre qui nécessitera certainement plusieurs relectures, dans différents états d’esprit.
Okko
C'est peut être un peu tôt pour parler de bd culte, mais je ne voit pas ce que je peux reprocher à cette bd. Les dessins sont superbes, le scénario sans être révolutionnaire, est très efficace, sans temps morts, le ton, un peu narratif et l'ambiance orientale sont vraiment sympas, en plus, dans un de mes genres préférés. Les deux cycles sont assez différents. Le premier, le plus réussi, d'après moi, présente bien les différents protagonistes. Le second, qui souffre de quelques lenteurs au premier tome, pose quelques questions sur les personnages principaux: qui est vraiment Noburo, ce géant qui semble indestructible? Okko à t'il toujours été ce chasseur de démon? Son passé n'est il pas entaché de quelques drames? la trame principale semble vraiment démarrer dans ce cycle.