Les derniers avis (39890 avis)

Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Indociles
Les Indociles

Voilà encore une belle surprise à côté de laquelle je serais passé si je ne venais pas ici régulièrement. J'adore ce genre de saga familiale qui s’étend sur plusieurs décennies et qui te fait plonger dans un univers où chaque membre de la tribu a son caractère bien trempé. C’est vraiment dans la lignée des grandes sagas à la Malaussène de Pennac ou Les Vieux Fourneaux : des personnages hauts en couleur, des histoires qui se croisent, se répondent, et une bonne dose d’humanité. L’intrigue suit cette tribu un peu décalée, avec ses conflits, ses moments de tendresse, et surtout son envie de vivre librement, à l’écart des conventions. Chaque génération apporte son lot de drames et de réjouissances, et c’est cette continuité sur plusieurs décennies qui donne toute sa richesse au récit. On voit évoluer les personnages, on s’attache à eux, et au fil des pages, on a l’impression de faire partie de cette tribu indocile. Le dessin accompagne parfaitement l’ambiance du récit. Ce n’est pas forcément le genre de style qui tape à l’œil, mais il capte bien les émotions et l’énergie de la famille. Les moments d’humour sont là, bien placés, et malgré la longueur de la saga, on ne s’ennuie jamais. Il y a cette fluidité dans le récit qui fait qu’on enchaîne les tomes sans vraiment s’en rendre compte. Encore une belle trouvaille, merci Grogro d'avoir influencé les autres si je comprends bien :). C’est le genre de lecture qui te laisse un bon feeling, avec ce mélange de nostalgie et de joie de vivre, comme une bouffée d’air frais dans un monde où tout va trop vite. Une saga à savourer doucement, comme un bon vin qu’on laisse vieillir pour en apprécier toutes les nuances

30/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Sous les bouclettes
Sous les bouclettes

Mélaka nous raconte avec simplicité et beaucoup de sincérité les derniers moments de sa mère, Gudule, autrice connue que je ne connaissais pas. Pas de pathos ou de drame exagéré, juste la réalité d’une famille qui traverse une épreuve difficile. Le récit alterne entre les souvenirs de Gudule, racontés avec tendresse et parfois un brin d’humour, et les moments où la maladie prend de plus en plus de place. Ce mélange passé-présent donne du rythme à l’histoire et permet de découvrir à la fois la femme forte qu’était Gudule et la douleur qui s’installe peu à peu. Le dessin, assez simple et direct, n’essaie pas d’en faire trop. Il accompagne bien le ton du récit, avec ce côté un peu brut qui fait passer les émotions sans avoir besoin d’effets. L’humour est là, discret, mais il apporte un peu de légèreté, même quand les situations sont compliquées. Ce n’est jamais lourd, juste ce qu’il faut pour continuer d’avancer dans l’histoire. Ce qui ressort surtout, c’est l’amour qui lie cette famille. On sent que, malgré la tristesse et les moments de découragement, il y a toujours ce lien fort qui les maintient ensemble. C’est un album sur le deuil, oui, mais aussi sur la vie qui continue, sur l’importance des souvenirs et des moments partagés. Loin d’être larmoyant, le récit est honnête et touchant, sans chercher à forcer les émotions. Un album qui se lit tranquillement, avec des moments de tendresse et de tristesse bien équilibrés, et qui laisse une impression de douceur malgré tout.

30/09/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Ama
Ama

3.5 André-Philippe Côté montre encore une fois avec ce one-shot qu'il est un des meilleurs auteurs québécois de bande dessinée. Encore une fois, il parle d'art et cette fois-ci il le fait au travers d'une artiste fictive qui fait de l'art primitif. Elle évolue dans un monde d'hommes qui ont des préjugés face à son art, qui n'a rien d'académique ou qui n'est pas comme les artistes à la mode de l'époque. La vie d'Ama, l'artiste fictive, est racontée en flash-back via une enquête d'une journaliste qui veut savoir ce qui est arrivé à cette artiste, qui a disparu après avoir rencontré le succès. Le gros de l'histoire se passe dans les années 30-60 et Côté en profite pour dépeindre le côté obscurantiste du Québec de l'époque, dominé par le clergé et les idées conservatrices, et les changements qui sont survenus durant les années 60. Le scénario est prenant, avec des réflexions intéressantes sur l'art et une galerie de personnages hauts en couleurs. Le dessin est très bon.

29/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Batman - Année Un (Year One)
Batman - Année Un (Year One)

Après l'excellent Batman - Un long Halloween que j'ai adoré, je poursuis le rattrapage de ma culture BD concernant notre homme chauve-souris. L'histoire de cette BD réalisée par le renommé duo Miller/Mazzucchelli, se situe avant "Un long Halloween". On découvre ici les prémices de notre héros masqué ainsi que l'origine de la coopération puis l'amitié naissante entre Jim Gordon et Batman. La création du personnage de Catwoman est également abordée. Cette œuvre se distingue par le fait qu'elle soit centrée sur le personnage de Jim Gordon et son arrivée dans la ville de Gotham. On suit avec un plaisir non dissimulé son arrivée, pas forcément souhaitée, au sein de la Police un brin corrompue de Gotham. La naissance de Batman qui tranche avec celle imaginée par Christopher Nolan dans son célèbre "The dark Knight", est également intéressante, Bruce agissant au départ à visage découvert avant de choisir le déguisement de chauve-souris pour des raisons que je ne dévoilerai pas ici. Chaque personnage, que ce soit Jim ou Bruce possèdent ses propres failles rendant l'ensemble plutôt crédible et cohérent. J'ai été en revanche moins convaincu par le personnage de Catwoman, beaucoup trop masculine à mon goût, et ne collant pas avec la félinité d'un chat. Au niveau du dessin, s'il confère une ambiance vintage contribuant à l'histoire générale, je l'ai tout de même trouvé un cran en dessous d'un long Halloween. Il convient tout de même de le resituer dans le contexte de sa sortie (1987), cette œuvre ayant à présent près de 37 ans... Un très bon comics de Batman à posséder sans nul doute. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20

29/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Jours de destruction, jours de révolte
Jours de destruction, jours de révolte

Chris Hedges, à l’instar de Noam Chomsky, est un universitaire et écrivain majeure de la gauche radicale américaine. Ancien correspondant de guerre, il ne pouvait que s’entendre avec Joe Sacco dans l’entreprise dont cet album est l’aboutissement : rendre compte de l’impact du capitalisme sauvage sur les familles, les travailleurs, les écosystèmes. C’est un réquisitoire impitoyable et engagé que nous livrent les deux hommes, des réserves Sioux aux régions minières dévastées, en passant par l’esclavage moderne des travailleurs saisonniers. L’album se termine par un chapitre optimiste autour du mouvement « Occupy Wall Street ». Hélas, depuis 2011 (date de publication du livre), le capitalisme ultralibéral et ses séides ont éteint l’incendie. Le travail des deux auteurs est très rigoureux, avec un appareil critique classique pour un travail universitaire : nombreuses notes et références en fin de chaque chapitre, et imposante bibliographie en fin de volume. Les trois-quarts de l’album ne sont constitués que du texte de Hedges. Celui-ci est souvent illustré de dessins de Sacco. Et, à plusieurs reprises (mais pas pour tous les 5 « exemples »/chapitres), Sacco développe entre dix et douze pages purement BD. L’envers du « rêve américain » et du système capitaliste. Clairement pas une lecture qui booste le moral, mais une lecture saine – qui prend du temps, il y a beaucoup de textes. En tout cas un album que j’ai trouvé intéressant. Les amateurs du style de Sacco, des bouquins de Chomsky ou de la lecture du Monde diplomatique (comme c’est mon cas) y trouveront leur compte.

29/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Guirlanda
Guirlanda

Deux auteurs dont on connait la complicité – et ce depuis pas mal d’albums ! Ici cela se sent et explique sans doute la fluidité du récit. L’intrigue est difficile à résumer, et elle a sans doute dû être pas mal improvisée par ces deux auteurs. C’est un récit assez poétique, un genre que j’apprécie vraiment. Poésie des textes déjà. Mais aussi des images. En effet, le dessin de Mattotti est vraiment très chouette. Très simple, très fluide, plein de trouvailles graphiques. Une grande légèreté, mais aussi une grande force. C’est parfois nerveux, hachuré, et souvent porté par les courbes. Un bestiaire original, mais surtout de superbes planches muettes, dans lesquelles Mattotti donne libre court à son talent, alternant cases quasi minimalistes et cases très chargées. Un gros coup de cœur visuel !

28/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Labyrinthe inachevé
Le Labyrinthe inachevé

Très chouette album. Lemire joue sur la corde raide, que ce soit au niveau du dessin (minimaliste) ou du scénario, qui ne tient qu’à un fil ! Mais j’ai suivi ce fil jusqu’au bout, et jamais je ne me suis ennuyé. Lemire a vraiment beaucoup de talent pour développer une intrigue et brosser le portrait d’un personnage avec peu de moyens. Il y a bien sûr l’histoire de ce type un peu paumé, désabusé, qui n’arrive pas à se remettre de la perte de sa fille – qui a entrainé la rupture d’avec sa femme et sa mise en retrait sociale. Un deuil impossible et pourtant, il est question de renaissance. L’histoire avec sa voisine, qui pratique un métier à la fois proche du sien tout en étant à l’opposé éthiquement, qui la drague gentiment malgré ses refus bourrus, est, elle aussi, pleine de fragilités et d’optimisme. Si la dernière image est une porte fermée, nous savons qu’elle va s’ouvrir à nouveau. En voulant ramener sa fille à la vie, en la retrouvant en suivant les labyrinthes qu’elle lui aurait laissé (une dérive urbaine qui permet aussi à Lemire de montrer une ville moderne froide, a priori repoussante), c’est bien sûr lui-même que le héros (re)trouve et sauve. Une chouette lecture en tout cas.

27/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série La Solitude du marathonien de la bande dessinée
La Solitude du marathonien de la bande dessinée

Adrian Tomine (que je ne connaissais pas mais j'ai vraiment flashé sur le dessin chez le libraire) nous plonge directement dans ses pensées, sans chercher à édulcorer quoique ce soit et j'adore ce genre de récits autobiographiques sincères. Tout est là, brut : ses doutes, ses frustrations, ses petites victoires, mais aussi cette fatigue mentale constante qui accompagne le travail créatif. Le dessin est précis, minimaliste, presque froid avec ce papier quadrillé, et chaque case, chaque planche, semble peser sur les épaules de l'auteur. Au lieu de créer une empathie facile, le récit installe une distance, un léger malaise. Les moments de gêne sont palpables, les silences lourds, j'adore. Le découpage abrupt du récit accentue cette impression de fragmentation, comme si Tomine ne voulait jamais nous laisser nous installer confortablement dans la lecture mais nous amener avec lui dans son malaise. On est pris dans une sorte de course en pointillés, avec des ruptures soudaines. L’humour, souvent présent, reste discret, plutôt cruel en fait. L’absurde des situations m'a fait sourire, mais l’ambiance générale ne laisse pas trop de place à la légèreté. Il y a une honnêteté sans fard dans cette manière de livrer ses pensées, il ne cherche pas à séduire ou à réconforter mais c'est très plaisant à lire.

27/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Loire
Loire

Je suis heureux que Davodeau abandonne la pseudo enquête maladroite de Le Droit du sol et revienne à ce qu’il fait de mieux, raconter de belles histoires de personnes. La Loire est ici bien plus qu’un décor, c’est un personnage à part entière, une entité vivante qui façonne l’histoire, les souvenirs et les liens entre les protagonistes. Pour bien le connaitre et y passer des heures à vélo, on sent immédiatement qu’il connaît bien ce territoire, qu’il en a une affection profonde, ce qui transparaît dans la douceur de ses traits, la justesse des couleurs et la lenteur calculée du récit. Dès les premières pages, on retrouve ce qui faisait la force d’albums comme Lulu Femme Nue ou Les Mauvaises Gens : cette capacité à nous immerger dans la vie des gens, à capter leurs doutes, leurs silences, leurs fragilités. Davodeau n’a jamais besoin d’en faire trop, il laisse les moments respirer, les paysages parler. Ici, le fleuve est omniprésent, il rythme le récit, comme un écho aux vies qui se croisent. Agathe, la grande absente du récit, a réuni tous ceux qui ont compté dans sa vie, mais c’est finalement la Loire qui les lie plus qu’elle. Visuellement, Davodeau explore des paysages magnifiques, une Loire à la fois sauvage et apaisante, avec des aquarelles aux tons doux, presque méditatifs. On est happé par cette atmosphère feutrée où le temps semble suspendu. Mais sous cette surface paisible, il y a des enjeux humains plus complexes : la quête d’identité, le deuil, la nostalgie des amours passés. Pourtant, et c’est peut-être là la limite, ce sont des thèmes que Davodeau a déjà beaucoup explorés, et on peut parfois avoir l’impression de relire une variation sur des récits passés. Certains lecteurs pourraient se sentir frustrés par cette absence d’enjeu clair, par ce récit qui semble flotter, sans direction précise. On suit Louis et les autres personnages dans leurs errances, mais le cœur du récit reste indéfinissable, presque insaisissable... comme la Loire. Une BD qui ravira les amateurs de Davodeau, ceux qui apprécient son art de l’instant, sa capacité à rendre hommage à la nature et à la simplicité des relations humaines. Mais pour ceux qui attendent plus de tension narrative ou de renouvellement, il se peut que l’histoire finisse par laisser un goût d’inachevé.

27/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Innocents coupables
Les Innocents coupables

Ce triptyque revient d'une façon émouvante sur un épisode douloureux de notre passé pénitentiaire. L'internement dans des conditions très dures de jeunes enfants est une thématique assez peu visitée. C'est dommage car elle peut faire réfléchir à l'évolution du droit des enfants souvent défaillant même dans des états de droit comme la France l'était à cette époque. A travers le parcours d'un quatuor de jeunes défavorisés, Laurent Galandon propose un scénario cohérent et bien construit qui montre la sévérité de la justice comparée à notre époque. L'auteur choisit ses héros ayant commis des petits délits (encore que Miguel avec son couteau) qui peuvent nous paraître légitimes aujourd'hui. Ce n'était probablement pas la perception à l'époque ni celle qui existe encore dans certains pays où un petit vol peut être puni de façon bien plus sévère. Ainsi l'auteur ne force sûrement pas le trait sur la vie dans le camps de redressement/correction des Marronniers. Les personnages sont bien campés et Galandon ne va pas trop loin dans le côté violence inhérent à cet environnement. J'ai même trouvé que Galandon forçait un peu sur une ambiance un peu bleuette autour de la camaraderie, l'entraide voire une histoire sentimentale qui fait un peu contre emploi avec l'ambiance générale. Cela est particulièrement sensible dans le tome 3 qui propose une fin en happy end un peu rose bonbon à mon goût. Le graphisme très anguleux d'Anlor colle particulièrement bien à l'idée que l'on peut se faire de ces enfants émaciés et écorchés vifs. Les cadrages fournissent beaucoup de dynamisme à la narration visuelle et l'on ne s'ennuie pas malgré un scénario assez prévisible. En effet seul le différend entre Adrien et Honoré propose un rebondissement assez inattendu. La mise en couleur est très classique et un peu passe partout mais c'est très correct. Pour finir je trouve que les auteurs sont assez sévères avec l'image de l'Assistance Publique de l'époque. Elle avait probablement des défauts inhérents à la mentalité de l'époque mais elle avait l'avantage d'exister et de donner des racines à l'aide à l'enfance qui existe aujourd'hui. Ce n'est probablement pas le cas dans de nombreux pays . Une lecture plus émotionnelle que documentaire bien plaisante.

27/09/2024 (modifier)