Les derniers avis (39888 avis)

Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une histoire de voleurs et de trolls
Une histoire de voleurs et de trolls

Série découverte grâce à l'avis de Ro que je remercie ! Je me suis vraiment laissé emporter par cet album qui m’a fait retrouver une sensation presque nostalgique de la fantasy à l’ancienne. Il y a quelque chose d’authentique dans cette aventure, une imagination débordante qui s’éloigne des standards post-Lanfeust pour offrir un univers original, avec un graphisme qui m’a particulièrement plu. Je ne connaissais pas l'auteur non plus, et le dessin, souvent proche de l’illustration, est très soigné, presque impeccable dans sa clarté. La colorisation est superbe, le dessin très abouti, minutieux et détaillé, avec des paysages très riches et un soin particulier apporté pour rendre les personnages expressifs. Juste quelques mouvements de personnages, vus sous certains angles qui m'ont un peu gênés. Le scénario, lui aussi, m’a accroché. J'ai aussi eu peur de retomber dans les classiques du genre avec le personnage du voleur roublard et vantard, mais que j’ai trouvé sympathique au final. L'humaine apporte une autre dynamique intéressante. Ce duo improbable fonctionne bien et l’intrigue se densifie au fur et à mesure que de nouveaux éléments viennent bouleverser le récit. Le scénario évite les facilités narratives pour embrasser quelque chose de plus vaste et inattendu à la fin du premier tome. L'ensemble est bien construit, dans un univers qui ne se contente pas de recycler des clichés mais qui apporte un souffle nouveau, tout en restant dans les codes du genre. Coup de coeur pour moi aussi.

16/10/2024 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Lucky Luke - Jolly Jumper ne répond plus
Lucky Luke - Jolly Jumper ne répond plus

Alors, on parlait justement de noter ou pas toutes les BD qu'on lisait. Je n'avais pas encore noté celle-ci, lue pourtant à sa sortie, alors qu'en plus, c'est de sa couverture que je tire mon avatar !!!! La grosse Tehon ! Je répare le truc et vole au secours de cet auteur que j'aime tant. Bouzard est l'un des rares auteurs à me filer des crampes aux zygomatiques. Lui filer 1/5 ? Impossible pour moi d'accepter cette idée. NON !!! Oui, je le concède d'emblée, cet épisode ne vaut pas 4/5, mais je me devais de rectifier le tir. - D'abord, c'est drôle. Le gag du maire qui propose une brindille à Lucky Luke est proprement excellent. - La couv est marrante comme tout, ainsi que le titre. - Et puis bon, cette idée d'une brouille entre Lucky Luke et Jolly Jumper est quand même sympa. Certes, on ne s'attend pas à une aventure de ouf avec moults rebondissements, mais ça le fait bien. - Je ne me rappelle pas de tout. - Je fais ce que je veux, y compris être de mauvaise foi. Mais au fait, quelqu'un a-t-il des nouvelles de Bouzard ?

16/10/2024 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série La Route
La Route

Très belle lecture, certes elle est parfois dure visuellement avec des scènes choc. C'est la survie, certains deviennent cannibales. La route, la Route avec un grand R même et bien que je ne l'ai pas lu est la référence littéraire du post-apocalyptique. Un homme et son fils tentent de s'en sortir en évitant toute mauvaise rencontre, poussant leur chariot sans fin tel Sisyphe poussant sa pierre. Manu Larcenet sort un récit qui happe le lecteur et son dessin est un atout indéniable. Je trouve par contre la couverture assez ratée, elle manque de visibilité et c'est à la lecture que j'ai compris qu'ils passaient près d'une chute d'eau.

15/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Paul a un travail d'été
Paul a un travail d'été

Je découvre (enfin) Paul avec cet album. Un personnage et un auteur qui m’intéressaient depuis longtemps. Et bien je dois dire que j’en suis sorti assez conquis. Je ne crie pas à la révolution mais la magie a opéré tout doucement sur moi. En tout cas ça m’a donné envie de pousser plus loin avec ce personnage, surtout que c’est l’une des premières productions de l’auteur. J’ai lu ce tome dans l’édition formule vacances ! (édition regroupée avec Paul dans le Nord). Le petit format n’a pas été un frein, j’ai même haché ma lecture x fois. En fait, on touche là à tout le savoir faire de l’auteur. C’est fluide, lisible, fait avec beaucoup d’honnêteté et de fausse simplicité. Bref c’est admirablement bien raconté. Pourtant tout n’est pas passionnant mais il y a une vrai alchimie qui se crée à la lecture. De la sincérité, de la bonhomie, et surtout la construction du récit, j’ai eu quelques moments d’émotions. Dans le cas présent, l’auteur raconte ses 18 ans et les tournants qui vont avec. Je me répète mais c’est franchement bien fait et le langage ajoute sa touche de charme. J’avais lu d’autres œuvres (Un été d'enfer !, Chroniques de jeunesse …) se rapprochant un peu des thématiques développés ici. Cette déclinaison de Paul les enterre tous.

15/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Caravage - L'Ombre du peintre
Caravage - L'Ombre du peintre

L’approche de cet album est différente de celle de Manara dans son récent diptyque sur le même peintre. D’abord bien sûr le dessin est différent ! Mais, si le trait réaliste et classique de Manara est vraiment excellent, j’ai aussi bien aimé le dessin d’Anderle (que je découvre ici). C’est un trait moderne, très nerveux, et il a su donner à certaines cases la force qu’on retrouve dans des dessins de Goya. C’est très expressif, et cela accompagne très bien le récit. Car ce récit ne s’intéresse qu’au bonhomme « ordinaire ». L’artiste est presque évacué de la partie BD, ce qui donne – étant donné la vie mouvementée du Caravage (il était bagarreur, instable, violent et passionné) – quelque chose de très rythmé. Quelques passages picaresques, un peu d’humour, une agitation chronique, les déambulations du Caravage dans toute l’Italie – et les rencontres qu’il fait à cette occasion – donnent une lecture plaisante. Bien sûr, l’œuvre du peintre n’est pas absente. Chaque chapitre est entrecoupé de deux ou trois pages présentant son histoire, mais aussi ses tableaux (nombreuses reproductions), analysés pour certains par des conservateurs spécialistes. Bref, c’est une lecture à la fois plaisante et instructive, différente mais complémentaire de celle de Manara sur le même sujet.

15/10/2024 (modifier)
Couverture de la série La Longue Marche des Dindes
La Longue Marche des Dindes

Il y a dans ce récit pas mal de naïveté, et une très grosse dose de bons sentiments. Presque tous les personnages sont ici en rédemption : Simon, le jeune héros prouve qu’il « vaut » quelque chose (seule son institutrice semblait y croire), et la jeune esclave en fuite, la femme ayant tout perdu, le muletier ivrogne, trouvent aussi tous un moyen de regagner en dignité en accompagnant Simon dans un périple a priori fou. Car Simon est un turkey-boy, il va convoyer 1000 dindes sur des centaines de kilomètres jusqu’à Denver, et vivre des aventures qui vont lui permettre, ainsi qu’à ceux qui vont successivement s’agréger à son « équipe » de donner le meilleur d’eux-mêmes. Un peu farfelue, pleine de bons sentiments donc (Noirs esclaves, Indiens, femmes, tous les laissés pour compte de l’Amérique ont ici le beau rôle, et les « méchants – le père de Simon qui ne pense qu’à le voler, les soldats tuant les dindes pour le plaisir, sont immanquablement « punis par les représentants de l’ordre, Sheriff ou officier), cette histoire s’adresse à un jeune lectorat, qui y trouvera sans doute son bonheur. C’est en fonction du lectorat visé que je la note.

15/10/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Le Dieu-Fauve
Le Dieu-Fauve

3.5 Je rejoins les avis positifs sur ce one-shot et je ne pas trop quoi ajouter. Ah si. J'ai moins aimé le premier chapitre qui montre la vie du singe dans la nature et particulière le fait qu'on a droit qu'à du texte narratif qui décrit les pensés et les actions des singes. C'est un truc que je trouve lourd à lire et j'ai eu peur que ça soit comme ça tout le long de l'album. Heureusement, les humains vont débarquer et s'il y a encore beaucoup de textes narrations, il y aussi des gens qui parlent et ça passent mieux pour moi. Donc voilà le scénario est dense, captivant avec des scènes mémorables, mais cela m'a prit quand même un peu de temps pour que je rentre complètement dans le récit ce qui explique pourquoi ma vraie note est entre 3 et 4 étoiles. Le dessin est vraiment spectaculaire avec une bonne mise en scène très bien maitrisé. Un des albums de 2024 à lire absolument.

15/10/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Carcajou
Carcajou

Je ressors de cette BD avec le même sentiment qu'après avoir fini Le Serpent et le Coyote : une BD qui brode sur un canevas classique mais si bien qu'on ne peut lui en tenir rigueur. C'est l’apanage des grands conteurs, ça ! En effet, l'histoire ne raconte rien de fondamentalement neuf : un gars qui veut extorquer les propriétaires du coin pour leur piquer leur terres et s'enrichir, une ville où il règne en maitre avec la complicité du chef de la police, un vieux métis qui vit en solitaire sur une colline chargée en pétrole ... C'est simple et classique dans le déroulé, mais l'intérêt n'est jamais dans la surprise. L'intérêt, il est avant tout dans les personnages : ce sont des personnages typés (et pas stéréotypés) qui se développent petit à petit. Le métis solitaire n'est pas épris de nature contre une industrialisation, c'est un vieux pochtron attaché à sa colline, point. Le méchant n'est pas monolithique et même plus pathétique (et risible) que caricaturale. Les contrepoints sont nombreux dans le récit, pour montrer surtout une société foncièrement injuste, où l'argent et la force règnent en maitre. L'ensemble se tient narrativement jusqu'au bout, avec une petite page finale que je n'ai pas vu venir d'ailleurs. Le récit est rythmé sans temps mort et avec toujours une petite pointe pour relancer l'intérêt. Chaque partie est clairement exposée, on sait où on va mais l'intérêt est surtout de savoir comment. Et le final est à la hauteur des attentes, avec une séquence qui en jette niveau dessin d'ailleurs. Ce dernier se fait toujours discret mais joue avec son trait gras, son environnement sobre mais présent et ses personnages animés à chaque case. On sent que Eldiablo s'est attaché à en faire des humains animés, pas juste des pantins au service d'un récit. Et c'est ce qui marche ! Un très bon western, sobre et classique, qui ne joue que modérément la carte du fantastique pour livrer une histoire qui prend rapidement le lecteur. C'est classique mais bon !

15/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bleu à la lumière du jour
Bleu à la lumière du jour

Car il n'est rien de caché dans le monde, nul grand secret à découvrir. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre d'une certaine manière, mettant en scène une variation d'un personnage récurrent chez l'auteur d'une autre manière. Sa publication initiale date de 2023 pour la version française. Il a été réalisé par Borja González pour le scénario, les dessins et les aplats de couleur. La traduction de l'espagnol a été réalisée par Christilla Vasserot. Il comprend cent-soixante-seize planches de bande dessinée. Il se termine avec une postface d'une page de l'auteur, ainsi que trois illustrations en pleine page. Cet auteur a précédemment réalisé The Black Holes (2019) avec Gloria, Laura et Cristina comme personnages, et Nuit couleur larme (2021) avec Matilda & Teresa. La nuit dans un bois, avec un château se découpant en ombre chinoise dans le lointain. Sur la plaine, trois cavaliers chevauchent au galop s'éloignant du domaine. Quelque part dans une pièce du château, une bouteille de vin est tombée à terre déversant son contenu sur le plancher. Les bougies sur le bougeoir sont éteintes. La pendule marque minuit moins deux. Au mur, le tableau d'un archer avec deux chiens à ses pieds. Deux coups retentissent à la pendule, une femme en long manteau se tient à l'entrée d'une immense arche, sur le perron. Dans le parc, une autre femme encapuchonnée se retourne pour un dernier regard, puis elle sort du domaine par un grand passage sans portail. Derrière elle, l'autre femme referme les deux vantaux de bois après être rentrée dans le château. Matilde continue de s'éloigner, passant devant un grand arbre aux branches torturées. le bruit de deux vantaux se refermant retentit dans la nuit. La jeune femme ne se retourne pas. Elle continue de marcher, traversant une longue étendue herbeuse plane. Elle atteint l'orée du bois et s'y enfonce. Matilde a rabaissé son capuchon laissant voir ses cheveux. Elle pénètre plus avant dans la forêt. Une mésange bleue la rejoint, attirant son attention par son chant. Elle s'adresse à l'oiseau, s'étonnant qu'il connaisse son nom. Elle ne l'avait jamais vu ici auparavant. Elle lui confirme qu'elle cherche la sortie. Elle écoute sa réponse, surprise de la direction qu'il lui suggère de prendre. La mésange s'envole devant elle et elle décide de la suivre comme si l'oiseau lui indiquait le chemin. Elle finit par rejoindre l'oiseau et elle constate que d'autres oiseaux sont perchés sur des branches. Elle se demande si ce chemin mène bien à l'extérieur. Elle arrive devant une pièce d'eau à la surface de laquelle se trouvent quelques nénuphars, un escalier d'une demi-douzaine de marches permet d'accéder à la surface de l'eau. Elle se retourne vers l'oiseau lui demandant s'il se fiche d'elle, si c'est ça la sortie, le lac ? Il vient se poser sur sa main et il la regarde avec son œil fixe et vide. Elle enlève son long manteau et descend quelques marches en récitant un texte : le vent toujours soupire dans la cime des arbres. L'eau est tout sourire à ses pieds. Et les hirondelles poussent des cris aigus. Voilà un récit bien étrange. le lecteur est immédiatement pris par la douceur onirique de la narration visuelle. Pour commencer, neuf pages dépourvues de tout mot, une séquence nocturne, l'absence de traits de visage pour chacune des deux femmes (pas de bouche, de nez, d’œil), certains éléments dépourvus de texture et de détail, des couleurs posées en aplat, l'hirondelle uniquement en ombre chinoise mais d'un bleu de Prusse, l'absence de nom donné aux deux personnages, l'absence de repère temporel, peut-être une époque médiévale. Cette sensation de monde rêvé perdure tout du long du récit : pas de trait de visage pour aucun personnage, soixante-quatre pages muettes soit un tiers de la pagination, de grandes cases aérées, vingt-trois dessins en pleine page, douze en double page, des pages structurées comme une juxtaposition d'images laissant la liberté à l'imagination du lecteur d'établir les liens de causes à effet entre elles, des éléments visuels récurrents comme l'hirondelle bien sûr, ainsi que son œil vide générant un motif de cercle trouvant son écho dans d'autres éléments visuels, également un cerf, un masque grotesque, des taches rouges de vin ou de sang, une épée fichée dans un bosquet de ronce ou dans un autel, des chiens de chasse, une flèche, quelques fleurs cueillies, des plumes, le crâne d'un cerf accroché au-dessus d'une cheminée, des troncs très droits en forêt comme des piliers ou des barreaux, etc. Par moments, le lecteur ressent l‘influence graphique du bédéiste Mike Mignola (créateur et auteur de Hellboy) et de son coloriste attitré Dave Stewart. La patte Mignola se discerne dans les grandes masses d'aplat de noir uniforme, dans l'usage d'éléments massifs dont la texture de pierre ou de bois est mise en évidence (les arbres, quelques statues), dans quelques cases avec un œil tout rond en très gros plan sans iris ni pupille, dans la mise en valeur d'un élément que le lecteur associe au registre des contes et légendes comme un cerf ou une épée. L'influence de Stewart se détecte dans l'usage d'aplats sans variation de nuances, d'une palette limitée, de quelques formes tranchant du contexte par leur couleur bleue ou rouge, effet utilisé avec une grande parcimonie. Ainsi que cette capacité extraordinaire à faire ressortir chaque élément avec une palette si restreinte. Pour autant, le lecteur n'éprouve jamais l'impression que le bédéiste réalise des cases ou des planches à la manière de. Il met en œuvre un vocabulaire graphique personnel, différent de celui Mignola soit par sa nature, soit par la manière de l'utiliser dans le contexte, ou par des cadrages propres. La narration visuelle s'avère très agréable, à la fois par le faible nombre de cases par page, ce qui donne une sensation d'espace, et également de rythme de lecture régulier, sans effet de lourdeur, et aussi parce que le lecteur ressent qu'il peut choisir son rythme. Il peut se laisser mener par son impatience de découvrir l'histoire et progresser à rythme soutenu en ne s'intéressant qu'à la dimension concrète et descriptive des pages, pour assimiler d'un simple coup d’œil les informations visuelles. Il peut aussi choisir de prendre son temps, en laissant agir l'atmosphère d'un lieu ou d'une situation. Il laisse alors son esprit vagabonder, entre associations d'idées et questions. Associer un château avec une princesse, une épée symbolique avec au choix un mythe comme celui d'Excalibur ou une forme phallique alors que les hommes sont absents du récit parce qu'ils sont partis à la chasse. Et encore le cercle comme étant la surface réfléchissante d'un miroir, mais aussi un œil complètement vide, ou encore le reflet de la Lune ou peut-être un symbole ésotérique, un trou béant, qui sait ? La mésange comme l'animal totémique de Matilde, ou peut-être un esprit animique qui la guider, ou autre chose ? Le mutisme de Matilde comme une stratégie psychologique pour ne pas participer au monde qui l'entoure, ou une preuve de ses faibles capacités cognitives ? Les questionnements gagnent alors en ampleur. Quelle est la part d'éléments réels et d'éléments imaginaires dans ce qui est montré ? Qu'est-ce que Matilde sait réellement de ce qui va advenir et du rôle qu'elle est sensée y tenir ? Sa soeur Teresa en sait-elle plus ? le fait de se réfugier dans le mutisme, peut-il permettre à Matilde de changer le cours des choses ? Est-ce une manière efficace de lutter contre la tradition en n'y participant pas ? D'ailleurs, à quelle époque le récit se déroule-t-il ? Le lecteur est sûr de son fait pour cette dernière question, jusqu'à ce que les deux sœurs atteignent la ville en page cent-trente-six. Très rapidement, le lecteur se rend compte que les caractéristiques narratives l'amènent à participer à la narration et à l'intrigue, à la fois par ses questionnements, et par ses projections émotionnelles, ses supputations sur les liens de cause à effet. La postface de l'auteur vient éclaircir une partie de ses intentions et ajouter à la confusion du lecteur sur d'autres points. Il indique qu'il considère son travail comme un journal émotionnel. Sur le fil conducteur très basique du destin de Matilde, le lecteur peut donc plutôt s'attacher aux états émotionnels qu'il ressent. Cependant le bédéiste ajoute que ce qui l'intéresse, c'est de d'attraper des sensations concrètes, souvent, voire toujours, confuses et fuyantes, comme un rêve capable de laisser une puissante sensation d'angoisse ou de nostalgie. Il continue : le personnage principal de ses histoires est Teresa, une fille totalement déconnectée de son époque, de sa réalité, voire d'elle-même, obsédée par le passé et incapable d'imaginer un futur. Une expérience de lecture sortant de l'ordinaire. Une narration visuelle onirique jouant entre des éléments évoqués et des éléments décrits précisément, des personnages sans visage, des animaux en silhouettes, un environnement entre château médiéval et forêt ancestrale. Une jeune femme qui ne prononce pas un mot, dont la vie quotidienne évoque le vol erratique d'un oiseau sans but, soumis à des contingences matérielles qu'il ne comprend pas, incapable d'établir un contact signifiant avec autrui, évoluant dans un monde dont certains éléments prennent la dimension de symboles récurrents indéchiffrables. Un voyage singulier.

15/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5
Couverture de la série Judge Dredd - Heavy Metal Dredd
Judge Dredd - Heavy Metal Dredd

Dans ta face ! - Ce tome regroupe les 19 histoires mettant en scène Joe Dredd dans des histoires plus violentes qu'à l'accoutumée (surtout du point de vue graphique), les 9 premières ayant été d'abord été publiées dans le magazine Rock Power. Ces histoires ont été publiées pour la première fois entre 1991 et 1997, avec la dernière en 2009, dans le magazine mensuel Judge Dredd Megazine. Les histoires 1 à 5 et 15 à 18 ont été coécrites par Alan Grant & John Wagner, et illustrées par Simon Bisley, sauf la 4 illustrée par Colin MacNeil. L'histoire 6 a été coécrite par Grant & Wagner et illustrée par Dean Ormston. Les histoires 7 à 9 ont été coécrites par Grant & Wagner et dessinées par John Hicklenton, avec une mise en couleurs de Keith Page. Les histoires 10 à 14 ont été dessinées par John Hiclenton et mises en couleurs par Keith Page, avec un scénario de John Smith (é10, é11, é13), David Bishop (é12), Jim Alexander (é14). L'histoire 19 a été coécrite par Grant & Wagner, et illustrée par Benda McCarthy. Histoire 1 - Sous forme de comédie musicale, Judge Dredd applique la loi de manière définitive contre différents auteurs de crime, avec une violence physique qui exprime la violence de la loi. Histoire 2 - Tommy Who est un mutant aveugle, sourd et muet : il n'a ni oreille, ni yeux, ni bouche. C'est un dieu de la Love Machine, une version futuriste du flipper. Judge Dredd a vent de l'existence d'un tripot avec une de ces machines. Histoire 3 - Un gang de rue avec des gliders éclate des citoyens au cours d'une Bloc Party. Judge Dredd se lance à leur recherche. Histoire 4 - C'est l'histoire de Well Hard, l'homme qui a tué Judge Dredd, ou presque. Lors de la première confrontation, il y a perdu sa jambe droite. Histoire 5 - Johnny a fabriqué sa moto tout seul et il en est très fier. Triker s'est moqué de lui et Johnny le défi dans une course illégale, avec un virage de la mort. Histoire 6 - le corps de Johnny avait été empaillé et quelques mois plus tard il semble revenir à la vie et il enfourche sa moto. À nouveau, il va essayer de passer le virage de la mort, cette fois-ci avec Judge Dredd en poursuite derrière lui. Histoire 7 - Mr Power s'apprête à monter sur la scène d'un énorme festival de métal, quand il est abordé par un fan transi qu'il traite avec condescendance, puis il est attaqué par un kidnappeur. Histoire 8 - Une émission de télé raconte l'histoire d'un groupe pop composé de 4 jeunes dont le manager leur suggère des changements d'image qui conduisent à des actes illégaux. Histoire 9 - Un musicien vole une guitare électrique réputée démoniaque et en joue, provoquant des transformations horribles. Histoire 10 - Un spécialiste des effets spéciaux se venge des autres techniciens qui étaient sur le tournage où il a trouvé la mort. Histoire 11 - Un gang d'obèses a décidé de manifester leur mécontentement contre l'un des leurs ayant maigri, en se suicidant depuis un toit. Histoire 12 - Judge Dredd doit arrêter 3 meurtriers qui se sont déguisés en Elvis et réfugiés dans une convention d'imitateurs d'Elvis. Histoires 13 - Un groupe de dames du troisième âge a mis la main sur des casques leur permettant de diriger des grands singes. Elles commencent à tuer des auteurs ayant publié des oeuvres obscènes. Histoire 14 - Judge Dredd doit arrêter des livreuses de message, avec un baiser. Histoire 15 - Un savant fou a ramené à la vie la tête d'Iron Fist, un chanteur de métal qui commence à mettre le bazar dès qu'il peut. Histoire 16 - Encore une fois, le Père Noël essaye de livrer des cadeaux dans MegaCity One. Heureusement Judge Dredd veille à arrêter ce dangereux immigrant faisant passer en fraude des produits non déclarés. Histoire 17 - Un magicien se fait fouiller à la douane par les juges : ils sortent tout ce qu'il a stocké dans ses fesses. Histoire 18 - Une petite frappe se retrouve dans un monde à la Disney et Judge Dredd débarque dedans pour le coffrer. Histoire 19 - Judge Dredd doit arrêter un mutant non déclaré en forme de crapaud anthropoïde. Le résumé de ces 19 histoires courtes (en général 6 pages) donne une bonne idée de l'inventivité des scénaristes, le duo Grant & Wagner, et des autres. La majeure partie se focalise sur des criminels, des hommes, avec une seule exception celle des mamies. Les crimes vont du meurtre à l'excès de vitesse, en passant par le simple refus de coopérer. L'histoire d'entrée donne le ton : parodique excessif, brutal, moqueur, sarcastique. le lecteur habitué des histoires de Dredd voir revenir les obèses avec un plaisir certain. Le lecteur novice vacille sous la rapidité des histoires, leur densité et leur ton irrévérencieux, provocateur et souvent trash. En si peu de pages, la trame du récit est souvent la même : un criminel s'est fait repérer et Judge Dredd lui court après, lui rentre dans le lard, et le met hors d'état de nuire, avec perte et fracas, et souvent mort immédiate. Après la comédie musicale d'ouverture, le lecteur peut s'amuser à détecter des références : Tommy des Who, le nom d'Ozzy Osbourne sur le dos d'un blouson, le biker qui défie Johnny avec le visage de Lemmy Kilmister de Mötorhead, Iron Fist de Motörhead, ces références visuelles se trouvant dans les épisodes illustrés par Simon Bisley. Le ton est au massacre et Judge Dredd ne fait pas semblant de briser des crânes et de tirer dans le tas. Dean Ormston dessine un épisode : formes détourées avec des traits encrés et mise en peinture. Il sait rendre compte de la masse du Biker et de sa bécane, sans chercher à faire dans le gore. Colin MacNeil peint son histoire comme pour Judge Dredd: America, mais avec plus de sang et une touche d'exagération gore. Brendan McCarthy est en bonne forme pour cette histoire de mutant ressemblant à un crapaud anthropoïde, écrite pour lui car il émet des sécrétions hallucinogènes et l'artiste s'en donne à cœur joie avec les effets psychotropes. Néanmoins les deux stars du recueil sont bien Simon Bisley et John Hicklenton. Simon Bisley illustre huit histoires dont la première, celle qui donne le ton de la série. Le lecteur retrouve toutes les exagérations qu'il peut aimer chez cet artiste. Il est visible qu'il prend un grand plaisir à se lâcher dans les cases, et que les histoires ont été conçues sur mesure pour lui. Les personnages sont tous exagérés, avec des morphologies déformées par les stéroïdes ou par des mutations, des trognes à faire peur. Les mouvements appartiennent au registre e la démesure pour un effet comique. Les effets gore fonctionnent au premier degré : tâches de sang, cicatrices, cervelle qui gicle sous l'effet d'une balle qui traverse le crâne, cases mouchetées de tâches noires pour montrer les projections dues aux coups, expressions de visage théâtrales pour un comique visuel. Le lecteur perçoit la narration comme imbibée de l'énergie du Heavy Metal, avec le même sens du mauvais goût, de la force, de la virilité poussée à son paroxysme jusqu'à en être absurde et ridicule. C'est un festival irrésistible. Pour autant le lecteur n'est pas préparé à la force des dessins de John Hicklenton (1967-2010). Là où Simon Bisley est Métal, Hicklenton est punk ou hardcore avec une même maîtrise des techniques de dessins, mais pas de peinture. Avec la première histoire, le lecteur commence par se dire qu'il a perdu au change : les dessins sont plastiquement moins beaux que ceux de Bisley, ils ne sont pas peints, et ils donnent une impression de fouillis rendant la lecture moins fluide. Pourtant le lecteur change d'avis dès la troisième page. Illustrant lui aussi huit épisodes, Hicklenton réalise une interprétation personnelle de Judge Dredd, sans chercher à faire (forcément en moins bien) comme Bisley. Joe Dredd a à la fois un visage émacié, et un menton plus proéminent. Il est plus élancé, avec une force physique plus nerveuse qu'acquise après des heures de gonflette. Son visage reste toujours aussi fermé, ne changeant d'expression que pour un rictus douloureux quand il parle. À l'usage, la lecture des cases s'avère tout aussi facile que celle de Bisley, ou de MacNeil, ou d'Ormston, ou de McCarthy. Hicklenton détoure les individus et les objets avec un trait fin, et donne une sensation de cases très remplies. Pour autant, à la lecture, il se dégage de ses pages une sensation de dessins peaufinés, mais aussi spontanées parce qu'un peu griffonnées. Dans le même temps, il est visible qu'aucune personne ne maîtrise quoi que ce soit, que les criminels sont dépassés par ce qu'ils provoquent, et que la solution pour ramener de l'ordre est que Dredd fonce dans le tas et tire sur tout ce qui bouge jusqu'à ce que le calme revienne. A priori, le lecteur peut se demander s'il fallait vraiment créer une version plus extrémiste de Judge Dredd, sachant qu'une partie significative de ses aventures poussent souvent le bouchon assez loin, avec une réelle intelligence. D'un autre côté, il est difficile de résister à l'attrait de découvrir de nouvelles pages réalisées par Simon Bisley. Très rapidement, le lecteur se rend compte que les différents scénaristes ont profité de la liberté qui leur est donnée pour réaliser des histoires allant droit au but, avec une fibre parodique nourrie de violence, sans pour autant sacrifier l'intrigue. Simon Bisley est en pleine forme dans ses dessins outrés, mêlant à la perfection narration au premier degré et exagérations pétries d'humour noir, parsemées de quelques références Heavy Metal. Colin MacNeil, Dean Ormston font un travail de bon niveau, ainsi que Brendan McCarthy toujours dans un registre défoncé. John Hicklenton se révèle être un maître dans l'art de tout détruire en insufflant une fibre punk sans concession, en mettant ses compétences techniques de dessins au service de ces histoires trash.

14/10/2024 (modifier)