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Couverture de la série Lyz et ses cadavres exquis
Lyz et ses cadavres exquis

Le scénario en lui-même ne m’a pas marqué plus que ça, même si l’histoire n’est pas inintéressante. Mais c’est surtout l’ambiance, les « à-côtés » qui m’ont intéressé, et qui ont fait que je suis sorti vraiment satisfait de cette lecture. L’intrigue est à la base hautement improbable : une gamine prend la place de son père – qui gérait un funérarium : elle ne déclare pas sa mort, et « s’occupe » des cadavres en son nom. Rapidement il s’avère qu’elle a une technique et des goûts – plus artistiques que pratiques – bien particuliers ! Sa rencontre avec un artiste lui aussi extrêmement particulier va l’amener à développer une œuvre extraordinaire – qui hélas pour elle ne va pas trouver de public adapté. Un certain humour noir, une grande noirceur en tout cas, préside à ce récit. Le titre peut se lire à plusieurs niveaux : les cadavres utilisés par Lyz comme d’autres utilisent le marbre ou le bois pour sculpter. Mais aussi son amour du jeu des « cadavres exquis » : il y a en effet pas mal de surréalisme dans ce récit (les « cadavres exquis » étant le jeu surréaliste le plus connu, le nom même venant de l’un des premiers réalisés : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau »). Une ambiance et des références qui avaient tout pour me plaire. Surtout que j’ai aussi bien aimé dessin et colorisation, au rendu presque expressionniste parfois. Cette ambiance générale, et un récit porté par un macabre poétique, on a là quelque chose d’original, qui a su me toucher. Note réelle 3,5/5.

14/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Royaume de Blanche-Fleur
Le Royaume de Blanche-Fleur

Avant toute chose, je me dois de prévenir que cet album est à la fois un one-shot et une conclusion à la série Le Royaume du même auteur. Je me dois de le préciser parce que, sans doute bêtement, je l’ai d’abord lu avant de lire la série d’origine. Ce n’est pas grave en soi, après tout cela reste parfaitement compréhensible en tant que one-shot (et la situation comme les personnages nous sont de toute façon présentés dès l’introduction), mais il faut tout de même garder en tête que l’histoire prend tout son intérêt en tant que « grand final ». Il me semble important, dans ce cas, de présenter deux avis : celui que je me suis faite après ma lecture de ce one-shot et son évolution après avoir commencé à lire Le Royaume. A ma première lecture, donc, j’ai pu découvrir ce sympathique Royaume et ses habitants, eux, plus ou moins sympathiques (disons que certain-e-s n’ont pas l’altruisme qui suinte par tous leurs pores). On suit de nombreux personnages, mais principalement Anne, jeune tavernière et amie proche de la famille royale, dont la vie va rapidement basculer après un complot orchestré par la Reine et une de ses voisines (qui ne peuvent vraiment pas la sacquer). Mais ce n’est pas tout, car en parallèle, il y aussi un mariage, une héritière disparue, une armée en marche et ces fichus oiseaux qui parlent ! L’histoire est simple (on voit très rapidement venir la quasi-totalité des rebondissements) mais les évènements s’enchaînent avec peps et le dessin, au côté très enfantin, rajoute à cet aspect dynamique et bon-enfant. Les personnages sont également rapidement très attachants, à la fois par leurs personnalités colorées et leurs designs très jolis (mentions spéciales pour le roi ventripotent et jovial et Sophie la jolie bagarreuse). Après avoir pu lire Le Royaume, j’ai davantage apprécié ce récit. Ce dernier apporte une bonne conclusion à tous ses personnages (les planches de fin à la « que sont-ils devenus » sont vraiment agréables). Pour tout dire, j’avais visiblement tellement apprécié cette histoire qu’à côté de ça la série de base m’avait presque parue fade en comparaison (seuls les dialogues des oiseaux m’ont semblé supérieurs dans Le Royaume). En conclusion, un très bon one-shot et un excellent final. PS : même si je suis toujours de l’avis qu’il faut savoir quand bien arrêter son récit, je rejoindrais presque Mac Arthur sur le fait que je serais bien curieuse de voir une suite après tous ces changements du statu quo.

14/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Amour, après
L'Amour, après

On gagnait tout, sur tous les plans, et tout à coup tout a été annulé. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa publication date de 2023. Il a été réalisé par Baptiste Sornin pour le scénario, et par Marie Baudet pour les dessins et la couleur. Il comprend cent pages de bande dessinée. Sophie, trente-cinq ans conduit la voiture, et Louis, trente-trois ans, est assis sur le siège passager. le GPS indique de prendre la troisième sortie au rond-point. Brisant le silence, elle indique qu'Éric, le nouveau compagnon de sa sœur, est un gros idiot, il n'y a qu'à voir comment il a parlé à la sœur de Sophie. Valentin, son ancien compagnon, était peut-être pénible mais pas insultant. Louis répond laconiquement qu'elle et Valentin ne faisaient plus l'amour. le GPS indique qu'il faut faire demi-tour car ils ont dépassé le rond-point. Un autre jour, Louis conduit sa voiture, et il reçoit un appel de Sophie, il passe sur oreillette. Il est dans les embouteillages, elle lui dicte la liste de courses qu'il retient par cœur, identifiant les produits malgré la mauvaise communication : chèvre pour du fromage de chèvre, zeuse pour de l'eau gazeuse, rouges pour des yaourts rouges, nichons pour des cornichons… Et un bébé. Sous le coup de l'émotion, il tamponne la voiture devant, et s'ouvre légèrement le front. Sophie lui demande si ça va, la réponse étant positive, elle ajoute qu'elle plaisantait. Louis se retrouve dans une large allée de l'hypermarché, avec un grand sac à la main, entre deux longs rayonnages chargés de produits. Il a mis un pansement sur son front, là où la peau s'est déchirée. Il fait la queue à la caisse. La femme devant lui s'aperçoit qu'elle a oublié le lait en poudre. Elle prend le bébé dans le siège du caddie et le confie à Louis en disant qu'elle en a juste pour une minute. le soir, Louis et Sophie sont assis sur le canapé, ayant laissé une place vacante entre eux. Il consulte son téléphone, pendant qu'elle effectue des recherches sur son ordinateur portable : elle cherche un train à un tarif et à un horaire qui leur conviennent. Il est possible de partir le lundi super tôt, il y a des billets à trente-cinq euros. Il demande tôt comment ? À cinq heures du matin. Ça ne lui va pas, ça fait trop tôt. Elle regarde à nouveau et ils pourraient partir le samedi, mais c'est plus cher. Il regarde l'historique de ses messages avec Sophie. À la télévision, le quarante-cinquième président des États-Unis fait son discours : il voudrait remercier le peuple américain, des millions et des millions de personnes ont voté pour lui ce soir. Un groupe de personnes très tristes essaie de les priver de leurs droits, et ils ne l'accepteront pas. Ils ont 76.000 voix d'avance avec presque aucune voix qui reste à compter, et tout à coup tout s'arrête. C'est de la fraude. Avec comme victime, le peuple américain. C'est une honte pour ce pays. Ils se préparaient à gagner cette élection, et honnêtement ils ont gagné cette élection. Sophie est en train de regarder cette allocution au boulot avec une collègue derrière elle, qui se demande s'il est en train d'improviser. Sophie ne sait pas. Voici une bande dessinée très facile de lecture, avec des partis graphiques affirmés. le premier saute aux yeux du lecteur : l'artiste a choisi de ne pas représenter les traits de visage. Cela peut se voir dès la couverture. C'est criant dès la première planche : Louis porte une moustache et une barbe, en revanche ni les yeux, ou la bouche ou le nez ou les sourcils ne sont délimités par la couleur directe, ou détourés par un trait. Il en va de même pour Sophie qui se situe sur la droite de chaque case, celles-ci ayant la largeur de la page dans un plan cadré de face à travers le parebrise. de la même manière, ni bouche, ni nez, ni yeux ni sourcils ne sont représentés sur son visage, ni ride et bien sûr pas de pilosité. Cette absence de traits faciaux ne connaît que deux exceptions en pages 85 & 86 : ces éléments sont présents sur le visage de Sophie et de Louis à l'occasion d'un repas dans le jardin des parents de la première. Le lecteur se retrouve déconcerté par cette absence : cela diminue d'autant l'expressivité des personnages. Pour autant, il peut se faire une idée partielle de l'état d'esprit général des personnages par leur posture et leur occupation. Il présume que l'absence de visage correspond à la baisse d'empathie entre Sophie et Louis, et peut-être envers les individus qu'ils croisent et rencontrent, une forme de détachement émotionnel, ou de repli sur soi-même qui ne permet plus de ressentir les émotions de son interlocuteur. La deuxième caractéristique apparaît dans l'impression donnée par les images : un peu pastel, des couleurs un peu délavées évoquant un temps révolu, ou des sensations émoussées. L'absence de traits de contour ajoute à la douceur des images, des formes qui cohabitent harmonieusement, sans avoir besoin d'être cantonnées par une frontière. Ce mode de représentation peut servir à donner une forme naïve aux voitures, à transcrire l'impression que donne des rayonnages bien ordonnés dans une grande surface, une quantité et une variété bien ordonnée, même si les formes apparaissent assez similaires. Il apporte également une grande douceur aux images : le calme et la tranquillité du jardin des parents de Sophie, ou encore l'intimité feutrée de cette séquence de cinq pages où Sophie et Louis sont allongés dans leur lit. Paradoxalement, cela apporte également une forme de fragilité inattendue au quarante-cinquième président des États-Unis, ce qui permet (presque) de croire à sa sincérité quand il se déclare surpris et même désemparé par le résultat des élections présidentielles de 2020 et la victoire de Joe Biden. Par ailleurs, les auteurs ont conçu leur ouvrage sur une structure en chapitres, de trois à neuf pages, à l'exception des deux derniers qui en comptent dix-neuf pour l'avant-dernier et seize pour le dernier. Cela contribue à donner un rythme assez rapide à la lecture, de courtes scènes légères, des petits riens du quotidien. Un trajet en voiture en évoquant la relation de couple de la sœur de Sophie, les discours du perdant aux élections, un voyage en ascenseur, un papotage avant un match de tennis en double, un échange en terrasse, un achat chez le fleuriste, un arrêt à une station-service, la préparation d'une salade de tomates, un moment d'émotion involontaire au lit, un dernier voyage en voiture. Pas de quoi fouetter un chat, mais des marqueurs révélateurs après-coup d'un glissement insensible sur le moment. le titre renferme une ambiguïté : il n'évoque pas la situation après l'amour, mais ce qu'il advient une fois que l'amour a uni deux êtres. le texte de la quatrième de couverture s'avère tout aussi évasif : ils sont ensemble depuis dix ans, dix ans c'est long en amour… Même s'il part avec une idée préconçue, le lecteur se rend compte que ce suspense binaire agit sur lui : rompront-ils ou non ? Le lecteur peut lire cette bande dessinée d'une traite en un quart d'heure, sans plus y penser. Il peut aussi jouer le jeu du suspense sur le devenir de cette relation de couple et se montrer participatif en cherchant à identifier des schémas, en supputant des liens de cause à effet. Dans un premier temps, il ne sait trop quelle valeur donner à l'échange dans la voiture sur le couple de la sœur de Sophie, sur la liste de courses et l'anecdote dans l'hypermarché. Il ne voit pas ce que le discours mensonger et manipulateur de perdant à l'élection vient faire là, si ce n'est donner un repère chronologique pour le récit. Puis en page trente-quatre, Louis confie au débotté à son partenaire de tennis en double qu'il croit que Sophie l'aime moins. Le lecteur reconsidère alors les petites choses des séquences précédentes sous un autre angle. Les deux remarques sur le couple d'Éric soulignent ce à quoi Sophie est attachée dans le couple (le respect de la dignité du conjoint) et ce à qui Louis est attaché (les rapports sexuels, ou plutôt l'absence de rapport sexuel). La boutade sur le bébé fait prendre conscience à Louis que c'est un sujet qu'il évite, peut-être sciemment, peut-être inconsciemment, et qui doit tenir à cœur à Sophie, même inconsciemment. Quand il se retrouve avec un bébé dans les bras dans l'hypermarché, il ne sait pas quoi en faire, comme il ne saurait pas quoi répondre à Sophie si elle lui demandait qu'ils conçoivent un enfant. Une fois la graine du doute semée dans son esprit, le lien avec les discours du candidat perdant acquiert la force d'une évidence. Ils se préparaient à gagner cette élection, et honnêtement ils ont gagné cette élection : Sophie et Louis sont en couple, ils ont gagné cette épreuve dans la vie d'adulte et il est évident qu'ils vont continuer ensemble, tout le monde le dit. Ensuite, les résultats de ce soir ont été incroyables, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais reculer et ne jamais, jamais arrêter de rêver : dix ans de vie commune, c'est déjà une réussite incroyable, Sophie et Louis n'ont aucune raison d'arrêter de rêver, il ne faut jamais abandonner. Le parallèle entre discours de défaite niée et de situation de couple en impasse produit un effet dévastateur : Sophie et Louis sont en train de se mentir pour contenter les personnes autour d'eux. Ils promeuvent cette vérité alternative comme si cela pouvait leur permettre de conserver leur couple, alors qu'ils ressentent, chacun de son côté, au fond d'eux que leur relation arrive à son terme. Il leur reste encore à le verbaliser. le lecteur va alors relire le passage de la salade de tomates : il ressent mieux en quoi l'échange banal sur la composition d'une salade de tomates cristallise tout l'éloignement qui s'est agrandi insensiblement entre les deux compagnons. Au début, c'est étrange de plonger dans l'intimité émotionnelle d'une relation de couple, tout en en étant tenue éloigné par l'absence d'émotions apparentes, faute de représentation des traits de visage sur les personnages. Très vite, c'est le confort d'une relation dans laquelle il n'y a pas de conflit, où l'un et l'autre se connaissent bien, s'apprécient et la tendresse est palpable. La narration visuelle exprime cette douceur douillette au travers de moments banals et insignifiants. L'accumulation de ces petits riens conduit à un brosser très progressivement un constat qui s'impose inéluctablement au couple, qu'ils ressentaient sans le formuler, luttant contre cet état fait de manière passive pour ne pas lui permettre de devenir concret. Une étude relationnelle d'une grande sensibilité et d'une grande subtilité.

14/10/2024 (modifier)
Par MrAnn
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série RIP
RIP

J’écris cet avis au moment où je referme le 6eme tome de cette série et je vous recommande de foncer sur cet ouvrage qui emprunte des codes déjà vu ailleurs mais pour la première fois utilisés en BD à ma connaissance. Mon commentaire ressemblera peut être aux autres si élogieux mais quand c’est du bon, il faut le dire! J’ai adoré me plonger dans cette atmosphère si sombre et dégueulasse de RIP. Le scénario est parfaitement mené (on se croirait dans celui d’un film tant la construction de l’histoire est complète) et on a la chance d’approfondir chaque personnage dans chacun des tomes. C’est en cela que j’ai vraiment été cueillie ! Cette capacité des auteurs a nous amener petit à petit à reconstituer un puzzle d’une situation presque banale à la base en ajoutant petit à petit toute la complexité de l’histoire de chaque personnage. Sans rire, c’est impossible de se limiter à un apriori sur l’un d’entre eux lorsque l’on découvre certains passages de leurs vies. On a envie d’en detester certains mais on se rends compte qu’il n’y a rien de simple et qu’il ne faut pas toujours rester à la surface des choses. C’est probablement très naïf d’écrire quelque chose d’aussi bateau mais pour une fois que l’on constate cette complexité dans une bd qui prend le temps de poser les histoires de chacun (et y parvient réellement ) au travers de ces 6 tomes, bah ca mérite d’être dit. Foncez donc lire cette œuvre et prenez des gants, ça grouille d’insectes !

14/10/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Ma zone d'inconfort (Magané)
Ma zone d'inconfort (Magané)

Un témoignage complet d'un quadragénaire qui se fait casser la figure pour aucune raison et prend conscience de la possibilité, de la probabilité, de la certitude de la mort au bout du chemin. Ce n'est pas la première BD que je lis sur le sujet (Memento mori ou "quand vous pensiez que j'étais mort") mais c'est la première fois que le thème est pris sur le ton de l'autodérision. Mais cet humour a ses limites, on sent que le fond est grave et nous sommes touchés par la pudeur du rire qui n'en est pas vraiment. On pense à la phrase de Brassens, "en rigolant pour faire semblant de ne pas pleurer". Le dessin d'eldiablo ressemble à du dessin de presse, une seul taille de trait noir qui représente autant les personnages que les bulles, les voix off et les dialogues. Tous les espaces sont remplis. Pas de contour de case, et dans ce volume, des ombres grises, et un accent rouge qui est mis sur chaque page à un endroit différent (un dessin ou une parole) qui donne à la page une certaine beauté finalement. L'auteur se montre comme un ancien petit con des banlieues qui, venu s'embourgeoiser à Montréal, se fait casser la gueule par un grand noir aux yeux injectés de sang. Il est devant son impuissance. Cela n'a pas de sens, pourquoi moi ? Et c'est ça, dans lequel on peut tous se reconnaître; Et ça fait le boulot. Chapeau.

13/10/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Hiroshiman
Hiroshiman

Improbable super anti-héros qui tire son énergie du plutonium et détruit les méchants autant que les bons et surtout les bonnes : Hiroshiman nait dans les années 90. Le slip kangourou de Super-Dupont (je viens de vérifier qu'en fait non, alors que j'étais sûre qu'il en avait un), les bandelettes du bonhomme Michelin, les gants à vaisselle de la mère Denis (qui devait œuvrer à mains nues maintenant que j'y pense), le chapeau claque de Fantômas, Hiroshiman suinte du jus des années 70 : la peur de la catastrophe nucléaire, le masculinisme hypersexualisé, les savant fous, les monstres qui enlèvent des pin-up, les méchants à l'accent allemand, et l'importation des super-héros. Les histoires sont émaillées de références BD ou cinéma qui permettent à tous et toutes de partir à la chasse aux personnages connus depuis les plus consensuels aux plus pointus. Le dessin est vraiment très précis et travaillé et c'est un plaisir des yeux à chaque page. La réédition colorisée par l'auteur (Rifo) m'a fait aussi penser aux aventures de Jack Palmer de Pétillon avec des ingrédients communs, et le même fond imaginaire (très français et donc très influencé par le merdier occidental dans son ensemble, en particulier étatsunien.) Bref je ressors impressionnée de ma lecture mais en même temps un peu triste : cette BD est une sorte de tombeau de la fin du XXème siècle français. Vu d'aujourd'hui, il y a un coté vain, absurde. Le monde de la fiction qui se mange lui-même et tourne en rond dans son bocal sans trouver d'issue...

13/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Bertille & Lassiter
Bertille & Lassiter

J’avais bien aimé Bertille & Bertille et 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter. C’est avec surprise, et grand plaisir, que j’ai retrouvé tous les personnages de ces deux one-shots dans cet album. J’y ai déjà retrouvé la même « charte graphique », à savoir une colorisation jouant sur des nuances de gris, avec des pointes de rouge pimentant l’ensemble : un rendu vraiment chouette (d’autant que le dessin de Stalner lui-même est très bon, dynamique, très réussi). Un petit plaisir visuel en tout cas. Stalner arrive à marier les deux histoires. On peut lire cet album sans connaître les deux précédent – même si ça donne quelques petits plus de les avoir lus. Le récit est très rythmé, par l’action, qui va crescendo, mais aussi par les dialogues, avec un commissaire Bertille à la retraite, mais qui n’a pas perdu son franc parler. Il y a quelque chose d’Audiard dans certains dialogues, et c’est très plaisant. Comme dans « Bertille & Bertille », la boule rouge énigmatique apporte une touche fantastique. Stalner n’en abuse pas, lui fait juste jouer un rôle de baguette magique pour tirer les personnages principaux d’un sale pétrin. Je n’ai pas été frustré par l’absence d’explication concernant cette boule rouge, ni à propos de la bande de gangsters et de leurs appuis. Ça fait donc trois albums très sympas dans le même univers que Stalner réussit.

13/10/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Les Vents ovales
Les Vents ovales

Plongée dans la France rurale des années 1960. Les Vents ovales nous amènent dans le Sud-Ouest, dans deux petits villages voisins qui vivent au rythme de leurs matchs de rugby et de leurs petits bisbilles entre gaullistes et communistes. A travers eux et une poignée de personnages de diverses origines et classes sociales, nous sommes plongés au coeur de l'ambiance de la France rurale de l'époque, une période de bouleversements à l'approche de Mai 68 mais que les habitants des campagnes voient d'un oeil assez lointain, entre revendications politiques et impression que tout ça c'est quand même des histoires de Parisiens. Cette série m'a rappelé Magasin général du même Jean-Louis Tripp. On y retrouve la même douce ambiance de suivre des personnages attachants dans leur quotidien, comme un soap opera qui permettrait en même temps de découvrir comment la vie se déroulait en ces lieux et en cette époque. Les albums sont structurés en chapitres qui sont autant de mois qui s'écoulent, chacun accompagné d'une planche d'actualités de ce qui s'y est déroulé en France et dans le Monde à ce moment là, histoire de bien situer le contexte général. Une manière de plonger le lecteur dans l'Histoire avec un grand H tout en lui faisant suivre des petites histoires aussi chaleureuses et amusantes qu'instructives sur l'état d'esprit de ces années là. Le dessin de Horne y est sur le même ton, suffisamment réaliste pour qu'on s'y croit, tout en étant lumineux et agréable. Il s'en dégage une joie de vivre teintée de querelles de clocher et de petits soucis heureusement sainement résolus. Et en même temps, c'est tout une époque qui nous est révélée, celle des conflits sociaux, des dernières heures d'une France engoncée dans un Gaullisme rétrograde, et de la manière dont la France va être portée vers les évènements de Mai 68 et comment ceux-ci vont être vécus à plus de 600km de Paris. Un plaisir de lecture et une communauté attachante tout en étant instructif.

13/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mademoiselle Else
Mademoiselle Else

Je suis née pour être insouciante. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, une adaptation d’une nouvelle parue en 1924, du romancier Arthur Schnitzler (1862-1931). Sa première publication date de 2009, et il a bénéficié d’une réédition en 2023. Cette adaptation a été réalisée par Manuele Fiore pour le texte, les dessins et les couleurs. Elle comprend quatre-vingt-trois pages de bande dessinée. L’édition de 2023 se termine avec un texte d’une page de Fiore intitulé Sfumato schnitzlerien, et sept pages d’études graphiques. Dans la station thermale italienne de San Martino, en vacances, Else, une jeune femme de bonne famille, est en train de jouer au tennis avec son cousin Paul, sous les yeux de Cissy Mohr, une autre jeune femme courtisée par son cousin. Ce dernier court pour ramasser la balle, tout en regrettant que sa cousine ne veuille plus jouer. Elle confirme qu’elle n’en peut plus et lui indique qu’elle le retrouvera tout à l’heure. Puis elle salue Cissy d’un très formel Au revoir chère madame. Celle-ci lui répond gentiment de ne pas toujours l’appeler Madame, mais Cissy tout simplement, alors que Paul se tient contre elle. Taquine, Else reformule sa phrase : au revoir, madame Cissy. Cette dernière continue, lui demandant pourquoi elle part déjà, alors qu’il reste deux bonnes heures avant le dîner. Paul tempère et fait remarquer que Else fait du genre, c’est son jour. À l’attention de sa cousine, il ajoute : un genre d’ailleurs qui lui va à ravir, et son pull rouge encore mieux. Taquine, elle rétorque qu’elle espère qu’il aura plus de succès avec le bleu, couleur du pull de Cissy, et elle s’éloigne, sous le regard agacé de ses deux interlocuteurs. Dans son for intérieur, Else jurerait qu’ils ont une liaison, cousin Paul et Cissy Mohr. Elle espère seulement qu’ils ne la croient pas jalouse, rien au monde ne lui indiffère davantage. Puis elle joue beaucoup mieux que Cissy, et Paul non plus n’est pas vraiment un matador. Il a une si belle allure pourtant. Si seulement il était moins affecté. Tante Emma n’a rien à craindre. Elle ne pense pas à Paul, pas même en rêve. Elle ne pense à personne. Elle n’est amoureuse de personne. Dommage quand même que le beau brun à la tête de Romain soit déjà reparti. Il a l’air filou, disait Paul. Dieu, elle n’a rien contre les filous au contraire. Elle aimerait assez se marier en Italie, mais pas avec un Italien. Villa sur la Riviera, escalier de marbre plongeant dans la mer. Elle, étendue nue sur le marbre. Elle est née pour une vie insouciante. Ah, pourquoi faut-il retourner à la ville ? Else est arrivée au pied de l’escalier menant à la terrasse de l’hôtel : elle croise monsieur Dorsday, vicomte von Eperies, et son épouse. Ils échangent quelques paroles. Il se montre galant ; elle lui fait une remarque insidieuse et piquante sur son âge. Elle pénètre dans les immenses salons de l’hôtel et son flux de pensées reprend. A-t-elle fait la fière ? Non, elle ne l’est pas. Paul l’appelle Altière. Altière et du genre distant, surtout aujourd’hui. À cause de ses règles évidemment ; ça l’élance dans les reins. Cette nuit, elle reprendra du Véronal. Un groom s’approche d’elle, il a un courrier à son attention. Tout en prenant la lettre, elle remarque que son filou est revenu. Elle regagne sa chambre, dénoue ses cheveux et prend connaissance du courrier de sa mère. Il s’agit de son père, et d’une dette pressante. L’adaptation d’une œuvre littéraire en bande dessinée constitue un genre en soi, avec le risque du mauvais dosage oscillant entre l’intégration de trop de textes du roman, soit une interprétation trop éloignée qui fait perdre le goût de l’original, voire le trahit. Le lecteur entame ce tome et découvre deux dessins en pleine page avec uniquement un personnage en train de courir pour aller ramasser la balle, de gauche à droite dans la page de gauche sur fond blanc, et inversement au retour dans la page de gauche toujours sur fond blanc. L’artiste indique qu’il va proposer une adaptation aérée, ou au minimum sans gros pavés de texte. De même dans les deux planches suivantes, seuls sont représentés les trois personnages. Puis un dessin en double page les montrent discutant avec l’immense complexe hôtelier à quelque distance, et les montagnes en arrière-plan. Au cours du récit, l’auteur réalise cinq pages dépourvues de texte, laissant les dessins parler d’eux-mêmes, porter toute la narration. Le texte se présente soit sous la forme de dialogues, soit sous la forme du monologue intérieur d’Else, des phrases courtes, assez naturelles, bien éloignées de la simple recopie d’un texte littéraire. Fiore ne fait qu’une seule exception : le texte de la lettre initiale de la mère d’Else qui court sur trois pages, avec des illustrations de la largeur de la page venant s’insérer entre deux paragraphes. Dans le texte en fin d’ouvrage, l‘auteur indique qu’il a choisi cette œuvre pour répondre à une commande d’adaptation d’un éditeur. Après avoir écarté plusieurs œuvres soit trop difficiles soit déjà mainte fois adaptées, il retient cette nouvelle. Il ajoute : après s’être lancé près de quatre fois, il a compris que l’œuvre graphique de Gustav Klimt (1862-1918) allait être son nord, cette ligne en fil de fer qui est la sienne, qui suit les cuisses des femmes, leur découpe des nez pointus et se courbe selon les formes amples de ses modèles. Il ne réalise pas des tableaux de Klimt, mais il s’inspire de sa façon de représenter les êtres humains. Il utilise des traits de contours très fins, parfois comme tremblés ou mal assurés, ou tracés sous l’inspiration du moment sans avoir été repris pour être consolidés. Cela donne parfois des représentations un peu naïves, un point pour figurer un œil dans un visage ou des yeux écarquillés trop ronds et trop grands, quelques vagues traits pour la barbiche clairsemée de Dorsday, ou au contraire la sensation de percevoir l’état d’esprit du personnage. Le lecteur se dit que cette façon de représenter les individus correspond à la perception subjective qu’en a Else elle-même. Sa propre délicatesse avec son visage épurée et doux, l’âge de monsieur Dorsday avec son visage asymétrique et marqué, ses trois cheveux sur le dessus du crâne, son corps lesté par un gros ventre, la tante avec son air revêche et repoussant comme si elle était incapable de ressentir la détresse qui émane de sa nièce, etc. Ces traits de contour fins et fragiles sont habillés par des aquarelles qui leur apportent de la consistance, des nuances changeantes, des couleurs naturelles ou bien des impressions de lumière. En fonction de la séquence, du moment de la journée, de l’état d’esprit d’Else, un visage peut aussi bien être de couleur chair, que jaune, ou taupe, ou encore gris. De la même manière, l’aquarelle pare les décors de consistance, soit en venant occuper l’espace délimité par les traits de contour, soit en couleur directe. Passés les quatre dessins en pleine page sur fond blanc, le lecteur découvre le paysage de l’hôtel se détachant sur la ligne de montagne, un trait délimitant le contour du bâtiment, des portes fenêtres et des fenêtres, le pinceau donnant corps aux poutres apparentes, à la rangée d’arbres devant le bâtiment, à celle derrière de couleur plus sombre, ainsi qu’aux pentes de la montagne. Les images emmènent le lecteur sur le court de tennis avec son filet comme quadrillé au crayon, sur les marches menant à la très longue terrasse de l’hôtel, sous les lustres des salons très hauts de plafond, dans la chambre juste esquissée d’Else, de retour dans les salons maintenant teintés d’une nuance verte alors que la soirée commence, puis à l’extérieur dans des teintes bleutées et grises alors que la nuit commence à tomber, sur les rives rougies d’un lac avec de nombreux voiliers, etc. L’intrigue s’avère fort simple : Else est mandatée par ses parents restés aux Pays-Bas pour demander un prêt urgent de trente mille guldens à monsieur Dorsday, vicomte von Eperies, pour rembourser une dette dans les deux jours. Celui-ci accepte à une condition : pouvoir la contempler nue un quart d’heure. Acceptera-t-elle de se soumettre à cette exigence infâmante et ainsi sauver son père ? Ou refusera-t-elle pour conserver sa dignité au risque de condamner son père ? Un suspense binaire. Les auteurs, le romancier et le bédéiste, mettent admirablement en scène à la fois l’entrée dans l’âge adulte avec ses compromis, à la fois le tourment psychologique de la toute jeune femme. La lettre de la mère, reproduite dans son intégralité, constitue un exercice exemplaire de manipulation coercitive sous les dehors d’une demande gentille d’un menu service aussi banal que dérisoire, sur les plans affectif, émotionnel et psychologique. Voilà que la fille a le pouvoir de vie et de mort sur son père, ou plutôt la responsabilité afférente, ce qui constitue une inversion de la responsabilité des parents envers les enfants. Aussi bien les parents que monsieur Dorsday illustrent la maxime que l’âge et la traîtrise auront toujours raison de la jeunesse et du courage. Dès la première séquence, le lecteur a conscience que la jeune demoiselle est ballotée par les injonctions sociales à trouver un mari et par ses hormones. D’un côté, elle ressent le fait de devoir bientôt se trouver un mari, devoir accepter les avances d’un homme qu’elle ne pourra au mieux que choisir par défaut, au pire qui lui sera imposé, tout en défendant sa vertu contre toutes les tentations. Elle a déjà pu constater l’effet que la présence physique de son corps habillé a sur les hommes, le pouvoir de séduction que cela lui confère et les avantages qu’elle peut en retirer. Dans le même temps, elle a compris que se montrer nue à Dorsday équivaut à faire de son corps, d’elle-même, une simple marchandise vendue pour de l’argent, un produit ayant une valeur économique dans un système capitaliste. D’un autre côté, elle fait l’expérience qu’elle ne peut pas concilier toutes les injonctions sociales qui pèsent implicitement la femme qu’elle est. Pouvoir faire l’expérience d’être amoureuse, et faire un bon mariage ou un mariage de raison. Accepter son corps sexué et la sexualité qui va avec, et rester pure. Sauver son père au prix d’être souillée par le regard d’un quinquagénaire libidineux et riche, et préserver sa vertu, sa virginité comme les convenances l’exigent. Conserver son intégrité psychique et sauver son père. Personne ne peut ressortir indemne d’autant de doubles contraintes. Comment devenir adulte dans une telle situation ? Comment construire sa propre voie, sa manière personnelle de faire ? Adapter Arthur Schnitzler en conservant toute sa finesse et ses subtilités : un beau défi, relevé avec élégance par Manuele Fiore. Une bande dessinée à la narration visuelle sophistiquée et élégante, exprimant en douceur feutrée toutes les dimensions du conflit psychique se déroulant dans l’esprit d’une jeune femme estimant qu’elle est née pour être insouciante.

13/10/2024 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Oleg
Oleg

Certes il y a vaguement une filiation avec Pilules bleues, notamment sur le format ou le style de dessin, mais on peut tout à fait lire Oleg en tant que tel. C'est un homme, avatar de l'auteur physiquement et sans doute dans les états d'âme, qui est dans la force de l'âge si on peut dire. C'est un artiste établi avec un certain succès et qui s'interroge sur la création. Il évoque ses idées à sa femme et ces pages familiales ont pas mal d'humour. Bizarrement j'avais l'album depuis longtemps dans un coin et l'avais à peine commencé. Je l'ai redécouvert et lu quasi d'une traite, une lecture qui coule naturellement même si on a le sentiment qu'il s'y passe peu de choses.

12/10/2024 (modifier)