Les derniers avis (39888 avis)

Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dementia 21
Dementia 21

4.5 Shintarô Kago est un auteur talentueux touche-à-tout que l'on malheureusement trop rapidement dans l'ero-guro. Il tente continuellement de tordre le coup à l'ordre établi et aux conventions du manga, tout en offrant un univers riche et une maîtrise parfaite de ses personnages. Ces 2 tomes racontent des choses de tout ordre, ayant pour fil conducteur les vieux. Oui on ne prend pas de pincettes avec le terme, ici les seniors sont aussi vantards, filous, mignons, crasseux, charmants que les plus jeunes. L'auteur fait preuve d'un humanisme tout en se foutant de la gueule des travers et problèmes de nos aînés. Le sujet est assez sensible au Japon où le 3ème âge est un électorat à bichonner et un parent à respecter. C'est ainsi que sont abordés tous les thèmes et faits divers liés aux vieux de cet archipel: des marionniers sur le nombre s'étant étouffé en mangeant du mochi gluant au réveillon, le problème de la surpopulation carcérale gabrataire... Il y a un tout un inventaire à la Prévert qui étonnera les lecteurs à chaque chapitre. Cette courte série de Kago peut se voir comme un pendant délirant façon Monthy Python des receuils de nouvelles de Junji Ito. En rajoutant la qualité des livres eux-même, je ne peux que vous encouragez à découvrir l'oeuvre de Kago-Sensei.

17/10/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Psycho-Investigateur (Simon Radius)
Psycho-Investigateur (Simon Radius)

Il y a 2 catégories de lecteurs: ceux qui ont lu cette BD avant Dans la tête de Sherlock Holmes et les autres. Et les autres dont je fais partie vont évidemment être plus sévères vu la qualité de la série suivante de ces auteurs. Je ne donnerai donc "que" 4/5 pour laisser une note plus haute à l'aventure de Sherlock. Pourtant, tout est déjà là: un système de lecture original mais qui ne prête pas à confusion, des mises en couleurs inhabituelles, le déroulé d'une histoire revu au niveau de la psyché des individus. Quelque soit l'ordre d'achat, le plaisir de lire cette aventure est garanti. On parle du prochain tome de Sherlock Holmes, cela me redonne également l'envie de relire cette série.

17/10/2024 (modifier)
Par Linette
Note: 4/5
Couverture de la série How I live Now
How I live Now

Magnifique histoire. J'ai été prise par l'héroïne. Jeune femme touchante qui n'a connu que la tristesse et l'accusation d'être la meurtrière de sa mère à son premier souffle de vie. Elle mérite une famille aimante, elle mérite d'être aimée et désiré, elle mérite encore plus de tomber amoureuse et tout ça lui arrivera enfin, il faudra qu'elle apprivoise ces nouvelles émotions comme si elle avait attendu son tour pendant 15 ans dans une file d'attente interminable. Mais la vie lui rappelle qu'il faudra une fois de plus prendre patience car tout lui sera retiré une fois de plus. Mais cette fois ci, elle saura trouver la vraie force de se battre pour les gens qu'elle aime et qui l'attendent.

16/10/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série L'Héritage fossile
L'Héritage fossile

Incontestablement, l’ouvrage intrigue par son aspect. Par son volume tout d’abord (près de 300 pages) mais surtout par sa couverture au format carré, de belle facture, à la fois sombre et mystérieuse, qui représente une fillette dans la paume d’un géant sans visage, avec en arrière plan l’espace infini. Philippe Valette, qui nous avait déjà étonnés avec Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle, fait preuve encore une fois d’une grande créativité doublée d’un perfectionnisme accompli. Mais la comparaison s’arrête là. Car si « Jean Doux » tenait de la comédie décalée et désopilante sur la vie en entreprise dans les années 90, « L’Héritage fossile » s’inscrit dans un tout autre registre, celui du space opera claustrophobique et désespéré. Qu’on se le dise, on est plus proche du récit d’anticipation où affleurent les questionnements de notre monde terrestre actuel (et donc pas toujours très gais) que de « Star Wars ». Au-delà du thème toujours attrayant de la conquête spatiale, c’est l’immortalité et la survie de l’humanité qui sont au centre de l’intrigue. Comme on va le deviner assez vite, la Terre est en proie à un chaos dont on ne connaît pas la raison mais qui menace la vie à sa surface. Le vaisseau Heritage a donc pour mission de perpétuer la race humaine en allant coloniser une planète viable, selon les scientifiques. Celle-ci étant située à des années lumières, bien plus loin que Mars dont la colonisation s’est révélée être un échec cuisant (coucou Elon !), il faudra donc faire de trèèèèès longues siestes en « biostase » pour ne vieillir que de dix ans. Hélas, l’imprévu s’est invité à bord du vaisseau, lorsque ses passagers réalisent que leur peau prend un aspect minéral, tandis qu’il leur reste 19 000 années de voyage à travers l’espace pour atteindre leur « terre promise » baptisée Geminae ! Graphiquement parlant, Philippe Valette a fait une sorte de mix entre dessin et numérique. Son trait aux accents manga s’attache aux personnages, tandis que le vaisseau ou les décors ont été conçus par ordinateur. Le rendu est assez bluffant, sans les défauts propres à cette technique dont certains abusent parfois. Les vues du vaisseau géant ont un aspect très réaliste, mais Valette n’en fait pas non plus des tonnes pour épater la galerie, le recours au procédé restant plutôt discret. Le dit procédé a été utilisé également pour représenter la planète Geminae, dont on ne fait d’ailleurs que distinguer les reliefs à travers l’obscurité omniprésente, renforçant l’ambiance hautement anxiogène du récit. Tout cela fait de « L’Héritage fossile » une belle réussite, malgré son propos pour le moins pessimiste où la lumière semble être restée prisonnière de l’énigmatique et ténébreuse Geminae. Au même titre que le graphisme, la narration est très bien structurée, jusqu’à l’incroyable révélation finale. On pourra (peut-être) regretter la partition visuelle un peu froide, ainsi que la conclusion, qui, si elle est au demeurant tout à fait inattendue, aurait gagné à être un peu plus resserrée, plus concise. Mais ces quelques bémols n’empêcheront en rien ce one-shot de s’imposer comme l’un des musts de cette année.

16/10/2024 (modifier)
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

Bon, la période dépeinte dans cet album m’était jusqu’alors quasiment inconnue (tout juste quelques bribes glanées par ci par là) mais in fine, ce n’est pas très grave. Ce n’est pas très grave parce que, d’une part, la situation nous est parfaitement expliquée au début et à la fin de l’album (le document de fin est d’ailleurs très instructif) et d’autre part parce que cette histoire pourrait se passer n’importe où et n’importe quand. Car cette histoire, c’est celle de celles, ceux et celleux qui cherchent à tout prix à défendre le savoir face à la destruction de l’obscurantisme. Cette histoire s’est passée à de nombreux moments de l’histoire de l’humanité, se passe encore de nos jours et reste une menace potentielle pour toute civilisation existante ou à venir. Mais ici, plus précisément, elle se passe en l’an 976, dans le califat d’Al Andalus, à la fin d’un âge d’or culturel. A la suite d’une prise de pouvoir par le vizir Amir, s’étant fait l’allié de religieux radicaux et fanatiques, la grande bibliothèque de Cordoue fait face à une purge monstrueuse de presque tous ses écrits. La science, la poésie, l’histoire, les mémoires de différents peuples, bref, tout ce qui n’a rien à voir avec les dogmes du Coran doit finir brûlé. Ne pouvant laisser faire cela, Tarid et Lubna, deux esclaves copistes, décident de tenter le tout pour le tout, de prendre autant d’ouvrages que possible et d’essayer de quitter le pays au plus tôt. Mais voilà, pour transporter autant de poids sur toute cette distance, il faut une monture, et pas facile d'en trouver une au dernier moment. Fort heureusement, Marwan, ancien apprenti de Tarid (devenu voleur depuis) leur apportera malgré lui la mule qui les aidera. Bon, il s’est surtout fait voler sa mule dans l’histoire, mais comme il l’avait lui-même volée, on va dire que tout le monde est quitte. Voilà donc nos quatre protagonistes pour cette histoire. Tous les quatre sont bien campés, leurs histoires sont intéressantes et développées, leurs personnalités pas manichéennes du tout et leurs dialogues, où différentes visions du monde se croisent, sont intéressants. Sur le plan technique, c’est du très bon aussi. Le dessin de Chemineau est beau, simple mais expressif, et les décors sont bien fournis et agréables à regarder. Le texte est, là encore, très bon, avec quelques pointes d’humour bienvenues. Je note néanmoins une légère baisse de rythme sur la dernière moitié du récit, mais honnêtement l’histoire reste engageante. Un solide 4 étoiles pour moi.

16/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Roi Ours
Roi Ours

Je découvre l’auteure à reculons. J’avais déjà bien accroché à son Le Culte de Mars mais j’ai trouvé le présent tome un cran au-dessus. Son dessin et sa narration sont toujours aussi agréables à suivre. Je vous renvoie à mon commentaire sur l’album précité. C’est l’histoire qui m’a plus parlé et touché. J’ai succombé de suite à l’univers mis en place, une sorte de conte avec des dieux animaux. Un récit à la fois doux et dur, que j’ai trouvé très réussi, universel et pas niais. Bref ça m’a bien parlé, un très bon album et une auteure à suivre.

16/10/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Le Vivant à vif
Le Vivant à vif

J’adore le travail de Simon Hureau, et j’ai des goûts similaires à Mac Arthur. Son avis a donc forcément attiré mon attention, et je ressors satisfait de ma lecture. J’applaudis la quantité incroyable de connaissances transmises dans cet album : changement climatique, biodiversité, impact de l’être humain (et notamment de ses déplacements) sur l’environnement, et évolution du climat depuis l’apparition de la vie sur Terre. C’est ce dernier point qui m’a le plus fasciné, car mes connaissances en la matière étaient limitées, et les explications sont claires et instructives. Le chapitre sur les solutions que nous pouvons envisager à titre personnel est excellent. D’abord, parce qu’il propose une vision un peu plus positive de la crise. Ensuite, parce que si certains gestes sont bien connus (recycler, éteindre les appareils en veille etc.), d’autres le sont beaucoup moins. Enfin, la narration de cette partie est judicieuse, avec ces grandes planches remplies de petits phylactères proposant une solution précise. Ces doubles planches mériteraient d’être imprimées en grand format et affichées dans les écoles, les bibliothèques et autres lieux publics. Maintenant, le professeur universitaire un peu académique que je suis a un gros reproche à faire : l’absence totale de bibliographie, de références pour vérifier et valider les chiffres « choc » mentionnés (par exemple « un apport de 10% de produits ultra-transformés dans notre régime se traduit par une hausse de 12% de risque de cancer », page 46), et les déclarations souvent acerbes, voire parfois surprenantes (la disparitions des dinosaures ne serait pas due à la chute d'une météorite). Je ne dis pas que tout ceci est faux, mais pourquoi ne pas avoir inclus les références vers les articles universitaires, les études scientifiques ? Ce manque est souvent la marque de fabrique des conspirationnistes et autres climatosceptiques déversant leurs « propres recherches » sur les réseaux sociaux. Cet album étant destiné aux jeunes, je trouve dommage de ne pas avoir montré l’exemple, et rappelé qu’il faut toujours questionner et vérifier la validité d’une information. Ces références auraient pu être listées en fin d’album afin de ne pas alourdir la narration. Bon, à part ce gros coup de gueule, j’ai beaucoup aimé, je recommande la lecture de cette chouette BD… aux jeunes, mais aussi aux moins jeunes !

16/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Campbell
Les Campbell

Oh, la bonne surprise que voilà ! J’ai toujours grandement apprécié le dessin de Munuera (que je trouve coloré et dynamique) mais n’avais malheureusement jamais été satisfaite de ses quelques œuvres que j’avais pu lire. Disons aussi que je l’associe à l’une des pires périodes de Spirou, alors… Mais là, cette série traînait dans ma bibliothèque, je voyais qu’elle sortait souvent et j’ai donc finalement décidé de lui donner sa chance. Et j’ai bien fait ! Les Campbell, c’est beaucoup de choses sous une forme assez simple : un drame familial, un conflit fratricide, l’histoire d’une famille monoparentale toujours hantée par la mort de la mère, le tout sous une forme de récit jeunesse. Savoir faire une œuvre simple mais bien réalisée, adaptée aux enfants et agréable pour les adultes aimant les drames simples ou tout simplement les récits entraînants que l’on trouve si souvent en jeunesse, ça mérite tout de même un applaudissement. J’y retrouve aussi des débuts de pensées et de sous-textes ma foi intéressants, notamment la fin de l’âge d’or de la piraterie et de la liberté utilisée comme métaphore du passage à l’âge adulte et de la perte d’une certaine forme d’innocence (idée que l’on retrouve bien mieux développée dans la trilogie originale des Pirates des Caraïbes, d’ailleurs). Mais peut-être que je m’emporte dans cette lecture… En tout cas, même si ce sous-texte n’est qu’une de mes affabulations, ce n’est pas grave, car l’intérêt principal de cette série ne repose pas (ou en tout cas pas complètement) sur la piraterie et ses symboliques. C’est avant tout une histoire de famille : de la famille de sang, celle qui reste, celle qui nous trahit, celle qui nous abandonne, celle que l’on veut protéger et celle que l’on hait. Mais aussi la famille du cœur, celle que l’on choisit, celle que l’on protège et aime coûte que coûte, et je trouve que c’est un simple mais très bon message à transmettre. Et moi qui suit amatrice d’œuvres sentimentales, romantiques et tragiques, j’avoue avoir grandement apprécié et même lâché quelques larmes à la fin du dernier tome. Bon, certes, l’œuvre n’est pas sans défaut. L’humour ne fait pas forcément mouche hors d’un publique jeunesse mais, même si l’on ne rit pas aux blagues, on y sourit volontiers (l’ambiance est vraiment bon enfant). Non, le vrai défaut objectif que je donnerais à cette série, c’est les quelques facilités scénaristiques auxquelles elle a parfois recours (la réplique sur la « quatrième malédiction » concluant le dernier tome est très belle, mais tombe un peu comme un cheveu sur la soupe puisque, si j’ai bien suivi l’histoire, les deux frères ne se sont pas revus depuis toutes ces années et l’autre n’est pas censé être au courant de cette histoire de trois malédictions, mais bref…). Je donnerais 4 étoiles à cette série (note réelle 3,5). Peut-être est-ce trop généreux, mais je me dis qu’une histoire si sympathique mériterait de voir sa note remonter. Et puis ma larme lâchée lors de cette lecture vaut bien une quatrième étoile (émotive que je suis…).

16/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Magritte - Ceci n'est pas une biographie
Magritte - Ceci n'est pas une biographie

Peindre le réel équivaut à le penser par l’image, une trahison féconde. - Cet ouvrage porte sur René Magritte (1898-1967) peintre surréaliste belge, et son œuvre, mais, comme l’indique le titre, ce n’est pas une biographie. Son édition originale date de 2016. Il a été réalisé par Vincent Zabus pour le scénario et par Thomas Campi pour les dessins et les couleurs. Il comprend soixante-deux pages de bande dessinée. Un chapeau melon ! Qui eut cru qu’un jour, lui, Charles Singulier, il s’abandonnerait à la fantaisie d’acheter une futilité de ce genre. Et avec plaisir, qui plus est. Et il ose même le porter. Quelle extravagance ! il faut dire que la perspective d’être officiellement promu ce lundi a de quoi griser le plus imperturbable des hommes. Comme quoi, vingt ans de travail sérieux ont plus de valeur que le fayotage auquel se sont livrés nombre de ses collègues. Midi. Dans 24 heures, il sera un homme nouveau. Il faut qu’il se calme. Et qu’il enlève ce foutu chapeau. Un peu d’air lui fera du bien. Au fil de ses pensées, il a traversé le marché en plein air, puis remonté sa rue jusqu’à la porte d’entrée de son appartement. Il rentre à l’intérieur passe devant et regarde le miroir de l’entrée qui, étrangement, reflète son dos. Il s’approche de la fenêtre à guillotine. Elle est bloquée et à force de tirer pour la soulever le verre se brise. Il regarde son image fracturée sur les morceaux de verre par terre. L’image de Fantômas apparaît sur son écran de téléviseur et il s’adresse à Charles : c’est à cause lui, Magritte, car Charles n’aurait pas dû mettre son chapeau. Maintenant ça ne va plus s’arrêter. Charles Singulier a du mal à comprendre. L’avatar de Fantômas continue : ils sont ici pour informer Charles de l’objet de sa mission. Charles se retourne : une géante nue se tient dernière lui. Elle lui indique qu’il doit percer le mystère de Magritte. Fantômas lui dit qu’il a été choisi, à cause du chapeau qui était le sien. La femme ajoute : en le portant, il est entré dans son monde, maintenant il doit en saisir les secrets, sinon… Fantômas complète : sinon son chapeau restera à jamais vissé sur sa tête. Tant que Charles n’aura pas accompli sa mission, il portera le chapeau. Il essaye en vain de retirer le chapeau melon, sans succès. Il débranche sa télévision pour faire disparaître Fantômas, sans succès. L’image de dos de Charles, identique à celle du miroir, apparaît ensuite sur ledit écran. Il se retourne et découvre un petit carton sur sa table basse : au recto figure le nom de Fantômas, et au verso Le cinéma bleu, 13h. Il se rend à pied, à cette invitation. Une jolie jeune femme évoque le peintre. Magritte a toujours adoré les films de Fantômas qu’il allait voir adolescent au Cinéma Bleu de Charleroi. Avec les nouvelles d’Edgar Poe, Fantômas fait partie des œuvres fondatrices qui le marquent durablement. Le refus de l’ordre établi revendiqué par le roi des voleurs plaisait au peintre. De même, le changement d’identité de Fantômas ne pouvait que séduire Magritte, lui qui n’aura de cesse d’étonner en affichant une personnalité changeante suivant les époques. La conférence est terminée, les spectateurs se rendent dans les salles de l’exposition pour admirer les tableaux du peintre. Ceci n’est pas une biographie : un bel avertissement en guise de sous-titre, ainsi qu’un écho de la phrase figurant sur le tableau La trahison des images (1928/1929). Le lecteur suit un personnage sur lequel il n’apprend quasiment rien. Les dessins montrent que Charles Singulier est un homme blanc, habitant à Bruxelles, mince et d’une grande taille, habillé en costume avec une cravate, portant le chapeau melon de René Magritte, une apparence évoquant un pâle reflet du peintre, une version affadie. Il doit accomplir une mission bien vague : percer le mystère de l’artiste. Le lecteur se dit qu’il peut y voir une incarnation littérale de la démarche des auteurs : à défaut de percer ledit mystère, charge à eux de le présenter, de le mettre en scène, de donner à voir ce mystère sous différents angles pour en présenter différentes facettes… Et peut-être donner quelques clés de compréhension, quelques faits et quelques circonstances présentant pour partie le contexte dans lequel René Magritte a grandi et a produit ses œuvres. Cette bande dessinée n’est pas une biographie dans le sens où elle ne retrace pas la vie et l’œuvre de René Magritte dans l’ordre chronologique, avec une ambition d’exhaustivité quant aux circonstances ayant engendré un artiste aussi singulier, pour reprendre l’adjectif servant de patronyme au personnage principal. Dès la première page, le lecteur se sent confortablement installé dans une narration visuelle très sympathique : des couleurs douces pour le marché avec un savant dosage entre éléments représentés avec précision, et formes donnant plus dans l’impression produite. Le premier contact avec le personnage principal s’effectue à la fois avec les courtes cellules de texte établissant la situation en une douzaine de phrases sur deux pages, et c’est parti pour la mission. Charles Singulier ne paye pas de mine, un monsieur anonyme, assez pour que le lecteur puisse s’y reconnaître sans effort, assez particulier pour ne pas faire mentir son patronyme. En page cinq, le lecteur comprend facilement que les morceaux de verre reflétant une image brisée de Charles et l’apparition de Fantômas à l’identique de l’affiche du premier film (1913) réalisé par Louis Feuillade donnent des indications sur la manière dont le personnage perçoit la peinture de René Magritte, et donc par voie de conséquence de la manière dont les auteurs vont la présenter. Le coup du chapeau inamovible relève du surréalisme, tout en constituant également un phénomène d’empreinte de l’œuvre de Magritte sur Charles Singulier. L’esprit de l’artiste l’a touché, a laissé une marque sur lui et il ne pourra s’en défaire qu’en s’y intéressant, c’est-à-dire littéralement en accomplissant la mission que lui confie cet avatar de Fantômas. La suite de la narration visuelle se situe dans le registre de la première séquence. Le dessinateur continue d’utiliser des couleurs douces, une palette évoquant celle de René Magritte. Un mode de représentation sans trait de contour, en couleur directe, comme les tableaux de Magritte. D’ailleurs, il est amené à réaliser plusieurs reproductions de ses œuvres. Tout d’abord lors d’une visite du musée René Magritte à Bruxelles, de nuit, plusieurs tableaux célèbres : Le modèle rouge, L’invention collective, La clairvoyance, Mal du pays, La magie noire, Condition humaine. Puis quelques-unes éparpillées dans les séquences, en particulier quand les images des cases se décollent pour révéler des œuvres en dessous, comme La lampe du philosophe, Clairvoyance, Perspective du balcon, Le faux miroir, La légende des siècles. Le lecteur observe également que les bédéistes jouent avec les codes de leur support comme Magritte pouvait jouer avec les conventions de la peinture : intégration d’éléments oniriques (la géante nue dans le salon de Singulier, Fantômas apparaissant sur l’écran éteint), de nombreux éléments absurdes, comme les deux chasseurs au bord de la nuit, sans visage), le feuillage des arbres qui est en deux dimensions dans le cimetière, l’irruption d’un train miniature dans le salon de Singulier par la cheminée (évoquant le tableau La durée poignardée), l’utilisation d’un tableau pour en faire un trou dans une porte (La réponse imprévue), le placardage du tableau Georgette Magritte sur les murs de la cité, des mots s’inscrivant sur les images, les grelots qui flottent dans l’air (La voix des airs), le passage d’un plan d’existence à un autre, d’une réalité à une autre, le désordre chronologique, les apparitions et disparitions de la jeune femme et du biographe officiel de l’artiste, etc. La narration visuelle constitue une lecture très accessible et très agréable, tout en se nourrissant des facéties et des rapprochements visuels de René Magritte. Le lecteur se sent vite gagné par ce jeu de citations et d’écho, ainsi que par la dimension ludique de la structure du récit. Effectivement, le scénariste ne se sent pas tenu de respecter le déroulement chronologique de la vie de Magritte, comme le ferait un biographe académique. Pour autant, lors d’une demi-douzaine de passages, il expose des éléments biographiques que ce soit le séjour dans la banlieue parisienne ou les conditions de la mort de Regina Bertinchamps, la mort de l’artiste. Dans le même temps, il ne fait qu’évoquer en passant les réunions du groupe des surréalistes belges, ou les relations de Magritte avec d’André Breton (1896-1966), la valeur marchande de ses tableaux n’apparaissant que lors d’une fugace allusion, l’analyse restant à l’état embryonnaire pour les tableaux et leur modernité par rapport à la production de l’époque. Le rôle de son épouse Georgette n’est que succinctement évoqué et elle-même n’apparaît que d’une bien étrange façon. De temps à autre, un personnage effectue une remarque sur l’artiste ou sur son œuvre. Deux protagonistes différents font observer que Magritte n’aime pas qu’on fouille dans son passé, ce qui vient apporter une explication au fait que les auteurs eux-mêmes ne le fouillent pas beaucoup. Le lecteur relève quelques observations éparses sur l’œuvre. Vingt ans de travail sérieux ont plus de valeur que le fayotage auquel se sont livrés nombre de mes collègues. L’œuvre de Magritte est figurative, mais elle est un attentat permanent contre la représentation. Peindre le réel équivaut à le penser par l’image, une trahison féconde. La vraie vie est toujours un ailleurs qui n’existe pas. La peinture n’agit pas comme un miroir passif de la réalité, elle la métamorphose. On ne fume pas dans une pipe peinte. L’œil du peintre est un faux miroir. Tout objet en cache un autre. Magritte déteste la psychologie. Elle essaie d’expliquer le mystère, tout le contraire de sa démarche. Ceci n’est pas une biographie : en effet, cette promesse est tenue. L’artiste réalise une narration visuelle en osmose avec la peinture de René Magritte, ce qui permet d’intégrer ses œuvres, soit comme telle, soit comme dispositif narratif, sans solution de continuité. Le scénariste joue également entre les éléments biographiques désordonnées, les énigmes des tableaux, le paradoxe de la vie rangée de Magritte et la remise en cause rebelle contenues dans ses œuvres, avec quelques questions et réflexions sur sa démarche artistique. Les auteurs laissent le lecteur avec une dernière question : Pourquoi vouloir répondre aux questions que la peinture nous pose ?

16/10/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Oh, Lenny
Oh, Lenny

Je ne savais pas à quoi m'attendre en lisant cet album et c'était d'autant mieux ! Avis donc aux lecteurs d'avis, vous serez forcément spoilés par la suite et aurez moins la surprise. J'ai beaucoup aimé l’ambiance installée dès les premières pages. Le quotidien de June, isolée dans une banlieue trop tranquille, est dépeint avec une simplicité qui fait ressortir le malaise. La découverte de Lenny, cette créature trouvée dans un égout, devient rapidement le point de bascule, transformant une vie en apparence ordinaire en quelque chose de bien plus étrange. L’évolution de la relation entre June et cette créature est traitée de manière subtile, tout en laissant planer une certaine inquiétude. La créature devient à la fois attachante et inquiétante, et on ne sait jamais à quel point elle est inoffensive, ce qui pousse à rester sur ses gardes tout au long du récit. Le dessin, en ligne claire est très plaisant et contraste avec la montée en tension progressive. Le choix graphique rend le récit visuellement limpide, mais ne dissipe jamais vraiment le malaise qui s’installe petit à petit. Cela donne un contraste intéressant entre le style épuré et la noirceur de l’histoire. Comme souvent, j’ai trouvé que certains moments traînaient un peu, et que l’intrigue, même si elle suit un bon rythme, aurait pu être plus resserrée. Il y a un vrai travail sur l’atmosphère, mais parfois au détriment du rythme. Cela dit, l’ensemble tient très bien la route, notamment grâce à la manière dont l’histoire joue sur l’ambiguïté de la situation. Un récit qui reste en mémoire, sans en faire trop, mais qui aurait gagné à aller un peu plus loin dans l’intensité.

16/10/2024 (modifier)