Les derniers avis (9777 avis)

Par scuineld
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Confrérie du crabe
La Confrérie du crabe

Le tome 2 est mon premier achat de 2009. Et je dois dire que je n'ai pas été déçu (si le reste de l'année est comme ça, ce sera de la jouissance totale :-) ). Dans cette BD, tout est parfait à mon goût. Le scénario est intriguant et assez complexe pour ne pas savoir où l'auteur va nous amener, mais pas trop complexe au point de perdre le lecteur. Le découpage des cases/planches est parfait : pas d'hésitation possible de savoir s'il faut d'abord lire la case du bas ou celle de droite ou même quelle bulle est en premier dans une case... Et puis la planche du cri qui couvre les dialogues, nous laissant lire juste assez pour ne pas nous perdre : il fallait y penser ! (et non, ce n'est pas un défaut d'impression comme on pourrait le croire - c'est plutôt "logique"). Au niveau du dessin et des couleurs, c'est l'extase totale. L'ambiance qui se dégage est tantôt légère, tantôt plus lourde, tantôt intrigante. Tout cela en fonction de l'endroit, des protagonistes et de l'action en cours. Vous l'aurez compris, avec Andreae et Gallié aux commandes, je ne peux que conseiller cette BD sublime qui est mon premier coup de coeur de l'année...

13/01/2009 (modifier)
Couverture de la série Thorgal
Thorgal

J'ai connu Thorgal au tout début des années 90, lors de ma première année de fac, grâce à la section Loisirs de la bibliothèque scientifique, bibliothèque que je ne remercierai jamais assez car c'est grâce à son excellent rayon BD que ma passion pour la bande dessinée est née (finalement, c'est bien les études). J'ai commencé à les lire dans le désordre (forcément, dans une bibliothèque remplie d'étudiants qui ne bossent pas beaucoup...), et j'ai bien le concept de ce héros extra-ordinaire qui ne demande rien de mieux que d'être ordinaire et qu'on lui fiche enfin la paix. J'ai fini par acheter bien longtemps après les 4 tomes de la collection Anthology de Niffle. Forcément, il a fallu que l'éditeur abandonne tout ce qu'il avait commencé pour me faire regretter mes achats. D'autant plus que je ne désirais pas aller au delà des tomes 19/20, trouvant la suite un peu trop farfelue. Et puis le Papa Noël 2008 est arrivé avec plein de Thorgal en couleur dans sa hotte (tous, en fait, y compris la nouvelle "saison" scénarisée par Yves Sente). J'ai donc été obligé de tout relire, histoire de ne rien louper, et dans l'ordre en plus ! Et bien, j'ai finalement trouvé le tout plutôt très bon. Je continue à penser qu'il y a une baisse de régime sur les tomes 22 et supérieurs de Van Hamme (mais bon, cela reste largement moins pire que ce que Van Hamme a fait sur la deuxième partie de son XIII), mais Sente a réussi à redonner du souffle au tout depuis le tome 30. Et j'ai confiance en ce que ce dernier peut faire, suite à la lecture du La vengeance du Comte Skarbek, lui aussi réalisé en duo avec Rosinski. Thorgal, une série pas ordinaire, toujours aussi moderne presque trente ans après la parution du premier tome. Que ne l'ai-je pas découverte lorsque j'étais enfant ! Un must have, sans aucun doute. Note : 4,5/5, à cause des tomes 22 à 29 que je juge moins bons.

13/01/2009 (modifier)
Par Ems
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lulu Femme Nue
Lulu Femme Nue

Après la lecture du premier tome. Encore une merveille cette nouvelle production de MR Davodeau. Je n'ai mis qu'un 4/5 car j'attends la confirmation dans le tome 2. Ce qui frappe le plus dans cette BD, c'est le côté humain de ce scénario. Il est fluide, si bien que l'on s'étonne d'en arriver à la fin sans s'en rendre compte. La narration est exemplaire, les personnages sont attachants, le sujet est original et merveilleusement bien traité. Le dessin est toujours le même avec son charme et ses imperfections. Les couleurs sont douces et agréables. Cette nouvelle chronique sociale est difficile à résumer, car l'on se trouve pris entre deux feux : si la fuite de Lulu est difficile à accepter au regard des enfants principalement, on ne peut pas la juger. J'ai hâte de connaître la suite qui risque d'avoir sa part de drames.

12/01/2009 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série I kill giants (Je tue des géants)
I kill giants (Je tue des géants)

Voilà une publication qui a vraiment tout d'original et ça me plait ! Elle se démarque déjà par ses auteurs, J.-M. Ken Niimura, le dessinateur, qui est à moitié espagnol et japonais, et Joe Kelly, le scénariste, qui est américain, le tout publié en France chez Quadrants. Ensuite par son graphisme qui est très particulier. Il tient un peu de toutes les cultures. Comics, manga, franco-belge, indé, il mixe toutes les influences dans un cocktail personnel et très plaisant. Expressif comme un dessin animé, doté de touches de comique, il offre pourtant certains décors sombres et encrés à la manière de certaines publications underground. Sans parler du traitement graphique des entités "surnaturelles" qui emplissent certaines planches. L'ensemble est très spécial et, à mon goût, réussi. Et puis vient le récit qui a de quoi déstabiliser. Le lecteur ne sait presque jamais, tout au long du premier tome du moins, sur quel pied danser. Est-on face à un roman graphique intimiste ou à une histoire urban-fantasy ? Est-ce un conte adolescent humoristique ou un drame noir et psychologique ? Tout y est mélangé et c'est au lecteur de dénicher le vrai du faux, le réel de l'imaginaire. L'héroïne, Barbara, est très attachante. Elle vit dans son monde. Ou alors est-ce nous qui sommes aveugles ? Amatrice de jeux de rôles heroic-fantasy, elle est "pour de vrai" une tueuse de géants. Puisqu'elle est capable d'affronter ces dangereuses créatures, ce ne sont pas les caïds de son lycée, les profs ou pire la psychologue qui vont la faire plier. Elle dispose d'une répartie cinglante qui envoie balader tous ceux qui croisent sa route. Et tant pis si ça n'arrange rien dans sa propre famille pourtant si troublée. Inversement, son attitude repousse la plupart des jeunes de son âge, et ça l'arrange bien ceci étant dit. Seule une nouvelle, Sophia, va s'intéresser à elle, parfois aux dépends de l'une et de l'autre. Et puis il y a ce mystère sur .... , ce qui est à l'étage et qui .... et ... . Bref, ce qui fait vraiment peur à Barbara, la véritable menace noire qui arrive. Là-haut... à l'étage... et dans les signes annonciateurs... Sincèrement, j'ai vraiment accroché. Les dialogues sont percutants, les personnages sont bons, l'intrigue ne manque clairement pas de maturité et surtout c'est très original tant dans le contenu que dans la manière dont c'est raconté. C'est drôle et dur à la fois, intrigant et touchant. J'espère que le second et dernier tome sera à la hauteur du premier.

12/01/2009 (modifier)
Par Ro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Transmetropolitan
Transmetropolitan

Transmetropolitan, c'est avant tout la rencontre entre un décor et un personnage, tous deux d'exception. Le décor, c'est la Ville, The City, dans laquelle vit Spider Jérusalem. Babylone futuriste, elle suinte l'humanité dans ce qu'elle peut inventer de pire, l'anarchie y côtoie le fascisme, les buildings huppés y côtoient les bas-fonds glauques où subsistent les parias, la technologie y oscille entre merveilles de la science et dégradations humaines sans morale. Bref le cauchemar social tel que l'anticipation et l'extrapolation sociologique peuvent les imaginer de manière la plus réaliste et extravagante à la fois. Quant au personnage, c'est Spider Jérusalem, ancien journaliste et essayiste à succès, exilé du monde civilisé depuis 5 ans, et qui revient en ville pour reprendre ses activités journalistiques avec toute la paranoïa, l'anticonformisme, la vitalité, le cynisme et l'acuité politique et sociologique dont il fait preuve. Et il a une insatiable envie de faire chier le monde et de dévoiler toute la vérité aussi pourrie soit-elle. Essayez de l'arrêter, il ne prendra que plus de plaisir à foutre sa merde. Tabassez-le à mort, il vous pissera à la raie avec le sourire. Cocktail détonnant pour une BD pleine de vie, d'idées et d'une part de subversion. Une vision d'anticipation sociologique intéressante et intelligente. Un personnage captivant plein de verve, de pêche et offrant de nombreux dialogues excellents. Un dessin tout à fait bon et empli de détails amusants ou dénonciateurs d'une société corrompue. Une construction sous la forme de récits complets portant chacun sur des idées originales et intéressantes. Une belle construction d'extrapolation sociologique, d'humour noir, de cynisme et d'anticonformisme. A lire ! Ne serait-ce que pour la personnalité jouissive de Spider Jerusalem !

23/07/2007 (MAJ le 12/01/2009) (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Holmes
Holmes

Le premier chapitre de Holmes est le chant du cygne de la Collection 32 dont les séries ne paraîtront plus maintenant qu'en album intégrale cartonné. Et quel chant du cygne ! Sans conteste la série que j'ai le plus appréciée de la collection. Le graphisme attire l'oeil dès le départ. Superbe, il bénéficie d'une colorisation en teintes de gris-bleuté qui lui donne une vraie atmosphère et une vraie beauté. De très jolies planches, travaillées, lisibles et esthétiques, et une belle lumière qui plonge dans l'ambiance rétro de la fin du 19e siècle. Si j'avais un maigre reproche à formuler sur l'aspect visuel de cette BD, ce serait sur les quelques écritures manuscrites qui parsèment le récit et sont parfois un peu ardues à lire même si elles ajoutent au côté réaliste de l'intrigue. Le scénario m'a plongé dès les premières pages dans l'histoire. Je me suis vraiment pris au jeu, retrouvant l'ambiance des meilleurs Sherlock Holmes à base de dialogues, d'un peu d'action et de beaucoup d'observation et déduction. Très prenante et mystérieuse, l'intrigue a en outre le mérite d'être très dense. Les 32 pages de chaque tome m'ont paru aussi intenses qu'un album d'une soixantaine de pages. Et je demande absolument à savoir la suite. Vraiment je suis conquis tant par le scénario, intelligent et captivant, que par le graphisme excellent.

06/12/2006 (MAJ le 12/01/2009) (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jacques le petit lézard géant
Jacques le petit lézard géant

Pété de rire ! J'ai été proprement éclaté de rire à la lecture de cet album ! Je ne connaissais pas cette oeuvre de Libon pourtant prépubliée dans le magazine Spirou. Elle met en scène un gentil Godzilla miniature, Jacques, petit lézard qu'une mini-bombe atomique a transformé en lézard géant (un bon mètre de haut quand même), dressé sur ses papattes arrière, doué de raison et de la parole, et surtout doté d'un esprit sympathique, débonnaire et un peu naïf. Et ce gentil Jacques trouve bien chouette sa transformation parce que, comme ça, il va pouvoir aller dans le monde des humains pour essayer de se faire de nouveaux amis et si possible avoir un peu à manger parce qu'il voudrait bien un peu de foie de veau, c'est bon le foie de veau, presque aussi bon que les papillons. S'ensuivent une série d'histoires courtes plus ou moins suivies, toutes plus hilarantes et délirantes les unes que les autres où Jacques sera confronté à une gentille Mamie, des policiers scrupuleux, une secte satanique, un cirque de passage, un docteur, un scientifique expert es monstre du Loch Ness, une armée incognito, etc. L'humour est vraiment bon. Il se situe entre le burlesque et le non-sense, et il est solidement appuyé par le graphisme et la composition des cases. Les personnages volontairement ridicules et exorbités fonctionnent à la perfection. Les dialogues, écrits sur le ton de la discussion (ah bah oui quoi, Libon il écrit un peu comme il parle, c'est fou non ?), sont souvent les plus drôles. Le personnage de Jacques, notamment, est remarquable par son flegme et sa façon polie et douce de parler. Il apporte un vrai décalage avec le monde de fou dans lequel les humains semblent évoluer autour de lui. Certaines histoires m'ont un peu moins fait rire que d'autres, je dois l'admettre, mais les épisodes du rhume chez le docteur, de la description de la vie avec le monstre du Loch Ness dans son salon, et autres Mamie de Satan m'ont vraiment fait me secouer de rire. Cet album vaut clairement le détour pour les amateurs d'humour, un très bon cru ! Le second tome m'a un peu moins fait rire, c'est dommage. Mais Jacques reste toujours aussi attachant et plaisant à suivre. C'est une lecture divertissement que j'ai parcourue avec le sourire tout du long. Et il y a quand même dans ce deuxième album quelques passages qui m'ont fait rire.

08/01/2008 (MAJ le 12/01/2009) (modifier)
Par L'Ymagier
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Harald le Viking
Harald le Viking

Harald ?… son premier tome –« L’île de la brume »- fut une de mes premières BDs. Pensez bien si j’y tiens !.. Je l’aimais bien, ce grand et fier Viking qui me faisait vivre de palpitantes aventures « exotiques » et je me moquais de savoir qui le mettait en scène, qui le dessinait, si toutes ses aventures étaient basées sur la réalité historique. Harald ?… c’était la certitude de lire et de vivre quelque chose de palpitant où abordages, bagarres, combats et découvertes d’endroits perdus parsemaient les pages. Bien plus tard je me suis rendu compte que ce personnage était une des nombreuses créations des époux Funcken, lesquels ont donné de biens belles lettres de noblesse à la BD. Travaillant sur une documentation fournie, Harald recrée sous nos yeux ces rudes vikings et ces paysages des années 800. Même si le style graphique est moins « net » que dans d’autres séries ultérieures du couple, « Harald » fait déjà montre d’un trait réaliste net, bien lisible, mis au service de scénarios « forts » et attirants. La toute petite déception habituelle : la mise en page standardisée de quatre strips par planche. Mais c’étaient les « canons » de l’époque en matière de BD. Harald ?… c’est pas récent. C’est en 1956 qu’il débute sa carrière dans l’hebdo « Tintin ». Trois longues histoires et quelques récits complets le feront rapidement fort apprécier du lectorat. Il terminera sa carrière en 1967. Curieusement, après un premier album édité rapidement en 1958, il faudra attendre sa « fin » pour en voir deux autres édités. Et un dernier en 1980. Harald ?… une véritable épopée viking bien détaillée, bourrée d’action, et qui met en scène un personnage à part face à ses « frères barbares ». Un petit coup de cœur, mais un vrai quand même car c’était drôlement bien réalisé.

12/01/2009 (modifier)
Par Miranda
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tea Party
Tea Party

Je suis tombée sous le charme de ce joli conte à tel point que j'ai finalement fait l'acquisition du Le Chat du kimono que je vais d'ailleurs bientôt relire. Il faut bien l'avouer, graphiquement ce n'est pas ma tasse de thé, hum… non je n'ai pas fait exprès… ! Cela dit je dois apporter quelques précisions. Certaines planches, ainsi que la couverture sont de toute beauté et très détaillées… en un mot : enchanteresses ; et c'est peut-être ce que je reprocherais à l'auteure, de ne pas nous gratifier d'un bout à l'autre de cette œuvre - ainsi que de son premier opus - d'un dessin équivalent qui viendrait nous caresser les yeux à chaque instant. Le kimono et les scènes de narcolepsie ont eu droit ici à un traitement de faveur, l'ajout d'un rouge éclatant qui les rend explosives, presque palpables. Mais le grand secret de Tea Party et du Chat du Kimono, - puisqu'il faut aussi l'intégrer dans la critique étant la première partie de l'histoire - réside dans son incroyable inventivité. Elle nous mène sur une histoire rocambolesque où les intrigues s'entremêlent, avec de nombreux personnages tous très fouillés psychologiquement. La narration est fluide et à aucun moment on ne se sent perdu. Je suis ravie de m'être laissée mener par l'imagination débordante de Nancy Peña et d'avoir fait un voyage si merveilleux. Une bd féminine et tout en finesse. Que demander de plus, une suite peut-être ?

11/01/2009 (modifier)
Par hevydevy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Requiem - Chevalier Vampire
Requiem - Chevalier Vampire

Profitant de la sortie du tome 8, je me suis lancé dans une relecture intégrale de cette série, avec l’idée d’une critique pour Bdthèque à la clé, prévoyant à la louche et de mémoire, un petit 4 étoiles des familles, caractéristique d’une très bonne mais pas transcendante série. Et vlan, je me suis fait transcender (d'où le coup de coeur rétroactif). Car cette fois-ci, la lecture en continu m'a permis une immersion totale dans ce monument de gothique baroque. Avec cette vue d’ensemble, j’ai pu prendre conscience de certains points qui m’avaient échappés (et beaucoup de références mythologiques ou historiques me manquent encore), comme la structuration immuable de chaque tome : une ouverture en flash Back avec doubles regards croisés, des intrigues ou sous intrigues identifiables par leurs "couleurs" et la coupure finale au beau milieu d’une scène d’action intense. Je sais aussi désormais quels sont les tomes clés auxquels se référer pour bien comprendre l’univers monde de Requiem (en particulier le tome 4 qui fournit une cartographie de Résurrection, et qui établit clairement les enjeux et agendas de chacun). Et surtout, j'ai compris que pour apprécier cette BD pleinement, et en particulier le dessin de Ledroit, il faut du temps devant soi (il m’a fallu une dizaine de jours pour en arriver correctement à bout). Je n’ai jamais fait mystère ici de mon goût pour les œuvres de Pat Mills (au moins une quarantaine de séries collectionnées avec fébrilité depuis la traduction française de Slaìne en 1989), et avec des BD d’une telle qualité, cela n’est pas prêt de s’arrêter. Et pourtant, je devrais être lassé, car on retrouve dans Requiem des thèmes qu’il n’a jamais cessé d’exploiter depuis la création en 1977 du magazine de SF emblématique britannique 2000 AD (dont il a co-créé la star Judge Dredd). On retrouve donc pêle-mêle ses cibles habituelles que sont les communautés scientifiques, religieuses, militaires et policières, communautés dont il n’a de cesse de pointer les hypocrisies (heureusement souvent avec humour). On est aussi en terrain familier lorsqu’il s’agit d'assister à la confrontation entre des personnages savoureusement réincarnés et d’opposer fanatisme et paganisme ainsi qu’ordre et chaos (Sha, Nemesis). On peut d’ailleurs découvrir la version bêta de Résurrection (appartenant à un sous genre de SF de mondes inversés) dans les chroniques du Khaos de sa série les ABC Warriors (et beaucoup des principes de vie de nos vampires trouvent leur germe dans les traditions celtiques exposées dans Slaìne). Pat Mills est quelqu’un de visiblement obsessionnel, qui n’hésite jamais à se servir de ses scénarii comme exutoire à sa haine et son dégoût. Cela donne donc des œuvres souvent très violentes, librement et sexuellement explicites, voire même à la limite du dérangeant (ceux qui auront lu Le Fardeau de l’Homme Noir me comprendront peut être). Ses personnages se retrouvent donc logiquement à vomir des litanies de haines et égrener des chapelets d’insultes à longueur de page, avec un cynisme et une crudité qui en deviennent presque poétiques dans leur inélégance. Pat Mills est de ces artistes au style frontal, qui appellent un chat un chat sans détours ni métaphores, à l’instar d’un Paul Verhoeven pour le média cinématographique. Ce sont donc des gens rares. Cette part d’ombre de l’auteur est dans Requiem contrebalancée par un foisonnement d’idées et une richesse créative qui déborde à chaque page (et qui explique les chemins de traverses empruntés par une histoire qui ne cesse de s’étendre, mais qui s’en plaindra ?). Et c’est principalement ce point qui est magique dans cette série et qui m’amène sans arrière-pensée à monter à 5 étoiles. Bien sûr, le travail d’Olivier Ledroit n’est pas étranger à cette impression d’émerveillement (euphémisme sachant qu’il est responsable d’au moins 50 % des trouvailles géniales de cet univers inversé). On peut même parler de symbiose entre les 2 auteurs (renforcée par une équipe éditoriale solide – Jacques Collin à la traduction et Anne Drano au lettrage - présente depuis le début). Même si le style de dessin n’est pas le critère qui prime pour moi dans une BD, j’ai d’abord été épaté par le travail d’Olivier Ledroit, et ce sentiment s’est mué en admiration respectueuse depuis cette relecture (il est le Peter Jackson du neuvième art !). Tout m’impressionne désormais : les études de caractère minutieuses effectuées sur les personnages, l’incroyable bestiaire de créatures fantasmagoriques, les décors fourmillant de détails, les objets et diverses armes (les deux pages consacrées à l’épée ceinture du tome 8 vaut à elle seule l’achat de l’ouvrage), les nombreux effets panoramiques apportés par des cadrages originaux (mais toujours parfaitement lisibles) et l’association judicieuse de la palette de couleurs aux différentes castes peuplant Résurrection. Un travail de Titan qui mérite bien l’attente de nombreux mois entre chaque tome. Le dessinateur assume en toute clarté ses sources d’inspirations et hommages (art book à l’appui), en n'hésitant pas à puiser dans les autres médias que sont la peinture bien sûr, mais aussi le cinéma (on peut sans trop s’avancer citer la mise en scène de Sergio Leone, avec ses alternance de plan larges et de gros plans oculaires). Je ne m’étendrais pas plus sur le talent évident du bonhomme (nous possédons un diamant en France, il faut le crier haut et fort !), je citerais juste ce passage unique dans le tome 7, où pour accentuer l’importance d’une scène (la première régénération physique de Requiem), Ledroit oblige le lecteur à un acte physique, celui d’orienter une double page dans le sens vertical. Et quelle double page ! Pour rallonger la chute vertigineuse du héros, celle-ci a lieue selon une diagonale, se finissant par une renaissance par le siège radicalement iconoclaste (en une page se bouclant sur elle même). Bluffant !(*) Enfin, cette BD qui pourrait avoir la lourdeur et la pesanteur inhérentes au genre romantico-gothique contemporain, ne se prend que rarement au sérieux et n’hésite jamais à glisser une touche d’humour décalée au milieu de cet enfer apocalyptique (le clin d’œil à "Il était une fois dans l’Ouest" du tome 8 et ses « manteaux » dans lesquels il y avait « cent culs », « cent culs » qui se sont fait « bottés »). Alors en résumé, si pour vous une BD doit se lire en 10 minutes, sans efforts, et sans que les auteurs ne jouent trop rapidement avec les limites de votre imagination, alors passez votre chemin. Si vous trouvez le bleu Klein trop bleu, n’aimez pas les dessins trop fouillés et n’êtes rassurés que lorsqu’il y a 9 ou 12 cases par page, bien alignées et sans qu’aucune bulle ne déborde, alors passez aussi votre chemin. Dans le cas contraire, prenez votre temps, et régalez-vous ! (*) J'ai appris récement (et pu constater de visu) grâce au site de Popi, que cette double page est en plus une démarcation de "l'enfer" de Jérome Bosh.

11/01/2009 (modifier)