Quelle bonne idée a eue Glénat de publier ces inédits ! J'adore Reiser et son dessin qui semble si banal à première vue, mais qui devient magnifique si on regarde un peu mieux. Ses personnages sont très expressifs et il maîtrise le mouvement à la perfection.
L'album est donc un regroupement des histoires qui sont parues dans Pilote et Pilote Pocket et qui ne sont jamais parues en album (quoique il me semble que deux ou trois histoires sont parues dans L'écologie). La plupart porte sur des sujets d'actualité (le concorde, le vote aux élections de 1969, l'armée, etc) , la plupart du temps un fait divers, que Reiser s'amuse à ridiculiser. L'humour est un peu moins corrosif que dans les autres œuvres de Reiser, mais il reste excellent. J'aime sa manière de déconner sur les sujets qu'il traite.
Bien sûr, dans cet album il y a des trucs un peu moins marrants qui ne m'ont pas fait rire, mais globalement j'ai passé un excellent moment de détente. Je conseille cet album à tous les fans de Reiser quoique le prix est un peu élevé.
"Western tortilla à l'eau de rose", annonce avec humour la couverture de l'album. J'aime bien cette dénomination. Western, parce que ça se passe dans un de ces déserts américain, dans une ambiance proche du film Bagdad Café. Tortilla, c'est pour la touche mexicaine en plus même si l'héroïne principale est aussi à moitié chinoise. Et l'eau de rose enfin, parce que cela parle beaucoup de sentiments, et puis aussi parce que ça finit bien.
J'ai immédiatement été charmé par l'atmosphère de cette histoire, une atmosphère qu'elle partage certes avec de nombreux récits ou road-movies dans les décors ensoleillés et loin de la civilisation urbaine de ces déserts façon route 66, le côté paumé du désert de Mojave et autres. On est dès les premières pages imprégné dans une communauté de femmes vivant recluses dans un camping sauvage adossé à une station-service qui est leur dernier lien avec le reste du monde. Elles ont choisi de vivre ici pour se réfugier de la vie, pour éviter les troubles de leurs passés ou simplement pour se ressourcer.
Le long premier chapitre de cet ouvrage est contemplatif. Aux côtés d'une jeune femme enceinte et rebelle qui vient d'échouer là, on découvre doucement les membres de cette communauté, les liens qu'ils partagent et les nombreux petits mystères qu'ils recèlent. Il fait chaud, le désert est poussiéreux, les routiers passent en klaxonnant et la nuit seules résonnent les discussions de femmes que la vie a amochées. Peu à peu se met en place un canevas de sentiments, amours et ressentiments, de secrets enfouis qu'il aurait mieux valu déterrer plus tôt pour leur éviter d'envenimer des situations malheureuses. Quand le fin mot de l'histoire se met en place, il apparait à la fois simple et complexe, très humain, touchant.
Je suis tombé sous le charme. Les personnages sont tous excellents, avec des personnalités fortes et originales. Ils sont attachants malgré leur côté brûlé à vif. Le graphisme est dôté d'une âme qui s'accorde joliment avec l'intrigue. En quelques courbes, sans trop de détails, il suffit à mettre tout ce petit monde et ces décors en scène, laissant l'imaginaire combler ce que le trait économe évite parfois de représenter. Le rythme de la lecture est lent mais prenant, malgré une petite baisse de régime passée la moitié de l'ouvrage quand celui qu'on attendait finit par se montrer enfin. La fin est l'aboutissement agréable d'une intrigue bien menée depuis le début, tenant la route tout en étant assez émouvante à mon goût.
C'est comme un bon film sentimental à ambiance, presque sans action mais avec de très bons personnages et un chouette décor.
Encore une fois, c'est du très grand Hugault au dessin.
Ayant montré dans ses précédents albums qu'il dominait parfaitement son sujet avec les warbirds de 39-45, cette fois c'est dans la première guerre mondiale qu'il nous plonge.
Un aspect graphique majestueusement maîtrisé, des angles de vue nous plongeant au coeur de l'action, tout cela allié à un scénario simple mais efficace.
Au final, on obtient un premier album magnifique et indispensable à tous les amateurs du genre, ainsi qu'à ceux qui apprécient simplement les belles BD.
«Peut-on rire de tout ? Oui, à condition de faire du fric avec !»
Cette petite phrase sur le quatrième plat donne le ton et sonne le glas d’une petite mise en garde claire et univoque.
Ce petit recueil, essentiellement composé de strips de 3 cases (hormis une petite histoire de quelques planches), m’a bien fait marrer. On est dans le registre du graveleux et du trash et ça, c’est bon ! Surtout quand c’est bien fait…
Le dessin est assez simple mais expressif et dynamique. Il colle (ben tiens:8 ) parfaitement à cet humour.
Alors certes, cela se lit assez vite, c’est pas très profond (quoique:8 ), l’humour est sans limite mais si vous adhérez à ce genre de trip bien barré, alors foncez ! Faites aussi un tour du côté de Monkey Bizness...
Pour les autres, vous êtes prévenus, on rigole de tout dans cet album... Je me demande cependant pourquoi on parle de censure pour cet album? On rigole de pas mal de choses un peu tabou, mais cela n'est pas non plus complètement immoral ! Juste obscène ; moi, j’adore et j’en redemande !
Un thriller étouffant et violent à la narration explosée et qui donne les clés de ses mystères dans son épilogue ? C'est vrai que c'est alléchant.
La quatrième de couverture parle aussi du livre/film "Orange Mecanique"... Bon de l'aveu de l'auteur (que j'ai eu la chance de rencontrer) et qui n'a pas vu le film, c'est juste une technique de commerce et de pub utilisée par l'éditeur, et c'est vrai que la ressemblance entre les deux œuvres est faible, mais le plaisir qu'on prend à les parcourir et quasiment égal (sachez que ce film est mon préféré).
A savoir, pour tous les amateurs de thriller, malsain, glauque et violent (physiquement et moralement), cette BD est faite pour vous.
Ça commence comme une banale enquête policière sur un tueur en série. Mais finalement, ce n'est pas l'enquête qui nous intéresse, mais le comportement du tueur.
Et puis, on enchaine sur un "deuxième" instinct ; l'instinct enfoui. La force du scénario est également que l'on peut lire les trois premiers chapitres dans l'ordre que l'on veut, puisqu'on comprendra leur lien seulement dans l'épilogue, jusqu'à avant, ils nous paraissent indépendant.
Ce deuxième chapitre nous narre l'histoire d'un adolescent qui pour gagner un peu d'argent, se vend à de vieux pervers... Encore plus étouffant, malsain et glauque, ce chapitre m'a retourné... Encore plus violent que le premier, mais jamais trop gratuitement.
Le troisième chapitre est différent, tout muet et plus onirique, avec une baisse de tension qui est le bienvenu. On ne le comprends pas tout de suite d'ailleurs, mais la fin nous éclairera encore une fois sur son contenu.
Et la conclusion est assez forte, et remuante aussi. Et elle nous montre que le scénario est très intelligemment écrit, une vraie réussite. Ma seule frustration, c'était de ne pas en savoir plus sur ce que sont devenu certains personnages après leur chapitre respectif (même si, comme la chronologie est chamboulée, on a quelques indices) mais l'album est déjà excellent dans sa forme.
Pour le dessin, Julien Parra possède un joli trait, à peine influencé par le manga (plus par le dynamisme de la mise en page et du découpage). L'encrage, assez gras et des fois, proche de l'esquisse, lui donne une forte personnalité, tout comme le choix des couleurs (une dominante pour chaque chapitres). Certaines cases, trahissent, du moins à l'époque, un petit manque de maturité (notamment au niveau de l'anatomie), mais dans l'ensemble, c'est très agréable à l'œil.
Un excellent album qui a réussi à totalement m'estomaquer juste après sa lecture... J'en redemande et vous le recommande.
Note : 4.5/5
Une vraie mine d’or pour sociologues cette « vie des jeunes » !… D’ailleurs à mon avis, ce ne sont pas tant les jeunes que l’auteur a voulu représenter ici, car le titre est plutôt ironique, mais bien plutôt une certaine immaturité ou un certain crétinisme affectant sans distinction toutes les couches sociales… et puis de secret jamais il n’est question puisque la plupart du temps, dans les scènes décrites, les personnages parlent fort et semblent en représentation comme des acteurs face à leur public, jamais limités par un quelconque début de pudeur…
L’ouvrage est basé sur les observations de l’auteur dans la rue, le métro, etc. Les yeux et oreilles « indiscrètes » de Sattouf se sont alliés à ses mains pour produire quelque chose de décalé, inattendu, parfois incongru, souvent drôle, même si on ne sait pas toujours s’il faut rire ou pleurer… Rien n’est inventé, et ça se sent, on se dit qu’on aurait pu nous-mêmes assister à de telles scènes, les « dialogues » sonnent vrais et c’est par son seul trait minimaliste que l’auteur exprime ce qu’il ressent… et il le fait très bien… j’adore sa façon de traduire les expressions, chaque visage tout en étant stylisé semble vraiment unique, souvent grotesque ou hilarant. Certaines scènes paraissent proprement incroyables et pourtant…ça colle parfaitement à l’époque, une époque qui tend à encourager la bêtise et à disqualifier la réflexion (pour ses dialogues, Sattouf n’hésite d’ailleurs pas à recourir au langage SMS, ce cancer moderne de la pensée).
Je ne dis pas qu’on rit forcément aux éclats, car souvent c’est plutôt un rire jaune, acide ou horrifié, mais cela sera inévitablement un rire (ou un sourire) de complicité avec l’auteur. Donc un ovni, qui échappera complètement à certains sans aucun doute. Cette BD trouve son équivalent filmique avec le documentaire « Striptease », diffusé avec plus ou moins de régularité sur une chaîne du service public. Et quiconque a été fan appréciera forcément ces vies secrètes…
Je relis cet album, et je le trouve finalement très réussi...
Le dessin est sublime... Nicolas Juncker a un trait souple, net et précis. Le noir et blanc permet un effet bien contrasté que j'apprécie beaucoup. Les personnages sont bien dessinés dans un style original.
J'aimerais dire que le dessin est exempt de défaut... Cependant, les planches, bien qu'étant très esthétiques, sont souvent difficilement lisibles. Je ne sais pas si c'est le fait qu'il n'y a pas de texte, où que c'est du à certains effets de narration (les "zooms" ou autres), mais souvent, on perd un peu le fil de l'histoire, et on doit revenir quelques cases en arrière (ça m'a fait le même effet, récemment, pour une BD proche -du moins au niveau de la forme- qu'y est "3 secondes")
Le récit est une succession de petites saynètes, emplies d'images très fortes. Bien que l'ensemble soit moins touchant que le travail d'autres auteurs sur le sujet (je pense à Tardi notamment), on ressent pas mal d'émotion à la lecture de l'album.
Comme je l'ai dit la narration n'est pas géniale (c'est pour ça qu'on est pas super ému, car ça diminue la lisibilité de l'histoire et notre compréhension) mais il faut dire que Nicolas Junker se rajoute des contraintes avec ses exercices de styles...
Malgré le fait que l'histoire soit dure et un peu pénible à suivre, j'apprécie beaucoup cette BD, qui m'a touché, pour son magnifique dessin semi-réaliste, ses images fortes et l'exercice de style qu'il nous propose.
Ma note initiale était de 2/5, je la passe vers 3.5/5
Quand on est un féru de fantastique et d'horreur comme moi, on est toujours un peu frileux de se lancer dans des séries historiques et très terre à terre. Sauf que voilà, le papa noël m'a apporté les deux intégrales regroupant les huit tomes et que, à la vue des dessins sublimes et de l'histoire tout de même palpitante sur la vie de Néron je me suis lancé à corps perdu dans ce récit. Et là, j'ai vraiment été bluffé, autant pas la qualité visuelle que narrative, par l'importance des personnages secondaires et surtout par un dynamisme constant qui rend le récit nullement ennuyeux. Attaquons un peu plus en profondeur cette magnifique série.
On va commencer par le scénario, qui présente la vie de l'empereur Néron, avec un premier cycle montrant son ascension jusqu'à son arrivée sur le trône, puis un deuxième cycle montrant son déclin et l'incendie de Rome. Alors pourquoi ce titre Murena ? Et bien parce que l'on va aussi s'intéresser à la vie de Lucius Murena, héros abîmé par le temps et les épreuves et dont l'ascension de son ami Néron va lui couter très cher. Evidemment, dit comme cela, on se demande comment le récit puisse être palpitant, à tel point que je lui mets un note maximale. Et bien parce que dans Murena, tous les personnages, même secondaires sont d'une grande importance et que les révélations, les manipulations, les mises à mort, les révoltes, tout cela est très rythmé, et on va de rebondissements en rebondissements. L'évolution des héros est elle aussi aux petits oignons. En effet, on peut voir Néron approcher la folie, Murena devenir un héros empli de haine, Massam devenir un monstre encore plus sanguinaire, Balba l'esclave en justicier libre. Bref, tous les personnages sont travaillés. Mais encore, si ce n'était que cela. L'histoire est très riche, les coups bas pleuvent, les langues de vipère se multiplient, les vengeances sont légion, en aucun cas on ne sent un relâchement ou un moment d'ennui dans ce récit historique. Et quand on y pense, à l'école, c'est chiant l'histoire, mais vu de ce point, cela devient vite palpitant.
Il faut dire aussi qu'il y a tout dans cette série. Du sang, certes, avec des combats de gladiateurs, des meurtres sanguinaires, mais aussi du sexe, de l'amour et aucune concession ne nous sera faite. Les personnages attachants et sympathiques pourront très bien mourir alors que les salauds seront toujours vivants. On notera aussi la décadence de la grande Rome au travers d'histoires de prostitutions, de jeunes filles volées ou encore de vestales violées, côtoyant étroitement des ruelles vétustes et des personnages saouls décuvant leur vin sur le bord des trottoirs.
Evidemment, tout cela ne serait rien sans le travail remarquable et remarqué de monsieur Delaby, qui offre des personnages étonnants de réalité et de charisme. Néron est tout simplement parfait, Lucius Murena est excellent au début et sa "mutation", tant mentale que physique est une réelle réussite graphique. Tous les personnages ont leur propre caractéristique et leur réalisme est vraiment une très belle chose. Mais le dessinateur ne s'arrête pas là. Il dépeint aussi une Rome grandiloquente, magnifique et si fragile, avec des plans donnant le vertige et des décors somptueux. Mais il est aussi très malin, dessinant plutôt des scènes de personnages et des drames dans Rome lors du grand incendie plutôt que de se risquer au grand format de la ville, loupant ainsi le coche du drame, et il faut dire que cela fonctionne à merveille. Les couleurs sont utilisées à bon escient pour donner un aspect encore plus réaliste à Rome et aux personnages.
Au final, Murena est une série fort recommandable, où l'histoire ne devient pas ennuyeuse et poussiéreuse, bien au contraire, les intrigues fusent, les complots se dessinent, les aventures se multiplient et les changements de mentalité s'opèrent. Une vraie réussite tant scénaristique que graphique, Murena vaut plus qu'un coup d’œil et fait partie de ces séries qui restent longtemps dans l'esprit et dans le cœur.
Je conseille plus que fortement !
Ahahahahahahahahahahahahahahahahahaha
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ahahahahahahahahahahahahahahahahahaha !!!
Cela résume bien l'état d'esprit dans lequel j'étais à la lecture de l'album. (Oui, comme vous allez le voir, mon avis est assez proche de celui de Cassidy).
Paf & Hencule, le chien et le chat, parodie de Pif et Hercule est un monument d'humour trash et noir. Attention, ça ne va certainement pas plaire à tout le monde.
Si blaguer sur les maladies incurables, le racisme, les pratiques sexuelles improbables, le nazisme, ne vous choque pas, alors je peux vous conseillez cette lecture. Encore faudrait-il que l'humour débilo-pipi-caca vous plaise aussi. En effet, cet album est un melting pot de gags touchant autant à l'absurde qu'au style plus tarte-à-la-crème, mais avec des strips limite dérangeants parfois (l'album a été censuré -ceci étant dit, je ne comprends pas pourquoi les gags censurés, que j'ai pu lire et qui touchent au racisme, l'ont été plus que d'autres de l'album, dans la même veine ?-), avec un humour soit fin, soit extrêmement gras et lourd.
Attention, je ne dis pas que tous les strips font mouche, mais une grande majorité en tout cas.
Goupil Acnéique a un dessin assez underground que je trouve bien réalisé ; ses personnages filiformes ont tous de bonnes têtes de cons. Il n'y a pas beaucoup de décors, mais le format du strip ne s'y prête pas bien non plus. Donc voilà moi la partie graphique de l'album me plaît bien.
Après, l'album est parsemé de tout pleins de petits bonus (certains appelleront ça du remplissage), comme les "bonus femme à poil", la note de l'éditeur, Satin et Miloutre au Congo, les gags en une page où le mot de Victor Hugo, tous étant pas aussi drôle que les strips (à part les deux derniers cités) et font donc un peu baisser l'intérêt porté à l'album quelque fois, et m'empêche donc de mettre la note maximale (ça et aussi le fait que les strips se passant à l'hôpital, sont peut-être un peu nombreux et moins variés dans leurs situations que les 10 dernières pages, ils sont donc moins percutants sur la longueur), mais dans l'ensemble, "Paf & Hencule" est un album très drôle (bien que réservé à un public averti), très loin de tout ce que l'on peut lire aujourd'hui comme BD d'humour. Note : 4.5/5
(A noter : une préface dessinée de Bastien Vivès).
Rares sont les ouvrages qui ont une telle portée. Rares sont les ouvrages qui me laissent dans un tel état de flottement. Rares sont les ouvrages comme celui-ci, tout simplement.
Cet album à mon sens est bien plus qu’une simple bande-dessinée. Qu’on l’aime, qu’elle nous gène, je suis sûr qu’elle ne pourra pas laisser indifférent.
Pour ma part, j’ai peur de me lancer dans une critique où je ne serais pas à la hauteur de l’auteur, où mes écrits ne sauront pas rendre ma pensée, mes sentiments, mes émotions, où mes écrits ne sauront pas rendre hommage aux sentiments, émotions, aux pensées qui peuplent ces pages. Non, je ne radote pas.
Car il y a bien le contenu de l’œuvre avec ce que l’auteur dépeint et le résultat avec ce que cela déclenche chez moi.
"Habibi" c’est 672 pages de bonheur. Environ 14 albums classiques…j’ai mis pratiquement 6 heures pour en venir à bout.
Alors, oui certainement qu’il faut être motivé pour se lancer dans ce pavé au format spécial, presque aussi épais que large ! Rarement le qualificatif de pavé aura si bien convenu à une bande dessinée…
Malgré cette taille imposante l’album reste parfaitement abordable, d’un aspect tarifaire, au vu du travail fournit.
6 ans pour réaliser cette œuvre ! 6 années pendant lesquelles Craig Thomson s’est consacré à fignoler, bichonner son œuvre.
Et je me lancerai en premier dans le dessin. Magnifique, fluide, inventif. D’une précision et d’une finesse ahurissante. D’une richesse imposante. Le dessin se mêle au texte et chaque lettre peut devenir un dessin à part entière. Il faut dire que la calligraphie des lettres de l’alphabet arabe se prête parfaitement au jeu. Craig Thomson d’ailleurs nous initiera à cet art qui consiste à lier, imbriquer, disposer les lettres entre elles de telle sorte que le final soit aussi créatif et représentatif qu’un véritable et pur dessin.
Il va dès lors, sans dire que la mise en page, les cadrages, la composition de chaque page mérite que l’on s’arrête afin profiter et d‘admirer le travail réalisé.
Tout dans cet album touche à la perfection. La recherche dans les vêtements, dans les décors qu’il s’agisse des paysages, des villes ou d’un simple bâtiment.
Cet album est une véritable comète dans le ciel de la BD. Rare, magnifique, unique.
S’appuyant sur une qualité graphique incontestable, le scénario qui nous est offert est lui aussi un modèle du genre.
Les 672 pages ne demandent qu’à être lues. Une fois plongé dans cette histoire, j’avais bien du mal à voir passer le temps. Heureusement que certaines obligations personnelles m’obligeaient à mettre une alarme en marche afin de me tirer de ma contemplation.
Cette histoire mêle plusieurs sujets de manière extrêmement intelligente, passant de l’un à l’autre de manière toujours logique, toujours fluide, ne nous laissant pas le temps de nous lasser, pour mieux y revenir quelques pages ou chapitre plus loin afin de compléter ou clore un pan de l’histoire.
Car l’histoire n’est pas linéaire non plus, ce qui permet à l’auteur de toujours nous surprendre en expliquant par exemple d’un flashBack inattendu certaines scènes ou réaction de ses personnages.
Ces principaux personnages Dodola et Zam sont d’ailleurs tous les deux extrêmement attachants.
Forcément, en 672 pages l’auteur a largement le temps de développer leur psychologie et de nous conter leur histoire. La psychologie très juste de tous les personnages, principaux comme secondaires voire même tertiaire nous permet de mieux s’immerger dans l’histoire, de mieux la comprendre, de mieux nous l’approprier.
L’histoire, sorte de conte des 1001 nuits moderne est souvent bien étrange par les sauts et les côtoiements existants. Nous passons parfois assez abruptement d’une époque très médiévale à des villes ultra modernes. Il est difficile de parler de tout ce que ce livre comporte tellement il est riche. Craig Thomson aborde trop de sujets pour que l’on puisse parler de tous.
Je parlerai juste d’une poésie constante, d’une mélancolie planante, d’une beauté flagrante.
Malgré tout, 3 thèmes ressortent prioritairement de cet album. L’écologie et le développement incontrôlé des villes modernes, l’amour et le sexe, sans oublier que Craig Thomson s’est initialement jeté dans cette œuvre afin de mieux comprendre l’Islam.
Forcément, afin de rendre une copie logique, l’auteur a fortement lié chacun de ses trois thèmes dans la construction de son histoire. Pourtant au contraire d’autres lecteurs qui y ont vu des causes et effets, qui ont relié les déboires amoureux des héros et la religion, je n’ai pas personnellement ressenti ce lien ou ces accusations.
J’ai personnellement vraiment dissocié chacun de ces thèmes à la lecture. De plus, connaissant plutôt pas mal l’islam, je ne pouvais établir de rapport. L’islam est amour et n’interdit surtout pas le sexe. Il faut juste que l’homme et la femme soit mariés. Dans notre civilisation « moderne », il est certain qu’un tel postulat peut paraitre préhistorique tant on a l’habitude maintenant de voir des jeunes coucher le premier soir et avorter le second soir, que le divorce est devenu plus courant que le mariage et qu’avoir une maitresse est presque une obligation pour ne pas paraitre has-been…(ce terme est lui aussi surement has-been...)
Une fois encore la méconnaissance d’une chose amènera surement une mécompréhension et souvent son rejet. Et c’est peut-être la seule chose que je pourrais reprocher à cet album. C’est de ne pas assez démêler les sujets abordés.
Du coup, l’auteur qui voulait découvrir l’islam fausse légèrement le jeu. Car son implication et son explication n’est finalement peut-être pas assez engagée.
J’avoue qu’aujourd’hui, pondre un album de BD sur la religion est extrêmement courageux.
L’auteur a donc décidé de mettre en parallèle l’histoire de Dodola et celle des textes sacrés. Les choix et les évènements rythmant la vie de Dodola sont ainsi souvent l’occasion d’un parallèle avec un élément religieux, avec la présentation d’un prophète (Noé, Moïse, Mohamed…)
Si la majorité des textes sont extraits du Coran, Craig Thomson a semble-t-il porté un grand soin afin de montrer que chacun de ces récits ne se trouvent pas que dans le Coran et que finalement à bien y prendre garde, Le Judaïsme, Le Christianisme et l’Islam ont la même histoire, les mêmes prophètes. Pour l’Islam, puisqu’il s’agit principalement de cette religion dans cet ouvrage, seul Mohamed arrivé après Jésus diffère des autres religions.
A la lecture de cet album, on sent fortement que Craig Thomson s’est longtemps renseigné malgré tout sur l’Islam. Tout ce que j’ai pu vérifier, par connaissance ou grâce à internet est vrai. Basés sur la genèse, sur les évangiles, sur l’ancien testament, le Coran ou des hadiths (textes rapportés des dires du prophète Mohamed) tout est vérifiable.
L’œuvre prête à une longue réflexion pour qui veut bien s’y attarder. L’auteur une fois encore sans donner son avis personnel nous livre des faits qui ne sont surement pas fortuits. Je suis persuadé que l’on pourrait pondre une thèse rien qu’à étudier tous les messages que l’auteur a sciemment ou non parsemé son ouvrage.
Ainsi par exemple avec l’affaire d’Abraham qui fut aussi appelé à sacrifier son fils, on comprend (enfin..je comprends) que la différence entre Chrétien et Musulman ne tient à rien, juste à savoir quel fils ne fut finalement pas égorgé mais remplacé par un bélier. Les causes et conséquences sont les mêmes, mais quand on cherche des poux à son voisin, tout est bon pour lui taper dessus.
Sans comparer, sans critiquer, sans juger, l’auteur nous livre ainsi souvent plusieurs vision d’une même chose et à nous alors de faire notre propre opinion.
Enfin, pour parler rapidement de l’aspect au sexe développé dans "Habibi" et que certains n’ont pas aimé car le reliant à la religion, une fois encore, j’y vois plus une sorte de Roméo et Juliette à l’amour trop fort et apparemment impossible de deux êtres qui, séparés, feront tout pour rester fidèles l’un à l’autre. Plus que de culpabilité, plus que de soumission, il s’agit ici de fidélité, d’amour vrai, de respect.
Et s’il s’agit réellement de la vision de l’auteur, j’espère que vous lirez cet album avec votre vision des choses et que la somme de joyaux livrés dans ces 672 écrins vous permettra de passer outre cette vision, à mon sens, erronée.
Un livre sublime, possédant de multiples niveaux de lecture comme seules les grandes œuvres savent le proposer avec une grande, très grande sensibilité et chose que je n’ai pas encore mentionnée, un humour très fin presque discret mais utilisé à très bon escient pour dédramatiser les passages les plus durs ou les plus durs à aborder scénaristiquement.
J’ai fini mon avis après plus d’une semaine de tergiversation interne. Et bien que non 100% satisfait, je ne vois pas comment aujourd’hui je pourrais faire mieux. Ce qui confirme, décidément, que cet ouvrage est vraiment spécial !
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Les Années Pilote
Quelle bonne idée a eue Glénat de publier ces inédits ! J'adore Reiser et son dessin qui semble si banal à première vue, mais qui devient magnifique si on regarde un peu mieux. Ses personnages sont très expressifs et il maîtrise le mouvement à la perfection. L'album est donc un regroupement des histoires qui sont parues dans Pilote et Pilote Pocket et qui ne sont jamais parues en album (quoique il me semble que deux ou trois histoires sont parues dans L'écologie). La plupart porte sur des sujets d'actualité (le concorde, le vote aux élections de 1969, l'armée, etc) , la plupart du temps un fait divers, que Reiser s'amuse à ridiculiser. L'humour est un peu moins corrosif que dans les autres œuvres de Reiser, mais il reste excellent. J'aime sa manière de déconner sur les sujets qu'il traite. Bien sûr, dans cet album il y a des trucs un peu moins marrants qui ne m'ont pas fait rire, mais globalement j'ai passé un excellent moment de détente. Je conseille cet album à tous les fans de Reiser quoique le prix est un peu élevé.
Las Rosas
"Western tortilla à l'eau de rose", annonce avec humour la couverture de l'album. J'aime bien cette dénomination. Western, parce que ça se passe dans un de ces déserts américain, dans une ambiance proche du film Bagdad Café. Tortilla, c'est pour la touche mexicaine en plus même si l'héroïne principale est aussi à moitié chinoise. Et l'eau de rose enfin, parce que cela parle beaucoup de sentiments, et puis aussi parce que ça finit bien. J'ai immédiatement été charmé par l'atmosphère de cette histoire, une atmosphère qu'elle partage certes avec de nombreux récits ou road-movies dans les décors ensoleillés et loin de la civilisation urbaine de ces déserts façon route 66, le côté paumé du désert de Mojave et autres. On est dès les premières pages imprégné dans une communauté de femmes vivant recluses dans un camping sauvage adossé à une station-service qui est leur dernier lien avec le reste du monde. Elles ont choisi de vivre ici pour se réfugier de la vie, pour éviter les troubles de leurs passés ou simplement pour se ressourcer. Le long premier chapitre de cet ouvrage est contemplatif. Aux côtés d'une jeune femme enceinte et rebelle qui vient d'échouer là, on découvre doucement les membres de cette communauté, les liens qu'ils partagent et les nombreux petits mystères qu'ils recèlent. Il fait chaud, le désert est poussiéreux, les routiers passent en klaxonnant et la nuit seules résonnent les discussions de femmes que la vie a amochées. Peu à peu se met en place un canevas de sentiments, amours et ressentiments, de secrets enfouis qu'il aurait mieux valu déterrer plus tôt pour leur éviter d'envenimer des situations malheureuses. Quand le fin mot de l'histoire se met en place, il apparait à la fois simple et complexe, très humain, touchant. Je suis tombé sous le charme. Les personnages sont tous excellents, avec des personnalités fortes et originales. Ils sont attachants malgré leur côté brûlé à vif. Le graphisme est dôté d'une âme qui s'accorde joliment avec l'intrigue. En quelques courbes, sans trop de détails, il suffit à mettre tout ce petit monde et ces décors en scène, laissant l'imaginaire combler ce que le trait économe évite parfois de représenter. Le rythme de la lecture est lent mais prenant, malgré une petite baisse de régime passée la moitié de l'ouvrage quand celui qu'on attendait finit par se montrer enfin. La fin est l'aboutissement agréable d'une intrigue bien menée depuis le début, tenant la route tout en étant assez émouvante à mon goût. C'est comme un bon film sentimental à ambiance, presque sans action mais avec de très bons personnages et un chouette décor.
Le Pilote à l'Edelweiss
Encore une fois, c'est du très grand Hugault au dessin. Ayant montré dans ses précédents albums qu'il dominait parfaitement son sujet avec les warbirds de 39-45, cette fois c'est dans la première guerre mondiale qu'il nous plonge. Un aspect graphique majestueusement maîtrisé, des angles de vue nous plongeant au coeur de l'action, tout cela allié à un scénario simple mais efficace. Au final, on obtient un premier album magnifique et indispensable à tous les amateurs du genre, ainsi qu'à ceux qui apprécient simplement les belles BD.
Paf & Hencule
«Peut-on rire de tout ? Oui, à condition de faire du fric avec !» Cette petite phrase sur le quatrième plat donne le ton et sonne le glas d’une petite mise en garde claire et univoque. Ce petit recueil, essentiellement composé de strips de 3 cases (hormis une petite histoire de quelques planches), m’a bien fait marrer. On est dans le registre du graveleux et du trash et ça, c’est bon ! Surtout quand c’est bien fait… Le dessin est assez simple mais expressif et dynamique. Il colle (ben tiens:8 ) parfaitement à cet humour. Alors certes, cela se lit assez vite, c’est pas très profond (quoique:8 ), l’humour est sans limite mais si vous adhérez à ce genre de trip bien barré, alors foncez ! Faites aussi un tour du côté de Monkey Bizness... Pour les autres, vous êtes prévenus, on rigole de tout dans cet album... Je me demande cependant pourquoi on parle de censure pour cet album? On rigole de pas mal de choses un peu tabou, mais cela n'est pas non plus complètement immoral ! Juste obscène ; moi, j’adore et j’en redemande !
3 Instincts
Un thriller étouffant et violent à la narration explosée et qui donne les clés de ses mystères dans son épilogue ? C'est vrai que c'est alléchant. La quatrième de couverture parle aussi du livre/film "Orange Mecanique"... Bon de l'aveu de l'auteur (que j'ai eu la chance de rencontrer) et qui n'a pas vu le film, c'est juste une technique de commerce et de pub utilisée par l'éditeur, et c'est vrai que la ressemblance entre les deux œuvres est faible, mais le plaisir qu'on prend à les parcourir et quasiment égal (sachez que ce film est mon préféré). A savoir, pour tous les amateurs de thriller, malsain, glauque et violent (physiquement et moralement), cette BD est faite pour vous. Ça commence comme une banale enquête policière sur un tueur en série. Mais finalement, ce n'est pas l'enquête qui nous intéresse, mais le comportement du tueur. Et puis, on enchaine sur un "deuxième" instinct ; l'instinct enfoui. La force du scénario est également que l'on peut lire les trois premiers chapitres dans l'ordre que l'on veut, puisqu'on comprendra leur lien seulement dans l'épilogue, jusqu'à avant, ils nous paraissent indépendant. Ce deuxième chapitre nous narre l'histoire d'un adolescent qui pour gagner un peu d'argent, se vend à de vieux pervers... Encore plus étouffant, malsain et glauque, ce chapitre m'a retourné... Encore plus violent que le premier, mais jamais trop gratuitement. Le troisième chapitre est différent, tout muet et plus onirique, avec une baisse de tension qui est le bienvenu. On ne le comprends pas tout de suite d'ailleurs, mais la fin nous éclairera encore une fois sur son contenu. Et la conclusion est assez forte, et remuante aussi. Et elle nous montre que le scénario est très intelligemment écrit, une vraie réussite. Ma seule frustration, c'était de ne pas en savoir plus sur ce que sont devenu certains personnages après leur chapitre respectif (même si, comme la chronologie est chamboulée, on a quelques indices) mais l'album est déjà excellent dans sa forme. Pour le dessin, Julien Parra possède un joli trait, à peine influencé par le manga (plus par le dynamisme de la mise en page et du découpage). L'encrage, assez gras et des fois, proche de l'esquisse, lui donne une forte personnalité, tout comme le choix des couleurs (une dominante pour chaque chapitres). Certaines cases, trahissent, du moins à l'époque, un petit manque de maturité (notamment au niveau de l'anatomie), mais dans l'ensemble, c'est très agréable à l'œil. Un excellent album qui a réussi à totalement m'estomaquer juste après sa lecture... J'en redemande et vous le recommande. Note : 4.5/5
La Vie secrète des jeunes
Une vraie mine d’or pour sociologues cette « vie des jeunes » !… D’ailleurs à mon avis, ce ne sont pas tant les jeunes que l’auteur a voulu représenter ici, car le titre est plutôt ironique, mais bien plutôt une certaine immaturité ou un certain crétinisme affectant sans distinction toutes les couches sociales… et puis de secret jamais il n’est question puisque la plupart du temps, dans les scènes décrites, les personnages parlent fort et semblent en représentation comme des acteurs face à leur public, jamais limités par un quelconque début de pudeur… L’ouvrage est basé sur les observations de l’auteur dans la rue, le métro, etc. Les yeux et oreilles « indiscrètes » de Sattouf se sont alliés à ses mains pour produire quelque chose de décalé, inattendu, parfois incongru, souvent drôle, même si on ne sait pas toujours s’il faut rire ou pleurer… Rien n’est inventé, et ça se sent, on se dit qu’on aurait pu nous-mêmes assister à de telles scènes, les « dialogues » sonnent vrais et c’est par son seul trait minimaliste que l’auteur exprime ce qu’il ressent… et il le fait très bien… j’adore sa façon de traduire les expressions, chaque visage tout en étant stylisé semble vraiment unique, souvent grotesque ou hilarant. Certaines scènes paraissent proprement incroyables et pourtant…ça colle parfaitement à l’époque, une époque qui tend à encourager la bêtise et à disqualifier la réflexion (pour ses dialogues, Sattouf n’hésite d’ailleurs pas à recourir au langage SMS, ce cancer moderne de la pensée). Je ne dis pas qu’on rit forcément aux éclats, car souvent c’est plutôt un rire jaune, acide ou horrifié, mais cela sera inévitablement un rire (ou un sourire) de complicité avec l’auteur. Donc un ovni, qui échappera complètement à certains sans aucun doute. Cette BD trouve son équivalent filmique avec le documentaire « Striptease », diffusé avec plus ou moins de régularité sur une chaîne du service public. Et quiconque a été fan appréciera forcément ces vies secrètes…
Le front
Je relis cet album, et je le trouve finalement très réussi... Le dessin est sublime... Nicolas Juncker a un trait souple, net et précis. Le noir et blanc permet un effet bien contrasté que j'apprécie beaucoup. Les personnages sont bien dessinés dans un style original. J'aimerais dire que le dessin est exempt de défaut... Cependant, les planches, bien qu'étant très esthétiques, sont souvent difficilement lisibles. Je ne sais pas si c'est le fait qu'il n'y a pas de texte, où que c'est du à certains effets de narration (les "zooms" ou autres), mais souvent, on perd un peu le fil de l'histoire, et on doit revenir quelques cases en arrière (ça m'a fait le même effet, récemment, pour une BD proche -du moins au niveau de la forme- qu'y est "3 secondes") Le récit est une succession de petites saynètes, emplies d'images très fortes. Bien que l'ensemble soit moins touchant que le travail d'autres auteurs sur le sujet (je pense à Tardi notamment), on ressent pas mal d'émotion à la lecture de l'album. Comme je l'ai dit la narration n'est pas géniale (c'est pour ça qu'on est pas super ému, car ça diminue la lisibilité de l'histoire et notre compréhension) mais il faut dire que Nicolas Junker se rajoute des contraintes avec ses exercices de styles... Malgré le fait que l'histoire soit dure et un peu pénible à suivre, j'apprécie beaucoup cette BD, qui m'a touché, pour son magnifique dessin semi-réaliste, ses images fortes et l'exercice de style qu'il nous propose. Ma note initiale était de 2/5, je la passe vers 3.5/5
Murena
Quand on est un féru de fantastique et d'horreur comme moi, on est toujours un peu frileux de se lancer dans des séries historiques et très terre à terre. Sauf que voilà, le papa noël m'a apporté les deux intégrales regroupant les huit tomes et que, à la vue des dessins sublimes et de l'histoire tout de même palpitante sur la vie de Néron je me suis lancé à corps perdu dans ce récit. Et là, j'ai vraiment été bluffé, autant pas la qualité visuelle que narrative, par l'importance des personnages secondaires et surtout par un dynamisme constant qui rend le récit nullement ennuyeux. Attaquons un peu plus en profondeur cette magnifique série. On va commencer par le scénario, qui présente la vie de l'empereur Néron, avec un premier cycle montrant son ascension jusqu'à son arrivée sur le trône, puis un deuxième cycle montrant son déclin et l'incendie de Rome. Alors pourquoi ce titre Murena ? Et bien parce que l'on va aussi s'intéresser à la vie de Lucius Murena, héros abîmé par le temps et les épreuves et dont l'ascension de son ami Néron va lui couter très cher. Evidemment, dit comme cela, on se demande comment le récit puisse être palpitant, à tel point que je lui mets un note maximale. Et bien parce que dans Murena, tous les personnages, même secondaires sont d'une grande importance et que les révélations, les manipulations, les mises à mort, les révoltes, tout cela est très rythmé, et on va de rebondissements en rebondissements. L'évolution des héros est elle aussi aux petits oignons. En effet, on peut voir Néron approcher la folie, Murena devenir un héros empli de haine, Massam devenir un monstre encore plus sanguinaire, Balba l'esclave en justicier libre. Bref, tous les personnages sont travaillés. Mais encore, si ce n'était que cela. L'histoire est très riche, les coups bas pleuvent, les langues de vipère se multiplient, les vengeances sont légion, en aucun cas on ne sent un relâchement ou un moment d'ennui dans ce récit historique. Et quand on y pense, à l'école, c'est chiant l'histoire, mais vu de ce point, cela devient vite palpitant. Il faut dire aussi qu'il y a tout dans cette série. Du sang, certes, avec des combats de gladiateurs, des meurtres sanguinaires, mais aussi du sexe, de l'amour et aucune concession ne nous sera faite. Les personnages attachants et sympathiques pourront très bien mourir alors que les salauds seront toujours vivants. On notera aussi la décadence de la grande Rome au travers d'histoires de prostitutions, de jeunes filles volées ou encore de vestales violées, côtoyant étroitement des ruelles vétustes et des personnages saouls décuvant leur vin sur le bord des trottoirs. Evidemment, tout cela ne serait rien sans le travail remarquable et remarqué de monsieur Delaby, qui offre des personnages étonnants de réalité et de charisme. Néron est tout simplement parfait, Lucius Murena est excellent au début et sa "mutation", tant mentale que physique est une réelle réussite graphique. Tous les personnages ont leur propre caractéristique et leur réalisme est vraiment une très belle chose. Mais le dessinateur ne s'arrête pas là. Il dépeint aussi une Rome grandiloquente, magnifique et si fragile, avec des plans donnant le vertige et des décors somptueux. Mais il est aussi très malin, dessinant plutôt des scènes de personnages et des drames dans Rome lors du grand incendie plutôt que de se risquer au grand format de la ville, loupant ainsi le coche du drame, et il faut dire que cela fonctionne à merveille. Les couleurs sont utilisées à bon escient pour donner un aspect encore plus réaliste à Rome et aux personnages. Au final, Murena est une série fort recommandable, où l'histoire ne devient pas ennuyeuse et poussiéreuse, bien au contraire, les intrigues fusent, les complots se dessinent, les aventures se multiplient et les changements de mentalité s'opèrent. Une vraie réussite tant scénaristique que graphique, Murena vaut plus qu'un coup d’œil et fait partie de ces séries qui restent longtemps dans l'esprit et dans le cœur. Je conseille plus que fortement !
Paf & Hencule
Ahahahahahahahahahahahahahahahahahaha ahahahahahahahahahahahahahahahahahaha ahahahahahahahahahahahahahahahahahaha ahahahahahahahahahahahahahahahahahaha !!! Cela résume bien l'état d'esprit dans lequel j'étais à la lecture de l'album. (Oui, comme vous allez le voir, mon avis est assez proche de celui de Cassidy). Paf & Hencule, le chien et le chat, parodie de Pif et Hercule est un monument d'humour trash et noir. Attention, ça ne va certainement pas plaire à tout le monde. Si blaguer sur les maladies incurables, le racisme, les pratiques sexuelles improbables, le nazisme, ne vous choque pas, alors je peux vous conseillez cette lecture. Encore faudrait-il que l'humour débilo-pipi-caca vous plaise aussi. En effet, cet album est un melting pot de gags touchant autant à l'absurde qu'au style plus tarte-à-la-crème, mais avec des strips limite dérangeants parfois (l'album a été censuré -ceci étant dit, je ne comprends pas pourquoi les gags censurés, que j'ai pu lire et qui touchent au racisme, l'ont été plus que d'autres de l'album, dans la même veine ?-), avec un humour soit fin, soit extrêmement gras et lourd. Attention, je ne dis pas que tous les strips font mouche, mais une grande majorité en tout cas. Goupil Acnéique a un dessin assez underground que je trouve bien réalisé ; ses personnages filiformes ont tous de bonnes têtes de cons. Il n'y a pas beaucoup de décors, mais le format du strip ne s'y prête pas bien non plus. Donc voilà moi la partie graphique de l'album me plaît bien. Après, l'album est parsemé de tout pleins de petits bonus (certains appelleront ça du remplissage), comme les "bonus femme à poil", la note de l'éditeur, Satin et Miloutre au Congo, les gags en une page où le mot de Victor Hugo, tous étant pas aussi drôle que les strips (à part les deux derniers cités) et font donc un peu baisser l'intérêt porté à l'album quelque fois, et m'empêche donc de mettre la note maximale (ça et aussi le fait que les strips se passant à l'hôpital, sont peut-être un peu nombreux et moins variés dans leurs situations que les 10 dernières pages, ils sont donc moins percutants sur la longueur), mais dans l'ensemble, "Paf & Hencule" est un album très drôle (bien que réservé à un public averti), très loin de tout ce que l'on peut lire aujourd'hui comme BD d'humour. Note : 4.5/5 (A noter : une préface dessinée de Bastien Vivès).
Habibi
Rares sont les ouvrages qui ont une telle portée. Rares sont les ouvrages qui me laissent dans un tel état de flottement. Rares sont les ouvrages comme celui-ci, tout simplement. Cet album à mon sens est bien plus qu’une simple bande-dessinée. Qu’on l’aime, qu’elle nous gène, je suis sûr qu’elle ne pourra pas laisser indifférent. Pour ma part, j’ai peur de me lancer dans une critique où je ne serais pas à la hauteur de l’auteur, où mes écrits ne sauront pas rendre ma pensée, mes sentiments, mes émotions, où mes écrits ne sauront pas rendre hommage aux sentiments, émotions, aux pensées qui peuplent ces pages. Non, je ne radote pas. Car il y a bien le contenu de l’œuvre avec ce que l’auteur dépeint et le résultat avec ce que cela déclenche chez moi. "Habibi" c’est 672 pages de bonheur. Environ 14 albums classiques…j’ai mis pratiquement 6 heures pour en venir à bout. Alors, oui certainement qu’il faut être motivé pour se lancer dans ce pavé au format spécial, presque aussi épais que large ! Rarement le qualificatif de pavé aura si bien convenu à une bande dessinée… Malgré cette taille imposante l’album reste parfaitement abordable, d’un aspect tarifaire, au vu du travail fournit. 6 ans pour réaliser cette œuvre ! 6 années pendant lesquelles Craig Thomson s’est consacré à fignoler, bichonner son œuvre. Et je me lancerai en premier dans le dessin. Magnifique, fluide, inventif. D’une précision et d’une finesse ahurissante. D’une richesse imposante. Le dessin se mêle au texte et chaque lettre peut devenir un dessin à part entière. Il faut dire que la calligraphie des lettres de l’alphabet arabe se prête parfaitement au jeu. Craig Thomson d’ailleurs nous initiera à cet art qui consiste à lier, imbriquer, disposer les lettres entre elles de telle sorte que le final soit aussi créatif et représentatif qu’un véritable et pur dessin. Il va dès lors, sans dire que la mise en page, les cadrages, la composition de chaque page mérite que l’on s’arrête afin profiter et d‘admirer le travail réalisé. Tout dans cet album touche à la perfection. La recherche dans les vêtements, dans les décors qu’il s’agisse des paysages, des villes ou d’un simple bâtiment. Cet album est une véritable comète dans le ciel de la BD. Rare, magnifique, unique. S’appuyant sur une qualité graphique incontestable, le scénario qui nous est offert est lui aussi un modèle du genre. Les 672 pages ne demandent qu’à être lues. Une fois plongé dans cette histoire, j’avais bien du mal à voir passer le temps. Heureusement que certaines obligations personnelles m’obligeaient à mettre une alarme en marche afin de me tirer de ma contemplation. Cette histoire mêle plusieurs sujets de manière extrêmement intelligente, passant de l’un à l’autre de manière toujours logique, toujours fluide, ne nous laissant pas le temps de nous lasser, pour mieux y revenir quelques pages ou chapitre plus loin afin de compléter ou clore un pan de l’histoire. Car l’histoire n’est pas linéaire non plus, ce qui permet à l’auteur de toujours nous surprendre en expliquant par exemple d’un flashBack inattendu certaines scènes ou réaction de ses personnages. Ces principaux personnages Dodola et Zam sont d’ailleurs tous les deux extrêmement attachants. Forcément, en 672 pages l’auteur a largement le temps de développer leur psychologie et de nous conter leur histoire. La psychologie très juste de tous les personnages, principaux comme secondaires voire même tertiaire nous permet de mieux s’immerger dans l’histoire, de mieux la comprendre, de mieux nous l’approprier. L’histoire, sorte de conte des 1001 nuits moderne est souvent bien étrange par les sauts et les côtoiements existants. Nous passons parfois assez abruptement d’une époque très médiévale à des villes ultra modernes. Il est difficile de parler de tout ce que ce livre comporte tellement il est riche. Craig Thomson aborde trop de sujets pour que l’on puisse parler de tous. Je parlerai juste d’une poésie constante, d’une mélancolie planante, d’une beauté flagrante. Malgré tout, 3 thèmes ressortent prioritairement de cet album. L’écologie et le développement incontrôlé des villes modernes, l’amour et le sexe, sans oublier que Craig Thomson s’est initialement jeté dans cette œuvre afin de mieux comprendre l’Islam. Forcément, afin de rendre une copie logique, l’auteur a fortement lié chacun de ses trois thèmes dans la construction de son histoire. Pourtant au contraire d’autres lecteurs qui y ont vu des causes et effets, qui ont relié les déboires amoureux des héros et la religion, je n’ai pas personnellement ressenti ce lien ou ces accusations. J’ai personnellement vraiment dissocié chacun de ces thèmes à la lecture. De plus, connaissant plutôt pas mal l’islam, je ne pouvais établir de rapport. L’islam est amour et n’interdit surtout pas le sexe. Il faut juste que l’homme et la femme soit mariés. Dans notre civilisation « moderne », il est certain qu’un tel postulat peut paraitre préhistorique tant on a l’habitude maintenant de voir des jeunes coucher le premier soir et avorter le second soir, que le divorce est devenu plus courant que le mariage et qu’avoir une maitresse est presque une obligation pour ne pas paraitre has-been…(ce terme est lui aussi surement has-been...) Une fois encore la méconnaissance d’une chose amènera surement une mécompréhension et souvent son rejet. Et c’est peut-être la seule chose que je pourrais reprocher à cet album. C’est de ne pas assez démêler les sujets abordés. Du coup, l’auteur qui voulait découvrir l’islam fausse légèrement le jeu. Car son implication et son explication n’est finalement peut-être pas assez engagée. J’avoue qu’aujourd’hui, pondre un album de BD sur la religion est extrêmement courageux. L’auteur a donc décidé de mettre en parallèle l’histoire de Dodola et celle des textes sacrés. Les choix et les évènements rythmant la vie de Dodola sont ainsi souvent l’occasion d’un parallèle avec un élément religieux, avec la présentation d’un prophète (Noé, Moïse, Mohamed…) Si la majorité des textes sont extraits du Coran, Craig Thomson a semble-t-il porté un grand soin afin de montrer que chacun de ces récits ne se trouvent pas que dans le Coran et que finalement à bien y prendre garde, Le Judaïsme, Le Christianisme et l’Islam ont la même histoire, les mêmes prophètes. Pour l’Islam, puisqu’il s’agit principalement de cette religion dans cet ouvrage, seul Mohamed arrivé après Jésus diffère des autres religions. A la lecture de cet album, on sent fortement que Craig Thomson s’est longtemps renseigné malgré tout sur l’Islam. Tout ce que j’ai pu vérifier, par connaissance ou grâce à internet est vrai. Basés sur la genèse, sur les évangiles, sur l’ancien testament, le Coran ou des hadiths (textes rapportés des dires du prophète Mohamed) tout est vérifiable. L’œuvre prête à une longue réflexion pour qui veut bien s’y attarder. L’auteur une fois encore sans donner son avis personnel nous livre des faits qui ne sont surement pas fortuits. Je suis persuadé que l’on pourrait pondre une thèse rien qu’à étudier tous les messages que l’auteur a sciemment ou non parsemé son ouvrage. Ainsi par exemple avec l’affaire d’Abraham qui fut aussi appelé à sacrifier son fils, on comprend (enfin..je comprends) que la différence entre Chrétien et Musulman ne tient à rien, juste à savoir quel fils ne fut finalement pas égorgé mais remplacé par un bélier. Les causes et conséquences sont les mêmes, mais quand on cherche des poux à son voisin, tout est bon pour lui taper dessus. Sans comparer, sans critiquer, sans juger, l’auteur nous livre ainsi souvent plusieurs vision d’une même chose et à nous alors de faire notre propre opinion. Enfin, pour parler rapidement de l’aspect au sexe développé dans "Habibi" et que certains n’ont pas aimé car le reliant à la religion, une fois encore, j’y vois plus une sorte de Roméo et Juliette à l’amour trop fort et apparemment impossible de deux êtres qui, séparés, feront tout pour rester fidèles l’un à l’autre. Plus que de culpabilité, plus que de soumission, il s’agit ici de fidélité, d’amour vrai, de respect. Et s’il s’agit réellement de la vision de l’auteur, j’espère que vous lirez cet album avec votre vision des choses et que la somme de joyaux livrés dans ces 672 écrins vous permettra de passer outre cette vision, à mon sens, erronée. Un livre sublime, possédant de multiples niveaux de lecture comme seules les grandes œuvres savent le proposer avec une grande, très grande sensibilité et chose que je n’ai pas encore mentionnée, un humour très fin presque discret mais utilisé à très bon escient pour dédramatiser les passages les plus durs ou les plus durs à aborder scénaristiquement. J’ai fini mon avis après plus d’une semaine de tergiversation interne. Et bien que non 100% satisfait, je ne vois pas comment aujourd’hui je pourrais faire mieux. Ce qui confirme, décidément, que cet ouvrage est vraiment spécial !