Malgré un dessin plutôt daté, j'ai trouvé la lecture de cet album particulièrement prenante : une excellente BD, ça j'en suis sûr.
Par contre, je suis aussi persuadé que si Tome avait eu les moyens, il aurait tourné un film au lieu d'écrire une BD, tant son récit et sa narration empruntent aux codes du 7ème art (en plus du thème qui fut déjà vu plusieurs fois sur grand écran). De nombreuses séquences muettes ont par exemple pour but de n'être que contemplatives : comme un traveling mais en cases... Est-ce que j'ai trouvé ça dérangeant ? Je dois l'avouer, un tout petit peu au début, mais au fur et à mesure de ma lecture, je fus tellement passionné par ce récit assez intense, touchant et intéressant que très vite, ça ne m'a plus dérangé du tout.
J'aime beaucoup le style de Berthet, assez dépouillé mais avec un encrage bien présent, mais je trouve qu'il vieillit assez mal, aujourd'hui la bd semble terriblement datée, c'est assez étrange.
Néanmoins, cela reste une BD que je conseille car elle confère un excellent moment de lecture...
Alors je vois que je suis pas le seul à me demander où cette histoire va nous mener et surtout combien de temps ça va prendre ! Oui le rythme est plutôt lent, oui l'histoire n'a pas beaucoup avancé dans les 4 tomes, oui il reste beaucoup d’interrogations, mais c'est quand même bien bon ! C'est comme déguster un bon verre de vin, il faut prendre son temps, et dans "Le Grand Mort", on prend son temps !
J'aime bien car même si l'histoire avance doucement, j'ai ressenti un vrai plaisir lors de ma lecture, la narration est fluide, ça glisse tout seul, c'est dépaysant, on voyage dans L'Autre Monde, puis on retrouve dans la campagne bretonne, avant de partir sur un Paris tantôt classique tantôt apocalyptique...
Graphiquement c'est splendide ! Très "Loiselesque", à tel point qu'on peut légitimement se demander à quel point Loisel est impliqué dans le dessin. Je sais que Vincent Mallié bosse sur "Avant la quête..." et que son trait colle parfaitement avec le style de Loisel, mais tant de mimétisme, c'est presque troublant... Les regards, les expressions, c'est vraiment du Loisel craché ! Même les formes généreuses de Gaëlle m'ont fait pensé à Clochette dans Peter Pan.
Moi cette ressemblance graphique ne me dérange pas du tout car c'est un graphisme que j'adore, j'en redemande même !
Bref, après 4 tomes, je suis conquis par "Le Grand Mort", j'attends le 5e et dernier tome avec impatience, il risque d'être dense !
Faisant suite à l'adaptation réussie du "Château des Carpathes", le scénariste Marc Jakubowski et le dessinateur Eric Rückstühl poursuivent le projet de mettre en B.D. les oeuvres méconnues, voire inconnues (le 3ème tome sera "Le village aérien") de Jules Verne. S'adjoignant cette fois-ci le concours de Claude Laverdure pour les couleurs, travail impeccable, ce trio d'auteurs nous entraine cette fois-ci en Ecosse pour une ballade mémorable dans les vieilles mines de charbons.
C'est un peu par hasard que je suis tombé sur cet album, l'empruntant à ma bibliothèque municipale, sans rien en savoir.
le sujet en est simple : raconter l'Histoire de l'Europe occidentale, France en priorité, au long du XIVème siècle. Une centaine d'années en autant de saynètes de longueur variable, allant de la simple vignette à l'histoire d'une quarantaine de pages. Bien sûr la qualité est diverse, mais la plupart des récits sont vraiment prenants, bien foutus, j'ai particulièrement apprécié celui racontant la Peste noire, qui a ravagé l'Europe (en quelques années le tiers de la population a été contaminée et en est morte).
Le dessin de Hittinger est très expressif, terriblement efficace, malgré son aspect un peu "croquis". Je suis curieux de lire d'autres albums du même auteur.
Il était évident que j'allais apprécier "Le sommet de dieux" et ce, pour plusieurs raisons.
Je suis amateur de montagne, j'ai la chance d'avoir un pied à terre à coté de Chamonix, et c'est l'endroit idéal pour les randonnées, c'est l'endroit en France et même en Europe pour la haute montagne, la magie de Mont-Blanc, tout ça, forcement je "baigne" plus ou moins dedans. Et si un jour j'ai l'occasion de gravir le Mont-Blanc, ça serait magique, bref je digresse je digresse... Tout ça pour dire que lorsqu'on aime la montagne, l'escalade ou la randonnée, "Le sommet de dieux" est forcement pour vous !
Ensuite j'apprécie particulièrement le travail de Taniguchi. J'aime son trait très reconnaissable, très pur, très occidental, finalement assez éloigné du style Mangaka... Et ici avec comme thème la montagne et l'alpinisme, c'est juste magique, on est complétement transporté dans la montagne, l'immersion est totale, on a l'impression de gravir l’Everest ou les Grandes Jorasses avec Habu Joji. On a froid avec lui, on souffre avec lui... La narration est très bien faite, ça aide à être complètement happé par l'aventure !
La construction de l'histoire est plutôt bien fichue, pour éviter de faire une histoire linéaire avec la vie d'Habu Joji (qui pour moi est finalement le vrai héros de l'histoire), on a l'histoire de Fukamachi qui retrouve l'appareil photo supposé appartenir à Mallory qui est mort pendant la 1ere ascension de l'Everest. C'est une sorte de fil conducteur qui va nous tenir aussi en haleine jusqu'à la fin. Mais c'est aussi ce qui va permettre à Fukamachi de découvrir Habu Joji et de mener son enquête sur lui.
Je retiendrai 2 passages mémorables dans "Le sommet des dieux", tout d'abord l'ascension des Grandes Jorasses dans le tome 2 et finalement l'ensemble du tome 4 et 5.
Alors pourquoi je ne met pas Culte vu l'enthousiasme que je décris, bah tout simplement parce que le tome 3 est clairement en dessous niveau intérêt et intensité, mais ça a eu le mérite de donner un peu plus de profondeur et d'épaisseur aux personnes que sont Fukamachi et Habu Joji, et surtout ça a posé les bases pour des tomes 4 et 5 magnifiques...
J’ai attendu la sortie du deuxième tome de « Urban » pour me faire une idée plus précise sur cette série et je dois reconnaître que j’ai été bluffé par cette réalisation !
« Urban » est un récit d’anticipation, le lecteur se retrouve en compagnie d’un gus nommé Zacchary Buzz qui est envoyé sur une planète dédiée aux loisirs pour y être recruté comme policier. Dès son arrivée sur cet astre, notre sympathique et timide « bleu » va être confronté à l’hostilité de ses collègues, à un « hors la loi » très malin et tomber amoureux d’une jolie demoiselle dont l’avenir ne lui paraît pas radieux. Le lecteur y fera connaissance aussi avec un riche gamin qui se retrouvera en train d’errer dans ce gigantesque parc sous la protection bienveillante et intéressée d’un vagabond…
Je pense que vous l’avez deviné en lisant ce résumé, vous allez vous plonger dans un récit très riche et dense avec « Urban » ! Mais ne croyez pas que vous allez vous perdre dans ce foisonnement d’évènements car la narration m’est apparue relativement bonne et accrocheuse, je n’ai eu aucune difficulté de compréhension à suivre les différentes destinées des divers protagonistes qui peuplent cette histoire, ce qui est très fort de la part de Luc Brunschwig quand on voit la complexité de son univers ! Chapeau l’artiste !
Et on voit bien qu’à travers son récit, le scénariste nous interpelle sur ses craintes liées à l’évolution de la société : on y découvre une justice très répressive où le moindre fait et geste de travers sont automatiquement sanctionnés sans que le soi-disant coupable ne puisse défendre ses actes. On y aperçoit un voyeurisme et une délation poussés à l’extrême où chaque citoyen est immédiatement informé de tel ou tel événement qui se passe au sein même du parc, on y partage aussi ses peurs d’une forte informatisation des données de chaque individu, on y découvre aussi une société où la notion de plaisir est forcée… et j’en passe ! Bref, tout ceci pour nous apostropher sur le glissement de notre société vers une absence de liberté individuelle.
Et si je vous dis que pratiquement tous les personnages y sont charismatiques et attachants, que des scènes riches en émotions (Ah, la fameuse séquence de la fin du 2ème tome !) peuplent cette bande dessinée, je ne peux que vous conseiller activement la lecture d’ « Urban ».
Faites-moi confiance, vous passerez un excellent feuilletage avec cette série d’autant plus le graphisme de Roberto Ricci m’est apparu époustouflant !
Je ne vais pas vous faire étalage de mon admiration sur le travail graphique de Roberto Ricci : jetez un coup d’œil sur les planches de cette série et je suis sûr que vous tomberez sur le charme du coup de patte de cet auteur : décors (très) fouillés, mise en couleurs variée et parfaitement adaptée à l’intensité dramatique de chaque séquence, design futuriste des véhicules et autres objets original et convaincant, personnages expressifs et facilement identifiables, la totale quoi !
Bon, j’arrête là mes commentaires sur « Urban » : lancez-vous dans la lecture de cette série et je suis sûr que vous ne lâcherez pas ce récit avant la fin du deuxième tome disponible à ce jour !
Un petit bijou de poésie :)
Comme l'a dit Mac, rien que la couverture donne envie de s'y plonger, elle fait partie des plus belles que je connaisse.
Un joli conte métaphorique sur l'amour, une histoire belle et triste à la fois, comme peuvent l'être les histoires d'amour. Une écriture en vers qui ne gêne absolument pas la lecture, au contraire on se laisse bercer par ce récitatif (pas de dialogues dans cet ouvrage, mais peu importe, on n'en a pas besoin).
Une fin étonnante aussi, Séverine Gauthier n'est pas tombée dans la facilité en nous proposant le happy end auquel on pourrait s'attendre au début. Comme je l'ai déjà dit, c'est beau... et triste.
Le dessin de Jérémie Almanza est comme d'habitude magnifique, plein de poésie avec un petit côté burtonien avec ses personnages à gros yeux. Des couleurs superbes, grises et tristes pour l'univers sombre du garçon au cœur de pierre et vives, joyeuses et lumineuses pour la fille au cœur d'artichaut.
Comme quoi les BD jeunesse peuvent également faire rêver les adultes :) Une histoire pleine d'émotion à découvrir au plus vite !
Une série que je n'aurais probablement pas achetée (je ne suis pas attiré par ce type de bd très roman graphique) sans avoir fait au préalable la connaissance de Jean Christophe Pol lors d'un repas dans un restaurant suite à un festival de bd. En effet nous étions tous conviés au restaurant (je faisais partie des "auteurs" bien que n'ayant rien publié) et j'ai été placé, faute de place, à une table avec 2 inconnus dont ce fameux Jean Christophe Pol. Discussions forcées au début, puis plus à l'aise aidés par plusieurs bouteilles de rosé. Un mec grand, super sympa mais pas spécialement au 1er abord, enfin un dessinateur de bd, quoi. Apparamment il galère (comme beaucoup).
Le lendemain je me balade sur son stand et je jette un coup d'oeil sur ses bds. Ca a l'air très intéressant mais je n'ai pas un rond.
La semaine d'après je commande sur un coup de tête les 3 tomes de cette série "Une âme à l'amer" , qui apparemment est la mieux notée chez BDtheque. Ca a l'air vachement bien. Et je reçois coup sur coup le 3, le 2 et 3 jours après le 1. Je les mets de coté (je ne lis que rarement les bds dès que je les achète, j'attends le moment adéquat). Souvent en pleine nuit d'ailleurs lors d'insomnies causées par un endormissement trop brusque suite à une alcoolisation excessive, comme c'était le cas aujourd'hui.
Alors " Une âme à l'amer " c'est une série joyeuse, optimiste, romantique qui te montre que la vie n'est pas si... non c'est tout le contraire. C'est noir, triste, désespéré, sans concession, pervers et nihiliste. Ca tombe bien c'est tout ce que j'aime ! Cette pureté noire radicale c'est ma came. Ici aucune éclaircie dans ce ciel de plomb. Tout est sans espoir, même l'amour. Tout s'autodétruit. C'est normal, un être né dans la souffrance la trimbalera toute sa vie, ce que les autres ont du mal à admettre et à comprendre. Jean-Christophe Pol est très très torturé.
Donc je ne vais pas raconter l'histoire. C'est l'histoire d'un type qui souffre (certains diront pauvre type ... oui c'est vrai) puis entraîne dans une affaire de meurtres atroces. Mais ce pitch est assez réducteur par rapport à tout ce qu'il y a dans cette série. Les souvenirs se mélangent constamment à l'intrigue ce qui a pour effet de rentrer vraiment à l'intérieur de la tête ce personnage complètement maniaco dépressif. Et le plus fort dans ce récit c'est qu'il vire tout doucement et imperceptiblement d'une sorte de chronique sociale (amère donc) à un redoutable thriller.
Et le tout avec un style graphique hyper fluide, nerveux (découpage et technique) et privilégiant la limpidité et l'efficacité au détail. C'est très réussi, chapeau ! Alors qu'à la base je ne suis vraiment pas client de ce type de bds (à 1ère vue car en fait je ne connais pas). D'ailleurs avec un autre type de dessins j'aurais même mis 5/5 sans hésiter. En même temps le résultat est parfait, rien à dire. Il faut que je lise absolument ses autres bds.
Un gros pavé de 470 pages, qui se lit finalement plutôt bien et (relativement) vite. Il faut dire qu’on en a pour son argent ! Et je ne fais pas ici référence uniquement au nombre de pages. Je pense aussi aux questions qu’il donne envie de creuser, aux lectures qu’il donne envie de faire. Bref, un album agréable à lire et qui pousse à lire !
Un livre qui fait réfléchir, qui fait se poser des questions. Que l’album de Squarzoni soit le résumé d’un travail de recherche partiel, partial m’importe peu ici. Ses lecteurs sont adultes et libres de confronter les sources. En tout cas il soulève des questions que d’autres – comme Allègre, n’ont de cesse de faire oublier.
L’album en lui-même s’écarte des canons habituels de la bande dessinée. Sorte de monologue illustré, par un dessin extrêmement rigoureux et précis, avec des collages de photos, des reconstitutions de films célèbres et des digressions poético-biographiques de l’auteur. Un air de détournement situationniste, en moins radical.
Ecrit juste avant Fukushima, Squarzoni n’évoque évidemment pas cette catastrophe, qui apporte hélas de l’eau à son moulin : sur les risques consécutifs à la montée des océans, sur l’aveuglement concernant le nucléaire (voir les mensonges et autres omissions de Tepco, avant, pendant, et après les explosions). Concernant aussi l’action d’Allègre, qu’on a vu en boucle à l’époque sur les plateaux télé pour dire qu’évoquer l’arrêt du nucléaire au Japon et/ou chez nous relevait de l’indécence, qu’il fallait attendre que les Japonais pansent d’abord leurs plaies, etc… Et bien sûr, aujourd’hui, plus aucun débat n’est envisagé, lui et ses commanditaires ont réussi à noyer le poisson.
La poignée de mains entre Sarkozy et Khadafi nous rappelle aussi quelques vérités oubliées, et donne une bonne touche d’humour involontaire, dans un album par ailleurs plutôt austère.
Un livre intéressant, militant donc. Pour en prolonger certaines analyses, je vous recommande la lecture du livre "La stratégie du chaos" de Naomie Klein. Pour voir que toutes les catastrophes ne sont pas naturelles, et qu’elles ne sont pas catastrophiques pour tout le monde.
Coup de cœur. L'arrivée des Elephantmen dans le paysage des comics est un pur régal visuel et scénaristique. Loin des super-héros mais tout en gardant la notion de "sur-homme", bien qu'ici il s'agisse de "sur-animaux", les créateurs nous plongent dans une épopée guerrière hors du commun. C'est presque un roman graphique puisque les dialogues sont assez minimalistes au profit d'une narration en haut de case.
L'histoire se déroule en France dans un avenir proche où l'on suit les mésaventures d'Yvette une rebelle qui vient de perdre son frère, massacré par les Elephantmen. Elle nous raconte ainsi comment tout a commencé et comment une poignée de survivants, dont elle, tentent désespérément de lutter contre cette armée inhumaine créée par un savant fou, dont le seul but est d'exterminer la race humaine. Profondément sauvage et violent, ce monde implacable dans lequel évolue l'héroïne la pousse à devenir aussi enragée que ses ennemis.
La dimension philosophique de ce récit est à la portée de tous et met en exergue les notions d'humanité et de compassion.
S'il n'était ce prénom outrageusement franchouillard, il n'y aurait aucune fausse note. Mais comme je suppose qu'une équipe aussi importante (environ six personnes pour un seul comic) a forcément testé plusieurs prénoms, je suis bluffé par le fait que ce prénom vieillot finisse par prendre une place aussi légitime dans le scénario. Car si le V de Vendetta connaît encore aujourd'hui un grand succès, notre Yvette sculpte elle son nom entier dans la chair de ses agresseurs.
A la fin du premier tome, nulle doute qu'elle deviendra l'héroïne emblématique de cette série en quête d'humanisme dont les décors bien inspirés nous rappellent les heures noires des tranchées de 14-18.
Je le dis haut et fort, Elephantmen est une pure merveille.
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Sur la route de Selma
Malgré un dessin plutôt daté, j'ai trouvé la lecture de cet album particulièrement prenante : une excellente BD, ça j'en suis sûr. Par contre, je suis aussi persuadé que si Tome avait eu les moyens, il aurait tourné un film au lieu d'écrire une BD, tant son récit et sa narration empruntent aux codes du 7ème art (en plus du thème qui fut déjà vu plusieurs fois sur grand écran). De nombreuses séquences muettes ont par exemple pour but de n'être que contemplatives : comme un traveling mais en cases... Est-ce que j'ai trouvé ça dérangeant ? Je dois l'avouer, un tout petit peu au début, mais au fur et à mesure de ma lecture, je fus tellement passionné par ce récit assez intense, touchant et intéressant que très vite, ça ne m'a plus dérangé du tout. J'aime beaucoup le style de Berthet, assez dépouillé mais avec un encrage bien présent, mais je trouve qu'il vieillit assez mal, aujourd'hui la bd semble terriblement datée, c'est assez étrange. Néanmoins, cela reste une BD que je conseille car elle confère un excellent moment de lecture...
Le Grand Mort
Alors je vois que je suis pas le seul à me demander où cette histoire va nous mener et surtout combien de temps ça va prendre ! Oui le rythme est plutôt lent, oui l'histoire n'a pas beaucoup avancé dans les 4 tomes, oui il reste beaucoup d’interrogations, mais c'est quand même bien bon ! C'est comme déguster un bon verre de vin, il faut prendre son temps, et dans "Le Grand Mort", on prend son temps ! J'aime bien car même si l'histoire avance doucement, j'ai ressenti un vrai plaisir lors de ma lecture, la narration est fluide, ça glisse tout seul, c'est dépaysant, on voyage dans L'Autre Monde, puis on retrouve dans la campagne bretonne, avant de partir sur un Paris tantôt classique tantôt apocalyptique... Graphiquement c'est splendide ! Très "Loiselesque", à tel point qu'on peut légitimement se demander à quel point Loisel est impliqué dans le dessin. Je sais que Vincent Mallié bosse sur "Avant la quête..." et que son trait colle parfaitement avec le style de Loisel, mais tant de mimétisme, c'est presque troublant... Les regards, les expressions, c'est vraiment du Loisel craché ! Même les formes généreuses de Gaëlle m'ont fait pensé à Clochette dans Peter Pan. Moi cette ressemblance graphique ne me dérange pas du tout car c'est un graphisme que j'adore, j'en redemande même ! Bref, après 4 tomes, je suis conquis par "Le Grand Mort", j'attends le 5e et dernier tome avec impatience, il risque d'être dense !
Jules Verne et ses voyages
Faisant suite à l'adaptation réussie du "Château des Carpathes", le scénariste Marc Jakubowski et le dessinateur Eric Rückstühl poursuivent le projet de mettre en B.D. les oeuvres méconnues, voire inconnues (le 3ème tome sera "Le village aérien") de Jules Verne. S'adjoignant cette fois-ci le concours de Claude Laverdure pour les couleurs, travail impeccable, ce trio d'auteurs nous entraine cette fois-ci en Ecosse pour une ballade mémorable dans les vieilles mines de charbons.
Le temps est proche
C'est un peu par hasard que je suis tombé sur cet album, l'empruntant à ma bibliothèque municipale, sans rien en savoir. le sujet en est simple : raconter l'Histoire de l'Europe occidentale, France en priorité, au long du XIVème siècle. Une centaine d'années en autant de saynètes de longueur variable, allant de la simple vignette à l'histoire d'une quarantaine de pages. Bien sûr la qualité est diverse, mais la plupart des récits sont vraiment prenants, bien foutus, j'ai particulièrement apprécié celui racontant la Peste noire, qui a ravagé l'Europe (en quelques années le tiers de la population a été contaminée et en est morte). Le dessin de Hittinger est très expressif, terriblement efficace, malgré son aspect un peu "croquis". Je suis curieux de lire d'autres albums du même auteur.
Le Sommet des dieux
Il était évident que j'allais apprécier "Le sommet de dieux" et ce, pour plusieurs raisons. Je suis amateur de montagne, j'ai la chance d'avoir un pied à terre à coté de Chamonix, et c'est l'endroit idéal pour les randonnées, c'est l'endroit en France et même en Europe pour la haute montagne, la magie de Mont-Blanc, tout ça, forcement je "baigne" plus ou moins dedans. Et si un jour j'ai l'occasion de gravir le Mont-Blanc, ça serait magique, bref je digresse je digresse... Tout ça pour dire que lorsqu'on aime la montagne, l'escalade ou la randonnée, "Le sommet de dieux" est forcement pour vous ! Ensuite j'apprécie particulièrement le travail de Taniguchi. J'aime son trait très reconnaissable, très pur, très occidental, finalement assez éloigné du style Mangaka... Et ici avec comme thème la montagne et l'alpinisme, c'est juste magique, on est complétement transporté dans la montagne, l'immersion est totale, on a l'impression de gravir l’Everest ou les Grandes Jorasses avec Habu Joji. On a froid avec lui, on souffre avec lui... La narration est très bien faite, ça aide à être complètement happé par l'aventure ! La construction de l'histoire est plutôt bien fichue, pour éviter de faire une histoire linéaire avec la vie d'Habu Joji (qui pour moi est finalement le vrai héros de l'histoire), on a l'histoire de Fukamachi qui retrouve l'appareil photo supposé appartenir à Mallory qui est mort pendant la 1ere ascension de l'Everest. C'est une sorte de fil conducteur qui va nous tenir aussi en haleine jusqu'à la fin. Mais c'est aussi ce qui va permettre à Fukamachi de découvrir Habu Joji et de mener son enquête sur lui. Je retiendrai 2 passages mémorables dans "Le sommet des dieux", tout d'abord l'ascension des Grandes Jorasses dans le tome 2 et finalement l'ensemble du tome 4 et 5. Alors pourquoi je ne met pas Culte vu l'enthousiasme que je décris, bah tout simplement parce que le tome 3 est clairement en dessous niveau intérêt et intensité, mais ça a eu le mérite de donner un peu plus de profondeur et d'épaisseur aux personnes que sont Fukamachi et Habu Joji, et surtout ça a posé les bases pour des tomes 4 et 5 magnifiques...
Urban
J’ai attendu la sortie du deuxième tome de « Urban » pour me faire une idée plus précise sur cette série et je dois reconnaître que j’ai été bluffé par cette réalisation ! « Urban » est un récit d’anticipation, le lecteur se retrouve en compagnie d’un gus nommé Zacchary Buzz qui est envoyé sur une planète dédiée aux loisirs pour y être recruté comme policier. Dès son arrivée sur cet astre, notre sympathique et timide « bleu » va être confronté à l’hostilité de ses collègues, à un « hors la loi » très malin et tomber amoureux d’une jolie demoiselle dont l’avenir ne lui paraît pas radieux. Le lecteur y fera connaissance aussi avec un riche gamin qui se retrouvera en train d’errer dans ce gigantesque parc sous la protection bienveillante et intéressée d’un vagabond… Je pense que vous l’avez deviné en lisant ce résumé, vous allez vous plonger dans un récit très riche et dense avec « Urban » ! Mais ne croyez pas que vous allez vous perdre dans ce foisonnement d’évènements car la narration m’est apparue relativement bonne et accrocheuse, je n’ai eu aucune difficulté de compréhension à suivre les différentes destinées des divers protagonistes qui peuplent cette histoire, ce qui est très fort de la part de Luc Brunschwig quand on voit la complexité de son univers ! Chapeau l’artiste ! Et on voit bien qu’à travers son récit, le scénariste nous interpelle sur ses craintes liées à l’évolution de la société : on y découvre une justice très répressive où le moindre fait et geste de travers sont automatiquement sanctionnés sans que le soi-disant coupable ne puisse défendre ses actes. On y aperçoit un voyeurisme et une délation poussés à l’extrême où chaque citoyen est immédiatement informé de tel ou tel événement qui se passe au sein même du parc, on y partage aussi ses peurs d’une forte informatisation des données de chaque individu, on y découvre aussi une société où la notion de plaisir est forcée… et j’en passe ! Bref, tout ceci pour nous apostropher sur le glissement de notre société vers une absence de liberté individuelle. Et si je vous dis que pratiquement tous les personnages y sont charismatiques et attachants, que des scènes riches en émotions (Ah, la fameuse séquence de la fin du 2ème tome !) peuplent cette bande dessinée, je ne peux que vous conseiller activement la lecture d’ « Urban ». Faites-moi confiance, vous passerez un excellent feuilletage avec cette série d’autant plus le graphisme de Roberto Ricci m’est apparu époustouflant ! Je ne vais pas vous faire étalage de mon admiration sur le travail graphique de Roberto Ricci : jetez un coup d’œil sur les planches de cette série et je suis sûr que vous tomberez sur le charme du coup de patte de cet auteur : décors (très) fouillés, mise en couleurs variée et parfaitement adaptée à l’intensité dramatique de chaque séquence, design futuriste des véhicules et autres objets original et convaincant, personnages expressifs et facilement identifiables, la totale quoi ! Bon, j’arrête là mes commentaires sur « Urban » : lancez-vous dans la lecture de cette série et je suis sûr que vous ne lâcherez pas ce récit avant la fin du deuxième tome disponible à ce jour !
Coeur de pierre
Un petit bijou de poésie :) Comme l'a dit Mac, rien que la couverture donne envie de s'y plonger, elle fait partie des plus belles que je connaisse. Un joli conte métaphorique sur l'amour, une histoire belle et triste à la fois, comme peuvent l'être les histoires d'amour. Une écriture en vers qui ne gêne absolument pas la lecture, au contraire on se laisse bercer par ce récitatif (pas de dialogues dans cet ouvrage, mais peu importe, on n'en a pas besoin). Une fin étonnante aussi, Séverine Gauthier n'est pas tombée dans la facilité en nous proposant le happy end auquel on pourrait s'attendre au début. Comme je l'ai déjà dit, c'est beau... et triste. Le dessin de Jérémie Almanza est comme d'habitude magnifique, plein de poésie avec un petit côté burtonien avec ses personnages à gros yeux. Des couleurs superbes, grises et tristes pour l'univers sombre du garçon au cœur de pierre et vives, joyeuses et lumineuses pour la fille au cœur d'artichaut. Comme quoi les BD jeunesse peuvent également faire rêver les adultes :) Une histoire pleine d'émotion à découvrir au plus vite !
Une Âme à l'amer
Une série que je n'aurais probablement pas achetée (je ne suis pas attiré par ce type de bd très roman graphique) sans avoir fait au préalable la connaissance de Jean Christophe Pol lors d'un repas dans un restaurant suite à un festival de bd. En effet nous étions tous conviés au restaurant (je faisais partie des "auteurs" bien que n'ayant rien publié) et j'ai été placé, faute de place, à une table avec 2 inconnus dont ce fameux Jean Christophe Pol. Discussions forcées au début, puis plus à l'aise aidés par plusieurs bouteilles de rosé. Un mec grand, super sympa mais pas spécialement au 1er abord, enfin un dessinateur de bd, quoi. Apparamment il galère (comme beaucoup). Le lendemain je me balade sur son stand et je jette un coup d'oeil sur ses bds. Ca a l'air très intéressant mais je n'ai pas un rond. La semaine d'après je commande sur un coup de tête les 3 tomes de cette série "Une âme à l'amer" , qui apparemment est la mieux notée chez BDtheque. Ca a l'air vachement bien. Et je reçois coup sur coup le 3, le 2 et 3 jours après le 1. Je les mets de coté (je ne lis que rarement les bds dès que je les achète, j'attends le moment adéquat). Souvent en pleine nuit d'ailleurs lors d'insomnies causées par un endormissement trop brusque suite à une alcoolisation excessive, comme c'était le cas aujourd'hui. Alors " Une âme à l'amer " c'est une série joyeuse, optimiste, romantique qui te montre que la vie n'est pas si... non c'est tout le contraire. C'est noir, triste, désespéré, sans concession, pervers et nihiliste. Ca tombe bien c'est tout ce que j'aime ! Cette pureté noire radicale c'est ma came. Ici aucune éclaircie dans ce ciel de plomb. Tout est sans espoir, même l'amour. Tout s'autodétruit. C'est normal, un être né dans la souffrance la trimbalera toute sa vie, ce que les autres ont du mal à admettre et à comprendre. Jean-Christophe Pol est très très torturé. Donc je ne vais pas raconter l'histoire. C'est l'histoire d'un type qui souffre (certains diront pauvre type ... oui c'est vrai) puis entraîne dans une affaire de meurtres atroces. Mais ce pitch est assez réducteur par rapport à tout ce qu'il y a dans cette série. Les souvenirs se mélangent constamment à l'intrigue ce qui a pour effet de rentrer vraiment à l'intérieur de la tête ce personnage complètement maniaco dépressif. Et le plus fort dans ce récit c'est qu'il vire tout doucement et imperceptiblement d'une sorte de chronique sociale (amère donc) à un redoutable thriller. Et le tout avec un style graphique hyper fluide, nerveux (découpage et technique) et privilégiant la limpidité et l'efficacité au détail. C'est très réussi, chapeau ! Alors qu'à la base je ne suis vraiment pas client de ce type de bds (à 1ère vue car en fait je ne connais pas). D'ailleurs avec un autre type de dessins j'aurais même mis 5/5 sans hésiter. En même temps le résultat est parfait, rien à dire. Il faut que je lise absolument ses autres bds.
Saison brune
Un gros pavé de 470 pages, qui se lit finalement plutôt bien et (relativement) vite. Il faut dire qu’on en a pour son argent ! Et je ne fais pas ici référence uniquement au nombre de pages. Je pense aussi aux questions qu’il donne envie de creuser, aux lectures qu’il donne envie de faire. Bref, un album agréable à lire et qui pousse à lire ! Un livre qui fait réfléchir, qui fait se poser des questions. Que l’album de Squarzoni soit le résumé d’un travail de recherche partiel, partial m’importe peu ici. Ses lecteurs sont adultes et libres de confronter les sources. En tout cas il soulève des questions que d’autres – comme Allègre, n’ont de cesse de faire oublier. L’album en lui-même s’écarte des canons habituels de la bande dessinée. Sorte de monologue illustré, par un dessin extrêmement rigoureux et précis, avec des collages de photos, des reconstitutions de films célèbres et des digressions poético-biographiques de l’auteur. Un air de détournement situationniste, en moins radical. Ecrit juste avant Fukushima, Squarzoni n’évoque évidemment pas cette catastrophe, qui apporte hélas de l’eau à son moulin : sur les risques consécutifs à la montée des océans, sur l’aveuglement concernant le nucléaire (voir les mensonges et autres omissions de Tepco, avant, pendant, et après les explosions). Concernant aussi l’action d’Allègre, qu’on a vu en boucle à l’époque sur les plateaux télé pour dire qu’évoquer l’arrêt du nucléaire au Japon et/ou chez nous relevait de l’indécence, qu’il fallait attendre que les Japonais pansent d’abord leurs plaies, etc… Et bien sûr, aujourd’hui, plus aucun débat n’est envisagé, lui et ses commanditaires ont réussi à noyer le poisson. La poignée de mains entre Sarkozy et Khadafi nous rappelle aussi quelques vérités oubliées, et donne une bonne touche d’humour involontaire, dans un album par ailleurs plutôt austère. Un livre intéressant, militant donc. Pour en prolonger certaines analyses, je vous recommande la lecture du livre "La stratégie du chaos" de Naomie Klein. Pour voir que toutes les catastrophes ne sont pas naturelles, et qu’elles ne sont pas catastrophiques pour tout le monde.
Elephantmen
Coup de cœur. L'arrivée des Elephantmen dans le paysage des comics est un pur régal visuel et scénaristique. Loin des super-héros mais tout en gardant la notion de "sur-homme", bien qu'ici il s'agisse de "sur-animaux", les créateurs nous plongent dans une épopée guerrière hors du commun. C'est presque un roman graphique puisque les dialogues sont assez minimalistes au profit d'une narration en haut de case. L'histoire se déroule en France dans un avenir proche où l'on suit les mésaventures d'Yvette une rebelle qui vient de perdre son frère, massacré par les Elephantmen. Elle nous raconte ainsi comment tout a commencé et comment une poignée de survivants, dont elle, tentent désespérément de lutter contre cette armée inhumaine créée par un savant fou, dont le seul but est d'exterminer la race humaine. Profondément sauvage et violent, ce monde implacable dans lequel évolue l'héroïne la pousse à devenir aussi enragée que ses ennemis. La dimension philosophique de ce récit est à la portée de tous et met en exergue les notions d'humanité et de compassion. S'il n'était ce prénom outrageusement franchouillard, il n'y aurait aucune fausse note. Mais comme je suppose qu'une équipe aussi importante (environ six personnes pour un seul comic) a forcément testé plusieurs prénoms, je suis bluffé par le fait que ce prénom vieillot finisse par prendre une place aussi légitime dans le scénario. Car si le V de Vendetta connaît encore aujourd'hui un grand succès, notre Yvette sculpte elle son nom entier dans la chair de ses agresseurs. A la fin du premier tome, nulle doute qu'elle deviendra l'héroïne emblématique de cette série en quête d'humanisme dont les décors bien inspirés nous rappellent les heures noires des tranchées de 14-18. Je le dis haut et fort, Elephantmen est une pure merveille.